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JÉSUS-CHRIST (5)

IV Les moyens d'action.

1.

LES MIRACLES.

Les évangiles ne renferment pas moins de quarante et un miracles ou groupes de miracles. En les examinant de près, on a pu y pratiquer certaines réductions. L'oreille de Malchus, d'abord : guérison attestée par une source orale peu sûre (Lu 22:51). Puis les doublets de Matthieu Ici, il y a quatre aveugles au lieu d'un seul. Le démoniaque muet et le possédé aveugle et muet (Mt 9:33 12:22), qui tiennent chez Matthieu la place du démoniaque muet de Luc font double emploi. De même l'hydropique de Lu 14:2, et l'homme à la main sèche de Lu 6:6 et suivants. Il reste un nombre considérable de récits. Ils racontent toutes sortes de guérisons, et des plus extraordinaires qui soient, allant jusqu'aux guérisons de lépreux et aux résurrections.

D'abord les guérisons de démoniaques. Satan apparaît dans les évang, comme l'auteur de maladies : des maladies nerveuses en particulier. Il est responsable de la paralysie (Lu 13:11,16), mais aussi du mutisme (Mt 12:22) ; de la cécité ; et même, de la fièvre en général (Lu 4:39). C'est une époque de terreur, où il semble que le démon ait tout envahi. Jésus considère que sa première tâche est de combattre Satan en libérant ses victimes. C'est un fait à l'abri de toute conteste. L'accusation des Pharisiens : « Il chasse les démons par Béelzébul » ne répondrait à rien si Jésus ne chassait pas les démons. Et l'histoire de l'exorciste qui chasse les démons au nom de Jésus (Lu 9:49 et suivant) prouve à quel degré de notoriété avaient atteint les guérisons de démoniaques opérées par Jésus. Les rabbins pratiquaient largement l'exorcisme. Il y avait là une thérapeutique très en vogue au temps de Jésus.

Exclure l'hypothèse du démon n'est pas aussi raisonnable qu'il pourrait le sembler, quand il s'agit d'un phénomène de double personnalité comme celui du démoniaque de Gadara ( « Je m'appelle Légion, car nous sommes plusieurs » Mr 5:9). On conçoit très bien que des maladies mentales à crises intermittentes, sans lésions apparentes, aient été attribuées au démon, et que le malade lui-même en ait eu la persuasion (voir l'histoire de Gottliebin Dittus dans la Vie de Jean-Christophe Blumhardt : celui-ci a eu le sentiment d'une lutte, d'un véritable corps à corps, avec l'esprit du mal). Cette persuasion d'être l'esclave de Satan donne au malade des pensées infernales. Il y a là une obsession démoniaque, qui peut être chassée par l'intervention d'une personnalité forte et pure.

Il est certain que Jésus a voulu s'attaquer à ces maladies plus qu'à d'autres. Il y voyait une manifestation de l'esprit du mal, auquel il venait arracher son empire. L'action qu'il exerçait sur les démoniaques consistait d'abord à provoquer leur rage, dont les accès s'entremêlaient parfois de déclarations qui attestaient la clairvoyance subite de ces cerveaux en délire. « Tu es le Messie ! » criaient les démoniaques. Ils étaient seuls à le savoir. Ce témoignage des démoniaques a été contesté par certains critiques ; il n'a rien pourtant qui doive étonner. Ce mélange d'attraction et de répulsion qui caractérise l'attitude des démoniaques vis-à-vis de Jésus, atteste l'action qu'exerçait sur eux une personnalité supérieure absolument saine et unifiée.

Les évangiles racontent en détail la guérison du démoniaque de la synagogue, à Capernaüm (Mr 1:23-28), celle du fou de Gadara (Mt 8:28,34, Mr 5:1-20, Lu 8:26-39) ; celle de l'enfant épileptique, à propos de qui Matthieu prête à Jésus ce propos : « Cette sorte de démon ne se chasse que par la prière et le jeûne » (Mt 17:21).

Jésus a guéri également, au témoignage des évangiles, des maladies de la locomotion ou des organes des sens qui étaient mises parfois, elles aussi, de façon expresse sous la dépendance de Satan.

Notons la perte de sang guérie (Mt 9:20, Mr 5:25), la fièvre de la belle-mère de Pierre (Mt 8:14, Mr 1:30) et encore les guérisons des lépreux. Sur cette terrible maladie (dans sa forme nerveuse ou anesthésique), Jésus a exercé une influence. Des ulcères ont disparu en un instant sans laisser de traces. L'action de Jésus a provoqué le processus de guérison, avec le concours de la foi du lépreux.

Restent les résurrections. Dans le cas de la fille de Jaïrus, Jésus dit : « Elle n'est pas morte : elle dort » (Mt 9:24, Mr 5:39, Lu 8:52). On peut parler aussi du cas du fils de la veuve de Naïn, (Lu 7:11,17). Reste l'histoire de Lazare.

De toute façon, l'extraordinaire tient une place considérable dans la vie de Jésus.

Le miracle, dans la tradition synoptique, n'est pas envisagé sous le même aspect que dans la tradition johannique. Celle-ci considère les miracles comme des signes de la puissance divine qui était en Jésus. Ce sont des moyens dont Dieu se sert pour accréditer Celui qu'il envoie. Par ces actes de puissance, le Christ manifeste sa gloire. Jean n'en raconte pas beaucoup ; mais ils ont tous une signification spirituelle et un caractère merveilleux. Pas de guérisons de démoniaques. Un aveugle-né ; un paralytique qui est là depuis trente-huit ans (Jn 5:5) ; un mort qui est depuis trois jours au sépulcre ; enfin, des transformations de substance : les noces de Cana, la multiplication des pains. A la lumière de ces actes, Jésus apparaît comme le roi de la nature, l'Être divin qui, dans son humilité apparente, continue de manifester sa gloire. Il en est autrement de la tradition synoptique. Celle-ci laisse de côté les leçons spirituelles qu'on peut retirer de tel ou tel miracle. Ce ne sont pas des symboles, des illustrations de vérités spirituelles. Ce sont des actes de charité.

Jésus a une puissance divine qui est en lui, qui peut même se manifester sans qu'il l'ait voulu, comme un simple rayonnement de son être (Mr 5:30). Cette puissance, il se refuse à l'employer pour lui-même. S'il la fait servir généreusement à soulager la souffrance humaine, c'est par pure charité, sans aucun dessein d'utiliser ses guérisons à fonder sa royauté. Au contraire, il fait ce qu'il peut pour que les bénéficiaires de son initiative miséricordieuse gardent le silence sur son intervention, quand celle-ci est particulièrement extraordinaire (guérison d'un lépreux, rappel à la vie de la fille de Jaïrus). Sauf dans le cas du possédé de Gadara, il ne songe pas à prendre de telles précautions quant aux guérisons de démoniaques. Elles sont un élément normal de son ministère. Elles sont dans la ligne de son programme, puisqu'il vient combattre Satan. Et, sans doute, elles ont contribué à lui amener les foules ; mais ce n'était pas le but qu'il poursuivait.

Il y a encore d'autres miracles de Jésus : des manifestations d'une force qui contredit apparemment la nature, et qui l'oblige à servir ses desseins. Il y a notamment la tempête apaisée (Mr 4:35,41), la multiplication des pains (Mr 6:30-44), la marche sur les eaux (Mr 6:47,52).

Quant aux miracles de guérison, la réponse de Jésus aux envoyés de Jean-Baptiste semble indiquer qu'il leur attribuait parfois une valeur apologétique (Mt 11:2-6, Lu 7:18-23). Certains auteurs ont essayé de spiritualiser cette énumération des oeuvres de miséricorde accomplies par Jésus. Sans doute, on peut entendre métaphoriquement ce qui est dit des sourds qui entendent et des aveugles qui recouvrent la vue.

Mais quand il est question des oeuvres du Messie, il est malaisé de ne pas entendre les choses au sens littéral. Les choses extraordinaires dont Jésus parle font songer à la prophétie d'Ésaïe (Esa 61:1). Il annonce donc au Baptiste :

1° que les temps messianiques approchent ;

2° qu'il est le Serviteur de l'Éternel dont a parlé le prophète.

S'il attribue à ces actes une importance considérable, c'est parce que cet afflux de puissance atteste la proximité du siècle futur. De telles oeuvres ne suffiraient pas à le faire reconnaître comme le Messie. Nul doute que le Messie ne doive en accomplir de semblables ; mais à cette époque, des actes de cet ordre ne sont pas tenus pour si extraordinaires. Ce n'est pas encore le signe du ciel qu'on réclame du Messie, et que Jésus se refusera toujours à donner.

Les frontières du réel, en ce temps-là, ne sont pas rigoureusement circonscrites. On vit dans la croyance au merveilleux. La foi peut à tout instant se développer sans être contrariée par la froide raison. Et cette acceptation de l'extraordinaire fait reculer les limites du possible. A cela, il faut ajouter l'action d'un être saint.

Si des personnalités consacrées à leur idéal, et agissant avec la force que leur donnait la communion du Sauveur, telles que Jean-Christophe Blumhardt, le curé d'Ars, le P. Jean de Cronstadt, ont pu au siècle dernier accomplir des guérisons miraculeuses, comment ne pas admettre que Jésus ait possédé un tel don ? Il ne guérissait pas d'après un plan prémédité. Parfois, il semble qu'il n'ait guéri qu'à regret, et comme contraint par les requêtes dont il était assiégé. Ses miracles étaient des actes d'amour, qui manifestaient sa charité humaine et non sa gloire divine. En général, il agissait sans le secours de remèdes matériels, par sa seule volonté, et au besoin à distance : ainsi dans le cas du serviteur du centurion (Mt 8:5, Lu 7:2), dans celui de la fille de la Cananéenne (Mr 7:24-30). Parfois cependant, il a employé des remèdes d'aspect matériels : ainsi, la salive, pour guérir l'aveugle (Mr 8:22,26) et le sourd-muet (Mr 7:31-37). Avec ou sans remède apparent, c'était la foi qui agissait. Il nous est dit qu'à Nazareth, il ne put guérir personne « à cause de leur incrédulité » (Mr 6:1,6). Là-bas, il était le « fils de Joseph ». Il lui est arrivé de guérir à cause de la foi de ceux qui assistaient un malade. Mais il n'est pas dit que le malade n'ait pas partagé la foi des siens.

Il est remarquable que la critique rationaliste admette aujourd'hui la possibilité de guérisons merveilleuses, du moment où la confiance du malade y peut jouer un rôle. Les guérisons des démoniaques (en désignant par ce nom des malades atteints d'affections nerveuses et de troubles cérébraux) ne font de doute pour personne.

2.

L'ENSEIGNEMENT.

(a) La forme. Le terme de parabole est employé sans explication dans les évangiles, à propos de l'enseignement de Jésus. Marc dit, par ex. : « Il leur donnait beaucoup d'enseignements en paraboles » (Mr 4:2).

Le mot grec parabole est une traduction de l'hébreu mâchai

Le machal est une forme de discours dans laquelle on fait une comparaison ; parfois une sentence très courte, comme celles que nous trouvons dans les Proverbes. Salomon, nous dit le livre des Rois, en a prononcé trois mille (1Ro 4:32). Or, les évangélistes ont confondu la parabole grecque, qui est une énigme, avec le machal. Ceci apparaît clairement chez Jean, où l'on voit Jésus s'exprimer d'une façon symbolique et les disciples lui dire : « Maintenant, tu parles ouvertement, tu ne dis pas de paraboles » (Jn 16:29).

Déjà, chez Marc, nous trouvons le refrain : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ! » et la terrible parole : « Afin qu'en voyant de leurs yeux, ils ne voient point, qu'en entendant de leurs oreilles, ils n'entendent point » (Mr 4:12) Quand il est dit que Jésus, après avoir exposé publiquement sa doctrine en forme de paraboles, expliquait tout en privé à ses disciples (Mr 4:34), ceci montre bien que les paraboles sont considérées comme des allégories, c'est-à-dire comme des discours figurés qui présentent à l'esprit un sens caché sous le sens littéral (défin. de Darmesteter-Hatzfeld).

En réalité, les paraboles sont tout autre chose. Ce sont des comparaisons, des exemples, qu'il faut prendre dans leur sens naturel. Elles font intervenir des personnages, des situations qui peuvent être réels. La leçon a en tirer est en général spirituelle.

Les fables, au contraire, peuvent faire intervenir des animaux, des végétaux, et les faire discourir dans des situations imaginaires. La leçon a en tirer est en général morale.

Le type de l'allégorie, c'est le Voyage du Chrétien, ou encore le Roman de la Rose, où les vertus et les vices sont figurés par des personnages. Les allégories ont besoin d'explication. Or, nous comprenons les paraboles sans explication. Deux paraboles seulement sont expliquées dans les évangiles : le Semeur et l'Ivraie ; et l'explication est superflue.

L'allégorie est chose savante et artificielle. On s'y donne beaucoup de mal pour peu de résultat. Jésus n'avait pas le temps de composer des allégories. L'image, pour faire son effet, doit être comprise : au sens propre dans la parabole, au sens impropre dans l'allégorie. En style allégorique, il sera parlé du levain des Pharisiens ; en style parabolique, du levain qui fait lever toute la pâte. La parabole n'a pas à être résolue comme une énigme. Elle a pour mission de faire pénétrer une idée en la rendant en quelque sorte sensible. Elle n'a pas à être interprétée, mais appliquée.

On distingue, dans les évangiles, trois sortes de paraboles.

Il y en a une trentaine qui sont de simples comparaisons ; l'aveugle qui veut conduire un autre aveugle (Mt 15:14) ; la lumière sur le chandelier (Mr 4:21) ; l'oeil qui est la lumière du corps (Mt 6:22), les vieilles outres et le vieil habit (Mr 2 : et suivant) ; l'arbre et les fruits (Mt 7:16-20 12:33-37), etc.

Viennent ensuite les paraboles proprement dites. Ici, il ne s'agit plus de choses qui arrivent constamment, mais d'histoires composées dans un dessein didactique. Le principe fondamental dont elles s'inspirent, c'est l'unité du monde spirituel et de la nature. Les lois de la vie trouvent leur explication dans l'ordre religieux. C'est ce qui fait la supériorité des paraboles de Jésus sur celles des rabbins et même sur celles de l'A. T,. (cf. 2Sa 12:1, Esa 5:1,7) Les paraboles ont été prononcées dans des circonstances déterminées que nous ignorons, d'où certaines obscurités. La tâche du lecteur est de dégager l'enseignement central, au lieu de se perdre dans des détails qui sont là pour encadrer la leçon et non pour disperser la signification de l'histoire.

Ceci étant, les paraboles proprement dites sont :

l'Ami importun (Lu 11:5-8) ; le Juge inique (Lu 18:1-8) ; le Serviteur impitoyable (Mt 18:21-35) ; le Semeur (Mr 4:3,9) ; les paraboles du Règne de Dieu (Mt 13, Mr 4:26-29) ; la Brebis et la Drachme perdues, l'Enfant prodigue (Lu 15) ; l'Économe infidèle (Lu 16) ; les Vignerons (Mr 12:1-12) ; les Ouvriers (Mt 20) ; le Festin (Mt 22) ; les Dix Vierges (Mt 25:1-13) ; les Talents (Mt 25:14-30).
En troisième lieu, nous trouvons dans les évangiles une série de récits dont les données sont déjà d'ordre religieux, et qui sont propres, tels quels, à servir d'exemple. Ils démontrent une vérité générale en racontant une histoire particulière.
Le Bon Samaritain (Lu 10:29-37) ; le Pharisien et le Péager (Lu 18:9-14) ; le Riche insensé (Lu 12:16,21) ; Lazare et le Riche (Lu 16:19-31).
Il faut mentionner enfin les allégories de Jean (Jn 10:1-16 15:1).

Les premiers chrétiens ont tenu les paraboles pour des allégories. C'étaient des Juifs. L'endurcissement de leur peuple, qui avait persisté malgré l'enseignement si populaire de Jésus, leur sembla un tel mystère, qu'ils ne purent se l'expliquer que par une intention divine (c'est la théorie de l'apôtre Paul dans Ro 11:7,10). Ce qui était une conséquence non voulue devint une fin poursuivie, conforme à l'ordre providentiel. C'est ainsi qu'on a entendu une parole de Jésus sur le mystère du Royaume de Dieu Elle a été mise en rapport avec une parabole qui n'avait rien de mystérieux : le Semeur.

Que l'allégorie se soit glissée de très bonne heure dans les paraboles, que Jésus lui-même y ait eu recours, c'est ce dont on ne peut guère nier la possibilité. On sait l'opinion très catégorique de l'homme le plus compétent en la matière, Adolf Julicher. « Jésus, dit-il, n'a négligé aucun moyen de faire pénétrer la Parole de Dieu dans le coeur de ses auditeurs ; seule, l'allégorie, qui ne révèle pas mais qui cache, qui n'unit pas mais qui sépare, qui ne convainc pas mais qui repousse, --le plus clair, le plus puissant, le plus simple de tous les orateurs ne pouvait l'utiliser pour ses fins. »

C'est très juste en principe ; un peu exagéré toutefois. Même dans la parabole du Semeur, il n'est pas absolument nécessaire que des graines tombent parmi les épines, d'autres sur le sol pierreux. C'est déjà l'allégorie qui commence. Les invraisemblances que renferment certaines paraboles sont le résultat de l'allégorisation du thème initial. Ainsi, quand le roi de la parabole fait la guerre aux gens qui ont décliné son invitation, et brûle leur ville (Mt 22:7) ; ou quand l'homme qui n'a pas d'habit de noces est jeté dans les ténèbres du dehors, parmi les pleurs et les grincements de dents (Mt 22:13). C'est être trop puriste que de dire : Jésus n'a pu raconter cela.

Quoi qu'il en soit, la valeur esthétique des paraboles est incomparable. S'il s'y trouve des traces d'adaptation à l'usage catéchétique, ou des ornements qui sont le fait des traducteurs, ce que le travail de la critique en dégage, c'est un pur diamant. Le genre littéraire existe ailleurs ; mais il n'y a qu'à comparer les paraboles chrétiennes aux fables du Lotus, produit de l'imagination démesurée du monachisme bouddhique, ou aux froides allégories des rabbins, pour apercevoir le caractère unique des paraboles de l'Évangile.

(b) Le contenu.

1° Dieu

Il ne paraît pas indiqué de grouper les principaux thèmes de l'enseignement de Jésus autour de la rubrique générale du Royaume de Dieu (voir art.). Ce terme n'est pas nouveau à l'époque (sans être d'une application courante), et il n'est pas ce qu'il y a de plus central dans l'Évangile. Sans doute, Jésus a parlé de la royauté de Dieu. Il l'a appelée de ses prières. Il a considéré que c'était sa tâche d'en préparer la venue. Mais cela, Jean-Baptiste l'avait pensé avant lui. Pourtant, Jean-Baptiste appartenait encore au passé. En quoi consistait donc l'ère nouvelle ?

Devait-elle apporter à l'humanité un Dieu nouveau ?

Oui et non (voir Goguel, Le Dieu de Jésus, Paris 1929). L'apologie d'autrefois attribuait à Jésus, sans aucune réserve, la révélation du Dieu Père. Il y avait là une grosse exagération. Le mot Père est familier au rabbinisme tout comme à l'ancien Israël. Toutefois, dans le langage des Juifs, il comporte une idée de souveraineté qui paraît étrangère à l'Évangile, ou du moins, qui reste à la surface des choses. Le Père, dans le judaïsme, c'est le monarque divin. « Un fils honore son père, dit Malachie ; un serviteur, son maître. Si je suis Père, où est l'honneur qui m'est dû ? » (Mal 1:6). Les termes de Père et de Roi alternent dans la grande prière juive, le Chemoné Esré. Sans doute, l'individualisme religieux a fleuri chez les prophètes et dans les Psaumes. On trouve chez eux l'expression classique de la foi et de l'amour pour Dieu. Toutefois, chez les plus grands, la note dominante est celle de la vision d'Ésaïe : l'effroi devant le mystère ; et c'est plutôt, pour emprunter le langage d'un théologien d'aujourd'hui, le mystère qui fait trembler que ce n'est le mystère qui fascine. Le Dieu des prophètes, c'est le Dieu personnel et saint.

Tel est aussi le Dieu de Jésus. Et, en ce sens, Jésus est bien l'héritier de l'A.T. Mais il ajoute une note d'intimité qui le caractérise. Il n'y a pas, dans les évangiles, une doctrine de Dieu, bâtie suivant les règles de la logique. Il y a Dieu. Élaborer une théodicée ? A quoi bon ? Jésus vit de Dieu. Et son Dieu, le Dieu proche, le Dieu qui est amour, est autre chose encore que le Dieu personnel et saint. Dieu est le Père. Cette expression a perdu tout caractère national. Elle ne comporte plus aucune limite ethnique. L'amour de Dieu s'étend à toutes ses créatures. Il déborde les cadres de l'humanité : il s'intéresse aux moineaux et aux fleurs des champs. A plus forte raison Dieu se soucie-t-il des êtres faits à son image, et ceci, sans aucune restriction. Évidemment, il y a la parole : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt 15:24). Il y a l'avertissement aux envoyés de Jésus : « N'allez pas chez les païens. N'allez pas chez les Samaritains » (Mt 10:5). Question de méthode, de sage division du travail, économie des forces qui ne doivent pas se disperser en vain ; mais sans rien qui vienne circonscrire l'horizon de Dieu et limiter ses ambitions aux possibilités actuelles de son Envoyé.

Il y aura des étapes dans la conquête du monde par Dieu. Le premier objectif, c'est Israël. Les enfants d'Abraham ont dans le coeur du Père un droit de primogéniture. Mais la foi des païens efface tous les intervalles. « Il en viendra d'Orient et d'Occident, du Nord et du Midi, qui seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux » (Mt 8:11). Cette foi, Jésus l'a constatée chez la Cananéenne (Mr 7:26 et suivants) comme chez le centurion de Capernaüm (Mt 8:5 et suivants). Il l'a admirée, et sans doute elle a découvert devant lui les perspectives de l'avenir missionnaire. L'Évangile de Jésus n'accorde, dans son principe, aucune place aux considérations ethniques. Celui qui fait la volonté du Père montre par là qu'il est un enfant du Père et un frère de Jésus (Mt 12:50, Mr 3:35). Et si le Père est bien le Berger qui cherche sa brebis perdue, n'est-ce pas faire entendre qu'à ce droit de primogéniture succède une préférence accordée à la souffrance humaine, et même au péché de l'homme, sur la justice des satisfaits ?

L'unité de cette doctrine est si forte, que l'occasion de pécher, la tentation elle-même, se trouve dans la dépendance de ce pouvoir dominateur, à la fois saint et aimant, d'un Dieu qui conserve en toutes choses l'initiative souveraine. Mais toutefois, cette unité n'est qu'apparente, car Dieu est l'Être saint qui a horreur du mal. Il est le Berger qui va chercher sa brebis au désert : ce n'est pas lui qui la mènerait aux abîmes. Son initiative s'exerce dans le sens du salut de l'homme : elle est incompatible avec un entraînement au mal. Sans doute, il faut admettre ici la possibilité d'une permission. Dieu peut permettre que l'homme tombe dans la tentation, comme il peut permettre que le moineau tombe du nid. Son action s'exerce toujours dans le sens du bien. Il peut laisser libre cours au mal ou à la souffrance ; ce n'est pas qu'il les veuille. Sa volonté se confond avec celle de Jésus qu'il envoie. Jésus lui obéit : or, son obéissance le porte à combattre la souffrance sous toutes les formes. C'est sa mission.

On voit ce qu'il faut penser de l' « optimisme » évangélique. Sans doute, Jésus montre l'amour de Dieu se révélant dans la nature. Au règne du caprice ou de la fatalité se substitue le règne de l'amour. Jésus retrouve les traces de la sagesse et de l'amour du Père dans l'éclat des lis des champs, qui sont les anémones rouges des printemps galiléens, comme dans l'humble existence des oiseaux du ciel, que le Père céleste nourrit. « Deux moineaux, demande-t-il, ne se vendent-ils pas un sou ? et il n'en tombe pas un seul à terre, sans votre Père... Ne craignez donc rien : vous valez plus que beaucoup de moineaux » (Mt 10:29-31). Si Jésus ne retient ici que l'aspect lumineux des choses, c'est qu'il interprète la nature qui l'environne à la lumière de sa propre vie intérieure. Mais il n'ignore pas les aspects sombres de la réalité. Son optimisme est fait non d'ignorance, mais de confiance en Dieu, dont l'amour aura le dernier mot. Le monde des paraboles nous montre Lazare agonisant sur les marches du palais du riche ; ou encore, le serviteur à qui son maître a remis sa lourde dette, prenant à la gorge son compagnon de service, et lui disant : Paye ce que tu dois ! Il y a dans ce monde des scandales, et d'une telle portée, qu'il faudrait mettre une meule au cou de l'auteur du scandale, et le jeter au fond de la mer (Mt 18:7). Il y a des cambrioleurs qui percent les maisons (Mt 24:43, Lu 12:39), et des attaques à main armée, le long des routes (Lu 10:30). On y voit des tyrans, qui exigent de ceux qu'ils oppriment le titre de bienfaiteurs (Lu 22:25 et suivant). C'est un monde où les oiseaux ne tombent pas du nid sans l'intervention du Père ; mais dans ce monde, on emprunte de gré ou de force (Mt 5:42), on trompe, on vole, il y a entre proches des conflits d'intérêts ; les faits-divers sanglants s'y multiplient (Lu 13:3 et suivant). Même les transformations apparentes des âmes ne préservent pas des rechutes (Mt 12:43-45). Mais c'est un monde derrière lequel Dieu est à l'oeuvre. Il ne préserve pas les siens de la souffrance : au contraire, les persécutions seront leur lot ; mais ils ne doivent pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps et ne peuvent tuer l'âme. Le seul qu'il faille craindre, c'est celui qui peut perdre l'âme et le corps dans la géhenne (Mt 10:28). Les adversaires de Jésus pourront torturer ses disciples : ils ne les sépareront pas de Dieu.

On s'est demandé si Jésus considérait la filiation divine de l'homme comme d'ordre naturel ou s'il l'envisageait comme un état surnaturel, auquel on arriverait par le libre choix de Dieu. Est-on fils de Dieu par grâce ou par nature ? Les penseurs qui font de l'homme un fils de Dieu sont les représentants de la sagesse grecque. Le judaïsme n'envisage pas ainsi les choses : il place Dieu trop haut et trop loin. Et Jésus, qui vit de cette réalité immédiate qu'est la présence de Dieu en lui, reste sur le terrain du judaïsme en affirmant le choix de Dieu qui fait de l'homme son fils (Lu 10:20). Ici, ce n'est pas la nature de l'homme qui intervient ; c'est le pardon de Dieu.

2° L' homme ; la conversion

Quelle opinion l'Évangile a-t-il de la nature humaine ? Il la met aussi haut que possible. L'enthousiasme de Jésus, quand il parle de l'homme, surpasse celui du psalmiste s'écriant : « Tu l'as fait à peine inférieur à Dieu : tu l'as couronné de gloire et de magnificence » (8:6). « Que servirait à un homme de gagner le monde entier, demande Jésus, s'il perdait son âme ? Que peut donner un homme en équivalent de son âme ? » (Mr 8:36 et suivant). Si l'équivalent de l'âme n'existe pas, c'est qu'elle est fille de Dieu.

Ceci ne s'accorderait guère avec cette extrême dépréciation de l'homme qui est impliquée dans la doctrine du péché originel. Et de fait, cette doctrine ne se trouve pas dans l'Évangile. Jésus dit : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mt 9:13, Mr 2:17, Lu 5:32). On s'est demandé si ce n'était pas ironie. Mais ce qui, sûrement, n'est pas une ironie, c'est cette autre parole : « L'homme de bien tire de bonnes choses de son bon trésor ; mais le méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor » (Mt 12:35). Il y a donc des gens de bien. C'est que l'Évangile ne fait pas sur la nature humaine des théories abstraites. Il observe les faits. Il constate qu'il y a des actes de vertu. Il admet l'existence d'un oeil intérieur (Mt 6:23), qui n'est pas nécessairement obscurci. Il ne dit pas, comme le dira l'apôtre Paul, que la Loi est là pour donner la connaissance du péché. Il croit à la possibilité de satisfaire, dans tel cas déterminé, aux exigences de la Loi. A celui qui l'interroge sur les conditions de la vie éternelle, Jésus dit : « Fais ceci, et tu vivras » (Lu 10:28). Il envisage même la possibilité, pour ses disciples, de surpasser la justice des Scribes et des Pharisiens (Mt 5:20).

Mais il n'excepte personne de la nécessité de la repentance. Il reprend l'enseignement qui était celui des prophètes, et auquel le message du Baptiste a donné un relief nouveau. Il y a entre sa personne et celle de Jean un contraste extérieur ; mais vis-à-vis de l'âme, il a les mêmes exigences. Il est venu sauver ce qui était perdu, et il dit à ses auditeurs : « Si vous ne vous repentez, vous périrez tous » (Lu 13:2,5). On ne voit nulle trace dans l'Évangile d'une morale fadement sentimentale, annonçant un pardon sans repentir. Jésus vient dans des temps tragiques, et sans doute, pense-t-il, à la fin des temps. C'est pour son peuple la dernière occasion de se convertir avant la ruine. Sa prédication se rapporte toute à la repentance. Ses guérisons elles-mêmes ont pour but de remuer dans les âmes le regret de leurs fautes et de leur communiquer une terreur sacrée, en leur donnant la sensation que le divin s'est approché d'elles. Si Tyr et Sidon avaient été témoins de ces choses, « elles se seraient repenties en prenant le sac et la cendre » (Mt 11:21).

Jésus veut qu'on passe par la porte étroite et le chemin étroit. Et il insiste sur le petit nombre de ceux qui y passent (Mt 7:13, Lu 13:23). Son optimisme se résout ici en pessimisme. Mais il exerce sur ceux qui l'écoutent une action thérapeutique, au sens moral comme au sens matériel. Il pardonne les péchés. Et dans ce pardon, il y a plus qu'une simple façon d'absoudre le péché. Il le guérit par la parole de pardon elle-même. Ainsi, il sauve (le mot araméen akhi, que Jésus a employé, signifie donner la vie : soit celle du corps, soit celle de l'âme). En tout ceci, il y a une foi puissante en l'humanité, même morte : Jésus affirmant qu'il peut promouvoir, effectivement, ceux auxquels il s'adresse, à la dignité de fils de Dieu.

Dans cette phase de sa prédication, Jésus ne subordonne à aucune condition la réconciliation de l'homme avec Dieu. Il fait entendre aux hommes l'appel de l'amour divin, et cela suffit. Mais il faut passer par une crise. Et cette crise est une mort. Il faut mourir à soi, pour renaître. Le commentaire naturel des Synoptiques, c'est la parole que le Christ johannique adresse à Nicodème : « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le Royaume de Dieu » (Jn 3:3). Il n'y a ici aucune complaisance envers le mal. La vie humaine est un drame où le ciel et l'enfer s'affrontent.

La repentance dont il est question dans l'Évangile, la techoubâ, était envisagée par les rabbins comme la condition du salut. Le judaïsme n'avait pas une doctrine formelle du péché originel. Il considérait que le coeur de l'homme était le théâtre d'un conflit entre le bon penchant (jézer hattôb) et le mauvais penchant (jézer hâra). Mais, étant donnée la faiblesse invétérée de l'homme, l'instinct mauvais dominait. Le judaïsme, dès lors, percevait le tragique de la vie. Seulement il y associait la pénitence, qui, selon lui, préexistait au monde, et pouvait restituer à l'homme sa gloire perdue. La synagogue concentrait son effort de pénitence sur la fête de Kippour. Là, par le moyen de la confession et du jeûne, le peuple effaçait ses péchés. A cette nécessité de la repentance, Jésus n'a rien changé. Mais il a intériorisé la pénitence. Loin d'en faire un ensemble d'actes extérieurs, il y a vu l'acte initial et essentiel par lequel l'âme se tourne vers Dieu. S'il ne confirme pas le rite ancien, c'est qu'il se met d'emblée sur un autre terrain. Ce qu'il veut provoquer, c'est un sentiment plus qu'un acte rituel, et il n'attend pas pour cela la fête de Kippour.

La pénitence, d'ailleurs, ne saurait suffire. La dette contractée par l'homme vis-à-vis de Dieu est de telle nature, qu'elle ne peut être réglée par des prestations. Il y faut le pardon de Dieu. Ce pardon laisse subsister l'offense dans sa gravité tragique. Elle ne saurait être réparée par la bonne volonté de l'homme : il faut pour l'effacer un miracle de la grâce. Mais le pardon que Dieu offre au pécheur est instantané et complet. Il est gratuit. Si l'enfant prodigue a offert de réparer sa faute en acceptant d'être traité comme un journalier de son père (Lu 15:19), on ne voit pas que le père ait songé à accepter cette réparation. Le pardon divin apparaît illimité. Tel doit être, pratiquement, le pardon que l'homme accorde à l'homme. Or, le repentir de l'homme est déjà une réponse à l'initiative divine, c'est une décision que l'homme prend de se confier à la grâce d'un Dieu de miséricorde. « Ta foi t'a sauvé. » Dans cette déclaration de Jésus aux malades de l'âme comme aux malades du corps, tout est contenu. La délivrance vient de Dieu : il a la volonté de guérir, comme il a celle de pardonner. Cette loi du pardon, que Jésus va proclamer comme devant régir désormais les relations humaines, elle est valable pour Dieu avant de l'être pour l'homme.

Ainsi, Jésus n'affaiblit rien des exigences divines. Il affirme l'universelle obligation de la pénitence. Mais ce n'est pas sur elle qu'il compte pour sauver, c'est sur la miséricorde infinie qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et qui, lorsque l'homme répond à son initiative, fait de lui un fils de Dieu, le rétablissant dans sa dignité perdue. L'Évangile n'a rien de cette fadeur souriante que lui attribuaient volontiers ceux qui ont parlé de l'idylle galiléenne. C'est un appel à la conscience, poussé en des temps tragiques. Il faut que l'âme se décide pour ou contre Dieu. L'alternative, c'est la mort ou la vie. L'enseignement des deux chemins existait dans le judaïsme. Mais ici, nous n'avons pas affaire aux exhortations d'un moralisme assez plat. Nous sommes devant la révélation d'un Dieu de pardon. Elle emprunte sa solennité aux catastrophes pressenties du peuple élu. Le pardon de l'homme prend modèle sur le pardon de Dieu. La dette humaine est sans limites. Ce sont les dix mille talents (Mt 18:24), c'est la somme que le débiteur ne trouvera jamais. Mais Dieu consent à se contenter du repentir. L'Évangile constate que la faiblesse humaine est sujette à des rechutes. Il ne place pas l'homme devant un pardon unique, mais devant une volonté constante de pardonner (Mt 18:21, cf. Lu 17:3). Toutefois, l'acte initial de pardon produit une guérison. Et Jésus dit au malade comme au pécheur : « Ta foi t'a sauvé. » « Tes péchés te sont pardonnes. » (Mt 9:22, Mr 5:34 10:52, Lu 7:48,50 17:19).

Jésus demande à ses auditeurs, pour que son oeuvre de salut s'accomplisse, la foi. C'est elle qui rend la repentance efficace ; car il n'est pas de repentance sans la croyance à la possibilité de la guérison, et c'est cette croyance qui est la foi. La foi suppose-t-elle de plus un élément purement intellectuel ? On l'a contesté, en se fondant sur l'histoire de la pécheresse pardonnée (Lu 7:36-50). Il est certain que Jésus, en principe, ne demande pas à son disciple autre chose que de croire au pardon. Mais c'est beaucoup. Croire au pardon, au sens où Jésus l'entend, c'est croire à un pardon qui est une guérison de l'âme : c'est affirmer un miracle de Dieu. Et ceci suppose une grande confiance en Jésus, qui assure l'homme de son pardon. Jésus dit que, si l'on a de la foi gros comme un grain de moutarde, et qu'on dise à cette montagne : « Ote-toi de là et jette-toi dans la mer », elle s'y jettera (Mt 17:20, Lu 17:6). On ne voit pas comment une foi qui développe une telle puissance se passerait d'éléments intellectuels. Cette foi suppose, non que l'on entende manoeuvrer Dieu à sa guise, mais qu'on s'appuie à la volonté divine considérée comme sage et aimante, et qu'on ait, en somme, Dieu derrière soi. La foi de l'Évangile qui a Jésus pour sujet, disent certains, est distincte de la foi de l'Évangile qui a Jésus pour objet. Mais lorsqu'il est question de la foi, elle a toujours pour objet Jésus, ou Dieu à travers Jésus.

3° La prière et le culte

Comment cette relation entre Dieu et l'âme va-t-elle s'affirmer dans la vie quotidienne ? L'exemple de Jésus le montre. Si le christianisme est, comme l'a dit un théologien, « la religion de la prière », c'est l'oeuvre de Jésus. Il n'y a pas de point où il ait davantage innové. Partout ailleurs (sauf dans le Ps 73), la prière tend à utiliser la puissance divine pour l'accomplissement des desseins de l'homme. Elle se sert du Dieu qu'elle sert. Pour agir plus efficacement sur lui, elle multiplie les « vaines redites ». Il en est ainsi, très particulièrement, en Israël. Qu'on songe au Chemonê Esré, la grande prière de la Synagogue, dont les dix-huit demandes sont répétées trois fois par jour... « Celui qui fait de longues prières, disait un rabbin, ne reviendra pas à vide. » La prière juive est une oeuvre méritoire. L'Oraison dominicale, par sa brièveté même, traduit admirablement la relation filiale que Jésus est venu créer entre l'homme et Dieu.

Ce ne sont pas les paroles qui sont nouvelles. Elles ont des parallèles dans les prières de la Synagogue. C'est l'attitude qui est nouvelle. Tous les éléments artificiels de la prière juive ont disparu. La prière est une adhésion à la volonté du Père. Elle élève l'âme sur le plan divin ; elle la met à l'unisson des intentions du Père ; et par là, elle fraye la voie au Règne de Dieu. Hoeffding a pu dire que la prière de Gethsémané était la parole religieuse la plus profonde qui ait jamais été dite. Ce n'est pas seulement à Gethsémané que Jésus a dit cette parole. Elle est un élément de l'Oraison dominicale. Celle-ci est donc bien la prière personnelle de Jésus. Il a pu demander, en communion avec la race humaine qu'il venait sauver, et pour elle, le pardon. Avant tout, il est question ici de Dieu et de son Règne. Mais on voit bien que ce n'est pas la révolution cosmique qui est au premier plan. C'est la souveraineté actuelle et intérieure du Père céleste, qui doit s'achever par la transfiguration de l'univers. L'Oraison dominicale n'est pas seulement adhésion à la volonté divine. C'est une requête. La prière peut modifier les desseins de Dieu ; elle entre en ligne de compte dans ses délibérations. C'est le paradoxe de la prière chrétienne que, tout en faisant à Dieu le sacrifice de ses désirs, elle lui demande de les exaucer. Elle est une requête, et une requête ardente, comme le montrent les paraboles de l'ami importun (Lu 11:6-8) et de la veuve qui supplie le juge inique (Lu 18:1-5). Mais elle est une requête filiale, où l'imploration se soumet d'avance à la volonté mystérieuse du Père.

La prière est donc autre chose, encore, qu'une méditation sur l'amour de Dieu. Assurément, l'oraison d'union y tient une grande place. Marie a choisi la bonne part (Lu 10:42). Mais la prière peut être aussi une demande, et qui va jusqu'à l'importunité (Lu 11:8 18:5). Cette demande, toutefois, est déjà intercession. Elle est une force active au service du Règne de Dieu. Et il n'y a pas de doute que Dieu ne veuille se servir de la requête des hommes pour hâter son intervention dans l'histoire. Il ne s'agit donc pas de soumettre la volonté de Dieu à celle de l'homme, mais de faire collaborer l'homme à la réalisation des plans de Dieu. La prière ainsi entendue crée entre Dieu et l'homme un accord, qui est décrit dans la parabole de l'Enfant prodigue. « Mon enfant, dit le Père au fils aîné, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi » (Lu 15:31). Telle est la situation de l'homme vis-à-vis de Dieu. Il n'y a pas moyen d'en concevoir une plus haute.

Quel est maintenant le rôle du culte, selon l'Évangile ? Dans la religion de l'Esprit, telle que la professe Jésus, le Temple tient-il encore une place ? L'entretien avec la Samaritaine ne laisse guère d'avenir aux sanctuaires terrestres ; et il est permis d'y voir l'interprétation légitime des sentiments de Jésus. Il a prédit la ruine du Temple, s'abîmant dans la catastrophe qu'il voyait prête à fondre sur son peuple, et le seul crime qu'on ait pu lui reprocher avec quelque fondement, semble-t-il, c'est d'avoir annoncé l'édification d'un sanctuaire nouveau qui serait son oeuvre et dont l'établissement coïnciderait avec sa manifestation glorieuse.

Toutefois, l'histoire de Jésus commence dans le Temple, par une profession d'attachement enthousiaste à la maison du Père. Ensuite, les seuls points d'attache auxquels on puisse agrafer les phases du ministère de Jésus, ce sont les fêtes religieuses. Évidemment, les évang, ne nous disent pas que Jésus soit venu au Temple en pèlerinage. Ils ont fait crédit en cela à l'intelligence du lecteur. Dans l'épisode où Luc montre Jésus pleurant sur Jérusalem (Lu 19:41 et suivants), le Temple domine le paysage, et il n'y a pas de doute que la vue du splendide édifice, dont Jésus entrevoit la destruction, ne lui fasse verser des larmes. Jamais il n'a désavoué le Temple. Il n'a combattu nulle part la religion du sacrifice ; il a seulement dit, reprenant un thème de la religion prophétique, que la miséricorde valait mieux (Mt 9:13 12:7). Il a fréquenté le Temple, et, s'il a attiré sur lui la mort, c'est pour avoir voulu purifier la maison du Père du commerce impie qui en faisait une caverne de voleurs (Mr 11:17).

En tout cela, il est resté un fils pieux de la grande tradition d'Israël. Mais pour lui, qui trouvait Dieu sur la montagne solitaire, et à qui le spectacle des foules donnait plus de sujets de scandale que d'édification, le culte du Temple était à la périphérie de la religion, au lieu d'en former le centre. Désormais, la présence divine n'est plus réalisée exclusivement dans le Temple. La chambre dont un enfant de Dieu ferme la porte avant de prier est un sanctuaire du Dieu vivant (Mt 6:6). Ce n'est donc pas une religion nouvelle qui se crée, en hostilité à l'autre. C'est l'axe de la religion qui se déplace. Le sacré n'est plus extérieur à la VI° sociale ; il en devient l'âme, étant associé à toutes ses manifestations.

4° La loi d'amour

Comment la sainteté va-t-elle se réaliser ? Y faudra-t-il employer des moyens extérieurs ? Jésus ne méprise pas les oeuvres prescrites par ses contemporains. Il n'ordonne pas le jeûne à ses disciples, et ils ne le pratiquent pas (Mt 9:14). Lui-même ne le pratique pas davantage (Mt 11:19, Lu 7:34) ; mais il admet qu'on y ait recours comme à une méthode d'hygiène spirituelle, à condition de ne penser qu'au bien de son âme et de se refuser systématiquement à se servir de ses pratiques d'ascétisme pour faire impression sur les hommes (Mt 6:16,18). De même Jésus prescrit l'aumône, mais il la veut discrète, ignorée des hommes, connue de Dieu seul (Mt 6:2-4). Il fait une place, et quelle place ! à la prière, mais en lui ôtant tout ce qu'elle a d'extérieur, et jusqu'à l'apparence d'une contrainte exercée sur la divinité (Mt 6:6-8).

Ce qui caractérise la religion de Jésus, c'est qu'elle élimine tout mérite. L'homme n'a aucun droit à faire valoir devant Dieu. Ayant fait tout ce qui lui était prescrit, il doit encore se tenir pour un serviteur indigne, qui n'a fait que ce qui lui était ordonné (Lu 17:10). La parabole des ouvriers loués à des heures différentes (Mt 20:1 et suivant) a la même signification. A travail différent, salaire identique : c'est l'économie divine, où tout se fait par grâce (voir ce mot). Ceci dit, il faut se garder de voir dans l'Évangile un idéalisme intransigeant. Jésus admet que le bonheur soit la sanction de la vertu. Mais c'est un résultat qu'on ne doit pas envisager. Il faut perdre sa vie pour la sauver (Mt 10:28 16:25, Mr 8:35, Lu 9:24 17:33). Il est impossible que le don de soi ne s'épanouisse pas en vie éternelle. Si c'était le but qu'on poursuit, on ne l'atteindrait jamais. C'est simplement une conséquence de l'action désintéressée. Le ciel sera la revanche de la terre. Les Béatitudes (voir ce mot) font briller devant l'homme la félicité céleste ; mais celle-ci n'est accessible qu'à ceux qui se sont donnés. Quant au but à atteindre, il est clair. « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5:48). Il n'y a aucune limite à l'effort humain. La perfection consiste dans l'amour. Aimer Dieu, d'abord, à qui l'on doit tout : l'aimer de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa pensée. Ensuite, aimer ses frères comme soi-même, l'amour que l'on porte à ses frères étant la conséquence de l'amour que Dieu porte à ses enfants (Mt 22:34-40, Mr 12:30 et suivant, Lu 10:25-27). Le Sermon sur la Montagne (voir art.) montre jusqu'où doit aller l'amour fraternel, quand il prêche la non-résistance au méchant et l'amour des ennemis (Mt 5:38,48, Lu 6:27-35).

Quelle sera, dans cette moralité nouvelle, l'attitude de Jésus vis-à-vis de la Loi ? Ici, nous sommes sur un terrain moins solide qu'ailleurs. Les problèmes de la Loi ont été d'abord discutés entre Jésus et les Pharisiens ; mais ensuite, ils ont été le thème de controverses prolongées entre les fidèles du judaïsme et les premiers chrétiens. C'est un domaine où l'Église naissante a pu interpréter ses souvenirs, les prolonger, y ajouter peut-être, et, dans une certaine mesure, créer. Il y a de la casuistique dans de telles controverses, et la casuistique nous éloigne peu à peu de l'Évangile.

La base de l'enseignement, pour Jésus comme pour ses adversaires, c'est l'Écriture Sainte. Il argumente constamment au nom de l'Écriture (Mr 2:25 7:9-13 12:24-37). S'il s'élève contre une tradition qui est l'oeuvre des hommes, c'est au nom de l'Écriture, révélation de Dieu. Mais la révélation de l'A.T. n'est pas pour lui la lettre dont on accepte d'avance l'autorité. C'est la parole vivante de Dieu, qui agit et se renouvelle dans la conscience. Il interprète la doctrine ancienne à la lumière de la révélation nouvelle. Dès lors, il ne faut pas s'étonner si Jésus reste un adorateur selon la Loi. Il ne condamne pas indistinctement tous les Scribes. Il y en a qui peuvent devenir disciples du Règne de Dieu (Mt 13:52). Ceux-ci tirent de leurs armoires du vieux et du neuf. Le neuf, c'est l'Évangile ; le vieux, c'est la Loi. Il faut conserver ce qui est bon dans le passé, mais le vieux est transformé par le neuf. Il n'y a pas juxtaposition entre le vieux et le neuf : il y a unité organique. Jésus songe bien à un achèvement de la Révélation, mais qui se fait en prolongeant la pensée de la Loi : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5:17). On a dit que cette parole supposait tout l'âge apostolique. Elle est plutôt un résumé admirable de la pensée de Jésus. Il semble d'ailleurs que Jésus soit entré en conflit presque aussitôt avec les interprétations pharisaïques. Il est difficile de croire qu'il ait dit, à propos des Pharisiens : « Faites et observez tout ce qu'ils vous disent » (Mt 23). Mais il a dit, avec l'autorité de celui que Dieu inspire : « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens... Moi, je vous dis... »

Il y a une parole de lui où l'on retrouve l'écho des livres sapientiaux d'Israël : « Chargez-vous de mon joug, et soyez mes disciples, je suis doux et humble de coeur. Et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est aisé, et mon fardeau léger » (Mt 11:28-30). On ne voit aucune raison sérieuse pour que Jésus n'ait pas repris, en se l'appliquant et en l'approfondissant singulièrement, un thème de la prédication inspirée d'Israël. En tout cas, cette parole correspond parfaitement à l'impression de la plus ancienne communauté. Mais en quoi le joug de Jésus était-il léger ? Il l'était en ceci, qu'il délivrait ses disciples de cette scrupulosité paralysante sous laquelle les Pharisiens tenaient l'âme juive, ligotée par des exigences toujours plus minutieuses. Il envisageait la Loi comme une institution salutaire, qui perdait sa raison d'être dès qu'elle devenait oppressive. « Le sabbat est fait pour l'homme, disait-il, et non l'homme pour le sabbat » (Mr 2:27). Ce qui importait à Jésus, c'était le principe de vie nouvelle, déposé au fond du coeur, et qui devait produire de lui-même ses conséquences sous l'inspiration de Dieu. Il affranchissait l'homme des terreurs de la Loi. Il le libérait de la contrainte des autorités extérieures et le laissait en tête-à-tête avec sa conscience. En ce sens, son joug était léger.

On a remarqué qu'il l'était moins pour ces êtres faibles qu'accable le sentiment de leur responsabilité. Entre la catégorie du défendu, très vaste, et celle de l'obligatoire, la casuistique pharisienne intercalait la catégorie de ce qui est permis. Il y avait là matière à concessions, et il arrivait aux Pharisiens de composer avec la faiblesse humaine. On ne retrouve point trace de cette casuistique dans l'Évangile. L'obéissance, aux yeux de Jésus, n'avait pas un caractère fragmentaire : on n'était pas quitte envers Dieu pour avoir mis en pratique un certain nombre de commandements ; il fallait, en toute circonstance, faire la volonté de Dieu, et c'était une volonté de perfection. C'est pourquoi, dans l'Évangile, la loi morale s'intériorise, et ce n'est plus l'acte seulement qu'elle condamne, c'est l'intention coupable. Jésus affranchit son disciple des hommes. Il le remet à sa conscience. Mais celle-ci ne lui accorde aucune atténuation. La loi divine est un absolu.

Mais il faut songer à ce que représentait le joug des Pharisiens. Il y avait d'abord les 613 ordonnances de la Loi écrite. Et les Pharisiens y ajoutaient sans relâche des prescriptions nouvelles. L'Israélite qui voulait être fidèle devait recourir à des ablutions sans nombre pour se purifier des souillures qu'il contractait tout le long du jour. Le sabbat, avec ses 42 interdictions, créait une perpétuelle inquiétude. Les relations avec les païens étaient à ce point prohibées, qu'elles faisaient surgir sans cesse de nouveaux cas de conscience. L'observation de la Loi était, d'ailleurs, fort onéreuse. Et le clergé y tenait la main. Il fallait acquitter dans leur intégralité les dîmes prescrites par la Loi, autant de fois qu'elles reviennent dans les textes. (On n'avait pas encore de clartés sur les sources du Pentateuque et les répétitions qu'elles engendrent.) Il fallait payer l'impôt du Temple. La Loi prescrivait des voyages à Jérusalem, à l'occasion des grandes fêtes. Ces voyages, avec les sacrifices qui en étaient le complément, coûtaient cher. On a compté qu'un bon Israélite devait donner, bon an, mal an, le tiers de ses revenus. Si l'Israélite transgressait la Loi, il tombait sous la réprobation de ses coreligionnaires : il devenait un homme du commun, un am-haarez, avec tout ce que le mot comportait de mépris. Il faut se souvenir de cela quand on lit la réponse de Jésus aux envoyés du Baptiste : « L'Évangile est annoncé aux pauvres » (Mt 11:5). Il est question de ces pauvres dans les Béatitudes. Ailleurs, Jésus parle dans le même sens des enfants (Mt 11:25, Lu 10:21) ou des petits (Mt 18:6-10 25:40,45). Parmi ces pauvres, il y avait des coeurs pieux, descendants spirituels des Psalmistes, qui attendaient la consolation d'Israël, et qui souffraient dans leur conscience, lasse de la tyrannie pharisaïque, ou en révolte contre elle. La situation des pauvres était intolérable. Les saints n'étaient plus en règle avec la Loi. Ils étaient devenus, bien malgré eux, des pécheurs. Aussi le judaïsme d'alors tenait-il la pauvreté pour une malédiction. Pour ces pauvres, l'Évangile fut une libération. Jésus les appela à lui. Devant les Pharisiens, il se solidarisa avec eux. Et il dit : « Heureux les pauvres en esprit ! » entendant par là ceux dont l'indigence consistait dans l'ignorance des finesses de la casuistique légale, et qui, pour ce motif, étaient exclus en bloc par les Scribes du Royaume de Dieu.

Par ailleurs, Jésus a maintenu la Loi. « Au vin nouveau, des outres neuves », a-t-il dit (Mr 2:21 et suivant). Il semble qu'il y ait là un mot d'ordre qui doive s'appliquer à toute la vie du disciple de Jésus. Mais ce mot d'ordre anticipait sur l'avenir. Pour le moment, Jésus se bornait à mettre une âme dans les formules anciennes, en remplaçant la pureté lévitique par la pureté de l'âme, et l'autorité de la lettre par celle de l'Esprit. Il acceptait la Loi ; il en était le commentateur ; il faisait fonction de rabbin dans les synagogues. L'heure n'était pas venue où le vin nouveau ferait craquer les outres vieillies. Mais le principe de la religion nouvelle était posé. Au nom de cette religion, Jésus condamnait une dévotion sans moralité. En cela, rien d'antinomien. La liberté selon Jésus n'est pas le rejet de la Loi. Jésus en a donné une interprétation très large, véritablement humaine : il ne l'a pas abrogée. Il n'est pas exact de dire qu'il ait été un « Pharisien libéral ». Son enseignement ne ressemble pas à celui de Hillel. Il n'adoucit pas la Loi, en principe, pas plus qu'il ne l'abolit. Loin de reculer devant ses exigences, il les porte à leur point de perfection. Il veut que la justice de ses disciples surpasse celle des Scribes et des Pharisiens (Mt 5:20). Dans l'épisode où se trouve le Sommaire de la Loi, Jésus, selon Luc (Lu 10:27), adhère au résumé des exigences divines que lui présente son interlocuteur. D'après les textes parallèle (Mt 22:37, Mr 12:29,31), c'est lui qui formule le Sommaire de la Loi. Même si l'on admet l'autre façon de voir, il se peut que le légiste d'Israël renvoie à Jésus l'écho de son enseignement ; ce qui est vraisemblable, étant donné que le Sommaire réunit deux paroles qui se trouvent dans des régions différentes de la Loi, et qui sont, dans le texte de l'A.T., très disparates. De toute façon, Jésus dégage de l'accumulation des ordonnances ce qui en fait l'esprit, en plaçant dans une situation dominante l'amour pour Dieu et pour les hommes. Et il invite le Scribe à dépasser la formule de la Loi en entendant par le prochain non plus le compatriote, ni l'étranger domicilié, le ger, mais l'ennemi, le Samaritain.

Plus caractéristique encore est l'entretien avec le jeune homme riche. « Il te manque une chose », dit Jésus (Mr 10:21). Pourtant, son interlocuteur a conscience d'avoir accompli la Loi. Il faudra qu'il fasse davantage, car il ne suffit pas d'obéir à la lettre d'un code, et l'appel intérieur peut obliger au sacrifice sans limite. C'est dans le même sens qu'il faut entendre la parole sur ceux qui se sont faits eunuques en vue du Règne de Dieu (Mt 19:12). L'homme, dans certains cas, doit renoncer au mariage.

Jésus peut dispenser ses disciples de l'observance extérieure de tel ou tel détail de la Loi. Il ne les libère d'aucune de ses exigences morales. Et, toujours, il accomplit la Loi. C'est dire que, remontant au principe éternel du commandement, il en déduit toutes les conséquences, dussent-elles entrer en conflit avec la lettre de la Loi. Mais il ne combat la loi rituelle que lorsqu'elle entre en conflit avec les devoirs d'humanité ; il ne réagit contre elle, par les libertés qu'il octroie, que dans la mesure où elle risque de favoriser la négligence quant aux devoirs de l'âme. S'il attache peu d'importance à ce qu'on entretienne soigneusement la coupe et le plat (Mt 23:25), c'est qu'il ne veut pas qu'on se serve des apparences pour dissimuler la corruption de l'âme. « Vous payez, dit-il aux Pharisiens, la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et vous négligez ce qu'il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Il fallait faire ceci sans négliger cela » (Mt 23:23). Il faut rapprocher de ce texte l'épisode rapporté dans le Codex D, à la suite de Lu 6:6: Jésus voit un homme qui travaille le jour du sabbat ; il lui dit : « Si tu sais ce que tu fais, salut à toi ! mais si tu ne le sais pas, tu es maudit : tu es contempteur du sabbat. »

Aucune préoccupation, en tout cela, de libérer ses auditeurs des ordonnances rituelles. Celles-ci lient la conscience, tant que la conscience ne s'est pas élevée au point de vue supérieur d'où l'on apprécie l'importance des choses suivant le rapport qu'elles soutiennent avec le service de Dieu.

Les antithèses du Sermon sur la Montagne permettent de saisir sur le vif l'originalité de la morale nouvelle. Il y a là une surenchère du bien que le disciple de Jésus opposera aux forces du mal. « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. Si quelqu'un veut te forcer à une lieue de corvée, fais-en deux » (Mt 5:40 et suivant). Aux anciens, on disait : « Tu ne tueras point. » Et Jésus condamne l'injure. Il condamne la colère. Il condamne le sentiment secret de haine, qui est le principe de tout cela (Mt 5 : et suivant). Aux anciens, il avait été dit : « Tu ne commettras point adultère. » Mais désormais, c'est le regard même de convoitise jeté sur la femme du prochain qui est condamné (Mt 5:27 et suivant). Pensée, geste, parole, et jusqu'aux plus obscurs sentiments du coeur, rien n'échappe à la justice éternelle. Aux anciens, on avait dit de ne point se parjurer. Jésus renchérit sur l'interdiction du parjure par l'interdiction du serment (Mt 5:33,37). Il ne faut rien ajouter à l'affirmation pure et simple : ce qu'on y ajoutait, pour la fortifier en apparence, était un manque d'égards envers le Dieu souverain : que peut-on prendre à témoin qui ne soit une part de lui ?

Enfin, le divorce. Ici l'opposition est flagrante entre l'enseignement de Jésus et celui qui fut donné « aux anciens ». Et Jésus n'hésite pas à entrer en conflit avec Moïse lui-même. Au nom de la pensée divine qui institua le mariage, il écarte les concessions que Moïse faisait à la dureté du coeur de l'homme (Mt 19:8, Mr 10:5). Il n'admet le divorce d'aucune façon : (Mr 10:2-9) la concession qui figure dans le texte de Matthieu (Mt 5:32) a été, elle aussi, insérée par la tradition dans la parole authentique de Jésus, par égard pour la dureté du coeur humain. Paul, relatant le commandement du Seigneur, n'admet aucune exception au principe de l'indissolubilité du mariage (1Co 7:10 et suivant). Ainsi, Jésus a été formel dans son interdiction.

Les rabbins avaient élargi singulièrement la facilité que leur donnait le texte primitif de la Loi (De 24:1), en permettant à un mari de renvoyer sa femme sous n'importe quel prétexte. « S'il en a trouvé une plus belle, disait R. Aqiba, ainsi qu'il est écrit : Et si elle n'a pas trouvé grâce à tes yeux » (voir Guittin, IX, 10). A la casuistique misérable où se complaisaient les Pharisiens, Jésus oppose l'absolu des exigences divines, la volonté de Dieu, manifestée à la conscience individuelle.

Le judaïsme poussait jusqu'à la manie le souci de la pureté rituelle. Il assimilait à un adultère la négligence en fait d'ablutions rituelles. A un régime d'ablutions et de purifications ininterrompues, Jésus oppose l'unique souci de la pureté du coeur (Mr 7:18), ruinant ainsi toute la distinction du sacré et du profane, et abattant la barrière qui séparait les Juifs des païens. Logiquement, c'était toute la législation lévitique qui se trouvait condamnée. Jésus n'est pas allé jusque-là : il s'est borné à combattre la tradition pharisaïque. Mais de son point de vue, cette parole : « le vin nouveau dans les outres nouvelles », ne doit pas nous étonner. Peu importent les analogies avec son enseignement qu'on peut trouver çà et là dans la littérature rabbinique. Le judaïsme qui dégénère est en conflit mortel avec le prophète qui est sorti de lui. A sa morale rituelle se substitue une morale intérieure adaptée aux intentions secrètes qu'elle juge, et en défiance à l'égard de tout ce qui, étant fidélité tout extérieure au précepte, est propre à illusionner sur ce qui se passe à l'intérieur des âmes.

Jésus va plus loin lorsqu'il démasque une dévotion qui invoque les devoirs envers Dieu pour se soustraire aux devoirs de l'humanité. Il en est ainsi lorsque des voeux rituels viennent priver de vieux parents de l'appui filial sur lequel ils étaient en droit de compter. Ceci, dit-on, est un présent fait à Dieu (Corban) : on n'en dispose plus. Ainsi, le rite s'oppose aux plus élémentaires devoirs (Mr 7 : et suivant). On pressent le conflit mortel qui va opposer à la Loi et au Temple l'enseignement nouveau.

Mais cette justice nouvelle a-t-elle vraiment un caractère définitif ? N'aurait-elle pas été promulguée à titre intérimaire seulement ? L'intervention de l'eschatologie a paru utile à expliquer certaines outrances de la morale évangélique, qui semblaient incompatibles avec la notion d'une société bien ordonnée. On en a conclu que la morale de Jésus avait, dans sa pensée, un caractère provisoire ; qu'elle devait être mise en vigueur, sans doute, mais jusqu'à la venue prochaine du Règne de Dieu. Cette explication n'est pas sans valeur lorsqu'il s'agit des Béatitudes. Il est certain que, pour Jésus, la pauvreté, la faim, la persécution ne sont pas des biens en elles-mêmes : elles ne le sont qu'en fonction de l'idéal qui sera. Mais de façon générale, l'enseignement de l'Évangile s'explique, en ses apparentes abdications, sans qu'on fasse intervenir les considérations eschatologiques. Il faut se souvenir que la société de ce temps-là n'était pas, ne pouvait pas être, une société bien ordonnée. La non-résistance au méchant, la renonciation au droit semblent plus aisées à concevoir dans une société où le droit est inexistant. Et ce temps des Hérodes est, dans l'histoire du judaïsme, une sombre page. Il ne faut pas oublier que Jésus a en vue, non une organisation sociale qui eût été à créer, mais les intérêts de l'âme individuelle qu'il est venu sauver. Sa morale n'est pas une morale de la solidarité, qui suppose certaines accommodations : c'est une morale nettement individualiste. Paul, qui légifère pour une société religieuse, applique l'Évangile au monde du relatif : il en donne la première adaptation. L'Évangile primitif reste sur le terrain de l'absolu.

Jésus se refuse à être un réformateur social. A l'homme qui lui dit : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi l'héritage », il répond : « Homme, qui m'a institué votre juge ? » (Lu 12:13 et suivant). Ce n'est pas l'effet d'un spiritualisme exclusif. Il prêche le détachement des liens terrestres, parce qu'il veut établir, dans le coeur de ses disciples, la foi. Le grand obstacle qu'il rencontre, c'est Mammon, et c'est le souci, qui est la négation de la foi et la tare propre aux adorateurs de Mammon. Dès lors, il s'interdira de prendre position dans des conflits relatifs aux biens de la terre.

La morale de Jésus est une morale de l'action, et de l'action héroïque. On lui fait tort en y voyant l'attitude de laisser-aller et d'abdication d'une époque transitoire, où on attendrait la catastrophe finale. La justice meilleure que Jésus prescrit est du même ordre que celle des Scribes et des Pharisiens. C'est une façon analogue, mais supérieure, d'observer la Loi. Car la Loi garde en principe son autorité divine. Sans doute, il y a un rapport entre cette justice et le Règne à venir. Elle est la condition d'entrée au Règne à venir. Que subsistera-t-il d'elle ensuite ? Il n'appartient à personne de le préciser.

5° Le Règne de Dieu

Nous arrivons au cycle eschatologique de la pensée de Jésus, dont le terme classique est celui de Règne de Dieu. On peut entendre ce terme de deux façons. Il y a la signification spatiale : le ciel opposé à la terre. Il y a la signification temporelle : le siècle futur, opposé au siècle présent. C'est ce second sens qui prédomine dans la tradition évangélique.

Faut-il dire le Royaume de Dieu, ou le Règne de Dieu ? En général, les auteurs sont d'accord pour voir des inconvénients à l'emploi du terme de Royaume, qui semblerait désigner une société régie par la loi divine. Il s'agit, non de l'ensemble que régit la volonté de Dieu, mais de l'autorité divine elle-même : non pas des sujets de Dieu, ni de son domaine, mais de son pouvoir royal. Règne convient mieux que Royaume, étant d'ailleurs la traduction exacte de malkouth, qui était le terme employé par les contemporains de Jésus. De Dieu, ou des cieux ? Cela n'a aucune importance. On disait des cieux, pour n'avoir pas à employer le nom sacré qu'on craignait de profaner. Il est certain, d'autre part, que le Règne de Dieu doit venir sur la terre, et qu'il viendra du ciel. Il y a là un terme courant de la piété juive. Le judaïsme, au temps de Jésus, attend une économie nouvelle, qui doit s'installer ici-bas. Sans doute, les rabbins ont entendu parfois par ce terme le Règne de la Loi, mais le plus souvent ils ont voulu dire le Règne futur de Dieu, en face duquel se dresse le règne actuel de Satan. C'est la notion courante des apocalypses, où il ne faut pas méconnaître une influence du dualisme perse. Nous en trouvons des traces dans les évangile ; mais la foi de Jésus renverse Satan de son trône et prépare l'avènement de Dieu.

L'idée du Règne de Dieu, conçu comme un principe spirituel de transformation progressive des institutions humaines, est une idée moderne. Le Règne viendra sur la terre non par évolution, mais par révolution. Certes, il a pu se faire des confusions dans l'esprit des disciples. Les conceptions de l'eschatologie populaire ont pu les influencer dans leur reproduction des discours de Jésus. Mais Jésus a prédit la ruine du Temple. Il a annoncé la venue du jugement dernier, où le Fils de l'Homme doit jouer un rôle prépondérant. A-t-il dit à ses disciples : « Vous n'aurez pas achevé de parcourir les villes d'Israël, que le Fils de l'Homme sera venu » ? (Mt 10:23) Cette parole, dont la critique maintient habituellement l'authenticité, ne peut guère s'appliquer à la première mission des disciples et à l'arrivée de Jésus sur leur champ de travail. Indique-t-elle que Jésus attendait, de son vivant, une manifestation du Règne de Dieu ? Ou bien, y avait-il là une instruction du Ressuscité ? De toute façon, c'est une parole qui nous reste parfaitement mystérieuse.

Par ailleurs, Jésus a prédit la ruine de Jérusalem. Elle marquait certainement pour lui la fin du siècle présent. Il n'est aucun texte des évangiles, relatif au Règne de Dieu, qui ne puisse avoir la signification d'un Règne de Dieu futur. Jésus n'a jamais songé à donner de ce terme de Règne de Dieu, qui était d'usage courant, une explication. Il l'emploie donc au sens où ses contemporains l'employaient. S'est-il borné, toutefois, à faire entrer son espérance dans les cadres du judaïsme ? Ceci, à la réflexion, ne paraît guère vraisemblable. Il convient d'examiner de ce point de vue certains textes controversés.

Ainsi Mr 4:10 et suivant, Mt 13:11, Lu 8:10. Il est question ici d'un mystère, et ce mystère est en relation avec le Règne de Dieu. Certains commentateurs ont pensé qu'il y avait là une simple étiquette que la tradition aurait mise sur les paraboles. C'est possible. Pourtant, il est des paraboles qui semblent bien se rapporter au Règne de Dieu : le levain, p. ex., et le grain de sénevé (Lu 13:18-21). Sans doute aussi Mr 4:26-29. Que les paraboles soient destinées à expliquer et non à dérouter l'auditeur, nul ne le conteste. Il peut y avoir quand même, dans une parabole, un élément mystérieux. Si nous voulons trouver un sens à cette expression : le mystère du Règne, il faut chercher une interprétation qui serait, pour les contemporains, inédite. Les Juifs attendaient un Règne de Dieu futur. Le mystère, ne serait-ce pas la présence ignorée, sur la terre, du Règne de Dieu, représenté par le Messie ? Il y a en effet des déclarations de Jésus selon lesquelles le Règne de Dieu apparaît comme présent. Il est dit que le Règne de Dieu paraîtra un jour avec puissance. C'est donc qu'actuellement il est déjà là, mais qu'il n'y est encore que de façon virtuelle. Ailleurs, Jésus dit : « Si je chasse les démons par le doigt de Dieu, c'est donc que le Règne de Dieu est venu à vous » (Lu 11:20, Mt 12:28). Ceci peut être rapproché de son exclamation, au retour des disciples : « J'ai vu Satan tomber du ciel comme un éclair » (Lu 10:18). Jésus est venu arracher à Satan son empire. La guérison des démoniaques lui est un témoignage de la défaite de l'adversaire et de la venue du Règne de Dieu. C'est le doigt de Dieu qui agit par lui. Donc, Dieu règne déjà sur un point de la terre. Dès lors, le sens de Lu 17:20 et suivant semble assez clair. Le Règne de Dieu ne vient pas de telle manière qu'on puisse calculer d'avance la date de sa venue. Et on ne dira pas : Le voici ! Le voilà ! Car le Règne de Dieu est au dedans de vous (ou au milieu de vous). Au dedans de vous ? Ce serait le thème de la religion intérieure. Mais Jésus a-t-il jamais dit que le Règne de Dieu se trouvât dans l'âme humaine en général ? Si le Règne de Dieu, c'est partout ailleurs un triomphe apparent et universel de Dieu, se réalisant par un cataclysme, il est impossible de lui donner ici une signification qui n'aurait aucun contact avec l'acception habituelle. Si l'on traduit au milieu de vous, ce qui est possible (Il y a des cas, peu nombreux il est vrai, où la préposition grecque correspondante est'employée dans ce sens), le sens du texte est celui-ci : les hommes ne se rendent pas compte que les énergies du Règne de Dieu sont déjà à l'oeuvre, préludant à la transformation de l'univers. Dans l'activité de Jésus, il y a une manifestation de la souveraineté de Dieu. Et voici le mystère : le Règne de Dieu, encore à venir, et pourtant déjà présent.

Pourquoi ne pas rapprocher de ce texte les paraboles du levain et du grain de sénevé ? On dit parfois que l'idée d'évolution est étrangère à la pensée antique, que celle-ci n'envisage nulle part l'action d'une force immanente, produisant du dedans au dehors l'épanouissement de l'être. La croissance étant due, selon l'idée de ce temps-là, à une création continue, c'est ainsi qu'il faudrait expliquer le développement du grain de moutarde et l'action du levain. Ceci paraît quelque peu étrange. Comment se représenter le levain d'une façon qui exclue l'idée de force immanente ? Quand il est dit que la terre produit d'elle-même l'herbe, puis l'épi, puis le grain tout formé dans l'épi, il paraît bien difficile de concevoir cette croissance de l'épi autrement que comme le déploiement d'une force interne, et de se représenter que le germe, au lieu de contenir la plante en puissance, ne soit que l'antécédent nécessaire pour que Dieu crée la plante. Dans ces paraboles, il est question de la puissance de l'Évangile. Il y a bien une relation organique entre le commencement--la présence de Jésus--et l'achèvement futur du Règne de Dieu. Assurément, il n'est pas question d'une Église qui se développerait lentement au cours des siècles. Mais il est parlé de l'amour divin révélé par Jésus, et qui, faisant irruption dans l'économie présente, la bouleverse, frayant les voies à Dieu. Sans doute, on ne peut pas dire de Jésus avec Wellhausen : « Son champ était le temps », car Jésus n'a guère compté avec le temps, et la parousie se précisait déjà devant ses yeux. C'est ce qu'indiquent nettement Mr 8:38 9:1 et les textes parallèles. Cependant, il y a dans les évang, les premiers éléments d'une conception évolutive du Règne de Dieu. La leçon des paraboles est tirée du contraste entre les commencements obscurs et l'avenir glorieux. Mais entre ces deux termes extrêmes, il y a une relation. C'est comme si l'un était sorti de l'autre. Tout est dû à une initiative constante de Dieu ; mais il est permis, en voyant le grain qui tombe dans le sillon, d'attendre avec confiance la venue de la moisson. Attendre, car la croissance sera l'oeuvre de Dieu, et non celle du vouloir humain. En ce sens, on ne provoque pas l'avènement du Règne de Dieu : il faut que le semeur laisse les conséquences des semailles se développer. Encore en est-il l'auteur, puisqu'il a semé. Le Règne de Dieu ne peut être provoqué artificiellement, mais il est en marche.

Tel est, semble-t-il, le sens d'une déclaration que la critique juge trop obscure pour n'y pas voir une parole authentique de Jésus : « Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à maintenant, le Règne des cieux est assailli, et les violents le tirent à eux » (Mt 11:12). Tirer à soi le Règne de Dieu, vouloir le contraindre à se manifester, c'est, du point de vue juif déjà, une entreprise blasphématoire. Le Règne de Dieu, dans toutes ses manifestations, dépend de l'initiative divine. Il n'y a donc pas de doute que le terme qu'on traduit par les violents ne soit pris en mauvaise part. S'agit-il de ces terroristes qui sont apparus lorsque Rome a prétendu pour la première fois (en 6-7 de notre ère) assujettir la Judée à l'impôt ? Ces hommes attendaient une manifestation de Dieu. Ils pensaient, par leurs violences, lui forcer la main, en le contraignant à se manifester. Il est très sûr que Jésus a condamné leur méthode, et qu'il s'est refusé à y faire appel. Il n'y a chez lui aucune impatience. Mais il a cru que le Règne de Dieu viendrait bientôt ; que Dieu ferait justice à ses élus, « qui crient à lui jour et nuit » (Lu 18:7).

Jésus a pensé que sa mort hâterait la venue du Règne. Il faut songer à une grande parole, qui est johannique, mais qui est une interprétation merveilleuse du sentiment du Maître : « Si le grain de froment ne meurt..., il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12:24).

Dès la vie terrestre de Jésus, les énergies du Règne de Dieu ont commencé à se manifester dans la personne faible et méprisée de celui qui se sentait appelé à revenir un jour, en qualité de Fils de l'Homme, dans la gloire. Comme le dit Joh. Weiss, « il appartient à la nature d'une personnalité vraiment historique de penser dans les formes, dans les limites de son temps, et c'est le signe d'une personnalité qui dépasse son temps qu'on puisse faire abstraction de ces formes contemporaines, sans que sa grandeur en soit diminuée ».

Comment Jésus a-t-il représenté à ses fidèles l'avenir glorieux qu'il attendait ? L'Évangile n'a pas donné « dans la chimère inhumaine d'un désintéressement absolu » (Grandmaison, o. c, t. II, p. 375). Il fait envisager aux hommes les conséquences normales de leurs actes. Mais ce qui est caractéristique, c'est l'extrême sobriété de ses descriptions. Il n'y est question ni de Léviathan, ni de Béhémoth. Il est parlé seulement, à propos de la Cène, du vin nouveau que les disciples boiront avec leur Maître dans le Royaume de Dieu (Mt 26:29). Et il y a bien le passage relatif aux douze trônes, où seront assis les Douze, jugeant Israël (Mt 19:28, cf. Lu 22:30). Mais c'est un des textes les moins sûrs des évangile : il porte la marque d'un judéo-christianisme qui exalte les Douze, et qui transfère sur eux une prérogative qui doit être, selon Paul, celle de tous les croyants. Quant à l'image du festin, elle est le symbole habituel et normal de la joie. Dans les Béatitudes, il est dit que les débonnaires hériteront la terre (Mt 5:5), mais c'est là une expression figurée. Cette terre est celle de la promesse. Les bénédictions dont il s'agit sont celles du monde nouveau. L'univers sera transfiguré. Ce sera la palingénésie (Mt 19:28). Non seulement toute vision de haine et de vengeance est exclue, mais encore les conditions normales de la vie terrestre seront transformées. L'entretien avec les Sadducéens, relativement au cas des sept frères qui ont épousé la même femme, montre bien la spiritualité de l'espérance évangélique (Mc 12:18 et suivants). « Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu » (Mt 5:8). Contempler la face de Dieu, c'est une expression du langage des Psaumes, et qui traduit le sentiment d'un culte déjà spiritualisé, où il n'y avait pas d'image de la Divinité. On voit à quel point la perspective suprême que l'Évangile fait luire devant les hommes est étrangère à toute convoitise de l'égoïsme humain. Ce qui est promis à l'être pur, c'est de refaire l'expérience de Jésus, qui voyait Dieu. Les trésors qu'il faut s'amasser dans le ciel (Mt 6:19 et suivant) sont donc de nature spirituelle. C'est pourquoi le ver et la rouille ne mordent pas sur eux. Et l'apogée du bonheur, dans l'au-delà, c'est la contemplation de Dieu, dans la paix de l'union mystique. Si le Christ a promis aux siens le centuple de ce qu'ils auront donné, ceci s'applique, dans le siècle présent, à la confraternité des disciples de Jésus (Mr 10:29 et suivant). Et le texte peut avoir été coloré par l'événement. Mais, de toute façon, la vie éternelle occupe ici une place à part. Des frères, des soeurs, une mère, des enfants, des champs, avec des persécutions, voilà pour le siècle présent. Pour l'avenir, il y a la vie éternelle : cela suffit. Et sur l'authenticité du mot, il n'y a pas d'incertitude.

Faut-il croire que, comme ses contemporains, Jésus place en regard de la vie éternelle le châtiment éternel ? Il paraît difficile d'en douter. C'est l'alternative. La vie ou la mort. L'heure est solennelle : il y a là une occasion qui ne se renou vellera pas. Certes, la parabole de l'Enfant prodigue, celle de la Brebis perdue, sont là pour donner confiance en la victoire finale de l'amour de Dieu ; mais rien dans l'Évangile ne fait prévoir un pardon au delà de la tombe. Il y a bien la parole : « Tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies payé jusqu'à la dernière obole » (Mt 5:26). Mais ceci implique-t-il nécessairement que la dernière obole doive être payée un jour ? L'Évangile est un message de salut : le salut a pour contre-partie la perdition (Mt 25:46).

Jusqu'où s'étendent les perspectives de l'Évangile ? Que faut-il penser de ce qu'on a appelé l'universalisme de Jésus ? L'ordre sur lequel se fonde l'oeuvre missionnaire du Ressuscité (Mt 28:19) représente, par rapport à la carrière terrestre de Jésus de Nazareth, un merveilleux élargissement. Jésus avait écarté d'abord l'idée d'une mission en terre païenne. Il avait dit à ses disciples : « N'allez pas vers les païens ; n'entrez pas dans les villes des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt 10:5 et suivant). Il est difficile d'admettre que, sur ce point, la tradition chrétienne ait été influencée par le préjugé judaïsant. Et il n'est pas exact de dire que Jésus se soit lui-même affranchi de l'interdiction qu'il avait signifiée à ses disciples, car ses voyages en terre païenne n'ont pas eu un caractère missionnaire. Toutefois, l'épisode du centurion de Capernaüm et celui de la Cananéenne ont fait apparaître les possibilités divines de l'âme païenne. Était-ce pour Jésus une révélation, comme on l'a dit souvent ? Il n'est nullement nécessaire de le supposer.

Les conditions du salut, selon l'Évangile, sont étrangères à toute considération ethnique. Les Juifs sont bien les enfants du Règne ; mais s'ils rejettent l'appel divin, ils seront jetés dans les ténèbres du dehors. Abraham, Isaac et Jacob occupent les places d'honneur au festin du Règne ; mais à côté d'eux, il y aura des gens qui seront venus de partout. Impossible de faire plus complètement table rase des prérogatives d'Israël. Il y a plus : aucune considération proprement religieuse n'intervient ici. Ceux qui sont à la droite du Fils de l'Homme, et en qui il salue les bénis de son Père, ce sont des hommes qui n'ont pas cru en lui, qui ne l'ont pas reconnu pour ce qu'il était, mais qui l'ont honoré sous les traits des souffrants, en accomplissant envers eux les oeuvres de miséricorde (Mt 25:31-46). La vraie religion, c'est donc la charité divine manifestée par la charité humaine. Ici, l'Évangile primitif apparaît très au-dessus de toutes les formes contingentes que le christianisme a revêtues au cours des siècles. Jésus révèle l'excellence de sa doctrine et la valeur unique de sa personne, en faisant passer les hommes, sous son influence, de la mort à la vie.

Révision Yves Petrakian 2005

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      2 Samuel 12

      1 L’Éternel envoya Nathan vers David. Nathan vint à lui et lui dit : Il y avait dans une même ville deux hommes, l’un riche et l’autre pauvre.

      Psaumes 73

      1 Psaume d’Asaph. Oui, Dieu est bon pour Israël, Pour ceux qui ont le cœur pur.
      2 Quant à moi, pour un peu mes pieds allaient fléchir, Il s’en est fallu d’un rien que mes pas ne glissent,
      3 Car je jalousais les insensés, En voyant la prospérité des méchants.
      4 Rien ne les tourmente jusqu’à leur mort, Et leur corps est replet ;
      5 Ils n’ont aucune part à la peine des hommes, Ils ne sont pas frappés avec les humains.
      6 Aussi l’orgueil leur sert de collier, La violence est le vêtement qui les enveloppe ;
      7 Leur figure est débordante de graisse, Les imaginations de leur cœur dépassent (la mesure).
      8 Ils raillent et parlent méchamment d’opprimer ; Ils parlent haut,
      9 Ils élèvent leur bouche jusqu’aux cieux, Et leur langue se promène sur la terre.
      10 Voilà pourquoi son peuple en arrive là, On avale l’eau abondamment
      11 Et l’on dit : Comment Dieu (le) connaîtrait-il ? Y a-t-il même de la connaissance chez le Très-Haut ?
      12 Ainsi sont les méchants : Toujours tranquilles, ils accroissent (leur) richesse.
      13 C’est donc en vain que j’ai purifié mon cœur, Et que j’ai lavé mes mains dans l’innocence :
      14 Tout le jour je suis frappé, Tous les matins mon châtiment (est là).
      15 Si je disais : Je veux m’exprimer comme (eux), Voici que je trahirais la race de tes enfants.
      16 J’ai donc réfléchi pour comprendre cela ; Ce fut pénible à mes yeux,
      17 Jusqu’à ce que j’arrive aux sanctuaires de Dieu ; Alors j’ai compris le sort final des méchants.
      18 Oui, tu les places sur des voies glissantes, Tu les précipites dans la tourmente.
      19 Comment ! en un instant les voilà en (pleine) désolation, Ils sont à bout, achevés par l’épouvante !
      20 Comme un songe au réveil, Seigneur, à ton éveil, tu repousses leur image.
      21 Lorsque mon cœur s’aigrissait, Et que je me sentais percé dans les reins,
      22 J’étais stupide et sans connaissance, Avec toi j’étais comme les bêtes.
      23 Cependant je suis toujours avec toi, Tu m’as saisi la main droite ;
      24 Tu me conduis par ton conseil, Puis tu me recevras dans la gloire.
      25 Qui d’autre ai-je au ciel ? En dehors de toi, je n’ai aucun plaisir sur la terre.
      26 Ma chair et mon cœur peuvent défaillir : Dieu sera toujours le rocher de mon cœur et ma part.
      27 Car voici que ceux qui s’éloignent de toi périssent ; Tu réduis au silence tous ceux qui te sont infidèles.
      28 Pour moi, m’approcher de Dieu, c’est mon bien : Je place mon refuge dans le Seigneur, l’Éternel, Afin de raconter toutes tes œuvres.

      Esaïe 5

      1 Or donc, je chanterai à mon ami Le chant de mon bien-aimé sur sa vigne. Mon ami avait une vigne Sur un coteau fertile.
      7 Or, la vigne de l’Éternel des armées, C’est la maison d’Israël, Et les hommes de Juda, C’est le plant qu’il chérissait. Il avait espéré la droiture, Et voici la forfaiture ! la justice, Et voici le cri du vice !

      Esaïe 61

      1 L’Esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, Car l’Éternel m’a donné l’onction. Il m’a envoyé pour porter de bonnes nouvelles à ceux qui sont humiliés ; Pour panser ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs leur libération Et aux prisonniers leur élargissement ;

      Malachie 1

      6 Un fils honore son père, Et un serviteur son maître. Si je suis Père, Où est l’honneur qui m’est dû ? Si je suis Maître, Où est le respect qu’on me doit ? Dit l’Éternel des armées, A vous, sacrificateurs, Qui dédaignez mon nom. Vous dites : En quoi avons-nous dédaigné ton nom ?

      Matthieu 5

      1 Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne, il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
      2 Puis il ouvrit la bouche et se mit à les enseigner :
      3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
      4 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
      5 Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
      6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
      7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
      8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
      9 Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
      10 Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !
      11 Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on répandra sur vous toute sorte de mal, à cause de moi.
      12 Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux, car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
      13 C’est vous qui êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes.
      14 C’est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
      15 On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
      16 Que votre lumière brille ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos œuvres bonnes, et glorifient votre Père qui est dans les cieux.
      17 Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.
      18 En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé.
      19 Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux.
      20 Car je vous le dis, si votre justice n’est pas supérieure à celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux.
      21 Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, celui qui commet un meurtre sera passible du jugement.
      22 Mais moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement. Celui qui dira à son frère : Raca ! sera justiciable du sanhédrin. Celui qui lui dira : Insensé ! sera passible de la géhenne du feu.
      23 Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,
      24 laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande.
      25 Arrange-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es encore en chemin avec lui, de peur que l’adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et que tu ne sois mis en prison.
      26 En vérité je te le dis, tu ne sortiras point de là que tu n’aies payé jusqu’au dernier centime.
      27 Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.
      28 Mais moi, je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur.
      29 Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne.
      30 Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse et que ton corps entier n’aille pas dans la géhenne.
      31 Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce.
      32 Mais moi, je vous dis : Quiconque répudie sa femme, sauf pour cause d’infidélité, l’expose à devenir adultère, et celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère.
      33 Vous avez encore entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments.
      34 Mais moi, je vous dis de ne pas jurer : ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu,
      35 ni par la terre, parce que c’est son marchepied, ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi.
      36 Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu.
      37 Que votre parole soit oui, oui ; non, non ; ce qu’on y ajoute vient du malin.
      38 Vous avez entendu qu’il a été dit : O ! Eil pour œil, et dent pour dent.
      39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre.
      40 Si quelqu’un veut te traîner en justice, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
      41 Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.
      42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.
      43 Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
      44 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, [bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent], et priez pour ceux [qui vous maltraitent et] qui vous persécutent.
      45 Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.
      46 En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les péagers aussi n’en font-ils pas autant ?
      47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens aussi, eux-mêmes, n’en font-ils pas autant ?
      48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

      Matthieu 6

      2 Quand donc tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.
      3 Mais quand tu fais l’aumône, que ta (main) gauche ne sache pas ce que fait ta (main) droite,
      4 afin que ton aumône se fasse en secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
      6 Mais toi quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est dans le (lieu) secret, et ton Père qui voit dans le secret te le rendra.
      7 En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.
      8 Ne leur ressemblez pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.
      16 Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites ; ils se rendent le visage tout défait pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.
      18 afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le (lieu) secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
      19 Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les vers et la rouille détruisent et où les voleurs percent et dérobent,
      22 L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera illuminé,
      23 mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres !

      Matthieu 7

      13 Entrez par la porte étroite car large [est la porte] et spacieux le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là.
      16 Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ?
      17 Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre produit de mauvais fruits,
      18 Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits.
      19 Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits est coupé et jeté au feu.
      20 C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

      Matthieu 8

      5 Comme Jésus était entré dans Capernaüm, un centenier l’aborda
      11 Or je vous le déclare, plusieurs viendront de l’Orient et de l’Occident, et se mettront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux.
      14 Jésus se rendit ensuite à la maison de Pierre, dont il vit la belle-mère couchée avec la fièvre.
      28 Quand il eut abordé sur l’autre rive, dans le pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre. Ils étaient si redoutables que personne n’osait passer par là.
      34 Alors toute la ville sortit à la rencontre de Jésus, et, dès qu’ils le virent, ils le supplièrent de s’éloigner de leur territoire.

      Matthieu 9

      13 Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde et non le sacrifice ; car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.
      14 Alors des disciples de Jean vinrent auprès de Jésus et dirent : Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, tandis que tes disciples ne jeûnent pas ?
      20 Et voici qu’une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans s’approcha par derrière et toucha la frange de son vêtement,
      22 Jésus se retourna et dit en la voyant : Prends courage, ma fille, ta foi t’a guérie. Et cette femme fut guérie à l’heure même.
      24 Retirez-vous, car la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui.
      33 Le démon chassé, le muet parla. Et les foules dans l’admiration disaient : Jamais rien de semblable ne s’est vu en Israël.

      Matthieu 10

      5 Tels sont les douze que Jésus envoya après leur avoir donné les recommandations suivantes :
      23 Quand on vous persécutera dans cette ville-ci, fuyez dans une autre. En vérité je vous le dis, vous n’aurez point achevé (de parcourir) les villes d’Israël, que le Fils de l’homme viendra.
      28 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme, craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne.
      29 Ne vend-on pas deux moineaux pour un sou ? Cependant il n’en tombe pas un à terre sans (la volonté de) votre Père.
      30 Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
      31 Soyez donc sans crainte : vous valez plus que beaucoup de moineaux.

      Matthieu 11

      2 Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Et il envoya dire par ses disciples :
      3 Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?
      4 Jésus leur répondit : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez :
      5 Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.
      6 Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! A leur départ, Jésus se mit à dire aux foules,
      12 Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est soumis à la violence, et ce sont les violents qui le ravissent.
      19 Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant et l’on dit : C’est un homme qui fait bonne chère et un buveur de vin, un ami des péagers et des pécheurs. Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres.
      21 Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi, Bethsaïda ! Car, si les miracles faits au milieu de vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties avec le sac et la cendre.
      25 En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que tu les as révélées aux enfants.
      28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
      29 Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes.
      30 Car mon joug est aisé, et mon fardeau léger.

      Matthieu 12

      7 Si vous aviez reconnu ce que signifie : Je veux la miséricorde et non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné des innocents.
      22 Alors on lui amena un démoniaque aveugle et muet, et il le guérit, de sorte que le muet parlait et voyait.
      28 Mais, si c’est par l’Esprit de Dieu, que moi, je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous.
      33 Dites que l’arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l’arbre est mauvais et que son fruit est mauvais, car on connaît l’arbre à son fruit.
      35 L’homme bon tire du bien de son bon trésor, et l’homme mauvais tire du mal de son mauvais trésor.
      43 Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il traverse des lieux arides, cherche du repos et n’en trouve pas.
      44 Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti, et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée.
      45 Il s’en va et prend avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération mauvaise.
      50 En effet, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère.

      Matthieu 13

      1 Ce jour-là, Jésus sortit de la maison et s’assit au bord de la mer.
      2 De si grandes foules s’assemblèrent auprès de lui qu’il monta s’asseoir dans une barque. Toute la foule se tenait sur le rivage.
      3 Il leur parla longuement en paraboles ; il disait :
      4 Le semeur sortit pour semer. Comme il semait, quelques (grains) tombèrent le long du chemin ; les oiseaux vinrent et les mangèrent.
      5 D’autres tombèrent dans les endroits pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre : ils levèrent aussitôt, parce qu’ils ne trouvèrent pas une terre profonde ;
      6 mais, quand le soleil se leva, ils furent brûlés et séchèrent faute de racines.
      7 D’autres tombèrent parmi les épines : les épines montèrent et les étouffèrent.
      8 D’autres tombèrent dans la bonne terre : ils donnèrent du fruit, un (grain) cent, un autre soixante, un autre trente.
      9 Que celui qui a des oreilles entende.
      10 Les disciples s’approchèrent et lui dirent : Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?
      11 Jésus leur répondit : Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et qu’à eux cela n’a pas été donné.
      12 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a.
      13 C’est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu’en voyant ils ne voient pas, et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent.
      14 Et pour eux s’accomplit cette prophétie d’Ésaïe : Vous entendrez bien, et vous ne comprendrez point. Vous regarderez bien, et vous ne verrez point.
      15 Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; Ils se sont bouché les oreilles, et ils ont fermé les yeux, De peur de voir de leurs yeux, d’entendre de leurs oreilles, De comprendre de leurs cœurs, Et de se convertir en sorte que je les guérisse.
      16 Mais heureux sont vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent.
      17 En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous regardez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
      18 Vous donc, écoutez (ce que signifie) la parabole du semeur.
      19 Lorsqu’un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le Malin vient et enlève ce qui a été semé dans son cœur : c’est celui qui a reçu la semence le long du chemin.
      20 Celui qui a reçu la semence dans les endroits pierreux, c’est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie,
      21 mais il n’a pas de racine en lui-même, il est l’homme d’un moment et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve une occasion de chute.
      22 Celui qui a reçu la semence parmi les épines, c’est celui qui entend la parole mais en qui les soucis du monde et la séduction des richesses étouffent la parole et la rendent infructueuse.
      23 Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la parole et la comprend ; il porte du fruit et un (grain) en donne cent, un autre soixante et un autre trente.
      24 Il leur proposa une autre parabole et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé de la bonne semence dans son champ.
      25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
      26 Lorsque le blé eut poussé en herbe et donné du fruit, l’ivraie parut aussi.
      27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n’as-tu pas semé de la bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y ait de l’ivraie ?
      28 Il leur répondit : C’est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions l’arracher ?
      29 Non, dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.
      30 Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.
      31 Il leur proposa une autre parabole et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde qu’un homme a pris et semé dans son champ.
      32 C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand elle a poussé, elle est plus grande que les plantes potagères et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches.
      33 Il leur dit cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et introduit dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que (la pâte) soit toute levée.
      34 Jésus dit tout cela aux foules en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles,
      35 afin que s’accomplisse ce qui avait été annoncé par le prophète : J’ouvrirai la bouche (pour parler) en paraboles, Je proclamerai des choses cachées depuis la création.
      36 Alors il laissa les foules et entra dans la maison. Ses disciples s’approchèrent de lui, et dirent : Explique-nous la parabole de l’ivraie du champ.
      37 Il leur répondit : Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme ;
      38 le champ, c’est le monde, la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Malin ;
      39 l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
      40 Or comme on arrache l’ivraie pour la jeter au feu, il en sera de même à la fin du monde.
      41 Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité
      42 et ils les jetteront dans la fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
      43 Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles entende.
      44 Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L’homme qui l’a trouvé le cache (de nouveau) ; et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il a et achète ce champ.
      45 Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherche de belles perles.
      46 Ayant trouvé une perle de grand prix, il est allé vendre tout ce qu’il avait, et l’a achetée.
      47 Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer et qui ramasse (des poissons) de toute espèce.
      48 Quand il est rempli, on le tire sur le rivage, puis on s’assied, on recueille dans des vases ce qui est bon et l’on jette ce qui est mauvais.
      49 Il en sera de même à la fin du monde. Les anges s’en iront séparer les méchants du milieu des justes
      50 et ils les jetteront dans la fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
      51 Avez-vous compris tout cela ? – Oui, répondirent-ils.
      52 Et il leur dit : C’est pourquoi, tout scribe instruit de (ce qui regarde) le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes.
      53 Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles il partit de là.
      54 Il se rendit dans sa patrie et se mit à enseigner dans leur synagogue, de telle sorte qu’ils étaient étonnés et disaient : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
      55 N’est-ce pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ? Et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ?
      56 Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’où lui vient donc tout cela ?
      57 Et il était pour eux une occasion de chute. Mais Jésus leur dit : Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison.
      58 Et il ne fit pas, là, beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité.

      Matthieu 15

      14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles. Si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse.
      24 Il répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.

      Matthieu 16

      25 Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la trouvera.

      Matthieu 17

      20 C’est à cause de votre petite foi, leur dit Jésus. En vérité je vous le dis, si vous avez de la foi comme un grain de moutarde, vous direz à cette montagne : Transporte-toi d’ici là, et elle se transportera ; rien ne vous sera impossible.
      21 [Mais cette sorte (de démon) ne sort que par la prière et par le jeûne. ]

      Matthieu 18

      6 Mais si quelqu’un était une occasion de chute pour un de ces petits qui croient en moi, il serait avantageux pour lui qu’on suspende à son cou une meule de moulin, et qu’on le noie au fond de la mer.
      7 Malheur au monde à cause des occasions de chute ! Car il est inévitable qu’il se produise des occasions de chute, mais malheur à l’homme par qui elles se produisent !
      8 Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou boiteux, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel.
      9 Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie borgne, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne de feu.
      10 Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux.
      21 Alors Pierre s’approcha et lui dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il pèchera contre moi ? Jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit :
      22 Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.
      23 C’est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs.
      24 Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents.
      25 Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna de le vendre, lui, sa femme, et ses enfants, et tout ce qu’il avait, et de payer la dette.
      26 Le serviteur se jeta à terre, se prosterna devant lui et dit : [Seigneur], prends patience envers moi, et je te paierai tout.
      27 Touché de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit la dette.
      28 En sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et le serrait à la gorge en disant : Paie ce que tu [me] dois.
      29 Son compagnon se jeta à ses pieds et le suppliait disant : Prends patience envers moi, et je te paierai.
      30 Mais lui ne voulut pas ; il alla le jeter en prison, jusqu’à ce qu’il ait payé ce qu’il devait.
      31 Ses compagnons, voyant ce qui arrivait, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.
      32 Alors le maître fit appeler ce serviteur et lui dit : Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié ;
      33 ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ?
      34 Et son maître irrité le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait payé tout ce qu’il devait.
      35 C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur.

      Matthieu 19

      8 Il leur dit : C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; au commencement, il n’en était pas ainsi.
      12 Car il y a des eunuques qui le sont dès le sein de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par (la main) des hommes, et il y en a qui se sont rendus eunuques, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne.
      28 Jésus leur répondit : En vérité je vous le dis, quand le Fils de l’homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur son trône de gloire, vous de même qui m’avez suivi, vous serez assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d’Israël.

      Matthieu 20

      1 Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
      2 Il se mit d’accord avec les ouvriers pour un denier par jour et les envoya dans sa vigne.
      3 Il sortit vers la troisième heure, en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire
      4 et leur dit : Allez, vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste.
      5 Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers la sixième, puis vers la neuvième heure, et il fit de même.
      6 Vers la onzième heure il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient (encore) là et leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ?
      7 Ils lui répondirent : C’est que personne ne nous a embauchés. Allez, vous aussi, dans la vigne, leur dit-il.
      8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers.
      9 Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier.
      10 Les premiers vinrent ensuite pensant recevoir davantage, mais ils reçurent eux aussi, chacun un denier.
      11 En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison
      12 et dirent : Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur.
      13 Il répondit à l’un d’eux : Mon ami ! Je ne te fais pas tort, n’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?
      14 Prends ce qui est à toi et va-t’en. Je veux donner à celui qui est le dernier autant qu’à toi.
      15 Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ?
      16 Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers.
      17 Sur le point de monter à Jérusalem, Jésus prit à part les douze et leur dit en chemin :
      18 Voici : nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort
      19 et le livreront aux païens, pour qu’ils se moquent de lui, le flagellent et le crucifient, et le troisième jour il ressuscitera.
      20 Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils, et se prosterna, pour lui faire une demande.
      21 Il lui dit : Que veux-tu ? Ordonne, lui dit-elle, que mes deux fils que voici soient assis, dans ton royaume, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche.
      22 Jésus répondit : Vous ne savez ce que vous me demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Nous le pouvons, dirent-ils.
      23 Et il leur répondit : Il est vrai que vous boirez ma coupe, mais pour ce qui est d’être assis à ma droite et à ma gauche, cela n’est pas à moi de le donner, sinon à ceux pour qui cela est préparé par mon Père.
      24 Les dix qui avaient entendu cela furent indignés contre les deux frères.
      25 Jésus les appela et dit : Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands abusent de leur pouvoir sur elles.
      26 Il n’en sera pas de même parmi nous. Mais quiconque veut être grand parmi vous sera votre serviteur
      27 et quiconque veut être le premier parmi vous sera votre esclave.
      28 C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup.
      29 Lorsqu’ils sortirent de Jéricho, une grande foule suivit Jésus.
      30 Or, deux aveugles assis au bord du chemin entendirent que Jésus passait et crièrent : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David.
      31 La foule leur faisait des reproches, pour les faire taire, mais ils crièrent plus fort : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David.
      32 Jésus s’arrêta, les appela et dit : Que voulez-vous que je vous fasse ?
      33 Ils lui dirent : Seigneur, que nos yeux s’ouvrent.
      34 Saisi de compassion, Jésus toucha leurs yeux ; et aussitôt ils recouvrèrent la vue et le suivirent.

      Matthieu 22

      1 Jésus leur parla de nouveau en paraboles et il dit :
      2 Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils.
      3 Il envoya ses serviteurs pour appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir.
      4 Il envoya encore d’autres serviteurs en disant : Dites aux invités : J’ai préparé mon festin, mes bœufs et mes bêtes grasses sont tués, tout est prêt, venez aux noces.
      5 Mais, négligeant (l’invitation) ils s’en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son commerce,
      6 et les autres se saisirent des serviteurs, les outragèrent et les tuèrent.
      7 Le roi fut irrité ; il envoya son armée, fit périr ces meurtriers et brûla leur ville.
      8 Alors il dit à ses serviteurs : Les noces sont prêtes, mais les invités n’en étaient pas dignes.
      9 Allez donc aux carrefours, et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez.
      10 Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, méchants et bons, et la salle des noces fut remplie de convives.
      11 Le roi entra pour voir les convives, et il aperçut là un homme qui n’avait pas revêtu un habit de noces.
      12 Il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces ? Cet homme resta la bouche fermée.
      13 Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
      14 Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.
      15 Alors les Pharisiens allèrent se consulter sur les moyens de prendre Jésus au piège de ses propres paroles.
      16 Ils envoyèrent auprès de lui leurs disciples avec les Hérodiens : Maître, lui dirent-ils, nous savons que tu es véridique, et que tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité, sans redouter personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes.
      17 Dis-nous donc ce que tu en penses : Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César ?
      18 Mais Jésus qui connaissait leur malice répondit : Pourquoi me mettez-vous à l’épreuve, hypocrites ?
      19 Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. Et ils lui présentèrent un denier.
      20 Il leur demanda : De qui sont cette effigie et cette inscription ?
      21 De César, lui répondirent-ils. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
      22 Étonnés de ce qu’ils entendaient, ils le quittèrent et s’en allèrent.
      23 Le même jour, les Sadducéens, qui disent qu’il n’y a pas de résurrection, s’approchèrent de Jésus et lui posèrent cette question :
      24 Maître, Moïse a dit : Si quelqu’un meurt sans enfants, son frère épousera la veuve et suscitera une descendance à son frère.
      25 Or, il y avait parmi nous sept frères. Le premier se maria et mourut, et comme il n’avait pas d’enfants, il laissa sa femme à son frère.
      26 Il en fut de même du deuxième, puis du troisième, jusqu’au septième.
      27 Après eux tous, la femme mourut.
      28 A la résurrection, duquel des sept frères sera-t-elle donc la femme ? Car tous l’ont eue.
      29 Jésus leur répondit : Vous êtes dans l’erreur, parce que vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu.
      30 Car à la résurrection, les hommes ne prendront pas de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel.
      31 Pour ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit :
      32 Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob ? Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
      33 Les foules qui écoutaient furent frappées de l’enseignement de Jésus.
      34 Les Pharisiens apprirent qu’il avait réduit au silence les Sadducéens, ils se rassemblèrent,
      35 et l’un d’eux, docteur de la loi, lui posa cette question pour le mettre à l’épreuve :
      36 Maître, quel est le grand commandement de la loi ?
      37 Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée.
      38 C’est le premier et le grand commandement.
      39 Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
      40 De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes.
      41 Comme les Pharisiens étaient assemblés, Jésus leur posa cette question :
      42 Que pensez-vous du Christ ? De qui est-il le fils ? Ils lui répondirent : De David.
      43 Et Jésus leur dit : Comment donc David, (animé) par l’Esprit, l’appelle-t-il Seigneur, lorsqu’il dit :
      44 Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite. Jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds ?
      45 Si donc David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils ?
      46 Nul ne put lui répondre un mot. Et, depuis ce jour, personne n’osa plus lui poser de questions.

      Matthieu 23

      1 Alors Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples et dit :
      2 Les scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse.
      3 Faites donc et observez tout ce qu’ils vous diront mais n’agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent et ne font pas.
      4 Ils lient des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
      5 Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils élargissent leurs phylactères et ils agrandissent les franges de leurs vêtements ;
      6 ils aiment la première place dans les repas, les premiers sièges dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ;
      7 (ils aiment) aussi être appelés par les hommes, Rabbi.
      8 Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères.
      9 Et n’appelez personne sur le terre père, car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux.
      10 Ne vous faites pas appeler directeurs, car un seul est votre Directeur, le Christ.
      11 Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
      12 Qui s’élèvera sera abaissé, et qui s’abaissera sera élevé.
      13 Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui le voudraient.
      14 [Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous dévorez les maisons des veuves, et que vous faites pour l’apparence de longues prières ; à cause de cela, vous subirez une condamnation particulièrement sévère. ]
      15 Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois pire que vous.
      16 Malheur à vous, conducteurs aveugles ! Qui dites : Si quelqu’un jure par le temple, cela ne compte pas ; mais si quelqu’un jure par l’or du temple, il est engagé.
      17 Insensés et aveugles ! Lequel est le plus grand, l’or, ou le temple qui sanctifie l’or ?
      18 Si quelqu’un, dites-vous encore, jure par l’autel, cela ne compte pas ; mais si quelqu’un jure par l’offrande qui est sur l’autel, il est engagé.
      19 Aveugles lequel est le plus grand, l’offrande, ou l’autel qui sanctifie l’offrande ?
      20 Celui qui jure par l’autel jure par l’autel et par tout ce qui est dessus ;
      21 celui qui jure par le temple jure par le temple et par celui qui l’habite,
      22 et celui qui jure par le ciel jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis.
      23 Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qu’il y a de plus important dans la loi : le droit, la miséricorde et la fidélité ; c’est là ce qu’il fallait pratiquer sans laisser de côté le reste.
      24 Conducteurs aveugles ! Qui retenez au filtre le moucheron et qui avalez le chameau.
      25 Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous purifiez le dehors de la coupe et du plat, alors qu’en dedans ils sont pleins de rapine et d’intempérance.
      26 Pharisien aveugle ! Purifie premièrement l’intérieur de la coupe et du plat, afin que l’extérieur aussi devienne pur.
      27 Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors, et qui au dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impureté.
      28 Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes mais au dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité.
      29 Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! Parce que vous bâtissez les sépulcres des prophètes et ornez les tombeaux des justes,
      30 et que vous dites : Si nous avions vécu au temps de nos pères, nous ne nous serions pas associés à eux pour (répandre) le sang des prophètes.
      31 Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes.
      32 Mettez donc le comble à la mesure de vos pères !
      33 Serpents, race de vipères ! Comment fuirez-vous la condamnation de la géhenne ?
      34 C’est pourquoi, je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous flagellerez les autres dans vos synagogues et vous les persécuterez de ville en ville,
      35 afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Bérékia, que vous avez tué entre le temple et l’autel.
      36 En vérité je vous le dis, tout cela viendra sur cette génération.
      37 Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu !
      38 Voici : votre maison vous est laissée déserte,
      39 car je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

      Matthieu 24

      43 Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison.

      Matthieu 25

      1 Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui prirent leurs lampes pour aller à la rencontre de l’époux.
      2 Cinq d’entre elles étaient folles, et cinq sages.
      3 Les folles en prenant leurs lampes, ne prirent pas d’huile avec elles ;
      4 mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases.
      5 Comme l’époux tardait, toutes s’assoupirent et s’endormirent.
      6 Au milieu de la nuit, il y eut un cri : Voici l’époux, sortez à sa rencontre !
      7 Alors toutes ces vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes.
      8 Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.
      9 Les sages répondirent : Non, il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent et achetez-en pour vous.
      10 Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui au (festin) de noces, et la porte fut fermée.
      11 Plus tard, les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.
      12 Mais il répondit : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas.
      13 Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure.
      14 Il en sera comme d’un homme qui en partant pour un voyage appela ses serviteurs, et leur confia ses biens.
      15 Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité et il partit en voyage.
      16 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla, les fit valoir et en gagna cinq autres.
      17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres.
      18 Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un trou dans la terre et cacha l’argent de son maître.
      19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et leur fit rendre compte.
      20 Celui qui avait reçu les cinq talents s’approcha en apportant cinq autres talents et dit : Seigneur, tu m’avais confié cinq talents ; voici cinq autres que j’ai gagnés.
      21 Son maître lui dit : Bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.
      22 Celui qui avait reçu les deux talents s’approcha aussi et dit : Seigneur, tu m’avais confié deux talents, en voici deux autres que j’ai gagnés.
      23 Son maître lui dit : Bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.
      24 Celui qui n’avait reçu qu’un talent s’approcha ensuite et dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n’as pas semé, et qui récoltes où tu n’as pas répandu ;
      25 j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre : voici : prends ce qui est à toi.
      26 Son maître lui répondit : Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que je récolte où je n’ai pas répandu ;
      27 il te fallait donc placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j’aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt.
      28 Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents.
      29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a.
      30 Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
      31 Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur son trône de gloire.
      32 Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs,
      33 et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
      34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.
      35 Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli ;
      36 nu et vous m’avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi.
      37 Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ?
      38 Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ; ou nu, et t’avons-nous vêtu ?
      39 Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ?
      40 Et le roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.
      41 Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges.
      42 Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire.
      43 J’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.
      44 Alors ils répondront eux aussi : Seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim ou soif, étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t’avons-nous pas rendu service ?
      45 Alors il leur répondra : En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous n’avez pas fait cela à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.
      46 Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle.

      Matthieu 26

      29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père.

      Matthieu 28

      19 Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,

      Marc 1

      23 Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme (possédé) d’un esprit impur, et qui s’écria :
      24 Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu.
      25 Jésus le menaça : Tais-toi et sors de cet homme.
      26 L’esprit impur sortit de cet homme dans une convulsion et en poussant un grand cri.
      27 Tous furent saisis de stupeur, de sorte qu’ils se demandaient les uns aux autres : Qu’est-ce que ceci ? Une nouvelle doctrine (donnée) avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent.
      28 Et sa renommée se répandit aussitôt dans toute la région de la Galilée.
      30 La belle-mère de Simon était couchée, elle avait de la fièvre ; aussitôt on parla d’elle à Jésus.

      Marc 2

      1 Quelques jours après, Jésus revint à Capernaüm. On apprit qu’il était à la maison,
      2 et il s’assembla un si grand nombre de personnes qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. Il leur annonçait la parole.
      3 On vint lui amener un paralytique porté par quatre hommes.
      4 Comme ils ne pouvaient le lui présenter, à cause de la foule, ils découvrirent le toit au-dessus de l’endroit où se tenait Jésus, et ils descendirent par cette ouverture le lit sur lequel le paralytique était couché.
      5 Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés.
      6 Il y avait là quelques scribes qui étaient assis et qui raisonnaient en eux-mêmes :
      7 Comment celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul ?
      8 Jésus connut aussitôt par son esprit leurs raisonnements intérieurs et leur dit : Pourquoi faites-vous de tels raisonnements dans vos cœurs ?
      9 Qu’est-ce qui est plus facile, de dire au paralytique : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, prends ton lit et marche ?
      10 Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés :
      11 Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison.
      12 Et à l’instant, il se leva, prit son lit et sortit en présence de tous, de sorte qu’ils étaient hors d’eux-mêmes et glorifiaient Dieu en disant : Nous n’avons jamais rien vu de pareil.
      13 Jésus sortit de nouveau du côté de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait.
      14 En passant, il vit Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des péages. Il lui dit : Suis-moi. (Lévi) se leva et le suivit.
      15 Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de péagers et de pécheurs avaient pris place avec lui et avec ses disciples, car ils étaient nombreux et ils le suivaient.
      16 Les scribes (du parti) des Pharisiens, le voyant manger avec les péagers et les pécheurs, dirent à ses disciples : Pourquoi mange-t-il avec les péagers et les pécheurs ?
      17 Jésus, qui avait entendu, leur dit : Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.
      18 Les disciples de Jean et les Pharisiens jêunaient. Ils vinrent dire à Jésus : Pourquoi les disciples de Jean et ceux des Pharisiens jeûnent-ils, tandis que tes disciples ne jeûnent pas ?
      19 Jésus leur répondit : les amis de l’époux peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? Aussi longtemps qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent jeûner.
      20 Les jours viendront où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ce jour-là.
      21 Personne ne coud une pièce de drap neuf à un vieil habit ; autrement le morceau neuf emporterait le tout et la déchirure serait pire.
      22 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement le vin fait rompre les outres, et le vin et les outres sont perdus ; mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
      23 Il arriva un jour de sabbat que Jésus traversa des champs de blé. Ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher des épis.
      24 Les Pharisiens lui dirent : Vois, pourquoi font-ils ce qui n’est pas permis un jour de sabbat ?
      25 Jésus leur répondit : N’avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu’il fut dans le besoin et qu’il eut faim, lui et ses gens ?
      26 Comment il entra dans la maison de Dieu du temps du souverain sacrificateur Abiathar, mangea les pains de proposition, qu’il n’est permis qu’aux sacrificateurs de manger, et en donna même à ses gens.
      27 Puis il leur dit : Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat,
      28 de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat.

      Marc 3

      35 Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère.

      Marc 4

      2 Il les enseignait longuement en paraboles et leur disait dans son enseignement :
      3 Écoutez : Le semeur sortit pour semer.
      9 Puis il dit : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.
      10 Lorsqu’il fut en particulier, ceux qui l’entouraient avec les douze l’interrogèrent sur les paraboles.
      12 afin que tout en regardant bien, ils ne voient pas et qu’en entendant bien, ils ne comprennent pas, de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné.
      21 Il leur disait encore : Est-ce que la lampe se met sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas sur le chandelier ?
      26 Il dit encore : Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui jette de la semence en terre ;
      27 qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment.
      28 La terre produit d’elle-même, premièrement l’herbe, puis l’épi, enfin le blé bien formé dans l’épi ;
      29 et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là.
      34 Il ne leur parlait pas sans parabole ; mais en privé, il expliquait tout à ses disciples.
      35 Ce même jour sur le soir, Jésus leur dit : Passons sur l’autre rive.
      41 Ils furent saisis d’une grande crainte et se dirent les uns aux autres : Quel est donc celui-ci, car même le vent et la mer lui obéissent ?

      Marc 5

      1 Ils arrivèrent sur l’autre rive de la mer dans le pays des Géraséniens.
      2 Aussitôt que Jésus eut débarqué, un homme sortant des tombeaux et possédé d’un esprit impur vint au-devant de lui.
      3 Il avait sa demeure dans les tombeaux, et personne ne pouvait plus le lier même avec une chaîne ;
      4 car souvent il avait eu les fers aux pieds et avait été lié de chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et personne n’avait la force de le dompter.
      5 Il était sans cesse nuit et jour dans les tombes et sur les montagnes, criant et se meurtrissant avec des pierres.
      6 Il vit Jésus de loin, accourut, se prosterna devant lui
      7 et s’écria d’une voix forte : Que me veux-tu, Jésus, Fils du Très-Haut ? Je t’en conjure (au nom) de Dieu, ne me tourmente pas.
      8 Car Jésus lui disait : Sors de cet homme, esprit impur.
      9 Et il lui demanda : Quel est ton nom ? Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs.
      10 Et ils le suppliaient instamment de ne pas les envoyer hors du pays.
      11 Or il y avait là près de la montagne un grand troupeau de pourceaux en train de paître.
      12 Et les démons supplièrent Jésus en disant : Envoie-nous dans ces pourceaux afin que nous entrions en eux.
      13 Il le leur permit. Et les esprits impurs sortirent, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans la mer. Il y en avait environ deux mille, et ils se noyèrent.
      14 Ceux qui les faisaient paître s’enfuirent et répandirent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes. Les gens allèrent voir ce qui était arrivé.
      15 Ils vinrent auprès de Jésus et virent le démoniaque, celui qui avait eu la légion, assis, vêtu, et dans son bon sens ; et ils furent saisis de crainte.
      16 Ceux qui avaient vu ce qui s’était passé leur racontèrent ce qui était arrivé au démoniaque ainsi qu’aux pourceaux.
      17 Alors ils se mirent à supplier Jésus pour qu’il s’en aille de leur territoire.
      18 Comme il montait dans la barque, celui qui avait été démoniaque le suppliait, afin de rester avec lui.
      19 Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit : Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t’a fait et comment il a eu pitié de toi.
      20 Il s’en alla et se mit à publier dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et tous étaient dans l’admiration.
      25 Or, il y avait une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans.
      30 Jésus ressentit aussitôt en lui-même qu’une force était sortie de lui. Il se retourna au milieu de la foule et dit : Qui a touché mes vêtements ?
      34 Mais Jésus lui dit : Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal.
      39 Il entra et leur dit : Pourquoi ce tumulte, et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte, mais elle dort.

      Marc 6

      1 Jésus partit de là et se rendit dans sa patrie. Ses disciples le suivirent.
      6 Et il s’étonna de leur incrédulité. Il parcourait les villages d’alentour en enseignant.
      30 Les apôtres se rassemblèrent auprès de Jésus et lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et ce qu’ils avaient enseigné.
      31 Il leur dit : Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. Car beaucoup de personnes allaient et venaient, et ils n’avaient pas même le temps de manger.
      32 Ils partirent donc dans la barque, pour aller à l’écart dans un lieu désert.
      33 Plusieurs les virent s’en aller et les reconnurent, et de toutes les villes on accourut à pied et on les devança là (où ils se rendaient).
      34 Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule et en eut compassion, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger ; et il se mit à les enseigner longuement.
      35 Comme l’heure était déjà avancée, ses disciples s’approchèrent de lui et dirent : Ce lieu est désert et l’heure est déjà avancée ;
      36 renvoie-les, afin qu’ils aillent dans les campagnes et dans les villages des environs pour s’acheter de quoi manger.
      37 Jésus leur répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils lui dirent : Irons-nous acheter des pains pour deux cents deniers et leur donnerons-nous à manger ?
      38 Et il leur répondit : Combien avez-vous de pains ? Allez voir. Ils s’en informèrent et répondirent : Cinq, et deux poissons.
      39 Alors il leur commanda de les faire tous asseoir en groupes sur l’herbe verte,
      40 et ils s’assirent par rangées de cent et de cinquante.
      41 Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et dit la bénédiction. Puis il rompit les pains et les donna aux disciples, pour les distribuer à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre tous.
      42 Tous mangèrent et furent rassasiés,
      43 et l’on emporta douze paniers pleins de morceaux de pain et de poissons.
      44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.
      47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre.
      52 car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, parce que leur cœur était endurci.

      Marc 7

      1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem s’assemblèrent autour de Jésus.
      2 Ils virent quelques-uns de ses disciples prendre leur pain avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
      3 Or les Pharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être soigneusement lavé les mains, parce qu’ils tiennent à la tradition des anciens.
      4 Et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu’après avoir fait les aspersions (rituelles). Ils ont encore beaucoup d’autres observances traditionnelles, comme le lavage des coupes, des cruches et des vases de bronze.
      5 Les Pharisiens et les scribes lui demandèrent : Pourquoi tes disciples ne marchent-ils pas selon la tradition des anciens, mais prennent-ils leur pain avec des mains impures ?
      6 Jésus leur répondit : Ésaïe a bien prophétisé sur vous, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, Mais son cœur est très éloigné de moi ;
      7 C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; En enseignant des doctrines Qui ne sont que préceptes humains.
      8 Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous tenez à la tradition des hommes.
      9 Il poursuivit : Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour garder votre tradition.
      10 Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.
      11 Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est qorbân, c’est-à-dire une oblation (à Dieu),
      12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère ;
      13 vous annulez ainsi la parole de Dieu par votre tradition que vous vous êtes donnée. Et vous faites bien d’autres choses semblables.
      14 Il appela de nouveau la foule et lui dit : Écoutez-moi tous et comprenez.
      15 Il n’est rien qui du dehors entre dans l’homme qui puisse le rendre impur ; mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur.
      16 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende.
      17 Lorsqu’il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogèrent sur cette parabole.
      18 Il leur dit : Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne saisissez-vous pas que rien de ce qui, du dehors, entre dans l’homme ne peut le rendre impur ?
      19 Car cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis est évacué à l’écart. Il déclarait purs tous les aliments.
      20 Il disait : Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur.
      21 Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, prostitutions, vols, meurtres,
      22 adultères, cupidités, méchanceté, ruse, dérèglement, regard envieux, blasphème, orgueil, folie.
      23 Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l’homme impur.
      24 Jésus partit de là et s’en alla dans le territoire de Tyr. Il entra dans une maison ; il voulait que personne ne le sache, mais il ne put rester caché.
      25 Car une femme, dont la fille avait un esprit impur, entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds.
      26 Cette femme était grecque, d’origine syro-phénicienne. Elle lui demandait de chasser le démon de sa fille.
      27 Jésus lui dit : Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.
      28 Oui, Seigneur, lui répondit-elle, mais les petits chiens sous la table mangent les miettes des enfants.
      29 Alors il lui dit : A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille.
      30 Et quand elle rentra dans sa maison, elle trouva que l’enfant était étendue sur le lit, et que le démon était sorti.
      31 Jésus quitta la contrée de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée, en traversant la contrée de la Décapole.
      32 On lui amena un sourd qui avait de la difficulté à parler, et on le supplia de lui imposer les mains.
      33 Il le prit à l’écart loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles et lui toucha la langue avec de la salive ;
      34 puis il leva les yeux au ciel, soupira et dit : Ephphatha, c’est-à-dire : ouvre-toi.
      35 Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il se mit à parler correctement.
      36 Jésus leur recommanda de n’en parler à personne, mais plus il le leur recommandait, plus ils publiaient (la nouvelle).
      37 Ils étaient dans un étonnement extraordinaire et disaient : Il fait tout à merveille, il fait même entendre les sourds et parler les muets.

      Marc 8

      22 Ils se rendirent à Bethsaïda ; on lui amena un aveugle, et on le supplia de le toucher.
      26 Alors Jésus le renvoya dans sa maison, en disant : Ne rentre pas au village.
      35 Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.
      36 Et que sert-il à un homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme ?
      38 En effet quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges.

      Marc 9

      1 Il leur dit encore : En vérité, je vous le dis, quelques-uns de ceux qui se tiennent ici ne gôuteront point la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu venir avec puissance.

      Marc 10

      2 Les Pharisiens l’abordèrent et, pour l’éprouver, lui demandèrent s’il est permis à un homme de répudier sa femme.
      3 Il leur répondit : Que vous a commandé Moïse ?
      4 Moïse, dirent-ils, a permis d’écrire un acte de divorce et de répudier (sa femme).
      5 Et Jésus leur dit : C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse a écrit pour vous ce commandement.
      6 Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme ;
      7 c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme,
      8 et les deux (époux) deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair.
      9 Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni.
      21 Jésus l’ayant regardé l’aima ; puis il lui dit : Il te manque une chose ; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.
      29 Jésus répondit : En vérité, je vous le dis, il n’est personne qui ait quitté, à cause de moi et de l’Évangile, maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou terres,
      52 Et Jésus lui dit : Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt il recouvra la vue et se mit à suivre Jésus sur le chemin.

      Marc 11

      17 Il les enseignait et disait : N’est-il pas écrit : Ma Maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations. Mais vous en avez fait une caverne de voleurs.

      Marc 12

      1 Jésus se mit ensuite à leur parler en paraboles : Un homme planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la loua à des vignerons et partit en voyage.
      2 La saison venue, il envoya un serviteur vers les vignerons pour recevoir de leur part des fruits de la vigne.
      3 Ils le prirent, le frappèrent et le renvoyèrent les mains vides.
      4 Il envoya de nouveau vers eux un autre serviteur ; ils le frappèrent à la tête et l’outragèrent.
      5 Il en envoya un troisième qu’ils tuèrent ; puis plusieurs autres qu’ils battirent ou tuèrent.
      6 Seul son fils bien-aimé lui restait ; il l’envoya vers eux le dernier en disant : Ils respecteront mon fils.
      7 Mais ces vignerons se dirent entre eux : C’est lui l’héritier, venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous.
      8 Ils le prirent, le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne.
      9 Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons et donnera la vigne à d’autres.
      10 N’avez-vous pas lu cette (parole de l’) Écriture : La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la principale, celle de l’angle ;
      11 C’est du Seigneur que cela est venu, Et c’est une merveille à nos yeux.
      12 Ils cherchaient à se saisir de lui, mais ils craignaient la foule. Ils avaient compris que c’était pour eux que Jésus avait dit cette parabole. Ils le quittèrent et s’en allèrent.
      18 Les Sadducéens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection, vinrent auprès de lui et lui posèrent cette question :
      24 Jésus leur dit : Voici pourquoi vous êtes dans l’erreur : vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu.
      29 Jésus répondit : Voici le premier : Écoute Israël, le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur est un,
      30 et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force.
      31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là.

      Luc 4

      39 Il se pencha sur elle, menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. A l’instant elle se leva et se mit à les servir.

      Luc 5

      32 Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance.

      Luc 6

      6 Il arriva, un autre jour de sabbat, que Jésus entra dans la synagogue, et qu’il enseignait. Il s’y trouvait un homme dont la main droite était sèche.
      27 Mais je vous dis, à vous qui écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,
      28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent.
      29 Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un te prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique.
      30 Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas tes biens à celui qui les prend.
      31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux.
      32 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.
      33 Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi en font autant.
      34 Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin de recevoir l’équivalent.
      35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer. Votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants.

      Luc 7

      2 Un centenier avait un serviteur malade qui était sur le point de mourir et qui lui était très cher.
      11 Or il se rendit le jour suivant dans une ville appelée Naïn ; ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui.
      17 Cette parole se répandit à son sujet dans la Judée tout entière et dans tous les environs.
      18 Les disciples de Jean lui annoncèrent tout cela.
      19 Jean appela deux de ses disciples et les envoya vers le Seigneur, pour lui dire : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?
      20 Arrivés auprès de lui, ces hommes dirent : Jean-Baptiste nous a envoyés vers toi, pour dire : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?
      21 A l’heure même, Jésus guérit plusieurs personnes de maladies, d’infirmités et d’esprits mauvais, et il rendit la vue à de nombreux aveugles.
      22 Et il leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.
      23 Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute !
      34 Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : C’est un homme qui fait bonne chère et un buveur de vin, un ami des péagers et des pécheurs.
      36 Un des Pharisiens pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.
      37 Et voici qu’une femme pécheresse, qui était dans la ville, sut qu’il était à table dans la maison du Pharisien ; elle apporta un vase d’albâtre plein de parfum
      38 et se tint derrière à ses pieds. Elle pleurait et se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus, puis elle les essuyait avec ses cheveux, les embrassait et répandait sur eux du parfum.
      39 A cette vue, le Pharisien qui l’avait invité dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait qui est la femme qui le touche et ce qu’elle est : une pécheresse.
      40 Jésus prit la parole et lui dit : Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Maître, parle, répondit-il. –
      41 Un créancier avait deux débiteurs ; l’un devait cinq cents deniers et l’autre cinquante.
      42 Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il leur fit grâce de leur dette à tous deux. Lequel l’aimera le plus ?
      43 Simon répondit : Celui, je suppose, auquel il a fait grâce de la plus grosse somme. Jésus lui dit : Tu as bien jugé.
      44 Puis il se tourna vers la femme et dit à Simon : Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas donné d’eau pour mes pieds ; mais elle, elle a mouillé mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.
      45 Tu ne m’as pas donné de baiser, mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a pas cessé de me baiser les pieds.
      46 Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.
      47 C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu’elle a beaucoup aimé. Mais celui a qui l’on pardonne peu aime peu.
      48 Et il dit à la femme : Tes péchés sont pardonnés.
      49 Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés.
      50 Mais il dit à la femme : Ta foi t’a sauvée, va en paix.

      Luc 8

      10 Il répondit : Il vous a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais pour les autres, cela leur est dit en paraboles, afin qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en entendant ils ne comprennent point.
      26 Ils abordèrent dans le pays des Géraséniens, qui est vis-à-vis de la Galilée.
      27 Lorsque Jésus fut descendu à terre, il vint au-devant de lui un homme de la ville, qui avait en lui plusieurs démons. Depuis assez longtemps, il ne portait pas de vêtement et il ne demeurait pas dans une maison, mais parmi les tombes.
      28 Voyant Jésus, il poussa un cri, tomba à ses pieds et dit d’une voix forte : Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en supplie, ne me tourmente pas.
      29 Car Jésus commandait à l’esprit impur de sortir de cet homme, dont il s’était emparé depuis longtemps ; on le gardait lié de chaînes, et les fers aux pieds, mais il rompait ses liens et était poussé par le démon dans les déserts.
      30 Jésus lui demanda : Quel est ton nom ? Légion, répondit-il. Car plusieurs démons étaient entrés en lui.
      31 Et ils suppliaient Jésus pour qu’il ne leur ordonne pas d’aller dans l’abîme.
      32 Il y avait là un troupeau considérable de pourceaux qui paissaient sur la montagne. Et les démons suppliaient Jésus pour qu’il leur permette d’entrer dans ces pourceaux. Il le leur permit.
      33 Les démons sortirent de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya.
      34 Ceux qui les faisaient paître, en voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent et répandirent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes.
      35 Les gens allèrent voir ce qui était arrivé. Ils vinrent auprès de Jésus, et ils trouvèrent l’homme de qui étaient sortis les démons, assis à ses pieds, vêtu et dans son bon sens, et ils furent saisis de crainte.
      36 Ceux qui avaient vu ce qui s’était passé leur racontèrent comment le démoniaque avait été délivré.
      37 En foule, tous ceux de la région des Géraséniens demandèrent à Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient saisis d’une grande crainte. Jésus monta dans la barque et s’en retourna.
      38 L’homme de qui étaient sortis les démons lui demandait instamment de pouvoir rester avec lui. Mais Jésus le renvoya en disant :
      39 Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu t’a fait. Il s’en alla et publia par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui.
      52 Tous pleuraient et se lamentaient sur elle. Alors Jésus dit : Ne pleurez pas ; elle n’est pas morte, mais elle dort.

      Luc 9

      24 Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la sauvera.
      49 Jean prit la parole et dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne (te) suit pas avec nous.

      Luc 10

      18 Il leur dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair.
      20 Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux.
      21 En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint-Esprit et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, parce que tel a été ton bienveillant dessein.
      25 Et voici qu’un docteur de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?
      26 Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la loi ? Qu’y lis-tu ?
      27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même.
      28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras.
      29 Mais lui voulut se justifier et dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?
      30 Jésus reprit la parole et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent en le laissant à demi-mort.
      31 Par hasard, un sacrificateur descendait par le même chemin ; il vit cet homme et passa outre.
      32 Un Lévite arriva de même à cet endroit ; il le vit et passa outre.
      33 Mais un Samaritain, qui voyageait, arriva près de lui, le vit et en eut compassion.
      34 Il s’approcha et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui.
      35 Le lendemain, il sortit deux deniers, les donna à l’hôtelier et dit : Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le paierai moi-même à mon retour.
      36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ?
      37 Il répondit : C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même.
      42 Or une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera pas ôtée.

      Luc 11

      5 Il leur dit encore : Lequel d’entre vous aura un ami qui se rendra chez lui au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains,
      6 car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir ?
      7 Si, de l’intérieur, l’autre lui répond : Ne me cause pas d’ennui, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner (des pains) –
      8 je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner, parce qu’il est son ami, il se lèvera à cause de son importunité et lui donnera tout ce dont il a besoin.
      20 Mais, si c’est par le doigt de Dieu que moi je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous.

      Luc 12

      13 Quelqu’un de la foule dit à Jésus : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.
      16 Et il leur dit une parabole : La terre d’un homme riche avait beaucoup rapporté.
      21 Il en est ainsi de celui qui accumule des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche pour Dieu.
      39 Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison.

      Luc 13

      2 Il leur répondit : Pensez-vous que ces Galiléens aient été de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte ?
      3 Non, vous dis-je. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même.
      5 Non, vous dis-je. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement.
      11 Or, il y avait là une femme rendue infirme par un esprit depuis dix-huit ans ; elle était courbée et ne pouvait absolument pas se redresser.
      16 Et cette femme, qui est une fille d’Abraham et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, il n’aurait pas fallu la détacher de ce lien le jour du sabbat ?
      18 Il dit encore : A quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je ?
      19 Il est semblable à un grain de moutarde qu’un homme a pris et jeté dans son jardin ; il pousse, devient un arbre, et les oiseaux du ciel habitent dans ses branches.
      20 Il dit encore : A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ?
      21 Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et introduit dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que (la pâte) soit toute levée.
      23 Quelqu’un lui dit : Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Il leur répondit :

      Luc 14

      2 et ceux-ci l’observaient. Et voici qu’un homme hydropique était devant lui.

      Luc 15

      1 Tous les péagers et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’entendre.
      2 Les Pharisiens et les scribes murmuraient et disaient : Celui-ci accueille des pécheurs et mange avec eux.
      3 Mais il leur dit cette parabole :
      4 Quel homme d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perde une, ne laisse les 99 autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve ?
      5 Lorsqu’il l’a trouvée, il la met avec joie sur ses épaules,
      6 et, de retour à la maison, il appelle chez lui ses amis et ses voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue.
      7 De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de repentance.
      8 Ou quelle femme, si elle a dix drachmes et qu’elle perde une drachme, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle la trouve ?
      9 Lorsqu’elle l’a trouvée, elle appelle chez elle ses amies et ses voisines et dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue.
      10 De même, je vous le dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.
      11 Il dit encore : Un homme avait deux fils.
      12 Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part de la fortune qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien.
      13 Peu de jours après, le plus jeune fils rassembla tout ce qu’il avait et partit pour un pays lointain où il dissipa sa fortune en vivant dans la débauche.
      14 Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer (de tout).
      15 Il se lia avec un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs faire paître les pourceaux.
      16 Il aurait bien désiré se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait.
      17 Rentré en lui-même, il se dit : Combien d’employés chez mon père ont du pain en abondance, et moi ici, je péris à cause de la famine.
      18 Je me lèverai, j’irai vers mon père et lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ;
      19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes employés.
      20 Il se leva et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut touché de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa.
      21 Le fils lui dit : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
      22 Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe et mettez-la lui ; mettez-lui une bague au doigt, et des sandales pour ses pieds.
      23 Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ;
      24 car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.
      25 Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et s’approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses.
      26 Il appela un des serviteurs et s’informa de ce qui se passait.
      27 Ce dernier lui dit : Ton frère est de retour, et parce qu’il lui a été rendu en bonne santé, ton père a tué le veau gras.
      28 Il se mit en colère et ne voulut pas entrer. Son père sortit pour l’y inviter.
      29 Alors il répondit à son père : Voici : il y a tant d’années que je te sers, jamais je n’ai désobéi à tes ordres, et à moi jamais tu n’as donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis.
      30 Mais quand ton fils que voilà est arrivé, celui qui a dévoré ton bien avec des prostituées, pour lui tu as tué le veau gras !
      31 Toi, mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi ;
      32 mais il fallait bien se réjouir et s’égayer, car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.

      Luc 16

      1 Jésus dit aussi aux disciples : Il y avait un homme riche qui avait un intendant, et celui-ci lui fut dénoncé comme dissipant ses biens.
      2 Il l’appela et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance car, tu ne pourras plus être mon intendant.
      3 L’intendant se dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte l’intendance (de ses biens) ? Piocher la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’en ai honte.
      4 Je sais ce que je ferai, pour qu’il y en ait qui me reçoivent dans leurs maisons, quand je serai relevé de mon intendance.
      5 Alors il fit appeler chacun des débiteurs de son maître et dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ?
      6 Cent mesures d’huile, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet, assieds-toi vite, écris : Cinquante.
      7 Il dit ensuite à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Cent mesures de blé, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet et écris : Quatre-vingts.
      8 Le maître loua l’intendant infidèle de ce qu’il avait agi en homme prudent. Car les enfants de ce siècle sont plus prudents à l’égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière.
      9 Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, pour qu’ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels, quand elles vous feront défaut.
      10 Celui qui est fidèle en peu de choses est aussi fidèle dans ce qui est important, et celui qui est injuste en peu de choses est aussi injuste dans ce qui est important.
      11 Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera le (bien) véritable ?
      12 Et si vous n’avez pas été fidèles dans ce qui est à un autre, qui vous donnera ce qui est à vous ?
      13 Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres. Car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.
      14 Les Pharisiens, qui aimaient l’argent, écoutaient tout cela et raillaient Jésus.
      15 Il leur dit : Vous, vous êtes ceux qui se font passer pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu.
      16 Jusqu’à Jean, c’étaient la loi et les prophètes ; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé comme une bonne nouvelle, et chacun use de violence pour y entrer.
      17 Il est plus facile pour le ciel et la terre de passer, que pour un seul trait de lettre de la loi de tomber.
      18 Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, et quiconque épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère.
      19 Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie.
      20 Un pauvre couvert d’ulcères, du nom de Lazare, était couché à son portail ;
      21 il aurait désiré se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; même les chiens venaient lécher ses ulcères.
      22 Le pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut et fut enseveli.
      23 Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; et, en proie aux tourments, il vit de loin Abraham et Lazare dans son sein.
      24 Il s’écria : Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse la langue ; car je souffre dans cette flamme.
      25 Abraham répondit : (Mon) enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie et que de même Lazare a eu les maux, maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres.
      26 En plus de tout cela entre nous et vous se trouve un grand abîme afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne puissent le faire, et qu’on ne parvienne pas non plus de là vers nous.
      27 Le riche dit : Je te demande donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père ;
      28 car j’ai cinq frères. Qu’il leur apporte son témoignage, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourment.
      29 Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent.
      30 Et il dit : Non, père Abraham mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront.
      31 Et Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts.

      Luc 17

      3 Prenez garde à vous-mêmes. Si ton frère a péché, reprends-le, et, s’il se repent, pardonne-lui.
      6 Et le Seigneur dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer ; et il vous obéirait.
      10 Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire.
      19 Puis il lui dit : Lève-toi, va ; ta foi t’a sauvé.
      20 Interrogé par les Pharisiens pour savoir quand viendrait le royaume de Dieu, il leur répondit : Le royaume de Dieu ne vient pas de telle sorte qu’on puisse l’observer.
      33 Celui qui cherchera à préserver sa vie la perdra, et celui qui la perdra la retrouvera.

      Luc 18

      1 Jésus leur dit une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier et ne pas se lasser.
      2 Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et qui n’avait d’égard pour personne.
      3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de mon adversaire.
      4 Pendant longtemps il ne voulut pas. Mais ensuite il dit en lui-même : Bien que je ne craigne pas Dieu et que je n’aie d’égard pour personne,
      5 néanmoins parce que cette veuve me cause des ennuis, je lui ferai justice, de peur que jusqu’à la fin, elle ne vienne me casser la tête.
      6 Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique.
      7 Et Dieu ne ferait-il point justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tarderait-il à leur égard ?
      8 Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?
      9 Il dit encore cette parabole pour certaines personnes qui se persuadaient d’être justes et qui méprisaient les autres :
      10 Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était Pharisien, et l’autre péager.
      11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont accapareurs, injustes, adultères, ou même comme ce péager :
      12 je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus.
      13 Le péager se tenait à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais se frappait la poitrine et disait : O Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur.
      14 Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre. Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.

      Luc 19

      41 Comme il approchait de la ville, Jésus en la voyant, pleura sur elle et dit :

      Luc 22

      25 Jésus leur dit : Les rois des nations les dominent et ceux qui ont autorité sur elles se font appeler bienfaiteurs.
      30 afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël.
      51 Mais Jésus prit la parole et dit : Tenez-vous en là ! Puis il toucha l’oreille de cet homme et le guérit.

      Jean 3

      3 Jésus lui répondit : En vérité, en vérité je te le dis, si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le royaume de Dieu.

      Jean 5

      5 Là se trouvait un homme malade depuis trente-huit ans.

      Jean 10

      1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand.
      2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.
      3 Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et les mène dehors.
      4 Lorsqu’il a fait sortir toutes celles qui lui appartiennent, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix.
      5 Elles ne suivront point un étranger ; mais elles fuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers.
      6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
      7 Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, moi, je suis la porte des brebis.
      8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
      9 Moi, je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages.
      10 Le voleur ne vient que pour voler et tuer et détruire ; moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance.
      11 Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis.
      12 Mais le mercenaire, qui n’est pas berger et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup s’en empare et les disperse.
      13 C’est qu’il est mercenaire et qu’il ne se met pas en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger.
      14 Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,
      15 comme le Père me connaît, et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
      16 J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là, il faut aussi que je les amène ; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger.

      Jean 12

      24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

      Jean 15

      1 Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron.

      Jean 16

      29 Ses disciples lui dirent : Voici que maintenant, tu parles ouvertement et que tu ne dis rien en parabole.

      Romains 11

      7 Quoi donc ? Ce qu’Israël cherche, il ne l’a pas obtenu, mais les élus l’ont obtenu, les autres ont été endurcis,
      10 Que leurs yeux soient obscurcis pour ne pas voir, Et tiens continuellement leur dos courbé !

      1 Corinthiens 7

      10 A ceux qui sont mariés, j’ordonne – non pas moi, mais le Seigneur – que la femme ne se sépare pas de son mari ;
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