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PAUL (l'apôtre) 5.

IV Le missionnaire.

On pourrait inscrire sous cette rubrique tout ce que Paul a dit, tout ce qu'il a fait et tout ce qu'il a été, car chez lui la préoccupation missionnaire est partout et toujours la première, ou pour mieux dire la seule. Il n'est pas un chef d'Église, un moraliste, un théologien qui a donné une part de son temps ou de sa pensée à la mission, il est Paul apôtre, non de la part des hommes mais de la part de Dieu, non vers les Israélites mais vers les païens, non vers ceux qui connaissent l'Évangile mais vers ceux qui l'ignorent. Telle est sa signature, la définition qu'il donne de lui-même.

Telle est, pour mieux dire, sa vocation exclusive, exclusive parce que divine, et c'est pourquoi il rompt avec ceux qui ne veulent pas aller de l'avant (Ac 15:39), il refuse d'aller où d'autres ont travaillé avant lui (2Co 10:16, Ro 15:20), car Dieu ne l'a pas envoyé (=fait apôtre) pour baptiser, mais pour annoncer l'Évangile, pour en être le héraut (1Co 1:17).

Que l'on se garde donc d'identifier sa carrière missionnaire avec l'ensemble de ses voyages ; la mission n'est pas, dans sa vie, une série d'épisodes, même prolongés ; elle est sa vie même, sa vie totale, sa préoccupation unique. « Malheur à moi si je n'annonce l'Évangile ! » (1Co 9:16 et suivants). Ce n'est pas une tâche qu'il a choisie, c'est une obligation qui lui est impérieusement imposée. C'est par elle qu'il est sorti de l'ombre. Lorsque l'Église d'Antioche l'envoya en mission avec Barnabas, il était visiblement unus inter pares parmi les « prophètes et docteurs » de cette communauté (Ac 13:1) ; mais une personnalité semblable, forte d'une semblable vocation, ne reste pas dans le rang, et au bout de peu de temps il était plus que le chef de la mission, il était la mission elle-même.

En groupant sous une rubrique spéciale ce qui concerne la propagation de l'Évangile, il ne faut donc pas être dupe de ce qui n'est qu'un procédé nécessaire pour la clarté de l'exposition, ni considérer la pensée de l'apôtre et son activité missionnaire comme formant deux chapitres parallèles dans l'histoire de son âme. Il ne pense qu'en vue de l'action. Si des problèmes de l'ordre pratique, moral ou doctrinal se posent devant lui, c'est toujours en fonction des nécessités missionnaires ; le plus urgent de tous, celui qui a dominé sa pensée et déterminé son orientation, le problème des rapports entre la loi et la grâce, ou si l'on veut entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance, n'est pas autre chose que le reflet de ses préoccupations pratiques relatives à la place réservée aux Juifs et aux païens devant 1 Évangile de Jésus-Christ. L'universalisme paulinien a existé dans le coeur du missionnaire et dans la pratique de la mission avant de prendre forme dialectique dans la pensée du théologien, et l'édifice grandiose de sa conception a été tout entier bâti sur le sol d'une sorte de pragmatisme génial. Il suffit de voir comment la pensée va s'approfondissant, des Galates aux Corinthiens, des Corinthiens aux Romains et aux Éphésiens, pour comprendre que ce n'est pas une conception abstraite qui a engendré la mission parmi les païens, mais l'appel du monde perdu et le désir passionné de le conquérir à son Maître, et de le conquérir tout entier, qui a donné naissance aux spéculations de l'apôtre.

Nous avons déjà noté que les données essentielles de sa pensée étaient contenues dans les expériences décisives de sa conversion ; il faut ajouter maintenant que la préoccupation ou, plus exactement, la vocation missionnaire a été le stimulant continu de son effort vers une conception nouvelle de la personne du Christ et de son rôle dans le salut de l'humanité.

Et cela ne doit jamais être oublié.

1.

LE CHAMP DE L'ACTION MISSIONNAIRE, c'est le monde, c'est-à-dire le bassin de la Méditerranée et essentiellement ses rives asiatique et européenne. Étant en Illyrie, il écrit aux Romains que, de Jérusalem à la mer d'Illyrie, il a « accompli l'Évangile » et qu'il veut aller en Espagne, « car il ne lui reste plus de champ à parcourir dans ces contrées-ci » (Ro 15:19-23). Quoi qu'il en soit de la réalisation très problématique de ce voyage--Clément de Rome affirme cependant que l'apôtre a été « jusqu'aux extrémités de l'Occident » --, il est clair qu'aucune limitation territoriale de son effort ne s'est imposée à l'apôtre comme une nécessité ; bien au contraire. Son plan va sans cesse en s'élargissant, et il unit au sens des possibilités

immédiates la constante préoccupation d'un au-delà de sa mission. Ceux qu'il ne peut atteindre encore matériellement, il les aborde déjà de loin, par lettre--les Romains ; et bien que les étapes de sa mission soient difficiles à discerner à travers le conventionnel schématisme des trois voyages, on peut en noter l'ampleur toujours croissante. D'abord les parties sud de l'Asie Mineure, puis Éphèse et les grandes villes de la côte ouest, Satanique et la Macédoine, Corinthe et l'Achaïe, enfin Rome, avec, dans un lointain indécis, l'Espagne. Quel programme ! et qui aurait osé en concevoir un semblable, lorsque l'Evangile faisait, avec le nouveau converti de Damas, ses premiers pas en dehors du monde israélite ?

Que l'homme appelé à réaliser un semblable programme ait pu ne pas perdre de vue les moindres obligations, la collecte en faveur des chrétiens de Jérusalem et son organisation minutieuse--alors qu'il avait à se défendre d'en avoir escroqué le produit ! (2Co 12:16,18) --, qu'il ait suivi les progrès spirituels ou les chutes de chacun des humbles et turbulents convertis de Corinthe, il y a là une puissance de pensée et d'amour qui confond l'imagination et qui est de nature à inspirer le plus grand respect pour une personnalité si merveilleusement enrichie par l'Évangile.

2.

LE MILIEU SOCIAL OU INTELLECTUEL auquel il s'adresse n'est, pas plus que le cadre géographique, limité par une conception à priori. Si l'on avait demandé à l'apôtre qui il voulait amener à l'obéissance de la foi, il aurait répondu sans aucun doute : « tout le monde, partout ! » Il ne semble pas évident que sa conception théologique corresponde à un universalisme du salut ; mais sa pratique est assurément un universalisme de la prédication, car tout homme peut être appelé au salut et doit par conséquent entendre prêcher l'Évangile. Personne n'est trop haut ou trop bas pour l'amour de Dieu, et les rhéteurs à Athènes comme les gouverneurs ou les rois à Césarée doivent entendre l'appel du Christ. Les personnes qui reçoivent, à la fin des épîtres, les salutations de l'illustre épistolier semblent avoir appartenu à tous les milieux sociaux.

Cependant il ne semble pas douteux que le menu peuple se soit montré plus accessible à l'Évangile de l'amour et du pardon que les milieux auxquels la prédication chrétienne d'égalité devant Dieu et de fraternité apparaissait comme un abaissement. Pour les petits au contraire c'était une exaltation, et l'on comprend qu'indépendamment des valeurs spirituelles décisives qui entraient en jeu, cette considération tout humaine ait pu agir puissamment. D'autre part la prédication de péché et de pardon, l'antithèse « perdu-sauvé », devait frapper surtout ceux qui avaient abdiqué toute respectabilité sociale. Là l'idée de rédemption prenait un relief saisissant, et lorsqu'on voit comment l'apôtre définit la vie de ses néophytes avant leur conversion (1Co 6:9,11), on ne s'étonne plus que quelques-unes des plus florissantes Églises aient été recrutées dans les villes les plus corrompues d'un empire en décadence, grands ports internationaux, entrepôts de tous les déchets, comme Éphèse, Salonique et surtout Corinthe.

Que l'on veuille bien étudier par ailleurs la nature des questions qui se posent dans les Églises de Thessalonique et de Corinthe, même parmi des « convertis », et l'on sera frappé de ce qu'elles supposent d'inculture spirituelle et intellectuelle. L'interprétation étrange donnée aux paroles de Paul, le retour obsédant des forces inférieures indiquent nettement que le milieu dans lequel on se meut n'est habitué ni au maniement des idées abstraites, ni à la discipline morale la plus élémentaire ; et ce n'est pas vaine phraséologie que la parole de l'apôtre écrivant à ceux de Corinthe : « il n'y a parmi vous ni beaucoup de riches, ni

beaucoup de sages, comme on les appelle », et se vantant d'avoir utilisé ce qui est méprisé, ce qui est inexistant, pour confondre la gloire des puissants.

Mais à ces déchets la grâce de Dieu avait rendu une âme, et Paul savait qu'elle pouvait apporter le même trésor--aussi nécessaire--aux sages et aux intelligents qui se croyaient en droit de mépriser la sagesse d'En-haut. L'idée de réserver l'Évangile à un milieu déterminé, soit parce qu'il en aurait seul besoin, soit parce qu'il lui serait seul accessible, aurait été pour lui une manifeste infidélité.

3.

SA METHODE semble, en effet, avoir été plus souple que ne le donnerait à croire le cadre un peu artificiel dans lequel l'enferme le livre des Actes. D'après la chronique des voyages, Paul aurait toujours commencé par s'adresser exclusivement aux Juifs ; c'est seulement lorsqu'ils auraient repoussé brutalement l'Évangile qu'il se serait tourné vers les païens. C'est là une conception un peu trop stylisée : c'est en quelque sorte contraint et forcé que le grand missionnaire aurait abandonné la prédication aux Juifs pour se tourner vers les Gentils.

Cependant ces données ne doivent pas être arbitrairement rejetées, car elles correspondent sans aucun doute à la pensée générale de l'apôtre et à des nécessités pratiques incontestables. Le tort du narrateur est d'avoir voulu appliquer à chaque effort particulier ce qui est vrai de l'action générale de Paul, et d'avoir fait un système de ce qui était simplement une commodité de fait.

Il est bien exact que dans la pensée de l'apôtre (cf. Ro 9 et Ro 10) la vocation des Gentils apparaît comme une réplique à la défection d'Israël : si celui-ci est déchu de ses privilèges en faveur des païens, c'est en raison de son refus d'accepter Jésus comme Christ sauveur. Mais ce refus est déjà consommé par la crucifixion du Maître, et il est abusif de le vouloir répéter dans chaque localité où l'Évangile est annoncé : les païens de Corinthe ont le droit de recevoir l'Évangile sans attendre pour cela que les Juifs de leur ville l'aient repoussé.

D'autre part, si la prédication commence en règle générale à la synagogue, ce n'est pas nécessairement en vertu d'une vue doctrinale sur la priorité d'Israël, c'est tout simplement parce qu'il y a là un auditoire tout préparé, capable de comprendre ce qu'est le Messie et dans lequel sa qualité d'Israélite, toujours revendiquée par l'apôtre, lui assure d'emblée audience. D'autant plus que cette prédication chez les Juifs n'est pas exclusivement adressée à des Juifs. Il y a là nombre de « craignants Dieu », païens sympathiques au monothéisme et au moralisme d'Israël, et qui semblent avoir constitué le terrain le plus favorable à l'expansion du christianisme naissant. Par-dessus les Israélites, le milieu païen est ainsi atteint dès le début, et le premier pas--le plus difficile--est ainsi franchi. L'historien doit donc retenir cette donnée, en la dépouillant du caractère systématique et des intentions doctrinales auxquelles le livre des Actes a voulu la lier.

Qu'on ne se représente jamais l'apôtre « enfermé » dans une méthode, dans un procédé, fût-il le mieux adapté aux circonstances. A Athènes nous le voyons mener de front la prédication à la synagogue et les discussions sur l'Agora ; et les circonstances locales ont dû jouer ainsi en bien des cas un rôle décisif.

De même, la durée des séjours dans chaque localité ne semble déterminée par aucun principe absolu. Paul considère parfois comme des indications d'En-haut les nécessités qui l'amènent à laisser de côté certaines entreprises ( « l'Esprit ne lui permit pas », Ac 16:6 ; ou « Satan nous en a empêchés », 1Th 2:18) ; mais en général il ne quitte pas Une localité sans avoir sommairement organisé l'Église. Le plus souvent il part aussitôt qu'il a cueilli « les prémices du Christ » ; d'autres fois il consent à un long séjour dans l'Église dont il devient « le pasteur », notamment à Corinthe où la physionomie même de son ministère nous a été conservée par ce qui nous reste de sa correspondance avec cette Église.

4.

LA TENEUR DU MESSAGE MISSIONNAIRE est extrêmement difficile à déterminer, car les documents ici sont rares et difficiles à interpréter. Nous connaissons assez bien ce qu'on pourrait appeler le message « pastoral » de l'apôtre, adressé à des Églises où il devait supposer la plupart des âmes déjà gagnées à la vie nouvelle et où tous étaient familiers avec les vérités essentielles. C'est cela que nous retrouvons dans les épîtres, car elles s'adressent aux cercles déjà conquis, et il est naturel de penser que la teneur de la prédication orale devait être sensiblement identique à la teneur des lettres, véritables prédications écrites. Mais par quel enchaînement de pensées des hommes radicalement étrangers à la foi et à la vie chrétienne pouvaient-ils être mis en contact pour la première fois avec Christ et son Évangile ? C'est une question différente, et l'on aperçoit d'emblée l'extrême difficulté d'une tentative de ce genre.

Encore la tâche de l'apôtre était-elle relativement facile dans les milieux israélites, et nous n'avons pas de peine à nous représenter ce que devait être sa prédication dans les synagogues où il prenait la parole : Jésus est le Messie annoncé par les prophètes ; sa vie et sa mort marquent la fin de la période ouverte, dans l'histoire religieuse de l'humanité, par la législation de Moïse et par les promesses de Dieu formulées par les prophètes et déjà par Abraham. Dans la personne de Jésus, Dieu réalisait sa promesse ; en crucifiant celui que Dieu lui envoyait, le peuple élu a manqué à sa vocation ; il est désormais sur le même pied que les autres, et le principe générateur de la vie spirituelle n'est plus l'obéissance à la loi de Moïse, mais la foi en Jésus, Messie et Fils de Dieu. Cet ensemble de thèses était de nature à scandaliser et à indigner violemment un auditoire israélite, mais il lui était immédiatement intelligible, ainsi qu'aux habitués de la synagogue : les notions de Messie, de Royaume de Dieu, et plus profondément les idées de péché et de salut, de pardon et même de rédemption étaient familières à chacun.

Il en était tout autrement dès que l'on s'adressait aux païens, à qui l'idée de Messie était inconnue ; et c'est précisément ici, où tout était à créer, qu'éclate le génie de l'apôtre. Né au sein du judaïsme, le christianisme se prêtait naturellement à un exposé conçu « en fonction » du judaïsme ; et les disciples directs de Jésus en avaient si vivement conscience qu'ils ne concevaient même pas que le bénéfice de l'Évangile pût être étendu au delà du peuple élu. L'oeuvre de saint Paul a consisté essentiellement à faire sortir le christianisme de l'enveloppe judaïque dans laquelle il se présentait tout d'abord et à faire de lui une religion universelle, sans lien avec quelque race ou milieu que ce soit, et dans laquelle la foi suffit au salut, c'est-à-dire dans laquelle tout est subordonné à l'attitude intérieure du croyant.

Il appartenait à celui qui avait conçu l'idée de cette révolution décisive de montrer qu'il était possible, en effet, d'exposer l'Évangile sans se référer constamment aux conceptions et aux formules de la religion israélite, et de telle manière que tout homme pût comprendre qu'il y avait là une parole pour lui.

Or il ne faut pas oublier que la plupart des notions chères au missionnaire chrétien, aussitôt dépouillées de leur forme judaïque, étaient parfaitement accessibles et même familières au « grand public » de l'époque. Les religions de mystères (voir ce mot) avaient répandu l'idée qu'une nouvelle période de l'histoire humaine allait commencer--novus rerum nascitur or do--, l'attente d'une personnalité surhumaine, de « celui qui devait venir »,

la prédication d'un Sauveur mort et ressuscité, la promesse d'une purification par le sang du dieu et d'un repas où sa chair deviendrait la nourriture des initiés, tout cela était si courant dans les cercles du premier siècle que le danger pour le christianisme n'était pas de paraître étranger aux préoccupations de l'époque, mais d'être confondu avec des doctrines et des pratiques dont nous verrons qu'il se distinguait essentiellement.

Le livre des Actes nous rapporte deux discours de saint Paul, à Athènes (Ac 17:22,31) et devant le roi Agrippa (Ac 26:2-32), d'après lesquels nous pouvons nous faire une idée approximative de sa manière et des résultats auxquels elle aboutissait. Ces discours sont assurément reproduits très librement, et il serait absurde de supposer que nous avons là des textes pauliniens ; le style en est infiniment moins vif et moins dru que celui de l'apôtre, et ils sont visiblement reconstitués par le narrateur, non sans quelque redondance littéraire. Cependant ces fragments portent la griffe du génie, et dans leurs grandes lignes ils doivent être conformes au type de prédication que Paul affectionnait. On y retrouve quelques-uns des traits fondamentaux de sa pensée : l'idée d'une prédestination religieuse de l'humanité, d'une recherche incertaine mais destinée à aboutir un jour ; l'opposition des « temps d'ignorance » et de ceux qui suivent la venue de Jésus ; enfin l'opposition des idoles et du vrai Dieu. Il est permis de penser que l'Évangile ainsi présenté comme la réponse à l'attente humaine, ou, selon un schématisme familier à l'apôtre, comme religion du péché, de la repentance et du pardon, apparaissait dans une atmosphère analogue à celle qu'avaient créée les religions de mystères, mais avec le prestige de son admirable sobriété, de son monothéisme grandiose, et de ses exigences de rénovation non plus rituelle mais morale. L'aspect métaphysique plutôt qu'historique sous lequel apparaissait la personne du Sauveur était d'ailleurs propre à lever certaines difficultés et à éviter certains scandales.

C'est, en effet, lorsqu'il en venait à la personne historique du Maître que le prédicateur se heurtait aux objections décisives et soulevait le scepticisme ou la raillerie. Dans les deux circonstances rapportées par les Actes, c'est lorsqu'il quitte le terrain des idées générales pour parler de la mort et de la résurrection du Christ que le public lui fausse compagnie. « Jésus Messie crucifié, folie pour les Grecs. » C'est la fidèle et exacte contre-partie du « scandale pour les Juifs ».

C'est ici que se faisait le départ. Ceux qui découvraient dans le Christ la puissance de Dieu pour le salut du croyant devenaient chrétiens ; ceux qui voulaient rester sur le plan de l'idée pure se détournaient de l'Évangile.

Nous trouvons enfin dans les épîtres--surtout dans les plus anciennes--un certain nombre de passages où l'auteur rappelle à ses fidèles ce qu'il leur disait lorsqu'ils étaient encore païens. Il semble d'après ces textes que trois ordres de considérations aient occupé une place importante dans son enseignement. D'abord l'espérance du Christ qui vient (erkhotnenos)  ; l'approche de la gloire à laquelle -auraient part les élus (1Th 1:10) ; cette espérance peut se nuancer de couleurs plus ou moins eschatologiques, elle est essentielle dans la prédication du christianisme primitif et semble avoir constitué un des éléments décisifs de son attrait (cf. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums in den ersten drei Jahrhunderten, Leipzig 1902, pp. 65SS) ; elle embrasse aussi bien l'espérance terrestre que l'espérance d'outre-tombe, l'une et l'autre étant subordonnées à la présence et à l'action du Sauveur. Ensuite une vigoureuse polémique contre les idoles, les stoïkhéîa, les dieux de néant (1Th 1:9, Ga 4:8-11,1Co 12:2 etc.). Le christianisme apparaît ici comme la religion à la fois raisonnable et supérieure à la raison, la sagesse de Dieu par opposition aux sagesses humaines que représentent les mystères païens. Enfin le rappel des exigences morales en dehors desquelles personne n'entrera au Royaume de Dieu, (1Th 2:12) La religion de l'esprit et non de la chair, opposant sa puissance créatrice d'une vie nouvelle à la vanité des religions périmées, la naissance chez le chrétien d'une personnalité régénérée étant le témoignage concret par où sa vocation s'affirme comme une surhumaine réalité.

Il faut s'en tenir à ces indications assez générales, et d'ailleurs en partie conjecturales, sur la teneur des discours par lesquels l'apôtre entrait pour la première fois en contact avec les non-Juifs. Mais est-il bien exact de parler de discours ? N'est-ce pas céder à une conception conventionnelle de la mission que de l'entrevoir toujours sous forme de « discours » et de penser à des « auditoires » ? L'Evangile ne s'est pas répandu comme une philosophie, une « sagesse » ; il a gagné le monde par la contagion d'une vie débordante, qui se recréait sans cesse en des âmes plus nombreuses, faisant de ceux qui l'accueillaient des créatures nouvelles. Les assemblées dans lesquelles il recrutait ses nouveaux adeptes n'étaient pas des cours doctoralement professés, où de paisibles auditoires écoutaient un discours académique ; et pas davantage des foules soulevées contre la foi nouvelle et domptées par une exceptionnelle puissance oratoire. Celui qui ne venait pas « avec le prestige de l'éloquence et de la sagesse » comptait beaucoup plus sur la contagion de la vie que sur l'effet de sa parole, et ceux qui se donnaient au Christ à l'appel de son apôtre ressemblaient beaucoup moins aux auditeurs des rhéteurs en renom qu'à cet apistos ou cet idiotes dont parle l'apôtre (1Co 14:24 et suivant), qui entre dans une assemblée où tous prophétisent, et, se sentant repris et jugé, tombe le visage contre terre et confesse que Dieu est réellement au milieu des fidèles, puisque « les secrets de son coeur ont été dévoilés ».

Un Évangile du péché et du pardon, qui libère les hommes à la fois de leur orgueil et de leur désespoir parce qu'ils se sont reconnus dans la condamnation et dans la promesse ; et une vie assez intense pour se propager ainsi dans une sorte de contagion spirituelle, voilà les caractéristiques essentielles de la prédication « d'esprit et de puissance » opposée par l'apôtre lui-même aux discours persuasifs de la sagesse et aux prestiges de l'éloquence.

5.

L'AUTORITE PERSONNELLE DE L'APOTRE devait affecter toute son action d'un coefficient dont l'importance, difficile à mesurer, était assurément considérable. La certitude d'une vocation divine, le rayonnement d'une consécration sans réserve, l'intrépidité d'une pensée qui savait aller jusqu'au bout de sa logique impérieuse et se nuancer cependant des mille subtilités qui la faisaient vivante et accessible, le prestige d'une ascèse, qui, restant toujours maîtresse d'elle-même, subordonnait impérieusement toutes les réalités extérieures à la réalisation d'un absolu, tout cela devait compenser largement cette faiblesse de parole que relevaient les opposants de Corinthe (2Co 10:10 et suivants) et que lui-même reconnaît en se déclarant avec hauteur e ; novice pour la parole, mais non pour la pensée » (2Co 11:6).

Humble mais non modeste, décidé à ne rien revendiquer pour lui-même, reportant à la grâce de Dieu l'honneur de tout ce qu'il est et de tout ce qu'il fait, il n'est pas d'humeur à laisser rabaisser les services rendus, les souffrances endurées, ni toute cette oeuvre qu'il peut vanter sans « faire le fou », puisqu'elle n'est pas la sienne mais celle de Dieu. Celui qui a écrit les pages brûlantes de la 2 e aux Corinthiens (2Co 10 à 2Co 12) sur la grandeur de son apostolat ne devait pas être sans autorité sur les âmes, lorsqu'il évoquait « le pouvoir que Dieu lui avait donné pour édifier et pour détruire » et lorsqu'il entonnait son cantique, à la fois ironique et triomphal, à la gloire des authentiques apôtres, véritables « balayures du monde », regardés comme des mourants alors qu'ils ont la vie, comme des affligés alors qu'ils sont toujours dans la joie, comme des mendiants, eux qui enrichissent les autres, comme ne possédant rien, eux qui possèdent tout ! (2Co 6:9 et suivant)

Quand on l'élève, il s'abaisse ; quand on se réclame de lui, il demande âprement si c'est donc Paul qui a été crucifié ; il proteste qu'il n'est qu'un serviteur, « un bon architecte » il est vrai (1Co 3:6), mais en qui personne ne doit mettre son orgueil. Mais quand on l'abaisse, il s'élève, car c'est la grâce même de Dieu qu'on abaisse en lui : « Ne suis-je pas apôtre ? N'ai-je pas vu notre Seigneur Jésus ? N'êtes-vous pas vous-mêmes mon oeuvre dans le Seigneur ? » (1Co 9:1). « Que personne ne me fasse de la peine, car je porte dans mon corps les stigmates de Jésus » (Ga 6:17).

Dans cette douceur et dans cette fougue, cet éclat et cette mélancolie, il y a une autorité que ne ruinent ni « faiblesses », ni « échardes », ni « timidités », et qui s'est révélée comme une puissance de Dieu pour la propagation de l'Évangile.

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      Lamentations 2

      1 Comment ! Dans sa colère, le Seigneur a couvert par les ténèbres la population de *Sion. Il a précipité du ciel jusque sur terre la splendeur d’Israël. Il a même oublié l’escabeau de ses pieds au jour de sa colère.
      2 Le Seigneur, sans pitié, a englouti toutes les maisons de Jacob. Dans son indignation, il a démantelé les villes fortifiées du peuple de Juda, il a jeté à terre et il a profané le royaume et ses princes.
      3 Dans sa colère ardente, il a brisé entièrement la force d’Israël. Il lui a retiré le secours de sa droite quand venait l’ennemi. Il a allumé en Jacob comme un brasier ardent qui consume tout à l’entour.
      4 Il a bandé son arc tout comme un ennemi. Il a brandi sa droite tout comme un assaillant et il a massacré tout ce qui charmait le regard. Il a déversé son courroux comme un feu sur la tente dans laquelle vivait la population de Sion.
      5 Le Seigneur a agi en ennemi. Il a englouti Israël, et englouti tous ses palais, démoli ses remparts. Et pour le peuple de Juda, il a multiplié les douleurs et les plaintes.
      6 Il a forcé sa haie tout comme celle d’un jardin ; il a détruit le lieu de la Rencontre qui lui appartenait. En Sion, l’Eternel a livré à l’oubli les jours de fête et de sabbat, et dans sa colère indignée, il a méprisé les rois et les prêtres.
      7 Le Seigneur a rejeté son autel, et il a dédaigné son sanctuaire. Il a livré à l’ennemi les murs de ses palais, leurs voix ont retenti dans le Temple de l’Eternel comme en un jour de fête.
      8 L’Eternel a résolu d’abattre les murs du peuple de Sion. Il a étendu le cordeau, il va la niveler, il n’a pas retiré sa main avant de les avoir détruits. Il fait mener le deuil au rempart et au mur : ensemble, ils se sont délabrés.
      9 Ses portes se sont effondrées, enfouies sous les décombres. Il a détruit tous leurs verrous, il les a fracassés. Son roi et ses ministres sont exilés chez les nations païennes. Il n’y a plus de Loi, et ses prophètes ne reçoivent plus de révélations de l’Eternel.
      10 Les responsables du peuple de Sion sont assis sur le sol et gardent le silence. Ils ont revêtu des habits faits de toile de sac, et ils se sont jeté de la poussière sur la tête. Les jeunes filles de Jérusalem courbent la tête jusqu’à terre.
      11 Mes yeux s’épuisent à verser des larmes et l’émotion me brûle ; tout courage me quitte à cause des malheurs qui ont frappé la communauté de mon peuple, à cause des petits enfants et des nourrissons qui défaillent dans les rues de la ville.
      12 Ils disent à leurs mères : « Où y a-t-il du pain ? Où y a-t-il du vin ? » Les voilà qui défaillent comme blessés à mort dans les rues de la ville, perdant leur dernier souffle sur le sein de leurs mères.
      13 Que te dirai-je ? A qui te comparer, ô peuple de Jérusalem ? Oui, pour te consoler, qui pourrais-je citer qui te serait semblable ? Communauté de Sion, ton désastre est immense comme la grande mer ; qui donc te guérira ?
      14 Tes prophètes ont eu pour toi des révélations mensongères et insipides, ils n’ont pas dénoncé tes fautes pour t’éviter l’exil. Oui, ils ont eu pour toi des révélations mensongères et illusoires.
      15 Les passants sur la route battent des mains, ils sifflent, ils hochent la tête en te voyant, ô population de Jérusalem : est-ce là cette ville qu’on appelait jadis : « Beauté parfaite », « Joie de toute la terre » ?
      16 Vois : tous tes ennemis ont ouvert largement leur bouche contre toi, ils sifflent, ils grincent des dents et ils s’exclament : « Nous l’avons engloutie, c’est le jour que nous attendions, nous y sommes, le voici enfin ! »
      17 L’Eternel a réalisé tout ce qu’il avait résolu, il a accompli la parole qu’il avait prononcée depuis des temps anciens. Il a tout démoli sans aucune pitié. Il a réjoui tes ennemis à tes dépens, il a exalté leur puissance.
      18 Le cœur du peuple crie vers le Seigneur. Muraille de Sion, laisse couler tes larmes jour et nuit comme un fleuve ! Ne t’accorde aucune relâche. Que ton œil n’ait pas de repos !
      19 Debout, que tes supplications s’élèvent dans la nuit au début de toutes les veilles ! Epanche ton cœur comme l’eau devant la face du Seigneur ! Lève les mains vers lui pour la vie de tes nourrissons qui défaillent de faim à tous les coins de rues.
      20 Vois, Eternel, et considère : qui as-tu traité de la sorte ? Se peut-il que des femmes dévorent les enfants qu’elles ont mis au monde, les bébés qu’elles ont choyés ? Se peut-il que l’on tue les prêtres, les prophètes jusqu’au sein même du sanctuaire du Seigneur ?
      21 Les enfants, les vieillards jonchent le sol des rues. Mes jeunes filles et mes jeunes gens sont tombés par l’épée. Tu les as abattus au jour où tu as fait éclater ta colère, tu les as égorgés sans aucune pitié.
      22 Tu as convoqué de partout des peuples redoutables. comme en un jour de fête Au jour où la colère de l’Eternel a éclaté, il n’y a eu ni rescapé ni survivant. Ceux que j’avais choyés, que j’avais élevés, mon ennemi les a exterminés.

      Actes 13

      1 Il y avait alors, dans l’Eglise d’Antioche, des *prophètes et des enseignants : Barnabas, Siméon surnommé le Noir, Lucius, originaire de Cyrène, Manaën, qui avait été élevé avec *Hérode le gouverneur, et Saul.

      Actes 15

      39 Leur désaccord fut si profond qu’ils se séparèrent. Barnabas emmena Marc avec lui et s’embarqua pour Chypre.

      Actes 16

      6 Ils traversèrent la Galatie phrygienne parce que le Saint-Esprit les avait empêchés d’annoncer la Parole dans la province d’*Asie.

      Actes 17

      22 Alors Paul se leva au milieu de l’Aréopage et dit : —Athéniens, je vois que vous êtes, à tous égards, extrêmement soucieux d’honorer les divinités.
      31 Car il a fixé un jour où il jugera le monde entier en toute justice, par un homme qu’il a désigné pour cela, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant d’entre les morts.

      Actes 26

      2 —Roi Agrippa ! Je m’estime heureux de pouvoir aujourd’hui me défendre devant toi de toutes les accusations que les *Juifs ont portées contre moi,
      3 car tu connais parfaitement toutes leurs coutumes et leurs discussions. Veuille donc, je te prie, m’écouter avec patience.
      4 Tous mes compatriotes savent comment j’ai vécu, dès ma jeunesse, au sein de mon peuple, à *Jérusalem.
      5 Ils me connaissent depuis longtemps et ils peuvent témoigner, s’ils le veulent bien, que j’ai conduit ma vie selon les principes du parti le plus strict de notre religion : celui des *pharisiens.
      6 Et maintenant, si je suis traduit en justice, c’est à cause de mon espérance dans la promesse de Dieu à nos ancêtres.
      7 Nos douze tribus espèrent voir son accomplissement, en rendant leur culte à Dieu nuit et jour. Oui, c’est à cause de cette espérance que je suis mis en accusation, par des Juifs, ô roi !
      8 Et pourtant ! trouvez-vous incroyable que Dieu puisse ressusciter des morts ?
      9 Pour moi donc, j’ai d’abord pensé que je devais m’opposer par tous les moyens au nom de Jésus de *Nazareth.
      10 C’est ce que j’ai fait à Jérusalem : j’ai jeté en prison, en vertu des pouvoirs que j’avais reçus des chefs des *prêtres, un grand nombre de ceux qui appartenaient à Dieu et, lorsqu’il s’agissait de les condamner, j’ai voté leur mise à mort.
      11 Je passais d’une *synagogue à l’autre pour les faire punir et essayer de les contraindre à renier leur foi ; dans l’excès de ma fureur, j’allais les traquer jusque dans les villes étrangères.
      12 C’est ainsi qu’un jour, muni des pleins pouvoirs que m’avaient accordés les chefs des prêtres en me donnant cette mission, je me suis rendu à Damas.
      13 J’étais en chemin et il était environ midi. C’est alors, ô roi, que j’ai vu, venant du ciel, une lumière plus éclatante que celle du soleil. Elle m’enveloppait de son éclat ainsi que mes compagnons de voyage.
      14 Nous sommes tous tombés à terre, et j’entendis une voix qui me disait en araméen : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Tu te blesses toi-même en te rebiffant contre l’aiguillon. »
      15 Je demandai : « Qui es-tu, Seigneur ? » Et le Seigneur dit : « Je suis Jésus, que tu persécutes.
      16 Mais lève-toi, tiens-toi debout. Car je te suis apparu pour que tu sois mon serviteur, pour témoigner aux hommes que tu m’as vu et leur dire ce que je te ferai encore voir par la suite.
      17 Je t’ai choisi du milieu du peuple juif et des païens, vers lesquels je t’envoie.
      18 Tu devras leur ouvrir les yeux et les faire passer des ténèbres à la lumière et du pouvoir de *Satan à Dieu pour qu’en croyant en moi, ils reçoivent le pardon de leurs péchés et une part d’héritage avec ceux qui appartiennent à Dieu. »
      19 Ainsi, ô roi Agrippa, je n’ai pas désobéi à cette vision venue du ciel.
      20 Mais je me suis adressé d’abord aux habitants de Damas et à ceux de Jérusalem, puis à ceux de toute la *Judée, et enfin aux païens, et je leur ai annoncé qu’ils devaient *changer, se convertir à Dieu et traduire ce changement par des actes.
      21 Et c’est pour cette raison que les Juifs se sont emparés de moi dans la cour du *Temple et qu’ils ont essayé de me tuer.
      22 Mais j’ai été protégé par Dieu jusqu’à ce jour et je suis donc encore là pour apporter mon témoignage aux gens d’humble condition comme aux personnages importants. Et ce que je déclare, ce n’est rien d’autre que les événements dont les *prophètes et *Moïse ont annoncé l’accomplissement :
      23 c’est-à-dire que le Christ souffrirait, et qu’il serait le premier à ressusciter des morts pour annoncer la lumière du salut, non seulement au peuple juif, mais aussi aux païens.
      24 Paul en était là dans sa défense, quand Festus s’écria : —Tu es fou, Paul ! Ton grand savoir te fait perdre la tête !
      25 —Non, Excellence, répondit Paul, je ne suis pas fou. Tout ce que je dis est vrai et sensé.
      26 D’ailleurs, le roi Agrippa est au courant de ces faits — et c’est pour cela que je peux lui en parler avec assurance. Aucun de ces événements ne lui échappe, j’en suis sûr, car ce n’est pas en secret qu’ils se sont produits.
      27 Crois-tu aux prophètes, roi Agrippa ? Oui, je le sais, tu y crois.
      28 Alors Agrippa dit à Paul : —Encore un peu et tu vas me persuader que tu as fait de moi un chrétien !
      29 —Qu’il s’en faille de peu ou de beaucoup, reprit Paul, je prie Dieu que non seulement toi, mais encore tous ceux qui m’écoutent en cet instant, vous deveniez comme je suis moi-même, à l’exception de ces chaînes !
      30 Là-dessus, le roi se leva, et le gouverneur, Bérénice, ainsi que tous ceux qui avaient siégé avec eux l’imitèrent.
      31 En se retirant, ils se disaient les uns aux autres : —Cet homme n’a rien fait qui mérite la mort ou la prison.
      32 Et Agrippa dit à Festus : —Il aurait pu être relâché s’il n’avait pas fait appel à l’empereur.

      Romains 9

      1 Ce que je vais dire est la vérité ; j’en appelle au Christ, je ne mens pas ; ma conscience, en accord avec l’Esprit Saint, me rend ce témoignage :
      2 j’éprouve une profonde tristesse et un chagrin continuel dans mon cœur.
      3 Oui, je demanderais à Dieu d’être maudit et séparé du Christ pour le bien de mes frères, nés du même peuple que moi.
      4 Ce sont les Israélites. C’est à eux qu’appartiennent la condition de fils adoptifs de Dieu, la manifestation glorieuse de la présence divine, les *alliances, le don de la *Loi, le culte et les promesses ;
      5 à eux les patriarches ! Et c’est d’eux qu’est issu le Christ dans son humanité ; il est aussi au-dessus de tout, Dieu béni pour toujours. *Amen !
      6 La Parole de Dieu aurait-elle échoué ? Non ! En effet, ce ne sont pas tous ceux qui descendent du patriarche *Israël qui constituent Israël ;
      7 et ceux qui descendent d’*Abraham ne sont pas tous ses enfants. Car Dieu dit à Abraham : C’est la postérité d’*Isaac qui sera appelée ta descendance.
      8 Cela veut dire que tous les enfants de la descendance naturelle d’Abraham ne sont pas enfants de Dieu. Seuls les enfants nés selon la promesse sont considérés comme sa descendance.
      9 Car Dieu a donné sa promesse en ces termes : Vers cette époque, je viendrai, et Sara aura un fils.
      10 Et ce n’est pas tout : Rébecca eut des jumeaux nés d’un seul et même père, de notre ancêtre Isaac.
      11 Or, Dieu a un plan qui s’accomplit selon son libre choix et qui dépend, non des actions des hommes, mais uniquement de la volonté de celui qui appelle. Et pour que ce plan demeure, c’est avant même la naissance de ces enfants, et par conséquent avant qu’ils n’aient fait ni bien ni mal, que Dieu dit à Rébecca : L’aîné sera assujetti au cadet.
      13 Ceci s’accorde avec cet autre texte de l’Ecriture : J’ai aimé *Jacob et pas Esaü.
      14 Mais alors, que dire ? Dieu serait-il injuste ? Loin de là !
      15 Car il a dit à *Moïse : Je ferai grâce à qui je veux faire grâce, J’aurai pitié de qui je veux avoir pitié.
      16 Cela ne dépend donc ni de la volonté de l’homme, ni de ses efforts, mais de Dieu qui fait grâce.
      17 Dans l’Ecriture, Dieu dit au pharaon : Voici pourquoi je t’ai fait parvenir où tu es : pour montrer en toi ma puissance, et pour que, sur la terre entière, on proclame qui je suis.
      18 Ainsi donc, Dieu fait grâce à qui il veut et il endurcit qui il veut.
      19 Tu vas me dire : pourquoi alors Dieu fait-il encore des reproches ? Car qui a jamais pu résister à sa volonté ?
      20 Mais, qui es-tu donc toi, homme, pour critiquer Dieu ? L’ouvrage demandera-t-il à l’ouvrier : « Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? »
      21 Le potier n’a-t-il pas le droit, à partir du même bloc d’argile, de fabriquer un pot d’usage noble et un autre pour l’usage courant ?
      22 Et qu’as-tu à redire si Dieu a voulu montrer sa colère et faire connaître sa puissance en supportant avec une immense patience ceux qui étaient les objets de sa colère, tout prêts pour la destruction ?
      23 Oui, qu’as-tu à redire si Dieu a agi ainsi pour manifester la richesse de sa gloire en faveur de ceux qui sont les objets de sa grâce, ceux qu’il a préparés d’avance pour la gloire ?
      24 C’est nous qui sommes les objets de sa grâce, nous qu’il a appelés non seulement d’entre les Juifs, mais aussi d’entre les non-Juifs.
      25 C’est ce qu’il dit dans le livre du *prophète Osée : Celui qui n’était pas mon peuple, je l’appellerai « mon peuple ». Celle qui n’était pas la bien-aimée, je la nommerai « bien-aimée ».
      26 Au lieu même où on leur avait dit : « Vous n’êtes pas mon peuple », on leur dira alors : « Vous êtes les fils du Dieu vivant. »
      27 Et pour ce qui concerne Israël, *Esaïe déclare de son côté : Même si les descendants d’*Israël étaient aussi nombreux que les grains de sable au bord de la mer, seul un reste sera *sauvé.
      28 Car pleinement et promptement, le Seigneur accomplira sa parole sur la terre.
      29 Et comme Esaïe l’avait dit par avance : Si le Seigneur des armées célestes ne nous avait laissé des descendants, nous ressemblerions à *Sodome, nous serions comme *Gomorrhe.
      30 Que dire maintenant ? Voici ce que nous disons : les païens qui ne cherchaient pas à être déclarés justes par Dieu ont saisi cette justice, mais il s’agit de la justice qui est reçue par la foi.
      31 Les Israélites, eux, qui cherchaient à être déclarés justes en obéissant à une loi, n’y sont pas parvenus.
      32 Pour quelle raison ? Parce qu’ils ont cherché à être déclarés justes non pas en comptant sur la foi, mais comme si la justice pouvait provenir de la pratique de la Loi. Ils ont buté contre la pierre qui fait tomber,
      33 celle dont parle l’Ecriture : Moi, je place en Sion une pierre qui fait tomber, un rocher qui fait trébucher. Celui qui met en lui sa *confiance ne connaîtra jamais le déshonneur.

      Romains 10

      1 Frères, je souhaite de tout cœur que les Israélites soient *sauvés, et c’est ce que je demande instamment à Dieu dans mes prières.
      2 Car je leur rends ce témoignage : ils ont un zèle ardent pour Dieu, mais il leur manque le discernement.
      3 En méconnaissant la manière dont Dieu déclare les hommes justes et en cherchant à être déclarés justes par leurs propres moyens, ils ne se sont pas soumis à Dieu en acceptant le moyen par lequel il nous déclare justes.
      4 Car le Christ a mis fin au régime de la *Loi pour que tous ceux qui croient soient déclarés justes.
      5 Voici, en effet, comment *Moïse définit la justice qui procède de la Loi : Celui qui se soumettra aux exigences de la Loi vivra grâce à cela.
      6 Mais voici comment s’exprime la justice reçue par la foi : Ne dis pas en toi-même : Qui montera au ciel ? Le Christ n’en est-il pas descendu ?
      7 Ou bien : Qui descendra dans l’abîme ? Le Christ n’est-il pas ressuscité des morts ?
      8 Que dit-elle donc ? La Parole de Dieu est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole est celle de la foi, et c’est celle que nous annonçons.
      9 En effet, si de ta bouche, tu déclares que Jésus est Seigneur et si dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé,
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