Matthieu 20

    • 1 Chapitre 20.

      La particule (car) montre dès l'abord que cette parabole est la confirmation de la sentence précédente (Matthieu 19.30) et fait encore partie de la réponse de Jésus à la question de Pierre. (Matthieu 19.27)

      2 Un denier, un peu moins d'un franc, parait avoir été alors le prix de la journée d'un ouvrier.

      Il faut bien remarquer que ce salaire avait √©t√© convenu entre le ma√ģtre et les ouvriers. (Comparer verset 13)

      3 La journée, chez les Juifs, commençait à six heures du matin ; ainsi leur troisième heure correspondait à neuf heures.

      - La place (grec l'agora) √©tait le lieu public o√Ļ s'assemblait le peuple et o√Ļ les ouvriers cherchaient √† se louer. Dans le sens litt√©ral de la parabole, ces ouvriers √©taient l√† r√©ellement sans rien faire, oisifs.

      Dans la vie, on peut l'être aussi au milieu même de la plus grande activité, si ce travail reste sans aucun rapport avec le règne de Dieu. (verset 6)

      5 Ils y all√®rent sans autres conditions, confiants dans la parole du ma√ģtre.

      - Il y a dans le grec : "A ceux-là aussi il dit : Allez, vous aussi," malgré le temps perdu.

      A midi et à trois heures, il renouvela ses invitations.

      6 Vers la onzième heure, cinq heures du soir, tout près de la fin de la journée, il y avait encore des ouvriers qui se tenaient là (le texte reçu ajoute sans rien faire), ayant perdu presque toute la journée.
      7 Ce n'était donc pas leur faute. Combien de milliers d'hommes vivent, en pleine chrétienté, sans avoir jamais entendu l'appel de l'Evangile ! Aussi ces ouvriers sont-ils encore invités à employer dans la vigne la dernière heure du jour.

      Le texte reçu ajoute, comme au verset 4 "et ce qui sera juste, je vous le donnerai." Ces mots paraissent devoir être retranchés d'après Sin. B, D, bien qu'ils se trouvent dans la plupart des majuscules Il semble du reste qu'à ce dernier moment une telle promesse était superflue.

      8 Commencer par les derniers, c'√©tait d√©j√† manifester la grande pens√©e de toute la parabole¬†: dans le r√®gne de Dieu, tout est gr√Ęce. (Comparer verset 16, note.)
      12 Tout dans ces paroles trahit un mauvais esprit, et envers le ma√ģtre et √† l'√©gard des compagnons de service¬†: le mot ceux-l√† a quelque chose de m√©prisant.

      Les plaignants n'admettent pas m√™me que ceux-ci ont travaill√©, mais seulement employ√© (grec fait) une heure. Enfin leurs murmures s'adressent directement au ma√ģtre. Ces hommes ont une singuli√®re ressemblance avec le fils a√ģn√© de la parabole de l'enfant prodigue. (Luc 15.29,30)

      14 Ces travailleurs se sont plac√©s sur le terrain du droit. Ils √©taient convenus avec le ma√ģtre, (verset 2) qui le leur rappelle ici d'une mani√®re significative, ils viennent de faire valoir la diff√©rence entre leur travail et le travail des ouvriers de la onzi√®me heure, toujours pour √©tablir leur droit √† recevoir davantage, or la r√©ponse du ma√ģtre, tout enti√®re fond√©e sur ce m√™me droit, est, √† cet √©gard, sans r√©plique¬†: aucun tort, tu es convenu, ce qui est √† toi. Il y a m√™me de la s√©v√©rit√© dans le mot va-t'en.

      Le terme d'ami, ou compagnon, n'exprime ni affection ni rigueur. (Matthieu 22.12 ; 26.50)

      15 Ici, plus de droit, mais gr√Ęce libre et souveraine¬†: je veux, il m'est permis, ce qui est √† moi¬†; puis contraste entre un Ňďil mauvais (l'envie, la jalousie) et la bont√© du ma√ģtre.
      16 Cette sentence solennellement répétée (Matthieu 19.30 ; comparez Marc 10.31 ; Luc 13.30) présente le résumé et le sens profond de toute la parabole.

      Pierre, en rappelant avec une certaine complaisance qu'il avait tout quitt√© pour suivre J√©sus, s'√©tait enquis d'une r√©compense. (Matthieu 19.27) Il c√©dait ainsi √† un sentiment faux et dangereux, celui de la propre justice. J√©sus lui a fait d'abord une r√©ponse encourageante, parce qu'au fond le disciple √©tait sinc√®re et plein d'amour pour son Ma√ģtre¬†; mais il ajoutait √† cette r√©ponse un s√©rieux avertissement (verset 30, note) qu'il a voulu rendre plus impressif par le r√©cit dramatique qui suit.

      Combien il est saisissant¬†! Le ma√ģtre qui appelle des ouvriers, c'est Dieu, qui a un droit absolu sur eux et qui leur fait une gr√Ęce immense en les appelant. En effet la vigne o√Ļ il les envoie, c'est son beau r√®gne de v√©rit√©, de justice et de paix. Les ouvriers qui ont le privil√®ge d'y travailler ne sont pas seulement des docteurs ou pasteurs, mais tous ceux qui entendent l'appel et s'y rendent.

      Les diff√©rentes heures du jour sont les divers √Ęges de la vie humaine ou les √©poques de l'histoire du r√®gne de Dieu.

      Le travail, ce sont toutes les Ňďuvres qui ont pour objet le bien des hommes, l'avancement du r√®gne de Dieu. Le soir, c'est la fin de la vie ou la fin de l'√©conomie pr√©sente, le retour de Christ, le divin intendant qui pr√©side √† la r√©tribution.

      Le denier, enfin, c'est le salut, la vie √©ternelle, qui, parce qu'elle est d'une valeur infinie et sans proportion avec le travail des ouvriers, ne peut √™tre qu'une gr√Ęce. Dans ce sens, il y a √©galit√© entre tous, mais voici la diff√©rence¬†: le denier peut avoir une valeur infiniment diverse selon la disposition int√©rieure de ceux qui le re√ßoivent, c'est-√†-dire selon leur capacit√© morale de jouir de la vie du ciel.

      Là ceux qui ont été les premiers au travail peuvent être les derniers. Et même, bien que Jésus ne les exclue pas, puisqu'il leur accorde le denier stipule, ils sont en danger de s'exclure eux-mêmes, selon que les sentiments qu'ils manifestent dans la parabole viendraient à prévaloir.

      Ceux au contraire qui ont compris que, dans le r√®gne de Dieu, tout est gr√Ęce, l'appel, le travail, la r√©compense, et qui se sont simplement confi√©s √† la parole du ma√ģtre peuvent √™tre les premiers, bien qu'ils aient √©t√© les derniers au travail.

      - Il faut remarquer encore que le texte dit ici les premiers, les derniers, parce qu'il en est r√©ellement ainsi dans la parabole, mais cela ne signifie point que tous les premiers doivent √™tre les derniers et l'inverse. En effet, au chapitre pr√©c√®dent (verset 30) on lit¬†: plusieurs des premiers seront tes derniers. Le texte re√ßu ajoute¬†: car il y en a beaucoup d'appel√©s, mais peu d'√©lus. Cette sentence, que J√©sus prononce ailleurs, (Matthieu 22.14) est probablement inauthentique. Sin., B. et les versions √Čgyptiennes ne l'ont pas, et il faut avouer qu'elle est peu en harmonie avec l'enseignement de notre parabole, qui ne traite point d'appel√©s et d'√©lus, mais des dispositions diverses de ceux qui travaillent dans le r√®gne de Dieu, d'o√Ļ m√™me les derniers ne sont point exclus.

      Aussi Calvin fait-il déjà cette remarque : "Il (J.-C.) ne fait pas comparaison des réprouvés qui se détournent de la foi avec les élus qui y persévèrent, et dès lors la sentence qu'aucuns entrelacent ici : plusieurs sont appelés, mais peu sont élus, n'est pas à propos."

      Les ex√©g√®tes qui, se fondant sur C, D, l'Itala et la syr., admettent ces paroles comme authentiques ne savent trop qu'en faire dans l'interpr√©tation. Meyer leur fait signifier que parmi ceux qui sont dans le royaume de Dieu, il en est peu qui soient choisis pour y √™tre les premiers ce qui veut dire qu'il y aurait des √©lus parmi les √©lus¬†! Beaucoup plut√īt pourrait-on penser, si cette sentence est authentique, que J√©sus a voulu faire sentir, √† ceux qui d√©j√† sont les derniers par leur faute, le danger de se voir finalement rejet√©s.

      17 17 √† 28 Le Ma√ģtre va souffrir¬†; les disciples aspirent √† la gloire.

      Comparer Marc 10.32-34 ; Luc 18.31-34.

      - Matthieu continue son récit du dernier voyage de Jésus à Jérusalem, qu'il a déjà indiqué en Matthieu 19.1.

      - Jésus prit à part les douze, parce qu'une grande foule le suivait. (Matthieu 19.2)

      19 C'est la troisième fois que Jésus prédit à ses disciples ses souffrances. (Matthieu 16.21 ; 17.22,23) Plus le moment solennel approche, plus il devient explicite dans les détails de cette prédiction : les auteurs de ses souffrances, sa condamnation à la mort, la double trahison dont il sera l'objet, les tortures, la croix, tout est devant ses yeux, et dès lors sa passion a moralement commencé. (Comparer Marc 10.34, note.)

      Mais il voit un soleil glorieux se lever sur ces ténèbres ; le troisième jour il ressuscitera. (Comparer sur ce dernier trait de la prédiction Matthieu 16.21, seconde note.)

      Les trois premiers √©vang√©listes consignent ici avec un parfait accord ces m√©morables communications de leur Ma√ģtre. (Marc 10.32 et suivants¬†; Luc 18.31 et suivants)

      20 Comparer Marc 10.35-45.

      Alors, c'est-à-dire immédiatement après la prédiction qui précède ce qui prouve avec évidence combien peu les disciples en avaient compris la signification réelle. (Luc 18.34) Ils lui donnèrent probablement un sens figuré quelconque.

      - La m√®re des fils de Z√©b√©d√©e, c'est-√†-dire de Jacques et de Jean, (Matthieu 4.21) √©tait Salom√©, sŇďur de Marie, m√®re de J√©sus, (Jean 19.25, note) elle faisait partie de ce petit cercle de femmes qui avaient suivi J√©sus de la Galil√©e, (Matthieu 27.56¬†; Marc 15.40¬†; 16.1) et qui l'assistaient de leurs biens. (Luc 8.3)

      L'attitude que cette mère prend devant le Seigneur (se prosternant) montre qu'elle attache, à la demande qu'elle va lui adresser, une solennelle importance.

      21 Salomé demande donc pour ses deux fils les deux premières places d'honneur dans le royaume du Sauveur ; elle désire qu'ils soient ses deux premiers ministres. Ses fils partageaient entièrement cette ambition de leur mère, car selon le récit de Marc, (Marc 10.35) ce sont eux-mêmes qui adressèrent à Jésus cette demande, dont la pensée pouvait leur avoir été inspirée par sa promesse. (Matthieu 19.28)

      Ils prouvaient par l√† qu'ils avaient une id√©e tr√®s √©lev√©e de la majest√© de leur Ma√ģtre, un ardent amour pour lui, un d√©sir sinc√®re d'√™tre les premiers √† le servir. Mais que d'ignorance encore, quelles vues charnelles sur la nature de son r√®gne, que d'orgueil enfin¬†! Et l'un de ces disciples √©tait le doux et humble Jean. Combien il est √©vident qu'il devait passer par le bapt√™me de feu de la Pentec√īte¬†!

      22 Le texte re√ßu avec C, des majuscules et des versions, ajoute ici et au verset suivant¬†: et √™tre baptis√©s du bapt√™me dont je suis baptis√©. Ces paroles, qui se retrouvent dans le r√©cit de Marc d'o√Ļ elles ont √©t√© emprunt√©es, ne sont pas authentiques dans celui de Matthieu.

      - Les disciples et leur mère, ne savaient ce qu'ils demandaient, car ils ne pensaient qu'à un avenir glorieux, malgré la prédiction qui précède, (versets 17-19) et Jésus a devant lui la coupe de ses souffrances ! Sont-ils prêts à la partager avec lui ? La coupe est, dans les langues orientales, l'image des destinées assignées à un homme, en particulier des souffrances qu'il aura à endurer. (Psaumes 75.9 ; Jérémie 25.15 ; Matthieu 26.39 ; Jean 18.11)

      Les deux disciples, auxquels J√©sus s'est adress√© directement et qui maintenant prennent la parole au lieu de la laisser √† leur m√®re, ont compris que le chemin suivi par leur Ma√ģtre va traverser de rudes souffrances¬†; mais ils ne reculent pas devant ces souffrances apr√®s avoir aspir√© √† la gloire. (Comparer Matthieu 26.33-35) Seulement ils n'√©coutent ici que leur sinc√©rit√© et leur courage, sans songer √† leur faiblesse. Et toutefois J√©sus ne les contredit point¬†; avec indulgence pour le pr√©sent et ne regardant qu'√† l'avenir, il leur annonce r√©ellement qu'ils boiront sa coupe. (vers. 23.) En effet, bient√īt Jean entrera courageusement dans la cour du souverain sacrificateur et suivra son Ma√ģtre jusqu'au pied de la croix, tandis que Jacques sera le premier martyr d'entre les ap√ītres.

      23 Ces paroles sont difficiles à concilier avec d'autres déclarations de Jésus Christ. (Par exemple, Matthieu 11.27,28.18 ; Jean 5.22, etc.)

      Aussi ont-elles √©t√© tr√®s diversement interpr√©t√©es depuis le temps des P√®res jusqu'√† nos jours. Ces interpr√©tations se r√©duisent plus ou moins √† la pens√©e que J√©sus parle dans son √©tat actuel d'abaissement, o√Ļ il s'est volontairement d√©pouill√© de sa puissance aussi bien que de sa gloire, tandis que les autres d√©clarations que nous venons de citer nous le montrent dans la pl√©nitude de sa royaut√© divine. Il indiquerait donc ici une restriction temporaire de son pouvoir, comme il nous r√©v√®le ailleurs une restriction de sa connaissance. (Matthieu 24.36¬†; Marc 13.32)

      Mais est-il n√©cessaire d'insister sur cette distinction Cette parole n'a pas pour but de faire le d√©part entre le pouvoir de Dieu et celui de J√©sus-Christ et d'√©clairer l'insondable myst√®re des relations du P√®re et du Fils. J√©sus veut faire comprendre √† ses disciples la condition √† laquelle ils pourront √™tre admis √† occuper la place la plus √©minente dans le royaume de Dieu. Cette faveur, dit-il, ne sera pas donn√©e d'une mani√®re arbitraire et pour ainsi dire √† l'avance. Il faut qu'une √Ęme y soit longuement pr√©par√©e par un d√©veloppement qui la conduise √† la saintet√© parfaite¬†; et cette pr√©paration d√©pend √† la fois de la souverainet√© de la gr√Ęce de Dieu et de la fid√©lit√© de cette √Ęme.

      Le P√®re a pr√©par√© le royaume (Matthieu 25.34) et c'est lui aussi qui pr√©pare ses plus √©minents serviteurs pour ce royaume par des gr√Ęces sp√©ciales¬†; et l'on peut ajouter que certainement les deux disciples Jacques et Jean, dont l'ambition se trahit par leur demande, n'√©taient pas alors sur le chemin qui conduit au plus haut degr√© de gloire et de f√©licit√©. Ils n'y parvinrent que plus tard.

      24 On ne peut gu√®re supposer que cette indignation des autres disciples f√Ľt l'effet de leur humilit√© et du scandale que leur donnait l'ambition de Jacques et de Jean. Elle provenait bien plut√īt de leur jalousie envers ces deux fr√®res qui voulaient s'√©lever au-dessus d'eux.
      27 Jésus n'approuve pas plus l'indignation des autres disciples que l'ambition de Jacques et de Jean. Il les appelle donc tous auprès de lui pour leur donner une leçon d'humilité.

      Il marque le contraste entre les serviteurs de son royaume et les princes et les grands des royaumes de ce monde. Ceux-ci les dominent, usent d autorité (les termes grecs sont plus forts et pourraient se traduire : les oppriment, abusent de l'autorité), leur puissance n'ayant pour principe qu'un droit extérieur et pour moyen que la force.

      Il en sera tout autrement parmi vous¬†: votre autorit√© √©manera tout enti√®re de l'Esprit de Dieu et se fondera sur la v√©rit√© et la charit√©. Dans de telles conditions, vouloir √™tre grand, c'est descendre¬†; vouloir √™tre le premier, c'est devenir esclave et il en sera r√©ellement ainsi au grand jour o√Ļ les secrets des cŇďurs seront manifest√©s. C'est ce qu'indiquent clairement les verbes au futur.

      28 Démonstration suprême du principe que Jésus vient de poser pour son royaume.

      Le fils de l'homme (voir sur ce terme Matthieu 8.20, note) qui a fond√© ce royaume, donna lui-m√™me l'exemple de l'esprit qui devait y r√©gner. Bien √©loign√© des dispositions qu'il combattait dans le cŇďur de ses disciples, et r√©pudiant l'autorit√© des grands de ce monde, il ne voulut pas √™tre servi. Sa vie enti√®re fut consacr√©e au service de ses fr√®res.

      Son dévouement alla jusqu'au sacrifice de sa vie (Philippiens 2.8) Cette vie sainte, il voulut la donner, terme choisi à dessein, car il la donna comme une rançon, c'est-à-dire comme le prix qu'on payait pour racheter des esclaves ou des prisonniers de guerre. (Comparer 1Corinthiens 6.20,7.23)

      Ce mot se retrouve toujours, en grec, dans le terme que nous traduisons par rédemption, qui signifie rachat par le moyen d'une rançon. Ce prix d'une valeur infinie fut payé pour plusieurs (grec à la place de plusieurs).

      Le mot plusieurs fait contraste avec un seul qui s'est substitué à eux ; car c'est pour tous qu'il a donné sa vie. (Romains 5.18 ; Colossiens 1.20 ; 1Jean 2.2 ; Hébreux 2.9)

      Cette déclaration solennelle, sortie de la bouche de Jésus lui-même, indique clairement le but expiatoire et rédempteur de sa mort.

      29 29 à 34 Les deux aveugles de Jéricho.

      Comparer Marc 10.46-52,Luc 18.35-43.

      - D'après notre récit, Jésus montait à Jérusalem, venant d'au delà du Jourdain, c'est-à-dire de la Pérée, (Matthieu 19.1 ; 20.17) son chemin le conduisait donc par Jéricho, ville célèbre située à deux lieues du Jourdain et à sept lieues à l'est de Jérusalem. Jésus s'y arrêta plus longtemps que ne le ferait supposer le récit de Matthieu. (Voir Luc 18.35 et suivants Luc 19.1 et suivants)

      30 Marc et Luc, en racontant cette guérison, ne parlent que d'un seul aveugle et encore avec cette différence que Marc place cette scène à la sortie de Jéricho, tandis que Luc la met aux approches de cette ville.

      On a fait bien des tentatives diverses pour concilier cette double divergence. L'un de ces aveugles étant très connu (Marc le nomme par son nom : Bartimée l'aveugle), on a supposé que Marc et Luc ne mentionnaient que lui par cette raison.

      On a suppos√© encore que J√©sus gu√©rit un aveugle √† l'entr√©e et un autre √† la sortie de la ville, et que Matthieu r√©sume les deux faits en un. Mais est-il admissible qu'apr√®s un premier miracle de cette nature la foule e√Ľt voulu emp√™cher encore un second aveugle d'implorer le secours de J√©sus¬†? Est-il probable aussi que, dans les deux cas, le dialogue entre l'aveugle et le Sauveur se trouv√Ęt √™tre identiquement le m√™me¬†? Non, il vaut mieux reconna√ģtre une diff√©rence r√©elle entre nos divers r√©cits, et ne pas vouloir les concilier par des explications forc√©es, peu dignes de l'Evangile. (Comparer Matthieu 8.29, note.)

      Aucune critique de détail ne peut diminuer la touchante beauté du récit qui va suivre, et que les trois synoptiques nous ont conservé dans tout ce qu'il a d'essentiel.

      Cette appellation fils de David prouve que ces pauvres aveugles connaissaient J√©sus et croyaient en lui comme au Messie promis √† Isra√ęl. (Matthieu 12.23,15.22, notes.) Aussi se bornent-ils d√®s l'abord √† implorer sa compassion, sans oser demander rien de plus.

      31 Ce trait si naturel et qui se retrouve dans nos trois r√©cits n'est pas de ceux qu'on invente. Il prouve que ces assistants √©taient sous l'impression profonde de la solennit√© du moment, et qu'ils craignaient que J√©sus, √† la t√™te de ce nombreux cort√®ge qui allait l'acclamer comme roi, ne f√Ľt importun√© par les cris de deux malheureux assis au bord du chemin. Mais eux, press√©s par leur mis√®re et confiants en la compassion de celui qu'ils invoquent, ne font que redoubler leurs cris.
      32 Jésus, lui, s'arrête, avec tout son cortège, appelle les malheureux et leur adresse une question qui n'avait d'autre but que de réveiller leur foi et de les encourager à lui présenter leur requête. C'est que, comme toujours à la vue de nos souffrances, il était ému de compassion. (verset 34)
      34 C'est-à-dire qu'ils recouvrèrent la vue. Le texte reçu dit : leurs yeux virent de nouveau.

      - En suivant J√©sus avec reconnaissance, ces aveugles gu√©ris re√ßurent sans doute de lui des gr√Ęces plus pr√©cieuses encore que leur gu√©rison.

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