1 Pierre 1

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      Grec : aux étrangers élus de la dispersion du Pont, etc., selon la prescience.

      Elus et étrangers sont juxtaposés dans l'original. Il est probable que le premier est adjectif, le second substantif.

      Le mot que nous traduisons, faute de mieux, par étranger, signifie proprement l'étranger en séjour, l'habitant, qui n'a qu'un domicile momentané dans un pays, par opposition au citoyen qui a le droit de bourgeoisie.

      Les noms √©num√©r√©s sont ceux des provinces romaines de l'Asie Mineure. L'Asie √©tait appel√©e aussi Asie proconsulaire, et comprenait une partie de la Phrygie, la Mysie, la Lydie, la Carie et plusieurs √ģles. Les Eglises de ces contr√©es avaient √©t√© fond√©es par Paul.

      - Ces √©trangers, qui vivaient dans la dispersion (diaspora, comparez Jacques 1.1,Jean 7.35) n'√©taient pas seulement des Juifs, comme ce terme de diaspora pourrait le faire croire, mais aussi des pa√Įens convertis √† l'Evangile, (1Pierre 2.10¬†; 4.3) et auxquels l'ap√ītre applique le mot qui d'ordinaire d√©signait les Juifs vivant hors de la Palestine.

      Il envisage tous ces chr√©tiens, quelle que soit leur origine, comme l'Isra√ęl spirituel, le vrai peuple de Dieu. Ils se sentaient √©trangers parmi les pa√Įens d'autant plus qu'ils √©taient dispers√©s, ne formant que de petits groupes sans beaucoup de rapports entre eux.

      En tout temps d'ailleurs, les chrétiens ne sont-ils pas dans ce monde des étrangers des habitants de passage ? (1Pierre 2.11 ; Philippiens 3.20 ; Hébreux 11.13 ; 13.14 ; Psaumes 39.13)

      2 Grec : pour l'obéissance et l'aspersion du sang de Jésus-Christ.

      Etrangers et dispers√©s, ils sont fortifi√©s dans leur isolement par la pens√©e que Dieu les a √©lus. Ce mot est en t√™te de l'adresse car c'est en leur qualit√© d'√©lus que l'ap√ītre leur √©crit. L'√©lection, sous l'ancienne Alliance, s'appliquait au peuple entier. (Esa√Įe 41.8¬†; 43.20¬†; Deut√©ronome 7.6¬†; 9.4-6)

      L'ap√ītre appelle encore les chr√©tiens une "race √©lue¬†;" cependant, pour eux, l'√©lection de Dieu est devenue individuelle. Elle se manifeste par l'appel que Dieu, dans sa gr√Ęce, selon sa prescience, adresse √† chaque √Ęme.

      La prescience de Dieu n'est pas seulement sa connaissance anticip√©e et passive de ce qui arrivera mais sa volont√© d√©termin√©e et son amour. On a traduit le terme employ√© par l'ap√ītre¬†: "selon une d√©termination prise d'avance." (Stapfer) Ce caract√®re actif de la prescience divine ressort de nombreuses d√©clarations de l'Ecriture. (1Pierre 1.20¬†; Romains 8.28,29¬†; Eph√©siens 1.5)

      Le chr√©tien fonde sur sa qualit√© d'√©lu de Dieu l'assurance de son salut. Celui-ci n'est pas son Ňďuvre, mais l'Ňďuvre de Dieu, qui ach√®vera ce qu'il a commenc√©. (Philippiens 1.6)

      "Elus non pas de nous-m√™mes, mais selon l'ordre de Dieu, car nous ne nous introduirons pas nousm√™mes dans le ciel, pas plus que nous ne cr√©ons nous-m√™mes la foi dans nos cŇďurs. Dieu ne laissera pas entrer indistinctement tous les hommes dans le ciel, il comptera exactement les siens. Ici la doctrine du libre arbitre et de nos propres forces ne signifie rien¬†; il ne s'agit pas de notre propre volont√© mais de la volont√© de Dieu et de son √©lection." Luther.

      - Mais Dieu n'élit pas ses enfants pour qu'ensuite ils fassent ce que bon leur semble, qu'ils restent dans leurs péchés. Il les élit dans la sanctification de l'Esprit, (1Thessaloniciens 4.7 ; 2Thessaloniciens 2.13,14) c'est-à-dire que, pour accomplir son dessein de miséricorde en eux, il les renouvelle et les sanctifie par son Saint Esprit. C'est là pour eux le témoignage seul certain de leur élection.

      L'Esprit (de Dieu) est l'auteur de la sanctification. D'autres, avec moins de raison, entendent l'expression de l'esprit de l'homme sur lequel s'exerce l'action sanctifiante : "élus selon la prescience de Dieu et sanctifiés en leur esprit." (Oltramare)

      - Le but en vue duquel Dieu les a élus et les sanctifie par l'Esprit, c'est l'obéissance, non l'obéissance à Jésus-Christ, comme traduisent quelques-uns, car le complément de Jésus-Christ ne se rapporte qu'à l'aspersion du sang ; mais à l'obéissance, au sens absolu, à l'obéissance qui est l'attitude normale de l'enfant de Dieu, (1Pierre 1.14 ; 2.8 ; Hébreux 5.9) et que Paul appelle "l'obéissance de la foi." (Romains 1.5 ; 2Corinthiens 10.5)

      A cette disposition du croyant r√©pond, de la part de Dieu, l'aspersion du sang de J√©sus-Christ. Ce dernier terme est emprunt√© aux usages des sacrifices, o√Ļ le sacrificateur faisait aspersion du sang de la victime sur ceux qui l'offraient, afin de les rendre participants de l'efficace figurative de ce sacrifice. (Exode 24.7¬†; L√©vitique 4.6,17¬†; 16.14¬†; H√©breux 9.19¬†; 12.24)

      La mention de l'aspersion après la sanctification de l'Esprit montre qu'il s'agit moins de la justification du pécheur devant Dieu que d'une appropriation perpétuelle des mérites de Jésus Christ et de sa mort, nécessaire à ceux mêmes qui sont régénérés, aussi longtemps qu'ils vivent dans ce monde de péché. (Comparer 1Jean 1.7) Weiss (Lehrbuch der biblischen Theologie, 4e éd., p. 147), prenant le terme de sanctification dans son sens primitif de mise à part, consécration, voit ici une allusion au baptême, par lequel l'élu de Dieu était séparé du monde. Ce baptême, il le recevait "pour le pardon des péchés," (Actes 2.38) et il était par lui consacré à Dieu. Aussi le don du Saint-Esprit suit-il le baptême. (Actes 2.38 ; 10.44)

      La gr√Ęce et la paix (Romains 1.7, note) d√©coulent de l'Ňďuvre de Dieu, qui vient d'√™tre d√©crite¬†; mais elles peuvent √™tre multipli√©es dans le cŇďur du fid√®le¬†: que ne sommes-nous plus remplis d'ardeur √† les demander √† Dieu comme l'ap√ītre, et pour nous-m√™mes, et les uns pour les autres¬†!

      3 Comparer 2Corinthiens 1.3¬†; Eph√©siens 1.3. Pierre ouvre son √©p√ģtre par une ardente action de gr√Ęce pour le salut qu'il embrasse ici d'un regard, depuis son origine, qui est la mis√©ricorde √©ternelle de Dieu, notre P√®re, jusqu'√† son parfait accomplissement. (verset 7)

      C'est sur ce glorieux salut que l'ap√ītre fonde toutes les consolations qu'il offre √† ses lecteurs, (verset 6) aussi bien que les exhortations qu'il leur adresse √† mener une vie sainte. Ce salut, dont Dieu n'a pu trouver la raison souveraine que dans son amour, s'accomplit en nous par l'Ňďuvre √† la fois divine et humaine de la r√©g√©n√©ration, (comparez Jean 3.3-5, notes) source d'une vie nouvelle. Celle-ci a pour premier et principal fruit, une esp√©rance vivante.

      L'espérance du chrétien est vivante, d'abord quant à son objet, puisqu'elle est une possession anticipée de la vie éternelle ; (verset 4) elle est vivante surtout en elle-même, parce qu'elle fait partie intégrante de cette vie nouvelle et divine qui commence avec la régénération, et dont la source intarissable est la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts.

      La r√©surrection du Fils de Dieu, sa victoire sur la mort physique et morale, a ouvert pour lui et pour ses rachet√©s les sources de la vie √©ternelle. Christ est entr√© dans la gloire avec notre humanit√©¬†: l√† o√Ļ est le Chef, la t√™te, l√† sont d√©j√† tous les membres, (Eph√©siens 2.6) non seulement par la certitude de leur esp√©rance vivante, mais parce qu'en r√©alit√© Christ est leur vie.

      L'épithète de vivant est appliquée à tous les attributs de Christ considéré dans ses rapports avec ses rachetés : il est pour eux "la pierre vivante" (2 : 4), "l'eau vivante," (Jean 4.10 ; Jean 7.38) "le pain vivant," (Jean 6.51) "le chemin vivant." (Hébreux 10.20)

      Quelques-uns traduisent "Qui nous a, par la r√©surrection de J√©sus-Christ d'entre les morts, fait rena√ģtre √† une vivante esp√©rance." Ils pensent que Pierre fait allusion √† son exp√©rience personnelle.

      Toutes ses esp√©rances messianiques avaient √©t√© ruin√©es par la mort de J√©sus, la honte du triple reniement, dont il s'√©tait rendu coupable, achevait de l'accabler. La vue de J√©sus-Christ ressuscit√©, le pardon que lui accorda le Ma√ģtre qu'il avait trahi, le firent rena√ģtre √† une esp√©rance, qu'il peut qualifier de vivante, parce qu'il sent qu'elle ne saurait √™tre d√©truite, comme les esp√©rances plus ou moins charnelles et chim√©riques qu'il nourrissait auparavant.

      Cette explication renferme une part de v√©rit√©. Il est possible que Pierre ait pens√© √† sa propre histoire en √©crivant ces lignes, c'est m√™me probable Ainsi s'explique le changement de personne¬†: nous √† verset 3, vous √† verset 4. Mais en traduisant¬†: "nous a fait rena√ģtre √† l'esp√©rance," on affaiblit le sens du mot grec et l'on ne saisit pas la pens√©e de l'ap√ītre dans sa profondeur.

      Le m√™me terme se retrouve √† verset 23, o√Ļ, employ√© sans r√©gime, il exprime l'id√©e, compl√®te en elle-m√™me, de la r√©g√©n√©ration. Dans notre passage d√©j√†, Pierre a cette r√©g√©n√©ration en vue. La r√©surrection de J√©sus-Christ n'a pas eu seulement pour effet de ranimer son esp√©rance¬†; elle a r√©g√©n√©r√©, cr√©√© √† nouveau tout son √™tre spirituel, et est devenue ainsi le fondement d'une esp√©rance qui est √† la fois imp√©rissable et vivifiante.

      4 Le texte reçu porte : pour nous ; cette leçon, très peu autorisée, est une correction provoquée par le nous de verset 3.

      - L'objet de l'esp√©rance, la vie √©ternelle, est ici repr√©sent√© sous l'image d'un h√©ritage, d√©signation tir√©e de l'Ancien Testament, o√Ļ elle est appliqu√©e au pays de Canaan promis √† Abraham et √† sa post√©rit√©. (Gen√®se 13.15¬†; 28.4¬†; Deut√©ronome 4.21¬†; 12.9¬†; Galates 3.18,Eph√©siens 5.5¬†; H√©breux 9.15)

      Dans l'impossibilit√© o√Ļ nous sommes de concevoir la f√©licit√© des cieux, l'Ecriture nous en fait des descriptions presque toujours n√©gatives, la mettant en opposition avec les mis√®res de notre vie actuelle (Comparer Apocalypse 7.16¬†; 21.4)

      Tel est le but des trois épithètes qui caractérisent l'héritage :

      - incorruptible, (1Pierre 1.23 ; Romains 1.23) car le vrai héritage, c'est Dieu même, la source de la vie éternelle, opposée à la vie humaine qu'attend la corruption du sépulcre,

      - qui ne peut √™tre souill√© (Gr "immacul√©, sans tache, sans souillure," comparez H√©breux 7.26), par opposition √† ce monde de p√©ch√© o√Ļ les choses les plus saintes ne sont pas √† l'abri de la contagion,

      - qui ne peut se fl√©trir (Grec¬†: "infl√©trissable"), tout l'oppos√© de ces fleurs auxquelles un seul jour enl√®ve leur gr√Ęce, leur fra√ģcheur, leur parfum. (1Pierre 1.24¬†; 5.4)

      L'existence céleste est donc vie éternelle, sainteté parfaite, jeunesse perpétuelle. (Comparer 1Corinthiens 15.42 et suivants, 1Corinthiens 15.53 et suiv)

      5 Double fondement de certitude pour l'espérance vivante : l'héritage est conservé pour nous dans les cieux (verset 4) et nous sommes gardés pour cet héritage qui ne nous serait guère assuré, si nous mêmes n'étions gardés au milieu des épreuves. (versets 6-9)

      La puissance de Dieu est la garde qui nous protège contre les puissances hostiles. (1Pierre 5.8-10,Philippiens 4.7 ; Romains 8.31-39)

      Mais comme l'assentiment et la confiance de l'homme sont toujours la condition de son salut, l'ap√ītre ajoute¬†: par la foi. C'est dans la mesure o√Ļ il se confie en la puissance de Dieu que l'homme est sauv√© par elle. (verset 9)

      6 Grec : En quoi vous tressaillez d'allégresse.

      - En quoi se rapporte à tout ce qui précède versets 3-5, c'est-à-dire à cette espérance vivante, à cet héritage céleste dont les chrétiens ont l'assurance ; c'est là pour eux un sujet d'allégresse.

      Quelques interprètes pensent que le pronom relatif se rapporte au mot qui précède immédiatement : le dernier temps. (verset 5) Ce serait seulement au dernier temps qu'aurait lieu cette allégresse, "en la révélation de Jésus-Christ ;" (verset 7) le verbe au présent : vous tressaillez, serait pris dans le sens du futur ; (comparer : Matthieu 26.2) c'est ainsi que traduisent Luther et d'autres.

      Mais apr√®s avoir d√©crit le salut assur√© aux croyants, apr√®s en avoir b√©ni Dieu avec effusion, (versets 3-5) l'ap√ītre ne doute pas que cette immense gr√Ęce ne soit d√©j√† actuellement pour les chr√©tiens auxquels il √©crit le sujet d'une grande et sainte joie, d'une joie qui peut, par sa nature m√™me, subsister au sein des diverses tentations ou √©preuves auxquelles ils sont expos√©s. (1Pierre 4.13¬†; Jacques 1.2,3)

      "Il les exhorte plut√īt qu'il ne les loue. Car son intention est de montrer quel profit nous revient de cette esp√©rance de salut¬†: √† savoir joie spirituelle, par laquelle non seulement est adoucie l'aigreur et √Ępret√© de tous maux, mais aussi toute tristesse est surmont√©e...Mais les fid√®les ne sont point troncs de bois, et ils n'ont tellement d√©pouill√© le sentiment humain, qu'ils ne soient touch√©s de douleur, qu'ils ne craignent les dangers, que la pauvret√© ne leur soit ennuyeuse et les pers√©cutions √Ępres et difficiles √† porter...Mais la tristesse de tous ces maux est tellement adoucie par la foi, qu'ils ne laissent point pourtant de se r√©jouir. D'autre part, quoique la joie surmonte la tristesse, elle ne l'√īte pas enti√®rement, d'autant qu'elle ne nous d√©pouille pas de toute fragilit√© humaine." Calvin.

      "Bien que vous soyez attristés maintenant, pour un peu de temps," Ces deux termes, qui forment en grec un pléonasme sont destinés à marquer la courte durée des souffrances du chrétien en regard de l'éternelle félicité qui l'attend (1Pierre 5.10) L'auteur ajoute : s'il le faut, car le chrétien n'est pas nécessairement toujours exposé à l'affliction ; mais si elle lui est envoyée, qu'il la considère comme une épreuve qui doit se produire, qui est selon la volonté de Dieu (1Pierre 3.17)

      En appelant les souffrances de ses lecteurs des épreuves ou tentations, (Jacques 1.2) Pierre montre ce qu'elles sont, soit dans l'intention des persécuteurs, qui espèrent par elles ébranler les croyants, soit dans l'intention de Dieu, qui les leur inflige pour les fortifier dans la foi. (verset 7)

      7 Le mot rendu ici par l'épreuve ne se retrouve, dans le Nouveau Testament, que à Jacques 1.3. (Voir la note) Il est employé par les Septante, dans Proverbes 27.21. Il signifie proprement "le moyen par lequel on éprouve."

      Les plus récents interprètes lui donnent, dans notre passage, ce sens, qui seul se justifie d'après le grec profane.

      D'autres s'en tiennent au sens assez voisin : l'action d'éprouver. La traduction : résultat de l'épreuve, solidité éprouvée, est inadmissible.

      Pierre veut dire : "Il faut que vous soyez attristés par diverses épreuves, (verset 6) afin que ce moyen par lequel votre foi est éprouvée, et qui est beaucoup plus précieux que celui par lequel on éprouve l'or périssable (qui cependant est éprouvé par le feu), tourne à votre louange." Le feu est pour le fondeur un agent précieux, indispensable pour purifier l'or.

      Bien plus précieuses sont pour Dieu, et pour le croyant qui se place au point de vue de Dieu, les souffrances et les tentations qui éprouvent la foi, pourvu que ce moyen d'éprouver (ou cette action d'éprouver) tourne (grec soit trouvé) à louange et à gloire et à honneur pour le fidèle. Et sans doute plus l'épreuve aura été grande, douloureuse, plus la gloire sera grande aussi.

      Mais tout cela se montrera en la r√©v√©lation de J√©sus-Christ, lorsque J√©sus-Christ appara√ģtra, lui qui seul manifestera les secrets des cŇďurs. (1Corinthiens 4.5¬†; Jacques 1.12) Alors ces pers√©cutions, par lesquelles les lecteurs de l'√©p√ģtre √©taient √©prouv√©s et qui pour le pr√©sent, les couvraient de honte les couvriront de gloire.

      Et pour nous aussi, les croix que nous avons à porter, si elles sont d'abord un sujet d'humiliation, de renoncement, de mort, deviendront notre suprême honneur à l'avènement de Jésus-Christ. (2Corinthiens 4.17 ; Colossiens 3.3,4 ; 2Timothée 1.12 ; 2.8-13)

      Quel motif, pour le chrétien, de supporter patiemment l'épreuve, mais aussi de sonder avec soin la réalité de sa foi !

      8 Telle est la leçon de Sin., B. C.

      - A, majuscules, texte reçu, portent : "sans l'avoir connu," c'est-à-dire connu personnellement, selon la chair, car spirituellement ils le connaissaient bien. Le sens des deux leçons est au fond le même.

      L'ap√ītre revient √† la joie que produit l'esp√©rance du salut, (verset 6) pour la rattacher directement √† la personne de Christ qui en est la source. Il montre comment cette joie ineffable et glorieuse (qu'on ne peut exprimer en paroles et qui participe d√©j√† par sa nature de la gloire du ciel, car le grec porte¬†: joie ineffable et glorifi√©e), peut exister d√®s maintenant, quand m√™me sa pleine manifestation n'aura lieu qu'au retour du Seigneur¬†: elle est produite par deux sentiments qui unissent indissolublement l'√Ęme fid√®le au Sauveur, l'amour et la foi.

      Il indique par une double antith√®se que ces deux affections du cŇďur ont le pouvoir de s'attacher √† un objet invisible¬†: Vous ne l'avez pas vu et vous l'aimer¬†; vous ne le voyez pas encore, mais vous croyez, et c'est assez pour tressaillir d'une joie ineffable et glorieuse.

      - "Croire des myst√®res aussi incroyables que ceux de l'incarnation, de la mort, de la r√©surrection d'un Dieu homme, aimer un inconnu qui ne pr√™che qu'humiliation, que croix et que renoncement¬†; au milieu de tout cela, go√Ľter par avance les joies du ciel et les d√©lices de la gloire¬†: c'est ce que la philosophie humaine ne peut comprendre, et c'est ce que fait la foi dans le cŇďur d'un homme mortel." Quesnel.

      9 Ces mots indiquent pourquoi les chrétiens peuvent dès maintenant se réjouir : "En tant que remportant..."

      Le but de la foi est aussi son résultat définitif, glorieux son dernier triomphe.

      Quoique le mot remporter évoque l'idée de prix, de couronne obtenue par un vainqueur, (1Pierre 5.4 ; 2Timothée 4.8 ; 2Corinthiens 5.10 ; Ephésiens 6.8, etc) on peut lui conserver son sens ordinaire : but, fin.

      Ce but, auquel tend la foi, c'est le salut de l'√Ęme. Et ce salut, dans la pens√©e de l'ap√ītre, est pr√©sent, actuel, poss√©d√© par anticipation. Si les avant-go√Ľts de ce salut sont d√©j√† une joie ineffable, que sera ce quand nous le poss√©derons pleinement¬†?

      11 L'intention de l'ap√ītre, dans ce passage, (versets 10-12) est de c√©l√©brer la grandeur du salut qui fait la joie des chr√©tiens, (versets 8,9) en montrant que de tout temps il a √©t√© l'objet des d√©sirs, des recherches, des esp√©rances de tous les hommes de Dieu et m√™me des anges du ciel. (verset 12)

      Chaque mot est digne d'arrêter l'attention.

      1¬į L'ap√ītre parle de proph√®tes et d'anges (verset 12) sans article, pour relever la haute dignit√© dont ces √™tres √©taient rev√™tus¬†: "m√™me des proph√®tes, m√™me des anges."

      2¬į Il accumule les termes les plus forts pour exprimer l'ardeur, la pers√©v√©rance, le soin que les proph√®tes apportaient √† leurs recherches et √† leurs investigations¬†; (verset 10, grec) ils recherchaient, scrutaient √† fond ce qu'ils d√©siraient conna√ģtre. Comparer Matthieu 13.17.

      3¬į Ce que les proph√®tes cherchaient √† d√©couvrir, ce n'√©tait pas tant le salut en lui-m√™me, sa certitude, que le temps et les circonstances au milieu desquels il serait accompli, ils d√©siraient savoir s'ils n'auraient pas le bonheur d'en √™tre les t√©moins. (Grec¬†: "pour quel temps et quelle esp√®ce de temps manifestait l'Esprit," etc) Comparer Daniel 12.8.

      4¬į L'Esprit de Christ √©tait dans les proph√®tes¬†: Il montrait ou manifestait, ce verbe est sans r√©gime¬†: il exprime simplement l'action de l'Esprit, l'objet de celle-ci est introduit par un participe qui se rapporte au mot Esprit et doit √™tre reli√© au verbe¬†: il manifestait, attestant d'avance les souffrances de Christ.

      Les prophètes distinguaient cette action révélatrice d'avec les opérations de leur propre esprit ; ce qu'ils annonçaient était une parole divine, une révélation donnée de Dieu.

      5¬į Cet Esprit √©tait l'Esprit de Christ. D'apr√®s Jean, la Parole √©ternelle fut l'agent des r√©v√©lations divines avant d'√™tre faite chair. Aux yeux de Paul, Christ accompagnait l'ancien peuple de Dieu, auquel il se manifestait dans le d√©sert. (Comparer Jean 1.1,5, notes¬†; 1Corinthiens 10.4) Pierre enseigne de m√™me que Christ, par son Esprit, d√©voilait aux proph√®tes l'issue de l'√©conomie de l'Ancien Testament et le salut qu'il devait un jour accomplir. Il y a ainsi parfaite harmonie, action une et progressive dans l'Ňďuvre de la r√©demption. Sous les deux Alliances, nous avons¬†: objectivement, le m√™me Dieu, le m√™me Sauveur, le m√™me Esprit, subjectivement, la m√™me foi, qui est pour les uns, la foi en un Sauveur devant venir, pour les autres en un Sauveur venu.

      6¬į Ce qui, selon ces r√©v√©lations divines, √©tait le centre de toute l'Ňďuvre du salut, ce dont l'Esprit de Christ rendait t√©moignage √† l'avance, c'√©taient les souffrances de Christ et les gloires qui les devaient suivre (gr les gloires apr√®s celles-ci), c'est-√†-dire sa r√©surrection, son ascension dans la gloire. Il y a dans le grec¬†: les souffrances pour Christ, c'est-√†-dire qui lui √©taient destin√©es, qui devaient l'atteindre. Il ne s'agit pas de souffrances endur√©es par les chr√©tiens pour lui, comme l'ont pens√© quelques interpr√®tes.

      C'est peut-√™tre aussi d√©passer la pens√©e de l'ap√ītre que de dire¬†: "Il ne s√©pare point Christ de son corps. Par quoi ceci ne doit √™tre restreint √† la personne de Christ...Il ne parle point de ce qui est propre √† Christ, mais il traite de tout l'√©tat de l'√Čglise en g√©n√©ral." Calvin.

      Les "recherches" des proph√®tes portaient bien sur les souffrances personnelles du Messie, et il est remarquable que leurs pr√©dictions les plus pr√©cises, par exempte, le Psaumes 22 et Esa√Įe 53, que notre ap√ītre avait surtout dans la pens√©e, (1Pierre 2.23-25) renferment d'abord une path√©tique description de ses souffrances, puis une vue triomphante de sa glorification. En rappelant ces donn√©es de la proph√©tie, Pierre avait aussi, sans doute, l'intention de consoler ses fr√®res dans leurs propres souffrances, ce qui est le but principal de son √©p√ģtre. (1Pierre 4.1,12-19) Lui-m√™me ne conna√ģt pas de plus beau titre √† se donner que celui-ci¬†: "t√©moin des souffrances de Christ" (1Pierre 5.1)

      12 Il fut r√©v√©l√© aux proph√®tes (l'ap√ītre ne dit pas comment, mais on peut en voir un exemple dans Daniel 12.4,9,13) que ce n'√©tait pas en leur temps que s'accompliraient ces choses (les souffrances et les gloires de Christ, verset 11) qu'ils administraient (grec servaient), comme d'humbles instruments, qu'ils annon√ßaient en fid√®les messagers, mais qu'elles √©taient pour vous, dit l'ap√ītre, pour les chr√©tiens des temps √©vang√©liques, auxquels cette gr√Ęce √©tait destin√©e. (verset 10)

      Ce qui ne veut pas dire que le ministère des prophètes concernant le salut à venir fut sans utilité pour eux mêmes et pour leurs contemporains, au contraire, ils fondaient sur ce salut toute leur espérance et y puisaient toute leur consolation. Mais comment ne pas admirer l'humble renoncement de ces hommes de Dieu, qui, sachant qu'ils employaient leurs forces et enduraient tant d'épreuves pour des générations futures, n'en restaient pas moins infatigables dans leurs travaux, inébranlables dans leur foi et leur fidélité !

      Les proph√®tes pr√©disaient les grands faits du salut par l'Esprit-Saint, les ap√ītres les ont annonc√©s, apr√®s leur accomplissement, par le m√™me Esprit-Saint¬†; les deux √©conomies du salut sont remplies de cet Esprit. L√† est la grandeur divine de ce salut. L'Esprit-Saint est indiqu√© sp√©cialement comme envoy√© du ciel.

      Les uns pensent qu'en ajoutant ces mots l'auteur a l'intention d'√©voquer le souvenir de la Pentec√īte, (Actes 2.1-4) les autres estiment qu'il fait allusion √† l'action de l'Esprit qui s'exer√ßait partout o√Ļ l'√Čvangile √©tait annonc√©. (Actes 8.15-17¬†; 10.44¬†; 19.1-7¬†; 1Thessaloniciens 1.6¬†; 1Corinthiens 2.4) Il reste encore un trait pour achever le tableau, le d√©sir des anges¬†!

      Grec¬†: d√©sirent s'incliner pour contempler de plus pr√®s. (Voir le m√™me mot Jacques 1.25) Peut-√™tre une allusion aux ch√©rubins qui s'inclinaient sur le propitiatoire, dans l'attitude de la contemplation et de l'adoration. (Exode 25.20) La grandeur divine de la r√©demption est relev√©e √† nos yeux par la part qu'y prennent les esprits purs qui n'en ont pas besoin pour euxm√™mes, mais qui y apprennent √† conna√ģtre la sagesse de Dieu. (Eph√©siens 3.10, note)

      Les anges, qui contemplent la face de Dieu (Matthieu 18.10) et sont à son service, (Hébreux 1.14) sont présents aux plus grands événements de la vie du Sauveur sur la terre (Luc 2.13,14 ; Jean 1.51 ; Matthieu 4.11 ; Luc 22.43 ; 24.4 et suivants ; Actes 1.10,11) ; ils se réjouissent de la conversion d'un pécheur, (Luc 15.10) unissent leurs chants de louange à ceux des rachetés, (Apocalypse 5.11 ; 7.11,12) s'intéressent à la rédemption par amour d'un monde perdu, et parce que cette rédemption glorifie le Dieu qu'ils servent.

      "Ainsi contemplent-ils tous les jours avec grand √©bahissement les Ňďuvres magnifiques de Dieu au gouvernement de son Eglise. Combien seront-ils plus √©tonn√©s quand ils verront ce dernier et excellent acte de la justice, bont√© et sapience divine, lorsque le royaume de Christ s'accomplira¬†?" Calvin.

      Cette explication justifie la mention des anges dans notre passage. L'auteur n'a pas voulu dire que les anges désirent en vain scruter le mystère du salut, que la connaissance de la rédemption leur est refusée tandis qu'elle est accordée à ses lecteurs dont il ferait ainsi ressortir le privilège unique.

      13 EXHORTATION GENERALE A LA SAINTETE ET A L'AMOUR. Ch. 1 :13 à 2 :10

      13 à 21 Se sanctifier est le devoir de ceux que Christ a rachetés.

      Conclusion de tout ce qui précède : parce que vous êtes régénérés pour une espérance vivante, si certaine qu'elle ne peut être ébranlée par aucune épreuve, et si glorieuse qu'elle préoccupe prophètes et anges. Plus l'homme pécheur considère la grandeur du salut dont il a été l'objet, plus il en est assuré, plus aussi il trouve dans cette assurance l'obligation et la force de mener une vie sainte. (versets 13-16)

      Comme les anciens ceignaient leur longue robe (grec ayant ceint en haut, ayant relev√© votre robe en vous ceignant) autour des reins pour le voyage ou pour le combat (Eph√©siens 6.14, 1re note¬†; Luc 12.35), ainsi le chr√©tien doit √™tre pr√©par√© √† tout ordre du Ma√ģtre, et de plus rester sobre de corps et d'√Ęme, (1Pierre 5.8¬†; 1Thessaloniciens 5.6) se tenant dans un √©tat d'attente qui n'est pas l'appr√©hension de la crainte, mais qui consiste √† esp√©rer parfaitement. (Grec¬†: jusqu'au but¬†; comparez verset 9)

      Et quel est le fondement sur lequel s'appuie cette esp√©rance¬†? La gr√Ęce qui leur sera apport√©e √† la r√©v√©lation de J√©sus-Christ, c'est √† dire la pleine d√©livrance qui accompagnera le retour de Christ. (1Pierre 1.7¬†; 1Corinthiens 1.7¬†; 2Thessaloniciens 1.7-10)

      - D'autres entendent par la r√©v√©lation de J√©sus-Christ sa manifestation par l'√Čvangile. (versets 10-12,20) Ils se fondent sur le fait que le grec porte¬†: "La gr√Ęce qui vous est apport√©e" (au pr√©sent).

      Mais, suivant l'usage constant du Nouveau Testament, la révélation de Jésus-Christ est son retour glorieux à la fin des temps.

      Grec : Des enfants d'obéissance, qui obéissent à la vérité, (versets 2,22) et par opposition aux "enfants de rébellion" ou de "désobéissance," ce dernier terme de signant l'état naturel de l'homme inconverti. (Ephésiens 2.2, 2è note) Dans de telles locutions (comparez aussi les expressions : enfants "de lumière," Ephésiens 5.8 "de colère," Ephésiens 2.3 "de malédiction," 2Pierre 2.14), l'accent ne porte pas sur le mot enfants, mais sur le complément qui lui est adjoint.

      Quelques interprètes pensent que l'auteur emploie ici le mot enfant, parce qu'il a déjà en vue la pensée qu'il exprimera au verset 17 "Si vous invoquez comme Père..." Cela est moins probable.

      14 Quand vous étiez dans l'ignorance, grec dans votre ignorance.

      Les hommes √† qui l'ap√ītre parle ainsi √©taient plut√īt d'anciens pa√Įens que d'anciens juifs, car leur ignorance est celle d√©crite Eph√©siens 4.18 et suivants, non celle mentionn√©e √† Actes 3.17.

      15 Lévitique 11.44 ; 19.2. La sainteté de Dieu est pour tout homme le plus impérieux motif de devenir saint. S'y refuser, serait s'exclure de la communion avec Dieu, qui, par sa nature même, ne peut avoir aucun contact avec ce qui est souillé.

      Ces paroles, et l'application qu'en fait l'ap√ītre, prouvent combien il est faux d'admettre que dans l'Ancien Testament le mot saint signifie seulement "mis √† part," consacr√© pour le service de Dieu, et n'implique pas l'id√©e de la puret√© morale.

      Si tous les objets qui servaient au culte √©taient appel√©s saints, s'il √©tait d√©fendu de les employer √† aucun usage profane, c'√©tait l√† un symbole qui devait pr√™cher aux adorateurs du vrai Dieu la saintet√© r√©elle du cŇďur et de la vie qu'il exige de ses enfants. (verset 22 et suiv)

      17 Comparer Romains 2.6, note ; 1Corinthiens 3.13 ; 2Corinthiens 5.10.

      Le doux nom de P√®re que nous donnons √† Dieu, pas plus que le privil√®ge d'esp√©rer parfaitement en la gr√Ęce, (verset 13) n'exclut la crainte, c'est-√†-dire le sentiment de notre p√©ch√© et de la justice de Dieu.

      Les deux dispositions s'accordent tr√®s bien dans l'exp√©rience des consciences vraiment d√©licates. Pour d'autres, au contraire, la confiance en la gr√Ęce de Dieu peut les porter √† croire que ce P√®re envisage leurs fautes avec l'indulgence de la faiblesse.

      Aussi l'ap√ītre nous rappelle-t-il que ce P√®re reste notre Juge qu'il ne fait pas acception de personnes, qu'il n'y a point devant lui de privil√©gi√©s, mais que, pour tous, la foi qui ne produit pas l'amour, l'ob√©issance, la saintet√©, ne saurait les sauver de la condamnation. (Comparer 1Jean 2.6¬†; 3.3,H√©breux 12.28¬†; Philippiens 2.12)

      - La pens√©e que notre vie ici-bas n'est qu'un s√©jour (les mots sur la terre ne sont pas dans le grec) tr√®s court, donne plus de force encore √† l'exhortation de l'ap√ītre.

      19 Pierre indique à ses lecteurs un nouveau motif de se conduire avec cette crainte sanctifiante dont il vient de parler : (versets 15-17) le prix immense auquel ils ont été rachetés.

      D'apr√®s d'autres, les paroles qui suivent sont destin√©es √† montrer la possibilit√© de la sanctification¬†: vous pouvez √™tre saints, car vous avez √©t√© rachet√©s. La premi√®re liaison nous para√ģt plus naturelle. La croix de J√©sus-Christ, d√©monstration du p√©ch√© de l'homme et de la justice de Dieu, sera toujours le plus puissant mobile de la sanctification, en m√™me temps qu'elle est la source de la paix. Mais tous les d√©tails de cette parole de l'ap√ītre ont leur importance.

      Vous avez √©t√© rachet√©s, de quoi¬†? de votre vaine mani√®re de vivre. Cette expression semble indiquer que l'ap√ītre a surtout en vue l'asservissement de la volont√©, l'esclavage cr√©√© par le p√©ch√© d'habitude, et que le rachat est pour lui ce que Paul, dans Romains 6, appelle l'affranchissement du p√©ch√©, en d'autres termes la sanctification. (Comparer. 2.14)

      Mais peut-√™tre consid√®re-t-il aussi la mal√©diction que le p√©ch√© fait peser sur celui qui l'a commis et envisage-t-il le rachat comme sa r√©conciliation avec Dieu, d'apr√®s Romains 3.24 et suivants¬†; H√©breux 9.15¬†; comparez H√©breux 2.14 et suivants Notre ap√ītre associe les deux id√©es dans 1Pierre 2.24. La mani√®re d'√™tre du p√©cheur est vaine, (comparez Eph√©siens 4.17) parce qu'elle est sans r√©alit√©, comme les faux dieux que les hommes opposent au Dieu vivant, (Actes 14.15) et parce qu'elle est vou√©e √† la ruine et au n√©ant. (Romains 8.20)

      "Une manière de vivre vaine est celle qui ne laisse aucun fruit quand le temps de la vie est écoulé." Bengel.

      Telle √©tait la mani√®re de vivre des lecteurs avant qu'ils connussent l'√Čvangile¬†; elle leur avait √©t√© transmise par leurs p√®res, et ce pouvait √™tre pour eux une raison d'y pers√©v√©rer.

      "Dans les choses de la religion, les hommes, et les Juifs en particulier, tiennent trop à ce qui leur a été transmis par leurs pères." Bengel.

      Le rachat, la d√©livrance de cette vie de p√©ch√© ne pouvait se faire par de l'argent ou de l'or, comme pour des prisonniers de guerre ou des esclaves. Cette antith√®se fait ressortir la grandeur de l'Ňďuvre accomplie par Christ, et montre en m√™me temps la signification de son sacrifice.

      Un sang précieux, voilà le prix de notre rédemption. Sous l'ancienne économie, le rachat du pécheur était accompli symboliquement par le sang d'un agneau, qui toujours devait être sans défaut et sans tache. (Lévitique 4.32 ; Exode 12.5)

      La comparaison de Christ avec un agneau est emprunt√©e √† la seconde partie du livre d'Esa√Įe, sp√©cialement √† Esa√Įe 53, o√Ļ l'image de l'agneau symbolise la patience et l'innocence du serviteur de l'Eternel. (Esa√Įe 53.7,9) L'id√©e de la d√©livrance par voie de rachat est fr√©quente dans cette proph√©tie. (Esa√Įe 44.22,24¬†; 51.11¬†; 52.3, o√Ļ il est m√™me dit¬†: "Ce n'est pas √† prix d'argent que vous serez rachet√©s.")

      Pierre s'est inspiré de cette prophétie, qu'il cite textuellement dans 1Pierre 2.22-25. La parfaite sainteté du Christ est ce qui rend le sang de son sacrifice précieux. (2Corinthiens 5.21 ; Hébreux 7.26 ; 9.12 ; 1Jean 3.5)

      Telle est la pens√©e de l'ap√ītre, pens√©e √† laquelle il revient √† plusieurs reprises, (1Pierre 1.2¬†; 2.22¬†; 3.18) comme J√©sus-Christ lui-m√™me. (Matthieu 20.28¬†; 26.28)

      20 Pr√©connu signifie aussi pr√©destin√© selon le conseil de Dieu soit que la prescience divine se rapport√© √† Christ, comme ici, soit qu'elle s'applique aux √©lus. (verset 2) Dieu avait d√©termin√© d√®s avant la fondation du monde la r√©demption (1Corinthiens 2.7) et ceux qui y auraient part¬†: (Eph√©siens 1.4) cela suppose √©videmment que le R√©dempteur √©tait d√®s lors aussi pr√©connu et pr√©destin√© pour cette Ňďuvre. (Jean 17.24¬†; Actes 17.31)

      C'est en Christ, son Fils bien-aim√©, que Dieu a aim√© le monde, (Jean 3.16) l'humanit√© dont il pr√©voyait le p√©ch√©, et qui, sans cet amour, e√Ľt √©t√© perdue.

      Cet enseignement nous fait entrevoir comment, sous le r√®gne d'un Dieu qui est saintet√© et amour, a pu se produire le myst√®re insondable de la chute. Et comme le Sauveur a √©t√© manifest√© (grec) au dernier des temps, (H√©breux 1.1¬†; 9.26) celui o√Ļ l'ap√ītre √©crivait, il voit dans ce fait de la mis√©ricorde √©ternelle de Dieu un nouveau motif d'ob√©issance et d'amour, qu'il indique √† ses lecteurs¬†: √† cause de vous.

      21 Le chrétien n'est arrivé à croire en Dieu, comme en son Père, que par Jésus Christ.

      La résurrection et la glorification de Christ sont, d'après versets 3-5, la condition de cette foi : parce que nous avons un Sauveur vivant auprès de Dieu, nous pouvons nous approcher de lui avec la confiance de la foi. (Ephésiens 3.12 ; Hébreux 4.14-16 ; 6.20)

      Quelques-uns traduisent : "En sorte que votre foi est aussi votre espérance en Dieu." La traduction admise est plus naturelle ; elle rend mieux compte de la position des mots : en Dieu. C'est sur eux, et non sur l'espérance que porte l'accent.

      La phrase ainsi traduite ne fait pas double emploi avec celle qui ouvre le verset : (grec) qui êtes par lui croyants en Dieu. Il y a gradation : parce qu'ils sont devenus tels, leur foi et leur espérance reposent sur Dieu. L'objet de la foi est le présent, celui de l'espérance l'avenir. L'une et l'autre sont vivantes (verset 3) en Dieu.

      22 1 :22 à 2 :3 Amour fraternel et croissance spirituelle.

      Dans les versets pr√©c√©dents, l'ap√ītre a exprim√© la pens√©e que nous sommes enfants du P√®re c√©leste. Il en conclut (donc) que nous devons nous aimer comme des fr√®res.

      La purification de l'√Ęme, si√®ge des affections, la destruction de tous ses penchants √©go√Įstes et impurs, n'a lieu que par l'ob√©issance pratique √† la v√©rit√© divine, re√ßue dans le cŇďur. (Le texte de quelques majuscules ajoute¬†: par l'Esprit)

      Et c'est ce qui seul rend possible un vrai amour fraternel. Pour aimer selon Dieu il faut aimer en Dieu. Lui seul nous rend capables de nous aimer les uns les autres ardemment, d'un amour qui pers√©v√®re dans son intensit√©, (Matthieu 24.12¬†; Jean 13.1) qui provienne du fond d'un cŇďur d√©pris de lui-m√™me, et qui soit absolument sans hypocrisie. (Comparer 1Jean 4.10 et suivants, note)

      Le texte re√ßu (Sin., C) porte¬†: d'un cŇďur pur. Cette √©pith√®te n'√©tant pas authentique, il y a simplement dans le grec¬†: "Aimez-vous les uns les autres, de cŇďur, ardemment."

      23 La r√©g√©n√©ration est ici envisag√©e comme motif d'un vrai amour fraternel¬†: elle en fait un devoir sacr√©, en le rendant possible. Le moyen de ce renouvellement n'est pas terrestre (semence corruptible)¬†; la vie nouvelle ne vient pas de ce monde, mais de Dieu, c'est sa parole, semence incorruptible, qui agit par le Saint-Esprit et cr√©e la vie dans les √Ęmes.

      Cette Parole est vivante et permanente (les mots pour l'éternité du texte reçu, quoiqu'ils se lisent dans plusieurs majusc, ne sont pas authentiques), et c'est pour cela que la vie qui en provient est impérissable comme tout ce qui est divin. (Comparer Jacques 1.18)

      On pourrait aussi traduire, avec Calvin et Bèze : la parole du Dieu vivant et qui demeure. Daniel 6.26 présente cette formule mais dans Hébreux 4.12, on lit : la parole vivante. Dans notre passage aussi, le grand nombre des interprètes rattachent l'épithète à la parole.

      25 Grec : évangélisée.

      Pierre veut encore prouver par une solennelle d√©claration de l'Ecriture que la parole de Dieu et la vie qu'elle cr√©e demeurent √† toujours, tandis que tout ce qui est chair, humain, p√©rit comme la fleur de l'herbe. Pour cela, il cite Esa√Įe 40.6. (Le texte re√ßu, avec quelques majuscules, porte¬†: la gloire de l'homme, au lieu de sa gloire) Mais il ajoute aussit√īt que cette parole divine est parvenue √† sa pl√©nitude de v√©rit√© et de vie par l'√Čvangile qui a √©t√© annonc√©.

      Cet Evangile contenu en germe et sous le voile de la prophétie dans l'ancienne Alliance, est maintenant le moyen puissant de régénération et de vie, depuis qu'il a été manifesté au monde.

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