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CHUTE

Les débuts de l'humanité nous sont racontés par le plus ancien chroniqueur de la Bible hébraïque, l'écrivain jéhoviste J. Son récit va de Ge 2:4 à Ge 4:24. La critique moderne voit généralement dans Ge 2:4-24 un second récit de la création, qui contredit le premier. Mais il est aisé de remarquer que ce chapitre ne reprend de la création que les traits relatifs aux conditions de la destinée humaine : la terre en tant que champ de culture, le bétail, les oiseaux et les animaux qui sont en rapport avec le cultivateur, que celui-ci rencontre dans ses champs et qu'il nomme ; enfin la création de la femme qui vient consoler l'homme de l'impression d'isolement que lui avait donnée la revue des êtres vivants au milieu desquels il devait cultiver et garder le jardin de Dieu. Pas question de la formation du monde, ni des eaux, ni du ciel, ni de la lumière, ni des végétaux, ni des luminaires, ni des poissons, etc. Les premiers mots de ce récit : « Le jour où Jéhovah fit » disent bien ce qu'ils veulent dire ; dans les détails qui suivent, il ne s'agit pas d'un récit, mais d'un rappel de la création. Nous pensons que le récit de la création elle-même était, dans le texte de J, la création en huit paroles adapté plus tard par P au cadre de la semaine. Ge 2:4-3:24, qui va raconter comment l'homme a désobéi et s'est séparé de Dieu, ouvre son récit par les faits qui nous renseignent sur tout ce que le Créateur, après avoir tiré le monde du chaos (voir Cosmogonie et Création), avait fait pour l'installation et pour le bonheur de sa créature, acquérant ainsi, par les services rendus, le droit moral de commander à l'homme libre. Cette introduction est admirablement composée pour nous faire comprendre de quelle nature a été la faute de l'humanité-enfant. Tout se tient dans ces deux chapitres, dont l'enseignement à caractère hautement prophétique ne pourrait être supprimé de la Bible sans décentrer toute la doctrine de l'A.T. et du N.T.

On peut prendre vis-à-vis du récit de J trois attitudes différentes :

Le considérer comme un récit historique qui doit être pris à la lettre, et tenir Adam, Eve, Caïn et Abel pour les quatre premiers exemplaires de l'humanité. La difficulté de cette attitude saute aux yeux. Pouvons-nous nous représenter Jéhovah plantant un jardin et s'y promenant de façon à faire du bruit avec ses pas ? Les fruits d'un arbre réel pourraient-ils donner la connaissance du bien et du mal ? Pouvons-nous prêter au serpent naturel, compris parmi les animaux des champs dont ce même récit nous dit que l'homme les nomme et les domine sans en trouver un qui puisse s'associer à sa vie morale et pensante, les suggestions infernales où il révèle sa supériorité par rapport à l'homme innocent qu'il trompe et qu'il perd ? Comment ne pas reconnaître enfin que, si Caïn et Abel doivent être considérés comme les fils terrestres du premier couple humain, ils nous sont présentés dans des conditions qui contredisent tout ce que nous savons des origines de l'humanité ? Les récits qui nous en parlent supposent, en effet, la distinction entre la vie agricole et la vie pastorale, nous présentent un culte où les offrandes de céréales et les sacrifices d'animaux étaient déjà séparés. Ils connaissent la loi qui veut que le sang répandu soit vengé par le sang. Ils mettent en scène un meurtrier qui tremble d'être tué par les peuples vers lesquels sa faute l'exile. Caïn possède une femme, il bâtit une cité... Tous ces traits, et bien d'autres encore, ne sont compatibles qu'avec une époque fort éloignée du premier couple humain.

On peut, sans tenir compte de l'enseignement moral et religieux qui lie notre récit en un tout organique, ne faire jouer ici que les arguments de la critique littéraire et l'on aura beau jeu pour découvrir, à l'aide des malfaçons naturelles à toute composition primitive, de quoi découper nos textes en plusieurs sources étrangères les unes aux autres : une source qui ne connaîtrait que l'arbre de la vie (Ge 3:22), une seconde source qui ne connaîtrait que l'arbre de la science du bien et du mal (Ge 2:17), une tradition qui présenterait Caïn comme le père de l'humanité actuelle (Ge 4:1,17,24), une autre tradition qui se rapporterait à un Caïn meurtrier d'Abel mais qui ne serait pas le fils du premier homme (Ge 4:2,16), etc. Cette dislocation du texte de J, qui est possible mais qui ne s'impose pas, a pour conséquence immédiate d'obscurcir l'exégèse de tout le passage au lieu de l'éclairer. Deux sources sur trois en deviennent incompréhensibles. En outre, la suppression de l'arbre de la vie du récit de la chute (Ge 2:9) supprime du même coup la raison pour laquelle l'homme perd l'immortalité que lui assurait sa filialité divine. Enfin le verset 22 du chap. 3 devient inexplicable une fois séparé du récit de la chute (Ge 3:1-3 et suivants). Ce verset, conclusion du récit, dit en effet que c'est la désobéissance de l'homme qui l'a privé de la voie où la vie divine lui était assurée. --Pour autant que nous pouvons faire fond, vu l'état actuel de la science, sur la traduction des anciens textes sumériens et sur les hypothèses qui s'y rattachent, un vieux document (cf. Langdon, Le poème sumérien du Paradis, du Déluge et de la Chute, 1919) établirait que, dès les traditions les plus antiques, une solidarité directe était reconnue entre la faute de l'homme qui mange le fruit défendu et la sanction qui le prive des sources de la vie. D'après quelques pionniers des recherches cunéiformes, cette tablette sumérienne place la chute après le déluge et dit de l'homme sauvé des eaux, Uttu, le cultivateur du jardin, qu'il avait reçu l'autorisation de manger du fruit de tous les arbres et de toutes les plantes ; seul, un fruit, mystérieusement lié au destin, lui était interdit, c'était le fruit de la plante embaumée kasu, le cassier (voir Casse). « Mon roi (le père de l'humanité, roi de la création) s'approcha de la plante kasu, il en cueillit, il en mangea, alors la déesse éperdue s'écria : Il ne verra plus la face de la vie jusqu'à ce qu'il meure. ». Si cette interprétation du texte se confirme, on aura ici un témoignage venant du plus lointain passé en faveur de Ge 3:22, envisagé comme conclusion d'ensemble du récit biblique de la chute. Mais il faut être patient et savoir résister au désir de retrouver dans la vieille littérature suméro-akkadienne tout ce que l'A.T. nous raconte ou nous révèle sur l'histoire des origines.

La 3 e attitude consiste à regarder les images présentées par Ge 2-4 comme issues du fond de traditions commun aux peuples sémitiques, peut-être même à l'ensemble des peuples primitifs. Ces images, dont on retrouve des éléments épars et plus ou moins défigurés dans les légendes babyloniennes et dans le symbolisme des monuments (arbre de vie, fruit défendu, serpent, chérubin, etc.), auraient été réunies, purifiées de leur altération mythologique et ordonnées sous l'action d'une inspiration supérieure par l'écrivain biblique. Celui-ci les aurait mises en un récit pour éclairer les hommes sur l'origine de leur race, et leur expliquer que les maux dont elle souffre, depuis la peine du laboureur jusqu'aux affres de la mort, ne sont conformes ni au destin véritable de la créature, ni aux intentions du Dieu bon, mais qu'ils proviennent d'un drame initial où l'homme libre a secoué la tutelle divine et perdu par sa désobéissance sa puissance originelle et son orientation vers le bonheur.

Il s'agit donc, si l'on veut tirer profit des révélations que nous apporte cette page antique sous une forme imagée et vivante,

de ne point séparer les divers éléments que l'écrivain prophétique y a groupés en vue de son enseignement,

de l'expliquer en tenant compte tout ensemble de l'expérience humaine et des moeurs littéraires de l'ancien Orient sémitique où l'on exprimait des vérités abstraites au moyen de figures, où l'on disait « fils » pour « effet », et « fruit » pour « conséquence », procédé qui met les enseignements les plus profonds à la portée des esprits les plus humbles et auquel appartiennent, dans leur divine simplicité, les paraboles de Jésus-Christ.

Une fois que l'on a compris que l'auteur primitif de nos récits s'est préoccupé, non pas de nous raconter la biographie des quatre premiers exemplaires de l'humanité, mais bien de nous exposer, en une série de tableaux d'une sobriété impressionnante, les commencements des rapports religieux entre la créature et le Créateur, tout devient clair et notre pensée, au lieu de s'achopper aux détails matériels des figures naïves, se sent toute saisie par la beauté révélatrice des vérités auxquelles leur trame légère sert d'écran.

Le récit Ge 2:7-25 nous renseigne donc, non sur les faits et gestes d'un individu, mais sur les débuts de l'humanité. Comme le premier chapitre de la Bible déploie dans une succession de huit paroles toute l'ordonnance de la création, le second chapitre, par une série de révélations, met devant nous les conditions originelles du destin de la créature. Il nous enseigne que Dieu a créé l'homme, et que la race humaine est une ; que la créature, sortie des mains de Dieu, a une double origine animale et spirituelle (verset 7) ; que, de ce fait, elle domine les animaux par ses capacités, par sa noblesse, et qu'elle a autorité sur eux (verset 19 et suivant) ; qu'une aide semblable à lui est nécessaire à l'homme, lequel doit à la femme, qui ne fait qu'une personne avec lui, les plus grands égards (verset 18,21-24) ; que l'être humain a été créé innocent mais non parfait, puisqu'il ignore la distinction du bien et du mal (verset 25 et v. 9) ; qu'il a pour vocation de se développer dans la communion paternelle du Créateur et pour mission de continuer dans le jardin de Dieu l'oeuvre de la création (verset 15).

L'impression produite par le premier tableau est celle d'une enfance heureuse ; l'entrée dans la vie d'un être pour le bonheur duquel tout a été préparé, aurore d'une destinée qui sera normale, glorieuse, divine dans la mesure où elle s'accomplira dans la confiance et l'obéissance par rapport au Père céleste (verset 16,17).

En somme, le bonheur de l'humanité primitive et, en un sens, le bonheur de Dieu lui-même, est présenté comme le bonheur d'une famille, de la famille idéale, et c'est bien à la psychologie de la vie de famille, aux rapports de parents à enfants qu'il faut en revenir toujours, si l'on veut comprendre ce que Dieu a voulu en plaçant l'homme sur la terre. Le sens familial est le principe de toute saine théologie.

Quand Jésus dit : « Je suis le cep et vous êtes les sarments » (Jn 15), chacun sait qu'il ne parle pas de bois et de sève, mais qu'il décrit dans une image le rapport organique et vivant entre ses rachetés et lui. Ainsi, quand l'historien oriental dit qu'au centre de l'Éden Dieu planta un arbre dont les fruits donnent la vie et un second dont les fruits donnent la connaissance expérimentale du bien et du mal (le mot hébreu désigne bien en effet une connaissance donnée par l'expérience), il ne parle pas de végétation, mais indique, dans une figure, les deux voies entre lesquelles l'homme, destiné à la liberté, devait choisir. Il fallait en effet que l'homme choisît, s'il ne voulait pas évoluer fatalement ici-bas « comme les bêtes » (Ps 73:22).

L'arbre de la vie a sa racine en Dieu : Jéhovah est le Dieu-Vie ; goûter ses fruits, c'était se développer dans la communion paternelle, être un bon fils. L'arbre de l'expérience du bien et du mal a sa racine en l'homme : c'est par son propre jugement, par l'impression que lui feront les choses, que l'homme décidera ce qui est bon ou mauvais, profitable ou nuisible, enviable ou indésirable. Dans ce choix, d'ailleurs, le Père guide son enfant, il l'avertit que s'il touche au fruit du deuxième arbre, ce sera mortel pour lui. Que va faire l'homme destiné à se constituer en image de Dieu, c-à-d. à être ce qu'il veut être ? Nourrira-t-il sa personnalité de la substance divine ? Ira-t-il à l'autre arbre en suivant les instincts de sa liberté naissante plutôt que l'avertissement paternel de Dieu ? Livré à lui-même, sans doute aurait-il obéi... Mais voici qu'un tiers intervient qui, voulant s'imposer, s'interpose.

D'où vient donc ce « serpent » que son rôle ne permet pas de confondre avec le troupeau des bêtes assujetties à l'homme, que l'homme vient de nommer et de reconnaître inférieures à lui ? De quel monde, du fond de quelle catastrophe fait-il monter jusqu'au jardin de Dieu le souffle empoisonné du doute et de la révolte ? Mystère. Et voici qui humilie notre raison, et, dès l'abord, lui rappelle que, suivant le mot de Shakespeare, il y a dans l'univers beaucoup plus de choses que nous ignorons que de choses que nous connaissons.

Quand on voit un penseur résoudre gravement le problème du mal et citer Dieu à sa barre, cela fait penser à un habitant de mansarde qui, ne voyant le ciel qu'à travers la fente d'une tuile cassée, prétendrait juger le cours des constellations. Dieu ne nous a révélé que l'origine du péché et nous avons assez à faire à nous débrouiller avec cela.

L'origine du péché et du malheur sur notre terre ? Dieu avait dit à l'homme-enfant, assez grand pour aimer et pour obéir, mais trop jeune encore pour comprendre la vie : Garde le jardin, garde-toi contre tout interlocuteur qui voudrait se mettre entre toi et moi ! La faute d'Eve a été d'accepter ; la conversation avec un inconnu qui, en des paroles flatteuses pour elle, lui parlait mal de son père. Du moment qu'elle parlemente, elle est perdue. L'ingratitude est à l'origine de toutes les chutes.

L'historien de la Genèse n'identifie pas le serpent avec le Diable, pour la bonne raison que le dualisme métaphysique n'est entré dans la pensée des Hébreux qu'après leur contact avec les Perses. Dans le livre de Job, Satan (l'Accusateur) est encore parmi les fils de Dieu. Mais » l'histoire des religions nous apprend que, dans les cultes antiques de l'Orient, le serpent symbolisait partout la personnalité mauvaise qui détruit le bonheur des hommes. Cela nous suffit. Dès le retour des Juifs en Palestine par la grâce du Perse Cyrus, la vérité se précise. Satan devient l'ennemi de Dieu (Za 3:1), l'infernal suggesteur (1Ch 21:1) ; bientôt, levant le voile, le livre de la Sapience dira : « La mort est entrée dans le monde parc, la jalousie du Diable » (Sap 2:24). Et Jésus sanctionnera cet enseignement lorsqu'il répondra à ses adversaires : « Le Père dont vous êtes issus, c'est le Diable, menteur de nature et meurtrier dès le commencement » (Jn 8:44, cf. Ro 16:20, Ap 12:9 20:2).

Aucune littérature, dans aucun temps, n'a atteint la maîtrise que le récit de la Genèse montre dans sa psychologie de la tentation (Ge 3:1,6). Le processus, ici, est impressionnant. Le Tentateur aborde l'humanité par la femme, c-à-d. par l'être chez qui le sentiment, l'élan impulsif, l'emportent sur la raison et la puissance d'abstraction. Il s'insinue auprès d'elle par une question en apparence inoffensive. Cette question éveille la curiosité de l'imprudente qui se laisse aller à lier conversation. Aussitôt qu'elle s'est livrée, Satan coupe les ponts entre la créature et le Créateur en semant dans le coeur de la femme un doute qui paralyse l'amour filial, une suspicion qui éteint la reconnaissance, un désir qui bientôt l'embrase toute : « une proie à saisir, l'égalité avec Dieu ! » (Php 2:6). Puis il conduit la femme vers l'arbre défendu et laisse à l'attirance du fruit le soin de consommer sa perte. Qu'il est bon, qu'il est beau, qu'il paraît utile ! « Convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie » (1Jn 2:16). Et voilà que la créature abusée, rebroussant de Dieu vers l'animalité, s'abandonne aux trois ordres de liberté qui rendent l'âme libertine.

L'Orient a toujours été inclément pour la femme. Il en a fait une tentatrice et une esclave. Le harem est la contradiction violente à l'institution du mariage dans la création. Il ne faut pas oublier cela, si l'on veut apprécier les jugements sur Eve légués par l'Orient à l'Église.

Certes, Eve est coupable, mais elle est à plaindre aussi. Elle n'a pas assisté à la défense divine ; elle supporte seule le choc de l'Adversaire ; au moment des aveux, elle est droite et reconnaît humblement qu'elle a été trompée (proprement : « mise dedans ») par un plus fort qu'elle. Adam fait moindre figure. C'est lui qui avait reçu l'ordre ; il cède à une femme ; puis, pour se justifier, il l'accuse : « la femme que tu m'as donnée... » Peu s'en faut qu'il ne dise à Dieu : ne t'en prends qu'à toi-même pour le malheur qui est arrivé.

Quel contraste dans la brièveté du geste : (Ge 3:6) toucher au fruit, et l'étendue de ses conséquences : toute l'histoire de l'égarement humain jusqu'à Golgotha ! C'est bien ainsi qu'il en est sur la terre. Le point où l'on tourne n'est qu'un point, mais ce point engage la marche jusqu'au bout de la route.

En face de l'expérience humaine, parler ici de péché universel n'explique rien. Le philosophe Renouvier, mentionnant la chute individuelle dont nul homme ici-bas n'est exempt, appelle l'état de chaque pécheur un état de « solidarité personnelle », et dit à ce sujet : « Nos actions sont comme nos propres enfants, elles vivent et agissent en dehors de notre volonté. Bien plus, des enfants peuvent cesser d'exister, mais jamais des actions : elles ont une vie indestructible soit en dedans, soit 1 en dehors de la conscience que nous en avons... Nos vices deviennent pour nous une tradition morale, comme la vie de l'humanité en général forme la tradition de la race humaine. » Voilà des paroles graves, décrivant un phénomène bien observé, et qui expliquent le péché originel avec ses conséquences, bien plus justement que les démonstrations de la dogmatique augustinienne. Elles donnent raison à la façon dont notre récit biblique de la chute marque le progrès du mal d'Adam à Caïn et de Caïn à Lémec. (comp. Ge 3:17 3:24 4:24)

L'enfant prodigue (Lu 15) avait cru, en se libérant de son père, hâter sa propre fortune : chaque pas qui l'éloigné du toit paternel l'enfonce dans la ruine. Telle fut, dès le Paradis même, l'expérience de l'humanité. D'abord le trouble, puis la fuite, puis, le malheur se précipitant, voici le premier meurtre ; enfin la guerre déchaînée par l'hymne sanguinaire de Lémec. Lémec, père de Noé, descend de Caïn par une généalogie que l'historien primitif nous donne (Ge 4:17 et suivant), généalogie qui, de ce fait, a une tout autre valeur historique que la généalogie séthite élaborée bien plus tard par les scribes du temple (Ge 5). Caïn est donc bien, d'après la source biblique la plus ancienne, le père des hommes de la chute. Ceci nous explique que le récit attribue à sa descendance les patrons de ceux qui vivent dans les campagnes, de ceux qui ont inventé l'industrie et inauguré les arts. Toute la civilisation est là en germe avec l'âge de bronze et l'âge de fer ; la civilisation, avec ses efforts gigantesques, ses forces en travail, ses découvertes, ses richesses, ses lumières acquises à la sueur du front ; la civilisation avec, aussi, la malédiction qui lui vient de la première massue levée par un homme sur un autre homme.

« La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi » (Ge 4:10). Cette parole de Dieu, qui vient du fond des âges, reste actuelle à travers tous les âges. C'est elle qui empoisonne toutes les joies de l'humanité orpheline et qui mêle à toute victoire humaine un principe de défaite.

La terre ensanglantée crie contre l'homme, et l'homme tressaille ; depuis la fuite éperdue de Caïn, il n'a trouvé la paix à aucune étape. Il peut s'étourdir, il ne peut se reposer. Il peut s'égayer, il ne peut se réjouir. Il a peur de Dieu, peur de ses semblables, peur de sa propre destinée, et quand il invoque la fatalité comme excuse, son remords l'avertit que la fatalité n'est pas la seule coupable et qu'il va, responsable, au-devant de mystérieuses sanctions.

La terre crie contre l'homme, et l'homme s'exténue dans une lutte inégale avec la nature qui ne lui livre pas ses secrets. Avec un courage magnifique il les lui arrache de force, mais la nature se venge en lui faisant payer de son sang chacune de ses découvertes. Et les victimes s'échelonnent sur la route du progrès : victimes de la science, victimes de l'ignorance, victimes de la superstition. La science qui transforme l'apparence des hommes les camoufle, mais ne les change pas. Elle peut même, par le fait qu'elle multiplie leur puissance, multiplier leur misère, intensifier leur martyre. L'Indien qui trempe dans le curare la pointe de sa flèche est moins malfaisant que le chimiste qui invente un gaz asphyxiant.

Placé au carrefour de nos méditations sur la destinée humaine, le récit de la chute jette des clartés sur l'amorce de tous leurs chemins. En introduisant dans le Paradis le mauvais suggesteur, il nous apprend que l'homme n'a pas pris l'initiative du mal qu'il a commis, n'a pas péché de son propre fonds ; illusionné, trompé avant que ses yeux fussent ouverts, il a péché plus qu'il n'a pensé, plus qu'il n'a voulu. Un mensonge d'autrui a l'origine de sa faute l'empêchait de saisir toutes les conséquences de son acte. Ingrat, séduit, il n'a pas vu qu'il se laissait constituer en dehors de Dieu par un être qui s'était posé contre Dieu. Cet être, de par son attitude, est incurable ; l'homme, de par la sienne, ne l'est pas. Châtié, il reviendra ; et jusqu'à ce qu'il revienne, il offrira le spectacle d'une personnalité qui ne se comprend pas elle-même, moralement écartelée entre ses instincts diaboliques qui l'entraînent au mal et sa conscience, voix divine, qui l'attire vers le bien.

Que l'on ne dise pas qu'en chassant l'homme du Paradis, le Créateur se montre cruel vis-à-vis de sa créature et que l'exil d'Adam marque l'échec de Dieu. C'est le contraire qui est vrai. Relativement au premier point, notre récit, nous montrant l'homme fuyant Dieu qui le cherche, nous avertit que l'homme serait sorti de lui-même du jardin de Dieu, gêné par la présence divine et curieux d'un monde qui s'offrait à sa liberté dévoyée Relativement au second point, voici ce qu'écrit Vinet : « Pour que l'homme fût un être moral, pour que l'homme fût l'homme, il fallait que le péché fût possible, et Dieu y a consenti ; et, puisqu'il a agi librement, il n'a point été vaincu. Mais en créant pour l'homme la gloire et les périls de la liberté, il fallait que, d'avance, Dieu mît sa propre gloire à l'abri. Il devait être éternellement, invariablement glorifié, ou dans l'obéissance de l'être moral ou dans les résultats de sa désobéissance. L'ordre devait se retrouver tout entier dans. la volonté de l'homme ou dans sa destinée. Volontairement ou involontairement l'homme devait fléchir sous la loi ; ainsi, ou accomplie ou réparée, la loi demeurait intacte, et l'homme, quoi qu'il pût faire, y satisfaisait de point en point. Donc, avec la punition du mal, Dieu n'est point vaincu par le mal ; mais dans l'impunité du mal, Dieu serait vaincu ; Dieu serait moins fort que le prince et l'auteur du mal, et dans cette lutte, dont la seule pensée est impie, Satan serait le vainqueur de Dieu ! »

L'idée de la défaite de Dieu est si loin de l'esprit de l'écrivain jéhoviste qu'il proclame dans son récit la grande parole prophétique : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, sa postérité t'écrasera la tête et tu la blesseras au talon. » Il nous donne ainsi à entendre que le drame de la liberté, avec toutes ses souffrances désormais inévitables--la morsure au talon--est, comme disent les savants d'aujourd'hui (R. Rollin 1927 ; L. Vialleton 1929), une évolution dirigée ; l'homme agit librement mais dans un plan de rédemption ; et la promesse de la délivrance donnée à l'homme--hic sol consola-tionis oritur (Luther) --annonce en même temps la victoire finale de Dieu.

On serait tenté d'indiquer encore bien des enseignements donnés par le récit de la chute, que Cellérier fils appelait « le vestibule du grand édifice des révélations, la base sur laquelle toutes doivent reposer » ; mais il faut prendre garde de ne pas amener, comme cela est arrivé si souvent, sur le terrain glissant de la typologie une page dont le réalisme nous avertit que l'auteur a voulu, dans un style figuré, résumer une histoire vécue : l'histoire des débuts réels de l'humanité.

Aussi bien, souvenons-nous que lorsqu'il s'agit d'origines, les avenues de notre pensée aboutissent toutes au mystère. Calvin, qui croyait certes à la chute, n'a abordé le récit qu'avec une sorte de crainte : « Ici, confessait-il, s'élèvent en foule les questions les plus ardues... » Et il avait bien raison. « Ne nous flattons pas, écrit un autre croyant de la chute, Charles Secrétan, d'avoir le dernier mot de rien sans avoir le dernier mot de tout. N'espérons donc pas savoir absolument quoi que ce soit. Bornons nos ambitions à croire ce qu'il faut. » Croire ce qu'il faut : l'expérience de l'Eglise nous montre que depuis saint Paul et son épître aux Romains, les docteurs et les réformateurs qui ont mené les chrétiens dans la voie de la régénération sont ceux qui, réfractaires à tout optimisme spéculatif ou moral, ont fondé leur christologie sur la doctrine de la chute. Et c'est encore cette doctrine que prêchent aux foules les promoteurs de Réveil. Alex W.

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    • Genèse 2

      1 Et les cieux et la terre furent achevés, et toute leur armée.
      2 Et Dieu eut achevé au septième jour son oeuvre qu'il fit ; et il se reposa au septième jour de toute son oeuvre qu'il fit.
      3 Et Dieu bénit le septième jour, et le sanctifia ; car en ce jour il se reposa de toute son oeuvre que Dieu créa en la faisant.
      4 Ce sont ici les générations des cieux et de la terre lorsqu'ils furent créés, au jour que l'Éternel Dieu fit la terre et les cieux,
      5 et tout arbuste des champs avant qu'il fût sur la terre, et toute herbe des champs avant qu'elle crût ; car l'Éternel Dieu n'avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n'y avait pas d'homme pour travailler le sol ;
      6 une vapeur montait de la terre et arrosait toute la surface du sol.
      7 Et l'Éternel Dieu forma l'homme, poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et l'homme devint une âme vivante.
      8 Et l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y plaça l'homme qu'il avait formé.
      9 Et l'Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal.
      10 Et un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait et devenait quatre rivières.
      11 Le nom de la première est Pishon : c'est elle qui entoure tout le pays de Havila, où il y a de l'or.
      12 Et l'or de ce pays-là est bon ; là est le bdellium et la pierre d'onyx.
      13 Et le nom de la seconde rivière est Guihon : c'est elle qui entoure tout le pays de Cush.
      14 Et le nom de la troisième rivière est Hiddékel : c'est elle qui coule en avant vers Assur. Et la quatrième rivière, c'est l'Euphrate.
      15 Et l'Éternel Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder.
      16 Et l'Éternel Dieu commanda à l'homme, disant : Tu mangeras librement de tout arbre du jardin ;
      17 mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras pas ; car, au jour que tu en mangeras, tu mourras certainement.
      18 Et l'Éternel Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide qui lui corresponde.
      19 Et l'Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux des cieux, et les fit venir vers l'homme pour voir comment il les nommerait ; et tout nom que l'homme donnait à un être vivant fut son nom.
      20 Et l'homme donna des noms à tout le bétail, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les bêtes des champs. Mais pour Adam, il ne trouva pas d'aide qui lui correspondît.
      21 Et l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, et il dormit ; et il prit une de ses côtes, et il en ferma la place avec de la chair.
      22 Et l'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et l'amena vers l'homme.
      23 Et l'homme dit : Cette fois, celle-ci est os de mes os et chair de ma chair ; celle-ci sera appelée femme (Isha), parce qu'elle a été prise de l'homme (Ish).
      24 C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils seront une seule chair.
      25 Et ils étaient tous deux nus, l'homme et sa femme, et ils n'en avaient pas honte.

      Genèse 3

      1 Or le serpent était plus rusé qu'aucun animal des champs que l'Éternel Dieu avait fait ; et il dit à la femme : Quoi, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ?
      2 Et la femme dit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin ;
      3 mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point, et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
      4 Et le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point certainement ;
      5 car Dieu sait qu'au jour où vous en mangerez vos yeux seront ouverts, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.
      6 Et la femme vit que l'arbre était bon à manger, et qu'il était un plaisir pour les yeux, et que l'arbre était désirable pour rendre intelligent ; et elle prit de son fruit et en mangea ; et elle en donna aussi à son mari pour qu'il en mangeât avec elle, et il en mangea.
      7 Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connurent qu'ils étaient nus ; et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s'en firent des ceintures.
      8 Et ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu qui se promenait dans le jardin au frais du jour. Et l'homme et sa femme se cachèrent de devant l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.
      9 Et l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit : Où es-tu ?
      10 Et il dit : J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché.
      11 Et l'Éternel Dieu dit : Qui t'a montré que tu étais nu ? As-tu mangé de l'arbre dont je t'ai commandé de ne pas manger ?
      12 Et l'homme dit : La femme que tu m'as donnée pour être avec moi, -elle, m'a donné de l'arbre ; et j'en ai mangé.
      13 Et l'Éternel Dieu dit à la femme : Qu'est-ce que tu as fait ? Et la femme dit : Le serpent m'a séduite, et j'en ai mangé.
      14 Et l'Éternel Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit par-dessus tout le bétail et par-dessus toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie ;
      15 et je mettrai inimitié entre toi et la femme, et entre ta semence et sa semence. Elle te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon.
      16 A la femme il dit : Je rendrai très-grandes tes souffrances et ta grossesse ; en travail tu enfanteras des enfants, et ton désir sera tourné vers ton mari ; et lui dominera sur toi.
      17 Et à Adam il dit : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu a mangé de l'arbre au sujet duquel je t'ai commandé, disant : Tu n'en mangeras pas, -maudit est le sol à cause de toi ; tu en mangeras en travaillant péniblement tous les jours de ta vie.
      18 Et il te fera germer des épines et des ronces, et tu mangeras l'herbe des champs.
      19 A la sueur de ton visage tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes au sol, car c'est de lui que tu as été pris ; car tu es poussière et tu retourneras à la poussière.
      20 Et l'homme appela sa femme du nom d'Eve, parce qu'elle était la mère de tous les vivants.
      21 Et l'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des vêtements de peau, et les revêtit.
      22 Et l'Éternel Dieu dit : Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal ; et maintenant, -afin qu'il n'avance pas sa main et ne prenne aussi de l'arbre de vie et n'en mange et ne vive à toujours.... !
      23 Et l'Éternel Dieu le mit hors du jardin d'Éden, pour labourer le sol, d'où il avait été pris :
      24 il chassa l'homme, et plaça à l'orient du jardin d'Éden les chérubins et la lame de l'épée qui tournait çà et là, pour garder le chemin de l'arbre de vie.

      Genèse 4

      1 Et l'homme connut Eve sa femme ; et elle conçut, et enfanta Caïn ; et elle dit : J'ai acquis un homme avec l'Éternel.
      2 Et elle enfanta encore son frère, Abel. Et Abel paissait le menu bétail, et Caïn labourait la terre.
      3 Et il arriva, au bout de quelque temps, que Caïn apporta, du fruit du sol, une offrande à l'Éternel.
      4 Et Abel apporta, lui aussi, des premiers-nés de son troupeau, et de leur graisse. Et l'Éternel eut égard à Abel et à son offrande ;
      5 mais à Caïn et à son offrande, il n'eut pas égard. Et Caïn fut très-irrité, et son visage fut abattu.
      6 Et l'Éternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ?
      7 Si tu fais bien, ne seras-tu pas agréé ? Et si tu ne fais pas bien, le péché est couché à la porte. Et son désir sera tourné vers toi, et toi tu domineras sur lui.
      8 Et Caïn parla à Abel son frère ; et il arriva, comme ils étaient aux champs, que Caïn se leva contre Abel, son frère, et le tua.
      9 Et l'Éternel dit à Caïn : Où est Abel, ton frère ? Et il dit : Je ne sais. Suis-je, moi, le gardien de mon frère ? Et il dit : Qu'as-tu fait ?
      10 La voix du sang de ton frère crie de la terre à moi.
      11 Et maintenant, tu es maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.
      12 Quand tu laboureras le sol, il ne te donnera plus sa force ; tu seras errant et vagabond sur la terre.
      13 Et Caïn dit à l'Éternel : Mon châtiment est trop grand pour que j'en porte le poids.
      14 Voici, tu m'as chassé aujourd'hui de dessus la face de la terre, et je serai caché de devant ta face, et je serai errant et vagabond sur la terre ; et il arrivera que quiconque me trouvera me tuera.
      15 Et l'Éternel lui dit : C'est pourquoi quiconque tuera Caïn sera puni sept fois. Et l'Éternel mit un signe sur Caïn, afin que quiconque le trouverait ne le tuât point.
      16 Et Caïn sortit de devant l'Éternel ; et il habita dans le pays de Nod, à l'orient d'Éden.
      17 Et Caïn connut sa femme, et elle conçut, et enfanta Hénoc ; et il bâtit une ville, et appela le nom de la ville d'après le nom de son fils Hénoc.
      18 Et à Hénoc naquit Irad ; et Irad engendra Mehujaël, et Mehujaël engendra Methushaël ; et Methushaël engendra Lémec.
      19 Et Lémec prit deux femmes : le nom de l'une était Ada, et le nom de la seconde : Tsilla.
      20 Et Ada enfanta Jabal : lui, fut père de ceux qui habitent sous des tentes et ont du bétail.
      21 Et le nom de son frère fut Jubal : lui, fut père de tous ceux qui manient la harpe et la flûte.
      22 Et Tsilla, elle aussi, enfanta Tubal-Caïn, qui fut forgeur de tous les outils d'airain et de fer. Et la soeur de Tubal-Caïn fut Naama.
      23 Et Lémec dit à ses femmes : Ada et Tsilla, écoutez ma voix ; femmes de Lémec, prêtez l'oreille à ma parole : Je tuerai un homme pour ma blessure, et un jeune homme pour ma meurtrissure ;
      24 si Caïn est vengé sept fois, Lémec le sera soixante-dix-sept fois.
      25 Et Adam connut encore sa femme ; et elle enfanta un fils, et appela son nom Seth ; car, dit-elle, Dieu m'a assigné une autre semence au lieu d'Abel ; car Caïn l'a tué.
      26 Et à Seth, à lui aussi, naquit un fils ; et il appela son nom Énosh. Alors on commença à invoquer le nom de l'Éternel.

      Genèse 5

      1 C'est ici le livre des générations d'Adam. Au jour où Dieu créa Adam, il le fit à la ressemblance de Dieu.
      2 Il les créa mâle et femelle, et les bénit ; et il appela leur nom Adam, au jour qu'ils furent créés.
      3 Et Adam vécut cent trente ans, et engendra un fils à sa ressemblance, selon son image, et appela son nom Seth.
      4 Et les jours d'Adam, après qu'il eut engendré Seth, furent huit cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
      5 Et tous les jours qu'Adam vécut furent neuf cent trente ans ; et il mourut.
      6 Et Seth vécut cent cinq ans, et engendra Énosh.
      7 Et Seth, après qu'il eut engendré Énosh, vécut huit cent sept ans ; et il engendra des fils et des filles.
      8 Et tous les jours de Seth furent neuf cent douze ans ; et il mourut.
      9 Et Énosh vécut quatre-vingt-dix ans, et engendra Kénan.
      10 Et Énosh, après qu'il eut engendré Kénan, vécut huit cent quinze ans ; et il engendra des fils et des filles.
      11 Et tous les jours d'Énosh furent neuf cent cinq ans ; et il mourut.
      12 Et Kénan, vécut soixante-dix ans, et engendra Mahalaleël.
      13 Et Kénan, après qu'il eut engendré Mahalaleël, vécut huit cent quarante ans ; et il engendra des fils et des filles.
      14 Et tous les jours de Kénan furent neuf cent dix ans ; et il mourut.
      15 Et Mahalaleël vécut soixante cinq ans, et engendra Jéred.
      16 Et Mahalaleël, après qu'il eut engendré Jéred, vécut huit cent trente ans ; et il engendra des fils et des filles.
      17 Et tous les jours de Mahalaleël furent huit cent quatre-vingt-quinze ans ; et il mourut.
      18 Et Jéred vécut cent soixante-deux ans, et engendra Hénoc.
      19 Et Jéred, après qu'il eut engendré Hénoc, vécut huit cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
      20 Et tous les jours de Jéred furent neuf cent soixante deux ans ; et il mourut.
      21 Et Hénoc vécut soixante-cinq ans, et il engendra Methushélah.
      22 Et Hénoc, après qu'il eut engendré Methushélah, marcha avec Dieu trois cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
      23 Et tous les jours de Hénoc furent trois cent soixante-cinq ans.
      24 Et Hénoc marcha avec Dieu ; et il ne fut plus, car Dieu le prit.
      25 Et Methushélah vécut cent quatre-vingt-sept ans, et engendra Lémec.
    • Genèse 2

      1 Ainsi Dieu finit de créer le ciel, la terre et tout ce qu’il y a dedans.
      2 Le septième jour, Dieu a terminé le travail qu’il a fait. Et le septième jour, il se repose de tout le travail qu’il a fait.
      3 Dieu bénit le septième jour : il fait de ce jour-là un jour qui lui est réservé. En effet, ce jour-là, Dieu s’est reposé de tout son travail de créateur.
      4 Voilà comment Dieu a créé le ciel et la terre. Au moment où le SEIGNEUR Dieu fait le ciel et la terre,
      5 il n’y a encore aucune plante dans les champs, et l’herbe n’a pas encore poussé. En effet, le SEIGNEUR Dieu n’a pas encore fait tomber la pluie sur la terre, et il n’y a pas d’êtres humains pour cultiver le sol.
      6 Mais une sorte de source sort de la terre et arrose toute la surface du sol.
      7 Le SEIGNEUR Dieu prend de la poussière du sol et il forme un être humain. Puis il souffle dans son nez le souffle de vie, et cet homme devient un être vivant.
      8 Ensuite, le SEIGNEUR Dieu plante un jardin dans le pays d’Éden, vers l’est. Là, il met l’homme qu’il a formé.
      9 Le SEIGNEUR Dieu fait pousser du sol toutes sortes de beaux arbres, avec des fruits délicieux. Au milieu du jardin, il place l’arbre de vie et l’arbre qui fait connaître ce qui est bien ou mal.
      10 Un fleuve sort du pays d’Éden pour arroser le jardin. De là, il se divise en quatre fleuves plus petits.
      11 Le premier fleuve, c’est le Pichon. Il fait le tour du pays de Havila. À cet endroit, il y a de l’or,
      12 et l’or de ce pays est pur. On y trouve aussi des plantes parfumées et une pierre précieuse rouge foncé.
      13 Le deuxième fleuve, c’est le Guihon. Il fait le tour de tout le pays de Kouch.
      14 Le troisième fleuve, c’est le Tigre. Il coule à l’est de la ville d’Assour. Le quatrième fleuve, c’est l’Euphrate.
      15 Le SEIGNEUR Dieu prend l’homme et il le place dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder.
      16 Le SEIGNEUR Dieu donne cet ordre à l’homme : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin.
      17 Mais tu ne dois pas manger les fruits de l’arbre qui fait connaître ce qui est bien ou mal. Oui, le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est sûr. »
      18 Le SEIGNEUR Dieu se dit : « Pour l’homme, ce n’est pas bon d’être seul. Je vais lui faire une aide qui lui convienne parfaitement. »
      19 Avec de la terre, le SEIGNEUR Dieu fait toutes sortes de bêtes sauvages et toutes sortes d’oiseaux. Il les amène à l’homme pour voir comment celui-ci va les appeler. Chaque animal doit avoir le nom que l’homme va lui donner.
      20 L’homme donne un nom à tous les animaux domestiques, à toutes les bêtes sauvages et à tous les oiseaux. Mais pour lui-même, il ne trouve pas l’aide qui lui convienne parfaitement.
      21 Alors le SEIGNEUR Dieu fait tomber l’homme dans un sommeil très profond. Il lui prend une côte et il referme la peau à sa place.
      22 Avec cette côte, le SEIGNEUR Dieu fait une femme et il l’amène à l’homme.
      23 Alors l’homme dit : « Cette fois, voici quelqu’un comme moi ! Elle tient vraiment de moi par tout son corps. On l’appellera femme de l’homme, parce qu’elle vient de l’homme. »
      24 C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour vivre avec sa femme. Et les deux deviendront comme une seule personne.
      25 L’homme et sa femme sont nus tous les deux. Mais ils n’ont pas honte l’un devant l’autre.

      Genèse 3

      1 Parmi les bêtes sauvages que le SEIGNEUR Dieu a faites, le serpent est le plus rusé. Il demande à la femme : « Est-ce que Dieu vous a vraiment dit : “Ne mangez aucun fruit du jardin” ? »
      2 La femme répond au serpent : « Nous pouvons manger les fruits du jardin.
      3 Mais pour l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Ne mangez pas ses fruits et n’y touchez pas ! Sinon, vous mourrez.” »
      4 Le serpent répond à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas !
      5 Mais Dieu le sait bien : le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront. Vous serez comme des dieux, vous pourrez savoir ce qui est bien ou mal. »
      6 La femme se dit : les fruits de cet arbre sont beaux, ils doivent être bons. Ils donnent envie d’en manger pour savoir plus de choses. Elle prend un fruit de cet arbre et le mange. Elle en donne à son mari qui est avec elle, et il en mange aussi.
      7 Alors leurs yeux s’ouvrent. Maintenant, ils voient qu’ils sont nus. Ils attachent ensemble des feuilles d’arbre, et cela leur sert de pagne.
      8 Le soir, un vent léger se met à souffler. Le SEIGNEUR Dieu se promène dans le jardin. L’homme et la femme l’entendent et ils se cachent devant lui, parmi les arbres du jardin.
      9 Le SEIGNEUR Dieu appelle l’homme. Il lui demande : « Où es-tu ? »
      10 L’homme répond : « Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur parce que je suis nu. Alors, je me suis caché. »
      11 Le SEIGNEUR Dieu lui demande : « Qui t’a appris que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé le fruit que je t’avais interdit de manger ? »
      12 L’homme répond : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné ce fruit, et j’en ai mangé. »
      13 Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme : « Qu’est-ce que tu as fait là ? » La femme répond : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé du fruit. »
      14 Alors le SEIGNEUR Dieu dit au serpent : « Puisque tu as fait cela, je te maudis : parmi tous les animaux, tu avanceras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.
      15 Voici ce que je décide : la femme et toi, vous deviendrez des ennemis. Ceux qui naîtront d’elle et ceux qui naîtront de toi deviendront des ennemis. Ceux qui naîtront d’elle t’écraseront à la tête, et toi, tu les blesseras au talon. »
      16 Ensuite, le SEIGNEUR dit à la femme : « Je rendrai tes grossesses pénibles, et c’est dans la souffrance que tu mettras des enfants au monde. Tu seras attirée par ton mari, mais il sera ton maître. »
      17 Puis le SEIGNEUR dit à l’homme : « Tu as écouté ta femme et tu as mangé le fruit que je t’avais interdit de manger. À cause de toi je maudis le sol. Tu devras te fatiguer tous les jours de ta vie pour tirer ta nourriture de la terre.
      18 Le sol produira pour toi des plantes épineuses de toutes sortes. Tu devras manger ce qui pousse dans les champs.
      19 Tu gagneras ta nourriture en transpirant beaucoup, jusqu’à ta mort. À ce moment-là, tu retourneras dans la terre d’où tu viens. Oui, tu es fait de poussière et tu retourneras à la poussière. »
      20 L’homme, Adam, donne à sa femme le nom d’Ève, c’est-à-dire « la Vivante ». En effet, elle est la mère de tous les vivants.
      21 Le SEIGNEUR Dieu fait des vêtements en peau d’animal pour l’homme et la femme, et il les habille de cette façon.
      22 Le SEIGNEUR Dieu se dit : « Eh bien, l’homme est devenu comme un dieu : il connaît ce qui est bien ou mal. Maintenant, il ne faut pas qu’il prenne aussi les fruits de l’arbre de la vie. S’il en mangeait, il vivrait pour toujours. »
      23 Alors le SEIGNEUR Dieu chasse l’homme du jardin d’Éden et il l’envoie cultiver la terre qui a servi à le faire.
      24 Après que le SEIGNEUR a chassé l’homme, il place des chérubins à l’est du jardin d’Éden. Avec une épée de feu qui tourne dans tous les sens, les chérubins gardent l’entrée du chemin qui conduit à l’arbre de la vie.

      Genèse 4

      1 L’homme s’unit à Ève, sa femme. Elle devient enceinte et elle met au monde Caïn. Puis elle dit : « Avec l’aide du SEIGNEUR, j’ai donné la vie à un petit d’homme ! »
      2 Elle met aussi au monde Abel, le frère de Caïn. Abel devient berger, et Caïn cultive la terre.
      3 À la fin de l’année, Caïn apporte quelques récoltes du champ. Il les offre au SEIGNEUR.
      4 De son côté, Abel apporte les premiers agneaux de son troupeau. Et il offre au SEIGNEUR les meilleurs morceaux. Le SEIGNEUR reçoit avec plaisir Abel et son offrande.
      5 Mais il ne reçoit pas Caïn, ni son offrande. C’est pourquoi Caïn est très en colère. Son visage devient sombre de tristesse.
      6 Le SEIGNEUR dit à Caïn : « Tu es en colère et ton visage est triste. Pourquoi ?
      7 Si tu agis bien, tu peux te remettre debout. Si tu n’agis pas bien, le péché est comme un animal couché à ta porte. Il t’attend en cachette, prêt à t’attraper. Mais toi, sois plus fort que lui. »
      8 Caïn dit à son frère Abel : « Sortons ! » Dehors, dans les champs, Caïn se jette sur son frère Abel et il le tue.
      9 Alors le SEIGNEUR dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Caïn répond : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? »
      10 Le SEIGNEUR continue : « Qu’est-ce que tu as fait là ? J’entends la voix du sang de ton frère. Dans le sol, elle crie vers moi pour demander vengeance.
      11 Le sol s’est ouvert pour recevoir le sang de ton frère que tu as tué. Eh bien, maintenant, ce sol te maudit.
      12 Quand tu le cultiveras, il ne te donnera plus ses richesses. Tu iras toujours d’un endroit à un autre, et tu ne pourras jamais t’arrêter sur la terre. »
      13 Caïn dit au SEIGNEUR : « Ma punition est trop lourde à porter.
      14 Aujourd’hui, tu me chasses de la bonne terre. Je vais être obligé de me cacher loin de toi. J’irai toujours d’un endroit à un autre, et je ne pourrai jamais m’arrêter sur la terre. Et celui qui me trouvera pourra me tuer. »
      15 Le SEIGNEUR répond à Caïn : « Mais non ! Si quelqu’un te tue, il faudra tuer sept personnes, pour que tu sois vengé. » Et le SEIGNEUR met une marque sur Caïn. Alors celui qui le rencontrera ne pourra pas le tuer.
      16 Caïn part loin du SEIGNEUR. Il va habiter au pays de Nod, à l’est d’Éden.
      17 Caïn s’unit à sa femme. Elle devient enceinte et elle met au monde Hénok. Caïn se met à construire une ville. Il donne à cette ville le nom de son fils Hénok.
      18 Hénok a un fils : Irad. Irad a un fils : Mehouyaël. Mehouyaël a un fils : Lémek.
      19 Lémek prend deux femmes : la première s’appelle Ada, la deuxième s’appelle Silla.
      20 Ada met au monde Yabal. C’est l’ancêtre de ceux qui habitent sous des tentes et élèvent des troupeaux.
      21 Son frère s’appelle Youbal. C’est l’ancêtre de tous ceux qui jouent de la cithare et de la flûte.
      22 Silla met au monde Toubal-Caïn. C’est le forgeron qui fabrique tous les outils en bronze et en fer. La sœur de Toubal-Caïn, c’est Naama.
      23 Lémek dit à ses femmes : « Ada et Silla, écoutez-moi ! Mes chères femmes, faites attention à ce que je vais dire. Si on me frappe, je tue un homme. Si on me blesse, je tue un enfant.
      24 Pour venger Caïn, il faut tuer sept personnes. Pour me venger, il faudra en tuer 77. »
      25 Adam s’unit encore à sa femme. Ève met au monde un fils. Elle l’appelle Seth, et elle dit : « Caïn a tué Abel, mais Dieu m’a donné un autre fils à sa place. »
      26 Seth à son tour a un fils. Il l’appelle Énos. À ce moment-là, les gens commencent à prier Dieu en l’appelant SEIGNEUR.

      Genèse 5

      1 Voici la liste des enfants et des petits-enfants d’Adam. Le jour où Dieu a créé les êtres humains, il les a faits pour qu’ils lui ressemblent.
      2 Dieu les a créés homme et femme. Il les a bénis et leur a donné le nom d’êtres humains, le jour même où il les a créés.
      3 À l’âge de 130 ans, Adam a un fils qui lui ressemble vraiment. Il l’appelle Seth.
      4 Après la naissance de Seth, Adam vit encore 800 ans. Il a d’autres fils et des filles.
      5 Au total, il vit 930 ans, puis il meurt.
      6 À l’âge de 105 ans, Seth a un fils : Énos.
      7 Après la naissance d’Énos, Seth vit encore 807 ans. Il a d’autres fils et des filles.
      8 Au total, il vit 912 ans, puis il meurt.
      9 À l’âge de 90 ans, Énos a un fils : Quénan.
      10 Après la naissance de Quénan, Énos vit encore 815 ans. Il a d’autres fils et des filles.
      11 Au total, Énos vit 905 ans, puis il meurt.
      12 À l’âge de 70 ans, Quénan a un fils : Malaléel.
      13 Après la naissance de Malaléel, Quénan vit encore 840 ans. Il a d’autres fils et des filles.
      14 Au total, Quénan vit 910 ans, puis il meurt.
      15 À l’âge de 65 ans, Malaléel a un fils : Yéred.
      16 Après la naissance de Yéred, Malaléel vit encore 830 ans. Il a d’autres fils et des filles.
      17 Au total, Malaléel vit 895 ans, puis il meurt.
      18 À l’âge de 162 ans, Yéred a un fils : Hénok.
      19 Après la naissance d’Hénok, Yéred vit encore 800 ans. Il a d’autres fils et des filles.
      20 Au total, Yéred vit 962 ans, puis il meurt.
      21 À l’âge de 65 ans, Hénok a un fils : Matusalem.
      22 Après la naissance de Matusalem, Hénok vit 300 ans en suivant le chemin de Dieu. Il a d’autres fils et des filles.
      23 Au total, Hénok vit 365 ans.
      24 Il suit le chemin de Dieu pendant toute sa vie, puis il disparaît. En effet, Dieu l’enlève auprès de lui.
      25 À l’âge de 187 ans, Matusalem a un fils : Lémek.
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