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Matthieu 22

    • 1 Chapitre 22.

      1 à 14 Parabole des noces.

      Grec : et Jésus répondant.

      Ce mot, qui revient si fr√©quemment dans les √©vangiles, peut sans doute √™tre consid√©r√© comme un h√©bra√Įsme et signifier¬†: prendre la parole. Mais dans la plupart des cas il y a r√©ellement une r√©ponse de J√©sus √† des objections ou √† des pens√©es non exprim√©es. (Matthieu 11.25)

      La parabole qui va suivre est en effet une réponse aux mauvais desseins manifestés par les adversaires. (Matthieu 21.46, note.) Matthieu seul a conservé cette parabole. Marc et Luc terminent par la parabole des vignerons l'entretien qui précède avec les principaux du peuple ; puis ils passent à la question concernant le tribut, que Matthieu rapporte ci-dessous. (verset 15 et suivants)

      2 Voir sur ce terme le royaume des cieux, Matthieu 3.2, note.

      Ces mots des noces pour son fils doivent s'entendre dans leur sens littéral. Ils ne signifient ni un festin en général, ni une fête donnée par ce roi à l'occasion de l'avènement de son fils au pouvoir, comme l'ont pensé, on ne sait trop pourquoi, un grand nombre d'exégètes.

      Nous retrouvons ici l'image touchante et profonde sous laquelle le Sauveur nous est représenté comme l'Epoux de son Eglise. (Matthieu 25.1 ; Apocalypse 21.2,9 ; Matthieu 9.15 ; Jean 3.29 ; Ephésiens 5.22 et suivants)

      - On voit d√®s ces premiers traits de la parabole qu'elle n'est point identique √† celle que rapporte Luc 14.16 et suivants Elle en diff√®re aussi bien par le temps o√Ļ elle fut prononc√©e et l'occasion qui y donna lieu, que par son contenu. Ce sont deux instructions diff√©rentes, avec quelques traits analogues, que le Seigneur pouvait parfaitement donner sous ces deux formes

      3 Grec : "pour appeler les appelés aux noces," c'est-à-dire, ceux qui avaient déjà reçu l'invitation d'assister aux noces.

      Pour expliquer ce trait, on se réfère généralement à l'usage oriental d'inviter une première fois, quelque temps à l'avance puis une seconde fois, le jour même de la fête. Mais peut-être cette seconde invitation n'a-t-elle lieu, dans la parabole, que parce que les invités tardaient à venir.

      Ici, il y a une intention bien arrêtée de refuser. Plus tard, (verset 5) une négligence qui dénote le mépris de l'invitation. Enfin d'autres vont jusqu'à la haine et à la violence ; (verset 6) la même gradation que dans la parabole des vignerons. (Matthieu 21.33 et suivants)

      4 Cette seconde invitation est faite en termes plus pressants que la première.

      Les grands pr√©paratifs que le roi fait annoncer par ses serviteurs auraient d√Ľ √™tre pour les invit√©s un puissant motif de venir, et rendront bien plus coupables leur m√©pris et leur ingratitude.

      5 Grec : à son propre champ. La jouissance de sa propriété lui suffit, et il méprise l'invitation. L'autre, pressé par la cupidité d'acquérir, s'en va à son trafic.
      6 Au mépris des uns se joint la haine, la violence des autres. (Comparer Matthieu 21.35)
      7 J√©rusalem. Deux terribles ch√Ętiments qui furent ex√©cut√©s √† la lettre. (Comparer Matthieu 21.41)

      - Le texte reçu, avec C, ajoute l'ayant appris, après le roi. Ces mots manquent dans Sin., B et plusieurs majuscules ; ils ne sont point nécessaires à la clarté du récit.

      8 Le mot alors marque un moment important et décisif dans les développements du royaume de Dieu. (Voir l'explication de la parabole verset 14, note.)

      En quoi consistait l'indignité des invités ? Les versets qui précèdent (versets 4-7) le disent assez clairement.

      9 C'est-√†-dire dans les lieux o√Ļ le peuple a l'habitude de se rassembler.
      10 Des pécheurs notoires, aussi bien que des gens à bonne réputation. Peut être ces deux catégories correspondent-elles d'une part aux péagers et aux femmes de mauvaise vie, d'autre part aux pharisiens. (Matthieu 21.31)

      Grec : "De gens étendus à table." Ainsi donc, les hommes de cette seconde invitation l'acceptèrent en très grand nombre. Mais accepter ne suffit pas encore pour être définitivement admis aux noces. (versets 11,14)

      12 Comme tous ces invit√©s avaient √©t√© rassembl√©s dans les carrefours et que la plupart devaient √™tre tr√®s pauvres, le roi ne pouvait pas s'attendre √† ce qu'ils eussent tous un habit de noces digne de para√ģtre √† sa cour.

      Aussi un grand nombre d'interprètes recourent-ils, pour expliquer ce trait, à l'usage oriental d'offrir aux invités un manteau de fête (kaftan) avec lequel ils pouvaient se présenter convenablement à la cour d'un prince. Ce vêtement serait ainsi un don gratuit et celui qui l'aurait méprisé serait sans excuse.

      - Sur le mot ami, comparez Matthieu 20.13, note.

      Il n'eut rien √† r√©pondre √† la question du roi. Il vient un temps o√Ļ le p√©cheur ne trouvera plus d'excuses.

      13 Comparer sur ces derniers mots Matthieu 8.12, note. Après les mots liez-le pieds et mains, le texte reçu, avec C et la plupart des majuscules, ajoute : emportez-le, mots qu'on ne trouve pas dans Sin., B et les versions.
      14 Puisque la salle des noces fut remplie, (verset 10) les élus n'étaient pas en si petit nombre, mais ils le sont toujours, comparés aux multitudes d'appelés. Cet appel est fait de la part de Dieu dans l'intention que celui qui l'entend soit sauvé.

      Mais ni l'appel, ni m√™me l'acceptation ne suffisent pour cela, comme le prouve le dernier trait de notre parabole. Il faut de plus un acte de la gr√Ęce souveraine de Dieu. Mais cet acte n'est point arbitraire¬†; Dieu poss√®de le secret de le mettre en harmonie avec la libert√© humaine, de telle sorte que celui qui est finalement rejet√© l'est par sa faute, (verset 12) et que celui qui est sauv√© sait qu'il l'est par la pure gr√Ęce de Dieu. (Eph√©siens 1.4¬†; Philippiens 2.13)

      - Jetons maintenant un regard sur le sens de toute la parabole. Le roi qui fait les noces de son fils c'est Dieu, (verset 2) et ces noces c'est l'√©tablissement de son r√®gne, qui un jour sera √©lev√© √† la perfection. Tout, dans ce royaume, o√Ļ le p√©cheur est invit√© √† entrer, est pr√©par√© par la libre gr√Ęce de Dieu¬†; le salut est absolument gratuit. (verset 4)

      La premi√®re invitation eut lieu par J√©sus-Christ lui-m√™me et par ses ap√ītres (Meyer), ou en pressant davantage les images de la parabole (Weiss), par les proph√®tes d'abord, (verset 3) puis par Jean-Baptiste et J√©sus-Christ¬†; (versets 4-6) les serviteurs qui la poursuivent plus tard (versets 8-10) sont ses disciples.

      Les premiers invit√©s repr√©sentent le peuple d'Isra√ęl et ses chefs. Leur refus, leur m√©pris de l'invitation, et plus encore la haine violente qu'ils manifest√®rent contre le Ma√ģtre et ses serviteurs, ne justifi√®rent que trop le terrible ch√Ętiment qui vint les atteindre et la destruction de leur ville.

      Alors (verset 8) commence une √©poque toute nouvelle dans le r√®gne de Dieu¬†; son peuple s'en est montr√© indigne¬†; les serviteurs sont envoy√©s vers les nations pa√Įennes, auxquelles ils portent l'invitation, et la salle des noces se remplit. (versets 9,10) Magnifique pr√©diction de l'avenir¬†! (Romains 11.25)

      Cette transformation du r√®gne de Dieu, pr√©vue dans notre parabole, est express√©ment proclam√©e par l'ap√ītre Paul au moment o√Ļ elle s'accomplit. (Actes 13.46)

      La premi√®re partie de la parabole est dirig√©e contre les chefs du peuple juif¬†; (verset 1, note) elle √©tablit un grand contraste entre ce peuple et les pa√Įens.

      Dans la derni√®re partie (versets 11-13) la pens√©e de J√©sus se g√©n√©ralise¬†; la parabole enseigne le caract√®re int√©rieur et spirituel du royaume des cieux¬†; l'homme qui n'avait point un habit de noces repr√©sente toute la cat√©gorie de ceux qui sont ext√©rieurement entr√©s dans le royaume sans que rien ait chang√© dans les dispositions de leur cŇďur.

      L'habit de noces, c'est la justice int√©rieure, la sanctification qui s'obtient par la repentance et la foi au Sauveur. (Matthieu 5.20¬†; 6.33) Ils n'ont donc pas tort, les interpr√®tes qui voient dans cet habit de noces Christ lui-m√™me et sa justice dont le p√©cheur doit √™tre rev√™tu. (Galates 3.27¬†; Romains 3.20 et suivants¬†; comparez Esa√Įe 61.10)

      Mais la pleine r√©v√©lation de cette profonde v√©rit√© du salut √©tait encore r√©serv√©e pour le temps gui suivrait la mort r√©demptrice du Sauveur. Le terrible ch√Ętiment inflig√© √† ce malheureux convive, et qui √©tonne au premier abord, montre la culpabilit√© de ceux qui, pr√©f√©rant les haillons de leur propre justice √† la justice parfaite qui leur est offerte, refusent de soumettre leur cŇďur irr√©g√©n√©r√© √† la sanctification, sans laquelle nul ne verra le Seigneur.

      15 La lutte dans le temple. Deuxième phase

      15 à 22 Question des pharisiens et des hérodiens sur le tribut à César.

      Comparer Marc 12.13-17 ; Luc 20.20-26.

      - Il parait donc que les pharisiens, députés par le sanhédrin, (Matthieu 21.23,45) étaient présents jusqu'ici et ont entendu la parabole qui précède.

      Maintenant ils s'en vont et tout le fruit qu'ils retirent de cette instruction, c'est le dessein toujours plus arrêté de perdre Jésus. Ils veulent le surprendre en parole (grec le prendre au piège dans une parole), c'est-à-dire lui arracher par ruse quelque déclaration qui puisse le compromettre. (Matthieu 21.23, note.)

      Luc ajoute : "pour le livrer aux magistrats et à l'autorité du gouverneur."

      16 Les pharisiens envoient leurs disciples, soit parce qu'ils pensaient qu'ils exciteraient moins de défiance, soit pour ne pas se compromettre eux-mêmes dans cette tentative.

      Mais ils s'étaient concertés auparavant avec les hérodiens. Le caractère de ce parti mentionné trois fois dans les évangiles (Marc 3.6 ; 12.13) et dont Josèphe ne parle pas, est discuté.

      C'était probablement, non une secte religieuse, mais un parti politique attaché à la dynastie des Hérode, représentée alors par Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. Mais tandis que De Wette, Néander, Winer voient dans les hérodiens des partisans de la domination romaine, Keim, Bleek, Weiss les considèrent comme les représentants d'un parti national qui aspirait à voir la Palestine réunie sous le sceptre d'Hérode.

      D'après Reuss et M. Godet, les hérodiens, comme les pharisiens, revendiquaient la souveraineté nationale mais les pharisiens la voulaient contre les Romains, les hérodiens par les Romains. On comprend dès lors que ces deux partis, habituellement opposés, (Luc 13.31) se soient unis pour poser à Jésus la question du verset 17, question qu'eux-mêmes résolvaient de manière différente.

      Ces paroles de flatterie sont destinées à capter la confiance de Jésus. Par la voie de Dieu, ils entendent la vraie religion et la vraie morale, la conduite prescrite par Dieu. Et les deux phrases qui suivent signifient : "ni la crainte des hommes ni le désir d'obtenir leur faveur ne pourront t'engager à manquer à la vérité."

      17 La question est catégorique ; ce oui ou non exige une réponse claire et nette.

      Le tribut ou le cens annuel et par tête se pavait à César, c'est-à-dire à l'empereur, qui était alors Tibère.

      Les Juifs ha√Įssaient cet imp√īt, signe de leur asservissement et ils pensaient ne le devoir qu'aux chefs l√©gitimes de la th√©ocratie. Si donc J√©sus d√©cidait la question en faveur du tribut, les pharisiens n'auraient pas manqu√© d'exciter contre lui la haine et le m√©pris du peuple en le repr√©sentant comme un partisan des Romains, si, au contraire, il se pronon√ßait contre l'imp√īt les h√©rodiens auraient t√©moign√© contre lui et l'auraient fait condamner par le procureur romain, comme excitant √† la r√©volte.

      18 Ce mot sévère montre combien Jésus avait pénétré leur malice ou leur méchanceté.

      "Il se montre à eux vrai, comme ils l'avaient dit." (verset 16) Bengel.

      19 Un denier romain, monnaie dont on se servait pour payer le tribut.
      21 L'image et l'inscription que portait la monnaie qui avait cours dans le pays étaient la preuve palpable de la domination et du droit de César.

      Il fallait donc payer l'imp√īt et remplir toutes les obligations civiles du citoyen envers le souverain. Mais, d'autre part, Dieu restait le souverain de son peuple¬†; chaque √Ęme porte son image et son inscription¬†; c'est donc √† lui qu'il s'agit de rendre tout ce qui lui est d√Ľ, non seulement le tribut pour le service du temple, mais l'honneur l'adoration, le cŇďur, la vie enti√®re.

      Dans ces paroles, J√©sus n'examine point la l√©gitimit√© de la domination romaine¬†; comme Isra√©lite, il n'y a pas de doute qu'il ne d√©plor√Ęt la conqu√™te, mais il veut que son peuple consid√®re son asservissement comme un ch√Ętiment de Dieu et qu'il s'en humilie.

      Il pose donc le principe qu'un pouvoir qui existe de fait doit √™tre reconnu comme autoris√© ou permis par la Providence divine. Le chr√©tien est tenu de s'y soumettre et ne peut avoir recours √† des moyens ill√©gaux ou violents pour s'y soustraire. Mais aussi cette parole du Sauveur √©tablit la distinction la plus pr√©cise entre les deux sph√®res du temporel et du spirituel, des droits de C√©sar et des droits de Dieu. L√† o√Ļ le pouvoir a la pr√©tention d'empi√©ter sur les droits de la conscience qui sont ceux de Dieu, c'est le cas de redire avec les ap√ītres¬†: "Il faut ob√©ir √† Dieu plut√īt qu'aux hommes," (Actes 5.29)

      22 M√™me ses adversaires ne peuvent refuser leur admiration √† une r√©ponse qui d√©voilait la limpide puret√© de l'√Ęme de J√©sus, qui l'√©levait au-dessus du conflit des partis, jusqu'√† la r√©gion sereine de la v√©rit√©. On lui proposait une alternative exclusive entre deux devoirs, et il se place √† une hauteur qui les concilie dans une pleine harmonie. Aussi les adversaires s'en all√®rent sans avoir trouv√© dans la r√©ponse de J√©sus le moindre pr√©texte de l'accuser.
      23 23 à 33 Questions des saduccéens sur la résurrection.

      Comparer Marc 12.18-27 ; Luc 20.27-40.

      Ce jour-l√†¬†: √† peine J√©sus a, par sa sagesse, √©chapp√© √† un pi√®ge de ses adversaires, que d√©j√† un autre lui est tendu. Dans ces journ√©es de lutte supr√™me, l'inimiti√© des divers partis qui avaient r√©solu sa mort ne lui laissait pas de r√©pit. Tant√īt ce sont les pharisiens, tant√īt les sadduc√©ens qui s'attaquent √† lui. Sur ces deux partis politico-religieux, oppos√©s l'un √† l'autre, voir Matthieu 3.7, note.

      24 Deut√©ronome 25.5 et suivants Cette prescription l√©gale, qui avait pour but la conservation des familles et des tribus en Isra√ęl, est cit√©e ici en abr√©g√©
      28 Sur une histoire absurde, et qui était probablement de leur propre invention, les sadducéens fondent une question plus absurde encore, qui avait pour but à la fois de mettre la doctrine de la résurrection en opposition avec la loi et de la rendre ridicule. La réponse de Jésus va réduire à néant ce double dessein.
      29 L'erreur des sadducéens tenait à deux causes :

      1¬į leur ignorance des Ecritures qu'ils comprenaient mal, m√™me en les citant, et qui renferment la doctrine de la r√©surrection¬†;

      2¬į leur ignorance de la puissance de Dieu, puisque dans leurs vues charnelles et mat√©rielles de la r√©surrection, ils semblaient refuser √† Dieu le pouvoir de donner √† l'homme un "corps spirituel," glorifi√©, adapt√© √† une existence c√©leste.

      Cette dernière erreur est réfutée par le verset 30, la première par les versets 32,33. Aujourd'hui encore, toutes les objections qu'on fait à la grande doctrine de la résurrection proviennent de ces deux causes.

      30 A la r√©surrection signifie¬†: dans l'√©tat o√Ļ l'homme sera introduit par la r√©surrection. De ces deux termes se marier et √™tre pris en mariage, le premier se rapporte √† l'homme, le second, √† la femme.

      La comparaison établie entre l'homme et les anges de Dieu (le mot de Dieu manque dans B, D, I'Itala) ne signifie pas qu'il échangera la nature humaine contre la nature des anges, ni que la distinction des sexes aura cessé d'exister, mais simplement que l'homme, doué d'un corps incorruptible, (1Corinthiens 15.42-44) ne pouvant plus mourir, n'aura plus besoin que sa race soit conservée par l'institution du mariage. (Comparer Luc 20.36)

      En g√©n√©ral, toutes les relations de la terre, pour autant qu'elles auront √©t√© purement humaines, fond√©es sur "la chair et le sang qui ne peuvent h√©riter le royaume de Dieu," seront dissoutes. L'union des √Ęmes seule, fond√©e sur une foi vivante, p√©n√©tr√©e de l'amour divin, qui ne p√©rit jamais, subsistera √† toujours dans la perfection.

      32 D'après une variante, il faudrait retrancher le premier de ces mots Dieu, et traduire : "Il n'est pas le Dieu des morts." Le sens resterait exactement le même, mais il est très probable que cette suppression dans Sin. et D, n'est qu'une correction d'après Marc et Luc.

      - Interpr√©tation profonde et sublime de la parole que Dieu adressa √† Mo√Įse pr√®s du buisson ardent. (Exode 3.6)

      Quand cette parole fut prononcée, il y avait des siècles que ces patriarches étaient morts. Or l'Eternel, qui se nommait pourtant leur Dieu ne pouvait pas entendre par là qu'il était le Dieu d'un peu de poussière reposant dans un tombeau, mais le Dieu d'êtres immortels qui vivaient en lui. (Comparer Luc 20.38 ; voir aussi une pensée semblable dans Hébreux 11.16)

      On pourrait objecter que ces paroles prouvent que les patriarches √©taient encore vivants, et non qu'ils ressusciteraient au dernier jour mais l'Ecriture ignore l'id√©e pa√Įenne d'une immortalit√© ind√©pendante de la vie en Dieu et dans un √©tat d'esprit pur.

      Cette id√©e, fond√©e sur un faux spiritualisme, ne saurait √™tre l'objet de l'esp√©rance du chr√©tien qui sait par la r√©v√©lation que c'est tout son √™tre, "l'esprit l'√Ęme et le corps," qui doit √™tre rendu √† la parfaite vie. (1Thessaloniciens 5.23¬†; comparez 1Corinthiens 15.20 et suivants) A ce point de vue, seul conforme aux Ecritures, la parole divine interpr√©t√©e par J√©sus emportait l'assurance de la r√©surrection.

      33 La foule qui n'était pas imbue de préjugés, ni aveuglée par de faux systèmes, nous ne lisons pas que les sadducéens eux aussi aient été frappés de son enseignement, bien moins encore qu'ils aient été amenés à la foi.
      34 34 à 40 Question d'un légiste sur le grand commandement.

      Comparer Marc 12.28-34

      - Les pharisiens, victorieusement repoussés eux-mêmes par le Seigneur, (verset 15 et suivants) ont appris que les sadducéens ayant aussi dirigé une attaque contre lui, (verset 23 et suivants) ont eu la bouche fermée et s'en sont allés confus.

      Là-dessus ils s'assemblent de nouveau, tout heureux, sans doute, que leurs adversaires aient été confondus sur une question qui les divisait, celle de la résurrection, et de l'existence des anges.

      Aussi chargent-ils l'un d'entre eux (verset 35) d'adresser à Jésus une question moins captieuse que les précédentes. Ils ne désarment pas cependant, car l'expression employée par Matthieu implique, d'après Holtzmann et Weiss, une intention hostile : ils s'assemblent pour se conjurer, se liguer contre Jésus. Ce sont les mêmes termes que Psaumes 2.2 (Septante) et Actes 4.26

      35 Un légiste était un de ces savants, à la fois théologiens et jurisconsultes, nommés fréquemment scribes ou docteurs de la loi, pour autant qu'ils étaient appelés à enseigner. (Comparer Matthieu 23.2, note)

      D'après Marc, (Marc 12.28 et suivants) qui rapporte le dialogue d'une manière plus complète, ce légiste n'aurait pas été animé de dispositions hostiles, car Jésus porte sur lui un jugement favorable.

      L'expression pour l'éprouver n'implique du reste pas nécessairement une intention hostile. (Comparer Jean 6.6)

      Peut-√™tre les pharisiens charg√®rent-ils ce l√©giste de porter la parole, pr√©cis√©ment parce qu'il √©tait plus mod√©r√© que la plupart d'entre eux. Peut-√™tre aussi re√ßut-il de la pr√©sence et de la parole de J√©sus une impression s√©rieuse qui changea les dispositions de son cŇďur.

      36 Cette question sur l'importance relative des divers commandements de la loi était alors fréquemment débattue parmi les rabbins, mais d'une manière littérale et superficielle, comme toutes les autres questions religieuses.
      37 Deutéronome 6.5, cité librement d'après les Septante, qui toujours traduisent le nom de Jéhova, I'Eternel, par le mot de Seigneur.

      Aimer Dieu de tout son cŇďur de toute son √Ęme, de toute sa pens√©e (en h√©br. force), c'est l'aimer de toutes les puissances de l'√™tre moral¬†; de sorte que toutes les facult√©s de l'√Ęme, affections, pens√©es, volont√©, d√©sirs, soient p√©n√©tr√©es domin√©es par cet amour, qui devient ainsi le mobile unique de toutes les actions, de toute la vie.

      J√©sus ne dit pas comment l'homme, p√©cheur et √©go√Įste, parvient √† aimer ainsi. C'est √† l'Evangile tout entier et bien compris par le cŇďur, qu'il appartient de nous l'apprendre.

      38 Le texte reçu porte : le premier et le grand.

      L'ordre de ces termes, ici rétabli d'après Sin. B, D, les versions, est aussi plus conforme à la question du légiste. (verset 36)

      Ce commandement de l'amour est le grand et le premier parce qu'il renferme l'accomplissement de tous les autres et qu'il est l'essence même de la vie religieuse et morale. (Jean 14.15 ; 15.10 ; 1Jean 5.3 ; Romains 13.8-10)

      39 Lévitique 19.18. Ce commandement est semblable au premier dans son essence même, en tant que l'amour vrai du prochain n'est qu'une application de l'amour pour Dieu, un reflet de l'amour de Dieu en nous, et aussi parce que la pratique de ce commandement accomplit tous nos devoirs, toutes nos obligations envers le prochain.

      L'aimer comme soi-m√™me, c'est renverser la barri√®re qui s√©pare le moi du toi, l'√©go√Įsme, cause de toutes les divisions, transgression habituelle de ce commandement. L'homme qui aime ainsi son prochain, d√©sire son bonheur comme le sien propre et y contribue selon ses forces, comme s'il s'agissait de lui-m√™me.

      40 Grec : A ces deux commandements est suspendue...C'est-à-dire que tout ce qui est écrit dans la loi et même dans les prophètes (Matthieu 5.17, note) sur les rapports de l'homme avec Dieu et avec son prochain, tient par son essence même à ces deux commandements qui en sont la réalisation vivante.

      Par ces paroles J√©sus a r√©pondu pleinement a la question du l√©giste qui ne put que l'approuver de tout son cŇďur. (Marc 12.32)

      Cette r√©ponse est aussi tr√®s remarquable parce qu'elle montre que, d√©j√† dans l'Ancien Testament, l'amour est le fondement de toute ob√©issance. C'est l√† le point central d'union entre les deux alliances. Seulement, par l'Evangile, cet amour a √©t√© plus compl√®tement r√©v√©l√© de la part de Dieu et plus abondamment r√©alise dans le cŇďur de ses enfants.

      42 41 à 46 La question de Jésus : de qui le Christ est-il le fils ?

      Comparer Marc 12.35-37 ; Luc 20.41-44.

      - Les pharisiens s'étaient assemblés quand le légiste posa à Jésus la question précédente (versets 34,35) Le Sauveur en profite pour adresser à son tour à ses adversaires une question dont le but n'était point seulement de leur montrer leur ignorance, de les embarrasser et de les forcer au silence, (verset 46) mais de réveiller en eux, si possible, une idée plus élevée de celui qu'ils attendaient comme Messie. C'était là précisément le point essentiel sur lequel portaient toutes leurs attaques contre lui.

      Quelle est votre opinion sur le Messie que vous attendez ? De qui doit-il être le descendant, selon les prophéties ?

      Les pharisiens et le docteur de la loi répondent sans hésiter, conformément aux prophéties qu'ils connaissaient bien. Et tel est aussi l'enseignement du Nouveau Testament. (Matthieu 1.1 ; Luc 1.32,69 ; 3.31 ; Romains 1.3 ; 2Timothée 2.8)

      44 Psaumes 110.1 cité d'après les Septante, conformes à l'hébreu.

      Seulement, tandis qu'on lit dans le Psaume et dans la citation qu'en fait Luc 20.43 ces mots : "jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis pour marche-pied de tes pieds," le vrai texte de Matthieu, ici rétabli, porte sous tes pieds. Marc 12.36 cite de la même manière.

      45 Puisque David, parlant sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu (grec en esprit), donne au Messie un titre divin, et rappelle un oracle de l'Eternel qui lui a dit : Assieds-toi à ma droite, c'est-à-dire prends part à ma puissance et à la domination de l'univers, comment le Messie ne serait-il que le descendant de David selon la chair ?

      N'y a-t-il pas contradiction entre sa condition de fils de David et la qualité de Seigneur que David lui-même lui attribue ?

      Evidemment une telle question devait √©lever la pens√©e des auditeurs de J√©sus √† l'id√©e d'un Messie tout autre que le roi politique et terrestre qu'ils attendaient. Elle devait les amener √† reconna√ģtre la nature divine du Messie, proclam√©e d√©j√† par la r√©v√©lation proph√©tique. (Esa√Įe 9.5¬†; Mich√©e 5.1,3¬†; Zacharie 12.10¬†; Malachie 3.1)

      Ce n'est qu'en admettant que le Messie, descendant de David selon la chair, était selon l'esprit un être supérieur, divin, qu'ils pouvaient sortir de l'insoluble contradiction dans laquelle Jésus les acculait.

      Mais ils eussent perdu par là même tout motif de le condamner comme blasphémateur. (Jean 5.18 ; 10.33 ; Matthieu 26.63)

      Le silence qu'ils gardent (verset 46) prouve qu'ils ne surent que répondre, et peut-être un homme tel que le légiste (Marc 12.34) en prit-il occasion de réfléchir à cette importante question.

      - Ce r√©cit, soigneusement rapport√© par les trois premiers √©vang√©listes, a fourni une abondante p√Ęture √† la critique rationaliste. Elle nie que le Psaume Psaumes 110 soit de David¬†; elle nie qu'il renferme aucune proph√©tie messianique, malgr√© les th√©ologiens juifs qui l'ont toujours rapport√© au Messie, malgr√© les auteurs du Nouveau Testament, qui reconnaissent unanimement le caract√®re messianique de ce Psaume (Actes 2.34¬†; 1Corinthiens 15.25 et suivants H√©breux 1.13¬†; 10.13, etc.)¬†; malgr√© J√©sus lui-m√™me, qui, soit dans notre passage, soit au moment le plus solennel du proc√®s qui devait aboutir √† sa condamnation, (Matthieu 26.64) s'applique √† lui-m√™me la parole du psalmiste. La m√™me critique fait dire √† J√©sus pr√©cis√©ment le contraire de ce qu'il dit, pr√©tendant, par exemple, que tout son raisonnement tend √† prouver qu'il ne pouvait pas √™tre fils de David, ou que, s'il √©tait fils de David, il ne pouvait pas √™tre le Messie, etc.

      On trouvera une discussion lumineuse et la réfutation de toutes ces erreurs dans le Commentaire sur l'évangile de saint Luc de M. Godet, Luc 20.41-44.

      46 Plus, jusqu'au grand interrogatoire final. (Matthieu 26.57 et suivants)

      Ici se termine le ministère de Jésus au milieu de ses adversaires.

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