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Matthieu 17

    • 1 Chapitre 17.

      1 à 13 La transfiguration.

      Six jours après les entretiens qui précèdent. (Matthieu 16.13 et suivants)

      Luc dit : environ huit jours après ; ce mot environ explique suffisamment la différence.

      - Les trois disciples que Jésus prend avec lui furent seuls témoins du moment le plus glorieux de sa vie et de son plus profond abaissement. (Matthieu 26.37)

      - La haute montagne, o√Ļ se passe la grande sc√®ne qui suit, serait, selon une tradition datant du quatri√®me si√®cle, le Thabor. Mais comme J√©sus √©tait alors dans la contr√©e de C√©sar√©e de Philippe, aux confins septentrionaux de la Galil√©e, tandis que le Thabor est situ√© au sud-ouest du lac de G√©n√©zareth, et comme le d√©part de J√©sus et son retour en Galil√©e sont mentionn√©s par Marc apr√®s la transfiguration et la gu√©rison du lunatique, (Matthieu 9.30,33) tandis qu'aucun des √©vang√©listes ne fait allusion √† un d√©placement de J√©sus apr√®s la confession de Pierre, cette tradition est plus qu'improbable.

      On suppose avec beaucoup de vraisemblance qu'il s'agit de l'Hermon, dont les hautes sommit√©s s'√©l√®vent pr√®s des lieux o√Ļ √©taient alors J√©sus et ses disciples. (Voir le Voyage en Terre-Sainte de F. Bovet, p 349, 7e √©dit., J√©sus, par Mme de Gasparin, p. 143.)

      - D'après notre récit et celui de Marc, on pourrait penser que le Sauveur gravit cette montagne avec ses trois disciples en vue de sa transfiguration.

      Mais Luc nous apprend qu'il y monta afin d'y chercher la solitude pour prier et que c'est dans sa prière que "son visage devint autre." (Comparer Exode 34.29 ; 2Corinthiens 3.18)

      2 Grec : métamorphosé, transformé.

      Matthieu et Marc emploient seuls ce mot, Luc dit : "L'apparence de son visage devint autre." Il n'est pas sans intérêt de remarquer que saint Paul exprime par ce même verbe la transformation morale qui s'accomplit dans le chrétien par sa régénération et sa glorification graduelle. (Romains 12.2 ; 2Corinthiens 3.18)

      Les évangélistes empruntent à la nature toutes ses splendeurs (comparez Marc et Luc), sans parvenir à nous dépeindre la gloire divine dont toute la personne du Fils de Dieu fut comme inondée en ce moment. Pour le Sauveur, ce fut la réponse à sa prière, le prélude de sa glorification définitive. (Comparer Jean 17.5)

      J√©sus √©tait sans p√©ch√©. Il avait march√© d√®s son enfance dans la voie de l'ob√©issance parfaite. Il s'√©tait d√©velopp√© sans rel√Ęche dans la saintet√©. Il √©tait arriv√© au terme de ce d√©veloppement. Il pouvait quitter la terre, le temps de l'√©preuve √©tant achev√©. Mais il n'√©tait pas normal qu'il sortit de cette vie comme les autres hommes par la mort, car "la mort est le salaire du p√©ch√©." (Romains 6.23)

      L'issue normale de l'existence terrestre pour cet homme parfaitement saint était la glorification progressive de son être tout entier.

      "Son corps toujours au service de Dieu toujours l'instrument de la saintet√©, devenait un corps spirituel, un corps c√©leste, un corps tel que nous le poss√©derons un jour. Il m√Ľrissait insensiblement pour le ciel et la transfiguration marque pr√©cis√©ment le moment o√Ļ J√©sus arriv√© au point culminant d'une vie humaine, parvient au terme naturel de la saintet√©, je veux dire √† la gloire." Ch. Porret (Chr√©tien √©vang√©lique, 1879, p. 113).

      Les miracles de plus en plus éclatants que Jésus avait accomplis dans les derniers temps (multiplication des pains, marche sur les eaux) étaient des indices de ce triomphe croissant de l'esprit sur la matière.

      Mais il fallait que Dieu lui donn√Ęt une d√©monstration solennelle, impossible √† m√©conna√ģtre, non seulement pour lui, mais pour ses disciples, de la r√©alit√© de la victoire qu'il avait remport√©e sur la mort par sa sanctification parfaite. Cette d√©monstration lui fut fournie par la transfiguration o√Ļ Dieu l'√©leva, quelques instants √† l'existence glorieuse du ciel.

      Jusqu'ici J√©sus, marchant par la foi, avait cru √† sa victoire sur la mort. Maintenant il la constate. Fond√© sur cette exp√©rience il pourra dire d√©sormais¬†: "Je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l'√īte, mais je la donne de moi-m√™me¬†; j'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la reprendre." (Jean 10.17,18¬†; voir, Luc 9.31, note, une autre signification importante de cette sc√®ne.)

      Pour les disciples ce fut, avec le t√©moignage divin qui va se faire entendre, (verset 5) une manifestation d'en haut, destin√©e √† affermir leur foi √† la divinit√© de leur Ma√ģtre. Cette foi √©tait √©branl√©e par la pr√©diction des souffrances du Christ. Celle-ci avait renvers√© toutes leurs esp√©rances. Ils avaient pass√© probablement les six jours pr√©c√©dents dans un morne abattement, et c'√©tait pour r√©agir contre cette disposition dangereuse que J√©sus avait emmen√© sur la montagne les trois ap√ītres qui √©taient les plus capables d'exercer de l'influence sur leurs condisciples.

      Ce qu'ils virent devait non seulement relever leur courage au moment m√™me, mais les fortifier pour l'avenir. Leur foi, soutenue par ce spectacle qu'ils eurent de la gloire de leur Ma√ģtre, ne d√©faillira point quand ils le verront dans les derni√®res profondeurs de son abaissement et de ses souffrances.

      Après l'ascension du Sauveur ils pourront se faire une idée de son état de gloire et mieux saisir l'espérance de lui devenir semblables, un jour, quand ils seront eux-mêmes revêtus d'un corps glorifié. (Philippiens 3.21)

      3 C'est là le second trait de cette scène, introduit par le mot voici qui marque l'inattendu de l'apparition et la surprise des disciples.

      Mo√Įse, le repr√©sentant de la loi divine, Elie, le repr√©sentant du proph√©tisme, de la promesse du salut, leur apparaissent. Ils les reconnaissent aussit√īt. (verset 4)

      Ces hommes de Dieu de l'ancienne Alliance deviennent les témoins des réalités de la nouvelle qu'ils avaient annoncées, les témoins de l'unité vivante des deux économies du règne de Dieu.

      Ils s'entretiennent avec Jésus. De quoi ? Matthieu et Marc ne le disent pas. Luc nous l'apprend. (Voir Luc 9.31, note.)

      - Ils vivent donc, ils vivent en Dieu, ces hommes qui apparaissent ici dans la gloire. "Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants."

      4 Quelle v√©rit√© psychologique il y a dans cette na√Įve pens√©e de Pierre¬†! Il se sent si heureux¬†! Il jouit si vivement de voir son Ma√ģtre glorifi√©, loin des contradictions des hommes¬†! Il veut prolonger ce bonheur.

      Ce sentiment si naturel est méconnu par la plupart des interprètes modernes (Weiss, Holtzmann) qui prétendent que Pierre voulait dire : "Il est heureux que nous soyons ici, nous disciples, pour vous construire des tentes."

      - "Peut-on se représenter sérieusement, répond M. Godet, Pierre prenant la parole pour faire ressortir l'utilité de sa présence et de celle de ses compagnons en ce moment ?"

      Je ferai ici trois tentes (ainsi porte une variante de Sin. B, C. admise par Tischendorf)¬†; Pierre veut tout faire. Marc et Luc ajoutent¬†: "Il ne savait ce qu'il disait." En effet, que serait devenue l'Ňďuvre du Sauveur, la r√©demption du monde, la pr√©dication de l'Evangile, si J√©sus et ses disciples √©taient rest√©s dans la gloire¬†?

      5 La nu√©e, symbole de la gloire divine (Exode 40.34¬†; 1Rois 8.10) couvrit J√©sus, Mo√Įse et Elie¬†; car c'est de cette nu√©e que les ap√ītres entendent sortir la voix. (Voir sur les paroles qu'elle prononce, Matthieu 3.17)

      Ces mots ajoutés ici : écoutez-le, obéissez-lui, rappellent Deutéronome 18.15. (Comparer Marc 9.7, note.)

      8 Ce trait du récit, (verset 7) Jésus rassurant ses disciples effrayés, se trouve dans Matthieu seul.

      Toutes les manifestations directes du ciel inspirent de la crainte à l'homme pécheur, (Daniel 10.9 ; Apocalypse 1.17) mais Jésus est là pour raffermir son courage.

      Il reste seul avec eux, mais sa pr√©sence leur suffira pour redescendre avec lui dans la vie active, o√Ļ ils retrouveront les travaux et les peines, apr√®s avoir un moment joui du repos et de la gloire.

      9 Le mot de vision ne veut point dire que la scène qui précède n'eut eu lieu que dans l'esprit des disciples ; le terme original signifie ce qui a été vu, (Actes 7.31) et c'est ainsi que Luc (Luc 9.36) rend la même pensée.

      - Mais quelle pouvait être la raison de la défense de Jésus aux disciples ?

      La plus simple, parmi toutes celles qu'on a cherchées, c'est que le récit qui précède, répété dans le peuple, n'aurait point été compris et aurait pu donner lieu à de fausses interprétations. Jésus lui-même n'avait admis que ses trois disciples les plus intelligents à être témoins de cette scène. Il en sera autrement quand il sera ressuscité, glorifié, et que l'Esprit aura été répandu sur l'Eglise.

      - Cette défense de Jésus, rapportée par les deux premiers évangélistes, donne à la scène de la transfiguration un caractère éminemment historique. Il ne s'agit ici ni d'un mythe, ni d'un rêve, ni d'une vision fantastique ; nous nous trouvons en présence d'un fait sur lequel Jésus veut que ses disciples gardent le silence, mais qu'ils raconteront plus tard.

      10 Qu'est-ce qui occasionne cette question des disciples ?

      La particule donc lui donne le sens d'une objection faite à la défense qui précède.

      La prophétie (Malachie 4.5,6) qui annonçait une seconde mission d'Elie avant l'apparition du Messie (premièrement) était, à cette époque, l'objet de l'attention universelle ; les scribes fondaient sur elle leurs descriptions de l'avènement du Messie, ainsi que le rappellent ici les disciples.

      Jésus lui-même l'avait citée au peuple en montrant l'accomplissement dans la personne de Jean-Baptiste :, (Matthieu 11.14) ce que les disciples ne paraissent pas avoir compris. (verset 13)

      Or, sur la montagne de la transfiguration, cet Elie est un moment apparu à leurs yeux, et, non seulement il a disparu, au lieu de rester pour remplir sa mission, mais Jésus leur défend même de dire qu'ils l'ont vu !

      Comment donc concilier cette apparition fugitive et surtout la défense de Jésus avec la prophétie ? Tels semblent être l'origine et le sens de la question.

      Suivant Weiss, l'accent est sur premièrement.

      Les disciples ont reconnu en Jésus le Messie ; ils constatent avec étonnement que l'apparition d'Elie a eu lieu après et non avant la venue du Messie. L'une et l'autre objection peuvent avoir provoqué la question des disciples.

      12 Il est vrai, d'apr√®s l'Ecriture, qu'Elie (grec) vient (le texte re√ßu r√©p√®te ici premi√®rement, ce qui n'est ni authentique, ni conforme √† la pens√©e de J√©sus). M√™me il est d√©j√† venu (en Jean-Baptiste), et, au lieu de le reconna√ģtre, ils l'ont trait√© selon leur mauvais vouloir.

      - Jusqu'ici tout est simple et clair. Mais que signifient ces mots : il rétablira toutes choses (le futur, au point de vue de la prophétie) ?

      Ce r√©tablissement, qui aux yeux des scribes √©tait la restauration de leur th√©ocratie, et qui en r√©alit√© devait √™tre une cr√©ation spirituelle, est l'Ňďuvre du Messie lui-m√™me, semble-t-il, et non du pr√©curseur.

      Toutefois J√©sus pouvait bien avoir en vue les effets de la pr√©dication de Jean-Baptiste, la repentance, le changement des dispositions du peuple, dans le sens o√Ļ l'ange avait dit de Jean¬†: "Il ram√®nera les cŇďurs des p√®res vers les enfants et les rebelles √† la sagesse des justes." (Luc 1.17, 2e note.) Cette parole est une citation de Malachie 4.6 conforme √† l'h√©breu.

      Au lieu de¬†: Il ram√®nera (convertira) les cŇďurs, les Septante ont traduit¬†: il r√©tablira les cŇďurs des p√®res vers les enfants. On admet que la parole pr√™t√©e par l'√©vang√©liste √† J√©sus¬†: il r√©tablira toutes choses est une g√©n√©ralisation de l'expression du proph√®te.

      Le sort de Jean-Baptiste présage le sort qui est réservé au fils de l'homme. Puisqu'ils n'ont point reconnu Jean et que celui-ci n'a pu remplir sa mission auprès d'eux, le fils de l'homme devra souffrir de leur part. C'est la grande épreuve à laquelle les disciples ont à se préparer désormais, après avoir joui du repos et de la gloire sur la montagne.

      16 14 à 23 Jésus redescendu dans la plaine guérit un lunatique. Nouvelle prédiction de ses souffrances.

      Quel émouvant contraste entre la gloire de la montagne et cette scène de douleur ! C'est le ciel et la terre.

      Ce contraste, Rapha√ęl l'a admirablement reproduit dans son tableau de la transfiguration.

      Les trois premiers évangiles le font vivement ressortir en suivant le même ordre dans leurs récits. Marc (Marc 9.14-29) peint avec le plus grand détail et de la manière la plus vivante le misérable état de ce jeune malade et la douleur de son père. (Voir les notes.)

      Les sympt√īmes mentionn√©s dans les trois √©vangiles (il tombe souvent, "il √©cume," Marc) semblent indiquer que le jeune homme √©tait √©pileptique. De plus, le p√®re avait cru remarquer que les phases de la lune exer√ßaient une influence sur la maladie de son fils (lunatique).

      On comprend que les disciples n'eussent pu guérir une maladie aussi invétérée, dont le jeune homme était affligé dès son enfance. (Marc 9.21) Cela n'avait fait qu'augmenter les angoisses du père.

      17 Ces paroles de Jésus sont l'expression d'une profonde tristesse. Il sent plus vivement que personne le contraste douloureux qu'il y a entre la gloire bienheureuse de la montagne et ces scènes de misère et de douleur. Sa tendre sympathie en souffre, et il soupire après la délivrance.

      Mais en m√™me temps il pense √† son peuple et √† ses disciples, qui bient√īt seront priv√©s de sa pr√©sence et de son appui¬†: jusqu'√† quand serai-je avec vous, vous supporterai-je¬†? Le temps approche o√Ļ vous serez seuls.

      Enfin, ses paroles expriment un reproche sévère, adressé à qui ? Au père, disent les uns, parce qu'il veut un miracle (comparez Jean 4.48) ; aux disciples, pensent les autres, parce qu'ils n'ont pu guérir le malade ; d'autres enfin admettent que Jésus a en vue tout ce peuple qui l'entoure, cette génération, (Matthieu 11.16 ; 12.39) qui allait se montrer toujours plus incrédule et perverse à son égard. Cette dernière interprétation est seule conforme aux termes et à la situation.

      - Et, malgr√© tout, J√©sus, s√Ľr de sa puissance et √©mu de charit√©, ajoute brusquement¬†: Amenez-le-moi ici¬†!

      18 Le réprimanda, pourrait se rapporter soit au malade, soit au démon.

      D'après Marc et Luc, c'est à ce dernier que s'adresse la parole puissante du Sauveur.

      - Le malade fut à l'instant guéri de sa maladie et délivré du pouvoir démoniaque qui s'y était ajouté.

      20 Le texte reçu porte : votre incrédulité, avec un grand nombre de manuscrits.

      Mais, fondé sur les deux plus anciens et sur le témoignage de plusieurs versions et de plusieurs Pères, Tischendorf défend avec force le terme peu de foi.

      Le grain de sénevé est pris comme image à cause de sa petitesse, (Matthieu 13.31,32) et signifie ici le moindre degré de foi.

      D'autre part, une montagne est l'image du plus grand obstacle, de la plus insurmontable difficulté. (Matthieu 21.21 ; 1Corinthiens 13.2)

      Si le sens propre est une hyperbole, le sens figuré est la simple réalité. Ce qui nous parait impossible, la foi l'accomplit, parce qu'en nous mettant en communion avec Dieu par le Sauveur, elle nous rend en quelque mesure participants de sa puissance.

      21 Grec : cette espèce, à quoi il faut suppléer de démons ou d'esprits, que Jésus ne nomme pas.

      Par là plusieurs Pères ont entendu tous les démons en général, tandis que les interprètes modernes admettent qu'il s'agit d'une sorte d'esprits plus difficiles à chasser.

      - Le je√Ľne peut donner √† la pri√®re plus de ferveur¬†; et l'un et l'autre fortifient la foi qui avait manqu√© aux disciples. (verset 20)

      - Tischendorf, se fondant sur Sin., B, des versions et sur d'autres t√©moignages, omet ce verset 21 tout entier. Mais il l'admet dans Marc, (Marc 9.29) en retranchant toutefois les mots et le je√Ľne.

      23 Les trois synoptiques ont ici cette nouvelle prédiction des souffrances, de la mort et de la résurrection de Jésus, à la suite de la guérison du démoniaque. (Comparer Matthieu 16.21)

      Jésus voulait que ni sa glorification sur la montagne, (verset 1 et suivants) ni sa puissance manifestée par de grandes guérisons ne fissent illusion à ses disciples sur l'issue de sa vie.

      - Ils sont fort attristés, donc, ils ont cette fois compris quelque chose de ces paroles, mais ils arrêtent leurs pensées sur la mort, sans pénétrer jusqu'à la résurrection.

      24 24 à 27 Jésus paie le tribut

      Depuis l'√©poque de l'exil, tous les hommes en Isra√ęl devaient payer une contribution de deux drachmes (grec didrachme) pour les frais du culte dans le temple.

      La drachme valait un peu moins d'un franc. (Comparer Exode 30.13 ; 2Chroniques 24.6 ; Néhémie 10.32)

      La question des percepteurs de l'imp√īt semble supposer chez eux la pens√©e que J√©sus pr√©tendait en √™tre exempt, en sa qualit√© de Messie. Peut-√™tre cette question √©tait-elle motiv√©e simplement par le fait que J√©sus √©tait en retard pour payer cet imp√īt. On percevait celui-ci au mois d'Adar (commencement de mars).

      La réponse de Pierre prouve que Jésus avait l'habitude de s'acquitter de ces obligations légales.

      25 Pr√©vint Pierre par sa question, sans lui laisser le temps de raconter son entretien avec les percepteurs de l'imp√īt.
      26 Etrangers à leur famille, par opposition à leurs fils. Ils prennent le tribut de leurs sujets.

      Conclusion¬†: Moi, le Fils de Dieu, je ne saurais √™tre tenu par la loi √† payer un imp√īt destin√© √† sa maison. "Il y a ici un plus grand que le temple¬†!"

      Et Jésus associe même son disciple à ce privilège (les fils). Pierre aussi est fils du Père, par adoption.

      "Ceux qui tiennent à Jésus partagent le droit de Jésus." Bengel.

      Mais Jésus qui sait qu'il ne serait pas compris et donnerait du scandale, se désiste humblement et charitablement de son droit et paie le tribut.

      27 "Dans l'acte même de soumission éclate la majesté de Jésus." Bengel.

      Le statère valait précisément quatre drachmes, qui suffisaient pour Jésus et pour Pierre.

      - C'est ici assurément un récit très difficile à comprendre, un miracle qui ne porte pas les mêmes caractères que ceux que Jésus accomplit d'ordinaire.

      Et d'abord, en quoi consiste-t-il ? Non dans une action par laquelle Jésus aurait produit le statère dans la bouche du poisson, mais dans la science divine qui savait qu'il s'y trouvait. Or, ce n'est pas là ce qui arrête la critique, celle du moins qui voit en Jésus le Fils de Dieu, le Roi de la nature.

      Mais elle objecte que ce miracle est inutile, vu la facilit√© de se procurer d'une autre mani√®re, √† Caperna√ľm, cette petite valeur de quatre drachmes. Elle objecte ensuite que jamais J√©sus n'a fait de miracles pour lui-m√™me. (Comparer Matthieu 4.3,4)

      Elle fait observer enfin que l'ex√©cution de l'ordre donn√© √† Pierre, c'est-√†-dire le fait m√™me de cette p√™che miraculeuse n'est point racont√©. D'o√Ļ elle a conclu que les paroles de J√©sus ont √©t√© d√©figur√©es par une tradition que Matthieu rapporte seul¬†; que celle-ci aurait, par exemple, transform√© en un fait historique ce qui √©tait primitivement une parabole par laquelle J√©sus voulait enseigner aux siens le devoir de payer les imp√īts.

      Inutile de citer les puériles tentatives d'interprétation rationnelle, comme celle qui prétend que Pierre devait vendre ce poisson et en donner le prix aux percepteurs.

      L'exégèse n'a pas à discuter ces hypothèses, mais à s'en tenir simplement aux données du récit, dont le sens est clair. Ce récit renferme pour la piété de précieuses leçons : la pauvreté de Jésus, qui ne possède pas quatre drachmes, l'humilité avec laquelle il renonce à son droit divin pour remplir un si pale devoir de citoyen, sa charité, qui évite de heurter des préjugés ; sa grandeur divine, à laquelle tout dans la nature doit servir.

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