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Zacharie 11

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      1 √† 17 Le rejet du Messie, cause d'une nouvelle ruine d'Isra√ęl.

      Ouvre tes portes, Liban. On croirait au premier coup d'Ňďil que le Liban est d√©sign√© ici comme la porte du pays d'Isra√ęl du c√īt√© du nord et que le proph√®te annonce ainsi une invasion arrivant de ce c√īt√©-l√† et qui doit, avant tout, frapper le pays des dix tribus ; mais la suite prouve que le Liban est nomm√© ici comme le symbole de tout ce qu'il y a de plus √©lev√© dans le peuple entier, en particulier la capitale, J√©rusalem, et m√™me, comme l'ont pens√© les anciens interpr√®tes juifs, le temple. Le palais de Salomon sur Sion avait re√ßu le nom de maison de la for√™t du Liban, √† cause de l'abondance de bois de c√®dre qui y avait √©t√© employ√©e (1Rois 7.2 ; comparez J√©r√©mie 22.23, o√Ļ les habitants de Sion sont appel√©s ceux qui habitent dans le Liban.

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      C√®dres... cypr√®s. Apr√®s les c√®dres, qui sont les arbres les plus majestueux du Liban, sont nomm√©s les cypr√®s, puis les arbres magnifiques, tous les grands arbres en dehors de ceux qui sont nomm√©s ici, et les ch√™nes de Basan : autant de symboles des diff√©rentes classes du peuple qui, toutes, doivent subir les effets terribles du ch√Ętiment divin.

      La forêt impénétrable. Cette image désigne le peuple entier qui était impénétrable à l'ennemi tant que Dieu lui servait de rempart.

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      Le prophète applique la menace de la désolation aux campagnes et aux rives du Jourdain.

      Ce qui √©tait la gloire des bergers : les p√Ęturages abondants o√Ļ ils conduisaient leurs troupeaux.

      L'orgueil du Jourdain. On traduit aussi la parure du Jourdain. Ce fleuve coule dans un enfoncement qui forme dans toute la grande vallée comme un sillon profond allant du nord au sud, du lac de Génésareth à la mer Morte. Cette espèce de rainure est couverte, sur ses deux pentes, d'une magnifique végétation, de sorte que, depuis les hauteurs qui dominent la plaine, le cours du fleuve produit l'effet d'une bande verte qui la coupe en deux dans sa longueur ; c'est là ce que les prophètes appellent l'orgueil du Jourdain. Ce taillis est habité par les animaux féroces ; il l'était même autrefois par des lions (Jérémie 12.5 ; 50.44). Il n'est pas impossible que, par les lionceaux, Zacharie veuille désigner ici les princes de la maison royale et les puissants du pays.

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      4 à 14 Le forfait suprême du peuple qui amènera la destruction ainsi annoncée.

      C'est le prophète qui parle : le mot, mon Dieu indique l'intimité de sa relation avec l'Eternel qui lui confie cette mission.

      Fais pa√ģtre les brebis √† tuer. Isra√ęl ressemble √† un troupeau qui court √† la mort, et le proph√®te doit chercher, par un dernier effort, √† l'arracher au sort qui le menace en le conduisant dans un p√Ęturage abondant et s√Ľr. Les brebis √† tuer expriment ici la m√™me chose qu'aux versets 1 et 2 les c√®dres, cypr√®s, etc. Comme tous ces arbres √©taient destin√©s √† √™tre abattus, ainsi les brebis le sont √† p√©rir.

      Acheteurs et vendeurs : les conquérants étrangers qui massacrent le peuple et en font trafic sans encourir aucune responsabilité et en se réjouissant de leurs bénéfices. Il est bien évident que, s'il en est ainsi, c'est que Dieu s'est déjà retiré de son peuple et l'a livré à leur bon plaisir. Le prophète semble faire allusion à Jérémie 2.3 :
      Isra√ęl √©tait un peuple consacr√© au Seigneur, les pr√©mices de son revenu ; quiconque en mangeait se rendait coupable ; le malheur fondait sur lui, dit l'Eternel.
      C'était là l'état original et normal, maintenant passé.

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      Car : Car, si tu ne r√©ussis pas, il ne me restera plus qu'√† livrer ce troupeau au sort qu'il s'est pr√©par√©. C'est donc ici le supr√™me effort de la gr√Ęce divine.

      Les habitants du pays. Tout le peuple de Dieu périra par deux causes :

      1. il s'entre-détruira par les discordes civiles ;
      2. il sera abandonné au conquérant qui deviendra son roi.

      Ils écraseront : ce conquérant avec son armée désolera le pays et détruira le peuple.

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      Et aussi les plus mis√©rables. On envisage souvent ces mots comme d√©signant tout le troupeau √† pa√ģtre, qui ne comprendrait ainsi que des brebis mis√©rables, cette √©pith√®te se rapportant non √† leur √©tat actuel, mais au sort qui les menace, verset 4 : brebis √† tuer ; ce qui fait que l'on traduit aussi : le plus mis√©rable des troupeaux. Mais le verset 11 montre bien que les brebis mis√©rables ne d√©signent qu'une partie du troupeau, celles qui regard√®rent avec foi au berger de l'Eternel, tandis que la grande masse des brebis √©tait d√©go√Ľt√©e de lui et le rejetait. Le mot laken, rendu par aussi, signifie proprement en cons√©quence. En prenant sous sa garde tout le troupeau, il veillait, en cons√©quence, aussi sur celles dont on aurait √©t√© tent√© de ne faire aucun cas, tant elles avaient ch√©tive apparence.

      Et je pris deux houlettes. Comme deux dangers menacent le peuple (verset 6), le proph√®te prend deux houlettes pour les √©carter. La premi√®re houlette, Faveur, repr√©sente la gr√Ęce divine prot√©geant le peuple et tenant encore √† distance le conqu√©rant √©tranger ; la seconde, Liens, repr√©sente l'union int√©rieure qui fait la force.

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      Et je retranchai les trois bergers en un seul mois. L'article les montre qu'il s'agit de trois bergers connus qui sont d√©j√† l√†, pr√©sents par cons√©quent ; ce sont eux qui paissent le troupeau et le berger de J√©hova vient prendre leur place. Durant un mois, il pa√ģt le troupeau, tout en destituant les bergers pr√©c√©dents qui, sans doute, s'opposaient √† l'accomplissement de son office.

      Et je perdis patience avec eux et eux aussi s'√©taient lass√©s. Apr√®s ce mois d'√©preuve, l'exp√©rience est faite : Isra√ęl ne se laisse pas rassembler (Esa√Įe 49.5), et le berger se d√©cide √† renoncer √† son emploi. On pourrait rapporter le mot eux aux trois bergers, en admettant que la suite indique la raison pour laquelle le berger les a retranch√©s ; mais ce retour en arri√®re n'est pas naturel ; le eux aussi doit √™tre rapport√© au gros du troupeau qui √©tait aussi d√©go√Ľt√© du berger que le berger en √©tait las. Le pluriel masculin eux aussi s'explique par un passage de l'image √† la r√©alit√©. Sans doute Dieu avait d√©j√† livr√© le peuple aux puissances √©trang√®res (verset 4), mais non pas encore pour le d√©truire. C'est cette permission qu'il donne maintenant.

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      Et je dis. En renon√ßant √† sa charge, le berger sait qu'il livre le troupeau √† son sort. La premi√®re proposition se rapporte √† la portion du troupeau qui p√©rira par l'invasion ennemie ; la seconde, √† celle qui dispara√ģtra du pays, emmen√©e en captivit√©, la troisi√®me, √† la portion qui restera pour se d√©truire elle-m√™me.

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      Cette sentence de mort est suivie d'un premier acte qui la rend sensible aux yeux du peuple : le brisement, de la houlette Faveur, représentant la protection divine.

      L'alliance que j'avais faite avec tous les peuples. Le prophète représente comme un contrat que l'Eternel avait conclu avec les nations la défense qu'il leur avait faite de toucher à son peuple, aussi longtemps que celui-ci lui resterait, fidèle (Jérémie 2.3).

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      Elle fut brisée. Le prophète relève ce fait avec solennité, car la barrière est maintenant levée et le torrent des armées ennemies va se précipiter.

      Et ainsi les plus misérables. Tandis que tout le reste du troupeau demeure dans l'aveuglement, sans se douter de ce qui se passe, les brebis qui ont le sentiment de leur péché et de celui du peuple, ceux qui, comme le dit Ezéchiel 9.4, gémissent et soupirent à cause de toutes les abominations qui se commettent, celles-là discernent, dans l'abandon que fait le prophète de son emploi le signal que Dieu donne lui-même de la destruction imminente.

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      Et je leur dis. Le berger veut encore donner au peuple l'occasion d'exprimer, par un fait significatif, le cas qu'il fait de ce dernier effort tenté par son Dieu pour le sauver. Il faut que le sentiment s'affirme par un acte pour que la culpabilité du peuple soit pleinement constaté.

      Et ils pesèrent. C'est l'acte du troupeau tout entier représenté par ceux qui agissent en son nom. Ils pesèrent, soit parce qu'un certain poids de métal précieux devait remplacer l'argent monnayé, soit pour vérifier le poids légal des pièces monnayées.

      Trente sicles d'argent : C'√©tait le prix d'un esclave ; car d'apr√®s Exode 21.32, c'√©tait l√† le montant de la somme par laquelle on devait d√©dommager le propri√©taire d'un esclave dont on avait caus√© la mort. Ainsi, le travail de l'Eternel en la personne de son envoy√©, appr√©ci√© √† la valeur du travail d'un esclave¬†! On a suppos√© parfois que ces trente pi√®ces d'argent correspondaient aux trente jours du mois (verset 8) ; mais ce dernier passage ne dit pas que le berger n'ait fait pa√ģtre le troupeau que pendant trente jours, et d'ailleurs, si l'on demeure dans l'image, le salaire n'aurait pas √©t√© si m√©prisable.

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      Et je les jetai dans la maison de l'Eternel. Ce n'était donc pas dans le royaume des dix tribus que se passait cette scène, mais à Jérusalem. La tentative du berger se rapportait au peuple entier, tel qu'il existait alors. Le prophète, par cet acte, rend à l'Eternel ce qui lui revient, car il n'avait fait lui-même qu'exécuter l'ordre de Dieu ; c'était Dieu lui-même qui avait agi par lui. Aussi l'Eternel lui dit-il : Le prix auquel j'ai été estimé. Le prophète est là comme représentant de l'Eternel, et c'est comme tel qu'il est taxé par le peuple. Ce dernier acte est l'expression suprême du mépris avec lequel le peuple élu a constamment répondu, dans la majeure partie de ses membres, aux avances miséricordieuses dont il a été l'objet.

      Au potier. Il est évident que ce potier avait son atelier dans l'entourage du temple ou même peut-être dans le parvis. Comme on usait de beaucoup de vases de terre dans les cérémonies du culte, il y avait sans doute un potier établi en permanence en cet endroit. L'Eternel faisait cadeau à cet artisan de la somme à laquelle son travail avait été taxé.

      Plusieurs interprètes ont cru ne pas pouvoir obtenir un sens convenable en maintenant le texte transmis et, par le changement d'une voyelle et d'une consonne, ont transformé le mot de potier en celui de trésor : Je les jetai dans la maison de l'Eternel au trésor. Mais ce changement de lettre est arbitraire, et le sens qui en résulte convient beaucoup moins bien ; car l'Eternel ne voudrait certainement pas faire entrer dans le trésor de sa maison un pareil argent, et il est bien plus significatif qu'il en fasse cadeau à un pauvre ouvrier. C'est rendre mépris pour mépris.

      Le verset 13 est cité Matthieu 27.9 comme se trouvant dans le livre de Jérémie. Tous les essais de résoudre cette différence ayant échoué, il faut admettre qu'il y a ici ou une erreur de mémoire de l'évangéliste ou une négligence de l'un des plus anciens copistes de l'évangile. Il n'y a pas lieu de s'étonner de la différence entre le mode de l'accomplissement historique (le salaire de Judas employé à acheter un champ appartenant au potier établi dans la vallée au-dessous du temple) et le trait correspondant de la scène prophétique (l'argent jeté au potier).

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      Apr√®s avoir rompu la relation entre le peuple et son Dieu, le proph√®te rompt celle qui unissait les deux grandes parties du peuple. Que l'on place le proph√®te avant ou apr√®s la captivit√©, on a peine √† comprendre le sens de ces mots. Dans le premier cas, la fraternit√© entre les deux royaumes n'√©tait-elle pas rompue depuis le jour de leur s√©paration sous Roboam, lorsque les dix tribus du nord avaient abandonn√© la houlette des rois de Juda pour se placer sous le sceptre d'autres dynasties¬†? Dans le second cas, on se demande si une partie assez consid√©rable du peuple des dix tribus √©tait revenue dans la patrie pour qu'il p√Ľt √™tre question d'une rupture entre elle et ceux qui √©taient rentr√©s de Juda (voir plus bas l'application de la sc√®ne).

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      15 à 17 A cette première scène en succède une seconde, en relation étroite avec la précédente. Une place reste vide, après que les trois bergers antérieurs ont été retranchés et que le berger envoyé par l'Eternel a abdiqué. Le prophète nous montre maintenant comment cette place sera remplie.

      L'Eternel me dit : Prends... L'Eternel, comme berger, s'est retiré de son peuple ; mais c'est encore lui, pourtant, qui dispose du sort des brebis.

      Dans l'ordre du verset 4 : Pais les brebis √† tuer, √©tait implicitement contenu pour celui √† qui il √©tait adress√©, l'ordre de se rev√™tir du costume et de prendre les instruments dont se sert un berger intelligent et fid√®le. C'est √† cet ordre implicite que se rapporte le mot encore. Le proph√®te doit, apr√®s avoir jou√© le r√īle d'un berger fid√®le, jouer celui d'un mauvais berger et, par cons√©quent, prendre en main des instruments impropres a l'office d'un vrai berger, par exemple une houlette incapable de servir.

      Un mauvais berger. Le mot hébreu désigne un berger sans conscience, un étourdi. Le terme insensé, par lequel on traduit ordinairement, ne rendrait pas exactement cette nuance.

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      La description de la conduite de ce nouveau berger est oppos√©e √† la conduite du berger de l'Eternel tandis qu'il paissait le troupeau. Elle caract√©rise ici, comme J√©r√©mie 23.1-2 ; Ez√©chiel 34.1-10, la conduite des chefs √©go√Įstes du peuple qui ne s'occupent que de leurs propres int√©r√™ts et qui exploitent √† leur profit le troupeau qui leur est confi√©.

      Et fendra leur sabot : pour exploiter jusqu'à la dernière parcelle de substance nutritive qui peut se trouver dans ses victimes.

      17

      Au berger qui abandonne. Ce n'est pas ici une id√©e toute nouvelle, celle d'un berger qui s'enfuirait loin du troupeau. Abandonner signifie n'avoir pas soin de. Comme il traite le troupeau, il sera trait√© lui-m√™me ; il le laisse d√©p√©rir, il d√©p√©rira par la mal√©diction divine, il tra√ģnera une vie malheureuse. Nous avons traduit par le d√©p√©rissement le mot ch√©reb qu'on traduit ordinairement par l'√©p√©e ; l'image de l'√©p√©e ne convient point pour expliquer le dess√®chement des membres. Ce terme se retrouve Deut√©ronome 28.22, tr√®s probablement dans le sens que nous lui donnons ici et qui est habituellement celui qu'exprime le mot tr√®s voisin choreb, de charab, √™tre sec, aride.

      Remarques sur le sens de la scène symbolique du chapitre 11.

      Observons d'abord que cette sc√®ne n'est point donn√©e express√©ment, pour une vision. Elle n'est pas pr√©sent√©e non plus comme devant √™tre r√©alis√©e ext√©rieurement, ainsi que celle du couronnement de J√©hosua, au chapitre 6. Elle a un caract√®re interm√©diaire : c'est un tableau all√©gorique dans le genre de ceux d'Os√©e chapitres 1 et 2, ou de Jean chapitre 10. Le proph√®te exprime, sous une forme symbolique, la relation entre Dieu et son peuple au moment en vue duquel il parle, afin de rendre la pens√©e plus saisissante pour le cŇďur des auditeurs.

      La question est de savoir s'il veut, par ce tableau, d√©crire des √©v√©nements d√©j√† accomplis et dont il annoncerait les d√©sastreuses cons√©quences dans un prochain avenir, ou s'il a en vue, dans le tableau tout entier, un √©v√©nement futur auquel aboutira l'histoire d'Isra√ęl r√©tabli apr√®s l'exil.

      Voici l'explication que l'on donne au premier point de vue. C'√©taient les derniers temps du royaume des dix tribus, √† peu pr√®s la m√™me √©poque que celle o√Ļ Os√©e proph√©tisa. Le royaume du nord √©tait livr√© aux discordes civiles et √† l'anarchie et d√©j√† √† demi conquis par l'Assyrie. Un proph√®te qui nous est inconnu se sent appel√© de l'Eternel, avant que le coup fatal frappe le peuple √† faire un dernier effort pour le sauver. Pendant un certain temps, il travaille avec z√®le dans ce sens ; mais les plus pauvres du peuple seulement se laissent √©mouvoir, la masse de la nation ne lui t√©moigne qu'indiff√©rence et d√©go√Ľt. Pendant cette p√©riode tr√®s courte, trois souverains sont successivement renvers√©s. Ce pourraient √™tre Zacharie, Sallum et M√©nahem, qui se succ√©d√®rent rapidement ; ou bien, comme l'espace d'un mois est absolument insuffisant pour y faire rentrer ces trois r√®gnes, on pourrait penser √† des pr√©tendants inconnus r√©gnant chacun sur une partie du pays, puis renvers√©s dans ce court espace de temps. Le proph√®te, n'ayant point r√©ussi √† ramener le peuple des dix tribus sous la domination de l'Eternel, abandonne sa mission et y met fin solennellement, en avertissant le peuple et en lui d√©clarant que la cons√©quence de cet abandon sera de le livrer √† l'ennemi √©tranger qui le menace. Le trait du salaire pay√© ne se rapporte √† aucun fait ext√©rieur r√©el ; il exprime dramatiquement un fait d'ordre spirituel, l'ingratitude d'Ephra√Įm envers l'Eternel. La rupture de la houlette Liens indique qu'Ephra√Įm va √™tre d√©finitivement retranch√© et que Juda va exister seul, √©tranger d√©sormais √† Ephra√Įm dispers√©. Le mauvais berger, auquel est livr√© Ephra√Įm, est l'un des derniers rois d'Isra√ęl, peut-√™tre P√©kach.

      Cette explication, si r√©pandue qu'elle soit aujourd'hui, nous para√ģt se heurter √† tous les traits du tableau, ce qui serait d'autant plus √©trange que, d'apr√®s ses partisans, le tableau ainsi appliqu√© serait de l'histoire, non de la proph√©tie.

      1. Avant tout, nous avons reconnu que le pr√©ambule, versets 1 √† 3, ne se rapporte nullement au royaume d'Ephra√Įm seulement, mais au peuple entier et plus particuli√®rement √† la capitale, J√©rusalem, et au temple.
      2. Les acheteurs et les vendeurs sont les souverains √©trangers qui disposent du peuple et se le passent, en quelque sorte, de la main √† la main les uns aux autres. C'est l√† une intuition √† laquelle rien ne r√©pond dans les circonstances qui ont pr√©c√©d√© la destruction du royaume des dix tribus, car ce royaume a √©t√© tributaire uniquement de l'Assyrie. Cette expression suppose un temps o√Ļ le peuple avait d√©j√† pass√© par les mains d'un assez grand nombre de puissances conqu√©rantes (verset 5).
      3. Cette explication renonce elle-m√™me √† rendre compte historiquement des trois bergers retranch√©s en un seul mois ; elle est oblig√©e ou de modifier l'histoire connue, si ces trois bergers sont trois rois d'Isra√ęl, ou d'inventer des circonstances absolument imaginaires, si ce sont des pr√©tendants inconnus et simultan√©s.
      4. Le fait d'un prophète destituant trois souverains serait absolument incompréhensible. Qu'un homme comme Elie ait pu avoir momentanément une mission politique, cela se comprend ; mais, de la part d'un personnage absolument inconnu, cela est absurde. Si un effort de Jéhova, aussi marquant que celui qui est décrit ici, avait jamais eu lieu dans le royaume des dix tribus, comment l'histoire sacrée n'en aurait-elle conservé aucun indice ?
      5. On ne saurait dire quel fait ouvrit les yeux des brebis mis√©rables pour leur faire reconna√ģtre dans le minist√®re du berger un message de l'Eternel : √©tait-ce l'abandon de sa mission¬†? Ce n'√©tait pas l√† une preuve de son origine divine. Ou ce trait se rapporte-t-il √† la ruine effective du royaume des dix tribus¬†? Mais il n'est pas question de cette ruine dans ce tableau ; elle ne peut se placer qu'√† la suite du r√©cit tout entier ; tout au plus y est-il fait une vague allusion dans le dernier verset.
      6. La sc√®ne du salaire pay√©, les d√©tails des trente pi√®ces d'argent et du don qui en est fait au potier, sur l'ordre de Dieu, ne trouvent absolument aucune explication dans ce mode d'interpr√©tation ; ses d√©fenseurs ne savent que nous renvoyer √† un √©v√©nement inconnu. Le fait que cette somme est jet√©e dans le temple de l'Eternel montre bien que le lieu de toute la sc√®ne est J√©rusalem, et non Ephra√Įm.
      7. La rupture de la fraternit√© entre Juda et Isra√ęl ne peut √™tre expliqu√©e que d'une mani√®re tout √† fait forc√©e par le fait de la destruction d'Isra√ęl et de la conservation de Juda seul. Rompre la fraternit√© entre deux personnes, ce n'est pas tuer l'une et maintenir l'autre en vie ; il s'agit d'un acte moral par lequel les deux personnes vivantes deviennent √©trang√®res l'une √† l'autre. Or, la rupture morale et politique existait d√®s le temps de Roboam entre les deux Etats et avant la fin du royaume des dix tribus d'une mani√®re plus violente que jamais. Comparez Esa√Įe chapitre 7 pour le r√®gne le Pekach.
      8. Le mauvais berger, substitué aux précédents destitués, ne peut être le dernier roi, puisque tous ses prédécesseurs avaient été aussi mauvais, si ce n'est plus mauvais que lui.
      9. Enfin, pour avoir le droit d'imaginer un proph√®te inconnu dans les derniers temps du royaume des dix tribus et pour lui attribuer le r√īle ici d√©crit, il faudrait, en quelque sorte, y √™tre forc√© par une √©vidence r√©sultant de la co√Įncidence des moindres traits du tableau avec les circonstances connues de ce temps ; or, nous venons de voir que l'accord √©choue sur tous les points.

      L'autre mode d'interpr√©tation qui applique ce tableau √† l'avenir de Juda restaur√©, se pr√©sente sous deux formes. Voici la premi√®re, d√©j√† esquiss√©e par Calvin. Depuis la captivit√©, le peuple avait √©t√© livr√© aux puissances √©trang√®res qui avaient dispos√© de lui selon leur caprice. J√©hova veut maintenant reprendre le gouvernement de son peuple. Il commence par destituer les trois monarchies babylonienne, persane et grecque, et cela en un mois, parce que chacune succ√®de imm√©diatement √† l'autre apr√®s les dix jours repr√©sentant le temps de supr√©matie qui lui est accord√©. L'office du berger repr√©sente toute la conduite de Dieu √† l'√©gard du peuple restaur√©, durant l'√©poque du second temple, y compris le minist√®re de J-C. Le salaire accord√© aurait d√Ľ √™tre la foi, l'amour et l'ob√©issance du peuple, et a √©t√©, en r√©alit√©, son ingratitude et sa r√©bellion constante. Le brisement de la premi√®re houlette Faveur repr√©sente la permission accord√©e de nouveau aux puissances √©trang√®res (les Romains) d'envahir Isra√ęl. La rupture de la seconde houlette se rapporte √† l'apparition des nombreux partis, qui suivit, en Isra√ęl, le rejet de J√©sus-Christ et pr√©para la ruine du peuple. Le mauvais berger du verset 16 d√©signe la puissance terrestre aux mains de laquelle Isra√ęl a √©t√© d√©sormais livr√© pour avoir repouss√© son Dieu dans la personne du Messie.

      Il y a l√†, on ne saurait le nier, une intuition grandiose qui contraste avec le caract√®re mesquin de l'explication pr√©c√©dente et qui convient √† la grandeur imposante du tableau proph√©tique. Cependant, cette explication ne nous para√ģt pas non plus admissible.

      1. S'il est certain que les acheteurs et les vendeurs du verset 5 sont les puissances √©trang√®res dominant Juda, il est impossible de voir de nouveau ces m√™mes puissances dans les bergers que destitue en un mois le berger envoy√© par J√©hova. Car, d'abord, l'image est trop diff√©rente, et puis, ces derniers exercent √©videmment leur emploi dans le sein m√™me du peuple de Dieu que pa√ģt le berger. Cela seul fait tomber toute l'explication.
      2. Le mauvais berger du verset 16 devrait √™tre √©galement une puissance √©trang√®re, ainsi les Romains ; mais la puissance romaine pourrait-elle √™tre compar√©e √† un berger qui abandonne le troupeau et le laisse d√©p√©rir¬†? Les Romains ont-ils jamais eu la mission de bander les plaies d'Isra√ęl bless√© et de rechercher ses membres dispers√©s¬†?
      3. L'explication des trente pièces d'argent et de leur don au potier laisse également beaucoup à désirer.

      Nous pensons qu'il faut rattacher le tableau qui termine ce cycle √† celui par lequel il a √©t√© ouvert : l'annonce du Roi juste, mont√© sur l'√Ęnon, qui fait son entr√©e √† J√©rusalem pour sauver Juda. Voil√† le personnage que contemple Zacharie, non plus au moment de sa venue, mais dans l'exercice de son office. Juda restaur√© est semblable √† un troupeau qui court √† la ruine et que l'Eternel cherche √† sauver par un supr√™me effort. Il a pass√© successivement des mains des Babyloniens √† celles des Perses ; des mains des Perses √† celles des Grecs (Javan, chapitre 10) ; de celles-ci √† celles d'autres peuples orientaux. Il est maintenant soumis √† un conqu√©rant et divis√© dans son propre sein (11.6). Le Christ commence son Ňďuvre ; il cherche √† ramener sur lui la faveur divine et dans son sein l'amour mutuel. Mais il rencontre des adversaires (les autorit√©s existantes) qu'il est oblig√© de mettre de c√īt√© pour se substituer √† eux et s'approprier lui-m√™me leurs charges dont ils ne sont pas dignes : ce sont ceux que J√©r√©mie (chapitre 23) avait appel√©s les bergers d'Isra√ęl, avant tout ses autorit√©s politiques, puis les sacrificateurs et les faux proph√®tes, en observant seulement qu'√† l'√©poque de J√©sus, ces derniers ne se pr√©sentaient plus sous la m√™me forme qu'au temps de J√©r√©mie ; c'√©taient les docteurs de la loi. Le Messie devient lui-m√™me le proph√®te, le sacrificateur et le roi de la partie du troupeau qui s'attache √† lui et qui doit continuer le d√©veloppement du r√®gne de Dieu, et il rejette ces anciens bergers avec la masse du troupeau qui continue √† les suivre. L'expression durant un mois doit s'expliquer non d'apr√®s l'accomplissement historique, mais d'apr√®s l'image totale du tableau symbolique ; dans ce tableau, la tentative du berger pour sauver le troupeau dure environ un mois, ce qui est suffisant pour un essai pareil. Ce mois repr√©sente, dans l'accomplissement, tout le temps qu'a dur√© la derni√®re tentative faite par l'Eternel pour sauver son peuple par le moyen du Messie. Dans la sc√®ne du salaire pay√©, il ne faut pas chercher une concordance exacte entre le tableau proph√©tique et l'histoire ; dans la proph√©tie, ce n'est point un tra√ģtre qui vend √† vil prix le berger √† ses ennemis ; c'est le troupeau et ses bergers qui taxent indignement le travail du serviteur de l'Eternel. Mais entre le tableau proph√©tique et la sc√®ne r√©elle, il y a cette relation : que, dans les deux cas, la somme d'argent repr√©sente la valeur √† laquelle sont tax√©es la personne et l'Ňďuvre du berger. Le fait que Juda jette cet argent dans le temple correspond litt√©ralement au don que fait le berger au potier. Mais il faut observer ici, comme nous l'avons fait √† l'occasion de l'entr√©e du Messie sur l'√Ęnon, au chapitre 9, que ce n'est pas dans cette co√Įncidence mat√©rielle que consiste l'accomplissement de la proph√©tie ; c'est dans le sentiment de d√©go√Ľt que fait na√ģtre, dans les deux cas, l√† dans le cŇďur de l'Eternel, ici chez les membres du Sanh√©drin eux-m√™mes, cette somme d'argent. Le brisement de la houlette Liens ne peut d√©signer proprement une rupture entre Juda et Isra√ęl, car les membres du royaume des dix tribus n'√©taient revenus de l'exil qu'en petite partie et s'√©taient fondus avec ceux de la tribu de Juda. C'est une nouvelle s√©paration au sein m√™me du peuple restaur√© que contemple le proph√®te, s√©paration analogue √† celle qui se forma autrefois entre Juda et Isra√ęl, lorsque celui-l√† resta fid√®le √† la famille de David et que celui-ci rejeta cette souverainet√© l√©gitime. A l'occasion de la venue du Messie et de son rejet par l'ensemble de la nation, Zacharie voit se former dans le sein du peuple une rupture entre la portion qui s'attache au nouveau David et lui reste fid√®le (les humbles du troupeau) et la masse qui rompt avec lui et suit d√©sormais ses propres voies ; cette derni√®re est livr√©e √† un mauvais berger. Ce berger, ce ne sont pas les Romains, puisque les bergers figurent plut√īt les autorit√©s indig√®nes, mais ce sont de nouveaux pasteurs sous la conduite desquels Isra√ęl va vivre d√©sormais, apr√®s avoir repouss√© celui que Dieu lui avait donn√©. En se repr√©sentant le minist√®re l√©gal sous lequel a v√©cu et vit encore Isra√ęl, on comprend les images de d√©p√©rissement et de dess√®chement et l'opposition totale √©tablie dans le verset 16 entre l'office de ces bergers-l√† et le tendre et mis√©ricordieux office du Christ au sein de son Eglise.

      Nous comprendrions que l'on trouv√Ęt cette vue, si distincte et si compl√®te, trop surnaturelle, si un tel tableau √©tait isol√© dans l'ensemble des r√©v√©lations proph√©tiques ; mais quand on se rappelle, dans notre proph√®te m√™me, le tableau de l'entr√©e du Messie, chapitre 9, celui du couronnement royal du souverain sacrificateur, chapitre 6, celui du Messie accomplissant en un seul jour le grand sacrifice d'expiation, chapitre 3 ; quand on pense aux chapitres 49 et 53 d'Esa√Įe, aux Psaumes 22 et 110, et √† tant d'autres tableaux messianiques, cette objection ne saurait en √™tre une, √† moins qu'on ne soit r√©solu √† dire, par un raisonnement plus dogmatique qu'ex√©g√©tique : Cela ne peut pas √™tre, donc cela n'est pas.

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