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1 Corinthiens 9

    • 1 Chapitre 9.

      1 √† 14 L'ap√ītre d√©montre son droit √† recevoir son entretien des Eglises.

      Le texte re√ßu place ces deux questions dans un ordre inverse¬†: "Ne suis-je pas ap√ītre¬†? ne suis-je pas libre¬†?" contrairement aux meilleures autorit√©s.

      - Paul venait de dire (1Corinthiens 8.13) qu'il se priverait de tout aliment qui pourrait scandaliser son fr√®re. Et pourtant il sait qu'il est libre, aussi libre que ceux qui, √† Corinthe, abusaient de leur libert√© chr√©tienne. Bien plus, il est ap√ītre. Comme ap√ītre de J√©sus-Christ, Paul avait plus encore de libert√© et d'autorit√© que tout autre¬†; s'il y renonce par charit√©, son exemple en aura d'autant plus de poids, et humiliera ceux qui s'autorisent de leurs droits pour froisser les consciences faibles. Or, c'est pr√©cis√©ment cet exemple de sa vie personnelle qu'il tient √† exposer en pr√©sence des insinuations de certains adversaires. (verset 3) Il consacre √† cela tout ce chapitre, qui n'est point un hors-d'Ňďuvre.

      Paul avait probablement vu le Seigneur avant qu'il mour√Ľt sur la croix¬†; mais ce n'est pas de ce temps qu'il parle ici, puisque ce triste privil√®ge, il l'aurait eu en commun avec les ennemis du Sauveur. (Comparer 2Corinthiens 5.16, note.)

      Il a vu le Seigneur glorifié (Actes 9.3 et suivants) qui lui est apparu en divers temps, et dont il a reçu des révélations. (Galates 1.1 ; comparez Actes 18.9,10 ; 1Corinthiens 11.23 ; 2Corinthiens 12.1 et suivants)

      Il rappelle ces faits pour justifier son caract√®re apostolique, que niaient ses adversaires en disant qu'il n'avait pas vu le Seigneur, et qu'√† cause de cela il ne pouvait pas √™tre le t√©moin de sa v√©rit√© comme les autres ap√ītres. (Verset 3.) Ainsi parlait sans doute le parti qui se r√©clamait de C√©phas. (1Corinthiens 1.12)

      Comme Eglise qu'il avait fondée, et dont les membres avaient été en grande partie amenés par lui à la foi : sceau divin posé par Dieu même sur son apostolat. (verset 2)

      - Ce mot dans le Seigneur (versets 1,2) ajoute √† la d√©monstration de l'ap√ītre quelque chose d'intime et de sacr√©. Toute son Ňďuvre √† l'√©gard des Corinthiens a eu lieu selon le Seigneur, dans sa communion, en sorte que le Seigneur lui-m√™me en est le t√©moin et le vrai auteur.

      3 Grec : "C'est là mon apologie contre ceux qui m'accusent en jugement" ou "qui font des enquêtes sur moi." Son apologie irréfutable, c'est que ses lecteurs sont son ouvrage, le sceau de son apostolat. (versets 1,2)
      4 Cette question se lie a la fois aux libert√©s qu'il a discut√©es dans le chapitre pr√©c√©dent et aux pens√©es qui suivent, c'est-√†-dire au droit qu'aurait l'ap√ītre de vivre aux d√©pens des Eglises auxquelles il avait annonc√© l'Evangile. (verset 7 et suivants)
      5 Grec¬†: "Une sŇďur femme," c'est-√†-dire une √©pouse chr√©tienne.

      Ainsi les autres ap√ītres, et sp√©cialement les fr√®res du Seigneur (Jacques le Mineur et Jude) et Pierre, les plus renomm√©s d'entre les ap√ītres, (Galates 2.9¬†; Matthieu 16.18,19) √©taient tous mari√©s, et leurs femmes les accompagnaient dans leurs voyages missionnaires.

      Si Paul, par des raisons qu'il a exposées, (1Corinthiens 7) a renoncé à l'état du mariage, il n'en revendique pas moins le droit.

      Et c'est en présence de ces faits qu'une Eg1ise établit le célibat forcé des prêtres ! C'est qu'avant cela elle avait renié l'autorité de la Parole de Dieu et ramené dans la nouvelle alliance le prêtre de l'ancienne, au détriment de la sacrificature unique et parfaite de Jésus-Christ, et au mépris du sacerdoce universel de tous les chrétiens.

      C'est le célibat obligatoire qui fait la caste, mise à la place de l'homme et du citoyen.

      6 De ne point travailler de leurs mains, √† c√īt√© de leur Ňďuvre missionnaire, afin de pourvoir √† leurs besoins, sans en charger les Eglises. (Actes 20.34¬†; 18.3¬†; 2Thessaloniciens 3.8,9)

      Il ressort de là que Barnabas suivait à cet égard la même ligne de conduite que Paul ; que ces deux serviteurs de Dieu savaient s'estimer et s'aimer, malgré le fait rapporté Actes 15.39 ; enfin, que Barnabas exerçait son ministère dans les Eglises d'Occident.

      8 L'exemple des mŇďurs et des usages des hommes que l'ap√ītre venait de citer (verset 7) pour rendre plus l√©gitime sa pens√©e, aurait pu, aux yeux de plusieurs, manquer d'autorit√©¬†; c'est pourquoi il recourt √† une plus haute autorit√©, celle de la loi.
      9 Sans aucun doute Dieu prend soin des bŇďufs et de toute cr√©ature¬†; cette loi (Deut√©ronome 25.4) le prouve aussi bien que d'autres pareilles¬†; (Deut√©ronome 22.6-10¬†; L√©vitique 22.28) mais ces lois d'une tendre providence sont moins √©crites pour les animaux (qui ne savent pas lire, remarque Luther), que pour l'homme qui doit apprendre par l√† √† √™tre humain et reconnaissant, m√™me envers les √™tres destitu√©s de raison qui le servent par leur travail¬†; combien plus envers son semblable¬†! et combien plus encore le chr√©tien envers le serviteur de Dieu, qui lui fait part des biens spirituels¬†! (versets 10,11)
      10 Une variante adoptée par M. Godet porte : "Celui qui foule doit participer à l'objet espéré."

      Les actes de labourer et de fouler ne présentent pas deux exemples parallèles, juxtaposés.

      Labourer est p√©nible¬†; mais fouler le grain, non. Ce dernier acte nous transporte au jour de la moisson, o√Ļ le bŇďuf, libre de toute museli√®re, prend sa part de la r√©compense esp√©r√©e.

      12 L'ap√ītre s'applique le principe qu'il a √©tabli abondamment, mais il lui vient √† l'esprit encore deux arguments qu'il ne veut pas omettre¬†; (versets 13,14) puis il reprend (verset 15) son application √† luim√™me.
      13 Grec : "Ceux qui s'emploient aux choses sacrées, mangent les choses du sanctuaire."

      Paul veut parler des lévites et des prêtres de l'ancienne alliance, qui n'avaient point eu de part avec les autres tribus dans la terre de la promesse ; car l'Eternel était leur part et leur héritage, et ils devaient vivre de ce qui était offert au temple. (Nombres 18.8 et suivants., Nombres 18.21-24)

      14 Cet ordre se trouve à Matthieu 10.10 ; Luc 10.7.
      15 15 à 23 Il a volontairement renoncé à ce droit.

      Grec¬†: "Mon sujet de gloire." Par o√Ļ l'ap√ītre n'entend point une gloire devant Dieu, mais devant les hommes. (Romains 4.2)

      Cette gloire, qu'il revendique en pr√©sence de l'Eglise, et qui le distinguait des autres ap√ītres, vrais ou faux, c'est qu'il annon√ßait l'Evangile gratuitement, (verset 18) et qu'il s'imposait pour cela tous les renoncements et toutes les fatigues. (versets 6-14)

      Mais est-ce pour lui qu'il recherchait cette gloire ? Nullement ; il ne veut que lever par là un des plus grands obstacles aux progrès de l'Evangile, (verset 12) et prévenir les accusations que ses adversaires n'auraient pas manqué d'élever contre lui. (Actes 20.34 ; 2Thessaloniciens 3.8,9 ; 2Corinthiens 11.7 et suivants)

      Toute cette gloire revenait donc à l'Evangile, (verset 23) c'est-à-dire à Dieu, à qui toute gloire appartient. C'est par le même motif que tout serviteur de Dieu doit tenir fortement à l'honneur de son ministère, et tout chrétien à l'honneur de sa conduite devant les hommes.

      - Par un si saint motif, l'ap√ītre d√©clare formellement, au commencement de ce verset, qu'il n'√©crit point ces choses pour qu'on lui rende le droit auquel il renonce. (Grec¬†: "pour qu'il m'arrive ainsi," c'est-√†-dire de vivre de l'Evangile, verset 14).

      19 Ces versets versets 16-19 sont destin√©s √† motiver et √† justifier la pens√©e hardie du verset 15¬†: Je dois pr√™cher l'Evangile¬†; ce n'est pas l√† le sujet sp√©cial de gloire dont j'ai parl√©, j'y suis oblig√©¬†; si je m'y refusais, je serais coupable et ingrat envers la gr√Ęce que Dieu m'a faite. (verset 16)

      Si je le fais de bon cŇďur, librement, gratuitement, j'en ai la r√©compense¬†; sinon, j'y suis oblig√© par l'appel de Dieu, je fais office d'esclave et, apr√®s avoir rempli ma t√Ęche, je n'ai aucune r√©compense √† attendre. (verset 17)

      Quelle est donc cette pr√©cieuse r√©compense √† laquelle j'aspire¬†? C'est qu'en pr√™chant gratuitement l'Evangile, je l'√©tablisse d'autant plus s√Ľrement que je renonce √† mon droit, (verset 18) et qu'en sacrifiant une libert√© l√©gitime, je gagne d'autant plus d'√Ęmes au Sauveur. (verset 19¬†; comparez versets 22,23)

      20 Le texte reçu retranche à ce verset toute cette phrase : Bien que je ne sois pas moi-même sous la loi, ici rétablie selon les meilleurs manuscrits.

      - Les Juifs et ceux qui sont sous la loi sont les m√™mes hommes, mais la premi√®re de ces expressions les d√©signe comme nation, avec ses mŇďurs, ses usages, etc.¬†; la seconde les d√©peint dans leur rapport sp√©cial avec Dieu, par le moyen de la loi.

      Pour bien comprendre que l'ap√ītre p√Ľt √™tre (Grec¬†: "devenir") comme Juif avec les Juifs, il faut se souvenir que lorsque, pour les gagner √† Christ, il prenait part √† leurs usages religieux, il ne consid√©rait point ces usages comme des "traditions humaines," mais comme des institutions saintes, √©tablies par Dieu m√™me pour pr√©parer son peuple √† l'Evangile.

      Avec la signification toute spirituelle qu'il y voyait, il pouvait s'y associer en toute sincérité, y trouver de l'édification, d'autant plus qu'il aimait tendrement son peuple et appréciait hautement ses prérogatives. (Romains 9.1-5)

      Mais pour cela, libre par l'Evangile, il ne se croyait point li√© √† la loi. Tout au contraire, le m√™me homme qui pratiquait des usages religieux avec les Juifs, (Actes 16.3¬†; 18.18¬†; 21.20 et suivants) dans le sens que nous venons d'indiquer, s'y opposait avec toute l'√©nergie de sa conviction quand il voyait des chr√©tiens juda√Įsants exiger ces actes religieux comme m√©ritoires et n√©cessaires au salut, ce qui d√©truisait la doctrine du salut par gr√Ęce. (Actes 15.1 et suivants¬†; Galates 2.4,5,13-16)

      21 Paul d√©signe les pa√Įens comme ceux qui sont sans loi, sans la loi divine r√©v√©l√©e¬†; et il n'astreignait ni lui ni eux aux usages religieux des Juifs, qui les eussent √©loign√©s. Il n'√©vitait point d'entrer en relation avec eux, et dans sa pr√©dication, il se mettait √† leur point de vue. (Actes 17)

      Cependant, comme ce mot sans loi (anomos), appliqu√© √† l'ap√ītre, pouvait √™tre mal compris, il l'explique dans une parenth√®se, dont voici la traduction litt√©rale¬†: "n'√©tant point sans loi √† Dieu, mais dans la loi √† Christ."

      Etre √† Christ, c'est bien r√©ellement √™tre dans la loi de Mo√Įse, mais la loi accomplie. (Matthieu 5.17¬†; Romains 3.31¬†; 8.4)

      22 Les faibles √©taient tous ceux qui, Juifs ou pa√Įens, attachaient de 1'importance aux choses ext√©rieures et temporaires, en mati√®re de religion, en particulier ceux dont il a plaid√© la cause au chapitre pr√©c√©dent. (verset 7 et suivants)

      Paul, afin de les sauver en les amenant à Jésus-Christ, ne commençait point par heurter leurs préjugés, mais les supportait avec la tolérance de la charité en tout ce qui n'était pas incompatible avec la vérité. Ce principe est admirable, mais il est facile d'en abuser en l'appliquant mal.

      Grec¬†: "Afin, en toute mani√®re, absolument, d'en sauver quelques-uns." Ardent amour des √Ęmes¬†!

      23 23 à 33 Il faut s'abstenir même des choses permises, par égard pour les faibles.

      Ce dernier mot est le meilleur commentaire de ce qui pr√©c√®de, (versets 15-22) et sert de transition aux versets suivants. Se soumettre ainsi aux renoncements de la charit√©, ou, au contraire, revendiquer avec raideur son droit et ses libert√©s, n'est point une chose indiff√©rente qui ne d√©pende que de l'arbitraire de chacun¬†; mais c'est la condition indispensable pour servir la cause de l'Evangile et avoir part soi-m√™me aux gr√Ęces qu'il renferme. (Comparer versets 24-27)

      25 Ce n'est donc pas seulement pour d'autres, et par charité envers les faibles, que le chrétien doit savoir renoncer à ses privilèges les plus légitimes, à ses droits, à sa liberté, mais pour lui-même, pour son propre salut.

      Afin de rendre plus √©vidente cette s√©rieuse pens√©e, l'ap√ītre l'exprime par deux images qui √©taient aussi famili√®res √† ses lecteurs qu'elles le sont peu √† nos mŇďurs actuelles.

      Dans toutes les villes de la Gr√®ce, particuli√®rement √† Corinthe, il y avait une ar√®ne publique o√Ļ s'ex√©cutaient des courses et divers combats, dans lesquels saint Paul voit une image de la vie chr√©tienne. Ici, le prix, la couronne √† remporter par le vainqueur, c'est la vie √©ternelle. (Comparer Philippiens 3.12-14¬†; 2Timoth√©e 2.5¬†; 4.8)

      Paul fait remarquer que dans l'arène un seul remporte le prix : c'est qu'il y a "beaucoup d'appelés et peu d'élus." (Matthieu 7.13,14 ; Luc 13.24 ; Matthieu 20.16 ; 22.14 ; 2Thessaloniciens 3.2)

      De là, la nécessité d'imiter ces combattants qui s'abstenaient de tout ce qui aurait pu rendre leur corps lourd ou faible, et retarder leur course.

      26 Dans la course, l'athlète a un but qui est clair devant lui, auquel il sacrifie tout ; dans le combat, il ne perd jamais de vue son adversaire sur lequel tombent ses coups, sans quoi il frapperait l'air, dans le vide.

      L'application de ces images se présente d'elle-même à tous les esprits.

      27 Le premier de ces mots signifie (dans le langage des athlètes) frapper à la figure ; le second, conduire en esclavage, subjuguer.

      En s'appliquant l'image, l'ap√ītre voit donc ici son adversaire dans son propre corps, dans une libert√© charnelle qu'il tient assujettie. (Romains 8.13¬†; 1Pierre 2.11)

      "Il ne veut pas plaider la cause d'un faux asc√©tisme qu'il condamne lui-m√™me, (Colossiens 2.23) mais bien dompter une ind√©pendance licencieuse, et exhorter les Corinthiens √† crucifier la chair et ses convoitises (Galates 5.13-24) dans un esprit vraiment chr√©tien. Nous pouvons donc admettre que Paul jugeait qu'il ne lui e√Ľt pas √©t√© bon d'abandonner son m√©tier manuel pour ne se livrer qu'√† sa vocation apostolique, sans pourtant vouloir faire de sa conduite une loi pour d'autres. Cette position de son choix (tout en ayant le droit d'en agir autrement, verset 6), montre une grande d√©licatesse de conscience, beaucoup de s√©v√©rit√© pour lui-m√™me, unie √† beaucoup de tol√©rance pour les autres." Olshausen.

      Avoir longtemps annonc√© √† d'autres le salut, et s'en voir finalement soi-m√™me exclu, ce serait √™tre victime de l'illusion la plus funeste. Voil√† pourquoi l'ap√ītre renonce plut√īt aux droits et aux libert√©s que l'Evangile lui accorde.

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