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Dictionnaire Biblique de Top Bible

PROPHÈTE 7.

VII La prophétie messianique,

« Pour une part le yahvisme a préparé la ruine des petits États où Yahvé était adoré ; on peut faire valoir à sa décharge que ces petits royaumes ne pouvaient manquer de périr, comme leurs voisins de Damas, de Hamath et de Sidon, et que les prophètes ont assuré la perpétuité d'Israël par sa religion » (Loisy, Relig. Isr., p. 147). Voilà qui est fort justement observé. Mais le fait de cette perpétuité unique ne peut être expliqué par la critique rationaliste dont Loisy est le champion français le plus autorisé. Il faut en chercher l'explication dans les textes eux-mêmes.

Un trait caractéristique de la littérature prophétique depuis le IX e et suivant. jusqu'à l'ère nouvelle inaugurée par le Messie, c'est que, de façon constante, lorsqu'elle a raconté une déception, une catastrophe, elle annonce une bénédiction, un relèvement. La fatalité, chez elle, ne joue aucun rôle, non plus que les hasards parmi lesquels les autres peuples accomplissent leur destin. Comme ces prophéties messianiques, marquant chez les tribus de Jacob la ferme assurance que Dieu poursuit par elles un plan qui se développe, aboutissent à la vie de Jésus, qui fut, dans la réalité des faits, la plus grande infortune humaine suivie de la plus grande bénédiction dont ait bénéficié l'humanité, on ne saurait les considérer comme un genre littéraire ni comme une forme de l'illuminisme. Elles nous mettent en présence d'un phénomène à la fois historique et psychologique qui demande à être étudié en lui-même. Il est vrai que la critique la plus en vogue aujourd'hui s'applique à réduire leur importance et propose pour chacune d'elles une explication qui s'efforce de les accommoder l'une après l'autre et séparément au cadre naturel des événements. Mais l'ingéniosité, dans plus d'un cas, l'emporte sur la vraisemblance, et l'on ne voit pas ce que la science gagne à cette dislocation. Que l'on aborde l'étude critique d'une page de la Bible avec l'a priori de la libre intervention de Dieu dans l'histoire ou avec l'a priori du déterminisme historique, c'est toujours l'a priori. Les découvertes de la science humaine ne peuvent nous dire si Dieu est absent de l'histoire ou s'il y est présent. Dès lors, la meilleure explication dans le domaine biblique comme dans tous les autres, sera celle qui répond au plus grand nombre de questions posées et qui rend le mieux compte de l'évolution historique dans l'harmonie de son développement. Or, s'il est une chose évidente, c'est que la marche de l'histoire biblique est dominée par le fait spirituel. Partout il y est invoqué ; à mesure que les temps progressent, il s'y précise ; dans la personne de Jésus il se personnalise ; dans l'histoire des chrétiens authentiques, il porte ses conséquences. Essayez d'imaginer ce que serait le monde si ces chrétiens-là depuis deux mille ans n'avaient pas existé, et vous serez épouvanté du vide que vous aurez creusé dans l'histoire du progrès humain. Nous sommes donc bien ici sur le terrain des réalités expérimentales avec ses matérialités historiques, avec le jeu des forces qui mènent le monde au sein d'une société déterminée. Les savants qui, pour expliquer cette société, s'interdisent de prendre en considération le fait spirituel, de faire entrer en part l'action de l'esprit, contredisent le témoignage constant des textes et faussent le caractère du développement religieux qui, d'un prophète à l'autre, prépare Israël à la mission du Messie. Quand le Christ paraît, ils se trouvent devant une énigme et se montrent dans l'incapacité de rendre justice au phénomène de la Pentecôte. Voilà pourquoi nous estimons que la manière de voir traditionnelle quant à la prophétie messianique, qui ne bride en rien notre indépendance dans la recherche historique ou philologique, n'est pas seulement l'attitude la plus respectueuse de l'expérience spirituelle des chrétiens--un fait d'histoire elle aussi--, mais qu'elle est pareillement l'attitude la plus scientifique pour pénétrer le sens de toute la série des textes que nous avons à examiner.

Si l'on voulait définir d'un mot la prophétie messianique à laquelle ces textes appartiennent, on pourrait dire qu'elle marque le point culminant de l'inspiration prophétique ; le point où, dépassant l'horizon terrestre limité par le passé et le présent, la vision du prophète aborde les étapes du plan divin encore masquées aux regards bornés des humains. Par elle, le prophète, échappant aux entraves qu'imposent à son génie les contingences de l'histoire, affirme qu'au-dessus de l'histoire, Dieu règne, poursuit un dessein et atteindra son but pour le salut de ceux qui auront mis en lui leur confiance. La prophétie messianique de l'A.T. est ce qui, par excellence, différencie la religion biblique des religions naturelles. Le second Ésaïe le rappelle quand il dit : « Les dieux des païens ne méritent pas le nom de dieux, ils ne savent pas annoncer l'avenir » (Esa 41:21,28 42:6). J. Darmesteter, transporté d'admiration pour l'Histoire d'Israël de Renan, écrivait en 1892 : A la conception biblique, « elle substitue l'histoire, non moins merveilleuse, d'une révélation progressive sortie du coeur de l'homme, sortie des méditations ardentes de quelques voyants, lentement couvée, transformée, agrandie à la taille de l'humanité ; et Israël, au lieu d'être l'élu de Dieu, a fait Dieu même à la sueur de son front. » Darmesteter était un Israélite. Quant à l' Histoire de Renan, elle date aujourd'hui. Sous le ciel de la critique biblique, aussi, les morts vont vite. D'autant plus vite qu'ils attribuent avec plus de complaisance au seul génie d'Israël des pensées qui ne sont montées au coeur d'aucun autre peuple. La prophétie messianique, avec son fondement : la justice, et son couronnement : le salut, est au premier chef une de ces pensées-là. Ceux qui s'imaginent l'expliquer sans en chercher la raison dans la venue du Christ au temps d'Auguste, font ce que ferait un physicien qui chercherait à expliquer l'embrasement des nuages à l'aurore sans le rattacher à l'astre invisible qui monte lentement vers l'horizon.

La philosophie contemporaine, en découvrant à nouveau le monde de l'esprit et son influence sur tous les domaines de la vie, a consommé la défaite du matérialisme et démontré l'impuissance du rationalisme pour expliquer l'histoire humaine. Du même coup, le Dieu qui est Esprit a été rétabli dans les moyens d'action que l'orgueil d'un savoir trop borné lui avait déniés. Désormais, ce n'est plus aux croyants à justifier leur foi en l'intervention de Dieu dans les affaires d'Israël, mais à leurs adversaires de nous dire de quel droit ils tiennent cette intervention pour impossible. Les mots inspiration, révélation, évolution dirigée, sont bien plus proches de notre génération que de la précédente. Pourquoi ?

-Parce que la science, qui avait orienté la pensée vers le déterminisme purement mécanique, se voit contrainte, par ses découvertes, de la replacer devant le mystère du dynamisme vital dont le problème reste entier et maintient toute sa souveraineté à l'action directrice de l'Esprit. Qu'il s'agisse du domaine physiologique ou du domaine psychologique, la constatation ici est la même. Parmi les manifestations de cette action directrice, il n'en est pas de plus originale et de plus frappante que l'illumination accordée à Israël dans la prophétie messianique.

On dit volontiers que la prophétie messianique fait son apparition au VIII e siècle et qu'elle date d'Ésaïe. Il est certain que le fils d'Amots la représente avec éclat, mais il n'en est point le père. Nous ne trouvons en lui que le développement des principes renfermés dans les traditions hébraïques que, cent ans avant Esaïe, l'historien jéhoviste a rassemblées dans son livre. Là naît l'espérance que la prophétie messianique va préciser de siècle en siècle.

Notre historien place aux origines, dans le cadre du récit de la Chute--par laquelle il nous explique comment l'injustice est entrée dans l'humanité avec l'ingratitude de la créature à l'égard du Créateur

-cette déclaration de Dieu au séducteur du premier couple humain :

Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci t'atteindra à la tête, et toi tu l'atteindras au talon (Ge 3:15).

Pour le Jéhoviste, au fait de la Chute a répondu aussitôt l'annonce de la délivrance. L'homme a failli, mais non de son initiative. Il est perdu, mais non irréparablement. Il engagera la lutte avec la personnalité rebelle qui l'a asservi. Il souffrira, mais le suggesteur mauvais sera vaincu. La victoire voulue de Dieu et annoncée par lui s'accomplira au sein de l'humanité.

Le récit du déluge ne renferme pas de parole directement prophétique, mais il est lui-même tout imprégné de l'esprit messianique. Comparez-le aux traditions suméro-babyloniennes d'où il est sorti. Là, tout est caprice, arbitraire, rivalité entre les dieux, crainte, rancune, colère. Ici, un Dieu juste. La justice donnée comme principe à la philosophie de l'histoire. L'homme juste possède en lui une puissance de vie indestructible. C'est l'obéissance d'un juste qui sauve l'humanité et toute la création terrestre. Cette délivrance de Noé n'est-elle pas une prophétie ? Cette arche qui flotte au-dessus de toutes les catastrophes et qui triomphe de toutes les puissances de l'abîme annonce-t-elle seulement la pérennité de la religion d'Israël alors que les autres cultes auxquels elle a fait des emprunts auront disparu ? (Bertholet). L'allusion de Jésus aux « jours de Noé » dans son discours sur la fin du monde (Mt 24:38 et suivants), la comparaison établie par saint Pierre entre l'arche « dans laquelle huit personnes furent sauvées à travers l'eau » et « le baptême qui maintenant vous sauve » (1Pi 3:20 et suivants), la déclaration explicite de l'auteur de l'épître aux Hébreux : « C'est par la foi que Noé, divinement averti..., bâtit l'arche pour sauver sa famille, par elle condamna le monde et devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi » (Heb 11:7, cf. Sir 44:17 et suivant), ne justifient-elles pas les Pères qui, dans leur typologie, virent préfigurée en l'action de Noé l'oeuvre salvatrice du Juste qui devait un jour sauver les croyants dans la barque de son Église ? Fluctuât nec mergitur. Comment cette prophétie est entrée en Israël et ce qu'en comprirent les Hébreux d'alors, nous l'ignorons. Mais n'est-il pas impressionnant de trouver dans les antiques traditions d'Israël, placée au seuil de l'histoire, une direction si haute et si sûre qu'en aucun siècle la théologie de l'Esprit ne devait dévier de la ligne qu'elle lui avait donnée ?

Ce sauvetage, quelle race en devait assurer l'initiative ?

Dieu dit à Abraham : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va dans le pays que je t'indiquerai. Je ferai de toi une grande nation. Je te bénirai. Je rendrai ton nom grand : deviens bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai ceux qui te maudiront. Toutes les familles de la terre seront bénies en toi (Ge 12:1,3).

Malgré ce qu'en disent quelques traducteurs modernes qui écartent la prédiction messianique en traduisant : « Toutes les tribus de la terre se souhaiteront ton bonheur » (Reuss), « se souhaiteront l'une à l'autre d'être bénies comme toi » (Bbl. Cent.), nous ne croyons pas nécessaire de recourir à ces périphrases, estimant que l'hébreu bekâ peut fort légitimement être rendu par « en toi » (ou « à cause de toi », Ge 28:14), comme le font d'ailleurs les LXX : en soï, et la Vulgate : in te. Quelle que soit, d'ailleurs, la traduction adoptée, le fait demeure : la bénédiction accordée à Abraham sera souhaitée par tous les peuples de la terre. C'est assez dire qu'elle ne concerne ni une race, ni un temps, mais qu'elle exauce le voeu de toute l'humanité. « Abraham eut confiance en Jéhovah, qui le lui compta comme justice » (Ge 15:6). Parole symptomatique, par où l'on voit que ce qui rend un homme juste et ce qui lui assure la bénédiction divine, ce n'est pas le mérite de ses actes, mais la confiance qu'il témoigne à Dieu. La révélation contenue dans cette parole de l'Écrit prophétique (source E) a été mise en valeur par saint Paul, qui fonde sur elle sa doctrine de la justification par la foi (Ro 4:13,25).

Dans quelle tribu, fille d'Abraham, doit naître celui qui exaucera le voeu de toute l'humanité ? Négligeant le droit d'aînesse pourtant mis en honneur par les chronologies hébraïques, la prophétie messianique (dans un texte de J) désigne le troisième fils de Jacob :

Juda, tu recevras l'hommage de tes frères... Le sceptre n'échappera pas à Juda ni le bâton de commandement d'entre ses pieds, jusqu'à la venue du pacificateur et jusqu'à ce que les peuples lui obéissent... (Ge 49:8-10)

Le mot le plus important est ici le plus obscur. On peut le lire de façons différentes : sellô, celui à qui [le sceptre appartient] ; sâlèv, le pacificateur ; môselô, son dominateur ; se'ïlô, son désiré. Quelle que soit la leçon que l'on adopte, il s'agit toujours d'un personnage auquel est destinée la souveraineté universelle. L'allusion messianique est ici évidente.

Et dans la tribu de Juda, quelle sera la famille à laquelle reviendra l'honneur de donner au monde le Roi-Messie ? 2Sa 7 nous apprend que Jéhovah donnera à un descendant de David le Judaïte un trône stable pour l'éternité. David, dont on connaît les fautes et les repentirs, devait, par son génie et par sa foi, léguer à l'humanité la double expression de la religion universelle : l'expression historique, Jérusalem ; l'expression morale, le Psautier. Il aurait voulu bâtir à Jéhovah une maison matérielle. Jéhovah avait refusé (2Sa 7:6 et suivant). Mais il avait en retour promis à son serviteur de lui bâtir une maison vivante, une dynastie éternelle (2Sa 7:12,16,27). David, à la fin de sa vie glorieuse et tourmentée, rappelle la promesse de Jéhovah :

Un juste dominant sur les hommes,

Dominant dans la crainte de Dieu,

Est semblable à la splendeur du matin

Quand le soleil se lève sans nuages.

Comme le soleil après la pluie

Fait germer de terre la verdure,

N'en est-il pas ainsi de ma maison,

Puisqu'il a fait avec mot

Une alliance éternelle,

Bien réglée de tous points,

Et bien gardée ?

Oui, il fera éclore le germe de tout mon salut

Et tout son (ou mon) bon plaisir (2Sa 23:1 et suivant).

La teneur messianique de cet ancien oracle est en ces trois expressions : un juste qui règne, une alliance éternelle, un germe de salut. Ces trois expressions s'uniront dans la suite des textes prophétiques pour constituer la figure du Messie, germe juste, descendant de David, ange de l'alliance que les hommes désirent et qui sera inscrite dans les coeurs. (cf. Esa 4:2, Jer 23:5 3 33:15, Mal 3:1, Jer 31:33) Deux petits psaumes, le Ps 2, attribué à David (Ac 4:25), et le Ps 110, qui porte la suscription : de David (le terme hébreu ledavid ne signifie pas « composé par David », mais « appartenant au recueil qui porte son nom »), reprennent la question de ce « fils » auquel Dieu avait promis le règne éternel. Ils expriment les sentiments des temps qui suivirent le règne du grand monarque, temps où la royauté avait attiré sur le peuple élu les humiliations politiques et les guerres malheureuses. On y voit l'espérance jéhovique dévier vers les rêves de revanche et de gloire.

Pourquoi ce tumulte des peuples,

Ces vains complots des nations

Contre Jéhovah et contre son Messie ?

Je redirai le décret de Jéhovah :

Il m'a dit : Tu es mon fils,

Je t'ai engendré aujourd'hui.

Demande, et je te donnerai

Les nations pour héritage,

Et pour domaine les extrémités de la terre... (Ps 2)

Jéhovah a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite Jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis L'escabeau de tes pieds...

(Ps 110:1, cf. Mt 22:41-46, Heb 1:13,1Co 15:25).

Les prophètes du VIII e siècle allaient opérer le redressement nécessaire. Nous avons vu, au parag. V, la vigueur de ce redressement. Amos n'a pas plus tôt dénoncé à Israël son péché et prophétisé la catastrophe qu'Osée annonce le relèvement, mais à une condition : le repentir et le retour à la fidélité jéhovique :

Après cela, les enfants d'Israël reviendront ; ils chercheront l'Éternel leur Dieu et David leur roi (Os 3:5).

Cette allusion à David, faite par un prophète du royaume du Nord parlant à un peuple qui servait une dynastie rivale, montre combien l'espérance messianique tenait à l'âme de tous les fervents jéhovistes, de Samarie ou de Jérusalem.

Le Deutéronome qui, dans sa teneur actuelle, est né du ministère d'Ésaïe (voir ci-dessus, p. 475) met dans la bouche de Moïse une déclaration que nous avons d'autant moins de raisons d'enlever au législateur des Hébreux qu'elle ne se comprendrait plus guère dans les temps postérieurs où le prophétisme avait eu déjà de nombreux représentants :

Jéhovah, ton Dieu, suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères, un prophète comme moi : vous l'écouterez... (De 18:15,16,19).

Ce n'est pas en la personne de Josué, ce n'est pas au temps des Juges qu'il faut chercher ce successeur qui devait être « comme Moïse », c'est-à-dire révélateur, pétrisseur d'âmes, fondateur d'alliance. Jésus s'est reconnu lui-même dans ce prophète (Jn 5:46). L'identification de ce prophète avec le Christ a été faite par Pierre et par Etienne, dans deux discours fort différents d'esprit (Ac 3:22,23 7:37).

Esaïe connaissait certainement l'ensemble des textes que nous venons de citer quand il fixa définitivement la prophétie messianique dans le type d'Emmanuel, Dieu avec nous. Les textes relatifs à cet oracle capital sont répartis dans les chap. 7 à 12, chapitres dont les critiques ont souvent fait ressortir l'incohérence. Les hypothèses contradictoires qui ont été émises au sujet d'Emmanuel et qui se réfutent les unes les autres nous ont amené à penser qu'une confusion s'était glissée dans ces discours messianiques, confusion toute pareille à celle que l'on constate dans le discours eschatologique de Jésus (Mt 24). Les disciples de Jésus qui ont rédigé ce discours y ont mélangé deux sujets : la ruine de Jérusalem et la fin des temps. De même les disciples d'Ésaïe ont mélangé ici deux sujets : la ruine de Samarie et de Damas avec, pour signe, les enfants d'Ésaïe, et le règne messianique avec, pour signe, Emmanuel. La première série des textes mélangés a pour objets les événements historiques contemporains. Achaz, au lieu de se confier en Jéhovah, veut appeler l'Assyrien pour le délivrer de la menace des coalisés de Syrie et d'Israël. Ésaïe lui est envoyé avec son fils aîné Séar-Jasub (Esa 7:3), et lui dit de la part de Jéhovah : Prends garde, demeure tranquille... ; (Esa 7:4,9) avant que Séar-Jasub ait l'âge légal (=12 ans) de discerner entre le mal et le bien (Esa 7:15 et suivant, se rattache à Esa 7:3,9), avant que le nouveau-né (Maher-Salal-Has-Baz) sache dire papa et maman (Esa 8:3 et suivant), les pays des coalisés, Damas et Samarie, seront dévastés (Esa 8:1,4, continue Esa 7:16). Ainsi Ésaïe et ses fils sont « des signes et des présages en Israël de la part de Jéhovah » (Esa 8:17 et suivant). Voir Séar-Jasub.

La deuxième série des textes a pour objet les temps à venir. Ésaïe a été envoyé de nouveau vers Achaz pour lui proposer un signe par lequel Jéhovah lui confirmera sa protection toute-puissante. Achaz refuse (Esa 7:10,12). Il préfère s'adresser à Tiglath-Piléser et il achète sa protection par de l'or pris dans le temple et dans les trésors de la maison du roi (2Ro 16:7,9). Alors Ésaïe annonce au monarque infidèle que Jéhovah enverra le signe tout de même : un libérateur, Emmanuel =Dieu avec nous (Esa 7:14).

L'enfant qui va être appelé à jouer ce rôle naîtra non de la femme d'Ésaïe ni de l'épouse du roi, mais d'une alemâh. Le terme alemâh n'est employé que huit fois dans l'A.T. Dans Ge 24:43, il désigne Rébecca avant ses fiançailles avec Isaac. Dans Ex 2:8, Marie, la soeur de Moïse. Dans Ps 68:26. les jeunes filles de la fête du Temple. Dans Ca 1:3 6:8, les jeunes filles servantes ou choristes du harem royal, expressément distinguées des concubines. Enfin, dans Pr 30:19, alemâh est employé à propos de l'acte qui fait d'une jeune fille une femme (LXX, hodous andros en néotêti ; Vulgate, viam viri in adolescentia). Dans aucun cas il n'est question d'une femme mariée. C'est donc à juste titre que la tradition a vu dans la façon dont la naissance d'Emmanuel est présentée par Ésaïe une allusion manifeste à l'intervention de la puissance divine. Le fait qu'il existe un autre mot, bethoûla (gr. parthénos), pour exprimer l'idée de virginité, ne change rien à la chose. Cet enfant, qui n'aura pas la destinée des autres enfants, n'est pas venu au monde dans les conditions ordinaires : de toute façon, il vient de Dieu.

Les LXX traduisent Esa 7:14 :

Le Seigneur lui-même donnera un signe. Voici : la vierge (parthénos) deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et tu l'appelleras Emmanuel.

Portant son regard au delà des circonstances présentes, Ésaïe annonce que l'Assyrien, une fois introduit dans les affaires de Palestine, ruinera Juda après Samarie (Esa 7:17,25). Pour punir le peuple rebelle qui a ce méprisé les eaux de Siloé » (=la sollicitude divine, (Esa 8:6), Jéhovah « fera monter le roi d'Assyrie ».

Il remplira l'étendue de ton pays, ô Emmanuel ! (Esa 8:8).

Mais que les nations ne s'imaginent pas triompher pour toujours du peuple de Dieu ;

Grondez, peuples : vous serez brisés !

Ecoutez bien, régions lointaines...

Ceignez vos armes : vous serez brisées !

Tramez des complots, ils seront déjoués !

Formez des projets, ils seront anéantis...

Car : Emmanuel [=Dieu est avec nous] ! (Esa 8:10)

Luther traduit Denn hier ist Immanuel, car ici est Emmanuel. En effet :

Les ténèbres ne régneront pas toujours...

Le peuple qui marchait dans l'obscurité

Voit une grande lueur...

C'est qu'un enfant nous est né,

Un fils nous a été donné ;

La souveraineté repose sur son épaule,

On l'appellera Conseiller admirable, Héros divin,

Père éternel, Prince de la paix.

Etendre l'empire, assurer une paix sans fin

Au trône de David et à sa royauté ;

L'établir et l'affermir par le droit et par la justice,

Dès maintenant, et à toujours :

Voilà ce qu'il fera... (Esa 9:1-7)

Après le châtiment de l'Assyrien (Esa 10:5 et suivants), le « reste d'Israël)) se repentira, reviendra à Jéhovah (Esa 10:21). Alors viendra le règne de l'enfant divin :

Un rameau sortira du tronc d'Isaï,

Un rejeton naîtra de ses racines.

L'esprit de Jéhovah reposera sur lui,

Esprit de sagesse et d'intelligence,

Esprit de conseil et de force,

Esprit de connaissance et de crainte de Jéhovah.,.

Il ne jugera pas selon l'apparence,

II ne prononcera pas sur un ouï-dire.

Mais il jugera les pauvres avec équité...

La justice sera la ceinture de ses flancs... (Esa 11:1,5)

Tous ces traits, rappelant les visions messianiques des siècles précédents : fils de David, germe salvateur, roi établissant la justice, dépeignent un Messie qui déborde infiniment les cadres de l'histoire et qui viendra établir le Royaume de Dieu sur la terre.

Par lui, suivant l'antique prophétie, le serpent sera mortellement atteint à la tête, et toutes les conséquences de la chute seront remplacées par une ère de paix.

Le loup habitera avec l'agneau,

La panthère se couchera avec le chevreau ;

Le veau, le lion et le bétail... seront ensemble,

Et un petit enfant les conduira.

La vache et l'ourse auront même pâturage...

Il ne se fera ni tort ni dommage

Sur toute ma montagne sainte...

Car la terre sera remplie

De la connaissance de Jéhovah,

Comme le fond de la mer

Est couvert par les eaux.

En ce jour-là, le rejeton d'Isaï

Sera comme un étendard pour tous les peuples ;

Les nations se tourneront vers lui,

Et la gloire sera sa demeure (Esa 11:6,9).

La prophétie d'Emmanuel se termine par un magnificat où les jéhovistes exaltent leur reconnaissance :

Louez l'Éternel, invoquez son nom,

Publiez ses oeuvres parmi les peuples !

Célébrez Jéhovah,

Car il a fait des choses magnifiques :

Qu'elles soient connues par toute la terre !

Pousse des cris, éclate de joie,

Habitante de Sion !

Car il est grand au milieu de toi,

Le Saint d'Israël ! (Esa 12:4-6)

Ce « il est grand au milieu de toi » achève la prophétie d'Emmanuel dans une expression qui est la réplique de « Dieu avec nous ».

Par cette vision d'ensemble qui lui assure la première place parmi les prophètes messianiques, Ésaïe oppose au davidique infidèle : Achaz, le davidique fidèle : Emmanuel, qui viendra par l'intervention miraculeuse de Jéhovah pour consoler le peuple élu de ses déboires, délivrera le reste demeuré fidèle et réalisera en sa faveur, et par là en faveur de l'humanité tout entière et de toute la création, les promesses faites à David.

Michée, l'émule d'Ésaïe, se meut dans les mêmes pensées (Mic 5). Il précise le lieu où le Messie devra naître.

Et toi, Bethléhem Ephratha,

Petite entre les milliers de Juda,

De toi sortira pour moi

Celui qui dominera sur Israël

Et dont l'origine remonte aux temps anciens,

Aux jours de l'éternité (Mic 5:1).

On voit que, pour Michée comme pour Ésaïe, le Messie, tout en étant fils de David, domine les contingences temporelles.

Voici maintenant Jérémie, le prophète de l'alliance nouvelle ;

Voici, les jours viennent, dît Jéhovah,

Où je susciterai à David

Un germe juste.

Il régnera, il prospérera ;

Sous son règne, Juda sera sauvé...

On l'appellera : « Jéhovah notre justice » (Jer 33:15).

Ézéchiel compare le peuple de Dieu au troupeau du Messie qu'il dépeint sous les traits du bon Berger :

Je porterai secours à mes brebis...

J'établirai sur elles un seul berger

Qui les fera paître :

Mon serviteur David...

Moi, Jéhovah, je serai leur Dieu,

Je ferai avec elles une alliance de paix (Eze 34:20 22-25).

Le livre d'Abdias n'est fait que d'une page, incertaine de date et peut-être inspirée par un prophète antérieur, que cite aussi Jérémie (Jer 49:15). Mais une chose est claire, c'est l'oracle messianique, que Joël reproduira et commentera : (cf. Joe 2:31)

Le jour de Jéhovah est proche,

Le salut sera sur la montagne de Sion,

Elle sera sainte...

Et la royauté appartiendra à Jéhovah (Ab 1:15).

C'est en vain qu'on voudrait distinguer le serviteur de Jéhovah du 2 e Ésaïe d'avec l'Emmanuel davidique du fils d'Amots, le germe davidique de Jérémie, le bon berger davidique d'Ézéchiel ; ce « serviteur », d'après Esa 55:4, n'a pas d'autre mission que de rendre durable la faveur de Jéhovah envers David et d'exaucer la promesse qui lui a été faite :

Prêtez l'oreille et venez à moi ;

Ecoutez, et que votre âme vive.

Par un pacte éternel, je vous accorderai

Les grâces assurées à David.

Je l'ai établi témoin auprès des peuples,

Chef et dominateur des nations (Esa 55:3).

La pensée du 2 e Ésaïe est si bien imprégnée des textes messianiques du passé qu'il cite presque textuellement la déclaration fondamentale formulée par David dans 2Sa 23 :

Comme la terre fait pousser ses germes,

Comme un jardin fait croître ses semences,

Ainsi le Seigneur Jéhovah

Fera germer le salut et la gloire

En présence de toutes les nations (Esa 61:11).

Il était réservé à ce disciple de Jérémie, au prophète qui avait vu son maître souffrir et mourir sous les coups de ses compatriotes, de faire un tableau de ce qu'il en coûterait au Messie d'entreprendre parmi les siens l'oeuvre rédemptrice. Pauvre germe de David, qui devait venir dans la splendeur et dans la gloire ! Pauvre rejeton d'Isaï (Esa 11:1), qui devait instaurer la paix glorieuse ! le voilà devenu faible pousse et rejeton qui sort d'une terre desséchée (Esa 53). Comme il est dur, le coeur de l'homme ! Pour muer en chair ce coeur pétrifié, il ne suffira pas d'ordonner par le verbe ni de donner un exemple : il faudra se donner, se solidariser avec les coupables, supporter l'opposition sans faiblir, la vaincre par une passion divinement patiente, offrir à Dieu et aux hommes, par une vie expiatoire, le spectacle de l'obéissance absolue dans la souffrance absolue :

Je n'ai point résisté,

Je ne me suis pas rejeté en arrière ;

J'ai livré mon dos

A qui le frappait,

Mes joues à qui m'arrachait la barbe.

Je n'ai pas dérobé mon visage

Aux outrages et aux crachats...

Mais Jéhovah me viendra en aide (Esa 50:5,7).

Et le prophète annonce avant de décrire la passion du Messie--appelé ici « le Serviteur juste » --que le secours de Jéhovah assurera la victoire à celui qui, ne voulant dans son amour filial et fraternel lâcher ni Dieu ni l'homme, les unit en mourant :

Mon serviteur prospérera,

Il grandira, il sera exalté, souverainement élevé.

De même que beaucoup

Ont été dans la stupeur en le voyant,

Tant il était défiguré,

Son aspect n'étant plus celui d'un homme,

Ni son visage celui des enfants des hommes,

De même il fera tressaillir des nations nombreuses.

Devant lui, les rois fermeront la bouche ;

Car ils verront

Ce qui ne leur avait pas été raconté ;

Ils apprendront

Ce qu'ils n'avaient pas entendu (Esa 52:13-15).

Mais ce mystère rédempteur--humiliation et élévation--s'accomplira au sein de l'incompréhension de tous, même des meilleurs :

Qui a cru à ce qui nous était annoncé ?

Qui a su discerner le bras de Jéhovah ? (Esa 53:1)

Esaïe II fait ici allusion à l'aveuglement, non seulement de la masse du peuple, mais aussi du serviteur collectif en présence de l'oeuvre accomplie par le serviteur individuel. (Il ne faut pas oublier qu'Ésaïe II ne s'est élevé que peu à peu à la notion du Messie personnel. Voir Esa 41:8 et suivants Esa 44:1,21.49:1-3 et comparer avec Esa 42:1 49:5 Esa 50 52:13 Esa 53 Esa 61:1-3,10). Le prophète lui-même se range par son « nous » (Esa 53:3) dans la catégorie de ceux que « l'homme de douleur » qualifiera un jour de « gens sans intelligence et lents à croire ce que les prophètes ont dit » : (Lu 24:25)

Il s'est élevé devant Jéhovah

Comme une faible pousse,

Comme un rejeton qui sort d'une terre desséchée ;

Il n'avait ni beauté, ni éclat

Pour attirer nos regards,

Ni rien dans son aspect

Qui fût fait pour nous plaire.

Méprisé et abandonné des hommes,

Homme de douleur et fait à la souffrance,

Semblable à un objet dont on détourne le visage,

Nous l'avons dédaigné,

Nous n'avons fait aucun cas de lui.

Cependant, c'étaient nos maladies qu'il portait,

C'étaient nos douleurs dont il s'était chargé,

Alors que nous le prenions

Pour un misérable, puni,

Frappé par Dieu, humilié.

Mais c'est pour nos péchés qu'il a été meurtri,

Pour nos iniquités qu'il a été brisé.

Il a supporté le châtiment qui fait notre salut :

Ce sont ses meurtrissures

Qui nous ont valu la guérison.

Nous étions tous comme des brebis errantes,

Chacun suivait sa propre voie,

Et Jéhovah a fait retomber sur lui

Notre crime à tous.

Maltraité, insulté, il n'ouvre pas la bouche.

Ici, le second Esaïe voit le Messie à travers Jérémie et lui emprunte les paroles que ce prophète s'applique à lui-même : (Jer 11:19)

Pareil à l'agneau qu'on traîne à la boucherie,

Pareil à la brebis silencieuse

Devant ceux qui la tondent,

Il n'a pas ouvert la bouche.

Faute de protection et de justice,

Il a été enlevé.

Parmi ses contemporains, qui eût pensé

Qu'il était retranché du pays des vivants

Et que le coup le frappait

A cause des péchés de mon peuple ?

On lui avait assigné sa sépulture

Avec les méchants,

Mais dans sa mort

Il a été avec le riche,

Car il n'avait fait aucun mal

Et il n'y avait jamais eu de fraude dans sa bouche.

Il a plu à Jéhovah de le briser par la souffrance,

Voulant, s'il s'offrait lui-même

Comme victime expiatoire,

Qu'il vît une postérité

Destinée à se perpétuer,

Et que l'oeuvre de Jéhovah

Prospérât dans sa main.

A cause du travail de son âme,

Il verra, il sera rassasié de joie.

Par la connaissance qu'ils auront de lui,

Mon serviteur juste justifiera

Un grand nombre d'hommes,

Car lui-même se chargera

De leurs iniquités.

C'est pourquoi je lui donnerai son lot

Parmi les grands ;

Il partagera le butin

Avec les puissants,

Parce qu'il s'est livré lui-même à la mort

Et s'est laissé confondre

Avec les malfaiteurs,

Lui qui n'a fait que porter

Les péchés d'un grand nombre,

Et qui a intercédé

En faveur des coupables (Esa 53:2,12).

Après une page comme celle-ci, tout est dit. Par elle resplendit l'unité de la pensée messianique entre l'A. T, et le N.T. Il n'est pas, dans l'Évangile même, de description qui ramasse dans un raccourci aussi impressionnant la vie et l'oeuvre de Jésus-Christ (voir Serviteur de l'Éternel).

Il ne restait plus à la prophétie qu'à donner la parole au Messie lui-même pour l'exposé de son programme, programme dont la teneur achève de démontrer l'identité des trois héros de la prophétie messianique : le rejeton d'Isaï, le serviteur de Jéhovah et l'oint de Jéhovah (Esa 11:1 42:1 61:1 et suivants).

L'Esprit du Seigneur est sur moi,

Parce que Jéhovah m'a oint (=m'a fait messie)

Pour porter la bonne nouvelle aux malheureux ;

Il m'a envoyé pour panser

Ceux qui ont le coeur brisé ;

Pour annoncer aux captifs la liberté,

Et aux prisonniers le retour à la lumière ;

Pour publier une année de grâce de Jéhovah... (Esa 61:1)

« Aujourd'hui, dira un jour Jésus dans la synagogue de Nazareth, s'accomplit ce passage de l'Écriture que vous venez d'entendre » (Lu 4:17-21).

Après l'exil, quelques voix messianiques encore.

Malachie, au V e siècle, annonce la venue du précurseur, Élie le prophète, puis :

Soudain entrera dans son temple

Le Seigneur que vous cherchez,

L'Ange de l'alliance que vous désirez.

Voici, il vient, dît Jéhovah des armées.

Qui pourra soutenir le jour de sa venue ?

Mais pour vous qui craignez mon nom

Se lèvera le Soleil de justice

Qui porte la guérison dans ses rayons (Mal 3:1 4:2).

Le premier Zacharie, son contemporain, reprend, dans ses visions obscures, la formule du Germe de Jéhovah :

Voici, je fais venir mon serviteur, le Germe... En ce jour-là, vous vous inviterez Sous la vigne et sous le figuier...

Voici un homme dont le nom est « Germe » ; il germera à la place même où il est, pour bâtir le temple de Jéhovah... Il recevra la majesté royale... Il trônera aussi comme sacrificateur, il exercera les deux fonctions dans une paix parfaite (Za 3:8-10 6:13 et suivant).

Le 2e Zacharie et Joël, qui vécurent sans doute au IV° siècle, donnent aux derniers accents de la prophétie messianique une suprême magnificence.

Zacharie annonce l'humilité du Messie et sa gloire :

Réjouis-toi, fille de Sion !

Exulte de joie, fille de Jérusalem !

Voici ton roi qui vient à toi ;

Il est juste et victorieux,

Humble et monté sur un âne,

Le poulain d'une ânesse !

Il dictera la paix aux nations,

Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre,

De l'Euphrate aux extrémités de la terre.

(Za 9:9 Matthieu 21:2).

Joël s'appuie sur la prédiction d'Emmanuel, du I er Ésaïe, proclame l'unité de Dieu dans une formule que le 2 e Esaïe reprendra, annonce l'effusion de l'Esprit, les prodiges qui se produiront à la fin du monde, et le salut gratuit.

Après cela,

Je répandrai mon Esprit sur toutes créatures.

Vos fils et vos filles prophétiseront,

Vos vieillards songeront des songes,

Vos jeunes gens verront des visions ;

Même sur les esclaves et sur les servantes

Je répandrai en ces jours mon Esprit.

Je ferai paraître des prodiges...

Le soleil se changera en ténèbres

Et la lune en sang...

Alors quiconque invoquera le nom de Jéhovah sera sauvé.

Le salut sera sur la montagne de Sion

Et à Jérusalem comme l'a dit Jéhovah,

Et parmi les rachetés que Jéhovah appellera.

(Joe 2:28-32, cf. Esa 12:6 45:6,18, Ac 2:17, Mt 24:29 et suivant, Ro 10:13).

L'apocalypse de Daniel--dont le chap. 2, avec sa vision de la statue géante qu'une petite pierre détachée « sans le secours d'aucune main » suffit à renverser et sa prédiction du royaume éternel que Dieu suscitera sur les ruines des empires terrestres, est tout imprégné d'esprit messianique--renferme au chap. 7 le dernier des textes dans lesquels l'A. T, annonce la venue du Messie.

Je regardai encore... et je vis un personnage pareil à un fils d'homme, qui venait sur les nuées du ciel. Il s'avança jusqu'à un vieillard. (Da 7:13. --Ici comme au verset 9, la trad. Vers. Syn., suivant l'erreur traditionnelle qui parle à l'imagination mystique, maintient « l'Ancien des jours » (voir art.) ; mais l'hébreu n'a pas d'article défini et dit simplement ; « un ancien en jours », c-à-d, un vieillard, lequel est ici la représentation de Dieu.)

Il lui fut donné domination, gloire et règne... Les saints du Très-Haut recevront le royaume et ils posséderont le royaume a jamais, d'éternité en éternité (Da 7:14,18).

L'expression « fils d'homme » n'avait pour but, en principe, que d'opposer les qualités nobles et spirituelles du royaume céleste de Jéhovah au caractère de puissance charnelle du royaume céleste des autres peuples, représenté généralement par des figures d'animaux. Cette expression, devenue le fils de l'homme dans le langage apocalyptique, fut adoptée par Jésus-Christ pour désigner sa propre personne. Bien que moins précise que le terme « Messie », elle devait tout de même amener ses auditeurs à voir en lui celui qui reviendrait un jour « sur les nuées du ciel » pour gouverner « le royaume » que « les saints » doivent posséder « d'éternité en éternité ». Il est à remarquer que Jésus n'écarte pas le prodige annoncé par cette vision, mais qu'il le place simplement à l'époque de son retour (Mt 24:27-30 25:31).

Quand l'inspiration prophétique eut cessé, le messianisme se débattit, stérile, dans l'apocalypse juive (voir Messie) ; puis : « Chose remarquable, le messianisme aussi tombe comme épuisé, dans les dernières convulsions du nationalisme juif au temps d'Adrien. Bientôt le thème du Messie ne sera plus guère qu'un sujet de discussions pour les rabbins, comme tel autre chapitre de la doctrine biblique... La religion qui se réclamait de Moïse tendait à se perdre dans une casuistique stérile ou dans un fanatisme extravagant, à moins qu'elle ne se réfugiât dans l'ascétisme en se retirant de la vie commune. » (Loisy, Relig. Isr., pp. 310, 320). Pourquoi ? Loisy ne le dit pas, mais les chrétiens le savent : c'est que la marée de l'Esprit avait, avec Jésus, passé du judaïsme au christianisme, lequel avait reçu en charge les destinées spirituelles de l'humanité (cf. Mt 21:33 et suivants, Jn 12:32, Ro 9-11).

Jean-Baptiste paraît, sentinelle avancée de l'ancienne alliance, annonciateur de la nouvelle ; héraut de transition, sur plus d'un point énigmatique, dont on ne saurait dire sans dépasser les textes ni qu'il se joignit à Jésus, ni qu'il s'en sépara. Des siècles se sont écoulés depuis que la voix des grands prophètes s'est éteinte ; la littérature apocalyptique s'est emparée des esprits et les a enfiévrés ; l'essénisme a développé son genre de piété antilégaliste, avec le bain lustral quotidien ; le messianisme politique entretient dans les provinces et jusque parmi les pharisiens de la capitale une agitation constante. Jean n'appartient à aucun de ces milieux. Il est, et Jésus le confirme (Mt 11:9), de la lignée des prophètes, de ceux qui se mettent en route parce que l'Esprit de Jéhovah les a saisis, et qui prêchent la repentance et le jugement sans se mettre en peine des conséquences que cette hardiesse, cette possession divine peuvent avoir pour leur propre vie. On retrouve dans sa prédication. enflammée les éléments cardinaux de toute l'ancienne prophétie : l'appel à la conversion, l'annonce du Messie, le jugement, l'envoi de l'Esprit, l'Agneau divin :

Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ; « Aplanissez le chemin du Seigneur, » comme l'a dit le prophète Ésaïe...

Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? Produisez donc du fruit digne de la repentance... Pour moi, je vous baptise d'eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, lui vous baptisera d'Esprit saint et de feu.

Il a son van dans sa main, il nettoiera parfaitement son aire, il amassera son froment dans son grenier ; mais il brûlera la balle au feu qui ne s'éteint point.

Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.

(Jn 12:3, Mt 3:7, Lu 3:16, Jn 1:29, cf. Esa 53:7).

Dans cet Agneau, Jean a-t-il entrevu la victime du Calvaire ? Il faut reconnaître que nous ne trouvons pas dans les brèves paroles qui nous ont été conservées de Jean la note de miséricorde, d'amour et de sacrifice donnée par Osée, Jérémie, le 2 e Esaïe, et qui l'eût orienté vers une notion plus complète de ce que devait être le Messie de la « nouvelle alliance » (Jer 31:31 et suivant). Ce qui constitue l'originalité et la valeur unique de sa carrière, ce qui l'élève au-dessus des prophètes antérieurs (Mt 11:9), c'est qu'il se sait le précurseur du Messie dont les anciens prophètes avaient parlé à Israël ; il l'attend, il l'annonce, il le baptise, il le désigne aux foules après avoir institué pour elles le baptême d'eau : initiation au Royaume qui vient. On comprend que cette création de génie, où se réalisait dans un symbole plastique l'acte que réclamaient les exhortations vigoureuses de Jean, ait attiré à lui les masses et lui ait valu de nombreux disciples : quiconque était décidé à renoncer au péché et à entrer dans la voie conforme à la volonté de Dieu était, devant tous, immergé par Jean dans les eaux du Jourdain. Il disparaissait à la vue... c'était la mort à la vie ancienne. Puis il émergeait des ondes et remontait sur la berge... c'était la vie nouvelle qui commençait.

Jusqu'à quel point Jean s'est-il rendu compte que ce recommencement de vie n'était possible qu'après le baptême d'Esprit dont il disait lui-même que le

Messie seul pourrait l'administrer ? Son attitude après le baptême de Jésus ne permet pas de le dire. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne se joint pas à la troupe qui se détache de lui pour suivre Jésus, qu'il maintient son baptême après que les disciples de Jésus ont commencé à baptiser sur l'ordre de leur Maître, qu'il continue à former et à constituer à part le groupe de ses disciples qui se montrent parfois jaloux du succès du Messie (Lu 5:33 11:1, Jn 3:26 4:1) et qui resteront fidèles à leurs communautés baptistes même après la disparition de Jean et les débuts de l'Église chrétienne. (cf. Ac 19:3) Évidemment, Jean, qui porte à son point culminant la prédication de ses devanciers les prophètes, et qui a l'honneur d'introduire lui-même le Messie qu'il a de peu précédé, ne conçoit pas le Messie sous la forme du Maître doux et humble de coeur, né pour servir, ni l'Esprit du baptême messianique sous la forme du Paraclet (voir ce mot) dont Jésus, d'après le 4 e évangile, entretint ses apôtres dans la chambre haute (Jn 14-16). Le Royaume qu'il prêche est encore le Royaume juif, le Royaume extérieur, fait pour les justes de son peuple. Ce n'est pas encore le Royaume intérieur fait pour les rachetés qui « viendront d'Orient et d'Occident ». Aussi, après avoir été décontenancé par la volonté de Jésus de recevoir le baptême, c'est-à-dire de se solidariser moralement avec l'humanité pécheresse,

Jean s'y opposait en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi ! est-il (Mt 3:14) scandalisé par l'attitude de Jésus qui va de lieu en lieu faisant le bien, en prodiguant les miracles de sa miséricorde, mais qui refuse de se manifester le Messie justicier, et qui le laisse, lui Jean, son précurseur et son ami, languir sur la paille d'un cachot.

Es-tu celui qui devait venir, ou devons-nous en attendre un autre ? (Lu 7:19)

Jésus répond en accomplissant, devant les émissaires de Jean, des actes où se révélait la véritable nature du règne de l'Esprit ; puis il ajoute à ses oeuvres de grâce une parole grave, qui doit aller à Jean comme un coup droit et l'exhorter au redressement :

Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! (Lu 7:23)

Enfin, voyant l'émotion de la foule qui garde pour Jean l'admiration que son patriotique courage et sa vie austère lui avaient méritée, Jésus prononce au sujet de son précurseur un hommage où il montre qu'il ne le méconnaît point :

Qu'êtes-vous allés voir au désert ? Un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète... entre ceux qui sont nés de femme, il n'y en a point de plus grand que Jean-Baptiste... (Lu 7:26)

Et un jugement qui le met à son véritable rang : précurseur, mais non collaborateur ; prophète, c'est-à-dire homme de l'Esprit, mais non apôtre, c'est-à-dire homme spirituel ; héraut du Royaume, mais non membre du Royaume. Seul parmi les prophètes il est arrivé jusqu'à la porte du monde nouveau, mais il n'a pas franchi son seuil.

Celui qui est le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui (Lu 7:28).

Quand on voit combien le précurseur, « plus qu'un prophète » (Mt 11:9), saisit imparfaitement ce que Jésus apportait à la terre (Lu 7:18,23), on peut s'imaginer qu'à plus forte raison les hérauts inspirés qui devaient, au sein d'Israël, siècle après siècle, aplanir le sentier du Messie furent loin d'être éclairés eux-mêmes par toute la lumière que leur intuition divine projetait sur l'avenir. Aussi bien, n'est-ce pas pour glorifier l'homme que nous avons rassemblé ici les textes de la prophétie messianique et que nous en avons montré l'enchaînement progressif et la valeur révélatrice, tels que nous pouvons les apercevoir avec le recul de l'histoire et la leçon des faits accomplis. Notre propos a été de mettre en évidence l'action continue de Dieu au sein d'un peuple qui fut dépendant de tous les autres au point de vue de la civilisation, mais que Jéhovah, au point de vue religieux, sut tenir indépendant par ses prophètes et, malgré toutes ses chutes, acheminer patiemment jusqu'aux jours du Christ.

Il faut avoir présent à l'esprit l'ensemble de ces textes messianiques pour pouvoir porter sur le milieu auquel les prophètes appartinrent un jugement de valeur. Nous ne possédons en leurs pages brèves que le haut-relief littéraire de toute une action poursuivie dans la nuit d'un passé lointain par les jéhovistes, chaîne d'ombre où luit par instants un anneau : le prophète. Mais ces pages nous livrent les idées maîtresses qui leur permirent de former une élite et de réussir, génération après génération, son entraînement. C'est dans leur tradition qu'Israël, au point de vue moral et religieux, a puisé sa solide armature ; c'est dans la direction qui lui était donnée par cette tradition ininterrompue qu'Israël a trouvé le secret de son développement sans analogue ; c'est à elle qu'il doit d'avoir pu maintenir si irrésistible, malgré les vents contraires, sa marée de l'Esprit, que celle-ci, franchissant sans s'y perdre les sables arides du légalisme juif, a pu déferler sur le seuil de l'ère chrétienne. Grâce à la prophétie messianique, Jésus a trouvé un milieu propre à le recevoir. Sa reconnaissance envers ses précurseurs transverbère les béatitudes :

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice... Heureux ceux qui procurent la paix... Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux... (cf. Mt 5:12 et Ac 7:52).

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