Ecclésiaste 2

    • 1

      1 et 2 : Vanité de la joie.

      La philosophie ne produisant qu'amertume et déboires, l'Ecclésiaste a essayé du plaisir et de la jouissance. Vivons donc et jouissons, et laissons là tant de troublantes investigations.

      J'ai dit √† mon cŇďur. Je me suis recueilli, et le r√©sultat de mes r√©flexions a √©t√© la r√©solution de me procurer d√©sormais toutes les jouissances qu'on peut go√Ľter ici-bas.

      Je veux te faire essayer... Le cŇďur n'est-il pas souverain juge en mati√®re de bonheur¬†?

      Et voilà. La réponse ne s'est pas fait longtemps attendre. En deux versets tout est dit. De toutes les vanités, c'est celle de l'épicurisme qui se fait sentir le plus promptement. Aussi va-t-il maintenant, dans la coupe de la pure folie, verser un peu de modération.

      3

      3 √† 11 Bien vite d√©go√Ľt√© de ce rire insens√© et de cette vie de grossiers plaisirs, je me suis dit : Mod√©rons-nous et joignons au soin de notre corps un travail s√©rieux. C'est un nouvel essai.

      Avec du vin. Le vin n'est indiqué ici que comme le symbole d'une vie agréable.

      Jusqu'à ce que je visse... C'est un simple essai, et l'Ecclésiaste lui-même semble s'en méfier à l'avance, car c'est là un compromis : il abandonne le terrain des principes.

      De grands travaux. Voir 1Rois 7.1-12 ; 9.15-19 ; 2Chroniques 8.1-6.

      Des vignes. Voir Cantique 8.11, et comparez 1Chroniques 27.27. Nous ne devons pas nous repr√©senter des vignobles comme les n√ītres, mais plut√īt des vergers dont les arbres servaient de support √† des ceps de vigne. (F√©lix Bovet, Voyage en Terre-Sainte, 3¬į √©dition, page 289, note.)

      5

      Des parcs, littéralement : des paradis. Voir Néhémie 2.8 note.

      6

      Des réservoirs. Non pas l'étang du roi de Néhémie 2.14, qui, situé près de Siloé, n'aurait pas pu servir pour arroser, mais, d'après la tradition, les trois réservoirs situés dans le voisinage d'Etam (2Chroniques 11.6), aujourd'hui Artas ou Ortas. Là, non loin de Thékoa et de Bethléem, sur le haut plateau de Juda, se trouvent, à proximité d'une forteresse élevée plus tard, peut-être à l'époque sarrasine, pour les protéger, trois vasques qui font l'admiration de tous les voyageurs. Voir F. Bovet, Voyage en Terre-Sainte, page 284 et suivantes ; J.-Aug. Bost, Souvenirs d'Orient, page 193 et suivantes ; Lucien Gautier, Souvenirs de Terre-Sainte, pages 13 et 14. Le plus grand de ces bassins a 177 mètres de longueur et une profondeur de 15 m, sur une largeur moyenne d'environ 50 m.

      Pour arroser. L'aqueduc qui a durant un temps reli√© ces r√©servoirs √† J√©rusalem et dont on voit encore les restes, est l'Ňďuvre de Ponce-Pilate et ne date pas de Salomon, qui, en les creusant, n'avait en vue que l'irrigation de ses parcs. Salomon avait, non loin de J√©rusalem, une maison de campagne, nomm√©e Etam, o√Ļ il se plaisait parce qu'il y avait de fort beaux jardins, de belles fontaines, et que la terre en √©tait extr√™mement fertile (Jos√®phe, Antiquit√©s VII, 2).

      7

      N√©s dans ma maison, et par l√† m√™me particuli√®rement attach√©s leur ma√ģtre (Gen√®se 14.14). Ou bien : augmentation toute gratuite de personnel.

      J'eus aussi des troupeaux. Dans 1Rois 8.63, Salomon offre un sacrifice de 22 000 bŇďufs et 120 000 moutons. Voir aussi 1Rois 4.23 : trente bŇďufs et cent moutons par jour, pour la cuisine du palais.

      8

      Argent..., or, fruit des imp√īts (1Rois 10.14), des exp√©ditions maritimes (1Rois 9.28), des pr√©sents (1Rois 10.10).

      Les trésors des rois et des provinces : les choses rares et précieuses que les rois seuls peuvent se procurer et qui proviennent chacune de contrées spéciales.

      Des chanteurs et des chanteuses : non pas pour le culte public mais pour la cour et les repas (2Samuel 19.35¬†; Esa√Įe 5.12¬†; Amos 6.5).

      Des princesses en grand nombre, littéralement : une princesse et des princesses, une reine et des odalisques (1Rois 11.1).

      9

      Et je devins grand. Voir 1Rois 10.23.

      Ma sagesse me demeurant toujours : ne cessant d'exercer un contr√īle s√©rieux sur moi-m√™me. Voir d√©j√† verset 3.

      10

      Il réussissait dans tout ce qu'il entreprenait. Il n'avait pas le désir seulement, l'espérance de jouir : la jouissance lui était accordée, il l'obtenait comme fruit de son travail. C'était là sa part.

      11

      Mais une part insuffisante et passag√®re. Le vide du cŇďur n'√©tait pas combl√©. Exp√©rience d'autant plus concluante que celui qui est sens√© l'avoir faite n'a √©t√© entrav√© par rien dans l'ex√©cution de ses projets.

      12

      12 à 23 Vanité de l'activité de l'homme.

      L'Ecclésiaste répond ici à une objection. Il vient d'avouer que sa royale activité ne l'a pas rendu vraiment heureux. Mais ces travaux grandioses, ces trésors accumulés, ce pouvoir solidement établi, ne sont-ils pas des gages de bonheur pour ses après-venants ? La mort l'arrachera lui-même à tous ses biens, mais ils ne seront pas pour cela perdus. Réponse : Un Salomon peut avoir pour successeur un Roboam, qui compromettra et ruinera tout par sa folie.

      Début du verset 12, voir 1.17. Après la triste expérience qu'il vient de faire et qu'il ne servirait de rien de recommencer, car (fin du verset) personne ne pourrait la faire dans des circonstances aussi concluantes que Salomon, l'Ecclésiaste en revient à se demander si la sagesse présente vraiment quelque avantage sur la folie.

      13

      Oui, r√©pond-il, car, si je l'avais enti√®rement sacrifi√©e, au lieu de lui demeurer attach√© au milieu m√™me de mon √©picurisme, j'aurais fait absolument fausse route et je me serais perdu (verset 14). La sagesse fait √©viter les pr√©cipices, m√™me quand on cherche le bonheur dans la joie. Mais elle n'obvie pas √† tous les inconv√©nients, elle n'abolit pas la mort (verset 15), et la gloire qu'elle procure est √©ph√©m√®re (verset 16). De l√† un d√©go√Ľt profond de la vie (versets 17 et 18), renforc√© par la crainte d'avoir pour h√©ritier un insens√© qui sera incapable de conserver seulement ce que vous aurez p√©niblement cr√©√© (verset 19).

      14

      Les yeux à la bonne place. Comparez Proverbes 17.24.

      L'insensé marche dans les ténèbres. Comparez Proverbes 4.19.

      16

      Le sage pourrait se consoler de la mort, qui l'atteindra aussi s√Ľrement que l'insens√©, par la pens√©e que sa m√©moire du moins vivra parmi les hommes. Illusion¬†! Le temps viendra o√Ļ il sera oubli√© comme l'insens√©, et m√™me oubli√© depuis longtemps. Par ce dernier trait l'Eccl√©siaste insinue que l'oubli ne tarde gu√®re. Il y a sans doute quelques exceptions, mais elles ne se produisent pas pour les sages plus souvent que pour les insens√©s.

      18

      A l'homme qui viendra après moi. Voir 1Rois 11.9-13.

      19

      19 à 23

      Et qui sait...? Si du moins on savait qu'ils seront sages, on se consolerait en se disant que d'autres profiteront de ce qu'on aura laiss√©. Cette troisi√®me vanit√© est d√©velopp√©e dans les versets 21 √† 23. Non seulement le sage meurt comme l'insens√©, non seulement sa m√©moire p√©rit comme celle du plus insignifiant des hommes, mais ce qu'il a ex√©cut√© avec intelligence et peine passe √† qui, sans avoir travaill√©, va dissiper¬†! Sagesse, gloire, vertu, vous n'√™tes que de vains noms¬†! Dans l'exc√®s de ses souffrances, Job en est venu √† maudire le jour de sa naissance. Il y a ici quelque chose de plus poignant encore et de plus profond√©ment triste. Cet homme qui, dou√© de sens d√©licats, a pu jouir de tout ce qu'il y a de plus exquis au monde¬†; qui, poss√©dant √† un haut degr√© le go√Ľt du beau et du grand, s'est entour√© de tout ce que la nature et les arts offrent de plus ravissant, a d√©ploy√© une activit√© intelligente, a conquis l'admiration des peuples les plus √©loign√©s¬†; en un mot a r√©alis√© dans sa vie tout ce qui peut para√ģtre l'id√©al du bonheur, le voil√† qui en est r√©duit √† proclamer le n√©ant de toutes choses¬†! Cette tristesse n'a rien de commun avec celle de Mo√Įse (Nombres 11.11-15), d'Elie (1Rois 19.4), de J√©r√©mie (J√©r√©mie 20.7-18). Nous ne sommes point ici sur le terrain proprement moral. C'est la tristesse selon le monde, toute diff√©rente de la tristesse selon Dieu (2Corinthiens 7.10).

      24

      2.24 à 3.15 Deuxième morceau

      Au lieu de chercher le bonheur et de le poursuivre sur la voie de la sagesse, de la folie, ou de la jouissance accompagnée d'une dévorante activité, attendons-le en repos comme venant de la main de Dieu, et en accommodant à chaque instant notre activité aux indications de la Providence, qui varient d'heure en heure.

      Jusqu'ici l'Ecclésiaste a agi comme quelqu'un qui estime que le bonheur dépend de l'homme. Les expériences qu'il vient de raconter lui ont montré que c'est là une erreur.

      25

      Tel que nous le rendons, pour rester fidèles au texte reçu, ce verset rappelle la fin du verset 12 et signifie : Mes expériences sont d'autant plus probantes que, s'il y a eu un homme au monde qui ait eu à sa disposition toutes les conditions terrestres de bonheur, c'est moi, Salomon.

      Mais plusieurs manuscrits, au lieu de plus que moi (mimmenni) pr√©sentent la le√ßon : si ce n'est par lui (mimmennou), qui est celle qu'ont eue sous les yeux les Septante et le traducteur syriaque. Personne ne peut rien faire sans Dieu. Pour r√©ussir, il ne faut se proposer qu'une chose : suivre les indications divines, sans se faire √† soi-m√™me un plan de conduite d'apr√®s ses vues propres. Voil√† l'id√©e nouvelle qui s'impose maintenant √† l'Eccl√©siaste, et il veut d√©sormais se r√©signer √† attendre du Ma√ģtre souverain de toutes choses ce qu'il s'est jusqu'ici inutilement fatigu√© √† chercher par ses propres efforts. Pourquoi, au lieu de se lamenter et de s'ent√™ter dans la recherche d'un but qu'on se propose de son chef, ne pas vivre au jour le jour, jouissant, √† l'occasion, des biens qu'il pla√ģt √† Dieu de mettre √† notre port√©e et adaptant d'instant en instant notre faire aux signes de sa main¬†? Comparez avec le Psaume 127.

      26

      Dieu est le seul distributeur du bonheur¬†; mais il le donne et ne se le laisse pas arracher. Et il le donne √† qui il lui pla√ģt.

      Mais au p√©cheur... Le p√©cheur est oppos√© √† l'homme qui pla√ģt √† Dieu. L'Eccl√©siaste ne veut pas qu'on puisse l'accuser de fatalisme. Qui dit bonheur, dit en g√©n√©ral vertu.

      Ceci aussi est vanité. Ces mots se rattachent, par dessus le début du verset 26, aux versets 24 et 25. Ce serait se condamner à une poursuite stérile que de compter, pour se procurer le bonheur, sur ses propres forces.

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