TopFormation Voyagez au cŇďur de l'arch√©ologie biblique !

Deutéronome 34

    • 1

      1 √† 4 Mo√Įse monte sur le N√©bo.

      Le voyageur Tristram décrit ainsi la vue qui se déroula devant ses yeux depuis le sommet d'une montagne qu'il avait tout lieu de prendre pour le Pisga :

      Le jour √©tait clair. Au sud s'√©tendaient la cha√ģne des Abarim et de lointains horizons¬†; √† l'est la fertile Belka, oc√©an de bl√© et de prairies allant se perdre jusque dans l'Arabie¬†; √† l'ouest la mer Morte, miroir de m√©tal, au-del√† de laquelle se dressait le plateau de Juda, avec H√©bron, les collines de Bethl√©em, le mont des Oliviers et l'√©glise qui le surmonte¬†; plus pr√®s, la plaine de J√©richo, avec le cours sinueux du Jourdain. Au-del√†, ce sommet arrondi, c'√©tait le Garizim¬†; plus loin encore, l'ouverture de la plaine d'Esdra√©lon, le Carmel, et quelque chose comme la mer...¬†; au nord-ouest le Thabor, ais√©ment reconnaissable, et le mont Guilboa. Le Hermon aux neiges √©ternelles avait son sommet couvert d'un nuage qui voilait aussi le Liban¬†; mais directement au nord les sombres for√™ts de Galaad √©tendaient leurs grandes vagues au-dessus desquelles se dressaient ici et l√† de hardis sommets.

      Galaad jusqu'√†... L'√©num√©ration suivante est celle des pays que contempla Mo√Įse d'un regard circulaire allant d'abord droit au nord par Galaad jusqu'√† Dan, puis tournant √† l'ouest par les montagnes de Nephthali, revenant au sud par Ephra√Įm et arrivant √† Juda et au N√©gueb, l'extr√©mit√© sud de Canaan¬†; apr√®s quoi son regard se porte sur le premier plan, imm√©diatement au pied du N√©bo, l'Araba et la mer Morte, du nord (J√©richo) au sud (Tsoar). Tous les noms employ√©s dans cette √©num√©ration appartiennent √† un temps post√©rieur √† la conqu√™te, et celui de Dan, qui ne peut d√©signer que l'ancienne La√Įs, au pied du Hermon, doit m√™me √™tre post√©rieur au temps des Juges (Gen√®se 14.14)¬†; voir au verset 10.

      5

      5 √† 8 Mort, ensevelissement et deuil de Mo√Įse.

      Sur l'ordre de l'Eternel. Cette indication ne porte pas seulement sur le lieu de la mort, mais sur le fait lui-m√™me, car Mo√Įse aurait pu vivre longtemps encore. d'apr√®s le verset 7. Il en est de m√™me d'Aaron, qui meurt apr√®s avoir gravi lui-m√™me la montagne de Hor. Comme l'expression sur l'ordre pourrait se traduire litt√©ralement par : sur la bouche, les rabbins ont tir√© de l√† cette belle pens√©e que ces deux hommes √©taient morts du baiser de l'Eternel.

      Dans le pays de Moab : ainsi sans avoir mis le pied en Canaan.

      6

      Et il l'ensevelit. On a traduit aussi : On l'ensevelit, mais notre traduction est plus naturelle¬†; voir la fin du verset. Aaron avait √©t√© enseveli par Mo√Įse et El√©azar (Nombres 20.28)¬†; Mo√Įse l'est par l'Eternel sans doute par le minist√®re des anges. C'est l√† un honneur qui compense en quelque mani√®re l'humiliation inflig√©e √† ce serviteur de Dieu par son exclusion de la Terre promise.

      Dans la vall√©e : non dans la vall√©e du Jourdain, o√Ļ Dieu aurait transport√© son corps, mais dans la vall√©e dont il a √©t√© parl√© Nombres 21.20, qui se trouvait sur la hauteur du Pisga, par cons√©quent pr√®s du N√©bo, dans la campagne de Moab. Les Juifs ont pens√© que Dieu avait accompli cet acte par le moyen de l'archange Michel¬†; de l√† sans doute la tradition √† laquelle fait allusion Jude, verset 9. Il nous para√ģt probable que l'intention divine a √©t√© de soustraire le corps de Mo√Įse √† une v√©n√©ration exag√©r√©e et superstitieuse.

      8

      Trente jours, comme pour Aaron (Nombres 20.29).

      9

      9 à 12 Conclusion.

      10

      Ce verset suppose, dans tous les cas, un certain nombre de si√®cles √©coul√©s entre la mort de Mo√Įse et la r√©daction de ce morceau. La critique croit reconna√ģtre dans ce chapitre une compilation des r√©cits renferm√©s dans les diff√©rents documents qui racontaient la mort de Mo√Įse.

      10 √† 12 L'auteur fait remarquer deux traits qui ont surtout distingu√© Mo√Įse : l'intimit√© de sa relation avec l'Eternel (Nombres 12.8), et la puissance des signes qu'il lui a √©t√© donn√© d'accomplir.

      Conclusion sur le Deutéronome

      Ce livre se compose de deux parties bien distinctes : l'une narrative, comprenant le pr√©ambule, 1.1 √† 5, et la conclusion, chapitres 31 √† 34¬†; l'autre, qui renferme tout le reste du livre et contient les trois derniers discours de Mo√Įse.

      Il n'est pas douteux que la partie narrative a √©t√© compos√©e apr√®s la mort de Mo√Įse : d'abord parce qu'elle contient le r√©cit de cet √©v√©nement ainsi que des circonstances qui l'ont imm√©diatement pr√©c√©d√©. Les r√©flexions renferm√©es dans les trois derniers versets : Il ne s'est jamais √©lev√© en Isra√ęl de proph√®te comme Mo√Įse... supposent des si√®cles √©cout√©s entre la mort du l√©gislateur et la r√©daction de ces lignes. Enfin, l'on trouve dans cette partie au moins un document qui para√ģt r√©dig√© post√©rieurement au temps de Mo√Įse, la b√©n√©diction du chapitre 33.

      Quant √† la partie centrale, celle des discours, il existe aujourd'hui deux mani√®res de l'envisager. La plus r√©pandue est celle qui y voit l'Ňďuvre d'un auteur post√©rieur √† l'√©poque de Mo√Įse qui aurait eu le d√©sir bien intentionn√© de faire p√©n√©trer dans le cŇďur et dans les mŇďurs du peuple une l√©gislation qui n'√©tait gu√®re connue encore que des sacrificateurs et des juges. L'auteur ne se serait fait aucun scrupule de mettre ces discours compos√©s par lui dans la bouche de Mo√Įse, parce qu'il √©tait assur√© de parler dans l'esprit de ce serviteur de Dieu et de ne dire au peuple que ce que Mo√Įse lui aurait dit lui-m√™me dans les circonstances dans lesquelles il √©crivait.

      Les partisans de cette opinion diff√®rent beaucoup entre eux lorsqu'il s'agit de fixer l'√©poque o√Ļ a eu lieu cette composition. Ceux qui la rapprochent le plus du temps de Mo√Įse la placent √† l'√©poque de Samuel, trois si√®cles et demi apr√®s Mo√Įse¬†; d'autres la placent deux si√®cles plus tard, sous Josaphat, des troisi√®mes plus tard encore, sous Ez√©chias ou son fils Manass√©, sept si√®cles et plus apr√®s Mo√Įse¬†; les derniers, dont la mani√®re de voir s'affirme avec le plus d'assurance, indiquent comme date le r√®gne de Josias, huit si√®cles et demi apr√®s Mo√Įse.

      La seconde opinion attribue, conform√©ment aux donn√©es du livre, les discours et leur r√©daction √† Mo√Įse lui-m√™me.

      Il ne faudrait pas croire que les partisans de la première manière de voir appartiennent tous au parti rationaliste. Un grand nombre de savants qui croient fermement à la révélation, s'y sont rangés. Voici les motifs qu'on fait valoir en sa faveur :

      1) Le ton des exhortations édifiantes renfermées dans ces discours est absolument celui des prophètes postérieurs. Il y a en particulier des rapports d'expression très étroits entre certains passages et le livre de Jérémie.

      2) On remarque des contradictions entre certaines prescriptions législatives du Deutéronome et les dispositions correspondantes des livres précédents, de sorte que l'on est conduit à envisager la législation de ce livre comme une phase différente de celle de ces derniers. De plus, des contradictions analogues se retrouvent entre les faits historiques cités dans le Deutéronome et l'histoire racontée dans les livres précédents.

      3) L'auteur du Deut√©ronome emploie fr√©quemment les documents post√©rieurs √† Mo√Įse qui ont servi √† composer le Pentateuque.

      Voici les réponses que l'on peut faire à ces objections.

      1) Rien n'emp√™che que le ton proph√©tique et √©difiant des discours du Deut√©ronome n'ait pu se trouver dans la bouche de Mo√Įse lui-m√™me, car il √©tait proph√®te non moins que Marie, sa sŇďur (Deut√©ronome 18.15,18¬†; 34.10). Au moment de quitter ce peuple qui allait entrer dans la Terre promise, il lui parle non plus en l√©gislateur, mais comme un p√®re qui adresse ses derni√®res paroles √† sa famille. A cette g√©n√©ration qui formait un peuple nouveau dont les membres pour la plupart n'avaient point assist√© aux grandes sc√®nes du Sina√Į, il veut r√©p√©ter lui-m√™me cette loi que Dieu lui avait donn√©e, lui faire comprendre que c'est de son observation que d√©pend son bonheur ou son malheur, et il la reproduit dans ce but non en se collant √† la lettre des commandements, mais en s'effor√ßant d'en faire p√©n√©trer l'esprit dans le cŇďur et la vie de la nation, en insistant surtout sur les dispositions fondamentales qui sont l'√Ęme de toute vraie ob√©issance, la reconnaissance et l'amour pour Dieu, l'√©quit√© et la mis√©ricorde envers le prochain. Et n'est-ce pas l√† le vrai esprit proph√©tique? Comme l'a dit un critique √©minent, qui ne partage pourtant pas notre mani√®re de voir sur ce livre : Le Deut√©ronome renferme l'esprit le plus pur du mosa√Įsme lui-m√™me appliqu√© √† la vie.

      2) Les contradictions l√©gislatives que l'on all√®gue nous ont paru se r√©soudre sans beaucoup de difficult√©s¬†; celle sur les d√ģmes (12.6¬†; 14.22¬†; comparez avec Nombres 18.20 et suivants), par le fait que les prescriptions du Deut√©ronome prises √† elles seules sans y ajouter celles des Nombres, auraient √©t√© absolument insuffisantes pour pourvoir √† l'entretien des sacrificateurs et des L√©vites, celles dans lesquelles para√ģt dispara√ģtre la distinction entre sacrificateurs et L√©vites, par le fait que cette distinction est selon nous nettement indiqu√©e dans ces passages m√™mes (Deut√©ronome 18.1-8). Pour celles relatives √† la lib√©ration des esclaves et √† l'usage des b√™tes mortes et d√©chir√©es, voir √† Deut√©ronome 15.14 et 14.21. Quant √† celle qui concerne les pi√®ces des victimes allou√©es aux sacrificateurs (Deut√©ronome 18.3¬†; comparez L√©vitique 7.32 et suivants), ce point est obscur, et nous ne pouvons ni affirmer, ni nier une diff√©rence entre les deux prescriptions. Mais il est incontestable que dans beaucoup de cas les prescriptions du Deut√©ronome supposent des lois ant√©rieures qu'elles sont destin√©es √† √©largir ou √† compl√©ter et que nous trouvons ces lois dans les livres pr√©c√©dents¬†; comparez celle sur la viande de boucherie (Deut√©ronome 12.15) avec la loi du L√©vitique (Exode 17.3, note)¬†; celle sur les l√©preux (Deut√©ronome 24.8) avec celle du L√©vitique (chapitres 13 et 14), de m√™me celles sur la P√Ęque et sur les f√™tes en g√©n√©ral avec les lois plus compl√®tes dans l'Exode. De ce rapport il r√©sulte que l'auteur de ce livre se sentait en harmonie avec les lois d√©j√† existantes oralement ou par √©crit.

      Les contradictions historiques ont été également résolues ; comparez pour la liste des stations dans le désert Nombres 33.1 et 10.11 ; spécialement pour l'interversion des deux stations Moséra et Bené-Jaakan (Nombres 33.30-35 et Deutéronome 10.6-7) ; pour la conduite de Moab, voir à Deutéronome 23.5.

      L'emploi de documents post√©rieurs au temps de Mo√Įse ne peut √™tre positivement constat√© que dans la partie narrative chapitres 31 √† 34, particuli√®rement au chapitre 34¬†; mais personne ne songe √† dater ces passages du temps de Mo√Įse. C'est avec le D√©calogue et le Livre de l'alliance (Exode, chapitres 21 √† 23) que le Deut√©ronome soutient certainement, au point de vue l√©gislatif, les rapports les plus √©troits. Or, ces documents existaient d√©j√† r√©dig√©s au moment de la mort de Mo√Įse¬†; comparez Exode 24.4-8. En g√©n√©ral, si nous admettons que c'est Mo√Įse qui parle dans ces discours, ni ses r√©f√©rences historiques, ni ses r√©p√©titions l√©gislatives, libres ou litt√©rales, ne peuvent √©tonner de sa part. Il se mouvait dans un domaine qui lui √©tait familier. Voici les raisons qui nous portent √† attribuer ces discours √† Mo√Įse lui-m√™me :

      1) Ces discours renferment toute une s√©rie de passages dont l'intention ne se comprend plus d√®s qu'on les place √† une √©poque post√©rieure √† celle que suppose le livre lui-m√™me. Ainsi, les recommandations touchant les relations de paix √† entretenir avec Moab et Esa√ľ, comme parents des isra√©lites. Quel sens auraient ces instructions donn√©es au peuple, apr√®s que la conduite de ces voisins hostiles avait contraint les rois de Juda et d'Isra√ęl d'assujettir ces peuples et de s'emparer de leur territoire¬†? Or, c'est ce qui eut lieu pour Edom et pour Moab d√®s le temps de David. Voir les notes sur Esa√ľ, Gen√®se 27.1-46, sur Moab, Esa√Įe 15.1-9. Pourquoi encore rappeler avec beaucoup d'insistance et avec cette formule : Souviens-toi... et la sentence d'extermination que l'Eternel avait prononc√©e au d√©sert contre les Amal√©kites (Exode 17.14-16), une fois que cette sentence avait √©t√© ex√©cut√©e par le roi Sa√ľl (Deut√©ronome 25.17¬†; 1Samuel 15.8)¬†? Peut-on r√©ellement se tranquilliser √† cet √©gard en all√©guant la circonstance insignifiante rapport√©e 1Chroniques 4.43¬†? A quoi bon donner des directions pr√©cises en vue de l'√©lection √©ventuelle d'un roi, 17.1 et suivants, une fois que la royaut√© h√©r√©ditaire dans la famille de David √©tait √©tablie et assur√©e par la promesse divine aux descendants de ce roi √† perp√©tuit√©¬†? Comprendrait-on qu'apr√®s qu'un certain nombre de grands proph√®tes auraient d√©j√† exerc√© leur minist√®re en Isra√ęl et en Juda, il p√Ľt √™tre parle du proph√©tisme sous une forme aussi √©l√©mentaire que celle que nous trouvons dans la promesse du chapitre 18, verset 15 et suivants¬†; tandis qu'au moment o√Ļ Isra√ęl s'√©tablissait au milieu de nations poss√©dant toutes sortes de moyens de divination, cette mani√®re d'annoncer le proph√©tisme para√ģt toute naturelle. L'ordre de compl√©ter les institutions judiciaires de la nation par des d√©veloppements nouveaux d√©passant les formes rudimentaires qui avaient suffi au peuple r√©uni dans le camp (Deut√©ronome 16.18), ne s'explique-t-il pas tout naturellement au moment o√Ļ le peuple va se disperser pour prendre possession d'un vaste territoire, tandis qu'on ne saurait comprendre comment les juges √©tablis au d√©sert sur le conseil de J√©thro auraient pu suffire au peuple √©tabli en Canaan jusqu'au r√®gne de Josaphat ou d'Ez√©chias ou de Josias, sous lesquels on pr√©tend placer le Deut√©ronome¬†? En g√©n√©ral, il est un fait qui nous para√ģt exclure toutes les hypoth√®ses pla√ßant la composition au temps des rois : c'est l'absence dans ce livre de toute trace non seulement du schisme, mais de la possibilit√© d'un schisme quelconque¬†; l'unit√© compl√®te et permanente du peuple est partout suppos√©e soit dans le Cantique (chapitre 32), soit dans la B√©n√©diction (chapitre 33), soit dans la loi des rois (chapitre 17).

      2) L'hypoth√®se qui place la composition de ce livre sous Samuel √©chappe √† une partie de ces objections¬†; mais elle se heurte √† la loi des rois chapitre 17. Car d'un c√īt√© cette loi autorise nettement l'institution de la royaut√©, et cela avec une lib√©ralit√© qui ne s'accorde pas ais√©ment avec la vive r√©sistance de Samuel, et d'autre part les dangers de la royaut√© sont pr√©vus et signal√©s dans cette m√™me loi avec une √©nergie qui n'est point en rapport avec les esp√©rances de ceux qui r√©clamaient √† grands cris cette institution. Cette loi sur la royaut√© n'a donc pu provenir ni de Samuel, ni du peuple. Elle est ant√©rieure √† cette situation¬†; elle la domine, et chacun, au temps de Samuel, a cherch√© √† la tirer de son c√īt√©. Ajoutons que si l'on veut faire du style proph√©tique du Deut√©ronome une objection contre sa composition par Mo√Įse, cette raison parle √©galement contre sa composition √† l'√©poque de Samuel, qui a pr√©c√©d√© de beaucoup celle des proph√®tes dont nous connaissons les √©crits.

      3) La supposition la plus g√©n√©ralement admise √† cette heure, celle de la composition sous Josias, se rattache au fait remarquable racont√© 2Rois 22.1-20 et 2Chroniques 34.1-33. Le grand sacrificateur Hilkija, charg√© par le roi de surveiller les r√©parations du temple, retrouve tout √† coup le livre de la loi √©crit, dit le r√©cit des Chroniques, de la main de Mo√Įse, ou, comme dit le livre des Rois, le livre de la loi de Mo√Įse. Le roi en prend connaissance et la frayeur qu'il √©prouve, ainsi que les Anciens et tout le peuple, en lisant les menaces renferm√©es dans ce livre, devient le point de d√©part du rel√®vement spirituel qui signala cette √©poque. Il est bien probable que le livre ainsi retrouv√© √©tait notre Deut√©ronome, puisque, √† l'exception de L√©vitique 26.1-46, le Pentateuque ne contient gu√®re des discours de menaces propres √† produire un pareil effet. Et c'est l√† ce qui a fait supposer que le Deut√©ronome avait √©t√© compos√© √† ce moment soit par Hilkija lui-m√™me, soit par J√©r√©mie, soit par quelqu'autre personnage, qui avait voulu agir fortement par ce moyen sur l'esprit du roi pour l'engager √† r√©aliser enfin l'unit√© du lieu de culte qui avait jusqu'alors laiss√© beaucoup √† d√©sirer. Mais le r√īle que l'on fait jouer par l√† soit au grand sacrificateur, soit √† J√©r√©mie est bien invraisemblable. Le premier n'avait point manifest√© un z√®le tellement grand que l'on puisse supposer que ce sentiment l'ait entra√ģn√© √† l'emploi d'un si √©trange moyen. Et s'il e√Ľt √©t√© l'auteur de ce renouvellement de la loi, il e√Ľt certainement mis en saillie la position et les droits des sacrificateurs tandis qu'il n'en est √† peu pr√®s pas question dans ce livre. On affirme m√™me que la diff√©rence entre ceux-ci et les L√©vites y est ni√©e. Quant √† J√©r√©mie, il devait √™tre peu dispos√© √† composer un livre destin√© √† r√©√©diter l'ancienne loi ou √† composer une nouveau code, lui qui d√©clare, J√©r√©mie 31.31 et suivants, que la loi donn√©e √† Sina√Į ayant √©t√© enfreinte par le peuple, Dieu la retirera pour en donner une autre qui ne sera pas √©crite sur la pierre, mais dans les cŇďurs par le Saint-Esprit. Le r√īle de J√©r√©mie en cette circonstance est difficile √† deviner. Il ne pouvait √™tre d√©favorable √† un mouvement partant certainement d'un principe de pi√©t√©¬†; mais, d'autre part, cet essai de restauration de l'ancien Code ne r√©pondait pas sans doute √† la mani√®re dont il comprenait la situation. Le silence gard√© sur son r√īle √† cette occasion tend √† prouver qu'il demeura en dehors de ce qui eut lieu, ne voulant pas emp√™cher et ne pouvant encourager. Mais dans tous les cas s'il y avait eu fraude, il n'aurait pu manquer, lui sacrificateur, de discerner le fait et de le d√©masquer. Il est difficile de croire √©galement que le secr√©taire Saphan et le roi Josias eussent pris si facilement un livre tout r√©cemment compos√©, pour un vieux rouleau mosa√Įque. Josias s'√©crie : La col√®re de l'Eternel sur nous est grande parce que nos p√®res n'ont point gard√© la parole de l'Eternel pour faire ce qui √©tait √©crit dans ce livre. (2Chroniques 34.21). Il reconna√ģt donc que ce livre a √©t√© t√©moin contre ses pr√©d√©cesseurs aussi bien que contre lui-m√™me et rend ainsi hommage √† son antiquit√© bien constat√©e. On a demand√© comment un √©crit aussi v√©n√©rable aurait pu tomber dans l'oubli. Mais quand on pense au demi-si√®cle qui avait pr√©c√©d√© le r√®gne de Josias et durant lequel Manass√© et Amon, son grand-p√®re et son p√®re, avaient fait tout ce qu'ils avaient pu pour an√©antir le culte de l'Eternel, r√©pandu comme de l'eau le sang des justes dans les rues de J√©rusalem, reb√Ęti les hauts lieux consacr√©s √† Baal dans tout le pays de Juda, rempli d'autels idol√Ętres le temple m√™me de J√©rusalem, on comprend qu'au moment o√Ļ la nation sortait √† peine de cette crise longue et terrible, les livres sacr√©s n'eussent pas imm√©diatement repris leur action. Il y avait longtemps sans doute que l'usage de lire tous les sept ans la loi du Deut√©ronome (31.10-11) √©tait tomb√© en d√©su√©tude.

      4) Il n'est aucun livre de l'Ancien Testament qui soit rempli comme celui-ci des souvenirs de la vie et des coutumes √©gyptiennes, ainsi que des grands faits de la sortie d'Egypte, du s√©jour au d√©sert et de la conqu√™te des pays au-del√† du Jourdain. Il faudrait citer en preuve le livre entier. Relevons seulement les allusions aux maladies infectieuses d'Egypte (Deut√©ronome 7.15¬†;28.27,35,60), √† la mani√®re d'arroser les jardins dans ce pays (11.10), aux mascarades √©gyptiennes (22.5), au travail servile auquel avait √©t√© assujetti le peuple en Egypte (5.15¬†; 15.5 etc.), √† la destruction de l'arm√©e √©gyptienne dans la mer Rouge (11.4), au p√©ch√© du peuple et d'Aaron dans l'affaire du veau d'or (9.20), au p√©ch√© du peuple √† Kad√®s (9.23), √† celui de Mo√Įse √† M√©riba (33.8), √† la mort d'Aaron (32.50), √† la conduite d'Isra√ęl √† l'√©gard d'Esa√ľ et de Moab (2.2,9), au r√īle de Gad dans la marche contre Canaan (33.20-21), etc., etc. N'est-il pas plus simple et plus conforme √† l'esprit de ce livre de voir dans cette multitude de r√©miniscences dont il est satur√© le souvenir naturel et tout frais d'√©v√©nements r√©cents, qu'un pastiche destin√© √† donner le change au lecteur¬†?

      5) On assure que la bonne foi de l'auteur n'est nullement compromise par la libert√© qu'il prend de mettre ses propres exhortations dans la bouche de Mo√Įse afin de leur donner plus de poids aupr√®s de ses contemporains. Admettons qu'il en soit ainsi. Mais l'auteur du Deut√©ronome va plus loin¬†; il affirme que Mo√Įse √©crivit cette loi apr√®s l'avoir fait entendre au peuple (31.9), puis qu'il la donna aux L√©vites qui portaient l'arche, en leur ordonnant de d√©poser le rouleau dans son voisinage (versets 25 et 26). Et ce serait cet auteur, lui-m√™me qui inventerait ces actes qu'il met sur le compte de Mo√Įse¬†! Une telle mani√®re de faire ne d√©passe-t-elle pas la limite du proc√©d√© dont on essayait tout √† l'heure la justification et peut-on nier encore qu'elle ne tombe dans le domaine de la fraude¬†? Assur√©ment, nous ne pouvons emp√™cher personne de croire √† la fraude. Mais accepter une supposition si peu conforme √† l'esprit du livre admirable dont il s'agit, et cela malgr√© toutes les raisons contraires que nous avons all√©gu√©es, nul n'a le droit de l'exiger de nous ni de personne.

      Mais si nous estimons naturel qu'avant de mourir Mo√Įse ait voulu adapter aux besoins de l'intelligence et de la conscience du peuple nouveau qu'il avait devant lui, la l√©gislation qu'il avait donn√©e au d√©sert, et qui avait surtout √©t√© recueillie et consign√©e jusques-l√† en vue des sacrificateurs et des juges, et si cette reproduction, qui se rattachait surtout au Livre de l'alliance et aux souvenirs personnels du l√©gislateur, r√©pond enti√®rement au caract√®re g√©n√©ral des discours du Deut√©ronome, nous ne soutenons point cependant que le livre lui-m√™me soit sorti des mains de Mo√Įse tel que nous le poss√©dons. Nous avons reconnu que la partie narrative porte les marques d'un temps post√©rieur. Nous avons constat√©, touchant les b√©n√©dictions du chapitre 33, qu'elles doivent avoir √©t√© r√©dig√©es, sous la forme o√Ļ elles sont l√† devant nous, dans les temps qui suivirent l√† conqu√™te. Dans les discours m√™mes nous avons trouv√© des passages qui ne peuvent √™tre que des additions arch√©ologiques post√©rieures (2.10-12¬†; 2.20-23¬†; 3.9,11,14). Il n'est donc pas impossible que dans ces m√™mes discours soient entr√©s avec le temps des amplifications √©difiantes qui dans ce cas seraient sans doute les parties dans lesquelles on reconna√ģt de la mani√®re la plus frappante le style des proph√®tes post√©rieurs. Comme les discours du Deut√©ronome devaient √™tre lus tous les sept ans devant le peuple, il y avait l√† pour de telles applications √©difiantes, des occasions toutes naturelles. N√©anmoins nous nous croyons autoris√©s et m√™me oblig√©s par toutes les consid√©rations que nous avons fait valoir √† maintenir l'origine vraiment mosa√Įque du contenu essentiel des discours qui sont mis ici dans la bouche de Mo√Įse et dont la r√©daction lui est attribu√©e.

      Mo√Įse se trouve √™tre ainsi le point de d√©part des diff√©rentes branches de la litt√©rature h√©bra√Įque. Il en est de lui comme de Luther, qui n'a pas seulement ramen√© au jour la vraie formule de l'enseignement √©vang√©lique, mais qui a √©t√© en m√™me temps le cr√©ateur de la langue allemande moderne et le fondateur de la po√©sie et de la musique religieuses dans l'Eglise protestante d'Allemagne. De m√™me Mo√Įse nous a laiss√©, avec la plus ancienne l√©gislation les plus anciens morceaux proph√©tiques et le psaume le plus antique. Une haute sup√©riorit√© litt√©raire a √©t√© souvent la condition de succ√®s des grandes Ňďuvres historiques.

Seuls les √Čvangiles sont disponibles en vid√©o pour le moment.
  • versets s√©lectionn√©s
  • Vid√©os et messages relatifs
  • Commentaires bibliques
  • H√©breu / Grec
  • Dictionnaire
  • Versets relatifs
  • Carte
  • Favoris
  • Partager

Pour ajouter un favori, merci de vous connecter : Se connecter

Générer un verset illustré
Logo TopChrétien carré

Télécharger l'image

Choisissez une image

Personnalisez le verset

Alignement : | | | Haut | Milieu | Bas

Taille :

Couleur :

Police :

Personnalisez la référence

Couleur :

Police :

Taille :

De légères variations de mise en page peuvent apparaitre sur l'image téléchargée.

Vous avez aim√© ? Partagez autour de vous !

Update Required To play the media you will need to either update your browser to a recent version or update your Flash plugin pour Firefox & Safari - Flash plugin pour Opera & Chrome.