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ÉVANGILES SYNOPTIQUES (2.)

II Données du problème.

1. LES RESSEMBLANCES

1 ° Il s'agit bien tout d'abord, comme l'indique le mot synoptique, d'une Harmonie d'ensemble.

(a) Ces évang, concordent entre eux par le sujet et la marche des événements : Jésus, que Jean-Baptiste a annoncé puis baptisé, exerce son oeuvre de prédication, d'instruction et de guérison, d'abord en Galilée ; après avoir aussi visité diverses régions voisines, il se dirige enfin vers Jérusalem, où son ministère semble l'amener pour la première fois, et où se consomme en quelques jours le dénouement suprême.

(b) Les évangiles syn. ont le même plan, ou, si ce terme paraît trop précis pour leur suite de narrations, incomplètes et parfois discontinues, du moins la même- division générale, qui découle du message même et des actes du Seigneur : d'abord l'Évangile du Royaume, dans les prédications galiléennes et notamment les premières paraboles ; puis l'Évangile du Messie, à partir de l'entretien proche de Césarée, où les Douze ont déclaré leur foi en sa messianité, et le Christ « commence dès lors à leur enseigner qu'il faut que le Fils de l'homme souffre, soit mis à mort... » (Mr 8:31 et parallèle) ; ce point de vue nouveau introduit, plus ou moins rapidement suivant les éléments propres ici à chacun des synoptiques, sa passion et sa résurrection, en un récit plus étroitement enchaîné et comparativement beaucoup plus développé que tout ce qui l'a précédé.

(c) En un assez grand nombre de passages, ils ont aussi, identiques ou presque identiques, des séries d'épisodes semblables ; p. ex. le passage Mr 4:35-5:43 / / Mt 8:23-9:26 / / Lu 8:22-56 contient dans le même ordre (plus une addition dans Mt 9:1-17) les récits relatifs à la tempête, aux Géraséniens, à la femme malade et à la fille de Jaïrus, l'histoire de celle-ci étant interrompue de la même manière dans les trois textes par la guérison de celle-là ; ou encore, le passage Mr 8:27-9:32 / / Mt 16:13-17:23 parallèle Lu 9:18-45 rapporte dans le même ordre la confession de Pierre, la prédiction de la destinée du Fils de l'homme, l'appel au renoncement des disciples, la transfiguration, suivie d'un entretien, puis de la guérison de l'enfant et d'une deuxième annonce des souffrances du Messie.

Si les relations réciproques entre nos évang, se bornaient à ces concordances d'ensemble comportant quelques divergences de détails, la solution du problème synoptique serait d'une clarté d'évidence : nous aurions là trois témoignages à la fois informés (d'où leurs concordances) et indépendants (d'où leurs particularités). C'est l'idée qui vient naturellement à l'esprit tant qu'on n'est pas entré plus avant dans l'examen des faits.

Mais peut-on persister à croire ces trois témoins indépendants les uns des autres quand on les voit étroitement rapprochés par un si grand nombre de Concordances de détails, que n'importe quel critique de textes serait contraint d'en conclure à une parenté littéraire ?

(a) Mêmes faits ou mêmes discours sont reproduits souvent dans les mêmes termes. Sur les 144 mots grecs du récit de la confession de Pierre dans Marc 99 se retrouvent dans les récits parallèles de Matthieu et de Luc ; même proportion entre les trois récits de la transfiguration ; cette proportion des identités verbales, qui est de 68 pour cent (et qui se trouve ailleurs de 62 pour cent, 66 pour cent, etc.), est déjà très supérieure, en vérité, à celle qu'on devrait attendre de trois narrateurs d'un même fait l'exposant chacun de son côté. Mais elle s'élève jusqu'à plus de 95 pour cent et presque 100 pour cent dans certains enseignements de Jean-Baptiste ou de Jésus, communs à Matthieu et à Lu : sur les 63 mots grecs des premières exhortations du Précurseur dans Mt 3:7,10, Luc en reproduit 60 dans le même ordre, et plus loin, sur les 26 mots de Mt 3:12, il y en a 23 d'identiques dans Lu 3:17 (dans les deux cas, les trois autres mots ne sont que des variantes grammaticales) ; l'action de grâces de Jésus est dans Mt 11:26 comme dans Lu 10:21 une phrase de 29 mots rigoureusement identiques. La langue grecque commune, celle de nos évangile, était, quoi qu'on en ait dit, trop riche en synonymes pour que le choix aussi constant des mêmes termes puisse être l'effet de simples coïncidences aussi souvent répétées tout le long des trois ouvrages.

(b) La coïncidence fortuite pourrait encore moins rendre compte des anomalies de rédaction, surgissant au même endroit des récits, telles les explications données après coup au lieu de l'être à leur place logique ou psychologique. La femme malade « toucha son vêtement », --car elle disait :

- « Si je touche seulement ses vêtements, je serai guérie » Mr 5:27 parallèle Mt 9:20 et suivant) ; le démoniaque supplie Jésus de ne pas le tourmenter, --car Jésus lui disait : -- « Sors de cet homme » (Mr 5:7 parallèle Lu 8:28). Dans les trois listes des apôtres de Jésus, la même anticipation concernant Judas--qui le trahit-- (Mr 3:19 et parallèle) ne saurait guère être une rencontre fortuite ; encore pourrait-elle simplement nous conserver une périphrase devenue courante dans le langage des premiers chrétiens pour désigner, avec une tristesse horrifiée, le traître ! Mais on ne peut décidément expliquer que par un écrit connu des trois évangélistes, la syntaxe irrégulière qu'ils ont tous les trois au même point (Mr 2:10 parallèle Mt 9:6 parallèle Lu 5:24), cette anacoluthe ou phrase brisée qui fait passer la parole de Jésus de la deuxième personne du plur, à la deuxième du singulier, par une parenthèse du narrateur à la troisième du singulier : « Afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, il dit au paralytique : Lève-toi...  »

(c) Aussi caractéristique est l'apparition d'un récit rétrospectif : Marc et Matthieu ne racontent la mort de Jean-Baptiste qu'au moment où il faut expliquer la terreur d'Hérode se figurant, à la nouvelle de l'activité de Jésus, que c'est Jean ressuscité : « En effet, ce même Hérode avait envoyé prendre Jean... », et c'est, racontée après coup, toute l'histoire de l'emprisonnement avec son motif (qu'ils n'avaient pas donné à sa place, Mr 1:14, Mt 4:12), puis du festin et de la décapitation (Mr 6:14 et suivant, Mt 14:1 et suivants), alors qu'ici Luc s'est séparé des deux autres en indiquant d'abord à sa place le motif de l'emprisonnement, puis (Lu 3:19 et suivant) en se bornant à reproduire sans l'expliquer l'allusion d'Hérode à l'exécution capitale (Lu 9:9)

Devant ces traces irrécusables d'un texte écrit ayant influencé les rédactions synoptiques, objectera-t-on encore que l'utilisation par un évangéliste d'évangiles ou d'écrits antérieurs diminuerait son autorité et celle de ses prédécesseurs, et finalement exclurait toute inspiration divine ? Ce serait d'une part appliquer nos conceptions modernes de propriété littéraire à une époque où l'on sait pertinemment qu'il était de pratique courante d'incorporer tout ou partie d'un ouvrage ancien dans un ouvrage nouveau : c'est ainsi que les Constitutions Apostoliques (environ 375 ap. J. -C.) ont absorbé, avec quelques remaniements, les Didascalia et la Didachè, qui sans doute avait elle-même absorbé le traité juif sur les Voies de la Vie et de la Mort. Ce serait, d'autre part, vouloir imposer a priori des conditions à l'inspiration divine, qui n'a que faire de nos partis pris sur la manière dont nous pouvons estimer qu'elle doit s'exercer dans les livres sacrés. Pourquoi l'expérience spirituelle des premiers chrétiens, guidée par le témoignage du Saint-Esprit, n'aurait-elle pas fait précisément conserver dans nos évangiles les écrits en lesquels elle reconnaissait l'action manifeste de l'inspiration d'En-haut ?

2. LES DIVERGENCES

Le dernier exemple cité de concordance entre Marc et Matthieu nous a fait constater en même temps une divergence entre eux et Luc.

Rien d'étonnant en effet qu'il se trouve entre les synoptiques des différences portant sur des Détails.

(a) Il faut évidemment s'attendre, même dans l'hypothèse d'emprunts littéraires, à des formes de style propres aux divers auteurs, n'affectant en rien le sens, disparaissant même dans la traduction ; p. ex. les tournures littérales de l'original grec, dans la remarque, déjà signalée, sur Judas : qui lui-même le trahit, Mr 3:19 ; celui-là même l'ayant trahi, Mt 10:4 ; qui fut traître, Lu 6:16.

(b) On s'explique aussi des différences de développements déplaçant les nuances ou l'accent d'une parole sans nuire à l'accord sur le fond ; p. ex. la réponse de Pierre à Jésus : tu es le Christ, Mr 8:29 ; le Christ de Dieu, Lu 9:20 ; tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, Mt 16:16.

(c) Même de menus désaccords, sur certaines circonstances d'un fait, sont admissibles : il s'en produit toujours entre divers témoins sans que cela rende douteuse la réalité du fait ; p. ex., un aveugle guéri au sortir de Jérico (Mr 10:46 et suivant), deux aveugles guéris au sortir de Jérico (Mt 20:29 et suivant), un aveugle guéri à l'entrée de Jérico (Lu 18:35 et suivants) ; ou bien, l'inscription de la croix, reproduite de quatre manières différentes par les quatre évangiles (Mr 15:26 et parallèle), etc.

Des désaccords plus étranges sont ceux qui portent sur les Faits et les Idées.

(a) Des documents d'allure officielle qu'a priori l'on supposerait identiques, les deux listes des ancêtres de Jésus (Mt 1, Lu 3), diffèrent tellement par leurs noms et par le nombre de leurs générations que l'origine de ces deux généalogies de Jésus-Christ (voir art.) pose un difficile problème.

(b) Sans doute, lorsqu'il est apparent qu'un récit est rétrospectif, il ne nous cache pas la suite réelle des faits. Mais voici des difficultés historiques plus sérieuses. D'un évang, à l'autre certains épisodes sont avancés, reculés ou intervertis : p. ex., la prédication de Jésus à Nazareth où il est mal accueilli, termine le ministère galiléen dans Mr 6:1 et suivants parallèle Mt 13:54, mais le commence dans Lu 4:16 et suivants, récit en outre assez différent ; au cours de ce ministère, le sermon sur la montagne est placé plus tôt dans Mt 5-7 que dans Lu 6:20,49, dont au surplus le contenu, beaucoup plus réduit que dans Matthieu, s'écarte assez souvent de son texte. Tel ou tel sujet auquel un des synoptiques consacre une grande place est totalement ignoré d'un autre : p. ex., aucun évangile de l'enfance dans Marc et dans Mt 1 et Mt 2 un long évangile de l'enfance entièrement différent de celui de Lu 1 et Lu 2 qui pourtant est encore plus long ; absence dans Lu--l'évangile missionnaire--de la tournée de Jésus vers le nord, avec les trois épisodes conservés parallèlement dans Mr 7:24-8:26 et Mt 15:21-16:12 ; absence dans Marc et Matthieu, ou dans l'un des deux, surtout dans Marc d'une grande partie du contenu de dix chapitres de Luc (Lu 9:50-18:14), en particulier des paraboles dont quelques-unes sont capitales : bon Samaritain (Lu 10:25 et suivants), riche insensé (Lu 12:13 et suivants), enfant prodigue (Lu 15 et suivants), pharisien et péager (Lu 18:9 et suivants), etc. Des événements aussi sensationnels que les apparitions du Ressuscité (Mt 28, Lu 24, Mr 16) n'ont pas été notés de la même façon.

(c) Non seulement le nombre de faits similaires, miracles, paraboles, discours, varie ainsi d'un évang, à l'autre, mais même des textes qu'il eût paru naturel à des croyants de considérer comme des formulaires définitifs, se présentent plus ou moins dissemblables et parfois difficiles à harmoniser : les béatitudes, Mt 5:3 et suivant, Lu 6:20 et suivants ; l'oraison dominicale, Mt 6:9 et suivant, Lu 11:2 et suivants ; le sommaire de la loi, Mr 12:29 et suivants, Mt 22:37 et suivants, Lu 10:27 ; les paroles de l'institution de la Cène, Mr 14:22 et suivant, Mt 26:26 et suivants, Lu 22:17 et suivant.

(d) A serrer de plus près les comparaisons, on voit s'accumuler d'apparentes contradictions sur les passages communs aux uns et aux autres ou particuliers à chacun : d'une part Matthieu et Lu possèdent ensemble un nombre relativement considérable de sections inconnues de Marc représentant surtout des enseignements, d'autre part presque tout le contenu de Marc se retrouve soit dans Matthieu soit dans Luc et dans ces parallèles la rédaction de Marc est toujours beaucoup plus proche soit de Matthieu soit de Luc que ces deux derniers ne le sont l'un de l'autre.

Si, faute de pouvoir produire ici la minutieuse argumentation analytique qui ménage ces constatations, nous devons en faire entrevoir les résultats dans un tableau simplifié, l'examen comparé des éléments propres à chacun des synoptiques et des éléments qu'ils ont en commun, soit au point de vue du vocabulaire, soit au point de vue des sujets traités, aboutit aux approximations suivantes :

  ÉLÉMENTS DE FORME

ÉLÉMENTS DE FOND

 
  (levocabulaire) (lessujets traités)
 
  En commun En propre En commun En propre
 
Marc 17 pour cent 83 pour cent 93 pour cent 7 pour cent
 
Matthieu 16 pour cent 84 pour cent 76 pour cent 24 pour cent
 
Luc 10 pour cent 90 pour cent 59 pour cent 41 pour cent

La relativité de ces évaluations, tout en confirmant une parenté littéraire dans la documentation de nos évangélistes, rend aussi manifeste la part d'originalité conservée par chacun d'eux ; et il va sans dire que l'interprétation de ces proportions diverses variera suivant que nos trois évang, se sont ignorés ou connus, suivant que tel d'entre eux en a imité un ou deux autres, ou bien au contraire a été imité par eux. Tous ces chiffres s'éclaireront à la lumière de nos conclusions générales, et plus encore, pour chacun des évangiles, dans les articles respectifs qui leur sont consacrés.

3. LE PROBLÈME

On voit maintenant comment se pose le problème synoptique dans son ensemble. Il s'agit « d'expliquer ce mélange de ressemblance littérale et de dissemblance parfois considérable, qui fait de nos trois évangiles un phénomène unique dans toute l'histoire de la littérature ». (F. Godet.) Se représenter autant que possible comment ont été composés ces trois ouvrages, de façon à rendre compte à la fois des ressemblances et des divergences, à la fois des ressemblances entre tous les trois et des accords de deux d'entre eux contre un troisième, lequel est tantôt l'un tantôt l'autre, --voilà l'énoncé du problème. Tel ou tel des synoptiques a-t-il copié ou imité tel ou tel autre ? S'il y a eu copie ou imitation, pourquoi n'a-t-elle pas été complète ni littérale ? Si certains d'entre eux se sont connus, jusqu'à quel point faut-il vraiment parler comme on l'a fait de dépendance « mutuelle » ? S'ils ont utilisé des renseignements antérieurs, ceux-ci devaient-ils consister en informations orales ou en documents déjà rédigés, et dans quelle mesure pourrait-on tenter de reconstituer de telles sources écrites ? Quelle répercussion l'explication de ces rapports complexes peut-elle avoir sur la valeur historique des trois premiers évangiles ? Voilà les principaux aspects du problème.

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      Matthieu 1

      1 Tableau généalogique de Jésus-Christ, de la descendance de David et d’Abraham.
      2 Abraham eut pour descendant Isaac. Isaac eut pour descendant Jacob qui devint le père de Juda et de ses frères.
      3 Par Thamar, Juda eut pour descendants Péretz et Zérah. Péretz eut pour descendant Hetsrom. Hetsrom eut pour descendant Aram.
      4 Aram eut pour descendant Aminadab, Aminadab eut pour descendant Nahchôn. Nahchôn eut pour descendant Salma.
      5 Par Rahab, Salma eut pour descendant Booz. Booz épousa Ruth qui lui donna Obed.
      6 Obed eut pour descendant Isaï dont le fils fut David. Le roi David, après avoir pris la femme d’Urie, eut d’elle, pour fils, Salomon.
      7 Salomon eut pour descendant Roboam. Roboam eut pour descendant Abiya. Abyia eut pour descendant Asa.
      8 Asa eut pour descendant Josaphat. Josaphat eut pour descendant Yoram. Yoram eut pour descendant Ozias.
      9 Ozias eut pour descendant Yotham qui eut pour descendant Ahaz. Ahaz eut pour descendant Ezéchias.
      10 Ezéchias eut pour descendant Manassé. Manassé eut pour descendant Amôn. Amôn eut pour descendant Josias.
      11 Au temps de la déportation à Babylone, Josias eut pour descendant Yéconia et ses frères.
      12 Après la déportation à Babylone, Yéconia eut pour descendant Chéaltiel. Chéaltiel eut pour descendant Zorobabel.
      13 Zorobabel eut pour descendant Abioud. Abioud eut pour descendant Eliaqim. Eliaqim eut pour descendant Azor.
      14 Azor eut pour descendant Sadoq. Sadoq eut pour descendant Ahim. Ahim eut pour descendant Elioud.
      15 Elioud eut pour descendant Eléazar. Eléazar eut pour descendant Matthan. Matthan eut pour descendant Jacob.
      16 Jacob eut pour descendant Joseph, l’époux de Marie qui donna naissance à Jésus appelé le Christ.
      17 Il y eut donc en tout quatorze générations d’Abraham à David, quatorze autres de David jusqu’à la déportation à Babylone et, finalement, quatorze encore depuis cette déportation jusqu’au Christ.
      18 Voici dans quelles circonstances Jésus-Christ vint au monde : Marie, sa mère, étant fiancée à Joseph, se trouva enceinte par la puissance du Saint-Esprit, avant qu’ils n’aient eu de relations conjugales.
      19 Joseph, son futur mari, était un homme bon et droit. Il ne voulut pas lui faire un affront public et l’exposer à perdre son bon renom. C’est pourquoi il se proposa de rompre discrètement avec elle sans en divulguer la raison.
      20 Pendant qu’il pesait le pour et le contre de cette éventualité, un ange du Seigneur lui apparut en rêve et lui dit : — Joseph, fils de David, n’hésite pas à accueillir chez toi Marie comme ta femme, car l’enfant qu’elle porte en elle vient de l’Esprit saint.
      21 Elle donnera naissance à un fils, tu l’appelleras Jésus (c’est-à-dire Sauveur). C’est lui, en effet, qui sauvera son peuple de ses péchés.
      22 Tout cela arriva pour accomplir la prédiction que le Seigneur avait inspirée au prophète :
      23 Voici, la jeune fille vierge deviendra mère. Elle donnera le jour à un fils que l’on appellera Emmanuel, ce qui veut dire « Dieu est avec nous ».
      24 À son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : il reçut chez lui sa fiancée et la prit pour femme.
      25 Mais il n’eut pas de relations conjugales avec elle avant qu’elle ait mis au monde un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

      Matthieu 2

      1 Jésus naquit à Bethléhem en Judée, sous le règne du roi Hérode. Quelque temps après sa naissance, on vit arriver à Jérusalem des mages originaires de l’Orient.
      2 Ils s’enquéraient partout : — Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Dans le ciel d’Orient, nous avons vu apparaître son étoile et nous sommes accourus pour lui rendre hommage.
      3 Quand le roi Hérode apprit la nouvelle, il en fut très troublé et, avec lui, tous ceux qui habitaient Jérusalem.
      4 Il convoqua tous les chefs des prêtres et les interprètes de la loi que comptait son peuple et il leur demanda où devait naître le Messie promis. —
      5 À Bethléhem en Judée, lui répondirent-ils. Voici, en effet, ce qui a été écrit par le prophète :
      6 Et toi, Bethléhem, village de la terre de Judée, tu n’es certainement pas la cité la plus insignifiante aux yeux des princes de Juda, puisque c’est de toi que sortira le chef qui gouvernera Israël mon peuple.
      7 Là-dessus, Hérode fit appeler secrètement les mages et leur demanda de préciser le moment où l’étoile leur était apparue.
      8 Puis il les envoya à Bethléhem en disant : — Allez là-bas, renseignez-vous avec précision sur cet enfant, et dès que vous l’aurez découvert, venez me le faire savoir, pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui et lui rendre hommage.
      9 Quand le roi leur eut donné ces instructions, les mages se mirent en route. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient se mit à les précéder jusqu’à ce qu’elle soit parvenue au-dessus de la maison où se trouvait le petit enfant. Là, elle s’arrêta, immobile.
      10 En revoyant l’étoile, les mages furent transportés de joie.
      11 Ils entrèrent dans la maison, virent l’enfant avec Marie, sa mère, et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui et l’adorèrent. Puis ils ouvrirent leurs coffrets et lui offrirent en présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
      12 La nuit suivante, Dieu les avertit par un rêve de ne pas retourner auprès d’Hérode. Ils regagnèrent donc leur pays par un autre chemin.
      13 Après leur départ, un ange du Seigneur apparut à Joseph dans un rêve et lui dit : — Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et partez tout de suite en Égypte. Tu y resteras jusqu’à ce que je te dise de revenir, car Hérode ne va pas tarder à faire rechercher l’enfant pour le tuer.
      14 Joseph se leva donc immédiatement et partit dans la nuit, emmenant l’enfant et sa mère pour se réfugier en Égypte.
      15 Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète (Osée) en ces mots : J’ai rappelé mon fils hors d’Égypte.
      16 Quand Hérode s’aperçut que les mages avaient déjoué son plan, il devint furieux. Il fit massacrer à Bethléhem, et dans son district tout entier, tous les garçons âgés de deux ans ou moins, car, d’après les indications exactes que lui avaient fournies les mages, l’étoile était apparue durant cette période.
      17 Ainsi s’accomplit la prédiction de Jérémie, le prophète qui avait annoncé : Un cri de détresse monte de Rama,
      18 des gémissements et de longs sanglots. C’est Rachel qui pleure ses fils, car ils sont morts. Elle se refuse à toute consolation, car ils ne reviendront plus.
      19 Après la mort d’Hérode, un ange du Seigneur apparut en rêve à Joseph, en Égypte,
      20 et lui dit : — Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère et retourne avec eux dans le pays d’Israël, car ceux qui voulaient tuer l’enfant sont morts.
      21 Joseph se mit donc en route, il emmena l’enfant et sa mère et regagna la terre d’Israël.
      22 Mais lorsqu’il apprit que le fils d’Hérode Archélaüs avait succédé à son père comme roi de Judée, il eut peur de s’installer dans cette contrée. Sur des indications que Dieu lui transmit en songe, il se retira dans la province de Galilée.
      23 Il alla s’établir dans une ville appelée Nazareth. Il en fut ainsi pour que se réalise cette prédiction des prophètes : On l’appellera le Nazaréen.

      Matthieu 3

      7 Un jour, il vit un groupe important de pharisiens et de sadducéens qui voulaient aussi se faire baptiser par lui. Il les apostropha : — Espèces de vipères ! Qui vous a fait croire (qu’en vous faisant baptiser) vous pourriez esquiver (le jugement) imminent de la colère (de Dieu) ?
      10 Attention ! (le temps est court :) la hache est sur le point d’attaquer la racine des arbres. Chaque arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.
      12 Il tient en main sa pelle à vanner pour séparer le grain de la balle, il va nettoyer parfaitement son aire de battage, il amassera le blé dans son grenier. Quant à la balle, elle sera brûlée dans un feu qui ne s’éteindra jamais.

      Matthieu 4

      12 Quand Jésus apprit que Jean avait été arrêté et emprisonné, il regagna la Galilée,

      Matthieu 5

      1 Quand Jésus vit tous ces gens rassemblés autour de lui, il monta sur une colline. Il s’assit, ses disciples se rassemblèrent autour de lui,
      2 et il se mit à les enseigner. Il commença par leur dire : —
      3 Heureux ceux qui sont conscients de leur pauvreté spirituelle, car c’est à eux que le royaume des cieux est réservé.
      4 Heureux ceux qui sont dans l’affliction, car Dieu les consolera.
      5 Heureux ceux qui sont humbles et doux, ceux qui renoncent à leurs droits, car Dieu leur donnera la terre entière en héritage.
      6 Heureux ceux qui aspirent de toutes leurs forces à vivre comme Dieu le demande, car ils seront pleinement satisfaits.
      7 Heureux ceux qui ont un cœur compatissant, sensible à la misère d’autrui, car Dieu aura aussi compassion d’eux.
      8 Heureux ceux qui sont sincères et droits ; car ils verront Dieu.
      9 Heureux ceux qui répandent autour d’eux la paix, car Dieu les reconnaîtra pour ses fils.
      10 Heureux ceux qui sont opprimés pour avoir fait ce que Dieu demande, car le royaume des cieux leur est réservé.
      11 Heureux serez-vous quand les hommes vous insulteront et vous persécuteront, lorsqu’ils répandront toutes sortes de calomnies sur votre compte, parce que vous êtes mes disciples.
      12 Oui, réjouissez-vous alors et soyez heureux, parce qu’une récompense magnifique vous attend dans les cieux. Vous êtes dans la lignée de vos devanciers, les prophètes d’autrefois : eux aussi ont été persécutés de la même manière.
      13 Ce que le sel est pour les aliments, vous l’êtes, vous, pour cette terre. Si le sel devient insipide, avec quoi lui rendra-t-on son pouvoir salant ? Il ne sert plus à rien. Il n’y a qu’à le jeter dehors, où il sera piétiné par les passants.
      14 Vous êtes la lumière de ce monde. Quand une ville est construite au sommet d’une colline, elle ne saurait échapper aux regards.
      15 Il en est de même d’une lampe : si on l’allume, ce n’est pas pour la cacher sous une mesure à grains. Au contraire, on la fixe sur son support et on la place le plus haut possible pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
      16 C’est ainsi que votre lumière devra briller aux yeux de tous, pour que ceux qui vous côtoient remarquent le bien que vous faites et qu’ils en attribuent la gloire à votre Père céleste. —
      17 Ne vous imaginez pas que je sois venu pour supprimer ce qui est écrit dans la loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour supprimer, mais pour accomplir.
      18 Oui, vraiment, je vous l’assure : tant que ciel et terre resteront en place, ni la plus petite lettre de la loi, ni même un point sur un « i » n’en sera supprimé. (Tout le plan de Dieu se réalisera.)
      19 Par conséquent, si quelqu’un s’affranchit d’un seul de ces commandements – même s’il s’agit du moindre d’entre eux – et s’il apprend aux autres à faire de même, il sera lui-même considéré comme « le moindre » dans le royaume des cieux. Au contraire, celui qui obéira à ces commandements et qui apprendra aux autres à faire de même, sera tenu pour grand dans le royaume des cieux.
      20 Vous voulez être justes aux yeux de Dieu ? Je vous préviens que si vous n’obéissez pas à la loi mieux que les interprètes de la loi et les pharisiens, vous ne risquez pas d’entrer dans le royaume des cieux. —
      21 Vous savez bien quels commandements ont été transmis à nos ancêtres : Tu ne commettras pas de meurtre. Si quelqu’un a commis un meurtre, il en répondra devant le tribunal et sera condamné.
      22 Eh bien, moi, je vous le déclare : celui qui se met en colère contre son frère sera traduit en justice, celui qui lui dit « Espèce d’imbécile ! » mérite de passer devant la Cour suprême et celui qui le traite d’insensé est bon pour l’enfer.
      23 Si donc tu es en train de te rendre à l’autel pour y présenter ton offrande et que là, soudain, tu te souviennes qu’un frère a quelque chose contre toi,
      24 laisse ton offrande au pied de l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis tu reviendras présenter ton offrande.
      25 Si quelqu’un porte des accusations contre toi, sois conciliant, dépêche-toi de t’arranger à l’amiable avec ton adversaire pendant que tu es encore en chemin avec lui. Une fois que vous serez devant le tribunal, ton adversaire remettra l’affaire entre les mains du juge qui fera appel aux huissiers de justice, et tu te retrouveras en prison.
      26 Et là, vraiment, je te l’assure : tu n’en sortiras pas avant d’avoir remboursé jusqu’au dernier centime. —
      27 Vous savez qu’il est dit : Tu ne commettras pas d’adultère.
      28 Eh bien, moi je vous le déclare : si quelqu’un jette sur une femme un regard chargé de désir, il a déjà commis, dans son cœur, un adultère avec elle.
      29 Par conséquent, si ton œil droit t’incite à pécher, arrache-le et jette-le au loin, car il vaut mieux pour toi perdre un de tes organes que de voir ton corps entier précipité en enfer.
      30 Si c’est ta main droite qui te fait tomber dans le péché, coupe-la et jette-la au loin. Il vaut mieux pour toi perdre un de tes membres que de voir tout ton corps jeté en enfer.
      31 Il a aussi été dit : Si quelqu’un veut répudier sa femme, il doit lui signifier le divorce par une déclaration écrite.
      32 Eh bien, moi je vous dis : celui qui renvoie sa femme – sauf en cas d’immoralité sexuelle – l’expose à devenir adultère, et celui qui épouse une femme divorcée, commet lui-même un adultère. —
      33 Vous avez encore appris ce que l’on disait à nos ancêtres : Tu ne manqueras pas à tes promesses, ce que tu as promis avec serment devant le Seigneur, tu l’accompliras.
      34 Eh bien, moi je vous demande de ne pas faire de serment du tout. Ne dites pas : « Je le jure par le ciel », car le ciel, c’est le trône de Dieu.
      35 Ou : « J’en prends la terre à témoin », car elle est l’escabeau où Dieu pose ses pieds. Ou encore : « Je le jure par Jérusalem », car elle est la cité du Roi suprême.
      36 Ne dites pas davantage : « Je le jure sur ma tête », car vous n’êtes même pas capables d’y faire pousser un seul cheveu blanc ou noir à volonté.
      37 Dites simplement « Oui » si c’est oui, « Non » si c’est non. Tous ces serments qu’on y ajoute viennent du diable. —
      38 Vous avez appris qu’il a été dit : Un œil pour un œil, une dent pour une dent.
      39 Eh bien, moi je vous demande ceci : n’opposez pas de résistance à celui qui vous veut du mal. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.
      40 Si quelqu’un veut te faire un procès pour avoir ta chemise, ne l’empêche pas de prendre ton vêtement.
      41 Et si quelqu’un vient te réquisitionner pour t’obliger à lui porter un fardeau sur un kilomètre, porte-le sur deux kilomètres avec lui.
      42 Donne à celui qui te demande, ne tourne pas le dos à celui qui veut t’emprunter quelque chose.
      43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu témoigneras de l’amour à ton ami et tu auras de la haine pour ton ennemi.
      44 Eh bien, moi je vous le dis : témoignez de l’amour à vos ennemis et priez pour ceux qui vous poursuivent de leur haine.
      45 Ainsi vous vous comporterez vraiment comme les enfants de votre Père céleste, car lui, il fait luire son soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons, et il accorde sa pluie à ceux qui font sa volonté comme à ceux qui ne la font pas.
      46 Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, allez-vous prétendre à une récompense pour cela ? Les truands eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
      47 Et si vous réservez votre bon accueil aux gens de votre milieu, si vous êtes seulement aimables avec vos amis, que faites-vous là d’extraordinaire ? Est-ce que les gens de tous les pays n’agissent pas de même ?
      48 Vous donc, soyez parfaits tout comme votre Père céleste est parfait.
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