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Jean 21

    • 1 Appendice.

      Apparition de Jésus sur les bords de la mer de Tibériade.

      Chapitre 21.

      1 à 14 Apparition de Jésus aux disciples.

      Après ces choses, c'est-à-dire après la résurrection et les premières apparitions de Jésus à ses disciples, dont Jean 20 contient le récit.

      Cette indication vague du temps est familière à Jean. (Jean 5.1 ; 6.1 ; 7.1)

      Ici, elle suffit pour placer le récit qui va suivre dans les quarante jours qui s'écoulèrent entre la résurrection et l'ascension du Sauveur.

      Ainsi, dès les premiers mots, ce chapitre Jean 21 est intimement rattaché à celui qui précède. Il faisait partie intégrante du quatrième évangile dès les premiers temps.

      Il se trouve, en effet, dans tous les documents, manuscrits, versions anciennes, et est mentionn√© par les P√®res de l'Eglise. Il est en tout digne du disciple que J√©sus aimait¬†; on y reconna√ģt sa pens√©e et son style.

      Quel autre pourrait nous avoir conservé l'inimitable récit des versets 15-17 ?

      Mais comme nous avons en Jean 20.30,31 la conclusion √©vidente de son √©vangile, il faut consid√©rer ce dernier chapitre comme un appendice ou suppl√©ment, √©crit par Jean lui-m√™me, ou peut-√™tre par ses disciples qui n'ont fait que r√©diger un r√©cit mainte fois entendu de la bouche de l'ap√ītre, et l'ont ajout√© au livre, avant ou bient√īt apr√®s sa publication.

      Jésus se manifesta de nouveau.

      Par ce dernier mot l'évangéliste rattache encore son récit à celui des deux premières apparitions de Jésus ressuscité à tous les disciples. (Jean 20.19 et suivants, verset 24 et suivants)

      Il indique ensuite le lieu de la Scène : c'était au bord de la mer de Tibériade.

      Jean seul donne ce nom (Jean 6.1) au lac célèbre que Matthieu appelle mer de Galilée, (Matthieu 4.18, voir la note) et Luc Luc 5.1 lac de Génézareth.

      Nous sommes donc ramen√©s en Galil√©e, o√Ļ tous les disciples se sont rendus, selon l'ordre de J√©sus et comptant sur la promesse qu'il leur avait faite de leur appara√ģtre l√† (Matthieu 26.31,32¬†; 28.7-10)

      Le r√©cit de Jean est en harmonie avec celui de Mt (28¬†: 7, 16-20) et celui de Paul, (1Corinthiens 15.6) qui nous font conna√ģtre les apparitions de J√©sus en Galil√©e.

      2 Des sept disciples pr√©sents √† la sc√®ne qui va suivre, cinq sont nomm√©s et bien connus¬†: Simon Pierre (Jean 1.43) Thomas, (Jean 11.16) Nathana√ęl, (Jean 1.46 et suivants) les fils de Z√©b√©d√©e, Jacques et Jean, notre √©vang√©liste. (Matthieu 4.21)

      Deux autres disciples ne sont pas nomm√©s, probablement parce qu'ils n'√©taient pas du nombre des ap√ītres. Or, Jacques et Jean occupent ici la derni√®re place, tandis que dans toutes les listes des ap√ītres ils viennent imm√©diatement apr√®s Pierre, toujours nomm√© en t√™te.

      M. Godet dit avec raison que ce fait est significatif et que l'explication la plus plausible qu'on en puisse donner est que notre évangéliste est l'auteur de ce récit et qu'il s'est, par modestie, attribué la dernière place.

      3 Les disciples, de retour en Galilée, avaient repris momentanément leur ancien métier.

      Pierre, comme toujours, a l'initiative.

      4 Sans doute à cause du changement qui s'était opéré dans sa personne depuis sa résurrection. (Jean 20.14 note.)
      5 Le mot grec¬†: enfants n'est pas le terme d'affection que J√©sus employait d'ordinaire envers ses disciples (13¬†: 33) et qui l'aurait fait reconna√ģtre¬†; c'est plut√īt le langage d'un ma√ģtre parlant √† des serviteurs.

      Le but de Jésus en leur adressant cette question était d'entrer en rapport avec eux ; il avait en vue le repas qu'il voulait leur proposer. (verset 12)

      - Le mot grec rendu par : quelque chose à manger signifie ce qu'on mangeait avec du pain, c'est-à-dire, dans cette situation du poisson. La réponse négative des disciples donne ainsi lieu à la pêche qui va suivre.

      6 Le caract√®re miraculeux de cette p√®che consiste dans la science divine par laquelle J√©sus connaissait que du c√īt√© droit de la barque se trouvait une grande quantit√© de poissons.

      A cette vue, les disciples durent se souvenir de la parole de Jésus, les appelant à l'apostolat : "Suivez-moi, et je vous ferai pécheurs d'hommes" (Matthieu 4.19) et du fait analogue dont ils avaient été témoins (Luc 5.4 et suivants)

      C'était aussi une imagé magnifique des immenses bénédictions que le Sauveur devait accorder à leur futur ministère. Le sens symbolique de cette pêche abondante n'est point indiqué dans le texte, mais il ne pouvait échapper à l'esprit des disciples.

      7 La vue de cette p√™che miraculeuse et plus encore l'instinct du cŇďur r√©v√®lent √† Jean qui √©tait l'√©tranger qui se tenait sur le rivage. Il nous d√©voile la source de sa clairvoyance en se d√©signant encore ici comme le disciple que J√©sus aimait. (verset 20, note.)

      Emu d'une joie intime, il dit à Pierre, à voix basse : C'est le Seigneur !

      Plusieurs interpr√®tes voient dans l'emphase avec laquelle Jean est d√©sign√© (grec ce disciple-l√† que J√©sus aimait) une preuve que l'Appendice n'a pas √©t√© √©crit par l'ap√ītre lui-m√™me.

      A peine a-t-il entendu la parole de son condisciple, que Pierre, qui avait d√©pos√© son v√™tement de dessus pour se livrer √† la p√®che, se h√Ęte de le remettre, de le ceindre, et se jette √† la mer, afin d'atteindre √† la nage le rivage et d'arriver le premier aupr√®s de son Ma√ģtre.

      Comme le caractère des deux disciples est admirablement dépeint dans cette scène !

      Tandis que Jean jouit intimement de la présence de Jésus, Pierre, plus ardent et plus prompt, s'élance au-devant de lui. Plus qu'aucun autre, il éprouvait un besoin profond d'entendre de sa bouche une parole de pardon, de réconciliation et d'amour. Et il ne fut pas déçu. (versets 15-17)

      8 Les autres disciples, restés dans la barque, vinrent aussi vers le rivage, tirant à leur suite le filet plein de poissons.

      L'évangéliste, pour faire sentir qu'ils eurent bien vite franchi cette distance remarque qu'elle n'était que d'environ deux cents coudées, à peu près cent mètres.

      10 Ce verbe au présent : ils voient, rend actuelle cette scène de leur arrivée, et peut-être peint leur étonnement de trouver là un repas préparé, du poisson et du pain.

      (Le mot de brasier ne se lit ailleurs dans le N. T. que dans l'évangile de Jean 18.18)

      Mais faut-il, avec beaucoup d'interprètes, voir, dans ce fait assez simple un miracle ?

      Les uns nous disent que J√©sus avait cr√©√© le brasier et les aliments¬†; d'autres, qu'ils avaient √©t√© pr√©par√©s par des anges. Puis au miracle, on ajoute l'all√©gorie¬†: ces mets pr√©par√©s sont, pour les uns, une image de la sainte c√®ne¬†; pour d'autres, le symbole des gr√Ęces par lesquelles le Seigneur restaure et fortifie les siens qui travaillent dans son r√®gne¬†; pour d'autres encore, un embl√®me du banquet c√©leste, promis aux bienheureux.

      Dès qu'on s'écarte du texte on tombe dans l'arbitraire, en perdant de vue le fait historique. Ce que veut Jésus c'est, l'évangéliste nous l'a dit, (verset 1) se manifester à ses disciples, les convaincre complètement de sa résurrection ; et, pour cela, il entre avec eux dans des relations personnelles, dont la plus directe est d'avoir avec eux un repas, précisément comme il l'avait fait deux fois déjà ; (Luc 24.30,42) et tout cela en vue de l'important entretien qui suivra. (verset 15)

      Quant aux √©l√©ments de ce repas, le texte ne nous dit point d'o√Ļ ils provenaient mais √©tait-il difficile de se procurer du poisson et du pain sur les bords d'un lac o√Ļ il y avait toujours des p√™cheurs¬†?

      Les aliments préparés ne suffisant pas pour les huit personnes qui devaient prendre part au repas, (comparez verset 2) Jésus ordonne simplement aux disciples d'apporter de ces poissons qu'ils venaient de prendre.

      Ne peut-on pas conclure avec M. Weiss que cet ordre donné par Jésus exclut le caractère miraculeux et symbolique attribué par quelques interprètes à ce repas ?

      11 Pierre, toujours actif, s'empresse d'ex√©cuter l'ordre de son Ma√ģtre, et les disciples, heureux d'une telle p√™che, se donnent le plaisir de compter les poissons.

      M√™me ce chiffre de 153 a d√Ľ se pr√™ter aux plus aventureuses all√©gories. Selon d'anciens interpr√®tes, 100 repr√©sentaient les pa√Įens, 50 les Juifs et 3 la Trinit√©¬†!

      J√©r√īme dit que 153 est le nombre total des esp√®ces de poissons, et ce chiffre repr√©senterait l'universalit√© des nations destin√©es √† √™tre conquises par les ap√ītres du Christ.

      Même le fait signalé par l'évangéliste que le filet ne se rompit point serait l'effet d'un miracle et un symbole ; il ne se rompit point à cause d'une intervention divine, et ce fait signifierait que l'Eglise ne sera point déchirée !

      Il est plus naturel et plus utile de voir dans la mention de ce chiffre précis la preuve que l'auteur de ce récit fut témoin des faits qu'il raconte.

      12 Les disciples sont convaincus que c'est le Seigneur ; mais bien qu'ils désirassent en entendre de sa bouche la confirmation, aucun d'eux n'ose la lui demander ; tous sont retenus par la crainte que leur inspire le Sauveur ressuscité, et, à leurs yeux, déjà glorifié. (Comparer Marc 9.32 ; Luc 9.45)

      Cependant ils avaient, deux fois déjà entendu sa voix et ses paroles. (Jean 20.21,27)

      13 J√©sus remplit ici, comme c'√©tait autrefois son habitude, le r√īle de chef de famille¬†; (comparez Luc 24.30) il se manifestait ainsi √† ses disciples comme le Ma√ģtre bien connu. (Comparer Jean 6.11)
      14 La troisième fois, dit l'évangéliste rappelant ainsi les deux premières apparitions aux disciples réunis. (Jean 20.19,26)

      Il ne parle pas de l'apparition à Marie Magdelaine, bien qu'il l'ait racontée lui même ; (Jean 20.11 et suivants) mais le mot déjà indique qu'il y avait de nouvelles manifestations du Seigneur à attendre. (Matthieu 28.16 et suivants)

      M. Godet voit dans cette remarque l'intention de rectifier la tradition conservée par Matthieu, d'après laquelle l'apparition en Galilée aurait été la première rencontre du Ressuscité avec ses disciples. Il compare cette expression à celles de Jean 2.11 et Jean 4.54

      - En tous cas, cette remarque prouve que Jean 21 se rattache étroitement à l'évangile de Jean.

      15 Simon Pierre venait de traverser une crise morale d'o√Ļ il doit sortir compl√®tement gu√©ri.

      Il est vrai que sa repentance profonde avait commencé son relèvement. (Matthieu 26.75 ; Marc 14.72 ; Luc 22.62, notes.) Mais ses rapports avec le Sauveur, profondément troublés par son reniement, devaient être rétablis en leur entier.

      Tel est le but de J√©sus, dans cet entretien. Il fait subir √† son disciple un examen de conscience et de cŇďur que celui-ci n'oubliera jamais. J√©sus ne l'interroge pas sur sa foi, qui n'avait pas d√©failli, gr√Ęce √† l'intercession du Sauveur¬†; (Luc 22.32) mais sur son amour, qui √©tait devenu suspect par son infid√©lit√©.

      Or, l'amour du Sauveur est l'√Ęme de la vie chr√©tienne et de tout apostolat v√©ritable. Ce n'est donc pas sans intention que J√©sus ne d√©signe pas son disciple par le nouveau nom qu'il lui avait donn√©, celui de Pierre, ou de C√©phas, Roc¬†; (Jean 1.43¬†; Matthieu 16.18) mais par son ancien nom¬†: Simon, fils de Jona (B, C, D, Itala portent¬†: Jean), trois fois prononc√©, et qui rappelait √† son disciple son √©tat d'homme naturel et de p√©cheur.

      Quelques exégètes ont prétendu que cette appellation répétée n'avait d'autre but que de donner plus de solennité à l'entretien ; mais l'opinion que nous venons d'exprimer est également soutenue par des interprètes tels que R. Stier, Hengstenberg, MM. Luthardt et Godet.

      Toutefois, si la question de Jésus pouvait être humiliante pour son disciple, elle prouve que Jésus n'avait point cessé de l'aimer ; c'est l'amour qui recherche l'amour. Et c'était là, en même temps, la manière la plus délicate d'assurer Pierre qu'il lui pardonnait son coupable reniement.

      - Il y a, dans la question de Jésus, un mot qu'il faut bien remarquer : M'aimes-tu, plus que ne font ceux-ci ? c'est-àdire plus que tes condisciples présents à cet entretien.

      C'était là une allusion évidente et humiliante pour Pierre, à sa parole présomptueuse. (Jean 13.37 ; Marc 14.29)

      Puisqu'il s'y était ainsi engagé, Pierre devait l'aimer plus que tous les autres.

      Pierre, s√Ľr de sa sinc√©rit√©, affirme r√©solument son amour pour son Ma√ģtre. Mais on remarque, dans sa r√©ponse, trois restrictions importantes.

      D'abord, instruit par sa triste exp√©rience, se d√©fiant de lui m√™me, il en appelle √† Celui qui seul conna√ģt son cŇďur et peut juger de son amour¬†: Tu sais que je t'aime.

      Puis, tandis que J√©sus en lui disant¬†: M'aimes-tu¬†? se sert d'un verbe qui d√©signe l'amour profond et religieux de l'√Ęme, Pierre emploie un terme qui signifie l'affection du cŇďur, sentiment purement humain, n'osant pas affirmer plus que cela.

      Enfin, il se garde bien de se comparer avantageusement à d'autres, et il ne relève pas ces mots : plus que ceux-ci. Sa chute et sa repentance ont produit l'humilité.

      Grec : Mes petits agneaux.

      Il y a dans l'original un gracieux diminutif qui trahit une grande tendresse, un cŇďur √©mu en faveur de ceux que J√©sus d√©signe ainsi. Et par l√†, il recommande avant tout aux soins de son disciple les petits et les faibles, ceux qui, comme lui, √©taient expos√©s √† tomber.

      - Par ces paroles et par celles qui vont suivre, il est évident que Jésus réintégrait son disciple dans ses rapports avec lui et dans son apostolat.

      Quelques exégètes (M. Weiss, entre autres) n'admettent pas qu'il s'agisse de la réintégration de Pierre dans l'apostolat, attendu qu'il avait déjà été réhabilité avec tous ses condisciples par la parole de Jésus, (Jean 20.21) et que l'apostolat n'est jamais comparé à l'office d'un berger.

      Le but de J√©sus serait donc de replacer Pierre dans sa position de chef de la communaut√© chr√©tienne. (Matthieu 16.18) Mais cette derni√®re pens√©e ne ressort point de notre r√©cit, et il nous para√ģt √©vident que Pierre, profond√©ment d√©chu par son reniement devait √™tre personnellement relev√© devant tous et √† ses propres yeux, et r√©tabli d'une mani√®re particuli√®re dans sa dignit√© d'ap√ītre de J√©sus-Christ.

      16 Il lui dit (grec) de nouveau, une seconde fois.

      Ce pl√©onasme est destin√© √† marquer fortement la r√©p√©tition de cette question qui devait faire rentrer Pierre plus profond√©ment en lui-m√™me, pour lui permettre de sonder son cŇďur et de s'assurer qu'il aimait r√©ellement le Sauveur¬†; car c'√©tait l√†, d'apr√®s tout l'entretien, la condition de sa r√©habilitation.

      J√©sus, apr√®s la seconde et franche d√©claration de son disciple, lui confie ce qu'il a de plus pr√©cieux, ses brebis, les √Ęmes qu'il a rachet√©es au prix de son sang.

      Et ici, le verbe que nous traduisons encore par pa√ģtre exprime toute l'action du berger qui nourrit, surveille et conduit son troupeau. (Actes 20.28) L'ap√ītre n'oublia pas la belle et s√©rieuse signification de cette parole. (1Pierre 5.2)

      - B, C portent : mes petites brebis, au lieu de mes brebis. Plusieurs éditeurs et exégètes adoptent ce diminutif qui exprimerait le tendre amour de Jésus pour ceux qui lui appartiennent.

      17 Pierre dut sentir que cette troisième question renfermait une allusion évidente à son triple reniement qui devait être réparé par une triple déclaration de son amour pour Celui dont il avait dit : "Je ne connais pas cet homme." (Matthieu 26.72)

      Et ici, J√©sus emprunte √† son disciple le verbe par lequel celui-ci avait, avec modestie, affirm√© son attachement pour lui, comme s'il mettait en doute cette affection m√™me (verset 16, seconde note.) La question, sous cette forme, dut p√©n√©trer comme un trait jusqu'au fond du cŇďur de ce pauvre disciple et y atteindre les derniers restes de son ancienne pr√©somption et de sa confiance en lui-m√™me.

      Elle était bien naturelle, cette tristesse du disciple ainsi examiné et sondé !

      En effet, la troisi√®me question de J√©sus dans les termes o√Ļ elle √©tait formul√©e, ne lui rappelait pas seulement son p√©ch√©, mais elle paraissait exprimer une certaine d√©fiance, qui subsistait malgr√© toutes ses affirmations.

      Aussi Pierre, humili√©, mais p√©n√©tr√© d'un amour sinc√®re pour son Ma√ģtre, en appelle avec confiance √† la connaissance parfaite que celui-ci avait du cŇďur de son disciple¬†: Seigneur, tu sais toutes choses, tu connais que je t'aime¬†!

      - Pierre sort vainqueur de cette rude √©preuve. Pour la troisi√®me fois, le Seigneur lui confie le soin de son troupeau, le r√©int√®gre dans son apostolat et lui rend la consolante assurance d'une pleine r√©conciliation avec lui. Mais lui, de son c√īt√©, n'oubliera jamais que ce troupeau dont la conduite lui est confi√©e n'est pas √† lui, mais appartient √† son Ma√ģtre, qui trois fois a dit clairement mes agneaux, mes brebis. (1Pierre 5.3)

      18 J√©sus continue l'entretien avec son disciple¬†; et par cette d√©claration solennelle, qui appartient exclusivement au quatri√®me √©vangile¬†: En v√©rit√©, en v√©rit√©, il lui annonce ce qui lui arrivera dans cette vocation o√Ļ il vient de le r√©int√©grer.

      C'est au sein de grandes √©preuves que Pierre sera appel√© √† t√©moigner √† son Ma√ģtre l'amour qu'il lui a d√©clar√© par trois fois.

      Cette prédiction revêt la forme d'une image vivante : Pouvoir se ceindre soi-même, rattacher autour des reins, pour la marche ou le travail, le long costume oriental ; aller on l'on veut, c'est la marque de l'indépendance, de l'activité de la force.

      Tel était alors Pierre : quand tu étais plus jeune (ce comparatif et le verbe à l'imparfait montrent que Jésus se place au point de vue de cet avenir qu'il va lui annoncer).

      Pierre usait abondamment de cette liberté, selon la nature de son caractère ardent et prompt. En effet quand le Sauveur lui parlait ainsi il n'était plus un jeune homme, puisqu'il était marié. (Matthieu 8.14)

      Bien rapidement viendra la vieillesse qui le mettra dans la dépendance d'un autre, et le forcera à renoncer à sa volonté, à son activité propres. Pour un homme du caractère de Pierre, une telle abdication devait être déjà un pénible sacrifice.

      Mais voici qui est plus grave encore¬†: il sera r√©duit √† √©tendre ses mains et √† se livrer passivement √† cet autre qui le ceindra, le liera et le m√®nera de force (grec portera) o√Ļ il ne voudra pas, c'est-√†-dire √† la mort. (verset 19) Alors il prouvera, √† lui-m√™me et aux autres, qu'il aime le Sauveur, auquel il saura faire le sacrifice de sa vie.

      Tel est évidemment le sens de cette prédiction.

      - Mais les interprètes se divisent sur la signification de ces mots : tu étendras tes mains.

      Les uns, depuis les Pères jusqu'à de Wette, Tholuck, Hengstenberg, Ewald, prennent cette expression dans un sens littéral signifiant que Pierre souffrira le supplice de la croix. Nous aurions donc ici la prédiction précise du fait rapporté par Tertullien, Origène, Eusèbe (Hist. eccl. III, 1), que Pierre fut crucifié. Le verset verset 19 semble confirmer cette explication.

      D'autres ex√©g√®tes (Meyer MM. Weiss, Luthardt, Godet) pensent que ces mots¬†: tu √©tendras tes mains ne peuvent d√©signer l'attitude de l'homme qui se laisse clouer sur la croix, car ils pr√©c√®dent ceux qui d√©peignent l'ap√ītre saisi et conduit au supplice, qu'ils appartiennent donc simplement √† l'image par laquelle J√©sus repr√©sente la passivit√© qui n'oppose aucune r√©sistance.

      19 Ce verset est une remarque de l'évangéliste, par laquelle il explique l'image qui précède.

      Jésus disait cela, indiquant de quelle mort, c'està-dire de quelle espèce de mort Pierre mourrait.

      C'est ici la troisième fois que cette phrase se trouve, identique, dans notre évangile, (Jean 12.33 ; 18.32) et elle montre, pour le dire en passant, que notre chapitre en fait partie.

      Les deux premières fois, elle s'applique à la mort de Jésus et le contexte montre qu'il s'agit de sa mort sur la croix.

      Des interprètes en ont conclu que dans notre passage de même, elle désigne le crucifiement de Pierre.

      Ceux au contraire qui ne trouvent pas cette idée dans l'image du verset précédent pensent que l'évangéliste a voulu dire que Pierre glorifierait Dieu par la mort du martyre sans spécifier le genre du supplice.

      - C'est par cette mort que Pierre devait glorifier Dieu. Mourir au service de Dieu et pour la vérité divine c'est bien la manière la plus éminente de contribuer à sa gloire dans ce monde. (Comparer Philippiens 1.20 ; 1Pierre 4.16)

      Aussi, parmi les chrétiens des premiers siècles, glorifier Dieu était devenu synonyme de souffrir le martyre.

      Suis-moi dans cette voie o√Ļ tu t'es engag√©, (versets 15-17) dont je viens de te pr√©dire l'issue, et qui, pour toi comme pour moi, aboutira √† la mort. (Comparer Jean 21.22¬†; Jean 13.36¬†; Matthieu 10.38¬†; 9.9)

      On a donné de cet ordre si solennel, qui, au fond, concerne tous les chrétiens, des explications qui le rendent parfaitement insignifiant.

      Ainsi, J√©sus aurait voulu dire¬†: "Suis-moi, l√† o√Ļ je vais te conduire pour m'entretenir seul avec toi."

      Les interprètes modernes adoptent cette explication, parce que le même verbe suivre est employé au verset 20 pour désigner l'acte de Jean qui vient après Jésus et Pierre (grec qui suit.)

      Mais elle n'est admissible que si l'on ajoute, avec M. Godet : "Il ne résulte pourtant pas de là que le sens de l'ordre : suis-moi, soit purement extérieur. Il est clair que par ce premier pas Pierre rentre dans cette voie de l'obéissance envers Jésus qui le conduira au terme tragique de son apostolat. C'est ainsi que le sens supérieur se lie naturellement à l'inférieur, aussi bien que Jean 1.44. Ce symbolisme fait le fond de l'évangile de Jean tout entier."

      20 Il para√ģt que J√©sus, pendant son entretien avec Pierre, s'√©tait mis en marche et que Jean les suivait, afin de ne pas rester s√©par√© de son Ma√ģtre.

      Pierre s'étant retourné le voit et adresse à Jésus la question du verset 21.

      On a vu que la manière dont Jean se désigne comme le disciple que Jésus aimait lui est très habituelle ; (Jean 13.23 ; 19.26 ; 20.2) et ici, il ajoute même avec émotion un souvenir récent (Jean 13.25) qui explique fort bien pourquoi il ne pensait pas être indiscret en suivant Jésus et Pierre pour prendre part à leur entretien.

      D'autres interprètes pensent que cette désignation si complète de Jean montre que ce n'est pas lui qui tient la plume (Comparer verset 7, 1re note.)

      21 Pierre a compris ce que Jésus venait de lui annoncer sur son avenir (versets 18,19) et, plein d'un sérieux et sympathique intérêt pour un condisciple qu'il aimait, il demande : (grec) Seigneur, mais celui-ci, quoi ? que lui arrivera-t-il dans l'avenir ? Devra-t-il aussi te suivre jusqu'à la mort ?

      Question tr√®s naturelle pour un caract√®re tel que celui de Pierre, et il faut m√©conna√ģtre √©trangement les dispositions qui alors, remplissaient son cŇďur, (versets 15-17) pour attribuer ces paroles √† une simple curiosit√© (de Wette) ou m√™me √† un sentiment de jalousie √† l'√©gard de Jean. (Meyer.)

      22 Il y a s√Ľrement une l√©g√®re d√©sapprobation de la question de Pierre dans ces mots, que t'importe¬†? et dans ceux-ci¬†: toi, suis-moi¬†! (verset 19, seconde note.)

      Peut être Jésus trouvait-il que Pierre dans la vivacité de ses impressions, s'oubliait trop vite lui-même et les sérieuses paroles qu'il venait d'entendre, pour s'occuper de son condisciple. Et pourtant il donne à Pierre une réponse qu'il lui expliqua sans doute, mais qui, pour nous, reste obscure.

      Il n'est donc pas √©tonnant qu'elle ait √©t√© l'objet d'interpr√©tations tr√®s diverses. Nous signalerons ici les principales, afin de mettre le lecteur sur la voie de se former une conviction personnelle. Toute la difficult√© g√ģt dans ces mots¬†: jusqu'√† ce que je vienne.

      1¬į Meyer les prend dans leur sens le plus ordinaire, comme signifiant le retour de Christ pour le jugement du monde, que l'√Ęge apostolique attendait dans un avenir prochain¬†; en sorte que J√©sus voudrait dire¬†: Jean vivra jusqu'√† cet √©v√©nement et ne passera pas par la mort, (verset 23) mais sera "chang√©" √† la venue du Seigneur. (1Corinthiens 15.51,52¬†; 1Thessaloniciens 4.17)

      2¬į D'autres appliquent ces mots √† la destruction de J√©rusalem envisag√©e comme pr√©lude de la venue de Christ et du jugement dernier. (Lange Luthardt.)

      3¬į Selon d'autres (Bengel, Hengstenberg, Ebrard), il s'agirait de la venue du Seigneur √† l'√©poque de la grande lutte du christianisme contre le paganisme sous Domitien, √©poque o√Ļ J√©sus viendrait √† son disciple Jean et lui r√©v√©lerait les destin√©es de l'Eglise d√©crites dans l'Apocalypse.

      4¬į Olshausen et Ewald pensent que J√©sus pr√©disait √† Jean une longue vie suivie d'une mort douce quand il viendrait le prendre √† lui, selon sa promesse. (Jean 14.3)

      5¬į M. Godet, en d√©clarant l'explication de Lange et de Luthardt (N2) la moins invraisemblable de celles qui ont √©t√© propos√©es, ajoute¬†: "Comme l'√©poque primitive de l'humanit√© a eu son H√©noch l'√©poque th√©ocratique son Elie, l'√©poque chr√©tienne pourrait bien avoir son Jean...Jean n'accompagnerait-il pas d'une mani√®re myst√©rieuse la marche de l'Eglise terrestre, comme dans la sc√®ne de la p√™che il avait accompagn√© jusqu'au rivage la barque abandonn√©e brusquement par Pierre¬†?" (Voir la note suivante.)

      23 Sin., Itala omettent : que t'importe ?

      Grec : "Cette parole se répandit parmi les frères (les chrétiens), que ce disciple ne meurt pas."

      Cette parole est celle de Jésus (verset 22) interprétée dans le sens que Jean ne mourrait pas.

      Le verbe au pr√©sent ne meurt pas, montre que ce disciple, quoique tr√®s √Ęg√©, vivait encore. Mais si, dans un prochain avenir, il arrivait qu'il mour√Ľt, il se trouverait que la parole de J√©sus, ainsi comprise, ne se v√©rifierait pas, et ce serait l√† un sujet d'achoppement pour la foi des fr√®res.

      C'est pourquoi l'√©vang√©liste a √† cŇďur de rectifier l'interpr√©tation qu'on donnait de cette parole.

      Pour cela, il rappelle d'abord simplement que Jésus n'a pas dit qu'il ne mourrait pas ; puis il cite textuellement le verset 22 en lui laissant son sens hypothétique : si je veux. (Quelle autorité divine dans ce mot : si je veux !)

      Il fallait donc que Jean lui-m√™me n'admit pas l'interpr√©tation qu'il r√©fute comme une erreur, ou du moins qu'il f√Ľt dans l'incertitude √† cet √©gard. Cette rectification ne nous conduiraitelle pas au vrai sens du verset 22¬†?

      Jésus ne voulant pas répondre à la question de Pierre, lui imposerait le silence par une simple supposition : si je veux, ce n'est pas ton affaire, mais la mienne, toi, suis-moi !

      24 Ce disciple est évidemment celui dont il est parlé dans les versets 20-23, Jean notre évangéliste, qui s'est si clairement désigné au verset 20.

      Il faut remarquer le verbe au présent, rend témoignage (grec témoigne), faisant un contraste frappant avec cet autre verbe à l'aoriste : les a écrites.

      Le premier montre que Jean vivait encore, le second certifie que, non seulement Jean 21, mais tout l'√©vangile a cet ap√ītre pour auteur¬†: c'est lui qui a √©crit ces choses.

      En effet, cette attestation est beaucoup trop solennelle pour ne s'appliquer qu'aux quelques récits de l'appendice. Ainsi en jugent la plupart des exégètes.

      On comprend dès lors de quel poids est cette solennelle déclaration de la vérité du témoignage que notre évangéliste a laissé à l'Eglise chrétienne pour tous les temps, en écrivant ce livre.

      - Mais on a soulev√©, au sujet de ce verset, une question qui est r√©solue en deux sens divers¬†: qui rend ce t√©moignage √† la v√©rit√© de notre √©vangile¬†? Plusieurs √©minents interpr√®tes (Tholuck, Br√ľckner, Luthardt MM. Weiss, Godet) l'attribuent aux anciens de l'Eglise d'Eph√®se qui entouraient l'ap√ītre et qui auraient √©t√© charg√©s par lui de publier et de r√©pandre son √©vangile.

      Cette opinion se fonde d'abord sur ce verbe au pluriel : nous savons, qui ne se retrouve pas ailleurs dans notre évangile et qui indique une pluralité dans ceux qui rendent ce témoignage ; elle se fonde, ensuite, sur une tradition très ancienne conservée par des Pères de l'Eglise et consignée dans le fragment de Muratori et selon laquelle Jean écrivit son évangile à la demande de ces mêmes anciens, auxquels il confia ensuite le soin de le publier.

      Nous aurions donc ici leur important témoignage, le plus ancien de tous ceux qui confirment l'authenticité de notre évangile.

      D'autres interprètes, frappés de la ressemblance de cette attestation et de l'affirmation Jean 19.35, (comparez 3Jean 1.12) soutiennent qu'elle est de Jean lui-même. (Ainsi Hengstenberg, Lange, Meyer et d'autres.)

      S'il en est ainsi, nous aurions dans ce verset la confirmation par l'évangéliste du témoignage consigné au Jean 19.35, et la conclusion de tout son livre, qu'il aurait ajoutée après l'avoir achevé, à la conclusion précédente. (Jean 20.30)

      De ces deux suppositions la premi√®re nous para√ģt cependant la mieux fond√©e.

      25 Ce verset est retranch√© par Tischendorf, sur l'autorit√©, il est vrai, du seul manuscrit du Sina√Į. Dans ce document m√™me il a √©t√© introduit, d'apr√®s Tischendorf, par un correcteur.

      D'après d'autres critiques, il faisait partie déjà du texte primitif de ce manuscrit.

      Mais si on le considère en lui-même, on arrive facilement à la conviction qu'il n'appartenait pas originairement.à notre évangile.

      En effet :

      1¬į Il ne renferme qu'une r√©p√©tition assez gauche de la belle conclusion de Jean 20.30

      2¬į Il a recours √† une hyperbole qui, prise √† la lettre, renferme une √©trange exag√©ration.

      3¬į On ne retrouve dans ce verset ni le style ni la noble simplicit√© de Jean qui jamais ne dit je et jamais n'emploie le verbe que nous rendons par je pense.

      4¬į Le verset 24 est √©videmment une conclusion du r√©cit de Jean apr√®s laquelle il ne peut pas avoir r√©p√©t√© celle du Jean 20.30 en en d√©naturant le sens.

      5¬į Les Ex√©g√®tes qui attribuent le verset 24 aux anciens d'Eph√®se, qui disent nous, supposent que le verset 25 (dont l'auteur dit je) a √©t√© √©crit par un autre personnage¬†; la fin de ce chapitre proviendrait donc de deux sources diff√©rentes¬†: les anciens et un inconnu suppos√©¬†!

      - L'affirmation claire et ferme du verset 24 cl√īt tout le r√©cit de Jean et, en particulier, l'admirable Jean 21 dans lequel l'ap√ītre raconte la manifestation que J√©sus ressuscit√© accorda √† ses disciples¬†: d'abord dans un acte de sa puissance qui symbolisait les immenses b√©n√©dictions dont leurs travaux seront couronn√©s¬†; ensuite dans un acte de son insondable amour qui r√©tablit un disciple d√©chu dans sa relation avec son Sauveur et dans son apostolat¬†; enfin par un acte de sa science divine, annon√ßant √† ses deux principaux disciples leur destin√©e future.

      Ainsi, comme l'observe avec justesse M. Godet, ce dernier chapitre de notre évangile nous ramène au premier.

      L√† (Jean 1.35 et suivants) Jean nous fait conna√ģtre les commencements de ces relations intimes et saintes de J√©sus avec ses disciples¬†; ici, il les confirme d√©finitivement sur le fondement de la foi qu'ils ont acquise.

      Désormais il ne leur restera plus qu'à entrer dans une communion beaucoup plus intime encore avec leur Sauveur glorifié et invisible.

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