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Romains 14

    • 1 Les rapports entre les forts et les faibles en la foi. Ch. 14¬†:1 √† 15¬†:13

      Chapitre 14.

      1 à 12 Exhoration aux deux partis à se respecter mutuellement.

      L'ap√ītre vient de pr√©senter le commandement de l'amour fraternel comme l'accomplissement de toute la loi. (Romains 13.8-10)

      C'est ce qui l'am√®ne peut-√™tre √† penser √† ce groupe de chr√©tiens de Rome qui mettaient leur conscience √† se refuser certains aliments et √† observer certains jours, et qui √©taient expos√©s par l√† m√™me √† m√©conna√ģtre l'importance bien plus grande du commandement de l'amour, tandis que, d'autre part, les chr√©tiens plus √©clair√©s pouvaient √™tre entraid√©s, par des discussions avec les premiers, √† transgresser ce commandement.

      C'est peut-√™tre aussi la recommandation de "ne pas prendre soin de la chair," (Romains 13.14) qui conduit l'ap√ītre √† parler de chr√©tiens qui paraissaient pratiquer cette r√®gle par leur abstinence.

      Quoi qu'il en Soit, Paul avait été informé de la situation intérieure de l'Eglise de Rome, des divisions dont elle était menacée par les divergences de vues entre les "forts" et les "faibles." C'est ce qui l'oblige à traiter le sujet de leurs relations réciproques. Il abordait ainsi une application spéciale des principes qu'il avait posés touchant les rapports entre chrétiens. (Romains 12.9 et suivants)

      Celui qui est faible dans la foi, celui dont la foi est faible sur un point particulier, accueillez le ; montrez-vous bienveillants à son égard. Cette exhortation s'adresse à toute l'Eglise.

      Les faibles n'étaient donc qu'une petite minorité. Il n'est pas probable que Paul leur ait, le premier, appliqué cette épithète de faibles.

      On les d√©signait ainsi dans l'Eglise de Rome, et Paul adopte cette d√©signation parce qu'elle correspondait √† la v√©rit√©. Ces chr√©tiens, qui se faisaient des scrupules de manger de la viande et se croyaient tenus d'observer certains jours, √©taient r√©ellement faibles dans la foi¬†; ils n'avaient pas compris tout le conseil de Dieu, ni cru √† la pl√©nitude de sa gr√Ęce¬†; ils ne saisissaient pas la glorieuse libert√© dont jouit l'enfant de Dieu, apr√®s que Christ l'a affranchi des servitudes l√©gales (Galates 5.1 et suivants¬†; Colossiens 2.20).

      Mais ils étaient sincères dans leur erreur et ils ne faisaient pas des abstinences et des observances auxquelles ils se soumettaient pour leur compte personnel, une règle pour tous, ni une condition du salut.

      Si tel avait √©t√© le cas, Paul les aurait combattus √©nergiquement, comme il avait fait pour les juda√Įsants qui troublaient les Eglises de Galatie, (Galates 3.1 et suivants) comme il fit plus tard pour les faux docteurs de Colosses. (Colossiens 2.8, suivants)

      Lui, si s√©v√®re et inflexible √† l'√©gard de ceux qui pr√©tendaient imposer l'observation de la loi et √©tablir leur justice par les Ňďuvres, en an√©antissant la gr√Ęce, lui qui p√©trissait ces juda√Įsants des noms de "faux ap√ītres" et de "s√©ducteurs" (2Corinthiens 11.13) et traitait leur enseignement de "doctrines de d√©mons," (1Timoth√©e 4.1) nous le trouvons ici plein du plus tendre support envers ces √Ęmes faibles et timor√©es qui s'affligeaient seulement de voir leurs fr√®res sans scrupules √† l'√©gard de ce qu'ils estimaient d√©fendu au chr√©1ien. Il r√©prouve avec vivacit√© les jugements s√©v√®res dont ils √©taient l'objet. Il les prend sous sa protection et plaide en leur faveur aupr√®s des forts, (comparez Romains 15.1) recommandant a ceux-ci de les supporter avec charit√©, de condescendre √† leur infirmit√©, de les aimer comme des fr√®res.

      Quelles le√ßons l'exemple de l'ap√ītre donne aux chr√©tiens de tous les temps¬†!

      - Les opinions varient sur l'origine et la race des faibles, les uns voient en eux d'anciens pa√Įens, les autres des Juifs. Les premiers se fondent sur le fait que la loi de Mo√Įse n'interdit pas l'usage de toute viande, (verset 2) mais seulement celui de la chair de certains animaux, (Actes 10.14) et en concluent que les faibles sont des pa√Įens, conduits par des vues dualistes √† regarder la mati√®re comme mauvaise par ellem√™me.

      Les autres considèrent les faibles comme des chrétiens d'origine juive, parce qu'ils faisaient une distinction entre les jours ; (verset 5) observer des jours de fête, et le sabbat en particulier, demeurait la préoccupation persistante de ceux qui avaient été élevés sous la loi. Cette dernière opinion nous parait la plus vraisemblable.

      On ne peut nier qu'il y avait dans l'Eglise de Rome une minorit√© jud√©o-chr√©tienne. Les faibles se recrutaient dans son sein. Sous l'influence d'id√©es d'origine pa√Įenne, beaucoup de Juifs en √©taient venus √† condamner l'usage de la viande et m√™me du vin. (verset 21) Tel √©tait le cas des ess√©niens, ces asc√®tes qui formaient des colonies de moines sur les bords de la mer Morte et qui s'√©taient r√©pandus dans beaucoup de contr√©es.

      Les faibles de Rome n'étaient cependant pas des esséniens, car ceux-ci condamnaient aussi le mariage et faisaient de leurs abstinences une question de principe. Paul aurait été obligé de les combattre comme les faux docteurs de Colosses. (Colossiens 2.20 et suivants)

      Ce qui prouve aussi que les faibles √©taient des chr√©tiens d'origine juive, c'est la mani√®re dont l'ap√ītre invoque en leur faveur l'exemple de Christ qui, pour eux, "s'est fait serviteur de la circoncision." (Romains 15.8) Il faut remarquer enfin qu'ils n'osaient manger de la viande parce qu'ils estimaient cet aliment impur en soi, tandis que certains membres de l'Eglise de Corinthe (1Corinthiens 8) √©taient retenus par la crainte que la viande achet√©e sur le march√© ne provint de b√™tes sacrifi√©es aux idoles

      Les derniers mots du verset, par lesquels l'ap√ītre caract√©rise l'accueil qu'il recommande de faire au faible, sont traduits par la plupart¬†: "sans discussions d'opinions." Mais le premier mot grec est le substantif d'un verbe qui signifie¬†: juger, d√©cider entre des opinions, des partis¬†; le second est rendu imparfaitement par "opinions." Il signifie proprement le dialogue, la discussion qu'un homme a avec lui-m√™me ou avec d'autres.

      L'ap√ītre veut dire¬†: que les forts s'abstiennent, en accueillant les faibles, de juger leurs pens√©es, leurs d√©lib√©rations, leurs h√©sitations, (Philippiens 2.14) ou de trancher les questions controvers√©es.

      2 L'un (grec) croit manger de tout, il a une foi assez ferme pour manger de tous les aliments, sans distinction.

      L'autre (grec) étant faible, mange des légumes. Il s'abstient de viande, afin de maintenir la chair dans la dépendance de l'esprit, ou par crainte de consommer des aliments impurs.

      3 Celui qui mange...qui ne mange pas,...il faut sous-entendre "de tout".

      Le motif invoqu√©¬†: car Dieu l'a accueilli, pourrait √™tre oppos√© tout √† la fois au m√©pris du fort pour le faible, et au jugement t√©m√©raire que le faible porte sur le fort¬†; l'ap√ītre adresserait son exhortation √† l'un et √† l'autre.

      Cependant la suite (verset 4) montre que l'ap√ītre a plus sp√©cialement en vue le faible et son penchant √† juger celui qui use de sa libert√© de chr√©tien.

      C'est donc seulement de celui qui mange qu'il dit¬†: Dieu l'a accueilli¬†; il lui a fait gr√Ęce et l'a destin√© au salut et √† la vie √©ternelle. La conduite de Dieu envers nous doit toujours √™tre la mesure de notre conduite envers nos fr√®res.

      4 Grec : A son propre Seigneur il se tient debout ou tombe mais il sera maintenu debout, car le Seigneur est puissant pour le maintenir debout.

      Le Seigneur est la leçon de Sin., B. A, C.

      - D, Majusc. portent : Dieu.

      Le verbe se tenir debout est souvent rendu par subsister devant Dieu. (Romains 11.20 ; Luc 21.36 ; Apocalypse 6.17)

      - Juger ton fr√®re n'est pas ton affaire, c'est celle de son Ma√ģtre.

      Il sera maintenu debout, ajoute l'ap√ītre, parlant le langage de la charit√©, bien diff√©rent de celui de l'orgueil qui juge et qui condamne, m√™me sous pr√©texte de prendre int√©r√™t au salut du prochain.

      5 Grec¬†: L'un juge un jour √† c√īt√© d'un jour, l'autre juge chaque jour.

      C'est ici une seconde pratique au sujet de laquelle les chrétiens de Rome différaient d'opinion et devaient apprendre à se supporter.

      Il s'agit du sabbat, des nouvelles lunes et d'autres f√™tes auxquelles des chr√©tiens convertis du juda√Įsme ne pouvaient se r√©soudre √† renoncer.

      L'ap√ītre ne se prononce pas entre les deux pratiques oppos√©es pour condamner absolument l'une et approuver l'autre sans r√©serve. Il veut que chacun soit libre d'agir selon sa conscience, sans √™tre jug√© par les autres.

      Tout ce qu'il demande, c'est que chacun soit pleinement persuadé, pour ne pas agir sous l'impulsion d'autrui ou sous le joug de traditions qu'il suivrait sans réfléchir. Il sait qu'en cherchant à se faire une conviction personnelle, éclairée par l'Esprit de Dieu, le faible s'affranchira graduellement de ses préjugés, de ses vains scrupules, et acquerra une connaissance toujours plus complète de l'Evangile, par laquelle il sera mis en possession des privilèges de la liberté chrétienne.

      6 Grec¬†:..Observe au Seigneur,...mange au Seigneur,...ne mange pas au Seigneur¬†; ils sont √† leur Ma√ģtre, c'est pour lui qu'ils vivent, en vue de lui qu'ils agissent.

      - Dans quelques documents, on lit encore : et celui qui n'observe pas le jour n'observe pas au Seigneur. Cette phrase manque dans la plupart des majuscules

      - L'action de gr√Ęces √† Dieu sanctifie pour l'un sa viande, pour l'autre ses l√©gumes (verset 2¬†; comparez 1Corinthiens 10.25-31, notes).

      Il faut remarquer une nuance. "Celui qui mange de tout mange pour le Seigneur, car il rend gr√Ęces √† Dieu¬†;" son action de gr√Ęces prouve que c'est bien pour le Seigneur qu'il mange. "Celui qui ne mange pas ne mange pas pour le Seigneur, et il rend gr√Ęces √† Dieu¬†;" par sa mod√©ration et sa frugalit√© m√™me, il t√©moigne √† Dieu sa reconnaissance.

      Ce qui importe, dans les choses qui ne sont pas clairement commandées ou défendues c'est que nous fassions tout dans un esprit de filiale obéissance à Dieu et rien en suivant notre volonté propre.

      7 L'ap√ītre explique et motive (en effet) son affirmation pr√©c√©dente que les chr√©tiens observent les jours, s'abstiennent et mangent "pour le Seigneur," en constatant que le chr√©tien ne s'appartient plus¬†; dans la vie comme dans la mort, son √™tre entier est consacr√© au Seigneur.

      S'il vit, c'est pour servir le Seigneur ; s'il meurt, c'est pour aller auprès du Seigneur. (1Thessaloniciens 5.10 ; Philippiens 1.20) Son unique préoccupation est de servir le Seigneur. (2Corinthiens 5.6-9)

      Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur¬†; nous ne sommes pas seulement √† lui par le d√©sir de notre cŇďur, mais nous lui appartenons (grec nous sommes de lui) en fait, par une relation r√©elle fondes sur l'Ňďuvre u salut, que Christ a accomplie pour nous et par laquelle il nous a acquis comme sa propri√©t√©. (verset 9)

      "Par m√™me moyen aussi nous est prescrite la r√®gle qu'il nous faut tenir √† vivre et √† mourir, c'est √† savoir qu'encore qu'il nous prolonge la vie en continuelles mis√®res et langueurs, nous n'app√©tions (cherchions) point toutefois de sortir d'ici devant le temps¬†; et au contraire, s'il nous rappelle au milieu de la fleur de notre √Ęge, que nous soyons toujours pr√™t de partir" Calvin.

      9 Car c'est pour cela que Christ est mort et a repris vie, est la leçon de Sin. ; B. A, C.

      - D, Itala, Irénée ont : a vécu et est mort et est ressuscité. C'est une correction, née du désir de faire une place à la vie terrestre de Jésus.

      - Il a repris vie, (grec) il à vécu ; mais, après : il est mort, ce verbe ne peut s'entendre que de la vie du Christ ressuscité et glorifié.

      Par sa mort, Jésus nous a rachetés et acquis à lui. (1Corinthiens 6.19 ; 2Corinthiens 5.14,15) L'empire qu'il a fondé par sa mort, il l'étend par sa vie dans la gloire, par l'action qu'il exerce en se servant de ses disciples pour conquérir le monde. (Matthieu 28.19 ; Ephésiens 4.8 ; Philippiens 2.8-11)

      Il est ainsi le Seigneur des morts, de ceux qui ont achevé leur carrière terrestre, et des vivants, de ceux qui poursuivent encore leur course ici-bas.

      10 Christ √©tant notre Ma√ģtre est aussi notre seul Juge.

      Or, s'il en est ainsi, pourquoi juges-tu ton fr√®re¬†? dit l'ap√ītre au faible, puis se tournant vers le fort¬†: ou toi aussi, de ton c√īt√©, pourquoi m√©prises-tu ton fr√®re¬†?

      Jugement et m√©pris sont √©galement d√©raisonnables, car nous compara√ģtrons tous devant le tribunal de Dieu.

      - Quelques documents ont : tribunal de Christ, conformément à l'idée plus généralement exprimée dans le Nouveau Testament que Christ remplira l'office de juge suprême ; (2Corinthiens 5.10 ; Matthieu 25.31 ; Jean 5.27 et suivants) mais la grande majorité des manuscrits portent de Dieu.

      - Ce jugement, qui sera rendu devant le tribunal de Dieu, sera infaillible. C'est le seul jugement √©quitable, parce que celui qui le prononcera conna√ģtra toutes les circonstances et les appr√©ciera selon sa justice et sa mis√©ricorde parfaites. La perspective de ce jugement d√©finitif nous interdit de porter sur notre prochain des jugements t√©m√©raires (verset 4¬†; comparez Matthieu 7.1).

      - Dans ce passage comme dans 2Corinthiens 5.10, l'ap√ītre enseigne que les chr√©tiens seront tous soumis au jugement dernier. D'apr√®s d'autres paroles du Nouveau Testament, il semble que leur privil√®ge soit pr√©cis√©ment de "ne pas venir en jugement.." (Jean 3.18¬†; 5.24¬†; 1Corinthiens 11.31)

      Ces d√©clarations toutefois ne signifient pas que le chr√©tien n'ait plus rien √† faire avec le jugement supr√™me, mais seulement qu'il peut envisager ce jugement avec la s√©r√©nit√© de celui qui est assur√© en Christ de n'√™tre point condamn√©. Pour lui, le jugement sera l'acte solennel par lequel Dieu reconna√ģtra qu'il est parfaitement sauv√© en Christ (comparez 5¬†: 9-11).

      11 Esa√Įe 45.23¬†; comparez Philippiens 2.9-11.
      12 La plupart des documents portent : rendra compte à Dieu.

      Ce complément est omis par B et deux majuscules Il a été probablement ajouté au texte primitif.

      - La pratique de l'Eglise romaine, qui impute aux uns les Ňďuvres sur√©rogatoires des autres et constitue avec les m√©rites des saints le tr√©sor des indulgences qu'elle octroie aux p√©cheurs, est en contradiction flagrante avec le principe √©nonc√© dans ce verset.

      13 13 √† 23 Exhortation aux forts¬†: les √©gards d√Ľs aux faibles.

      Dans ce verset qui fait transition √† la suite, Paul s'adresse encore aux deux partis par un jeu de mots hardi, il leur montre sur quoi ils doivent faire porter leur perspicacit√© et leur penchant √† juger¬†: ne nous jugeons plus les uns les autres, mais (grec) jugez plut√īt ceci, de ne pas placer au fr√®re une pierre d'achoppement, c'est-√†-dire un obstacle o√Ļ il pourrait se heurter et qui le ferait tr√©bucher, ou une occasion de chute (ce dernier mot manque dans A), soit un moyen de le faire tomber tout √† fait. Cette recommandation s'adresse plus sp√©cialement aux forts.

      "Le fort est involontairement et inévitablement un danger pour le faible, en ce qu'il peut devenir pour lui une cause de chute." Schlatter. (Comparer 1Corinthiens 8.7-13, notes.)

      14 Paul exprime par deux verbes : je sais et je suis persuadé, sa conviction qu'aucune chose créée par Dieu n'est impure par soimême.

      Cette conviction, il l'a dans le Seigneur Jésus, non seulement en s'appuyant sur telle de ses déclarations, (Marc 7.15, etc.) mais en se pénétrant de son esprit et en demeurant dans sa communion.

      Il n'en est pas moins convaincu, que si un chrétien estime dans sa conscience tel aliment impur, cet aliment est impur pour lui. (comp verset 20)

      15 Le verset verset 14 était une parenthèse ;

      verset 15 donne le motif (car) de l'exhortation de verset 13 : ne fournir aucun scandale à nos frères. Le texte reçu introduit ce verset par or ; c'est une fausse correction, provoquée par l'impossibilité de relier verset 15 à verset 14 par car.

      L'amour, tel est le grand principe en vertu duquel tout chrétien évite de contrister son frère, c'est à dire de le scandaliser dans sa conscience.

      16 Grec : Que votre bien ne soit pas blasphémé.

      Par votre bien beaucoup d'interprètes entendent la doctrine évangélique, la foi chrétienne ou le royaume de Dieu, le souverain bien des chrétiens.

      Ceux qui seraient port√©s √† le blasph√©mer √† en dire du mal, seraient dans ce cas les gens du dehors, le monde. La recommandation de l'ap√ītre signifierait¬†: N'allez pas par vos disputes sur des aliments exposer le christianisme √† √™tre mal jug√© et calomni√© par les infid√®les. Mais si Paul pensait √† des jugements port√©s par des pa√Įens il aurait d√Ľ le dire.

      Le contexte fait plut√īt penser au jugement que les faibles portent sur les forts. S'adressant √† ceux-ci, comme dans les versets pr√©c√©dents, Paul leur dit¬†: N'exposez pas votre bien de croyants affranchis de la loi et possesseurs de la libert√© chr√©tienne √† √™tre bl√Ęm√©, appr√©ci√© d√©favorablement par les faibles.

      17 Le royaume de Dieu n'est pas le manger et le boire : manière concise et vive de dire que le règne de Dieu, ce saint état de communion vivante avec lui, de vraie liberté dans l'obéissance constante aux directions de son Esprit, ne consiste pas dans la licence de manger et de boire ce que bon nous semble, sans égards pour les scrupules de nos frères.

      Son principe constitutif, c'est l'action de l'Esprit-Saint qui seul nous introduit dans la communion avec Dieu et nous y maintient, et qui produit en nous la justice, c'est-√†-dire le pardon des p√©ch√©s et la saintet√© de la vie, la paix avec Dieu d'abord, (Romains 5.1) puis avec nos fr√®res, et une sainte joie qui affranchit l'√Ęme de ses p√©nibles anxi√©t√©s (1Thessaloniciens 1.6) et la dispose √† la bienveillance envers le prochain.

      Ces sentiments, entretenus par le Saint-Esprit, se manifestent d'abord dans les rapports de l'√Ęme avec Dieu¬†; mais ils ont ensuite leur r√©percussion dans nos relations avec nos fr√®res. (comparez Galates 5.22)

      18 Grec¬†: Celui qui sert le Christ en ceci, dans la justice, la paix et la joie qui sont l'essence du royaume de Dieu, est agr√©able √† Dieu, puisque ces dispositions sont l'Ňďuvre de son Esprit, et il est impossible qu'il ne soit pas approuv√© des hommes.
      19 Conclusion (ainsi donc) sous forme d'exhortation à travailler à l'édification mutuelle (grec l'édification, celle les uns pour les autres).

      Ce mot d'√©dification renferme une image dont la sens est souvent arbitrairement restreint. Edifier signifie "b√Ętir".

      Dans le Nouveau Testament, ce terme est appliqu√© d'abord au d√©veloppement int√©rieur du chr√©tien¬†: sentiment, connaissance, volont√©, tout doit cro√ģtre en lui et s'√©lever harmonieusement pour faire de lui un saint temple. (1Corinthiens 3.16¬†; 8.1¬†; 14.3,Actes 20.32)

      Mais l'image est aussi et surtout employer pour figurer le développement de l'Eglise dans la construction de laquelle les chrétiens entrent comme des pierres vives. (1Pierre 2.5 ; 1Corinthiens 3.10 ; Ephésiens 2.21,22 ; Actes 9.31)

      A cette Ňďuvre d'√©dification collective tous doivent concourir¬†; l'√©dification doit √™tre vraiment mutuelle.

      20 L'Ňďuvre de Dieu dans ton fr√®re, sa foi, sa vie chr√©tienne. Ce que Dieu a √©difi√©, ne le d√©molis pas. (comparez verset 15, note)

      - Mais une chose devient mauvaise...(grec) mais c'est mauvais pour l'homme qui mange moyennant achoppement, dans des circonstances o√Ļ il y a achoppement¬†; cela doit probablement se rapporter au faible qui, en mangeant, agit contre sa conscience et est ainsi scandalis√©.

      D'autres le rapportent au fort, qui donne du scandale en mangeant. Ils invoquent le verset suivant en faveur de ce sens.

      Mais l'explication que nous admettons se justifie mieux d'apr√®s le contexte g√©n√©ral¬†: (comparez verset 14) Paul explique comment L'Ňďuvre de Dieu peut √™tre d√©truite par un aliment, quand m√™me toutes choses sont pures.

      21 Il est bien de ne pas manger de viande ni boire de vin (grec) ni en quoi ton frère s'achoppe.

      Le plus simple est de sous-entendre : user d'une chose par laquelle le faible est scandalisé. Paul pense à quelque aliment autre que la viande et le vin, ou à telle jouissance permise en elle-même.

      La charité conseille au chrétien de s'abstenir de tout ce qui pourrait être une occasion de chute pour un frère quand même il aurait pour soi la liberté d'en user.

      Ce principe trouve, aujourd'hui encore, son application dans l'usage des boissons alcooliques et dans mainte autre circonstance o√Ļ la libert√© chr√©tienne doit √™tre sacrifi√©e aux √©gards dus √† la conscience des faibles.

      - La plupart des éditeurs modernes se fondant sur Sin., A, C, omettent les mots qui, dans B, D, majuscules, se lisent à la fin du verset : ou est scandalisé ou est faible. Sin. porte : est contristé au lieu de s'achoppe.

      22 Sin., B, A, C portent : la foi que tu as.

      Cette leçon est généralement rejetée.

      Tu as la foi...met le croyant en évidence pour l'opposer à celui qui doute. (verset 23)

      Tu as une foi √©clair√©e et forte¬†; garde-la (grec aie-la) par devers toi, pour toi-m√™me, dans ton cŇďur, devant Dieu. Ne crains pas d'en rien perdre parce que, par amour pour ton fr√®re, tu auras renonc√© √† certaines libert√©s, que ta conviction te donnait.

      Ce n'est pas le sacrifice de cette conviction elle-m√™me que Dieu te demande. Garde-la devant Dieu qui la conna√ģt, et ne te presse pas de l'afficher √† tout propos en public.

      Le chr√©tien re√ßoit la foi et les lumi√®res qu'elle lui procure d'abord pour lui-m√™me, pour qu'elle lui donne acc√®s aupr√®s de Dieu et le fasse vivre dans sa communion. S'il en use √† cette fin, il ne sera pas entra√ģn√© par elle √† s'enorgueillir, √† m√©priser ou √† scandaliser ses fr√®res plus faibles et moins √©clair√©s.

      Heureux celui qui ne se juge pas soimême, c'est-à-dire qui n'a pas à examiner anxieusement sa ligne de conduite pour savoir si ce qu'il approuve est bien, s'il prend le bon parti. Il s'agit de celui qui a une conviction éclairée et ferme.

      L'ap√ītre lui fait sentir son avantage, auquel il oppose (verset 23) la triste condition de "celui qui doute." La traduction¬†: "celui qui ne se condamne pas dans ce qu'il approuve," est inadmissible.

      23 L'ap√ītre, qui a plaid√© jusqu'ici la cause des faibles, afin qu'ils ne fussent point juges ni m√©pris√©s par les forts, n'entend point excuser ni encourager les h√©sitations et les variations d'un esprit ind√©cis.

      Sans la foi, qui donne une ferme conviction, il n'y a pas de vraie moralité. Ce qui le prouve, c'est le cas spécial dont Paul s'est occupé dans ce chapitre et auquel il revient dans les premiers mots de notre verset.

      Voici un homme qui doute s'il y a, oui ou non, péché à manger de certains aliments, et qui pourtant en mange : il est condamné par le fait même qu'il a mangé ; à son propre point de vue, il a commis un péché. Cet homme agira-t-il mieux dans un cas plus grave, lorsque, en présence d'une tentation plus redoutable, il sera sans conviction et sans force ?

      L'ap√ītre indique ce qui rend coupable l'acte de celui qui mange dans ces conditions¬†: cet acte ne vient point de la foi. Puis il proclame ce principe g√©n√©ral¬†: tout ce qui ne vient point de la foi est p√©ch√©.

      Il faut se garder, si l'on veut saisir la pens√©e de l'ap√ītre dans sa profondeur et rester dans le vrai, de donner ici au mot foi le sens d'une simple conviction individuelle et subjective, de la persuasion o√Ļ l'on est, √† chaque moment donn√©, (verset 5) sans √©gard √† l'inspiration qui a form√© cette conviction.

      Le mot de foi n'est appliqu√© dans l'Ecriture qu'√† la confiance du cŇďur en Dieu, √† l'ob√©issance √† sa volont√© qu'il nous a r√©v√©l√©e. Pour autant que cette foi suppose des id√©es et forme des convictions, elle les marque de son empreinte.

      La foi, dans notre passage, n'est donc pas une conviction quelconque. C'est de la foi chrétienne qu'il est question dans tout ce chapitre. (comparez verset 1, note)

      La faiblesse des faibles provient précisément du vague et de l'obscurité de leur foi en Christ. Cette foi est faible relativement à son objet, Christ : elle ne saisit pas le salut qu'il apporte, l'affranchissement qu'il procure dans toute leur étendue. Elle l'est aussi quant à ses fruits : elle ne donne ni certitude, ni paix, ni joie ; elle n'éclaire ni ne vivifie la conscience ; elle abandonne l'homme, dans chaque cas donné, à toute l'incertitude, à toutes les fluctuations d'une volonté indécise.

      Quand il ob√©it ainsi √† ses propres inspirations et n'est pas conduit par l'Esprit de Dieu, tout ce qu'il fait, m√™me ses bonnes Ňďuvres, porte le triste caract√®re du p√©ch√©.

      La foi seule, par laquelle l'homme sort de lui-m√™me pour vivre en Dieu, dans son ob√©issance, dans son amour, donne √† ses Ňďuvres leur caract√®re moral.

      "Remarque bien cette d√©claration universelle contre toutes les Ňďuvres faites sans la foi et gardetoi des fausses gloses invent√©es par plusieurs docteurs." Luther.

      "Dieu regarde l'ob√©issance int√©rieure du cŇďur, de laquelle seule d√©pend toute l'estime de nos Ňďuvres. Or quelle ob√©issance y at-il en cela, quand l'homme entreprend quelque chose, de laquelle il n'est point certain qu'elle soit approuv√©e de Dieu¬†? Le mot de foi est ici mis pour une r√©solution arr√™t√©e en l'esprit et ferme certitude...qui soit con√ßue de la v√©rit√© de Dieu et en proc√®de. Or comme l'esprit fid√®le ne se peut en nulle part assur√©ment arr√™ter qu'en la parole de Dieu, il faut que, par ce passage, toutes inventions de servir Dieu et toutes Ňďuvres qui ont pris leur origine dedans le cerveau des hommes s'en aillent en fum√©e. Car quand Paul condamne tout ce qui n'est pas de la foi, il rejette tout ce qui n'est point fond√© sur la Parole de Dieu et approuv√© en elle. Et cependant cela seul ne suffit pas, que ce que nous faisons soit approuv√© par la Parole de Dieu¬†; il faut encore que l'esprit √©tant muni de cette certitude et ferme persuasion, s'emploie √† l'Ňďuvre avec all√©gresse. Ainsi donc, le commencement ou fondement de bien vivre et droitement est, qu'√©tant appuy√©s sur la Parole de Dieu, afin que nos esprits ne soient en branle d'un c√īt√© et d'autre, nous marchions assur√©ment et hardiment o√Ļ que Dieu nous appelle." Calvin.

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