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Matthieu 27

    • 1 Chapitre 27.

      Ils avaient déjà prononcé la sentence de mort (Matthieu 26.66) mais, dès que le matin fut venu et que Jésus eut été éloigné, ils délibérèrent de nouveau en conseil, dans la seconde partie de la même séance, sur les moyens d'exécuter la sentence. (Voir Luc 22.66, note.)

      Il fallait pour cela obtenir l'autorisation du gouverneur romain, car, depuis que la Jud√©e √©tait devenue province romaine, le droit de vie et de mort avait √©t√© √īt√© au sanh√©drin. (Comparer Jean 18.31)

      Le peuple de l'alliance dut ainsi livrer son Messie entre les mains des Gentils, ce qui aggrava sa culpabilité. Il en résulta aussi que Jésus subit le supplice romain de la croix, au lieu de la lapidation, peine de mort usitée chez les Juifs.

      2 Pilate (Sin., B ne portent pas ici le surnom de Ponce que le texte reçu ajoute à Pilate) gouvernait la Judée et la Samarie avec le titre de gouverneur, qui se trouve dans Josèphe. (Ant. XVIII, 3, 1.)

      Il fut le cinqui√®me procurateur de Jud√©e et succ√©da √† Valerius Gratus en 26 apr√®s J√©sus-Christ. Apr√®s dix ans, il fut rappel√© √† Rome pour rendre compte de son administration, et rel√©gu√© √† Vienne, dans les Gaules. Les procurateurs r√©sidaient √† C√©sar√©e, capitale politique du pays (Actes 23.32 et suivants¬†; Actes 25.1 et suivants)¬†; mais Pilate √©tait venu √† J√©rusalem probablement pour surveiller cette ville pendant la f√™te de P√Ęque, o√Ļ l'on pouvait toujours craindre quelque trouble √† cause des immenses multitudes qui y affluaient. (Matthieu 26.5)

      3 3 à 10 La fin de Judas.

      Alors il vit que Jésus était condamné, par le fait qu'on le livrait à Pilate. Judas ne s'attendait point à cette condamnation. Connaissant l'innocence de Jésus, il pensait sans doute que ses adversaires se borneraient à lui infliger quelque peine légère, ou que lui-même ferait usage de sa puissance pour anéantir leurs desseins. (Matthieu 26.15, note.)

      Mais il ne faudrait pas conclure de ce mot¬†: il se repentit, qu'un changement salutaire s'accomplit dans son cŇďur. En effet, le verbe ici employ√© n'est point celui qui d√©signe une repentance √† salut, une sainte douleur d'avoir offens√© Dieu, toujours suivie de la r√©g√©n√©ration du cŇďur¬†; (Matthieu 3.2, note) il exprime seulement un regret plein d'angoisses √† la vue des suites redoutables d'une action. Pour comprendre la diff√©rence, il suffit de comparer la repentance de Judas √† celle de Pierre.

      4 Livrer un innocent, c'est déjà un crime affreux ; mais livrer son sang, c'est-à-dire le livrer à une mort violente, c'est un crime dont Judas ne voit que maintenant toute la noirceur.

      Que nous importe ? ou : Qu'est-ce que cela nous regarde ? C'est ton affaire. Il n'y a peut-être pas dans les annales du crime de parole qui trahisse un endurcissement aussi complet. Et ce sont des prêtres qui la prononcent !

      5 Le terme ici employ√© est bien celui qui d√©signe d'ordinaire l'int√©rieur du temple, ou le sanctuaire¬†; mais comme il est peu probable que ce f√Ľt l√† que les sacrificateurs et les anciens √©taient assembl√©s, (verset 3) ni que Judas e√Ľt os√© y p√©n√©trer, on peut entendre par ce mot quelque d√©pendance du lieu sacr√© o√Ļ les chefs du peuple tenaient leur s√©ance. On voit aussi par ce fait que les sacrificateurs n'√©taient pas tous all√©s conduire J√©sus √† Pilate. (verset 3) La plupart √©taient rest√©s pr√®s du temple pour veiller √† ce qu'il ne se f√ģt aucune √©meute.

      Comparer Actes 1.18, note. Pierre ajoute à cette scène tragique quelques détails plus horribles encore.

      6 Pour désigner avec précision le trésor sacré, l'évangéliste a conservé le mot hébreu corbanan, qui signifie probablement offrande, et par extension, le trésor placé dans le temple de Jérusalem et renfermant les dons ou les redevances des fidèles pour le culte divin.

      Les sacrificateurs pensent qu'il n'est pas permis d'y mettre les trente pièces d'argent qui étaient le prix du sang. (Comparer Deutéronome 23.18)

      Quelle contradiction dans ce scrupule ! Ils respectent le temple, au moment de tuer le Seigneur ; toujours l'hypocrisie filtre le moucheron et avale le chameau.

      7 Ces mots¬†: le champ du potier (avec articles), montrent que ce champ √©tait bien connu au moment o√Ļ Matthieu √©crivait.

      - Ces étrangers auxquels on prépara ainsi une sépulture étaient des Juifs ou des prosélytes qui mouraient à Jérusalem dans le séjour qu'ils y faisaient, surtout aux temps des grandes fêtes.

      8 Ce mot jusqu'√† aujourd'hui peut s'appliquer, non seulement au temps o√Ļ √©crivait l'√©vang√©liste, mais √† notre propre temps. En effet, on montre encore aux voyageurs, sur le penchant de la vall√©e de Hinnom, tout pr√®s de J√©rusalem, un lieu o√Ļ se trouvent plusieurs s√©pulcres et que le peuple appelle Hakeldama, le champ du sang, ou Hakelforar, le champ du potier. (F. Bovet, Voyage en Terre Sainte, 7e √©d., p. 235.)

      Ainsi les ennemis du Sauveur √©lev√®rent eux-m√™mes un monument perp√©tuel de leur crime, de la trahison de Judas (verset 4) et de l'innocence de J√©sus. D'apr√®s Actes 1.19, ce champ tirait son nom du suicide de Judas, dont il aurait √©t√© le th√©√Ętre.

      9 La citation qui suit ne se trouve point dans Jérémie, mais dans Zacharie 11.12,13.

      Quelques minuscules ont corrigé cette faute en mettant le nom de Zacharie ; d'autres portent simplement : le prophète ; mais le nom de Jérémie est indubitablement authentique. Pour aplanir la difficulté, on a eu recours à diverses hypothèses sans valeur.

      Il faut y voir une inadvertance, à laquelle un passage de Jérémie (Jérémie 18.2) pouvait facilement donner lieu.

      "Je confesse que je ne sais comment le nom de Jérémie s'est ici rencontré, et ne m'en tourmente pas fort. Certes la chose montre d'elle-même qu'on s'est abusé en mettant le nom de Jérémie pour Zacharie ; car en Jérémie, on ne trouve point ce propos, ni chose qui en approche" Calvin.

      10 Zacharie 11.12,13, très librement traduit et appliqué. Le prophète qui paissait ses brebis, c'est-à-dire son peuple, au nom de l'Eternel, est sur le point de les abandonner à cause de leurs rebellions.

      Alors il ajoute : "Et je leur dis : Si vous le trouvez bon, donnez-moi mon salaire, sinon laissez-le. Et ils me pesèrent mon salaire, trente pièces d'argent. Et l'Eternel me dit : Jette-le au potier, ce prix magnifique (ironie) auquel j'ai été évalué par eux ! Et je pris les trente pièces d'argent et je les jetai dans la maison de l'Eternel au potier." Trente pièces d'argent étaient le prix payé pour le plus pauvre esclave ; de là ce mépris d'une telle évaluation que l'Eternel considère comme appliquée à lui-même parce que le prophète agissait en son nom. En effet, jeter cet argent au potier pour son travail de peu de valeur, c'était montrer combien ce salaire était peu digne du prophète.

      Enfin ces mots "dans la maison de l'Eternel" supposent que le potier travaillait dans quelque dépendance du temple pour la réparer ou pour y faire des ustensiles destinés au service des prêtres.

      Il faut remarquer encore que ce mot de potier est le seul qui rende le terme original d'après sa racine, et que c'est par une pure imagination philologique empruntée aux rabbins que plusieurs commentateurs modernes prétendent le traduire par le mot de trésor.

      - Voici maintenant ce que notre √©vang√©liste tire de ce passage¬†: il en fait une application symbolique au Sauveur, qui a √©t√© √©valu√© √† trente pi√®ces d'argent de la part des fils d'Isra√ęl, c'est-√†-dire des sacrificateurs. Ce sont eux-m√™mes qui ont pris, ou repris, cette valeur, et qui l'ont donn√©e pour le champ du potier.

      Enfin les derniers mots, comme le Seigneur m'avait ordonné, doivent, dans la pensée de Matthieu, rendre ceux du prophète et l'Eternel me dit. On sent, à chaque mot de cette citation, l'indignation contenue de l'évangéliste, mieux fondée encore que le mépris du prophète pour les trente pièces d'argent auxquelles on avait évalué son travail.

      11 11 à 31 Comparution de Jésus devant le gouverneur romain.

      Ou : Es-tu le roi des Juifs ? Cette question étonne au premier abord, puisque Jésus avait été condamné par le sanhédrin sur un tout autre chef d'accusation, et que, jusqu'ici, il ne s'était point agi de sa royauté.

      C'est que ce conseil inique, sentant fort bien que le gouverneur pa√Įen ne recevrait point un grief religieux (celui de blasph√®me), avait r√©solu d'en invoquer un autre qui e√Ľt un caract√®re politique, et qui p√Ľt inspirer des craintes √† Pilate. Luc (Luc 23.2) rapporte les termes dans lesquels ils formul√®rent cette accusation devant Pilate.

      C'est-√†-dire "Oui, je le suis." Comme J√©sus a confess√© hautement sa divinit√© devant Ca√Įphe, (Matthieu 26.64) il confesse non moins franchement sa royaut√© devant Pilate.

      Mais tandis que dans les synoptiques il se proclame roi sans aucune explication, on voit par le récit de Jean (Jean 18.33-37) qu'il eut avec le gouverneur, sur la nature de cette royauté, un entretien assez long et très clair.

      14 Grec : il ne lui répondit point, pas même sur une seule parole, c'est-à-dire sur aucune des accusations proférées par les membres du sanhédrin.

      Le Sauveur r√©pondit √† Pilate en particulier, mais il se taisait en pr√©sence des principaux sacrificateurs qui n'√©coutaient plus que leur aveugle haine et qui s'√©taient rendus incapables et indignes d'entendre la v√©rit√©. (Matthieu 26.63¬†; comparez Esa√Įe 53.7)

      Pilate comprend l'innocence de J√©sus, mais il s'√©tonne de cette majest√© avec laquelle il souffre en silence au moment o√Ļ il s'agit de sa vie ou de sa mort.

      15 Cette coutume dont l'origine est inconnue, car il n'en est fait mention ni dans l'Ancien Testament ni dans le Talmud, n'avait probablement pas été établie par les Romains, car, d'après Jean, (Jean 18.39) Pilate dit aux Juifs : "Vous avez une coutume."

      Il y avait peut-√™tre un rapport entre cette coutume et la f√™te de P√Ęques¬†: soit qu'elle f√ģt allusion au nom de cette f√™te (qui exprime l'id√©e de faire gr√Ęce, d'√©pargner), soit qu'elle f√Ľt un m√©morial de la grande d√©livrance nationale. Aussi la coutume √©tait-elle de rel√Ęcher le prisonnier √† chaque f√™te, sous-entendu de P√Ęques.

      17 Barabbas était fameux par ses crimes, et c'est précisément pour cela que Pilate le propose aux Juifs en échange de Jésus, espérant dans ses faux calculs que jamais ils n'oseraient lui préférer un tel malfaiteur.

      Mais, comme l'observe Luther, "ils lui auraient préféré le diable lui-même."

      - Ce Barabbas (en hébreu fils du père, ou peut-être fils du rabbi) est du reste entièrement inconnu.

      Quelques minuscules, la syriaque de J√©rusalem et la version arm√©nien ajoutent J√©sus devant Barabbas. Dans ce cas, la question de Pilate aurait pr√©sent√© ce contraste frappant¬†: Lequel voulez-vous que je vous rel√Ęche¬†: J√©sus Barabbas, ou J√©sus appel√© le Christ¬†? Mais cette variante n'est pas suffisamment autoris√©e.

      18 Cette remarque de l'évangéliste motive (car) la tentative de Pilate de délivrer Jésus en l'offrant au peuple au lieu de Barabbas. Il pouvait voir dans toute la conduite des principaux qu'ils obéissaient à l'envie, à la jalousie que leur inspirait l'influence de Jésus.
      19 Matthieu seul nous a conservé ce trait. Pilate s'était solennellement assis au tribunal, attendant la réponse à sa question (verset 17) et se disposant à prononcer sa sentence, lorsque sa femme lui fit parvenir ce message.

      La tradition a fait d'elle une amie du peuple juif, ou même a supposé qu'elle était secrètement attachée à Jésus. Elle aurait porté le nom de Procla ou Claudia Procula. L'Eglise grecque est allée jusqu'à la mettre au rang des saints. Il n'y a rien de tout cela dans le récit.

      Mais son langage (ce juste) prouve au moins qu'elle était, comme son mari, convaincue de l'innocence du Sauveur. Il est possible qu'elle ait été informée de l'arrestation de Jésus par les émissaires du sanhédrin et que la crainte de voir son mari impliqué dans ce procès inique ait provoque en elle, sur le matin, un songe plein d'angoisse.

      Il est bien permis de voir dans cette circonstance un dernier avertissement providentiel adressé à Pilate. Telle est l'opinion de plusieurs Pères de l'Eglise, tandis que d'autres attribuent ce songe au diable, qui voulait empêcher la mort de Jésus-Christ et le salut du monde !

      20 Ils firent cela pendant le moment o√Ļ Pilate √©tait occup√© du message que lui envoyait sa femme.
      21 Pilate revient à sa question, (verset 17) à laquelle le peuple répond selon l'insinuation de ses chefs, préférant ainsi un malfaiteur à celui dont tous reconnaissaient au moins l'innocence.

      L'ap√ītre Pierre, douloureusement frapp√© de cette iniquit√© et de cette nouvelle humiliation de son Ma√ģtre, en fit bient√īt apr√®s un reproche s√©v√®re √† tout le peuple juif. (Actes 3.14)

      22 Cette nouvelle question de Pilate, ainsi que la suivante, (verset 23) √©tait encore une tentative pour sauver J√©sus, car il pouvait esp√©rer que le peuple n'exigerait pas la mort de l'accus√©, mais quelque ch√Ętiment plus l√©ger.
      23 Toutes ces transactions aboutissent ainsi √† un cri brutal de fureur pouss√© par les Juifs √† bout d'arguments. En demandant le supplice romain de la croix, ils faisaient peser une responsabilit√© encore plus grande sur le gouverneur, juste ch√Ętiment de sa l√Ęche faiblesse.
      24 Cette vaine cérémonie se fondait sur un antique usage qui se retrouve chez plusieurs peuples. (Deutéronome 21.6,7)

      Le gouverneur s'en sert pour proclamer à la fois l'innocence de Jésus et la sienne propre.

      Le texte reçu avec Sin. et la plupart des majuscules lui fait dire : Je suis innocent du sang de ce juste. Ce dernier mot, peut-être emprunté au verset 19, est omis par B, D ; mais l'idée qu'il exprime est bien dans la pensée de Pilate.

      "Les Juifs ont dit à Judas : tu y pourvoiras ; (verset 4) Pilate à son tour dit aux Juifs : vous y pourvoirez." Bengel.

      25 Expression h√©bra√Įque qui signifie¬†: "Si ce sang est innocent, que Dieu en fasse retomber la vengeance sur nous et sur nos enfants." compar. Matthieu 23.35¬†; L√©vitique 20.9¬†; Deut√©ronome 19.10¬†; 2Samuel 1.16.

      Cette imprécation, qui provoquait le jugement de Dieu, s'accomplit quarante ans après d'une manière terrible et fut ainsi une prophétie involontaire.

      26 Le supplice de la flagellation que subissait le criminel chez les Romains, avant d'être mis à mort, s'exécutait avec un fouet de bandes de cuir auxquelles pendaient de petites pointes en forme d'éperons qui s'enfonçaient dans les chairs et faisaient ruisseler le sang. D'après Jean 19.1-5 ; Luc 23.22, Pilate infligea ce supplice à Jésus dans l'intention d'apaiser le peuple et fit après cela de nouveaux efforts pour le sauver.
      27 On admet en g√©n√©ral que le pr√©toire √©tait l'ancien palais d'H√©rode le Grand, dans la ville haute, o√Ļ aurait demeur√© le procurateur pendant ses s√©jours √† J√©rusalem, et o√Ļ se serait trouv√©e concentr√©e l'administration romaine.

      Mais il est plus naturel de supposer que le prétoire était un palais attenant à la forteresse Antonia au nord-ouest du temple. C'est de là que la tradition fait partir la voie douloureuse.

      - On ramena Jésus dans la cour de cet édifice après que la flagellation eut eu lieu au dehors. (Marc 15.16) La cohorte (romaine) qui s'y trouvait consignée devait maintenir l'ordre pendant l'exécution.

      28 Grec : l'ayant dépouillé ou déshabillé.

      Une variante de B, D, l'ltala, dit au contraire l'ayant rhabill√©, parce qu'on lui avait √īt√© ses habits pour le flageller. (verset 26) Mais il est possible qu'on les lui e√Ľt d√©j√† remis et que le terme du texte re√ßu doive √™tre pr√©f√©r√©.

      On lui √īta seulement son v√™tement de dessus pour le rev√™tir de ce manteau de couleur √©carlate que portaient les soldats, les officiers sup√©rieurs ou m√™me l'empereur, avec des degr√©s divers de finesse dans l'√©toffe.

      29 "Les Juifs s'étaient moqués de lui comme prophète, (Matthieu 26.68) les Romains se moquent de lui comme roi." Bengel.

      Tous ces insignes d√©risoires de la royaut√©, le manteau, la couronne, le sceptre, ont leur v√©rit√© profonde. Les soldats romains, dans leur grossi√®re ignorance, proph√©tisent, comme Ca√Įphe, sans le savoir. (Jean 11.51) C'est en effet dans cet ab√ģme d'humiliations que J√©sus fonde son √©ternelle royaut√© sur les √Ęmes. (Comparer verset 37, note.)

      - Ayant tressé une couronne d'épines.

      "L'épine dont il est question dans l'Evangile est certainement la petite épine ligneuse et presque rampante qui couvre le sol aux environs de Jérusalem. Je ne doute pas que ce ne soit de cette épine qu'ai été faite la couronne du Sauveur, car il peut venir aisément à l'esprit d'en former des guirlandes ; les aiguilles en sont fines, les branches s'arrondissent d'elles-mêmes. Ces épines sont dures et très piquantes." F. Bovet, Voyage en Terre-Sainte, 7e éd. p. 273.

      32 Jésus crucifié

      32 à 56 Crucifiement et mort du Sauveur.

      Comme ils sortaient de la ville, hors de laquelle devaient se faire les ex√©cutions, (Nombres 15.35,36¬†; 1Rois 21.13¬†; Actes 7.58) ils rencontr√®rent un nomm√© Simon, originaire de Cyr√®ne, en Afrique, o√Ļ se trouvait une nombreuse colonie juive. (Actes 6.9)

      Simon revenait des champs, (Marc 15.21) ils le chargèrent de la croix de Jésus. Jésus l'avait jusque-là portée lui-même ; (Jean 19.17) mais il parait qu'épuisé par ses souffrances et surtout par le supplice sanglant de la flagellation, il succombait.

      Aucun soldat romain n'aurait voulu porter la croix, √† cause de l'infamie qui s'y attachait¬†; ils y contraignirent cet √©tranger de m√©diocre condition. (Grec¬†: le mirent en r√©quisition pour cela.) Ce terme n'indique pas, comme on l'a suppos√©, que Simon de Cyr√®ne f√Ľt disciple de J√©sus¬†; mais, qu'il le soit devenu apr√®s cette participation involontaire √† la mort du Sauveur et tout ce dont il fut t√©moin sur le Calvaire, c'est ce qu'on peut conclure de Marc 15.21¬†; comparez Romains 16.13.

      33 On a suppos√© que ce th√©√Ętre des ex√©cutions criminelles s'appelait ainsi √† cause des cr√Ęnes priv√©s de s√©pulture qu'on pouvait y voir¬†; mais il est plus probable que ce nom venait de la forme arrondie de la colline dont il s'agit. On n'a pas encore aujourd'hui, malgr√© toutes les recherches, acquis de certitude sur la situation topographique de Golgotha.

      L'emplacement traditionnel, marqué par l'église du Saint-Sépulcre que l'impératrice Hélène fit construire au commencement du quatrième siècle, est actuellement dans la ville.

      Ceux qui défendent cette donnée de la tradition pensent qu'au temps de Jésus le mur d'enceinte suivait du nord au sud le tracé de la rue de Damas pour tourner brusquement à l'ouest dans la direction de la porte de Jaffa. Le Calvaire aurait été situé dans cet angle rentrant (F. Bovet, Voy. en Terre-Sainte, p. 209 et suivants).

      34 Matthieu nomme la boisson offerte à Jésus du vin mêlé avec du fiel, ce qui semble indiquer une intention malveillante. (Psaumes 69.22 ; comparez Marc 15.23 note.)

      - Le texte re√ßu porte du vinaigre au lieu de vin. Si ce mot √©tait authentique, il ne changerait rien au sens, car aujourd'hui encore, en Orient, on laisse aigrir le vin pour le rendre plus rafra√ģchissant en le m√™lant avec de l'eau.

      Ce qu'on appelait "vin doux" (Actes 2.13) n'était autre chose que du vin non aigri. (Voir F. Bovet, Voy. en Terre-Sainte, 7e éd. p. 218.)

      35 Il faut s'arrêter en présence de ce mot crucifié, si vite prononcé, qui caractérise le supplice le plus horrible qu'ait inventé la cruauté humaine, et que la législation pénale des Romains réservait d'ordinaire aux esclaves et aux plus grands criminels.

      La croix se composait de deux pi√®ces¬†: l'une verticale, plant√©e dans le sol, l'autre horizontale, fix√©e tant√īt au sommet de la premi√®re (de sorte que l'instrument avait la forme d'un T), tant√īt un peu au-dessous de ce sommet. Cette derni√®re forme fut probablement celle de la croix de J√©sus, car elle s'accorde le mieux avec le fait qu'une inscription fut plac√©e au-dessus de sa t√™te. Quand la croix √©tait dress√©e, on hissait le condamn√©, au moyen de cordes, √† la hauteur de la poutre transversale, sur laquelle on lui fixait les mains avec des clous.

      A mi-hauteur de la pi√®ce verticale, il y avait une cheville de bois sur laquelle on mettait le supplici√© √† cheval, pour emp√™cher que le poids du corps ne d√©chir√Ęt les mains. Les pieds enfin √©taient clou√©s, soit l'un sur l'autre avec un clou unique, soit l'un √† c√īt√© de l'autre.

      - Il arrivait, mais plus rarement, que l'on fixait le condamné sur la croix encore couchée par terre pour la redresser ensuite.

      - Les crucifi√©s vivaient ordinairement une douzaine d'heures, quelquefois jusqu'au second ou au troisi√®me jour. L'inflammation des blessures provoquait la fi√®vre et une soif ardente¬†; l'immobilit√© forc√©e du corps occasionnait des crampes douloureuses¬†; l'afflux du sang au cŇďur et au cerveau causait de cruelles souffrances et des angoisses indicibles.

      Ce partage des vêtements du supplicié entre ses exécuteurs était alors d'un usage général. Pour Jésus, ce fut l'accomplissement d'une prophétie. (Psaumes 22.19)

      Aussi le texte re√ßu ajoute-t-il √† ce verset cette remarque¬†: afin que f√Ľt accompli ce qui a √©t√© dit par le proph√®te¬†: Ils ont partag√© mes v√™tements, ils ont jet√© le sort sur ma robe. Ces paroles ne sont point authentiques¬†; mais cette application de la proph√©tie est faite par Jean, qui raconte ce trait plus en d√©tail. (Jean 19.23,24)

      36 Comme le supplice de la croix n'√©tait mortel qu'apr√®s un temps tr√®s long, on gardait les crucifi√©s, afin que nul ne p√Ľt venir les enlever.
      37 Cette inscription fut placée au-dessus de sa tête, c'est-à-dire sur le haut du poteau perpendiculaire de la croix qui dépassait la tête du crucifié.

      C'est Pilate qui avait choisi ce titre ironique pour se moquer et se venger des Juifs, et il refusa de le changer à leur demande ; (Jean 19.22) en sorte que Jésus porta en sa mort son titre véritable, dont les Juifs avaient fait contre lui un sujet d'accusation.

      38 Alors, c'est-à-dire après que Jésus fut attaché à la croix.

      Ce crucifiement des deux brigands eut lieu probablement par d'autres ex√©cuteurs, qui les plac√®rent √† droite et √† gauche de J√©sus, infligeant ainsi √† la sainte victime une nouvelle humiliation. De la sorte fut accomplie la parole d'Esa√Įe (Esa√Įe 53.12) et du Seigneur lui-m√™me., (Luc 22.37¬†; Marc 15.28) (selon le texte re√ßu.)

      39 En signe de moquerie, de m√©pris. (Comparer Psaumes 22.8¬†; Esa√Įe 37.22¬†; Job 16.4)
      40 Voir Matthieu 26.61, note

      Le vrai texte de ces paroles injurieuses est ici rétabli. Elles tournent en dérision le double fait que Jésus avait eu la prétention de sauver les autres (verset 42) et d'être le Fils de Dieu.

      On le sommait de prouver l'un et l'autre en descendant de la croix.

      43 Ce qu'il y a d'inou√Į dans ce r√©cit, c'est que toutes les classes d'hommes qui composaient le conseil supr√™me de la nation, sacrificateurs, scribes, anciens (une variante ajoute les pharisiens), √©taient repr√©sent√©es dans cette sc√®ne et s'unissaient √† la populace pour injurier le Sauveur.

      Quand tout ce qu'il y a de plus éclairé et de plus élevé dans une nation descend à ce degré de bassesse morale, que peut-on attendre encore ? Il faut remarquer cette série de courtes phrases outrageantes qu'ils jettent à la face du Crucifié.

      Il ne faut pas lire, (verset 42) avec le texte re√ßu, s'il est le Roi d'Isra√ęl, mais il est le roi d'Isra√ęl, ce qui est d'une ironie bien plus poignante. Ces hommes qui savent par cŇďur l'Ecriture, la profanent en y cherchant l'expression de leur raillerie. (verset 43¬†; comparez Psaumes 22.8)

      Les plus beaux titres de J√©sus-Christ sont, dans la bouche de ces aveugles, convertis en injures contre lui¬†: Sauveur, Roi d'Isra√ęl, Fils de Dieu.

      44 De la même manière, c'est-à-dire par des paroles semblables. (Luc 23.39 et suivants)

      Matthieu et Marc attribuent ces outrages indistinctement aux deux brigands, tandis que Luc ne les met que dans la bouche de l'un d'eux, qui est même repris par son compagnon d'infortune.

      Plusieurs interpr√®tes, depuis les P√®res jusqu'√† nos jours, ont admis, pour rendre compte de cette diff√©rence, qu'au commencement de cette sc√®ne, qui dura plusieurs heures, les deux brigands outrag√®rent J√©sus¬†; mais que l'un d'eux (comme le centenier verset 54), frapp√© de tout ce qui se passait sous ses yeux, avait reconnu en J√©sus le Messie d'Isra√ęl. Il n'y a rien l√† d'impossible (voir l'exemple du ge√īlier de Philippes, Actes 16.27 et suivants)¬†; mais cela est peu probable.

      Voir Luc 23.42 note.

      45 La sixième heure, à compter de six heures du matin, c'était midi ; la neuvième heure, trois heures.

      Les trois premiers √©vang√©listes s'accordent sur ce moment o√Ļ se produisirent les t√©n√®bres. Si elles avaient eu lieu d√®s le commencement du supplice de J√©sus, il ne serait pas difficile de concilier ce r√©cit avec celui de Jean Jean 19.14 qui nous apprend que ce fut environ la sixi√®me heure (midi) que Pilate livra J√©sus pour √™tre crucifi√©.

      Mais la difficult√© g√ģt dans le r√©cit de Marc (Marc 15.25) (voir la note), qui place le crucifiement d√®s la troisi√®me heure (neuf heures du matin), en sorte que, selon lui, J√©sus avait d√©j√† souffert trois heures le supplice de la croix au moment des t√©n√®bres. Tout ce qui a √©t√© dit pour concilier cette diff√©rence est insuffisant. Ne vaut-il pas mieux se r√©signer √† ce que quelque obscurit√© plane sur un point de d√©tail, que de vouloir l'√©claircir √† tout prix, par des raisons sans valeur¬†?

      - Quant aux t√©n√®bres qui s'√©tendirent sur toute la terre (ou selon un h√©bra√Įsme, sur tout le pays), et que les premiers √©vang√©listes mentionnent d'un commun accord, la critique s'est efforc√©e de les expliquer comme un ph√©nom√®ne naturel. Ce ne pouvait pas √™tre une √©clipse de soleil, puisqu'au quinze du mois de nisan la lune √©tait pleine. Ce n'√©tait probablement pas non plus un obscurcissement caus√© par un orage ou par le tremblement de terre mentionn√© ci-apr√®s. (verset 51)

      Evidemment les évangélistes entendent raconter un miracle. Sa réalité est attestée par l'impression profonde qu'en reçurent les assistants. (verset 54) Ce miracle fut une manifestation de la puissance de Dieu, dans ce moment unique de l'histoire de notre humanité.

      Le sentiment religieux ne s'y est pas trompé ; il a toujours reconnu les harmonies profondes qui existent entre le monde visible et le monde des esprits ; quand le soleil de justice s'éteint au sein de la perversité humaine, le soleil de la nature se voile de ténèbres. La poésie religieuse est ici le meilleur commentaire :

      A ta mort la nature entière Se répand en cris de douleur Le soleil cache sa lumière ; Les élus pleurent leur Sauveur.

      46 Myst√©rieuse exclamation s'√©levant des profondeurs de l'√Ęme de J√©sus¬†!

      Retour momentané des indicibles souffrances morales de Gethsémané (Matthieu 26.36 et suivants, notes) au sein de l'agonie physique !

      Jésus emprunte à la Parole sainte (Psaumes 22.1) des termes qui puissent exprimer ce qu'il éprouve, et l'évangéliste les conserve dans la langue originale, afin de n'y rien changer.

      Ce qui cause l'angoisse du Sauveur, il le dit lui-m√™me, c'est le sentiment momentan√© de l'abandon de Dieu¬†! Il n'y a rien de plus redoutable dans les exp√©riences de l'√Ęme.

      - Pourquoi ? Jésus le demande. Le Saint et le Juste sait bien qu'il ne peut trouver en lui la cause de cette mystérieuse et insondable souffrance. Ce qui lui voile la face de son Père et trouble sa communion avec lui, c'est le sombre nuage du péché de notre humanité, ce péché pour lequel il souffre et meurt.

      Il ne dit plus¬†: mon P√®re, comme en Geths√©man√©, mais¬†: mon Dieu¬†! Et pourtant¬†: mon Dieu¬†! S'il souffre tout ce qu'avait souffert le psalmiste dans l'abandon de Dieu, il persiste √† crier √† son Dieu¬†; et comme ce psaume que J√©sus avait vivant dans son √Ęme, apr√®s avoir commence par ce cri d'√©pouvante, se termine par un chant de d√©livrance, ainsi J√©sus, bient√īt apr√®s, fait entendre ce cri du triomphe¬†: Tout est accompli¬†! et cette douce parole de confiance et d'amour¬†: Mon P√®re, je remets mon esprit entre tes mains¬†!

      - Avons-nous par l√† sond√© et expliqu√© ce mouvement de l'√Ęme de J√©sus¬†? Nullement. Nous redoutons par-dessus tout les commentaires qui s'exposent √† profaner ce cri de douleur en voulant en faire ressortir toute la dogmatique des hommes. Il faut l'√©couter, le recueillir dans son cŇďur, et en retirer cette consolante assurance¬†: Il se sent un moment abandonn√©, afin que je ne le sois jamais¬†!

      47 Celui-ci, terme de mépris par lequel ceux qui parlent désignent Jésus parmi les trois crucifiés.

      Ils ne pouvaient pas, par ignorance, prendre le mot Eli (ou selon d'autres manuscrits Elo√Į, mon Dieu) pour le nom d'Elie qui se dit en h√©breu Eliiahou.

      C'était donc un mauvais jeu de mots qu'ils faisaient volontairement sur la douloureuse prière de Jésus.

      48 Du vinaigre mêlé d'eau était la boisson des soldats romains : l'un d'eux en donne à Jésus par humanité, car le Sauveur venait de s'écrier : j'ai soif, et il accepta ce dernier secours. (Comparer Jean 19.28-30)

      Il ne faut donc pas confondre ce trait avec celui du verset 34.

      49 Paroles ironiques par lesquelles les mêmes moqueurs qui venaient de parler (verset 47) voulaient détourner le soldat romain de son acte d'humanité. D'après Marc, (Marc 15.36) ces paroles auraient été prononcées par le même homme qui venait d'offrir à Jésus du vinaigre.

      Le récit de Matthieu est évidemment le plus exact.

      50 Le mot de nouveau se rapporte au verset 46.

      Matthieu ne nous dit pas quelles paroles Jésus prononça dans ce cri suprême, mais Luc (Luc 23.46) et Jean (Jean 19.30) nous les ont conservées.

      Il est possible aussi, et cela para√ģt plus naturel, que ces paroles aient √©t√© prof√©r√©es avant le cri supr√™me.

      - Il rendit l'esprit, il mourut.

      "L'histoire sainte rapporte en un seul mot la mort du Sauveur¬†; mais les discours et les √©p√ģtres des ap√ītres pr√™chent abondamment les fruits de cette mort. Jamais il n'est dit de lui il s'endormit, mais il mourut, verbe par lequel l'Ecriture r√©v√®le la v√©rit√©, l'importance et la puissance de la mort de Christ." Bengel.

      51 Ce mot et voici, ainsi que la particule et répétée avant chaque phrase de ce récit, en relève la solennité. Tous les miracles ici racontés pouvaient réveiller l'attention et la crainte du peuple qui assistait à ces scènes ; (verset 54) mais en outre ils ont une profonde signification symbolique.

      Ainsi ce voile du temple qui séparait le lieu saint du lieu très saint et en défendait l'entrée, (Exode 26.31-33 ; Lévitique 16.2) au delà duquel le souverain sacrificateur seul pénétrait une fois l'an, au grand jour des expiations, (Exode 30.10) indiquait que la demeure du Dieu saint était inaccessible à l'homme, jusqu'à l'accomplissement des temps.

      Mais ce voile d√©chir√© au moment ou se consommait sur la croix le vrai sacrifice d'expiation pour le p√©ch√© proclamait, aux yeux de tout le peuple assembl√© dans le temple pour l'oblation du soir (trois heures, verset 45), que d√©sormais l'acc√®s au tr√īne de la gr√Ęce (figur√© sur l'arche de l'alliance dans le lieu tr√®s saint) √©tait rouvert, et que l'homme p√©cheur, banni du ciel, pouvait tourner ses regards et ses esp√©rances vers les demeures √©ternelles, vers la maison du P√®re. (Comparer H√©breux 6.19¬†; 9.6 et suivants¬†; H√©breux 10.19 et suivants).

      - Les trois premiers évangélistes rapportent ce trait ; les miracles qui suivent sont dans Matthieu seul.

      53 Tous ces miracles ont aussi leur signification symbolique. Cette terre qui tremble semble dénoncer les jugements de Dieu sur le peuple qui rejette son Sauveur ; ces rochers qui se fendent n'accomplissent-ils pas à la lettre la parole de Jésus : "Si ceux-ci se taisent, les pierres mêmes crieront ?" (Luc 19.40)

      Par la rupture de ces rochers, plusieurs des sépulcres qui y étaient taillés, selon l'usage d'alors, (verset 60) et qui se voient encore en grand nombre autour de Jérusalem, s'ouvrirent.

      Ces saints qui étaient morts (grec endormis) dans l'espérance de la rédemption et qui renaissent à la vie, proclament la victoire du Sauveur sur la mort.

      Les mots après sa résurrection ne se rapportent pas à ce qui précède : étant sortis de leurs sépulcres, ce qui supposerait qu'ils y restèrent vivants jusqu'au troisième jour ; mais à ce qui suit : ils entrèrent dans la sainte cité, (Matthieu 4.5) dans la ville de Jérusalem, et apparurent à plusieurs personnes dans les temps qui suivirent la résurrection de Jésus.

      Malgré les obscurités de ce récit, nous ne saurions y voir seulement une tradition sans fondement historique.

      54 Le centenier, capitaine romain qui commandait la cohorte (verset 27) préposée à l'exécution, reçut, ainsi que ceux qui l'entouraient, cette impression profonde, non seulement par le tremblement de terre, et les autres miracles, mais par tout ce qui arrivait alors.

      En effet, le centenier avait été témoin de tout ce qui s'était passé dans cette exécution, à partir du palais de Pilate jusqu'au dernier moment. Il avait entendu les paroles de Jésus sur la croix, vu son inaltérable résignation. Quoi de plus propre à produire l'impression décrite sur un homme qui n'était pas aveuglé par la passion comme les Juifs !

      Mais d'o√Ļ ce soldat pa√Įen prenait-il le terme de Fils de Dieu¬†?

      Non seulement il pouvait savoir que tel avait été le motif de la condamnation de Jésus, mais il venait d'entendre les Juifs tourner ce titre en raillerie. (versets 40,43) Or sa parole : véritablement Fils de Dieu, est une allusion évidente aux négations qu'il venait d'entendre.

      Cela ne veut point dire qu'il e√Ľt des id√©es bien claires ni tr√®s √©lev√©es sur le sens religieux de ce nom divin¬†; mais l'ex√©g√®se n'est pas non plus autoris√©e √† affirmer, comme elle l'a fait souvent, que le centenier donnait √† ce nom une signification toute pa√Įenne¬†: un fils des dieux, un √™tre surnaturel. (Voir Luc 23.47, note.)

      55 En le servant signifie aussi, comme le dit Luc Luc 8.2,3, en l'assistant de leurs biens.
      56 La sépulture de Jésus

      57 à 66 Jésus mis dans le tombeau.

      Marie de Magdala ou Marie-Magdelaine, (Luc 8.2) ne doit √™tre confondue ni avec la p√©cheresse dont parle Luc, (Luc 7.36 et suivants) ni avec Marie, sŇďur de Lazare, qui oignit les pieds du Sauveur. (Jean 12.3) Elle est nomm√©e ici la premi√®re, elle fut aussi la premi√®re √† qui J√©sus apparut apr√®s sa r√©surrection. (Marc 16.9¬†; Jean 20.1 et suivants)

      - Marie, mère de Jacques et de Joseph (Sin. D, et la plupart des versions ont Joseph, les autres ont Josè) était la femme d'Alphée ou Cléopas. (Jean 19.25 ; Marc 15.47)

      - La mère des fils de Zébédée s'appelait Salomé. (Marc 15.40 ; comparez Matthieu 20.20)

      - Matthieu ni Marc ne nomment ici Marie, mère de Jésus, quoique nous sachions par Jean (Jean 19.25 et suivants) que d'abord elle était présente avec ce disciple.

      "Il faut donc probablement prendre √† la lettre cette expression¬†: d√®s cette heure-l√† ce disciple la prit chez lui. (Jean 19.27) Le cŇďur de Marie s'√©tait bris√© √† l'ou√Įe de la parole pleine de tendresse que lui avait adress√©e J√©sus, et elle s'√©tait retir√©e √† l'heure m√™me, de sorte qu'elle n'√©tait plus pr√©sente √† la fin du supplice." Godet, Commentaire sur Luc 23.47-49.

      57 Arimath√©e (h√©breu, Ramatha√Įm) √©tait une ville de la tribu de Benjamin. (1Samuel 1.1)

      Joseph n'était pas seulement riche, mais un conseiller de distinction, (Marc 15.43 ; Luc 23.50) c'est-à-dire qu'il était membre du sanhédrin à Jérusalem. Il était aussi disciple de Jésus, mais en secret, à cause de la crainte des Juifs. (Jean 19.38)

      - Il arriva...probablement sur le lieu de l'ex√©cution¬†; son cŇďur l'y attirait. Quand il vit que J√©sus √©tait mort, il se rendit aupr√®s de Pilate pour lui faire sa demande. (verset 58)

      58 Ordinairement les corps des crucifi√©s restaient suspendus √† la croix o√Ļ ils √©taient d√©vor√©s par les oiseaux de proie¬†; mais quand ils √©taient r√©clam√©s par des parents ou des amis, ils pouvaient leur √™tre rendus.

      - Le texte re√ßu, avec A, C, les versions, ajoute le corps apr√®s "qu'on lui donn√Ęt."

      Les interprètes qui adoptent ce texte pensent que la triple répétition du mot corps (versets 58,59) marque la douleur qu'éprouve l'évangéliste en racontant cette sépulture.

      60 Tout dans ce récit dénote les soins délicats et religieux de celui qui s'acquittait de ce saint devoir : il enveloppe le corps dans un linceul (grec toile de lin de Sidon, ce qu'il y avait alors de plus fin) ; ce linceul était pur, c'est-à-dire qu'il n'avait jamais servi.

      Joseph met Jésus dans son propre sépulcre, dont il lui fait le sacrifice ; ce sépulcre est taillé dans le roc et neuf.

      Luc (Luc 23.53) et Jean (Jean 19.41) font express√©ment la remarque que jamais personne n'y avait √©t√© mis, en sorte que J√©sus n'eut aucun contact avec la mort, ce qui e√Ľt √©t√© une souillure l√©gale.

      Enfin Joseph ferme l'entrée de la grotte avec une grande pierre, afin de mettre le corps à l'abri de toute atteinte.

      - Matthieu ne parle ni de Nicodème qui aida Joseph dans l'accomplissement de ce pieux devoir ni des aromates dont ils embaumèrent le corps de Jésus. (Jean 19.38-40)

      61 Comparer verset 56, note ; Matthieu 28.1.

      Ces deux Marie étaient là assises, en contemplation, perdues dans leur douleur, dans leur amour pour Celui qu'elles pleuraient.

      62 Le samedi, le grand jour du sabbat. (Jean 19.31)

      On appelait pr√©paration la veille du sabbat. D'autres entendent par l√†, avec moins de probabilit√©, le soir m√™me du vendredi, o√Ļ le sabbat commen√ßait apr√®s six heures.

      63 Ils ne faisaient pas allusion aux prédictions que Jésus avait énoncées dans le cercle de ses disciples, (Matthieu 16.21 ; 17.23 ; 20.19) mais à la déclaration qu'il avait faite aux pharisiens. (Matthieu 12.40)
      64 La premi√®re imposture, au point de vue de ces ennemis de toute v√©rit√©, √©tait la pr√©diction m√™me de J√©sus (ou, suivant d'autres, le mouvement provoqu√© par tout son minist√®re)¬†; la derni√®re qu'ils redoutaient √©tait la proclamation de sa r√©surrection. Pour eux, elle fut la pire, en effet, puisqu'elle amena le triomphe de sa parole et de son Ňďuvre.

      - A ces mots que ses disciples ne viennent, le texte reçu ajoute de nuit qui n'est pas authentique.

      65 Ces mots de Pilate vous avez une garde, ont fait supposer à plusieurs interprètes qu'il s'agissait de la garde juive du temple, toujours à la disposition des chefs du peuple. Cette opinion est peu probable : comparez (Matthieu 28.14)

      Pilate leur offre une garde romaine ; il veut dire : Prenez-la et faites comme vous l'entendrez.

      66 La pierre que Joseph avait mise à l'entrée de la grotte. (verset 60)

      On peut traduire aussi : "après avoir scellé la pierre en présence de la garde".

      Sceller cette pierre pour enfermer le Prince de la vie !

      "Autant vaudrait sceller les portes de l'Orient pour empêcher le soleil de se lever sur le monde !" Leighton.

      Tout ce dernier récit (versets 62-66) que Matthieu a seul, et dont la suite se trouve en Matthieu 28.11-15, a paru historiquement peu vraisemblable à plusieurs exégètes modernes. Voici leurs objections.

      1¬į Les pr√©dictions de J√©sus-Christ concernant sa r√©surrection pouvaient difficilement inspirer une telle crainte √† ses adversaires, puisqu'elles n'avaient pu fonder la foi des disciples qui les entendirent √† plus d'une reprise¬†; (verset 63, note)

      2¬į les femmes qui vinrent au s√©pulcre au matin de la r√©surrection n'auraient pas pu songer √† embaumer le corps, ni se demander qui roulerait la pierre, si elles avaient su que le tombeau √©tait gard√© et scell√©¬†;

      3¬į les membres du sanh√©drin se seraient empar√©s du corps de J√©sus pour le soustraire s√Ľrement √† ses adh√©rents, plut√īt que d'inciter les soldats √† un grossier mensonge (28¬†:13), qui n'√©tait propre qu'√† les laisser sans excuse aux yeux de Pilate.

      Il faut reconna√ģtre que ces objections ne sont pas sans valeur.

      D'autre part on peut répondre :

      1¬į que la conscience troubl√©e des meurtriers de J√©sus √©tait plus clairvoyante que la foi d√©faillante des disciples¬†;

      2¬į que les pr√©cautions prises pour garder le tombeau avaient pu fort bien rester inconnues aux femmes¬†: elles ignoraient de m√™me que Nicod√®me e√Ľt envelopp√© des aromates dans le linceul avec le corps de J√©sus, (Jean 19.39) puisqu'elles-m√™mes en apportaient au matin de la r√©surrection¬†;

      3¬į que les membres du sanh√©drin ne pouvaient pas s'emparer du corps de J√©sus apr√®s qu'il avait √©t√© c√©d√© √† Joseph par l'autorit√© de Pilate¬†;

      4¬į que l'intrigue maladroite avec la garde est psychologiquement tr√®s plausible de la part d'hommes aveugl√©s par la passion (voir, par exemple, leur accusation politique de J√©sus aupr√®s de Pilate).

      On peut ajouter que dans ce fait, comme dans toute l'histoire de la passion, Dieu se joue de ses ennemis. Ils croyaient étouffer la vérité, et ce fut par les soldats, instruments de leurs mensonges, que parvint tout d'abord à leur connaissance la résurrection glorieuse de leur victime. Les précautions mêmes, prises par eux pour prévenir l'événement qu'ils redoutaient, en attestèrent la réalité et en rehaussèrent l'éclat. (Matthieu 28.11)

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