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2 Corinthiens 5

    • 1 Chapitre 5.

      1 à 10 Pourquoi nous avons toujours confiance.

      Par cette particule, l'ap√ītre lie intimement les pens√©es qui suivent √† celles qui pr√©c√®dent. Il a parl√© (2Corinthiens 4.17,18) de la gloire √©ternelle vers laquelle le croyant s'avance au travers de ses combats et de ses douleurs, "regardant non aux choses visibles, qui ne sont que pour un temps, mais aux invisibles, qui sont √©ternelles."

      Maintenant, pour faire ressortir mieux encore l'immense consolation d'une telle espérance, Paul proclame la certitude de la résurrection et de la vie éternelle ; bien plus, il rappelle que souvent le chrétien soupire après cette pleine délivrance. (versets 1-4)

      Voici la traduction littérale de ce verset : "Car nous savons que si notre maison terrestre de cette tente est délice (ou se dissout), nous avons de la part de Dieu une demeure, une maison qui n'est pas faite par la main (des hommes), éternelle, dans les cieux."

      - Ce corps mortel (versets 6,8) est donc comparé à la tente du voyageur dans le désert ; la tente est déliée au signal du départ. (Comparer 2Pierre 1.13,14)

      Qu'est-ce que l'ap√ītre oppose √† cette fragile demeure¬†? Le corps glorifi√©, mais encore sous une image¬†: la tente du d√©sert, qui abrita les Isra√©lites dans leur voyage, rappelle √† Paul une autre tente, le tabernacle, demeure de Dieu, o√Ļ il manifestait sa pr√©sence et sa gloire¬†; or, c'est l'antitype de ce sanctuaire, c'est la demeure r√©elle de Dieu, maison que la main des hommes n'a pas construite, (H√©breux 9.24) √©ternelle, dans les cieux, c'est cette demeure permanente, glorieuse, que l'ap√ītre oppose √† notre tente actuelle, sans en pr√©ciser davantage la nature. Les versets suivants, dans lesquels il maintient constamment les m√™mes images, rendent sa pens√©e toujours plus claire.

      - Ce qui fait l'ineffable consolation du chr√©tien, dans ses √©preuves et √† l'heure de la mort, ce n'est pas seulement le contraste de ces deux demeures, l'une terrestre et mis√©rable, l'autre c√©leste et glorieuse¬†; mais encore la certitude d'√™tre bient√īt rev√™tu de cette derni√®re. Nous savons, dit Paul, et encore, nous avons, d√®s maintenant, par notre foi.

      Cette science n'√©mane pas de l'esprit humain, mais de la r√©v√©lation du Saint-Esprit¬†; elle n'est donc le partage que des fid√®les. Les pa√Įens aussi ont eu l'id√©e d'une immortalit√© de l'√Ęme¬†; mais aucun d'eux n'en a eu la certitude, aucun n'a pu en parler comme d'une chose connue. Les croyants seuls peuvent tenir ce langage, parce qu'ils ont pour eux le t√©moignage de la Parole et de l'Esprit de Dieu.

      2 C'est-à-dire à cause de cette assurance même et du grand contraste entre les deux demeures.

      - Cette traduction est grammaticalement possible¬†; mais un grand nombre de bons interpr√®tes rendent ainsi la pens√©e de l'ap√ītre¬†: "Car aussi dans celle-ci (cette tente, ce corps) nous g√©missons, d√©sirant..." Ce sens est tout √† fait en harmonie avec verset 4.

      Grec : "D'être survêtus de notre demeure du ciel," du corps spirituel. La même pensée se retrouve, en d'autres termes. (1Corinthiens 15.53)

      D'une part, ce saint désir, de l'autre, les misères de notre habitation actuelle, sont la cause de ces gémissements (ou soupirs), de cette aspiration à la glorification de tout notre être.

      3 Pour que tous ne se livrent pas à la sécurité à cause du simple fait de la résurrection, il ajoute : si toutefois nous sommes revêtus, c'est-à-dire, revêtus d'immortalité, du corps incorruptible, et non dépouillés de la gloire et de la félicité.

      "Car la r√©surrection est commune √† tous, mais non pas la gloire, puisque les uns ressusciteront en gloire, les autres en d√©shonneur¬†: les uns pour r√©gner, les autres pour souffrir le ch√Ętiment." (Jean 5.29¬†; Daniel 12.2) Chrysost√īme.

      Mais, afin que les chr√©tiens puissent profiter de ce s√©rieux avertissement, il faut qu'ils sachent ce qui leur garantit ce v√™tement glorieux, ou plut√īt en quoi il consiste, car c'est notre √©tat moral sur la terre qui d√©termine notre √©tat au jour du jugement¬†; disons mieux, ce ne sont pas l√† deux √©tats, mais une seule et m√™me chose, se prolongeant de la vie pr√©sente √† la vie future.

      Or, ce que c'est qu'√™tre rev√™tus et de quoi nous devons l'√™tre, c'est ce qu'une foule de d√©clarations de l'Ecriture nous disent clairement¬†: c'est le manteau de la justice du Sauveur¬†; (Esa√Įe 61.10) l'habit de noce, la saintet√©¬†; (Matthieu 22.11) Christ lui-m√™me¬†; (Galates 3.27) le nouvel homme, "Christ en nous, l'esp√©rance de la gloire." (Eph√©siens 4.24¬†; Colossiens 1.27¬†; comparez encore Apocalypse 3.18¬†; 16.15)

      Sans ce vêtement de justice, de sainteté, qui est la vie et la gloire même, qu'aurions-nous à espérer de la résurrection et de l'immortalité ?

      Le sens que nous donnons à ces paroles est celui qu'adoptent plusieurs pères de l'Eglise, Calvin et divers exégètes modernes.

      D'autres, pressant outre mesure le contexte, les expliquent ainsi : Si, à la venue de Christ, nous sommes trouvés revêtus d'un corps, non pas nus, sans corps ; et ils entendent par là, les uns, le corps actuel, parce que, selon eux, Paul s'attendait à être transformé ; (1Corinthiens 15.51) les autres le corps ressuscité ; d'autres enfin, le corps glorifié.

      Il est vrai que ces m√™mes commentateurs entendent la particule si toutefois, non comme une restriction dubitative, mais comme une affirmation¬†: puisque (une variante √† ce mot) nous serons trouv√©s v√™tus, non pas nus, sans corps, comme des esprits purs. Et c'est √† cela que se r√©duirait la pens√©e de l'ap√ītre¬†? Il semble que la grammaire et le bon sens auraient d√Ľ pr√©venir ces savantes r√™veries et d'autres encore, auxquelles ce passage a donn√© lieu.

      4 C'est là le gémissement de la création tout entière opprimée par le poids du péché et des misères qu'il a enfantées ; (Romains 8.18-22) le chrétien lui-même y prend part, parce qu'il n'est sauvé qu'en espérance et qu'il y a pour lui ici-bas des épreuves spéciales auxquelles l'homme du monde est étranger.

      - Ainsi, ajoute Paul, nous souhaitons (Grec : "nous voulons") non d'être dépouillés de ce corps, car la mort en elle-même est horrible, le salaire du péché ; mais nous souhaitons d'être revêtus de notre demeure spirituelle, du corps glorifié ; (verset 2) car, par là, la "mort est un gain," (Philippiens 1.21) puisque ce qui est mortel est absorbé par la vie.

      - Le sens si naturel et si simple de ces paroles, expression de ce qu'éprouvent les chrétiens de tous les temps, est restreint et faussé par une interprétation selon laquelle Paul aurait exprimé, pour lui-même et pour ses lecteurs, le désir, l'espérance de ne point passer par la mort, mais d'être trouvé vivant au prochain retour de Christ. Ainsi, il serait transformé et revêtu du corps céleste sans être dépouillé en aucune manière. C'est, on l'a vu, la même explication donnée à verset 3.

      5 Ce n'est donc pas par le cours naturel des choses que l'homme parvient à cette vivante espérance de la gloire ; il doit être formé pour cela par la sanctification de l'Esprit, qui est pour lui les arrhes, le garant de son espérance. (2Corinthiens 1.22, note.)
      9 Quoique le chrétien ici-bas gémisse et soit chargé, quoiqu'il soupire après la délivrance, (versets 2-4) il ne vit pas pour cela dans un état de découragement. Son assurance de la vie éternelle, (verset 1) entretenue en lui par l'Esprit de Dieu qui le forme sur la terre pour le ciel (verset 5) soutient et ranime son courage.

      De l√†, la conclusion de l'ap√ītre, deux fois r√©p√©t√©e en ces versets¬†: (versets 6-8) Nous sommes donc remplis de confiance. Cette confiance subsiste, bien que nous sachions qu'aussi longtemps que nous habitons dans ce corps, nous sommes absents (Grec¬†: "√† l'√©tranger") du Seigneur¬†; (verset 6) elle subsiste, bien que nous marchions par la foi et non encore par la vue¬†; (verset 7) elle subsiste, malgr√© notre d√©sir ou plut√īt √† cause du d√©sir d'√©migrer de ce corps pour √™tre (Grec¬†: "√† la maison, dans la patrie") aupr√®s du Seigneur. (verset 8)

      Et, soumis √† la volont√© de Dieu pour le temps que nous devons demeurer ici, ou pour le moment o√Ļ nous pourrons √©migrer, la seule chose n√©cessaire, l'objet de nos efforts, c'est que nous lui soyons agr√©ables. (verset 9)

      - Tel est l'ordre de ces grandes et saintes pensées. Les deux termes du contraste qui les remplit, c'est l'absence ou la présence du Seigneur, la foi ou la vue. Non seulement, tant que le premier état dure, le chrétien est aux prises avec la souffrance et le péché, mais sa connaissance reste imparfaite. (1Corinthiens 13.12)

      Ce voile de la chair obscurcit la vue qu'il a de Dieu, trouble sa communion avec le ciel, et il ne reste au croyant que sa foi pour voir l'invisible et triompher dans la lutte. (Comparer Romains 8.24, note ; 2Corinthiens 4.18, note.) Mais cela lui suffit : "Nous sommes remplis de confiance," même en marchant par la foi seule. La foi est une lumière qui pénètre au delà des bornes étroites du monde et du temps.

      C'est par l√† m√™me qu'elle tend avec un ardent d√©sir vers le moment o√Ļ elle sera transform√©e en vue, et o√Ļ la communion du rachet√© de Christ avec son Dieu et son Sauveur sera parfaite. Rien de plus sanctifiant que cette disposition¬†: comment d√©sirer de voir le Seigneur tel qu'il est pour lui √™tre semblable, (1Jean 3.2) sans s'efforcer d√®s ici-bas de lui √™tre agr√©able¬†?

      10 Grec : "Par le corps," qui est l'instrument de nos actions.

      - Ce jugement √† subir, qui para√ģt √™tre en contradiction avec Jean 3.18¬†; 5.24, non moins qu'avec la glorieuse assurance exprim√©e dans les premiers versets de ce chapitre, n'en reste pas moins universel, m√™me pour les croyants.

      Pour eux, à la vérité, l'assurance de la vie éternelle subsiste, puisqu'ils la possèdent en eux dès ce monde, et que celui qui siégera comme juge est leur Sauveur ; mais, d'une part, leur jugement, à eux, sera la reconnaissance, la proclamation glorieuse de leur salut, et, d'autre part, cet acte solennel reste comme un redoutable avertissement contre toute fausse sécurité et toute espérance mal fondée.

      La plus complète assurance n'est pas incompatible avec la crainte et le tremblement (Philippiens 2.12) qui poussent le chrétien à affermir sa vocation et son élection. (2Pierre 1.10) Aussi verset 10 donne-t-il la raison (car) pour laquelle "nous nous efforçons de lui être agréables." (verset 9)

      11 11 à 21 Sincérité et grandeur du ministère de la réconciliation.

      Grec¬†: "Nous sommes manifest√©s √† Dieu (qui conna√ģt nos cŇďurs)¬†; j'esp√®re que nous sommes aussi manifest√©s dans vos consciences."

      - La crainte du Seigneur, que la pens√©e du jugement (verset 10) est si propre √† r√©veiller dans les √Ęmes, inspire √† l'ap√ītre les s√©rieuses pens√©es qui suivent, sur la mani√®re dont il remplit son minist√®re¬†: toujours sous le regard de Dieu, qui sonde les cŇďurs, il s'efforce de gagner les hommes par la persuasion, de les convaincre par la douceur. Et il donne comme double garant de sa sinc√©rit√© le t√©moignage de Dieu, √† qui tout est connu, et le t√©moignage des consciences, qui, il l'esp√®re, ne saurait lui √™tre refus√©.

      12 Grec¬†: "Du visage et non du cŇďur."

      - En parlant de lui, Paul n'entend point se recommander à ses frères, (2Corinthiens 3.1 et suivants) il ne le croit pas nécessaire ; (verset 11) mais c'est afin de leur donner occasion de présenter à d'autres sa personne et son ministère sous leur vrai jour, et de se glorifier de son apostolat auprès de ceux qui le méconnaissent.

      Qui a-t-il en vue¬†? Les faux docteurs qui portent, eux, leur gloire "sur leur visage," dans des apparences trompeuses, dans ce que les hommes voient, et non dans ce cŇďur dont Dieu seul sonde les secrets.

      13 Paul, dans l'effusion de son cŇďur, √† laquelle il donne essor dans toute la seconde partie de ce chapitre, met √† nu devant ses fr√®res tout son √™tre et tout son minist√®re, avec les motifs qui l'inspirent

      Quel est le sens de verset 13¬†? Comme l'ap√ītre parle ici de ses adversaires, (verset 12) la plupart des interpr√®tes (Calvin, Olshausen, Gerlach) pensent qu'il se met √† leur point de vue, afin d'expliquer les jugements divers qu'ils portent de lui, de son minist√®re, et de la mani√®re dont il en par lait, se louant lui-m√™me etc. "Les uns disent que j'ai √©t√© hors de sens, extravagant dans les √©lans de mon z√®le, dans l'opinion que j'ai de moi¬†; eh bien¬†! c'√©tait pour Dieu, non pour ma propre gloire, ou par de mauvais motifs. Les autres disent que j'ai √©t√© mod√©r√©, de sens rassis¬†; eh bien¬†! c'√©tait par condescendance, par amour pour vous." Cette interpr√©tation nous para√ģt recherch√©e et peu motiv√©e. Il est plus simple et plus naturel d'admettre que Paul parle √† son propre point de vue.

      Il a dit aux Corinthiens (verset 11) qu'il est manifesté dans leur conscience, que tout son ministère est dévoilé devant eux, qu'il ne dit point cela pour se recommander à eux, mais afin qu'ils aient occasion de le faire envisager ainsi à ses adversaires, aux faux docteurs : (verset 12) puis, pour exposer plus complètement encore les motifs de son action en ces différents moments, il ajoute : "Si je vous ai paru dépasser toutes les bornes en fait de zèle, de sévérité, c'était en vue de Dieu, pour la gloire duquel on ne peut jamais assez se dévouer ; si j'ai été doux, modéré, me faisant tout à tous, c'était par condescendance et par amour pour vous."

      Tout s'explique par l'amour de Christ qui nous presse (verset 14) Luther, qui entend ainsi ce passage, traduit : "Faisons-nous trop ? nous le faisons pour Dieu ; sommes-nous modérés ? nous le sommes pour vous ;" et il commente : "Sommes-nous sévères (tranchants) avec les gens ? nous servons pourtant Dieu en cela ; si nous nous comportons doucement et modérément envers eux, c'est pour leur rendre service, afin que, partout, tout soit juste et bien fait."

      Au reste, dans les deux interprétations, le sens pratique reste le même. "Je suis prêt à parler et prêt à me taire, selon que le requerra la gloire de Dieu et le bien de l'Eglise. Je souffrirai volontiers d'être jugé insensé par le monde, pourvu que je sois insensé pour Dieu et non pour moi." Calvin.

      "Ce passage, ajoute le réformateur, n'est pas seulement digne d'attention, mais d'une méditation assidue ; à moins que nous ne soyons animés du même esprit, les moindres achoppements ne tarderont pas à nous détourner du devoir."

      14 La charit√©, l'amour de Christ, c'est, non pas notre amour pour lui, mais son amour pour nous¬†; (ainsi Romains 5.5¬†; 8.39) cet amour dont il nous a aim√©s le premier, qu'il r√©pand dans nos cŇďurs par son Saint-Esprit, et qui nous unit √©troitement √† nos fr√®res, nous donnant la force d'accomplir tous les sacrifices pour eux. C'est l√† la vraie explication et la preuve (car) du verset pr√©c√®dent.

      Cet amour nous presse (Grec¬†: "nous tient li√©s, nous domine"), dit l'ap√ītre, surtout par la plus √©mouvante manifestation que Christ nous en a donn√©e¬†: il est mort pour tous¬†; donc tous sont morts.

      Dans un sens, on pourrait trouver cette conclusion en contradiction avec la doctrine scripturaire que, puisque Christ a souffert la mort pour nous, nous ne devons plus y être assujettis. La réponse à cette objection se trouve complète dans Romains 6.1-11 ; 7.1-6, notes.

      Précisément par sa mort pour nous, Christ a rendu possible que nous ne mourions pas dans une condamnation éternelle, mais que le vieil homme meure en nous, ou que nous mourions à nous-mêmes pour que Christ vive en nous. En Christ, la mort fut en même temps le crucifiement de toute volonté propre, il se donna tout entier à l'obéissance qu'il avait vouée à Dieu son Père ; (Matthieu 26.36 et suivants) c'est pour cela que son sacrifice fut accepté et que sa sainte vie triompha de la mort.

      Maintenant, unis à lui par une foi vivante, les membres de Christ voient s'accomplir en eux les mêmes expériences que leur Chef a faites, et ainsi sa mort devient, par sa puissance, la mort de tous.

      15 Ce verset explique et complète le précèdent.

      Ceux qui sont morts, (verset 14) qui sont affranchis de l'empire de l'√©go√Įsme et du p√©ch√©, sont les seuls qui vivent v√©ritablement. Or, quoi de plus naturel pour eux que de consacrer cette vie nouvelle √† Celui de qui ils l'ont re√ßue, et qui leur a donn√© la sienne¬†? Paul ajoute un nouveau bienfait de leur Sauveur¬†: sa r√©surrection pour eux, parce que c'est la puissance de sa r√©surrection qui est la source de leur vie. (Romains 14.7,8¬†; Galates 2.20)

      16 Afin de rendre d'une mani√®re plus frappante le renouvellement complet de ceux qui, morts √† eux-m√™mes, ne vivent plus que pour Christ qui les a sauv√©s, l'ap√ītre exprime ce fait sous deux formes qui ont quelque chose d'absolu¬†: il ne les conna√ģt plus selon la chair, et ils sont de nouvelles cr√©atures. (verset 17)

      Conna√ģtre quelqu'un selon la chair, c'est le conna√ģtre dans sa vie naturelle, selon sa position ext√©rieure, riche ou pauvre, savant ou ignorant, Juif ou Grec (voir sur le sens du mot chair Romains 1.3, note)¬†; tout cela a disparu aux yeux du chr√©tien¬†; il ne conna√ģt, ne cherche, n'aime dans ses fr√®res que la vie nouvelle et les fruits qu'elle porte.

      - Afin de donner plus d'√©nergie encore √† cette pens√©e, l'ap√ītre l'applique √† Christ lui-m√™me. On pourrait conclure de ces paroles que Paul avait connu J√©sus durant sa vie terrestre, mais d'une mani√®re tout ext√©rieure¬†: il ne le conna√ģt plus ainsi. Quel profit en aurait-il¬†? Des milliers d'hommes, m√™me les ennemis et les juges de J√©sus-Christ, le connurent de cette mani√®re, sans en retirer aucune b√©n√©diction.

      Sans doute "confesser Jésus-Christ venu en chair" (1Jean 4.2,3) est bien une connaissance salutaire du Sauveur, mais c'est parce que le "Dieu manifesté en chair" a été aussi "glorifié en Esprit," (1Timothée 3.16) et parce que Celui qui est "fils de David selon la chair," a été "déclaré Fils de Dieu avec puissance, par sa résurrection d'entre les morts." (Romains 1.4)

      Ainsi celui qui conna√ģt J√©sus-Christ "mort pour nos offenses" ne le conna√ģt pas selon la chair, parce qu'il l'adore "ressuscit√© pour notre justification." Ces deux phases de la vie de Christ sont ins√©parables, et les paroles de l'ap√ītre se trouvent en parfait accord avec 1Corinthiens 2.2.

      - Il y a peut-√™tre aussi dans les paroles de l'ap√ītre une intention de pol√©mique contre ses adversaires juda√Įsants de Corinthe qui se glorifiaient de leurs relations personnelles avec Christ ou qui √©levaient les autres ap√ītres audessus de Paul, parce qu'ils avaient connu Christ et avaient v√©cu dans son intimit√©.

      17 On peut traduire par : nouvelle création, aussi bien que par : nouvelle créature, le mot grec ayant les deux sens.

      Peut-√™tre l'ap√ītre a-t-il pr√©sente √† la pens√©e la promesse de Dieu (Esa√Įe 43.18,19¬†; 65.17¬†; comparez pour la compl√®te r√©alisation de cette promesse, Apocalypse 21.1-5)¬†; et il voit d√®s maintenant cette cr√©ation nouvelle int√©rieurement accomplie en chaque croyant.

      Il y a, effectivement, dans chaque chrétien une seconde création, il est une nouvelle créature. Sa vie naturelle, sur laquelle régnait le péché, a péri, (verset 14) Dieu a créé en lui, par son Esprit, une vie nouvelle, dont toutes les manifestations sont opposées à celles du vieil homme, pensées, affections, désirs, besoins, joies et peines, craintes et espérances.

      Virtuellement, l'ap√ītre peut donc dire que toutes choses ont √©t√© faites nouvelles¬†; car l'Ňďuvre de Dieu, une fois commenc√©e, n'a d'autre terme que la perfection. (Philippiens 1.6¬†; Eph√©siens 2.10¬†; Galates 6.15)

      - Mais pour tout cela il faut être en Christ, c'est-à-dire dans une communion vivante, intime avec lui.

      18 Cette vie nouvelle, ses fruits, tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, est un don gratuit de Dieu. Et le moyen par lequel il nous a ouvert cette in√©puisable source de gr√Ęces, c'est la r√©conciliation que lui-m√™me a accomplie en Christ. (versets 18-21)
      19 Le verset verset 19 explique et prouve (car) le verset 18 "Tout cela vient de Dieu qui nous a r√©concili√©s, car Dieu a accompli en Christ l'Ňďuvre de la r√©conciliation." (Voir sur le sens de ce mot Romains 5.10, note.)

      - Dieu √©tait en Christ r√©conciliant le monde avec lui-m√™me, exprime √† la fois la pl√©nitude de la divinit√© dans le M√©diateur et l'action souveraine de Dieu dans l'Ňďuvre de la r√©conciliation.

      C'est ainsi que se rencontrent deux interpr√©tations oppos√©es¬†: l'une qui fait de ces mots¬†: Dieu √©tait en Christ une premi√®re pens√©e, et de ceux-ci¬†: r√©conciliant le monde une seconde¬†; l'autre qui unit les deux phrases en une seule id√©e¬†: Dieu √©tait r√©conciliant en Christ, ou comme traduit M. Rilliet¬†: "Dieu r√©conciliait en Christ." Par l√†, la premi√®re pens√©e de l'ap√ītre dispara√ģt tout √† fait. Or il faut les conserver l'une et l'autre en les unissant.

      - De quelle mani√®re se trouve r√©alis√©e l'action divine de la r√©conciliation en Christ¬†? D'ordinaire on r√©pond¬†: en sa mort¬†; et cette r√©ponse est pleinement justifi√©e par le verset 21, o√Ļ l'ap√ītre s'explique clairement, aussi bien que par tout le Nouveau Testament, qui attribue le pardon des p√©ch√©s et la r√©conciliation au sacrifice de la croix. (Voir Romains 3.23-25, notes.)

      Mais pour que cette id√©e soit vraie et compl√®te, il faut voir plus encore dans les paroles de l'ap√ītre¬†: la r√©conciliation de l'homme avec Dieu, de Dieu avec l'homme, a eu lieu tout d'abord dans la personne m√™me de Christ, homme et Dieu¬†: Dieu √©tait en Christ r√©conciliant le monde. Et ce n'est qu'ainsi que la mort de J√©sus, chef et repr√©sentant de notre humanit√©, a eu toute son efficace de r√©conciliation aupr√®s de Dieu et de l'homme.

      Maintenant, les deux actes divins qui suivent sont, non pas coordonnés, mais subordonnés à ce premier :

      1¬į Ne leur imputant point leurs offenses (leurs chutes), c'est-√†-dire les leur pardonnant, acte divin par lequel la r√©conciliation se r√©alise, de la part de Dieu qui rend tout son amour √† des "enfants de col√®re," (Eph√©siens 2.3) et de la part de l'homme, gagn√©, attir√© par le pardon et l'amour.

      2¬į Et ayant mis en nous (ap√ītres) la parole de la r√©conciliation (verset 18, le minist√®re, ou "service" de la r√©conciliation), c'est-√†-dire que Dieu lui-m√™me a pourvu, par l'institution de l'apostolat, √† ce que cette r√©conciliation f√Ľt annonc√©e au monde. De l√† les paroles du verset 20.

      - Il faut remarquer encore que ce que Dieu a réconcilié en Christ, c'est le monde, notre humanité tout entière. (1Jean 2.2) Tel est le dessein de la miséricorde divine. Paul ne dit point ici comment il se réalise envers les uns, tandis que d'autres le rendent inutile à leur égard.

      20 Grec : "C'est donc pour Christ (à sa place, en son nom) que nous faisons la fonction d'ambassadeurs," auprès des hommes pécheurs.

      Parce que c'est lui qui a mis en nous la parole de la réconciliation. (verset 19)

      De la part de Dieu, la réconciliation est virtuellement faite, il vous l'offre, ne la rendez pas vaine, impossible, par votre endurcissement, votre inimitié. (Romains 5.10)

      21 Ce dernier verset d√©signe l'acte divin qui est la cause efficiente (car) de la r√©conciliation dont parle l'ap√ītre. (versets 18-21) Celui qui jamais n'eut rien de commun avec le p√©ch√©, dont la vie resta toujours pure et sainte, "Dieu l'a fait p√©ch√© pour nous," c'est-√†dire, a vu et puni en lui le p√©ch√©. (Romains 8.3¬†; Galates 3.13¬†; comparez, sur l'expiation, Romains 3.23-25, notes.) Dieu ne l'a pas "trait√© comme un p√©cheur," comme un membre de la race d√©chue d'Adam, ainsi que le dit la paraphrase d'Ostervald, mais il a fait que le p√©ch√©, le p√©ch√© de tous (pour nous) f√Ľt sur lui, en pr√©sence du jugement divin. "Il a fait venir sur lui l'iniquit√© de nous tous." (Esa√Įe 53.6¬†; comparez Romains 8.3)

      Quiconque maintenant est uni à lui, un avec lui par une foi vivante, en un mot, quiconque est en lui, devient justice de Dieu, (Romains 1.17, note) en est revêtu, pénétré, de sorte que cette justice, d'abord imputée comme une justification, (Romains 4) devient notre nature morale, l'essence même de notre être le plus intime. En d'autres termes, Christ est devant Dieu ce que nous sommes, identifié avec le péché ; et nous devenons ce qu'il est, identifiés avec la justice parfaite de Dieu.

      - Par cet enseignement de l'ap√ītre se trouve suffisamment r√©fut√©e l'opinion qu'on a voulu fonder sur ces versets, que la r√©conciliation est un acte qui n'aurait lieu que de la part de l'homme envers Dieu, attendu que Dieu, tout amour et mis√©ricorde pour le p√©cheur, n'a pas besoin d'√™tre r√©concili√© avec le p√©cheur. C'est l√† une pure n√©gation de la justice de Dieu, c'est lui attribuer l'indiff√©rence √† l'√©gard du p√©ch√©. Sans doute Dieu nous a r√©concilies avec lui, (verset 18) mais c'est par l'Ňďuvre de Christ, en qui Dieu √©tait lui-m√™me, c'est en n'imputant point le p√©ch√©, (verset 19) parce que ce p√©ch√© √©tait expi√© √† ses yeux. (verset 21)

      "Ce n'est que dans ce sens que l'on peut concevoir la r√©conciliation comme un acte pour la promulgation duquel un minist√®re est √©tabli dans l'√©conomie nouvelle. (versets 19,20) Si la r√©conciliation n'avait lieu que du c√īt√© de l'homme, on ne pourrait pr√™cher autre chose sinon que Dieu a r√©v√©l√© son amour, en vertu de quoi la r√©conciliation est possible. Mais l'Eglise a, d√®s l'origine, pr√™ch√© que la r√©conciliation a √©t√© accomplie sur Golgotha, et ce n'est qu'en vertu de ce fait que la pr√©dication a la force de consoler et de r√©g√©n√©rer." Olshausen.

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