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Ecclésiaste 7

    • 1

      1 à 7 Se méfier de la joie du monde.

      A plus d'une reprise, l'Ecclésiaste a recommandé à l'homme de se contenter des joies que Dieu envoie. Mais, tout en les recevant avec reconnaissance et simplicité, qu'il ne tombe jamais dans la frivolité. La vie étant une chose très importante, ne craignons pas ce qui est de nature à nous inspirer des pensées sérieuses. Là est la vérité ; le reste est illusion. Telle est l'idée dominante des règles de conduite que l'Ecclésiaste va donner maintenant, sous la forme plus précise de résultats acquis. Qui sait ce qui est bon pour l'homme ? vient-il de demander (6.12). En tous cas, il peut indiquer, sinon le bien suprême, du moins un certain nombre de sentiments beaucoup meilleurs que d'autres.

      Mieux vaut bon renom que bon parfum, littéralement : Mieux nom (schem) que parfum (schémen). Même assonance que dans Cantique 1.3. On pourrait dire en français : Mieux vaut être en bonne odeur que de jouir d'une bonne odeur. Qu'on puisse à bon droit rapprocher ces deux choses : une bonne réputation et un parfum précieux, c'est ce que montre Matthieu 26.13.

      Le jour de la mort vaut mieux... Comparez 4.3. Il faut entendre ceci de la mort des justes, dit Calmet. Et il ajoute : Quelques peuples autrefois, tels que les Thraces, faisaient grand deuil à la naissance des enfants et se réjouissaient à la mort des hommes.

      Il y a dans ce passage, qu'on dirait tir√© du Nouveau plut√īt que de l'Ancien Testament un pressentiment tr√®s assur√© du repos qui est r√©serv√© aux fid√®les apr√®s leur mort.

      2

      Un proverbe arabe dit : Si tu entends des complaintes funèbres, entre là ; si tu es invité à un festin, ne passe pas le seuil !
      Job se rendait compte des dangers moraux que font courir les festins (Job 1.5).

      3

      Il s'agit ici de la tristesse o√Ļ plonge le spectacle des vanit√©s et des maux de cette vie, y compris le p√©ch√© (verset 5). Malheur √† qui cherche √† s'√©tourdir par de bruyants plaisirs¬†! Sans doute, √† pr√™ter aux maux d'ici-bas l'attention qu'ils m√©ritent, on peut prendre mauvais visage (N√©h√©mie 2.2), mais le cŇďur, et c'est l√† l'important, est dans le vrai et dans des dispositions salutaires.

      4

      Conclusion des versets 2 et 3. Le s√©rieux √©tant salutaire, et la frivolit√© dangereuse, le cŇďur du sage le porte dans la maison de deuil. O√Ļ est le tr√©sor, l√† est le cŇďur. Le sage va consoler ceux qui pleurent et, quand il les quitte, son cŇďur reste avec eux.

      5

      La censure du sage a sur l'√Ęme une influence sanctifiante et durable (Proverbes 13.1¬†; Psaumes 141.5).

      La chanson des insens√©s n'est pas n√©cessairement un chant flatteur, compos√© en votre honneur, mais en g√©n√©ral un chant frivole qui provoque des √©clats de rire et de bruyants applaudissements (Job 21.12¬†; Esa√Įe 5.11-12¬†; Amos 6.5), mais qui n'a point de valeur et ne laisse rien apr√®s lui.

      6

      Sur le feu d'épines (nous disons de paille), voir Psaumes 58.10 ; 118.12.

      Il y a ici en hébreu un jeu de mots : chaudière : sir et épines : sirim.

      7

      Conclusion de tout ce morceau :
      Ceux qui sont dans le deuil, l'humiliation ou la tristesse, sont moins malheureux qu'ils ne semblent l'être au premier abord. A tout prendre, les heureux et les puissants sont dans des lieux glissants. Le pouvoir a ses pièges. Il peut troubler l'esprit des sages eux-mêmes et leur faire perdre le sens, les poussant à des actes iniques et les exposant comme juges à se laisser séduire par des présents (F. de Rougemont).

      D'autres pensent qu'il y a ici une lacune. Notre verset aurait commencé par : Mieux vaut une position humble que de hauts emplois, car... Le sens reste le même.

      8

      8 à 14 Patience ; soumission ; humble acceptation.

      Fort bien ! pourrait-on dire, après avoir entendu. ce qui précède. Une vie sérieuse avec ses peines est peut-être préférable à la frivolité et à l'ambition. Mais à la longue le joug accable ! C'est à cette objection que l'Ecclésiaste va répondre.

      Souvent ce qui d√®s l'abord pr√©sente des difficult√©s et des peines propres √† d√©courager, se termine heureusement. Telle √©preuve qui pourrait porter au murmure a de salutaires cons√©quences. Tout est bien, qui finit bien. L'issue si nous laissons Dieu agir, nous montrera le but qu'il se proposait. Pour juger pertinemment des choses, attendons-en le terme, plut√īt que d'en juger avec pr√©somption et que de nous rendre ainsi responsables de ce qui pourrait en r√©sulter de f√Ęcheux.

      9

      L'irritation provient souvent de la présomption (verset 8) et elle empêche l'insensé de retirer de l'épreuve le profit qu'en retire celui qui remet sa voie sur l'Eternel (Psaumes 37.5).

      L'irritation habite dans le sein des insensés et les tue (Job 5.2).

      10

      Il ne faut pas que les difficult√©s du temps o√Ļ nous vivons nous portent √† vanter celui o√Ļ nous ne vivons plus encore (Jude 1.16). Chaque √©poque a ses lumi√®res et ses ombres. Acceptons sans murmurer les circonstances dans lesquelles Dieu nous place : il a en vue notre d√©veloppement moral. C'est dans les jours o√Ļ Dieu nous a appel√©s √† vivre que nous attend de sa part notre t√Ęche. Le bl√Ęme que le verset 3 a prononc√© sur le rire ne justifie aucunement l'humeur sombre et l'esprit de critique.
      C'est nous, dit saint J√©r√īme, qui faisons le bon on le mauvais si√®cle, selon que nous sommes vertueux ou vicieux.
      Et Horace signale l'humeur querelleuse et difficile de ceux qui sont toujours à louer le temps qui n'est plus.

      Car ce n'est point par sagesse que tu demandes cela. Il faudrait commencer par prouver que le temps passé valait réellement mieux que le temps actuel, avant de rechercher les causes de ce phénomène. Puis, s'il y a beaucoup de questions qui sont inspirées par un esprit de sagesse, celle-ci n'est pas du nombre. Elle a une tout autre cause !

      11

      S'il y a une sagesse fausse et apparente à s'informer de certaines choses, il y en a cependant une vraie, et celle-là est aussi bonne, rend autant de services, qu'un héritage, et même des services plus signalés encore (verset 12 ; Proverbes 3.18).

      D'autres traduisent : La sagesse est bonne avec un héritage ; mais il résulterait de là que, sans héritage, la sagesse n'aurait pas de valeur. La préposition im : avec, a ici le même sens que dans Job 9.26 ; Psaumes 73.5 et très souvent.

      12

      Offre un abri, litt√©ralement : met √† l'ombre, sans cependant qu'il y ait ici une allusion au verset 11 (qui voient le soleil) : l'ombre est l'image de la protection (Psaumes 91.4¬†; Esa√Įe 30.2). Un h√©ritage met √† l'abri des privations qu'impose la pauvret√©, et la sagesse ou la connaissance, √† l'abri du m√©contentement.

      Fait vivre. Comparez Proverbes 3.18 ; Psaumes 36.10.

      13

      Retour aux versets 9 et 10. Que l'homme d√©sarme donc devant Dieu¬†! Qu'il se p√©n√®tre de l'id√©e que tout ce qui arrive en fait de biens et de maux est pour son √©ducation. C'est l√† l'Ňďuvre de Dieu.

      Ce qu'il a courbé : ce que Dieu a trouvé bon de faire autre que ce que nous aurions désiré et que ce qu'il ferait si le monde était dans un état normal (1.15).

      14

      Au jour du bonheur..., du malheur. Comparez 3.4. Il y a un temps pour tout et tout est bon en ce temps-là.

      Jouis du bonheur. Horace : Quand Dieu t'envoie un bonheur, saisis-le avec reconnaissance (Ep√ģtre I).

      Dieu a fait l'un à l'opposite de l'autre : Job 2.10 ; Lamentations 3.38. Point de malheur qui ne soit compensé par quelque avantage. Comme aussi la vie la plus heureuse a ses peines. Tu as trop de lumière, voici la nuit ; assez des ténèbres, voici le jour. Tu déplores la mort, tu as aussi la vie ; tu te plains de la vie, voici la mort. Rien d'exclusif, en sorte que tu n'as pas le droit de te plaindre (Psaumes 51.6).

      Afin que l'homme ne trouve rien [√† redire] apr√®s lui : apr√®s Dieu, ou, comme d'autres l'entendent, apr√®s l'Ňďuvre de Dieu (verset 13)¬†; qu'on ne puisse pas critiquer la mani√®re dont il combine, pour le plus grand bien de l'homme, le malheur et le bonheur.

      Plusieurs ne peuvent admettre que les mots apr√®s lui aient ici un sens diff√©rent de celui qu'ils ont partout ailleurs dans notre livre, o√Ļ ils signifient toujours : apr√®s l'homme, apr√®s sa vie terrestre (3.22¬†; 6.12¬†; 10.14). Ils traduisent donc : Afin que l'homme ne trouve rien apr√®s lui. Dieu a fait le malheur comme le bonheur, pour que l'homme ignore son avenir¬†; c'est Dieu qui envoie bonheur et malheur, mais de telle sorte qu'il n'y a pas toujours correspondance entre le mal et le malheur, entre le bien et le bonheur.

      D'autres encore : Dieu fait le malheur comme le bonheur en vue du moment o√Ļ l'homme ne trouvera plus rien, c'est-√†-dire devra sortir nu de cette vie. S'il n'y avait ici-bas que bonheur, l'homme ne serait jamais pr√©par√© √† la mort.

      15

      J'ai tout vu : les deux extrémités de ce qu'on peut voir ici-bas.

      Dans les jours de ma vanité : depuis que je suis dans ce monde. Ce que je donne ici est le fruit de mon expérience. Ces mots ne sont point, comme on l'a cru parfois, une allusion aux années d'infidélité de Salomon.

      16

      Le pharisa√Įsme se pr√©parait.

      Pourquoi te perdrais-tu ? Une malédiction repose sur l'orgueil et l'hypocrisie.

      Pour cette question, qui renferme une forte affirmation, comparez Ezéchiel 33.11.

      17

      Ne te jette pas dans l'extrême opposé à celui contre lequel je viens de te mettre en garde.

      Avant ton temps, littéralement : dans un temps qui n'est pas le tien (Job 15.32 ; 22.16).

      L'insensé nie Dieu (Psaumes 14.4) et tombe dans des péchés grossiers (Proverbes 10.27 ; Psaumes 55.14).

      18

      Comparez Matthieu 23.23. Il ne faut jamais séparer l'observation intérieure de l'observation extérieure de la loi.

      19

      Donne plus de force au sage, littéralement : se montre plus fort en faveur du sage (Proverbes 10.15).

      Que dix capitaines, à la tête d'autant de légions.

      20

      Car il n'est pas sur la terre un homme juste. Bien heureusement, la sagesse rend fort, car il n'y a personne qui ne soit affaibli par le péché. Sur cette affirmation de la culpabilité générale de toute la race humaine, voir dans l'Ancien Testament Psaumes 130.3 ; 143.2 ; Job 9.2 ; 14.3 ; Proverbes 20.9 ; 1Rois 8.16.

      21

      21 et 22 Il n'y a pas de juste ; tu ne l'es pas. Sois donc indulgent pour autrui, et méfiant. Si l'on te juge, sévèrement, ne t'en préoccupe pas trop. Ne fais pas dépendre ta conduite de l'opinion des autres. Sache ignorer les propos qui pourraient t'irriter (Psaumes 38.14 ; 1Samuel 10.27 ; 2Samuel 16.10). Souviens-toi que tu n'as pas toujours été juste dans tes appréciations (Jacques 3.1-2).

      23

      23 et 24. Ces versets sont un coup d'Ňďil r√©trospectif sur les versets 15 √† 22, ou m√™me sur tout ce qui pr√©c√®de depuis le commencement du chapitre. L'Eccl√©siaste se rend le t√©moignage d'avoir √©tudi√© la question de la vraie justice avec sagesse. Et cependant il doit reconna√ģtre qu'il n'a pu arriver √† la sagesse. Il n'y a pas ici de contradiction, car il faut distinguer entre la sagesse, disposition du cŇďur, et la sagesse en soi, pens√©e absolument bonne de Dieu. Tout en faisant un usage loyal de sa conscience et de son sens moral, l'Eccl√©siaste n'a pu arriver √† r√©soudre les √©nigmes que pr√©sente le plan divin.

      Plus de sagesse encore ! littéralement : Je veux devenir sagesse, faire corps avec elle.

      Est restée loin de moi. Contrepartie de Deutéronome 30.11-14.

      24

      Ce qui est : l'essence, le fond des choses, dont nous ne voyons que l'apparence ; l'explication des phénomènes moraux qui nous dépassent. Tout cela est hors de la portée de notre intelligence actuelle. Comparez 3.11 ; 8.17 ; Job 11.8.

      Profond, profond : Romains 11.33.

      25

      25 à 29 Fuir les séductions d'ici-bas et surtout l'impureté.

      Bien que, dans la recherche de la vérité, l'Ecclésiaste ne soit jusqu'ici arrivé qu'à des résultats bien incomplets, et qu'il vienne de proclamer l'incapacité de l'homme de tout comprendre ici-bas, il ne laisse pourtant pas de chercher encore, seulement, il se rabat sur la morale (début du verset 25). Il pratique déjà la méthode que préconisera le Seigneur : C'est en faisant la volonté de Dieu qu'on arrive à la connaissance de la vérité (Jean 7.17). La sagesse nous dépasse, mais elle existe et elle descend jusqu'à nous sous la forme déjà de lois morales. L'abandon de ces lois serait la plus insigne folie. S'éloigner du mal, c'est l'intelligence (Job 28.28).

      Moi et mon cŇďur, tr√®s s√©rieusement, en consultant ma conscience. L'accumulation des verbes (r√©fl√©chir, examiner, rechercher, constater) montre que la t√Ęche √©tait grande et r√©clamait tout son z√®le.

      Que la m√©chancet√© est une folie. Ce n'est pas l'ignorance qui est folie, ni l'impossibilit√© o√Ļ l'on est de comprendre les choses, mais bien le mal moral.

      La déraison : la méchanceté érigée en système par l'impiété.

      26

      Et de tous les péchés dont il a pu mesurer la gravité, le plus mortel, le plus amer, c'est l'impureté (Proverbes 5.3-6 ; 6.24-26 ; 7.5,21,22 ; 22.14).

      Plus amère que la mort. Comparez 1Samuel 15.32.

      Qui n'est que piège : qui n'a qu'une pensée, attirer l'attention.

      Les mains des cha√ģnes. Remarquez la gradation.

      Celui qui pla√ģt √† Dieu, lui √©chappe. Comparez 7.18.

      Encore aujourd'hui l'impureté est la plaie la plus dangereuse de l'humanité ; mais on ne pourrait plus en rendre surtout responsable la femme ; l'Evangile l'a réhabilitée.

      27

      Pour en découvrir la valeur comparative.

      28

      Mais pas une femme entre elles toutes. Même parmi celles qui ne rentrent pas dans la catégorie décrite verset 26, les vraies femmes sont presque introuvables (Proverbes 31.10).

      29

      On pourrait être tenté de rendre Dieu responsable de cette universalité du péché et de l'extrême rareté du bien dans le monde. L'Ecclésiaste, avant de terminer, veut repousser une semblable conclusion. Dieu a créé l'homme droit, à son image ; et même depuis la chute il lui reste une conscience (Romains 2.15). Si les hommes sont si facilement séduits et se laissent en particulier si facilement prendre par les artifices de la femme, c'est que leurs passions leur suggèrent de fausses excuses (Jérémie 17.9). Ils abandonnent la simplicité dont parle 2Corinthiens 11.3. Comme Eve, ils écoutent, la voix du mensonge (Jacques 1.13-14).

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