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Jacques 1

    • 1 1 √† 11 Comment le chr√©tien doit envisager les √©preuves.

      Jacques (voir l'Introduction) prend le beau titre de serviteur de Dieu et de J√©sus-Christ¬†: (Romains 1.1¬†; Philippiens 1.1) sa vie enti√®re et sp√©cialement l'office dont il s'acquitte en √©crivant √† ses fr√®res sont un "service," dans lequel il n'accomplit pas sa volont√© ni la volont√© d'autres hommes, mais la seule volont√© de Dieu et de Christ. Il place J√©sus-Christ, qu'il appelle Seigneur √† c√īt√© de Dieu, le P√®re.

      Les douze tribus dans la dispersion. Dans l'adresse de notre √©p√ģtre, cette expression ne saurait avoir un sens symbolique et d√©signer le peuple de Dieu sous la nouvelle Alliance sans distinction d'origine. Elle doit √™tre prise au sens propre, s'appliquant √† des Isra√©lites √©tablis hors de la terre sainte parmi les pa√Įens. (Jean 7.35) Ces Isra√©lites avaient pour la plupart reconnu en J√©sus le Messie, puisque Jacques leur √©crit comme serviteur du Seigneur J√©sus Christ et en les appelant ses fr√®res. Mais ils n'√©taient pas encore compl√®tement s√©par√©s de leurs compatriotes juifs. Des Juifs de la classe ais√©e venaient assister aux assembl√©es des chr√©tiens, et les chr√©tiens relevaient des tribunaux juifs. (Jacques 2.1-7)

      Grec : (je vous dis de) vous réjouir.

      C'était la salutation ordinaire chez les Grecs. (Actes 23.26) mais la sincérité du langage chrétien en faisait autre chose qu'une formule de politesse et lui donnait une signification nouvelle et profonde. (Comparer Romains 1.7, 2e note.)

      Dans les √©p√ģtres √©crites par des chr√©tiens, que le Nouveau Testament nous a conserv√©es, cette formule ne se retrouve qu'une fois, Actes 15.23 (comparez la note), en t√™te de la lettre que les ap√ītres et les anciens r√©unis √† J√©rusalem envoy√®rent aux Eglises fond√©es par Paul en Asie mineure, lettre qui fut √©crite sur la proposition de Jacques. Le vŇďu, par lequel Jacques souhaite √† ses lecteurs de se r√©jouir, l'am√®ne, √† verset 2, √† leur pr√©senter comme un sujet de joie les √©preuves m√™mes dans lesquelles il les sait engag√©s. Il y a probablement une relation intentionnelle entre le vŇďu et l'exhortation.

      2 Grec : Estimez que c'est tout joie lorsque vous tomberez en des tentations variées, ou, comme traduisent la plupart : en des épreuves diverses. Le mot grec a les deux sens.

      La tentation peut amener l'homme √† se conna√ģtre mieux lui-m√™me, et affermir sa foi, (1Pierre 1.6,7) lorsque, au lieu de succomber, il ressort victorieux du danger et de la souffrance¬†; ou bien la tentation peut le faire p√©cher en l'entra√ģnant dans quelque chute. Elle est l'Ňďuvre de Dieu, (H√©breux 11.17) de Christ, (Jean 6.6) du chr√©tien qui l'exerce sur lui-m√™me. (2Corinthiens 13.5) Elle vient aussi du d√©mon, (Matthieu 4.3-11¬†; Luc 4.13) ou de nos propres convoitises. (verset 14)

      Il y a souvent tout ensemble √©preuve et tentation¬†: le croyant se trouve alors dans une situation dangereuse, que Dieu lui assigne cependant pour son bien. D'apr√®s les indices que nous fournit notre √©p√ģtre m√™me, les tentations diverses, auxquelles les lecteurs √©taient expos√©s provenaient soit de leur dispersion, (verset 1) soit des pers√©cutions et des vexations qu'ils avaient √† endurer de la part de Juifs influents hostiles √† l'Evangile, soit de leur pauvret√©, (verset 9) soit de l'oppression que de mauvais riches faisaient peser sur eux, (Jacques 2.6,7¬†; 5.4-8) soit de toute autre cause, car il est arbitraire de limiter la port√©e de ce terme.

      En tous temps la vie des chr√©tiens est plus ou moins remplie de ces √©preuves et de ces tentations¬†: aussi l'exhortation de l'ap√ītre est-elle d'une application universelle. Mais, aux yeux de la raison humaine, quel paradoxe que cette exhortation¬†: regarder ces souffrances comme une pure joie (ne procurant que de la joie, et non¬†: la joie parfaite, supr√™me)¬†!

      Une communion intime et vivante avec le Sauveur peut seule nous l'expliquer¬†; c'est en suivant J√©sus que ses disciples apprennent √† se r√©jouir de tout ce qui les d√©tache du monde et d'eux-m√™mes, pour leur donner toujours plus de ressemblance avec leur Ma√ģtre. Ils seraient afflig√©s s'ils avaient ici-bas une position diff√©rente de la sienne, car ils savent bien que pour parvenir l√† o√Ļ est leur Seigneur, ils doivent prendre le chemin qu'il a suivi lui-m√™me. (Matthieu 5.11,12¬†; Actes 4.23¬†; 5.41)

      3 Comparer Romains 5.3,4.

      - Sachant, ce participe n'exprime pas simplement un motif à l'appui de l'exhortation précédente : "Car vous savez." Il n'a pas le sens d'un impératif : "Et sachez que." Il désigne une connaissance que l'auteur prête à ses lecteurs, mais qui se développera par l'expérience des diverses épreuves. On pourrait le traduire : "Comprenant, vous rendant compte que..."

      Le mot traduit par épreuve est d'une autre racine que le mot traduit par tentations ou épreuves à verset 2. La plupart des interprètes lui donnent le sens de : "action d'éprouver ;" il signifie proprement : moyen par lequel on éprouve.

      Dans notre passage, par une extension du sens primitif, il désigne l'emploi de ce moyen. Il établit une relation étroite entre verset 3 et verset 2 "Sachant que ce moyen d'éprouver votre foi (que sont les"diverses épreuves"), quand il est mis en action, produit la patience." Comparer 1Pierre 1.7, note.

      Quelques manuscrits portent seulement : votre épreuve produit, ils suppriment les mots : de la foi, qui se lisent dans Sin., B. A, C.

      La patience est aussi la "persévérance," la fermeté dans la foi, la poursuite constante du but de la vie chrétienne. Comparer Hébreux 10.36 ; 12.1 ; Romains 5.3, 2e note.

      4 Ces mots peuvent signifier que la patience elle-m√™me doit devenir toujours plus parfaite par l'√©preuve¬†; ou bien que la patience ne doit pas se contenter de supporter l'√©preuve sans murmure et sans d√©couragement, mais encore nous rendre propres √† accomplir parfaitement l'Ňďuvre de notre vie, la t√Ęche qui nous est impos√©e par le Seigneur. C'est l√† son Ňďuvre, qu'elle "soit active et parfaite," comme porte la version r√©vis√©e d'Oltramare. La fin du verset est favorable √† ce dernier sens.

      Accomplis ou entiers. (1Thessaloniciens 5.23) Les Septante emploient ce terme pour traduire le mot hébreu que nos versions rendent par "intègre." (Genèse 6.9)

      Ne manquant en rien, "ne laissant à désirer à aucun égard," comme traduisent d'autres ; nous avons conservé le sens littéral, parce que le même verbe se retrouve à verset 5 "Si quelqu'un de vous manque de sagesse..."

      L'Ecriture ne pose jamais le but √† atteindre en de√ß√† de la perfection. (Matthieu 5.48) Si cela para√ģt impossible √† l'homme, (Matthieu 19.25,26) nous pouvons nous adresser √† Celui qui vient au secours de notre faiblesse. (verset 5)

      5 Jacques prend ici le mot de sagesse dans son sens le plus large et le plus pratique : la sagesse de la vie chrétienne, qui renferme à la fois la connaissance de la vérité et la sainteté de la conduite. (Jacques 3.13,15,17) Cette sagesse n'est pas seulement une partie quelconque de la perfection chrétienne ; elle en est la condition, le fondement.

      Le premier de ces termes indique que Dieu donne sans condition, sans acception de personnes¬†; (Romains 12¬†; 8) le second signifie que Dieu ne bl√Ęme pas celui qui lui demande, qu'il ne lui fait pas honte de sa pauvret√©, de son importunit√©, comme les mauvais donneurs d'aum√īnes.

      Matthieu 7.7,11 ; Luc 11.13 ; 1Rois 3.9-12.

      - Au lieu de ces mots¬†: "Qu'il la demande √† Dieu et elle lui sera donn√©e," le grec porte¬†: "Qu'il demande et il lui sera donn√©¬†;" mais il est √©vident que l'ap√ītre pense avant tout √† cette sagesse qu'il vient de nommer.

      6 Celui qui prie ne doit pas se laisser distraire à droite ou à gauche par des considérations diverses, mais avoir l'esprit directement et simplement arrêté sur Dieu.

      "Il ne faut pas qu'il y ait dans l'√Ęme de celui qui s'adresse √† Dieu une esp√®ce de partage,...une h√©sitation entre deux directions √† prendre, entre deux ma√ģtres √† servir." Reuss.

      L'homme au cŇďur partag√©, ind√©cis, inconstant, (verset 8) n'est pas en la foi, et ne saurait s'attendre √† un exaucement. Ces paroles nous montrent que, pour Jacques aussi bien que pour Paul, la foi est l'√Ęme de la vie chr√©tienne, de la pri√®re, de la communion avec Dieu.

      D'autres traduisent¬†: "Avec foi, sans douter en rien," mais l'auteur ne peut vouloir dire seulement que celui qui prie doit √™tre s√Ľr d'obtenir ce qu'il demande, car verset 7 montre que l'homme dont il est question "s'imagine qu'il recevra quelque chose." Il ne saurait avoir en vue non plus des doutes th√©oriques, portant sur les v√©rit√©s de l'enseignement √©vang√©lique¬†; cette id√©e est √©trang√®re √† notre contexte.

      Cette image donne l'id√©e la plus juste des incertitudes de celui dont le cŇďur est partag√©. La foi seule affermit le cŇďur en Dieu.

      7 Les versets versets 7,8 expriment, au propre, la raison pour laquelle celui qui demande "en hésitant" ne peut être exaucé Cette raison avait été indiquée par la figure employée à verset 6.

      Les deux conjonctions : car, en effet, (versets 6,7) sont coordonnées l'une à l'autre.

      8 Grec¬†: "Un homme double d'√Ęme," ayant deux dispositions contraires, dont l'une regarde √† Dieu dans la pri√®re, l'autre √† la cr√©ature au monde, √† soi m√™me (Comparer Jacques 4.8)

      Un tel homme est inconstant, c'est-à-dire sans repos, sans fermeté, non seulement dans la prière, mais dans toutes ses voies, dans toute sa conduite.

      Les anciennes traductions font à tort de ce verset une proposition indépendante en sous-entendant le verbe est qui ne se trouve pas dans l'original.

      10 Les exhortations de Jacques sont un écho des enseignements du Sauveur. (Comparer Matthieu 5.3 ; Luc 6.20-24 ; 14.12,13)

      Le riche et le pauvre n'ont qu'une seule chose dont ils puissent se glorifier, la gr√Ęce de Dieu, l'esp√©rance de son royaume.

      Si le pauvre, l'affligé, l'opprimé trouve dans sa position un moyen qui le déprend du monde et le rapproche de Dieu, elle lui procure une élévation divine qui fait sa joie et sa gloire ; (verset 2) en se glorifiant de cette élévation, il résistera à l'action déprimante de la misère et de la souffrance.

      Si le riche, au contraire, l'heureux du siècle, arrive à sentir que ses avantages l'ont rendu orgueilleux et charnel, plus pauvre aux yeux de Dieu que le dernier des pauvres, s'il arrive à se rendre compte qu'il est destiné à "passer comme la fleur de l'herbe," cette double constatation lui infligera une humiliation qui est la seule chose dont il puisse se glorifier, car c'est la seule qui rende possible pour lui l'impossible. (Matthieu 19.23-26)

      D'autres commentateurs, se fondant sur le fait qu'au fr√®re humble est oppos√© le riche (sans que le mot fr√®re soit r√©p√©t√©) pensent que l'auteur a en vue des riches qui ne sont pas chr√©tiens, et que c'est par ironie qu'il les invite √† se glorifier de cette humiliation qui sera leur lot, quand, au jour prochain du jugement, le n√©ant de leurs richesses sera manifest√©. La premi√®re explication nous para√ģt plus naturelle.

      Les deux catégories de personnes auxquelles l'exhortation est adressée font partie de l'Eglise.

      Psaumes 90.5,6¬†; Esa√Įe 40.6,7¬†; 1Pierre 1.24.

      11 C'est-à-dire dans ses entreprises.

      - Au lieu de¬†: le soleil avec sa chaleur, on peut traduire¬†: "Le soleil avec le vent br√Ľlant."

      Le mot qui se lit dans notre texte est employ√© par les Septante (Ez√©chiel 17.10¬†; 19.12¬†; Job 27.21¬†; Jonas 4.8) pour d√©signer le vent d'orient qui, apr√®s avoir travers√© le d√©sert, br√Ľle toute v√©g√©tation, et fait m√™me mourir les animaux et les hommes.

      Mais comme ce terme se trouve dans notre passage en relation étroite avec le mot soleil, il convient de lui donner le sens de chaleur, qu'il a aussi dans Matthieu 20.12 ; Luc 12.55.

      Cette image fait sentir la rapidité avec laquelle périssent les gloires de ce monde.

      12 12 √† 18 Tentation et gr√Ęce.

      Ces paroles expliquent celles de verset 2 et de verset 9.

      L'épreuve ou la tentation (verset 2, note) n'a d'autre but que de faire du chrétien un homme éprouvé, (2Timothée 2.15) et par là capable de recevoir et de porter la couronne de la vie, appelée ailleurs "couronne de la justice" (2Timothée 4.8) ailleurs encore, "couronne de gloire," (1Pierre 5.4) c'est-à-dire la récompense qui consiste à avoir part à la vie éternelle, à la justice dont il est revêtu en Christ, à la gloire du ciel.

      Toujours cette couronne est envisagée comme le prix du combat, le fruit de la victoire. (1Corinthiens 9.24,25 ; Philippiens 3.14 ; 2Timothée 4.7,8 ; Apocalypse 2.10)

      Dans Sin., B. A, le sujet de la proposition : le Seigneur, est sousentendu. Des minuscules et des versions portent : Dieu.

      Les derniers mots : à ceux qui l'aiment, font voir que nous remportons la victoire dans l'épreuve en montrant notre invariable amour pour Dieu. Cet amour est la vertu cardinale de la vie chrétienne. (Jacques 2.5 ; comparez Psaumes 97.10 ; Matthieu 26.39 ; Romains 8.28)

      13 Toute épreuve est une tentation.

      Stimulant salutaire, elle renferme un poison dangereux¬†; au lieu de nous conduire √† la victoire de faire de nous des hommes √©prouv√©s, (verset 12) elle peut devenir pour nous une occasion de chute¬†; elle peut exciter notre d√©fiance envers Dieu, nous porter √† nous r√©volter contre lui¬†; elle peut √©veiller directement en nos cŇďurs des convoitises coupables.

      Si nous voulons √©viter que l'√©preuve ait pour nous un si d√©plorable r√©sultat, gardons-nous de cette pens√©e de doute¬†: c'est Dieu qui me tente qui m'incite au mal. Et si les sentiments mauvais ont d√©j√† domin√© dans notre cŇďur n'invoquons pas, comme excuse, la position ou nous √©tions plac√©s, la grandeur de nos souffrances, sans proportion avec notre faiblesse. (Gen√®se 3.12¬†; Job 2.9)

      En un mot, gardons-nous, par une voie ou par l'autre, de faire remonter la faute jusqu'à Dieu. Dieu expose l'homme aux épreuves pour son bien (versets 2,3,9,12 ; comparez Matthieu 6.13 ; 1Corinthiens 10.13) ; l'intention et l'action divines sont absolument absentes de la tentation qui se trouve dans ces épreuves. Dieu les envoie comme un remède : l'homme seul en fait un poison. (verset 14)

      Il est contradictoire de supposer que Dieu, le souverain bien, lui qu'aucun mal ne peut ni tenter ni approcher, lui qui est la source de tout don parfait, (verset 17) puisse, en aucun sens, être l'auteur du mal.

      15 Celui qui est tent√© et qui p√®che doit chercher la cause de son p√©ch√© dans son propre cŇďur, au lieu de la faire remonter jusqu'√† Dieu. (verset 13)

      Le p√©ch√© est produit par un d√©veloppement dont il est utile de conna√ģtre les phases successives.

      La tentation na√ģt de la convoitise du d√©sir de ce qui est d√©fendu, (Romains 7.7) du penchant au mal. Cette convoitise est ici personnifi√©e¬†: elle attire, elle amorce la volont√©. Celle-ci peut r√©sister, et tout sera dit. Mais si elle c√®de, si elle s'unit √† la convoitise, celle-ci con√ßoit une r√©solution qui ne tarde pas √† devenir action¬†; c'est ce qui est rendu par cette image¬†: ayant con√ßu, elle met au monde le p√©ch√©. Enfin, le p√©ch√© accompli enfante sa cons√©quence in√©vitable, la mort, mort spirituelle, qui sera √©ternelle, √† moins qu'un rem√®de n'intervienne.

      - On peut se demander o√Ļ commence la responsabilit√© du p√©cheur et si la convoitise est d√©j√† coupable. Certes, dans l'√©tat de corruption o√Ļ se trouve l'homme, ce qui l'amorce et l'attire vers le mal ne saurait √™tre innocent. Toutefois, la responsabilit√© et la culpabilit√© ne deviennent compl√®tes, que si la volont√©, attir√©e, acquiesce. D√®s ce moment, aux yeux de Dieu, le p√©ch√© existe, il est consomm√© soit int√©rieurement par la r√©solution soit ext√©rieurement par l'action.

      Le terme de l'original ne précise pas le mode de la consommation. D'autres traduisent ce terme par : "Etant parvenu à sa maturité, à sa plénitude, à sa plus haute puissance."

      A ce degr√©, le p√©ch√© enfante la mort. Celle-ci n'est que la cons√©quence in√©vitable du p√©ch√© consomm√©, mais elle fait appara√ģtre tout ce que celui-ci avait de coupable et de funeste.

      Dans ce d√©veloppement du p√©ch√©, le moment important, celui o√Ļ l'homme a le plus besoin de vigilance et du secours de Dieu, c'est lorsque sa volont√©, sollicit√©e par la convoitise, mais libre encore, est mise en demeure de se prononcer.

      16 Ce serait s'abuser que de supposer que le mal puisse venir de Dieu, (verset 13) puisque Dieu est au contraire, de sa nature, la source suprême de tout bien. (verset 17)
      17 Le Père des lumières, c'est l'Auteur, le Créateur des astres resplendissants, (Psaumes 136.7-9) symboles eux-mêmes de la lumière éternelle du Dieu qui les a faits. Ces astres ne répandent pas une lumière toujours égale ; il y a en eux "changement et obscurcissement de rotation" (sens littéral) ; par le mouvement qui leur est propre et par leurs changements de position, une ombre se répand sur eux et leur clarté ne nous parvient plus.

      En Dieu, et dans les dons de sa gr√Ęce, il n'y a rien de pareil¬†: tout y est don excellent, pr√©sent parfait. Beyschlag, Oltramare et d'autres traduisent¬†: "Il ne descend que don excellent et que pr√©sent parfait d'en haut, du P√®re des lumi√®res..."

      Ainsi énoncée, la pensée répondrait exactement à celle de verset 13. Mais Jacques a écrit : "Tout don excellent et tout présent parfait est d'en haut descendant du Père des lumières," et, quoique sa proposition forme un vers hexamètre (plusieurs y voient une citation), on ne saurait pourtant pas, en invoquant l'inversion permise dans le stylée poétique, traduire comme s'il y avait : "Tout don venant d'en haut est excellent..."

      L'auteur d√©signe les gr√Ęces que Dieu nous dispense par deux expressions synonymes¬†: don excellent (grec bon) et pr√©sent parfait. Le second de ces termes pr√©cise le premier, en le d√©signant comme un don gratuit. (Romains 5.16)

      Suivant d'autres interpr√®tes, la relation des deux termes serait celle-ci¬†: "Ce qui est donn√© comme un don excellent et ce qui, une fois re√ßu, se manifeste comme un pr√©sent parfait." En tous cas, il est arbitraire de faire intervenir ici la distinction des dons de la nature et des dons de la gr√Ęce. Cette perfection de tous les dons de Dieu, le P√®re des lumi√®res, est proclam√©e dans ce passage¬†: "Dieu est lumi√®re, et il n'y a point en lui de t√©n√®bres." (1Jean 1.5)

      18 Grec : Ayant voulu (uniquement parce qu'il l'a voulu), il nous a enfantés à la vie spirituelle, régénérés.

      Cette r√©g√©n√©ration, qui est pr√©cis√©ment l'inverse de l'enfantement d√©crit √† verset 15, est un fruit de la gr√Ęce libre et gratuite de Dieu (comparez Eph√©siens 1.5,11) Elle est la preuve rappel√©e ici comme √©clatante que tout don excellent vient de lui, tandis que la tentation et le p√©ch√© viennent de nous. (versets 14,17¬†; comparez un raisonnement analogue Romains 8.32)

      Cet immense bienfait, chacun des fid√®les le sent en soi¬†; et l'exp√©rience de la bont√© de Dieu dissipe le doute que la tentation avait fait na√ģtre en lui, et qui le portait √† croire que Dieu l'incitait au mal.

      La parole de v√©rit√©, (Jean 8.32¬†; 17.17) ou la Parole de Dieu, l'Evangile, est toujours la semence divine par laquelle Dieu r√©g√©n√®re les √Ęmes. (v.21¬†; 1Pi 1¬†:23,25.)

      Les pr√©mices, les premiers fruits de la saison √©taient consacr√©s √† l'Eternel. Par cette comparaison (en quelque sorte), l'auteur donne √† entendre que les chr√©tiens parvenus √† la foi au moment o√Ļ il √©crit sont les saints et glorieux pr√©curseurs d'une moisson abondante. Celle-ci commence √† lever au sein de l'humanit√© naturelle, que l'auteur appelle les cr√©atures de Dieu. (Marc 16.15)

      D'autres pensent qu'il d√©signe les chr√©tiens auxquels il √©crit comme les "premi√®res d'entre les nouvelles cr√©atures" de Dieu, c'est-√†-dire les premiers des r√©g√©n√©r√©s¬†; mais il faudrait pour cela que ce qualificatif de "nouvelles" f√Ľt joint au mot cr√©atures. (2Corinthiens 5.17)

      19 EXHORTATION A UNE PIETE AGISSANTE. Ch. 1 :19-27

      19 à 27 Recevoir et pratiquer la Parole.

      Vous savez ou sachez (B. C) ; le grec permet les deux traductions. Le texte reçu (majuscules, Peschito) porte : en sorte que.

      Même la leçon : vous savez, relie à verset 18 l'exhortation de verset 19 et suivants, et présente celle-ci comme la conclusion pratique de la vérité que Jacques vient d'énoncer : puisque c'est par la parole de vérité que Dieu nous a régénérés, considérez comment vous la recevez !

      Avant tout, il importe de la recevoir avec attention, dans le silence, avec un esprit de douceur¬†; (versets 19-21) puis, d'√™tre soigneux √† la mettre en pratique¬†; (versets 22-25) et cela, non par de vaines d√©votions, mais par des Ňďuvres d'amour et par la sanctification. (versets 26,27)

      Ces conditions indispensables pour bien recevoir la Parole étaient très opposées à l'esprit qui régnait alors parmi les Juifs, (Romains 2.17-23 ; 1.10,11, etc.) et qui donnait naissance aux discussions passionnées, à l'orgueilleuse prétention d'avoir raison, et à toutes les violences du fanatisme. (Actes 13.45 ; 14.19 ; 17.5-9,13 ; 22.22)

      Ces dispositions, résumées dans le terme de colère, (Jacques 3.14 ; 4.1,2) détruisent en tous temps l'effet de la Parole : celle-ci ne peut germer et porter du fruit que lorsqu'elle est reçue avec recueillement et humilité. (verset 21)

      20 L'irritation d'un homme, la passion qui l'emporte est une forte présomption qu'il se trompe et qu'il est dans son tort. Eut-il pour lui la vérité et le droit, il les fausse par la passion.

      En croyant exécuter la volonté de Dieu, défendre sa cause, accomplir sa justice, il fait tout l'opposé. (Actes 9.1 ; 1Corinthiens 15.9 ; 1Timothée 1.13)

      Et de même dans toutes les circonstances de la vie, rien n'est plus inconciliable que ces deux choses mises ici dans un contraste frappant : la colère de l'homme, et la justice de Dieu.

      21 Grec : "toute saleté et surabondance de malice." Le premier de ces termes est entendu au figuré et désigne la souillure morale.

      L'adjectif de la même racine, au propre, se lit Jacques 2.2. Les uns prennent ce terme comme une notion indépendante, les autres, avec moins de raison, le rattachent à malice : toute souillure dont la malice est cause.

      Le second terme¬†: exc√®s ou surabondance est tr√®s diversement interpr√©t√©. Les uns le traduisent par "reste¬†:" tout reste de votre ancienne malice¬†; d'autres par "excroissances¬†:" les manifestations de la malice seraient compar√©es aux branches gourmandes de l'arbre. (Jean 15.2) Il est plus conforme au sens premier du mot et √† l'id√©e de la col√®re (versets 19,20) d'y trouver exprim√© le d√©bordement des sentiments mauvais qui sortent du cŇďur irrit√©, comme le liquide bouillant du vase qui le contient.

      La malice ou méchanceté n'est pas synonyme de vice, mais désigne les mauvaises dispositions à l'égard de Dieu (verset 13) et à l'égard du prochain. (versets 19,20)

      Bien que la Parole soit d√©j√† plant√©e au dedans des chr√©tiens auxquels Jacques √©crit, comme une semence de vie nouvelle (verset 18¬†; comparez Matthieu 13.23), ils doivent pourtant la recevoir toujours de nouveau, afin de se d√©velopper et de grandir par le m√™me moyen qui les a fait na√ģtre √† la vie v√©ritable. (1Thessaloniciens 1.6)

      Mais, pour cela, il faut qu'ils la re√ßoivent avec cette douceur, cette disposition humble et paisible qui est pr√©cis√©ment l'inverse des d√©fauts que Jacques vient de reprendre. (Jacques 3.13¬†; Matthieu 5.5) Alors la Parole op√©rera dans leurs √Ęmes avec toute la force cr√©atrice qui lui est propre, et les sauvera, en les faisant passer enti√®rement de la mort √† la vie.

      22 Grec : : "Soyez faiseurs de la Parole et non pas seulement auditeurs."

      Cette expression refl√®te bien le caract√®re de toute l'√©p√ģtre, qui pousse √† l'action. Jean dit de m√™me "faire la loi," (Jean 7.19) ou encore¬†: "faire la justice." (1Jean 2.29¬†; 3.7,10)

      - Les faux raisonnements par lesquels se trompent eux-mêmes ceux qui sont auditeurs et non observateurs de la Parole, leur font croire qu'ils possèdent la vie chrétienne, tandis qu'ils n'ont que de froides opinions et des croyances mortes.

      L'erreur de ces faux raisonnements (grec "paralogismes") est de nature morale plus qu'intellectuelle comme le montre clairement l'image qui va suivre. (versets 23,24)

      24 Par cette comparaison est représentée d'une manière vive la légèreté de celui qui est (grec) auditeur et non faiseur de la parole, elle fait ressortir l'inconséquence de sa conduite.

      Se consid√©rer dans un miroir, c'est, pour un homme sens√©, s'assurer s'il n'y a rien dans sa mise ou sur son visage qui le d√©figure, aucune tache qu'il doive se h√Ęter d'enlever.

      La Parole fournit à celui qui l'écoute le moyen de faire cet examen de lui-même, car l'Evangile est la "loi parfaite," (verset 25) la loi accomplie en Jésus Christ, notre divin modèle.

      Quand un homme entend les pr√©ceptes de l'Evangile et se trouve plac√© en pr√©sence de l'exemple de J√©sus-Christ, toutes les difformit√©s et toutes les souillures possibles de son √Ęme lui apparaissent clairement.

      Mais l'homme que suppose Jacques se consid√®re et √† peine s'est il consid√©r√© que d√©j√† il s'en est all√©, et a oubli√© quel il √©tait. Le regard qu'il a jet√© dans le miroir de la Parole a eu beau lui montrer clairement son visage naturel (grec "le visage de sa naissance" ou "de son origine,") c'est-√†-dire l'√©tat naturel de son √Ęme. Cette r√©v√©lation n'a fait sur lui aucune impression s√©rieuse, ne lui a pas appris √† corriger les d√©fauts constat√©s.

      Emport√© par sa l√©g√®ret√© naturelle, distrait par divers soucis, (Matthieu 13.20-22) il a bient√īt oubli√© cette constatation humiliante. Il retombe dans ses pr√©c√©dentes illusions il continue √† √™tre satisfait de lui-m√™me c'est l√† le sophisme moral dont Jacques vient de parler. (verset 22)

      25 Les traits de ce tableau sont exactement opposés à ceux du précédent.

      Au lieu d'un simple regard jet√© sur le miroir, on voit ici un homme courb√© sur la loi parfaite (traduction litt√©rale), afin de la consid√©rer longtemps et jusqu'au fond, (comparez 1Pierre 1.12, o√Ļ se trouve le m√™me mot dans le texte Grec) au lieu de s'en aller, il pers√©v√®re dans cette √©tude¬†; au lieu de se conduire en auditeur oublieux, il devient un observateur actif du commandement, (grec) un faiseur d'Ňďuvres. (verset 22, note.) Ce qu'il voit se transforme imm√©diatement en action dans sa vie de chaque jour.

      Jacques d√©clare qu'un tel homme sera heureux dans son ob√©issance. (L'original renferme ce jeu de mots¬†: acteur de l'Ňďuvre, il sera heureux dans son action.) Tout chr√©tien le comprend¬†!

      - Ce que Jacques avait appel√© auparavant "la Parole de v√©rit√©" (verset 18) "la Parole plant√©e au dedans de l'homme, et pouvant sauver les √Ęmes," (verset 21) il le nomme ici la loi parfaite, celle de la libert√©. Il entend par l√† l'Evangile pris dans son entier, lequel est √† la fois une puissance divine qui nous rend libres de toute servitude, de toute condamnation de toute crainte, et une loi qui nous lie √† l'ob√©issance par l'amour¬†; en d'autres termes, une loi qui, au lieu de dominer l'homme de l'ext√©rieur, devient pour celui qui y pers√©v√®re, qui identifie sa volont√© avec ce qu'elle commande un moyen d'affranchissement, le principe intime en m√™me temps que la norme de son activit√©. (J√©r√©mie 31.31-34) D√®s lors, c'est une loi parfaite, car en elle-m√™me, elle ne laisse rien √† d√©sirer, (Matthieu 5.17) et elle communique √† l'homme la force de l'accomplir.

      L'expression de loi de la libert√© montre combien Jacques √©tait loin de se replacer au point de vue de l'ancienne Alliance et d'√™tre en contradiction avec Paul. Paul, il est vrai, accuse la diff√©rence des deux alliances, en opposant la foi aux Ňďuvres de la loi, comme moyen de justification, tandis que Jacques, concevant l'Evangile comme la loi parfaite, mais comme une loi int√©rieure, la loi de la libert√©, la loi qui affranchit l'homme et le rend capable d'une joyeuse et victorieuse ob√©issance, pr√©sente les deux √©conomies dans leur unit√© profonde.

      Paul du reste parle lui aussi d'une "loi de la foi," (Romains 3.27) d'une "loi de l'Esprit de vie" (Romains 8,2 ; comparez verset 4), d'une "loi de Christ." (Galates 6.2)

      26 Etre dévot ou religieux.

      Ce mot ne se retrouve nulle part dans le Nouveau Testament. Le substantif form√© de la m√™me racine, et employ√© √† versets 26,27, ne repara√ģt que deux fois ailleurs, appliqu√© √† la religion juive, (Actes 26.5) et √† un culte rendu aux aortes. (Colossiens 2.18)

      Ce terme désigne la piété qui s'exprime dans les pratiques religieuses. Il n'implique pas que ces pratiques soient formalistes et dénuées de sincérité.

      Le contraste que Jacques établit, à versets 26,27, entre la fausse et la vraie dévotion, rappelle celui qu'il a peint à versets 22-25.

      Tel de ses lecteurs pouvait se dire : "Je ne suis point un auditeur oublieux, j'observe très exactement la loi ; je remplis scrupuleusement mes devoirs religieux, en rendant mon culte à Dieu selon ses prescriptions."

      Il faut se rappeler, en effet, avec quel pieux z√®le les premiers chr√©tiens sortis du juda√Įsme s'appliquaient aux c√©r√©monies du culte isra√©lite. (Actes 2.46¬†; 3.1¬†; 21.17-26)

      Jacques montre √† ce lecteur qu'il est dans l'illusion, si, avec toute sa d√©votion, il conserve un d√©faut comme l'intemp√©rance de langue¬†; par cette erreur de jugement moral, ou ce manque de discipline exerc√©e sur soi m√™me, il trompe son cŇďur, il se rassure √† tort, comme l'auditeur oublieux se s√©duisait par de faux raisonnements. (verset 22)

      27 Grec : se conserver immaculé loin da monde.

      Ces deux traits de la vie chrétienne : la bienfaisance envers ceux qui souffrent, et la préservation des souillures du monde, ne sont point donnés comme renfermant tous les fruits de la piété, bien moins encore comme constituant la vie chrétienne elle-même ; ce ne sont que des exemples des vertus sans lesquelles il n'existe point de conversion réelle. Le dévouement de la charité et la dureté de la conduite sont d'ailleurs les fruits essentiels d'une foi véritable.

      - Les mots¬†: devant Dieu rappellent que Celui qui sonde les cŇďurs appr√©cie autrement que nous ce qu'il y a de vrai ou de faux dans notre pi√©t√©. Jacques d√©signe Dieu comme notre P√®re pour faire sentir √† ses lecteurs que le Dieu auquel ils rendent maintenant leur culte est le Dieu de la nouvelle Alliance, celui qui est devenu leur P√®re par leur adoption en J√©sus Christ, celui qui r√©clame d'eux une adoration en esprit et en v√©rit√©, (Jean 4.23) une cons√©cration de tout leur √™tre. (Romains 12.1)

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