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ASIANIQUES

Le Croissant des civilisations primitives Voir Atlas 12

(Sumériens, Mitanniens, Hittites, Élamites, Rassîtes, Vanniques). On nomme Asianiques les populations de l'Asie Occidentale ancienne qui ne sont ni des Sémites ni des Indo-Européens, et qui paraissent représenter les plus anciennes populations qui aient occupé le pays. L'archéologie n'a reconnu que peu à peu leur existence et leur véritable nature. Nous exposerons les résultats des découvertes qui ont eu lieu sur ce terrain, et qui modifient la conception qu'on se faisait du milieu où se sont développés les Israélites.

Les premières fouilles en Mésopotamie furent effectuées en Assyrie, sur les sites de Khorsabad et de Ninive à partir de 1842 (1). Elles firent connaître une civilisation dont les monuments représentaient des individus de type sémitique accentué et dont les documents étaient rédigés en une langue, l'assyrien, qu'on reconnut bientôt pour sémitique et apparentée à l'hébreu. Les fouilles exécutées en Phénicie aboutirent aux mêmes conclusions. Mais toutes les antiquités alors découvertes n'appartenaient qu'à la dernière époque de l'histoire de l'Asie Occidentale, celle à laquelle se rapportent la plupart des événements relatés par la Bible, et l'on ne soupçonnait pas, à ce moment, qu'on pût remonter plus haut dans le passé.

LES SUMERIENS.

Les découvertes ultérieures, dans le sud de la Mésopotamie, mirent au jour des monuments figurés, appartenant à un peuple qui se nommait lui-même : Sumérien, et représentant un type nettement différent du type sémitique, à tête large, à occiput plat, à nez exagérément aquilin, en bec d'oiseau, faisant parfois suite à la courbe de la ligne frontale. Les documents du peuple ainsi représenté étaient rédigés en une langue du type que l'on appelle agglutinant, où conjugaisons et déclinaisons sont rendues par adjonction de suffixes ou de préfixes aux mots racines. On a tenté d'assimiler cette langue à l'un des grands groupes linguistiques connus ; la variété des tentatives en montre la difficulté ; on a voulu tour à tour rapprocher le sumérien du groupe auquel appartient le turc, du sémitique et même de langages tout à fait primitifs.

Les plus récentes tentatives ont permis d'intéressants rapprochements avec l'indo-européen, et c'est de ce côté, semble-t-il, que les découvertes s'annoncent comme devant être fécondes (2). Le déchiffrement du sumérien n'a été possible que parce que les Assyro-Babyloniens, ayant conservé le sumérien pour la liturgie, ont rédigé à leur propre usage de véritables traductions juxtalinéaires et des lexiques suméro-akkadiens.

Le déchiffrement des textes sumériens a permis de reconstituer l'histoire de la Mésopotamie pour la période la plus ancienne. Il en résulte que si, dès le début de l'histoire, les Sumériens et les Sémites occupent déjà la région des deux fleuves (les premiers au sud, les seconds dans la partie moyenne du bassin), les premières dynasties historiques sont sumériennes ; la religion, les lois primitives, l'art archaïque sont le fait de Sumer ; les Sémites s'infiltrent peu à peu en Mésopotamie, provenant de l'ouest de la Haute-Syrie ; ils subjuguent les Sumériens à leur tour (dynastie d'Agadé, 2850-2650 environ), mais adoptent leur civilisation et, notamment, leur écriture, dont ils se serviront pour rendre leur propre langue. Pendant tout le troisième millénaire avant notre ère, nous assistons au duel des Sémites et des Sumériens ; en voici les principales phases. Vers 3000 (début de la période historique), hégémonie des villes de Sumer (Our, Éridou, Nippour, Lagash, etc.), qui disparaît devant celle des Sémites d'Agadé (Sargon l'Ancien). Cette dynastie est renversée par les Gouti, barbares venus des monts Zagros, dont l'autorité paraît simplement nominale sur une partie du pays, puisque sous leur suzeraineté la ville de Lagash connaît une prospérité sans égale avec le prince sumérien

Goudéa ; lors de l'expulsion des Gouti, une nouvelle dynastie sumérienne régit le pays avec Our pour capitale (3 e dynastie d'Our) ; elle est remplacée après une période de luttes incessantes par Première dynastie de Babylone qui est sémitique et dont le monarque le plus connu est Hammourabi. Après quoi le pays de Sumer ne sera plus jamais maître de ses destinées ; il fera partie intégrante de l'empire de Babylone, et plus tard de celui d'Assyrie. Mais tout au long de cette histoire, nous recueillons des marques de l'importance et de l'antériorité de l'art sumérien ; la littérature religieuse reste sumérienne et les nom ; des dieux sémitiques traduisent ceux des divinités de Sumer. Lorsque Hammourabi rédigera le Code de lois qui l'a rendu célèbre, il ne fera que recueillir et mettre en harmonie avec son temps les ancienne ? lois sumériennes (3).

L'art, enfin, ne se dépouillera jamais de l'influence de celui de Sumer ; bien plus, cette influence se fait sentir loin de la Mésopotamie, en Élam, dans la future Assyrie, la Haute-Syrie, l'Asie Mineure et le pays de Canaan ; cette particularité seule aurait même pu suffire à nous faire pressentir l'existence, sur toute cette aire, de populations en affinités ethniques avec celle de Sumer, car une formule d'art (et partant de civilisation) ne peut se propager que si elle rencontre les mêmes conditions de culture et répond aux aspirations de ceux chez qui elle va s'implanter ce qui suppose un minimum de sentiments communs.

Et, de fait, l'art de Sumer est à la base de celui de l'Asie Occidentale ancienne jusqu'à la fin de son histoire. Quelques transformations qu'il ait subies, c'est l'art sumérien qui est la source de toutes les manifestations artistiques de la Babylonie, de l'Assyrie, de la Haute-Syrie et même de l'Asie Mineure. Cette présomption d'affinités sur tout ce territoire, où l'art est en quelque sorte commun, s'est vérifiée par les découvertes.

LES MITANNIENS.

Nous savons par les documents cunéiformes que l'Assyrie, qui s'appelait alors le Soubarou, et la Haute-Syrie étaient recouvertes à l'époque des rois d'Agadé par une population qui remplaça les Sumériens et s'opposa à l'emprise des Sémites d'Agadé (4). Or, au second millénaire, nous constatons dans la même région la présence d'un royaume appelé le Mitanni, dont la langue est le nourri ; cette langue, nous la connaissons par les noms propres qui se trouvent sur les documents cunéiformes de l'époque et par certaines lettres d'El-Amarna (ainsi nommées de la localité d'Egypte où l'on a découvert la correspondance échangée entre les rois d'Egypte et les princes de Syrie au milieu du II e millénaire avant notre ère) ; elle est du type agglutinant, ni indo-européenne, ni sémitique. Nous voyons ainsi que ce royaume s'étendit, vers 1500 avant notre ère, des monts Zagros jusqu'à la côte syrienne ; l'Assyrie et la Haute-Syrie sont ses tributaires. Il est en possession d'un art que représentent les cylindres sceaux, et leurs empreintes relevées sur les tablettes de Kerkouk (5), et certains monuments de la Syrie du nord ; son architecture paraît préférer le plan carré au plan rond pour la construction des villes ; de sorte que l'art de la seconde moitié du deuxième millénaire, apparenté à l'art contemporain d'Asie Mineure et tout imprégné d'influences sumériennes, peut être défini l'art mitannien ; il explique l'art hittite de Syrie de la fin du II e millénaire et du début du premier. Ce n'est point tout ; la constitution de ce royaume paraît coïncider avec le grand mouvement de peuples qui porte les Hyksos en Egypte, Hyksos que l'on croit être des peuples d'Asie Mineure renforcés de contingents syriens ; or, la présence en Egypte. de cités sur plan carré attribuées aux Hyksos (Tell-el-Yahoudieh, par exemple), et assez semblables à des cités mitanniennes comme Qatna, aujourd'hui Mishrifé (6), a conduit à se demander si les envahisseurs hyksos ne vinrent point du Mitanni en même temps que de l'Asie Mineure, et même surtout du Mitanni ?

Quoi qu'il en soit, nous voyons qu'en regard des Sémites d'Agadé qui tentent de s'infiltrer vers le nord, se dresse, après les Sumériens, dont la civilisation est attestée à Assur dès 3000 avant notre ère, une population asianique ; pleine de vitalité pendant une grande partie du II e millénaire, sa prépondérance fut détruite par les Assyriens, mais aussi par d'autres Asianiques, les Hittites (fig. 18-20).

LES HITTITES.

On a englobé sous ce nom (7) une mosaïque de peuples de l'Asie Mineure qui furent réunis en confédération sous la direction de la tribu dont la capitale était à Hattoushash, aujourd'hui Boghaz-Keuï, dans la boucle de l'Halys ; on peut aujourd'hui retracer assez bien les vicissitudes de cet empire, dont nous ne retiendrons que les points principaux.

Aux derniers siècles de la seconde moitié du III e millénaire avant notre ère, nous constatons la présence en Cappadoce, au pied du mont Argée, d'une colonie sémitique installée au milieu d'un pays asianique (8) ; en effet, les documents cunéiformes qui y ont été retrouvés (tablettes dites « cappadociennes »), portent, à côté des noms sémitiques des contractants, des noms propres dans un dialecte tout différent ; ces autochtones ont été appelés les Proto-Hittites ; ils représentent la couche de population asianique antérieure à l'arrivée des Sémites.

A la suite des fouilles exécutées sur le site de Boghaz-Keuï, et du déchiffrement des documents qui y ont été découverts, on a constaté qu'au milieu du II e millénaire, cette région était devenue la tête de la confédération hittite englobant les pays voisins de l'Asie Mineure et de la Haute-Syrie. Dans les documents trouvés à Boghaz-Keuï, documents écrits en cunéiformes, mais rédigés en dialectes divers, on a relevé la présence de plusieurs dialectes asianiques dont l'un, le proto-hittite, est le même que celui des noms propres des tablettes cappadociennes. Par contre, la langue de la capitale et du pays environnant est indo-européenne, au moins dans ses cadres ; ceci indique l'arrivée en Asie Mineure de conquérants indo-européens ayant imposé leur langue à la population, comme les Sémites l'avaient fait à l'égard des Sumériens ; dans les deux cas, qu'il s'agît du sémitique ou de l'indo-européen, le parler des vainqueurs devait remplacer, tout naturellement, celui des vaincus, en raison de sa supériorité comme moyen d'expression.

Par contre, s'il n'y a aucun rapport entre la langue indo-européenne des Hittites de Boghaz-Keuï et la langue asianique des Mitanniens, qu'on appelle le nourri, il y a de grandes ressemblances, notamment dans les noms propres, entre le mitannien et le proto-hittite qui, lui, est asianique. On acquiert ainsi la notion d'une population assez homogène, répandue à l'origine dans l'Assyrie, la Haute-Syrie, et même l'Asie Mineure, population dont les dialectes sont plus voisins entre eux qu'ils ne le sont, pris en bloc, de la langue sumérienne, mais qui accuse cependant des affinités avec Sumer, par la facilité avec laquelle les principes de l'art sumérien ont été adoptés par elle.

Notre revue des peuples asianiques serait incomplète si nous ne mentionnions ni les Élamites ni les Vanniques ; bien que leur action ne semble pas avoir eu de retentissement sur Israël, ce n'en sont pas moins des facteurs importants dans la civilisation de l'Asie Occidentale ancienne.

LES ÉLAMITES.

C'est en Élam (l'ancienne Perse), sur le site de Suse, que l'on a rencontré les plus anciens vestiges de civilisation de l'Asie Occidentale. Une nécropole située sur le sol vierge contenait une céramique dont le décor était une stylisation de motifs naturistes avec tendance au géométrique. Au-dessus de cette nécropole, les monuments découverts étaient contemporains des plus vieux monuments de Sumer ; or, la céramique de cette seconde couche se rattache nettement à celle de la nécropole sous-jacente. Et lorsqu'apparaît l'écriture, la langue régionale qu'on appelle le proto-élamite n'est ni sémitique ni indoeuropéenne (9).

Les Kassites. Asianiques aussi les Kassites descendus du Zagros, comme autrefois les Gouti, qui succédèrent à la première dynastie de Babylone, ébranlée par un raid hittite, et gouvernèrent le pays pendant plusieurs siècles (XVIII e -XII e siècles av. J. -C).

Chez eux d'ailleurs, comme chez les Mitanniens, comme chez les Hittites de Boghaz-Keuï, certaines divinités, certains dynastes portent des noms indo-européens, mais ce n'est que le fait d'aristocraties dirigeantes ; le fond reste asianique, comme on le voit par la langue et l'ensemble du panthéon. Il offre en effet, dans toute l'Asie Occidentale ancienne, une grande homogénéité ; nous y retrouvons partout le culte naturiste représenté par une divinité de fertilité et de fécondité ou par un couple divin ayant ces attributs.

LES VANNIQUES.

Au nord de l'Assyrie, dans la partie la plus haute de ce que l'on appelait le Soubarou, ou pays nourri, nous retrouvons, au début du premier millénaire avant notre ère, un royaume asianique, le royaume d'Ourartou, dans la région du lac de Van dont les habitants parlaient encore une langue asianique, malgré que leur civilisation fût imprégnée d'influences assyriennes.

L'ethnographie, d'ailleurs, semble corroborer ces résultats. Tandis que les Sémites appartiennent en général au type dolichocéphale, les Asianiques, dont le type se retrouve aujourd'hui dans les Arméniens, les Kurdes, sont brachycéphales. Les récentes mensurations de crânes, vraisemblablement sumériens, trouvés dans les fouilles anglaises dirigées par M. Hall à Tell-el-Obéid près d'Our, ont montré que si les Sumériens sont dolichocéphales par leur indice crânien, ils ont un occiput plat et une grande étroitesse des tempes qui leur donne un aspect brachycéphale (10) ; cette particularité est indiquée par les monuments sumériens, de même que les monuments asianiques reproduisent habituellement un type brachycéphale. Si donc, par leur parler, les Sumériens peuvent être rangés parmi les Asianiques, ils constituent une variété à part en regard du grand bloc des Mitanno-Hittites (ou mieux Hourri-Proto-Hittites) que nous avons décrit.

En Palestine, la situation ne paraît pas avoir été différente. On a reconnu à Guézer, notamment, la présence d'une population (la plus ancienne dont on ait constaté l'existence en Canaan), qui pratiquait l'incinération de ses morts. Ce n'est que postérieurement que l'on constate, au même endroit, le rite de l'inhumation qui correspond sans doute à l'installation des Sémites dans la contrée (11).

Une telle situation n'a pas été sans influence sur les Israélites. Lorsque le clan sémitique d'Abraham, vers 2000 avant notre ère, quittait la ville d'Our, il abandonnait une métropole foncièrement sumérienne ; et dans son séjour à Harran, il se retrouvait en pays asianique (Harran sur le Balih, affluent de l'Euphrate, répond au centre du territoire occupé par les Hourri). Lorsque les Israélites s'installèrent en Canaan, ils prenaient contact avec toutes ces tribus asianiques dont la Bible a gardé le souvenir, de temps immémorial en I possession du sol, et aussi avec les tribus sémitiques fixées avant eux dans la région. Pour peu de temps, d'ailleurs, puisque les Sémites et Asianiques (Hittites et Hourri) s'ébranlent probablement sous la poussée lointaine de deux courants de peuples, l'un venu d'Europe en Asie Mineure (les Indo-Européens de Boghaz-Keuï ?), l'autre venu du Zagros (la descente des Mèdes et des Perses en Iran ?), et que cette invasion conjuguée sous le nom d'invasion des Hyksos s'installe solidement en Egypte où, à côté de faits de civilisation pratique dus aux Asianiques hourri (le plan carré des villes), on constate l'intrusion de noms propres sémitiques (scarabées au nom de Jacob-El, etc.).

Pendant ce temps, les Hittites qui devaient un jour supplanter les Mitanniens, soit par les armes, soit par infiltration, descendaient en Syrie, se fixaient un peu partout, et, quoique la rédaction soit bien postérieure à l'événement, nous en trouvons un écho dans l'épisode biblique (Ge 23-25:9 et suivant), qui nous montre Abraham achetant aux Hittites « maîtres du pays », et payant à « Éphron le Hittite » la caverne de Macpélah près d'Hébron où il ensevelira les siens. C'est pendant le séjour des Israélites demeurés en Egypte après l'expulsion des Hyksos, et, de race conquérante devenus pour les Égyptiens celle des vaincus (ce que rappelle l'allusion de l'Exode aux « Pharaons qui n'avaient pas connu Joseph »), que nous voyons par les lettres d'El-Amarna (12) un roi de souche hittite régner à Jérusalem ; il s'appelle Abdou-Hépa (Hépa est une divinité hittite). Cette emprise de la civilisation mitanno-hittite se traduit dans le domaine de l'art, jusqu'à l'est de la mer Morte, par une stèle mutilée trouvée à Schihan (13), qui représente un guerrier vêtu du pagne d'étoffe plissée comme les Hittites, coiffé comme eux du casque et dans l'attitude du combat, tel qu'on voit le grand dieu hittite figurer sur les monuments de la Hautes Syrie et de l'Asie Mineure. Puis lorsque les Israélites après leur sortie d'Egypte s'établiront en Palestine, il leur faudra vaincre la résistance des tribus locales. Ils s'infiltreront au milieu d'elles sans pouvoir les réduire toutes. Jérusalem notamment ne succombera que sous David et grâce au stratagème qui lui fit employer le chemin du sin-nor (la grande conduite d'eau qui ravitaillait la cité), pour s'emparer de la ville. Mais l'origine réelle de Jérusalem demeurait connue, témoin l'apostrophe du prophète : « Ton père est un Amorrite, ta mère une Hittite » (Eze 16:3,46) qui la rappelle : mi-sémitique, mi-asianique. Et de même que, malgré le départ des Hyksos d'Egypte, il était resté des Sémites dans le Delta, de même il restait des Asianiques en Palestine après la conquête. Ésaü, jadis, avait pris femmes chez les Hittites, Salomon fit de même, et David comptait des Hittites parmi ses officiers et ses familiers. C'est à l'influence asiatique et plus particulièrement asianique, et pas à celle de l'Egypte, que l'on doit des rechutes dans l'idolâtrie comme l'adoration du veau d'or. Le culte du taureau (animal-attribut du grand dieu de fertilité Teshoub-Adad, dont il est la représentation) est attesté dès la période la plus ancienne, sur des monuments datant de la fin du III e millénaire, et provenant de Cappadoce (empreintes de sceaux sur les tablettes cappadociennes), on remarque sur un piédestal l'idole d'un taureau (14) ; on la retrouve, presque un millénaire plus tard, sur des bas-reliefs d'Euyuk (aux environs de Boghaz-Keuï) ; une procession de prêtres et de fidèles s'avance vers lui pour l'adorer (15).

Ces divers indices contribuent à mettre en lumière l'importance de l'élément asianique en Asie Occidentale ancienne, et celle de son influence sur le peuple d'Israël. G. Contenau.

-- (1) G. Contenau, Manuel d'archéologie orientale. P. (A. Picard) 1, 1927, où l'histoire des fouilles en Asie antérieure est résumée, p. 135

-- (2) Sur les langues asianiques, lire : C. Autran, Les langues propres de l'Asie antérieure ancienne, dans Les langues du Monde. P. (Champion), 1924, p. 273-318. --J. Friedrich, Altkleinasiatische Sprachin Ebert Reallexikon der Vorgeschichie Berlin (W. de Gruyter), 1924.

-- (3) G. Furlani, Leggi dell'Asia Anleriore antica ; Roma (Istituto p l'Oriente), 1929, recueil des lois sumériennes, babyloniennes, néobabyloniennes, hittites et assyriennes.

-- (4) S. Smith, Early Historv Assyria, Lond. (Chatto, Windus), 1928, chap. 7, 13, 15.

-- (5) G. ContE nau, Les tablettes de Kerkouk et les origines de la civilisation assyrienne Babyloniaca IX (1926).

-- (6) Du Mesnil du Buisson, Les ruines. d'El-Mishrijé ; Syria, depuis 1920, où sont consignés les résultats des campagnes de fouilles de l'auteur.

-- (7) J. Garstang, The Hittite Empire. Lond. (Constable), 1929. --Sur l'histoire de l'Asie Antérieure, résume au point dans : E. Ebeling, Geschichte des alten Morgenlandes. Berlin (W. de Gruyter), 1929.

-- (8) G. Contenau, Trente tablettes cappadociennes. P. (Geuthner), 1919.

-- (9) V Scheil, Mémoires de la Délégation, française en Perse. P. (Leroux), VI, 1907 ; XVII, 1923.

-- (10) H. R-Hall et CL. Woolley, Ur Excavations, l Al-Ubaid. Lond. (British Muséum), 1927, chap. 10.

-- (11) L. -H. Vincent, Canaan d'après l'exploration récente. P. (Gabalda), 1907. --P. Handcock. Archoeology of the Holy Land Lond. (Fisher Unwin), 1916.

-- (12) J.A. Knudtzon, Die El-Amarna Tafeln. Leipzig (Hinrichsï), 1915. Références p. 1556.

-- (13) G. Contenau, Musée du Louvre, Les Antiquités Orientales P. (Mo-rancé), II, 1930, pl. 4.

-- (14) G. Contenau, La glyptique syro-hittite. P. (Geuthner), 1922, fig. 5, 6, 15, 22, 24, 39.

-- (15) J. Garstang, Loc. cit., fig. 8, p. 134.

Pour l'étude des Sumériens, voir CL. Woolley, Les Sumériens (tr. fr. E. Lévy), Paris, Payot, 1930.

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      Genèse 23

      1 La vie de Sara fut de 127 ans : telles furent les années de sa vie.
      2 Sara mourut à Qiryath-Arba, c’est-à-dire à Hébron, dans le pays de Canaan ; et Abraham vint pour faire les funérailles de Sara et pour la pleurer.
      3 Puis Abraham se releva en laissant le corps de sa femme et parla aux Hittites en ces termes :
      4 Je suis un immigrant et un résident temporaire chez vous ; donnez-moi une propriété funéraire chez vous, pour que je puisse ensevelir le corps de ma femme et l’éloigner de ma présence.
      5 Les Hittites répondirent à Abraham :
      6 Écoute-nous, mon Seigneur ! Tu es un prince de Dieu au milieu de nous ; ensevelis le corps de ta femme dans celle de nos tombes que tu choisiras ; aucun de nous ne te refusera sa tombe pour ensevelir le corps de ta femme.
      7 Abraham se leva et se prosterna devant les gens du pays, devant les Hittites.
      8 Il leur parla ainsi : Si c’est votre volonté que j’ensevelisse le corps de ma femme et l’éloigne de ma présence, écoutez-moi et présentez ma requête à Ephrôn, fils de Tsohar.
      9 Qu’il me cède la grotte de Makpéla qui lui appartient, au bout de son champ ; qu’il me la cède contre sa valeur en argent, afin qu’elle me serve de propriété funéraire au milieu de vous.
      10 Ephrôn siégeait parmi les Hittites. Ephrôn, le Hittite, répondit à Abraham, en présence des Hittites et de tous ceux qui entraient par la porte de sa ville :
      11 Non, mon Seigneur, écoute-moi ! Je te donne le champ et je te donne la grotte qui s’y trouve. Je te la donne, sous les yeux des fils de mon peuple : ensevelis le corps de ta femme.
      12 Abraham se prosterna devant les gens du pays.
      13 Il parla en ces termes à Ephrôn, en présence des gens du pays : Écoute-moi à ton tour ! Je donne le prix du champ : accepte-le de ma part ; et j’y ensevelirai le corps de ma femme.
      14 Mais Ephrôn répondit à Abraham :
      15 Mon Seigneur, écoute-moi ! Une terre de 400 sicles d’argent, qu’est-ce que cela entre toi et moi ? Ensevelis le corps de ta femme !
      16 Abraham entendit Ephrôn et lui pesa l’argent qu’il avait mentionné, en présence des Hittites : 400 sicles d’argent ayant cours dans le commerce.
      17 Ainsi le champ d’Ephrôn à Makpéla, vis-à-vis de Mamré, le champ et la grotte qui s’y trouve, tous les arbres situés dans les limites du champ,
      18 devinrent la propriété d’Abraham, sous les yeux des Hittites et de tous ceux qui entraient par la porte de la ville.
      19 Après cela, Abraham ensevelit sa femme Sara dans la grotte du champ de Makpéla, vis-à-vis de Mamré, c’est-à-dire Hébron, dans le pays de Canaan.
      20 Le champ et la grotte qui s’y trouve demeurèrent à Abraham comme propriété funéraire (achetée) aux Hittites.

      Genèse 24

      1 Abraham était vieux, (il avait atteint) un âge avancé, et l’Éternel l’avait béni en tout.
      2 Abraham dit à son serviteur, le plus ancien de sa maison, qui administrait tous ses biens : Tu vas mettre ta main sous ma cuisse,
      3 et je te ferai jurer par l’Éternel, le Dieu du ciel et le Dieu de la terre, de ne pas prendre pour mon fils une femme parmi les filles des Cananéens au milieu desquels j’habite.
      4 Mais tu iras dans mon pays et dans ma patrie prendre une femme pour mon fils Isaac.
      5 Le serviteur lui répondit : Peut-être la femme ne voudra-t-elle pas me suivre dans ce pays-ci ; devrai-je ramener ton fils dans le pays que tu as quitté ?
      6 Abraham lui répondit : Garde-toi d’y ramener mon fils !
      7 L’Éternel, le Dieu du ciel, qui m’a fait quitter ma famille et ma patrie, lui qui m’a parlé et qui m’a juré de donner ce pays à ma descendance, lui-même enverra son ange devant toi ; et c’est là-bas que tu prendras une femme pour mon fils.
      8 Si la femme ne veut pas te suivre, tu seras dégagé de ce serment que je te fais faire. Seulement, tu ne ramèneras pas mon fils là-bas.
      9 Le serviteur mit sa main sous la cuisse d’Abraham, son seigneur, et lui prêta serment au sujet de cette affaire.
      10 Le serviteur prit dix chameaux parmi les chameaux de son seigneur et il partit, ayant à sa disposition tous les biens de son seigneur.
      11 Il se leva et se rendit en Mésopotamie, à la ville de Nahor. Il fit agenouiller les chameaux à l’extérieur de la ville, près d’un puits d’eau, au moment où, le soir, sortent celles qui vont puiser (de l’eau).
      12 Puis il dit : Éternel, Dieu de mon seigneur Abraham, fais-moi, je te prie, rencontrer aujourd’hui (ce que je cherche) et agis avec bienveillance envers mon seigneur Abraham !
      13 Me voici placé près de la source d’eau, et les filles des gens de la ville sortent pour puiser de l’eau.
      14 Que la jeune fille à laquelle je dirai : Penche ta cruche, je te prie, pour que je boive, et qui répondra : Bois, et je donnerai aussi à boire à tes chameaux, soit celle que tu auras destinée à ton serviteur Isaac ! Ainsi je reconnaîtrai que tu agis avec bienveillance envers mon seigneur.
      15 Il n’avait pas encore fini de parler que sortit, sa cruche sur l’épaule, Rébecca, fille de Betouel, et petite-fille de Milka et de Nahor, frère d’Abraham.
      16 C’était une très belle jeune fille ; elle était vierge, et aucun homme ne l’avait connue. Elle descendit à la source, remplit sa cruche et remonta.
      17 Le serviteur courut à sa rencontre et dit : Donne-moi, je te prie, quelques gorgées d’eau de ta cruche.
      18 Elle répondit : Bois, mon seigneur ! Et elle s’empressa d’incliner sa cruche et de lui donner à boire.
      19 Quand elle eut achevé de lui donner à boire, elle dit : Je puiserai aussi pour tes chameaux, jusqu’à ce qu’ils aient assez bu.
      20 Elle s’empressa de vider sa cruche dans l’abreuvoir et courut pour puiser encore au puits, elle puisa pour tous les chameaux.
      21 L’homme s’interrogeait en silence à son sujet, pour savoir si l’Éternel faisait, oui ou non, réussir son voyage.
      22 Quand les chameaux eurent fini de boire, l’homme prit un anneau d’or, du poids d’un demi- sicle, et deux bracelets du poids de dix (sicles) d’or, pour ses poignets.
      23 Il dit : De qui es-tu la fille ? déclare-le moi, je te prie. Y a-t-il pour nous dans la maison de ton père de la place pour passer la nuit ?
      24 Elle répondit : Je suis la fille de Betouel, le fils que Milka a donné à Nahor.
      25 Elle ajouta : Il y a chez nous de la paille et du fourrage en abondance, et aussi de la place pour passer la nuit.
      26 Alors l’homme s’inclina et se prosterna devant l’Éternel,
      27 en disant : Béni soit l’Éternel, le Dieu de mon seigneur Abraham, qui n’a cessé d’exercer sa bienveillance et sa fidélité envers mon seigneur ! L’Éternel a guidé mes pas jusque dans la maison des frères de mon seigneur.
      28 La jeune fille courut raconter tout cela chez sa mère.
      29 Rébecca avait un frère, nommé Laban. Laban courut dehors vers l’homme, près de la source.
      30 Il avait vu l’anneau et les bracelets aux mains de sa sœur et il avait entendu les paroles de sa sœur Rébecca qui disait : Ainsi m’a parlé cet homme. Il vint donc vers l’homme, qui se tenait auprès des chameaux, vers la source.
      31 Il lui dit : Viens, (toi qui es) béni de l’Éternel ! Pourquoi restes-tu dehors ? J’ai déblayé la maison et une place pour les chameaux.
      32 L’homme entra dans la maison. Laban fit décharger les chameaux et donna de la paille et du fourrage aux chameaux, et de l’eau pour laver les pieds à l’homme et aux gens qui l’accompagnaient.
      33 Puis on plaça devant lui de quoi manger. Mais il dit : Je ne mangerai pas, avant d’avoir dit ce que j’ai à dire. Parle ! dit Laban.
      34 Alors il dit : Je suis le serviteur d’Abraham.
      35 L’Éternel a grandement béni mon seigneur, qui est devenu un homme important. Il lui a donné du petit et du gros bétail, de l’argent et de l’or, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes.
      36 Sara, la femme de mon seigneur a dans sa vieillesse enfanté un fils à mon seigneur ; c’est à ce fils qu’il a donné tout ce qui lui appartient.
      37 Mon seigneur m’a fait prêter serment, en (me) disant : Tu ne prendras pas pour mon fils une femme parmi les filles des Cananéens dans le pays desquels j’habite ;
      38 mais tu iras dans ma famille et dans mon clan prendre une femme pour mon fils.
      39 J’ai dit à mon seigneur : Peut-être la femme ne me suivra-t-elle pas...
      40 Il m’a répondu : l’Éternel, devant qui j’ai marché, enverra son ange avec toi et fera réussir ton voyage ; tu prendras pour mon fils une femme de mon clan et de ma famille.
      41 Tu seras dégagé du serment que je t’impose, quand tu auras été dans mon clan ; si jamais on ne t’accorde pas la jeune fille tu seras dégagé du serment que je t’impose.
      42 Je suis arrivé aujourd’hui à la source et j’ai dit : Éternel, Dieu de mon seigneur Abraham, si tu daignes faire réussir le voyage que j’accomplis,
      43 me voici placé près de la source d’eau : que la jeune fille qui sortira pour puiser, à qui je dirai : Donne-moi à boire, je te prie, un peu de ta cruche,
      44 et qui me répondra : Bois toi-même, et je puiserai aussi pour tes chameaux ! – que cette jeune fille soit la femme que l’Éternel a destinée au fils de mon seigneur !
      45 Avant que j’aie fini de parler en mon cœur, voilà Rébecca qui sort, sa cruche sur l’épaule ; elle descend à la source et puise. Je lui ai dit : Donne-moi à boire, je te prie.
      46 Elle s’est empressée d’incliner la cruche qu’elle portait et elle a dit : Bois, et je donnerai aussi à boire à tes chameaux ! J’ai bu, puis elle a aussi donné à boire aux chameaux.
      47 Je lui ai demandé : De qui es-tu la fille ? Elle a répondu : Je suis la fille de Betouel, la petite fille de Nahor et de Milka. J’ai mis l’anneau à son nez et les bracelets à ses poignets.
      48 Puis je me suis incliné et prosterné devant l’Éternel, et j’ai béni l’Éternel, le Dieu de mon seigneur Abraham, qui m’a fidèlement conduit à prendre la fille du frère de mon seigneur pour son fils.
      49 Maintenant, si vous voulez agir avec bienveillance et fidélité envers mon seigneur, déclarez-le moi ; sinon, déclarez-le moi, et je retournerai à droite ou à gauche.
      50 Laban et Betouel répondirent en ces termes : Cette affaire vient de l’Éternel, nous ne pouvons rien te dire pour ou contre.
      51 Rébecca est là devant toi ; prends (-la) et va, et qu’elle devienne la femme du fils de ton seigneur, comme l’Éternel l’a dit.
      52 Lorsque le serviteur d’Abraham entendit leurs paroles, il se prosterna en terre devant l’Éternel.
      53 Le serviteur sortit des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements, qu’il donna à Rébecca ; il fit aussi des largesses à son frère et à sa mère.
      54 Après quoi, lui et les gens qui l’accompagnaient mangèrent et burent, et ils passèrent la nuit. Le matin, quand ils furent levés, le serviteur dit : Laissez-moi repartir vers mon seigneur.
      55 Le frère et la mère dirent : Que la jeune fille reste avec nous quelque temps encore, une dizaine de jours ; ensuite, tu pourras partir.
      56 Il leur répondit : Ne me retardez pas, puisque l’Éternel a fait réussir mon voyage ; laissez-moi repartir pour aller vers mon seigneur.
      57 Alors ils répondirent : Appelons la jeune fille et consultons-la elle-même.
      58 Ils appelèrent donc Rébecca et lui dirent : Veux-tu aller avec cet homme ? Elle répondit : Oui.
      59 Ils laissèrent alors partir leur sœur Rébecca et sa nourrice avec le serviteur d’Abraham et ses gens.
      60 Ils bénirent Rébecca et lui dirent : Toi notre sœur, Deviens des milliers de myriades ! Que ta descendance ait Le contrôle de ceux qui te haïssent !
      61 Rébecca se leva avec ses jeunes servantes ; elles montèrent sur les chameaux et suivirent l’homme. Le serviteur prit Rébecca et partit.
      62 Cependant Isaac était revenu du puits de Lahaï-roï et il habitait dans le pays du Négueb.
      63 Un soir qu’Isaac était sorti pour méditer dans la campagne, il leva les yeux et vit des chameaux qui arrivaient.
      64 Rébecca leva (aussi) les yeux, vit Isaac, sauta à bas du chameau
      65 et dit au serviteur : Qui est cet homme dans la campagne qui vient à notre rencontre ?
      66 Le serviteur répondit : C’est mon seigneur. Alors elle prit son voile et se couvrit. Le serviteur raconta à Isaac tout ce qu’il avait fait.
      67 Isaac conduisit Rébecca dans la tente de sa mère Sara. Il prit Rébecca qui devint sa femme, et il l’aima. C’est ainsi qu’Isaac fut consolé après (la perte de) sa mère.

      Genèse 25

      1 Abraham prit encore une femme nommée Qetoura.
      2 Elle lui donna des fils : Zimrân, Yoqchân, Medân, Madian, Yichbaq et Chouah.
      3 Yoqchân engendra Saba et Dedân. Les fils de Dedân furent les Achourim, les Letouchim et les Leoumim.
      4 Les fils de Madian furent Epha, Épher, Hénok, Abida et Éldaa. Ce sont là tous les fils de Qetoura.
      5 Abraham donna tout ce qui lui appartenait à Isaac.
      6 Quant aux fils de ses concubines, il leur fit des dons et, de son vivant, il les envoya loin de son fils Isaac du côté de l’orient, dans le pays d’Orient.
      7 La durée de la vie d’Abraham fut de 175 ans.
      8 Puis Abraham expira. Il mourut après une heureuse vieillesse, âgé et rassasié (de jours), et il fut réuni à ses ancêtres décédés.
      9 Isaac et Ismaël, ses fils, l’ensevelirent dans la grotte de Makpéla, dans le champ d’Ephrôn, fils de Tsohar, le Hittite, vis-à-vis de Mamré.

      Ezéchiel 16

      3 Tu diras : Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel, à Jérusalem : Par ton origine et ta naissance tu es du pays de Canaan ; ton père était un Amoréen, et ta mère une Hittite.
      46 Ta grande sœur, qui demeure à ta gauche, c’est Samarie avec ses filles et ta petite sœur qui demeure à ta droite, c’est Sodome avec ses filles.
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