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Philippiens 1

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      Bien que Paul soit seul l'auteur de cette lettre, il nomme avec lui son bien-aim√© Timoth√©e par un sentiment de d√©licate affection pour ce dernier, peut-√™tre aussi afin de lui pr√©parer une r√©ception d'autant plus cordiale √† Philippes, o√Ļ il comptait l'envoyer bient√īt. (Philippiens 2.19-23) D√©sirant se placer sur un pied de fraternelle √©galit√© avec celui qui avait √©t√© son collaborateur dans la fondation de l'Eglise de Philippes, (Actes 16) Paul ne se donne pas, comme √† l'ordinaire, son titre d'ap√ītre, mais partage avec lui le beau nom de serviteur de J√©sus-Christ. (Comparer 1Thessaloniciens 1.1¬†; 2Thessaloniciens 1.1¬†; Colossiens 1.1)

      Saints en Jésus-Christ, c'est-à-dire saints par leur communion avec le Sauveur. (Comparer 1Corinthiens 1.2, note.)

      - La lettre est adressée à tous les membres de l'Eglise, qui sont même nommés avant les évêques et les diacres.

      C'est ici la seule de ses lettres o√Ļ l'ap√ītre d√©signe une Eglise en √©num√©rant tous les √©l√©ments qui la composent¬†: les saints (chr√©tiens), les √©v√™ques (Grec¬†: "surveillants," les m√™mes que les anciens ou pasteurs, Actes 20.17,28¬†; 1Pierre 5.1) et les diacres (Grec¬†: "serviteurs"), dont l'origine et les fonctions remontent √† Actes 6.1 et suivants

      Il serait difficile de dire pourquoi Paul d√©signe ainsi, contre son habitude, l'Eglise de Philippes¬†; mais ce qui est bien plus important, c'est que ce passage, en nous montrant quelle √©tait, d√®s les temps apostoliques, la composition d'une Eglise fond√©e par l'ap√ītre lui-m√™me, nous fournit une pr√©cieuse confirmation de ce que l'on a appel√© plus tard la constitution presbyt√©rienne de l'Eglise. (Comparer Actes 11.30¬†; 14.23¬†; 1.5)

      Et toutefois, bien que Paul nomme ici ceux qui exercent des fonctions très honorables à ses yeux, il s'adresse avant tout au peuple de l'Eglise.

      "Les écrits apostoliques sont envoyés plus directement à l'Eglise qu'à ceux qui la président." Bengel.

      2 Voir Romains 1.7, note.
      5 Ce verset verset 5 indique le sujet des actions de gr√Ęces de l'ap√ītre, de ses pri√®res, de sa joie¬†; (versets 3,4) c'est la communion des Philippiens √† ou pour l'Evangile, c'est-√†-dire d'abord leur participation √† ses immenses bienfaits, puis la part qu'ils ont prise aux souffrances et aux combats par lesquels l'Evangile s'est affermi et √©tendu au milieu d'eux, et cela depuis le premier jour o√Ļ cet Evangile leur fut annonc√© jusqu'√† maintenant. (verset 7)

      C'est l√† pour l'ap√ītre le double sujet d'une reconnaissance qu'il exprime tr√®s souvent dans ses lettres. (Romains 1.8¬†; Eph√©siens 1.15,16¬†; Colossiens 1.4¬†; 2Corinthiens 1.7)

      6 Grec : "la perfectionnera," la rendra parfaite.

      Cette bonne Ňďuvre par excellence, l'Ňďuvre de la foi, de la conversion, du salut, que Paul vient d'indiquer comme une communion √† l'Evangile, il en attribue ici le commencement, la continuation et la fin √† Dieu, ce qui est conforme √† tous les enseignements de l'Evangile sur ce grand sujet.

      C'est parce que cette Ňďuvre est l'Ňďuvre de Dieu que l'ap√ītre parle avec tant d'assurance de son ach√®vement jusqu'au jour de J√©sus-Christ. (verset 10, note.)

      "Il ressort clairement aussi de cette parole qu'il y a pour la vie du chr√©tien un d√©veloppement et une croissance, de telle sorte que la puissance de vie qui est l√† d√®s l'origine se d√©ploie toujours plus compl√®tement et dans des sens plus divers." K√ľbel.

      - Quelques interpr√®tes entendent par la "communion ou participation √† l'Evangile" (verset 5) uniquement la part active qu'ont prise les Philippiens √† le propager, et par la bonne Ňďuvre, cette coop√©ration m√™me. Dans l'un et l'autre cas, c'est une explication tr√®s incompl√®te et superficielle des paroles de l'ap√ītre.

      7 Paul montre combien est justifiée, et légitime de sa part, cette certitude qu'il a du salut final de ses frères de Philippes.

      Les mots soit dans mes liens, soit dans la d√©fense et la confirmation de l'Evangile peuvent se rattacher √† ceux qui pr√©c√®dent¬†: je vous porte dans mon cŇďur. L'ap√ītre justifierait son assurance de leur salut en la fondant sur son affection pour eux qui, loin d'√™tre rel√Ęch√©e, est fortifi√©e par la captivit√© qu'il endure.

      Mais ces mots peuvent se rattacher aussi √† ceux qui suivent¬†: "vous tous √©tant participants avec moi de la gr√Ęce," (grec), et l'ap√ītre voudrait dire¬†: "Je vous ai dans mon cŇďur, vous qui, dans mes liens, dans mes souffrances et mes travaux, √™tes tous participants de la gr√Ęce, de cette gr√Ęce de souffrir pour le nom de Christ¬†;" il invoquerait comme motif de son assurance, non pas tant le fait qu'il les porte dans son cŇďur, que le fait qu'ils ont part eux aussi aux souffrances pour la cause du Sauveur. (Comparer verset 29)

      Cette pens√©e rend mieux compte de l'assurance de l'ap√ītre. Quand on voit des chr√©tiens souffrir pour leur Ma√ģtre, il est juste de croire qu'ils sont en √©tat de gr√Ęce.

      8 Grec¬†: "Que je vous ch√©ris tous dans les entrailles de J√©sus-Christ," ou plus exactement encore¬†: "que je vous d√©sire tous¬†;" le cŇďur aspire vers ceux qu'il aime¬†; (Philippiens 2.26¬†; 2Corinthiens 9.14¬†; Romains 1.11) expression non seulement d'une profonde tendresse pour ses fr√®res, mais de la plus intime communion avec J√©sus-Christ.

      "En Paul ce n'est pas Paul qui vit, mais Jésus-Christ ; c'est pourquoi en Paul s'émeuvent non les entrailles de Paul, mais les entrailles de Jésus-Christ." Bengel.

      Paul est tellement un avec son Sauveur qu'il souffre les souffrances de Christ, et que Christ souffre et combat en lui. (2Corinthiens 1.5 ; Colossiens 1.24)

      9 Paul vient de dire √† ses fr√®res qu'il prie sans cesse pour eux¬†; (verset 4) il leur indique maintenant quelles sont les gr√Ęces qu'il r√©clame surtout de Dieu.

      Après leur avoir exprimé vivement son amour, comment pourrait-il le leur témoigner mieux qu'en adressant de telles supplications à Dieu en leur faveur ?

      - Ce qu'il demande avant tout, c'est que cet amour dont ils sont anim√©s d√©j√†, abonde encore de plus en plus. Il sait, en effet, que l'amour est l'√Ęme de la vie chr√©tienne, l'√Ęme de tous les autres dons de Dieu.

      Toutefois, l'Evangile doit produire le d√©veloppement simultan√© de toutes nos facult√©s, l'amour, force, chaleur et vie du cŇďur, a besoin d'√™tre √©clair√© de la lumi√®re d'en haut pour ne pas s'√©garer dans les voies trompeuses de ses propres impressions.

      Paul demande donc qu'il abonde avec toute connaissance et intelligence. Ces deux mots ne sont pas tout √† fait synonymes¬†: le premier exprime surtout la perception claire et nette de la v√©rit√©, le second ce sens d√©licat, ce tact moral qui sert de guide dans la vie pratique. Le r√©sultat que l'ap√ītre attend de ces dons est indique √† versets 10,11.

      10 Ou bien : "Les choses contraires, qui diffèrent." (Romains 2.18)

      Le mot grec a les deux sens, qui, dans la pratique, se réduisent à un seul ; car, avoir le discernement de ce qui est bien, conforme à la vérité et à la volonté de Dieu, (Romains 12.2) c'est aussi discerner ce qui y est opposé, soit dans la doctrine, soit dans la vie.

      - Rien de plus rare parmi les chr√©tiens que ce discernement¬†! Aussi devraient-ils sentir le besoin d'adresser sans cesse √† Dieu, chacun pour soi et les uns pour les autres, la pri√®re de l'ap√ītre.

      Tel sera le fruit du discernement. Purs ne signifie pas seulement, dans ce verset, exempts de souillure, mais sincères, sans alliage. (Cet adjectif ne se lit qu'ici et 2Pierre 3.1, mais le substantif de la même racine se retrouve entre autres dans 2Corinthiens 1.12 ; voir à ce passage la note qui en indique le sens étymologique.)

      - Le mot rendu ici par sans achoppement, faux pas, chute, peut avoir un sens passif, se rapportant à nous-mêmes : sans broncher, ni tomber ; ou un sens actif : sans causer de scandale et être pour d'autres une occasion de chute.

      - Toujours l'ap√ītre dirige sa pens√©e vers ce dernier terme, le jour de Christ, (verset 6) c'est-√†-dire le grand jour de son apparition. (Comparer Philippiens 1.6¬†; 2.16¬†; Romains 2.5,16¬†; 1Corinthiens 1.8¬†; 5.5¬†; 2Corinthiens 1.14¬†; Eph√©siens 4.30¬†; 2Thessaloniciens 1.10¬†; 2Timoth√©e 1.12, etc.)

      11 Voil√† le c√īt√© positif de la vie chr√©tienne tendant √† la perfection, tandis que le verset pr√©c√©dent n'en indiquait encore que le c√īt√© n√©gatif, la pr√©servation du mal.

      Une vie remplie de fruit de justice (tel est le vrai texte, et non des fruits selon le texte reçu) rappelle l'image d'un arbre chargé de fruits.

      Le mot justice est pris ici dans le sens de justice pratique, intérieure, et non dans celui de justification. Un puissant motif pour le chrétien d'abonder dans le fruit de justice, c'est que ce fruit est par Jésus-Christ, qui le rend acceptable, à la gloire et à la louange de Dieu.

      12 12 √† 26 Progr√®s de l'Evangile. Situation pr√©sente de l'ap√ītre. Perspectives d'avenir.
      13 C'√©tait pour l'ap√ītre une douce consolation dans sa captivit√© et ce devait √™tre pour les Philippiens un pr√©cieux encouragement de savoir qu'un √©v√©nement qu'ils d√©ploraient, loin de nuire √† l'Evangile, en avait h√Ęt√© les progr√®s sous la main puissante de ce Dieu dont la sagesse sait tirer le bien du mal. Aussi est-ce par le r√©cit de ce fait que Paul commence ces communications personnelles, ces √©panchements pleins de confiance qui occupent une si large place dans notre √©p√ģtre. (versets 12-26)

      Par cette expression¬†: Mes liens sont devenus manifestes en Christ, l'ap√ītre veut dire qu'il a √©t√© √©vident aux yeux de tous qu'il ne portait pas les cha√ģnes d'un criminel, mais celles d'un t√©moin de J√©sus-Christ, et que c'√©tait en Christ, dans une communion vivante avec lui qu'il endurait les humiliations et les souffrances de sa captivit√©. Ce fait avait contribu√© au progr√®s de l'Evangile plus que n'eussent pu le faire beaucoup de paroles.

      - Le pr√©toire √©tait la caserne de la cohorte pr√©torienne. Il ne servait pas de prison √† l'ap√ītre, mais c'√©taient des soldats de ce corps qui le gardaient, (Actes 28.16) et comme ils se relevaient sans cesse aupr√®s de lui, ils eurent en grand nombre l'occasion d'entendre l'Evangile, que le fid√®le ap√ītre ne manquait pas de leur annoncer.

      Eux de leur c√īt√© r√©pandaient partout ailleurs, dans toute la ville, et jusque dans le palais de l'empereur, ce qui leur avait √©t√© enseign√©. (Philippiens 4.22)

      "C'est par les souffrances des ouvriers que les Ňďuvres de Dieu s'√©tablissent et s'affermissent. Les obstacles des hommes sont les moyens de Dieu¬†: ce qui d√©sole les gens charnels, est ce qui console les enfants de la foi. Saint Paul ne se glorifie point que son √©loquence et ses talents soient c√©l√®bres √† la cour, mais de ce que ses humiliations y sont connues. Quand Dieu veut faire conna√ģtre ceux qui sont √† lui, il y fait servir ses plus grands ennemis. Laissons faire Dieu et suivons sa conduite." Quesnel.

      14 Grec : "Persuadés par mes liens," ce qui signifie qu'ils ont reçu, par la vue de ces liens mêmes, plus de foi et plus de courage. Cette expérience de Paul s'est renouvelée à toutes les époques.

      Combien souvent le témoignage d'un martyr gagna-t-il à Christ des adversaires et des indifférents, ou enhardit-il des chrétiens timides qui se mirent à le suivre dans cette voie de douleurs !

      15 Ceux qui pr√™chent Christ dans ces mauvais sentiments ne sont pas les m√™mes que l'ap√ītre mentionne avec √©loge au verset pr√©c√©dent¬†; c'est une nouvelle cat√©gorie (quelques-uns aussi) qui vient s'ajouter √† l'autre.

      Leur envie et leur esprit de dispute tenaient certainement √† une diff√©rence dans la doctrine, et sans doute aussi √† leur d√©sir charnel d'attirer des disciples √† eux en affaiblissant l'influence de l'ap√ītre. (verset 17, note.)

      Grec¬†: "Par bienveillance," de bon cŇďur, soit envers l'Evangile m√™me, soit envers l'ap√ītre. (verset 17)

      16 Ces deux versets, (versets 16,17) qui sont l'explication de verset 15, ont été intervertis par des copistes pour reprendre le même ordre qu'à verset 15.

      Nous avons d'après les meilleurs manuscrits, rétabli l'ordre dans lequel Paul les a écrits. Il parle d'abord de ceux qui annoncent Christ par amour.

      Ceux-ci en communion de cŇďur avec lui, voient en lui l'envoy√© de J√©sus-Christ, et dans ses liens m√™mes un sceau de son minist√®re. Mais les autres (ceux-l√†) pr√™chent Christ par de faux motifs et non avec puret√©, parce qu'ils pensent susciter de l'affliction √† mes liens. (verset 17)

      On se demande¬†: comment leur pr√©dication pouvait susciter une affliction √† l'ap√ītre dans la position o√Ļ il se trouvait¬†? On a fait √† cette question bien des r√©ponses¬†; il aurait fallu avant tout dire avec Calvin¬†: "Les raisons nous en sont inconnues, parce que les circonstances de ces temps ne sont pas parvenues jusqu'√† nous."

      Etait-ce en provoquant par leur faux zèle des mesures plus sévères contre Paul de la part de l'autorité ? Etait-ce en excitant contre lui la haine des Juifs, qui pouvaient lui nuire aussi en aggravant son accusation ? Etait-ce enfin en lui faisant perdre la confiance et l'affection des chrétiens de Rome, et en diminuant ainsi son influence ?

      Toutes ces opinions ont été soutenues, et d'autres encore. Mais cette question dépend en grande partie d'une autre qui a plus d'importance : Quels étaient ces hommes qui prêchaient Christ, mais qui le prêchaient par des motifs si répréhensibles ?

      On s'accorde g√©n√©ralement √† voir en eux des chr√©tiens juda√Įsants, les adversaires constants de l'ap√ītre. Ils avaient re√ßu l'Evangile, mais sans renoncer assez compl√®tement au juda√Įsme pour admettre la grande doctrine de la justification par la foi que Paul annon√ßait. Ils entraient partout dans le champ de son travail, profitaient √† Rome de sa captivit√© pour nuire √† son influence, et se mettaient eux-m√™mes √† l'abri de la pers√©cution, en acceptant d'√™tre confondus avec les Juifs. La loi romaine se montrait tol√©rante √† l'√©gard de ces derniers, comme repr√©sentants d'une antique religion nationale, tandis qu'elle condamnait toute religion nouvelle. (Actes 16.21¬†; 17.6,7¬†; Galates 6.12¬†; comparez Philippiens 3.2, note.)

      18 Quel oubli de soi-m√™me¬†! quel amour exclusif pour son Ma√ģtre¬†! quel support plein de charit√© pour ses adversaires¬†!

      Il para√ģt cependant que ceux-ci ne m√™laient pas des erreurs trop dangereuses √† la pr√©dication de Christ¬†; car, dans ce cas, Paul n'aurait pas pu se r√©jouir de leur Ňďuvre. On sait comment il combat les faux docteurs, dans l'√©p√ģtre aux Galates par exemple. (Comparer ci-dessous Philippiens 3.2)

      19 Même le chagrin que Paul éprouvait personnellement des intentions malveillantes de ses adversaires, devait contribuer à son bien spirituel, à son salut, en vertu de ce principe que luimême a posé : "Toutes choses travaillent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu." (Romains 8.28)

      Cependant il éprouve le besoin de s'assurer deux secours précieux : les prières de ses frères, qui le soutenaient dans ses plus rudes combats, et la puissance de l'Esprit de Jésus-Christ, par le témoignage duquel il avait toujours la certitude de son adoption et de son triomphe final sur tout ce qui aurait pu lui nuire.

      20 Dans mon corps signifie¬†: par toute ma vie sur la terre, soit que cette vie se prolonge et que je serve encore mon Ma√ģtre, soit qu'elle doive bient√īt aboutir √† la mort.

      Dans l'un ou l'autre cas, Christ sera magnifi√©. En effet, glorifier son Sauveur, voil√† la seule pens√©e de l'ap√ītre, celle qu'il oppose √† √™tre confus.

      De quelque mani√®re que cette glorification de Christ ait lieu par lui, quoi qu'il puisse lui en co√Ľter, peu importe¬†! (verset 22) Celui qui, comme Paul, s'est offert √† Dieu en sacrifice vivant et saint, (Romains 12.1) n'a plus √† choisir de quelle mani√®re il glorifiera Dieu¬†; ce n'est pas son affaire.

      - Si l'ap√ītre n'a qu'une pens√©e, qu'un d√©sir, qu'un but, au moins a-t-il une bien ferme assurance de l'atteindre¬†; il n'accumule pas moins de trois termes, les plus forts, les plus √©nergiques, pour exprimer cette assurance qui le console de tout¬†: ferme attente, esp√©rance, toute assurance.

      Le verset suivant dit clairement la raison profonde et inébranlable de cette certitude.

      21 Grec : "Car pour moi, vivre, c'est Christ, et mourir un gain."

      L'assurance de Paul de glorifier son Sauveur, quoi qu'il arrive, par sa vie ou par sa mort, repose sur ce fait qu'il ne vit plus pour luimême, mais pour Christ ; sa vie terrestre lui est consacrée au point que vivre ici-bas n'a plus de valeur, d'utilité, de but que pour Christ : "Si je vis encore je vivrai à Christ, et mourir m'est un gain," parce que c'est être avec Christ. (verset 23) Cette mort de martyr glorifiera Christ, et jettera Paul dans les bras de son Sauveur. (Comparer Romains 14.7-9)

      - Tel est le sens de ce verset le plus conforme, d'une part, √† la grammaire, et, de l'autre, au contexte, puisqu'il doit prouver ou expliquer (car) comment Paul glorifiera en tout cas son Ma√ģtre. Cependant, on a laiss√© subsister dans le texte ci-dessus la version d'Ostervald (emprunt√©e √† Luther)¬†: Christ est ma vie, d'abord parce qu'√† la rigueur cette belle pens√©e n'est pas contraire aux termes de l'original, et qu'ensuite elle peut, au fond, rendre compte aussi de la raison pour laquelle Paul glorifiera son Ma√ģtre¬†: "Christ est ma vie, ma vie r√©elle, spirituelle, imp√©rissable¬†; si donc il prolonge mon existence, ce ne sera que pour sa gloire, sinon, la mort, qui n'a aucun empire sur cette vie-l√†, qui me mettra en possession de la pl√©nitude de cette vie, m'est un gain." On a ainsi la pens√©e profonde que Paul exprime souvent ailleurs. (Romains 6.8-10¬†; Galates 2.20¬†; Colossiens 3.3,4)

      Gerlach réunit les deux interprétations qui précèdent comme formant le sens complet du verset, ce qui n'est pas impossible. Enfin, il est une troisième signification proposée par Calvin, qui consiste à faire du nom de Christ le sujet des deux phrases, et à traduire : "Pour moi, vivant ou mourant, Christ m'est un gain." De là, la version de Martin : "Christ m'est gain à vivre et à mourir." Cette traduction n'est pas soutenable.

      - Mais réaliser cette parole est encore plus important et plus difficile que de la comprendre.

      Christ est ma vie¬†: "O parole qui ne pouvait se trouver que dans la Parole de mon Dieu et dans la communion de Christ¬†! Heureux homme de Dieu¬†! que ne puis-je redire apr√®s toi cette Parole¬†: √ī J√©sus, mon Sauveur et mon Dieu¬†! si tu √©tais seul ma vie, toi don de Dieu, seule lumi√®re des √Ęmes, leur paix, leur vie¬†! si tes pens√©es √©taient mes pens√©es, tes voies, mes voies¬†! si mon esprit √©tait p√©n√©tr√© de ton Esprit, et que ton amour f√Ľt l'ardeur de mon √Ęme¬†! - Oui, tu le deviendras¬†; ton Esprit m'en rend t√©moignage, et d√©j√† c'est ton amour seul et ta fid√©lit√© qui supportent ma pauvre vie." Th. Passavant.

      22 Grec¬†: "Or, si vivre en la chair est pour moi un fruit de l'Ňďuvre, et ce que je dois choisir, je ne le fais pas conna√ģtre (je ne puis le dire)."

      Il faut entendre litt√©ralement ce fruit de l'Ňďuvre des r√©sultats possibles de son activit√© apostolique au cas o√Ļ sa vie en la chair serait prolong√©e, et c'est bien l'id√©e de verset 24.

      Dans l'hésitation de ses pensées et de ses désirs, il pense plus aux autres qu'à lui.

      "Paul n'use pas d'une vaine figure de rh√©torique quand il parle comme si le choix lui √©tait laiss√© entre vivre et mourir. En une certaine mesure, le serviteur de Christ peut choisir¬†; il a le droit d'exprimer ce qu'il pr√©f√®re, en se soumettant bien entendu √† la volont√© du Seigneur, et le Seigneur a √©gard √† ces d√©sirs exprim√©s par son serviteur¬†; nul croyant ne saurait en douter." K√ľbel.

      24 Voilà les deux sentiments par lesquels il est pressé (littéralement : retenu) et qu'il avait déjà exprimés à versets 21,22.

      Pour lui, ce qu'il trouverait meilleur serait de partir, s'en aller (Grec : "délier," c'est-à-dire "lever l'ancre," ou détacher les cordes de la tente qui la fixaient à des pieux), pour être avec Christ, preuve évidente que Paul attendait ce bonheur immédiatement après sa mort. (Comparer 2Corinthiens 5.1,8 ; Hébreux 12.23, et surtout Luc 23.43)

      Mais, d'un autre c√īt√©, un lien bien fort le retient, le d√©sir d'√™tre encore utile √† l'Eglise. Il sait que sa pr√©sence est n√©cessaire √† celle-ci.

      "D√©sirer de quitter la terre pour aller √† Dieu, c'est la perfection chr√©tienne¬†: consentir d'y demeurer pour le salut des √Ęmes, c'est le comble de la saintet√© apostolique." Quesnel.

      Il est bien légitime de soupirer après la pleine délivrance ; mais que ceux qui éprouvent ce pressant besoin se demandent si c'est vraiment "pour être avec Christ !"

      25 Grec¬†: "Etant persuad√© de ceci (de cette n√©cessit√©), je sais que je demeurerai et demeurerai avec vous tous pour votre avancement et pour la joie de votre foi." On pourrait s'√©tonner d'entendre l'ap√ītre parler avec tant d'assurance d'un √©v√©nement futur sur lequel il ne para√ģt point avoir eu de r√©v√©lation, puisque bient√īt apr√®s il en parle avec une sorte d'incertitude. (Philippiens 2.17)

      "Mais, r√©pond Calvin, les saints hommes de Dieu r√®glent toujours leurs esp√©rances d'apr√®s sa Parole, en sorte qu'ils ne pr√©sument jamais plus en leur esprit qu'il ne leur a promis. L√† o√Ļ ils ont un t√©moignage certain de la volont√© divine, l√† ils s'appuient sur une certitude qui exclut toute h√©sitation. Ainsi, quand il s'agit du pardon des p√©ch√©s, du don du Saint-Esprit pour la pers√©v√©rance, de la r√©surrection du corps. Telle encore fut la certitude des proph√®tes concernant les oracles de Dieu. En toutes les autres choses, ils n'esp√®rent rien que conditionnellement, de sorte qu'ils soumettent tous les √©v√©nements √† la providence de Dieu, √† qui ils accordent de voir plus clair qu'eux-m√™mes."

      Il ne faut donc pas presser les termes par lesquels Paul exprime ici sa persuasion. (Comparer verset 25) Et du reste, pour ceux qui admettent une d√©livrance et une seconde captivit√© de l'ap√ītre, son attente fut justifi√©e par l'√©v√©nement. On peut m√™me dire que la comparaison de notre passage avec d'autres passages, (2Timoth√©e 4.6) o√Ļ Paul parle positivement de son prochain d√©part, est une preuve en faveur de sa double captivit√©.

      26 Se glorifier en Christ signifie¬†: louer Christ avec joie. Il √©tait naturel que les Philippiens vissent dans la d√©livrance de leur ap√ītre bien-aim√© et dans sa pr√©sence au milieu d'eux un tel sujet de louange et de joie.
      27 27 à 30 Conclusion.

      L'ap√ītre a exprim√© (versets 25,26) sa certitude de demeurer en cette vie et de revoir les Philippiens¬†; il indique maintenant, comme conclusion, la condition √† laquelle (seulement) ce revoir pourra √™tre une source de joie et la prolongation de son s√©jour ici-bas pourra contribuer au progr√®s du r√®gne de Dieu¬†: une conduite digne de l'Evangile, la fermet√© dans l'unit√©.

      - Par un même esprit, les uns entendent l'Esprit de Dieu, source de force et d'union ; les autres, l'esprit des chrétiens, une même tendance, les mêmes principes.

      Ce dernier sens para√ģt plus probable √† cause de sa liaison avec cette autre expression¬†: combattant d'une m√™me √Ęme¬†; ainsi c'est tout l'homme, avec toutes ses facult√©s, que Paul d√©sire voir engag√© √©nergiquement dans ce combat. Et il souhaite de le voir uni avec ses fr√®res non seulement dans ses principes et ses tendances (l'esprit), mais dans ses sentiments naturels et dans les manifestations de son caract√®re individuel (l'√Ęme).

      - Au lieu de pour la foi, on peut traduire par la foi de l'Evangile ; c'est alors le moyen, au lieu du but.

      28 A quoi se rapportent ces mots : ce qui est une preuve, etc. ? A tout ce qui précède. (verset 27)

      La fermeté, l'unité des chrétiens dans le combat, le fait qu'ils ne sont point épouvantés en présence des dangers, constituent pour les adversaires une preuve de leur perdition, car ils peuvent voir, dans ces pauvres et faibles pécheurs, une marque de la puissance de Dieu à laquelle ils résistent ; c'est pour eux la pierre d'achoppement. (Matthieu 21.44)

      Mais c'est aussi pour les chrétiens, et par la même raison, un signe de salut.

      L'enfant de Dieu trouve dans chaque combat d'o√Ļ il sort victorieux un nouveau sujet de force pour sa foi et de certitude quant √† la pleine d√©livrance. (Romains 8.17¬†; 2Timoth√©e 2.12¬†; 2Thessaloniciens 1.5)

      Cette preuve, pour les uns et pour les autres, est bien certaine, car elle est de la part de Dieu, qui en a ainsi ordonné conformément à sa vérité et à sa justice, d'une part, et de l'autre, à sa fidélité et à son amour.

      29 Ces belles paroles, incompréhensible paradoxe pour le monde, sont l'explication et la raison (parce que) de celles qui précèdent. (Voir la dernière note.)

      "Croire et souffrir, c'est toute la vie chr√©tienne. L'un et l'autre est l'Ňďuvre de la gr√Ęce en nous. La gr√Ęce de la souffrance est plus excellente que celle de la foi¬†; l'une conduit √† l'autre et en est le principe. La foi en J√©sus-Christ fait un chr√©tien¬†; la souffrance pour J√©sus-Christ fait un martyr, c'est-√†dire un chr√©tien du premier ordre." Quesnel.

      30 Ils l'ont vu à Philippes, (Actes 16) et ils l'ont appris de Rome.

      Grand encouragement pour eux d'√™tre associ√©s √† l'ap√ītre dans le combat.

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