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Actes 27

    • 1 Voyage de C√©sar√©e √† Rome. Ch. 27 et 28

      Chapitre 27.

      1 √† 13 Le d√©part. De C√©sar√©e √† l'√Įle de Cr√®te.

      Luc ne dit pas combien de temps s'écoula depuis la comparution de Paul devant Festus et Agrippa jusqu'à ce départ.

      Mais enfin le d√©part depuis si longtemps d√©sir√© par l'ap√ītre fut r√©solu (grec jug√©) sans doute par le gouverneur.

      Celui-ci remit Paul et quelques autres prisonniers à la garde du centenier Jules, qui se montra bienveillant pendant un pénible voyage. Il commandait une cohorte désignée sous le nom honorifique d'Auguste ou impériale, et qui était probablement alors stationnée à Césarée. (Comparer Actes 10.1)

      - Paul n'était pas seul parmi des étrangers, outre Aristarque, (verset 2) Luc était avec lui ; il indique sa présence en disant nous.

      On comprend dès lors que le récit de cette navigation soit si complet, il trahit jusque dans les moindres détails le témoin oculaire. Il faut aussi y remarquer les nombreux termes techniques de marine, que Luc avait appris dans ses voyages.

      2 Aristarque accompagnait l'ap√ītre probablement depuis le s√©jour de ce dernier √† Eph√®se. (Actes 19.29¬†; 20.4)

      - Le vaisseau sur lequel on s'embarqua √©tait d'Adramyttium, en Mysie, et il devait, en s'y rendant, faire escale en divers ports de l'Asie Mineure (grec naviguer vers les lieux qui sont du c√īt√© de l'Asie) pour y d√©poser les marchandises dont il √©tait charg√©. Dans ces ports on chercherait un autre navire faisant voile pour l'Italie. (verset 6)

      3 Sidon, ville de Ph√©nicie, c√©l√®bre par son commerce, la rivale de Tyr. Il para√ģt que le vaisseau s'y arr√™ta quelque temps, ce dont Paul voulut profiter pour visiter ses amis, les fid√®les de cette ville.

      Occasion dernière de les revoir, de leur faire du bien, tandis que lui-même recevait d'eux des soins, dont il pouvait avoir grand besoin au début d'une navigation qui devait être si pénible.

      Il dut cette faveur au centenier Jules, à qui déjà il avait inspiré de la confiance et qui le traitait avec humanité (grec philanthropiquement ; comparez verset 43).

      5 Par un temps favorable, ils auraient navigu√© directement de Sidon vers l'Asie Mineure, (verset 2) laissant Chypre √† leur droite¬†; mais les vents √©tant contraires, soufflant de l'ouest ou du nordouest, ils se rapproch√®rent de l'√ģle de Chypre et remont√®rent du sud au nord le long de la c√īte orientale de l'√ģle (grec nous navigu√Ęmes sous l'√ģle) jusqu'au promontoire qui s'avance fort au nord.

      Ils avaient ainsi l'√ģle √† main gauche. Ses hautes montagnes les prot√©geaient contre les vents.

      Puis quittant l'abri de l'√ģle, ils travers√®rent la mer qui baigne (grec le long de) la Cilicie et la Pamphylie, pour arriver √† Myra, en Lycie. Ces trois provinces forment la partie m√©ridionale de l'Asie Mineure, riveraine de la M√©diterran√©e.

      7 Le centenier, chargé de conduire à Rome les prisonniers, trouva à Myra un vaisseau d'Alexandrie, en Egypte, qui faisait voile pour l'Italie, et, il les y fit monter.

      Ils continu√®rent √† c√ītoyer l'Asie Mineure, mais si lentement qu'au terme de plusieurs jours ils ne se trouvaient qu'√† la hauteur de Cnide, presqu'√ģle de la Carie.

      Le vent du nord-ouest ne leur permettait pas, plusieurs sousentendent : "d'aborder à Cnide," d'autres : de poursuivre en droite ligne, cinglant vers le Péloponèse.

      Se d√©tournant vers le sud, √† une tr√®s grande distance, ils cherch√®rent une mer plus tranquille √† l'abri des hautes montagnes de la Cr√®te (grec nous navigu√Ęmes sous l'√ģle de Cr√®te, m√™me verbe que verset 4). Ils la trouv√®rent √† partir du promontoire de Salmone.

      8 De Salmone le navire suivit avec difficult√© la c√īte m√©ridionale de l'√ģle.

      Les lieux o√Ļ il aborda, Beaux-Ports et la ville de Las√©e, ne sont pas mentionn√©s par d'autres √©crivains de l'antiquit√©, mais ils devaient √™tre situ√©s √† l'est du cap Matala, o√Ļ se trouve une baie qui porte encore le nom de stous Kalous Limiones, Beaux-Ports.

      9 Il s'était écoulé beaucoup de temps, depuis le départ de Césarée (Meyer, Wendt) ou depuis l'arrivés à Beaux-Ports (Weiss Ramsay, Blass) ?

      On fait valoir en faveur de cette derni√®re supposition qu'√† partir de l√† l'√ģle ne les prot√©geait plus du vent et qu'ils attendirent en vain pendant tout ce temps des circonstances atmosph√©riques plus favorables.

      Mais si telle avait √©t√© la pens√©e de l'auteur, n'aurait-il pas d√Ľ √©crire¬†: beaucoup de temps s'√©tant √©coul√© l√†, et n'est il pas plus naturel de rapporter cette indication, un peu vague, √† la dur√©e totale du voyage¬†?

      Le je√Ľne est celui du grand jour des expiations (L√©vitique 16.29 et suivants. 23¬†: 27 et suivants), le 10 du mois de Tischri (octobre), apr√®s l'√©quinoxe d'automne.

      Alors la navigation devenait dangereuse, et les anciens y renon√ßaient, pour hiverner l√† o√Ļ ils se trouvaient. Cette circonstance motive l'avertissement de Paul qui va suivre.

      10 Paul prévoit que la navigation (grec) sera avec violence.

      Ce mot ne doit pas s'entendre au sens moral, comme d'une insulte, d'une bravade envers Dieu, mais de la violence des √©l√©ments d√©cha√ģn√©s.

      Prisonnier, il hasarde pourtant ce modeste avertissement.

      Il ne fut pas écouté ; (verset 11) mais qu'il ait osé prendre la parole sur ce sujet, au milieu de gens du métier, montre le degré de confiance qu'il avait déjà su inspirer. Plus tard, (versets 21-26) il reprendra la parole pour rassurer ses compagnons sur le sort de leurs personnes et les encourager avec autorité ; et il finira par être l'ami et le conseiller de tous ceux qui naviguaient avec lui. (versets 30,31)

      12 Il √©tait bien naturel que l'officier romain se fi√Ęt aux sens du m√©tier plus qu'√† son prisonnier. Et comme ce port ne paraissait pas propre √† l'hivernage, on crut choisir, entre deux maux, le moindre.

      Ils s'efforc√®rent donc d'atteindre un port de l'√ģle nomm√© Ph√©nix, pour y passer l'hiver.

      Phénix, probablement aujourd'hui Lutro, était un port qui regardait vers le Lips et vers le Choros ; c'étaient les noms de deux vents dont l'un soufflait du sud-ouest et l'autre du nord-ouest. Le port était situé de telle manière qu'on pouvait s'y mettre à l'abri de ces deux vents.

      13 Comme ils c√ītoyaient l'√ģle de l'est √† l'ouest, un l√©ger vent du sud devait les pousser en avant, tout en les rapprochant de la terre.

      C'est ce qui leur fit croire que d√©j√† ils √©taient ma√ģtres de leur dessein.

      14 14 à 26 La tempête.

      Grec¬†: se jeta en bas d'elle, de la Cr√™te¬†; (verset 13) il se d√©vala le long des pentes (Matthieu 8.32) et √† travers les gorges des hautes montagnes de l'√ģle, repoussant le navire loin des c√ītes vers la pleine mer.

      15 Le nom de ce vent impétueux, dans le texte reçu (majuscules récents et minusc.), est Euroclydon : "flot de l'Eurus," du vent du sud-est.

      Sin., B, A portent : Eurakylon ; c'est le nom d'un vent qui soufflait entre Eurus du sud-est et Aquilon du nord, c'est-à-dire de l'est nord est ; il emporta au large le vaisseau qui, ne pouvant résister, fut abandonné au gré du vent.

      16 La petite √ģle de Clauda (B, Cauda aujourd'hui Gozzo) est situ√©e au sud de celle de Cr√®te.

      Profitant de l'abri momentan√© que leur offrait cette √ģle, ils voulurent se rendre ma√ģtres de la chaloupe qui suivait le vaisseau √† la remorque, la hisser √† bord, de peur qu'elle ne f√Ľt emport√©e par le vent et l'assujettir au flanc du navire. (verset 32)

      17 Grec : Ils employaient des moyens de secours, ceignant le vaisseau en dessous.

      Presque tous les traducteurs et les ex√©g√®tes entendent par l√† qu'on entoura le vaisseau avec des c√Ębles, afin d'affermir ses flancs. Les uns pensent qu'on les passait sous la quille, en les tenant aux deux extr√©mit√©s, les autres estiment que cette ceinture √©tait dispos√©e horizontalement, dans le sens de la longueur.

      Un √©crivain qui, dans un livre sur l'art nautique chez les anciens, a consacr√© une √©tude sp√©ciale √† notre r√©cit, le Dr Breusing, directeur de l'Ecole navale de Br√®me, se range √† cette derni√®re hypoth√®se, et dit qu'on pla√ßait ces c√Ębles quand le navire √©tait encore sur le chantier et qu'on n'avait qu'√† les serrer avec un cabestan.

      La Syrte était le nom de bancs de sable qui, du littoral africain, s'étendaient au loin et que les navigateurs redoutaient par-dessus tout. Le navire était donc poussé vers le sud.

      - Dans cette crainte, ajoute Luc, ils √©taient ainsi emport√©s, ayant cargu√© la voile. Il se sert d'une expression dont nous ne pouvons plus fixer s√Ľrement le sens¬†: ayant lach√© ou abaiss√© l'instrument.

      Par ce mot l'instrument que nous traduisons, faute de mieux, par voile, plusieurs entendent le mat, qu'on ne pouvait gu√®re abaisser, ou la vergue. D'apr√®s Breusing, il s'agirait d'une planche √©paisse, maintenue perpendiculaire dans l'eau par des poids fix√©s aux angles inf√©rieurs et reli√©e par des c√Ębles a la poupe du navire, qui tra√ģnait cet appareil destin√© √† ralentir sa marche.

      19 Le jour suivant, c'est-à-dire le lendemain de ce qui est raconté à versets 16,17.

      Le texte original ne dit pas ce qu'on jeta à la mer, mais seulement : ils firent une éjection. Cependant il est naturel de penser que ce fut la cargaison, en partie du moins. (Comparer verset 38, note.)

      On se résigna à cette perte pour alléger le vaisseau, parce qu'il était violemment battu par 1a tempête, ce qui faisait présager un naufrage. (verset 20)

      Bien plus, le troisième jour, il fallut se résigner à sacrifier même les agrès du vaisseau.

      Et ce qui est caract√©ristique de la d√©tresse, c'est que ce furent les passagers qui, ici, mirent la main √† l'Ňďuvre (nous, dit Luc, de nos propres mains), sans doute parce que les matelots, accabl√©s de fatigue, ne suffisaient plus au travail.

      Il est vrai qu'une variante de Sin., B, A, adoptée par beaucoup de critiques, porte : ils jetèrent de leurs propres mains. Cette leçon ne serait-elle pas une correction ?

      20 N'ayant ni soleil de jour ni étoiles durant la nuit, ils ne pouvaient, puisque la boussole n'était pas inventée, s'orienter, ils ignoraient en quelles mers ils avaient été poussés.

      On con√ßoit qu'apr√®s plusieurs jours d'un si imminent danger tout espoir de salut f√Ľt perdu.

      21 Grec : Comme il y avait grande abstinence de nourriture...

      Cette introduction au discours de Paul √©tonne, car, dans les paroles qu'il prononce, l'ap√ītre n'invite pas ses compagnons √† mettre fin √† cette abstinence.

      C'est dans une circonstance post√©rieure (verset 33) qu'il leur donne ce conseil. Faut-il en conclure que ces mots ne sont pas √† leur place¬†? Peut-√™tre l'auteur a-t-il voulu peindre, par la mention de ce je√Ľne prolong√© l'√©tat de d√©moralisation compl√®te dans laquelle se trouvaient les navigateurs.

      Qu'il se montre grand, cet ap√ītre de J√©sus-Christ qui, au sein de la plus terrible temp√™te, alors que tous d√©sesp√®rent de sauver leur vie, se l√®ve au milieu d'eux, plein de courage et de force, dominant les √©l√©ments en fureur aussi bien que les esprits abattus¬†!

      S'il commence par leur reprocher de n'√™tre pas rest√©s, selon son avis, dans l'√ģle de Cr√®te, (verset 10) il n'insiste pas, mais leur prodigue les encouragements et les promesses dont il √©tait le d√©positaire de la part de Dieu.

      24 Deux fois (versets 22,25) l'ap√ītre exhorte ces hommes d√©sesp√©r√©s √† prendre courage.

      Mais pour cela il fallait qu'il p√Ľt prononcer le grand nom de Dieu au milieu de cette sc√®ne, o√Ļ une nature hostile mena√ßait la vie de tous.

      Pauvre prisonnier, il ose proférer ces mots : Aucun de nous ne perdra la vie ! Il en a reçu l'assurance par un messager de ce Dieu auquel il appartient tout entier et qu'il sert (grec auquel il rend un culte ; Romains 1.9 note).

      Il faut que lui-m√™me atteigne le but du voyage, Rome, o√Ļ il doit glorifier son Ma√ģtre, en comparaissant devant C√©sar.

      Reste la plus extraordinaire de toutes ses paroles¬†; sans aucun doute, le fid√®le serviteur de Dieu avait pri√© pour la d√©livrance de ses compagnons de voyage¬†; or voici, a dit le messager c√©leste, Dieu te les a tous donn√©s (grec donn√©s par gr√Ęce).

      Les deux cent soixante-seize hommes (verset 37) qui se trouvaient avec Paul sur ce vaisseau furent sauvés pour l'amour de lui, comme Sodome et Gomorrhe l'eussent été pour l'amour de dix justes.

      "Plus facilement beaucoup de méchants seront sauvés avec un petit nombre d'hommes pieux, qu'un seul homme pieux ne périra avec beaucoup de coupables. Le monde est semblable à ce navire." Bengel.

      26 L'ap√ītre affirme encore une fois sa parfaite confiance que tout arrivera comme il lui a √©t√© dit¬†; mais, ajoute-t-il cette navigation finira par un naufrage nous serons jet√©s sur quelque √ģle¬†; pr√©diction fond√©e sans doute aussi sur la r√©v√©lation qu'il venait de recevoir, et qui fut r√©alis√©e aux yeux de tous. (Actes 28.1)
      27 27 à 44 Le naufrage.

      Quelques écrivains anciens nomment mer Adriatique, non seulement la mer qui porte ce nom aujourd'hui, mais en outre toute la partie de la Méditerranée qui se trouve comprise entre la Crète et la Sicile et qu'on appelait généralement mer d'Ionie.

      - La quatorzi√®me nuit doit s'entendre depuis 1e d√©part de Beaux Ports, √ģle de Cr√®te. (verset 8) Ils avaient √©t√© d'abord pouss√©s par l'Euraquilon vers le sud-ouest¬†; (verset 14) puis le vent avait d√Ľ tourner au sud-est.

      La distance parcourue était d'au moins 474 milles marins. Elle correspond bien, d'après Breusing, au trajet que peut faire en quatorze jours un navire poussé par la tempête. Quatorze nuits et autant de jours dans la tempête, quelle épreuve !

      29 Les matelots (grec) soupçonnaient que quelque terre les approchait, expression usitée en diverses langues, et qui provient de ce que le marin, sur son navire, voit la terre venir à lui.

      Un sondage, deux fois répété, ayant montré que la mer perdait en profondeur, ils se virent exposés au danger de tomber sur des récifs, et jetèrent les ancres, puis attendirent.

      Cette derni√®re pens√©e est exprim√©e en ces termes pleins d'√©motion¬†: Ils faisaient des vŇďux pour que le jour v√ģnt.

      31 Plus on était près de la terre, plus le danger d'aller s'y briser était imminent.

      Les matelots le savaient mieux que personne ; aussi s'entendirent-ils pour se sauver par ruse et abandonner les passagers à leur sort.

      Ils mirent la chaloupe à la mer sous prétexte de jeter aussi les ancres de la proue (celles de la poupe étaient déjà jetées, verset 29), et dans l'espoir de gagner ainsi le rivage.

      Mais la vigilance et l'énergie de Paul anéantirent ce dessein. Il va droit au centenier et aux soldats, leur faire part du projet des matelots qu'il a pénétré, et ajoute cette déclaration très nette : Si ceux-ci ne demeurent dans le vaisseau, vous ne pouvez être sauvés.

      Mais cette déclaration n'est elle pas en contradiction avec versets 22-25 ? Oui, selon la logique des hommes, non, selon la pensée de Dieu.

      En déterminant la fin, Dieu détermine aussi les moyens ; ces deux termes sont inséparables ; c'est par leur accord que Dieu met en harmonie ses décrets éternels et la liberté de l'homme ; ces décrets, loin d'exclure la liberté, c'est-àdire la responsabilité humaine, la renferment, la sollicitent, lui donnent toute sa force.

      Nul sur le vaisseau n'√©tait plus assur√© de sa d√©livrance que Paul, et nul ne se montra plus vigilant et plus actif. Il en est de m√™me quand il s'agit de la souverainet√© de la gr√Ęce divine et de la responsabilit√© de l'homme dans l'Ňďuvre du salut.

      32 La chaloupe, que les matelots s'efforçaient de mettre à la mer, (verset 30) était encore suspendue au flanc du vaisseau (verset 16) par des cordes, que les soldats coupèrent pour la laisser tomber dans les flots.

      C'était, de la part de l'officier qui donna cet ordre, une imprudence, puisque la chaloupe était nécessaire pour aborder, si cela devenait possible ; mais, avec la décision d'un soldat, entre deux maux, il choisit le moindre.

      34 Apr√®s avoir √©cart√© un danger, le vigilant serviteur de Dieu veut en pr√©venir un autre, la d√©faillance que pouvait causer un je√Ľne qui durait depuis quatorze jours, et auquel les passagers s'√©taient livr√©s dans l'attente anxieuse de la d√©livrance.

      Cela ne veut pas dire que nul, sur le vaisseau, n'eut pris absolument aucune nourriture ; mais il n'y avait eu aucun repas régulier.

      Le travail des uns, l'angoisse des autres, le mal de mer, tout avait fait oublier les aliments.

      L'ap√ītre, avec une sollicitude toute fraternelle, exhorte donc ses compagnons √† prendre de la nourriture.

      Il y insiste par deux fois, ajoutant que cela était nécessaire à leur salut ; et enfin, pour les y encourager, il leur assure que ce salut est certain : il ne tombera pas un cheveu de la tête d'aucun de vous. Cette parole est probablement une réminiscence de celle du Sauveur dans Matthieu 10.29 ; Luc 21.18 ; comparez cependant 1Samuel 14.45 ; 2Samuel 14.11 ; 1Rois 1.52.

      37 Ici encore, imitant son Ma√ģtre, (Matthieu 14.19¬†; Marc 8.6¬†; Jean 6.11) l'ap√ītre, comme un p√®re de famille, prend le pain, rend gr√Ęces √† Dieu devant tous, et donnant l'exemple, il commence √† manger.

      Tous alors, encouragés par ces paroles et cet exemple de fermeté dans le danger, prirent de la nourriture.

      A l'occasion de ce mot tous, Luc rapporte avec admiration le grand nombre de ces passagers sur lesquels Paul exerçait une telle influence : deux cent soixante-seize personnes (B ajoute : environ).

      En effet, c'était la quatrième fois qu'il prenait la parole dans cette périlleuse navigation ; (versets 10,21,31,33) d'abord, il ne fut pas écouté, mais, par degrés, sa parole devint si puissante qu'on lui obéissait comme s'il est été le capitaine du navire. Ainsi ce fut lui qui sauva ses compagnons de voyage. (verset 24)

      Quelle manifestation de l'influence que peut exercer un grand caract√®re anim√© de l'Esprit de Dieu¬†! Et qui pourrait dire les impressions religieuses produites dans les √Ęmes pour leur salut √©ternel¬†!

      38 Le sens du mot que nous rendons par blé est bien celui de tout produit de la moisson, froment, seigle, orge, etc. Mais il s'étend aussi au blé déjà préparé pour la nourriture et signifie farine, pain, aliments.

      Ce qu'on jeta à la mer dans ce dernier moment fut sans doute le reste de la cargaison, (verset 18, note) car les vaisseaux d'Egypte amenaient beaucoup de céréales en Occident.

      On y a vu, à tort, les provisions de bouche qui restaient encore après qu'on se fut rassasié. C'est été une folie de jeter les aliments à la mer, puisqu'on ne savait quand on descendrait à terre et si l'on y trouverait à manger. Ces aliments d'ailleurs ne représentaient pas un poids qui pouvait faire sombrer le navire.

      39 Le jour, si impatiemment attendu, vint enfin, et qu'est-ce qui s'offrit à la vue ?

      Une terre inconnue, mais qui présentait un golfe.

      Ce golfe √©tait tr√®s probablement celui qui est appel√© aujourd'hui la baie de Saint-Paul et qui s'ouvre vers le nord est. Les navigateurs apercevaient de plus, au fond de ce Golfe, non des rochers ou de hautes falaises, mais une plage, o√Ļ l'on pouvait aborder.

      Ce fut un premier rayon d'espérance, aussi délibéraient-ils de pousser le vaisseau dans cet abri, s'ils le pouvaient, car la tempête durait encore.

      Au lieu de pousser le vaisseau, B porte : sauver, mettre à l'abri.

      - Il faut remarquer, ici et dans les versets suivants, avec quelle exactitude de détails Luc nous peint le naufrage.

      40 Ils disposent toutes les parties du vaisseau de manière à cingler vers la plage qu'ils avaient aperçue au fond du golfe.

      D'abord, ils abandonnent à la mer toutes les ancres, dont quelques-unes, celles de la proue, (verset 30) étaient encore une charge pour le vaisseau ; puis ils rendent libres les gouvernails qu'on avait liés, afin qu'ils ne fussent pas brisés par la tempête (les grands navires avaient, chez les anciens, deux gouvernails) ; enfin ils déploient au vent la voile d'artimon, qu'on avait carguée avec toutes les autres. (verset 17)

      Ce terme d'artimon ne se lit pas ailleurs. C'est √©videmment le nom d'une voile¬†; les uns la placent √† l'arri√®re du vaisseau, selon le sens que ce mot a encore en fran√ßais et en italien, o√Ļ l'artimon est le m√Ęt le plus rapproch√© de la poupe. D'apr√®s Breusing, il s'agirait, au contraire, d'une voile fix√©e √† l'avant du vaisseau et qui √©tait la plus propre √† le pousser vers le golfe.

      41 II faut remarquer l'emploi du verbe actif : ils échouèrent le vaisseau.

      Ce fut probablement le r√©sultat d'une soudaine d√©cision que les marins prirent, quand ils aper√ßurent ce banc de sable en partie recouvert par les flots¬†; c'est ce que signifie un endroit ayant la mer des deux c√īt√©s. Ce terme ne peut s'entendre d'un chenal donnant acc√®s au golfe.

      Ils espéraient sans doute que le navire, se fixant tout entier sur le sable, pourrait y attendre la fin de la tempête.

      Par malheur, la proue seule s'y engagea et demeura immobile, tandis que la poupe se rompait par la violence des vagues. Le naufrage était dès lors inévitable.

      44 Le dessein meurtrier des soldats s'explique par la responsabilité qui pesait sur leur chef et sur eux au sujet des prisonniers.

      Mais le centenier, qui estimait et aimait Paul, dont évidemment il subissait l'influence, (verset 36, note) était bien éloigné de partager l'avis des soldats.

      Il voulait sauver Paul, quoi qu'il en p√Ľt r√©sulter, et ainsi les autres prisonniers furent, une seconde fois, sauv√©s pour l'amour de lui. (verset 24)

      Le centenier ordonna donc à ceux qui savaient nager de se jeter à l'eau les premiers.

      On s'est demandé pourquoi il fallait nager, puisque le vaisseau touchait à une langue de terre. C'est que c'était là un promontoire sousmarin, couvert par les eaux, à une assez grande distance de la terre. Voilà pourquoi aussi le reste des passagers ne se sauvèrent que sur des planches ou des épaves(grec des choses quelconques) du vaisseau ; mais tous furent sauvés.

      Ainsi s'accomplit la miséricordieuse promesse que Dieu avait faite à son fidèle serviteur, (verset 22) et tous les passagers furent témoins de la vérité de la parole prononcée par ce prisonnier qui les avait plusieurs fois encouragés durant la tempête.

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