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Ephésiens 4

    • 1 Chapitre 4.

      1 à 16 L'unité de l'Esprit dans la vérité des dons.

      C'est par ces mots que l'ap√ītre passe √† la partie morale de son √©p√ģtre.

      Ce donc indique ici, comme Romains 12.1, une conclusion d'une immense importance et d'une indispensable n√©cessit√©¬†: c'est que la doctrine chr√©tienne, accept√©e par le cŇďur, doit produire tous ses fruits dans la pratique de la vie.

      Cette cons√©quence est naturelle, elle d√©coule de son principe ainsi que le fruit provient de l'arbre qui le porte¬†; cependant, comme la v√©rit√© ne d√©veloppe la saintet√© qu'au travers de continuels combats, d'incessantes tentations, comme l'homme est facilement incons√©quent quand il s'agit de renoncer √† lui-m√™me et √† ses penchants, l'ap√ītre ne d√©daigne pas de pr√©ciser, jusque dans les moindres d√©tails, les r√©sultats moraux de la doctrine qu'il annonce. Il le fait dans les trois derniers chapitres de notre √©p√ģtre.

      Prisonnier dans le Seigneur, c'est-√†-dire par d√©vouement pour lui et pour sa cause dans une communion d'amour et de souffrances avec lui. Ici, comme √† Eph√©siens 3.1, l'ap√ītre emploie ce mot avec l'article¬†: le prisonnier, afin de donner √† entendre qu'il a droit √† ce titre douloureux dans un sens tout sp√©cial, qu'il est par excellence "le prisonnier dans le Seigneur."

      En rappelant ainsi pour la seconde fois sa captivit√©, il veut sans doute inspirer √† ses lecteurs, par la pens√©e de ses durs sacrifices, le courage de subir, eux aussi, les renoncements de la vie chr√©tienne. Mais surtout souffrir pour son Ma√ģtre donnera toujours √† un serviteur de J√©sus-Christ un nouveau degr√© d'autorit√© lorsqu'il exhortera ses fr√®res. (Eph√©siens 3.1, note.)

      La vocation ou l'appel de Dieu par l'Evangile, n'a d'autre but que de ramener l'homme à la sainteté. Marcher ou se conduire d'une manière digne de cette vocation, c'est, pour le chrétien, réaliser dans sa vie cette intention de Dieu. (1Thessaloniciens 2.12 ; 2Thessaloniciens 1.11 ; comparez Philippiens 1.27 ; Colossiens 1.10 ; 2Timothée 1.9)

      2 La charité, un amour intime et vrai pour le Seigneur et pour ses rachetés, peut seule produire, dans nos rapports avec ces derniers, l'humilité, la douceur, la patience, le support.

      (Comparer Colossiens 3.12-14)

      "Supporter les défauts du prochain par insensibilité, par une douceur de tempérament, une complaisance humaine, une honnêteté du monde, une hypocrisie de pharisien, rien de si commun ; le faire par une charité véritable et bien chrétienne, rien de plus rare." Quesnel.

      3 L'unité de l'Esprit n'est point celle de l'esprit humain, comme l'entendent Calvin et d'autres, mais celle qui est créée par l'Esprit de Dieu, (Ephésiens 4.4) agissant dans les chrétiens par une même foi, une même espérance, un même amour. (Romains 5.5)

      Tel est le lien de la paix¬†; c'est cet amour qui est appel√© ailleurs "le lien de la perfection." (Colossiens 3.14,15) La paix √©tablit un lien entre ceux qui la poss√®dent et constitue l'unit√©. Mais, bien que cette unit√© soit ainsi une Ňďuvre de Dieu, tout fid√®le peut contribuer √† l'augmenter ou √† la d√©truire, selon qu'il agit par amour ou qu'il se livre √† son sens charnel, √† l'√©go√Įsme, √† l'orgueil. De l√† l'exhortation.

      Cette unit√© est spirituelle¬†; Ňďuvre de l'Esprit, elle repose sur les grands biens c√©lestes que tous les croyants ont en commun, et que l'ap√ītre va exposer dans les versets suivants. Elle n'est donc point une uniformit√© ext√©rieure et mat√©rielle, qui souvent cache en son sein, avec l'esclavage des consciences, les plus profondes divisions¬†; elle peut, au contraire, exister, et elle existe en effet entre des chr√©tiens qui, ext√©rieurement, se rattachent √† des institutions diverses¬†; elle n'exclut donc ni la diversit√©, ni la libert√©.

      Toutefois, l√† o√Ļ elle r√®gne v√©ritablement au dedans, elle devra, par sa nature m√™me, tendre toujours √† se traduire au dehors. Il faut que l'Eglise de J√©sus-Christ, une dans sa nature spirituelle, s'efforce de devenir une en toutes choses¬†; l'Esprit doit cr√©er son corps¬†: (Eph√©siens 4.4) c'est le but que l'exhortation de l'ap√ītre place devant nos yeux. Nous ne saurions attacher trop de prix √† cette unit√© dans l'amour fraternel.

      Comme le remarque Ad. Monod, "la place seule que lui donne ici notre ap√ītre suffit pour en montrer l'importance. Qui de nous, voulant exposer les obligations morales du croyant, aurait song√© √† commencer par l'unit√© de l'Esprit¬†? C'est encore par l√† que saint Paul commence ses exhortations aux Philippiens (Eph√©siens 2.1 et suivants) et aux Corinthiens (1Corinthiens 1.10 et suivants) Aussi, ce qui est encore plus d√©cisif, c'est par ce m√™me endroit que le SaintEsprit a commenc√©, quand il a voulu donner au monde le spectacle d'une Eglise chr√©tienne." (Actes 2.42-47¬†; 4.32-35)

      6 Voil√† ce qui constitue l'√©ternelle unit√© des rachet√©s du Sauveur¬†! L'ap√ītre ne fait que nommer ces grands objets de la foi, dont chacun est un, indivisible, fondant l'unit√© de tous ceux qui y ont part, et il ne juge pas n√©cessaire d'y ajouter aucune explication, ni aucune r√©flexion.

      Un seul corps rappelle ce qu'il a enseigné déjà ; (Ephésiens 2.15,16) cette belle image lui sert fréquemment à dépeindre l'Eglise dans ses rapports avec Christ. (Romains 12.5 ; 1Corinthiens 10.17 ; 12.12-30)

      Un seul Esprit (non l'esprit de l'homme ou l'esprit chrétien, comme le veut encore Calvin, mais l'Esprit de Dieu), lien toutpuissant, vivant et intime, qui unit nécessairement tous ceux qu'il pénètre, conduit et sanctifie.

      Une seule espérance de la même vocation pour le royaume de Dieu : comment seraient-ils divisés, ceux qui doivent passer l'éternité dans le même élément de vie et d'amour ?

      Un seul Seigneur, le m√™me Ma√ģtre auquel tous ob√©issent¬†: "Christ est-il divis√©¬†?" (1Corinthiens 1.13)

      Une seule foi envisagée, non dans son objet, puisque tout ce que nous croyons est déjà énoncé ici, mais dans sa nature intime, produisant en tous les mêmes sentiments, la même vie chrétienne.

      Un seul baptême, nommé ici sans doute parce qu'il est le symbole commun de l'introduction de tous dans l'Eglise, le signe extérieur de la régénération par le Saint-Esprit, laquelle nous rend un avec Christ et avec ses membres.

      Enfin et surtout, un seul Dieu et P√®re, dont l'amour √©ternel, r√©pandu dans le cŇďur de ses enfants, fait d'eux tous des fr√®res, dans le sens le plus r√©el et le plus intime du mot¬†: quelle unit√©¬†!

      Et ce Dieu trois fois saint, dont cette √©p√ģtre rappelle sans cesse l'action pour la r√©novation de l'homme p√©cheur, se r√©v√®le ainsi √† nous comme Celui qui est au-dessus de tous par sa puissance et sa gr√Ęce infinies¬†; parmi tous, en son Fils bien-aim√©, qui l'a remis en communion avec nous¬†; en nous tous, par son Esprit qui habite au dedans de nous. (Comparer Romains 11.36¬†; 1Corinthiens 8.6¬†; 12.4-6¬†; 2Corinthiens 13.13)

      - D'excellents interprètes refusent de voir dans ces dernières paroles l'expression d'un rapport trinitaire de Dieu à l'homme, et ils les appliquent uniquement à la présence et à l'action de Dieu le Père.

      "Dieu par l'Esprit de sanctification s'étend envers tous les membres de l'Eglise et les comprend tous sous sa domination, et habite en tous." Calvin.

      En faveur de cette explication, on peut remarquer que la pr√©position que nous traduisons par parmi, n'a pas le sens local de au milieu de, mais exprime plut√īt la p√©n√©tration de tous par l'Esprit de Dieu, l'action divine traversant tous les cŇďurs¬†; tandis que le troisi√®me terme exprime l'habitation de Dieu en tous. Il n'y a donc pas de r√©p√©tition oiseuse dans l'emploi de ces pr√©positions diverses.

      7 Selon qu'il trouve bon de la mesurer à chacun. (1Corinthiens 12.11)

      "La diversit√© des gr√Ęces et des dons dans l'Eglise contribue √† son unit√©. Ce n'est pas le m√©rite qui en r√®gle la distribution, mais la volont√© de Dieu et le dessein qu'a J√©sus-Christ sur chaque membre de son corps, pour l'employer √† ce qu'il lui plaira. Le devoir et le bien de chacun est d'√™tre content de sa mesure, de ne se point √©lever, de se laisser appliquer, de recevoir sans vanit√© et de communiquer sans envie ce qui est donn√© par le Chef." Quesnel.

      - Le don de Christ, c'est ce qu'il donne de cette gr√Ęce dont il est le dispensateur.

      8 Grec : "Il dit," ou "elle dit." On peut sous-entendre soit l'Ecriture soit David, ou Dieu par la bouche de David. (Psaumes 68.19 ; comparez 2Corinthiens 6.16)

      L'ap√ītre, apr√®s avoir indiqu√© le fondement de l'unit√© de la vraie Eglise de Dieu, (Eph√©siens 4.4-6) veut montrer que cette unit√© n'est pas l'uniformit√©¬†; qu'elle se manifeste dans la vari√©t√© des dons accord√©s √† chacun et que ces dons de la gr√Ęce, distribu√©s "selon la mesure du don de Christ," (Eph√©siens 4.7) loin de d√©truire l'unit√© par leur diversit√©, ne font que la rendre plus certaine et plus compl√®te. (Eph√©siens 4.11-16)

      Mais avant d'arriver √† cette d√©monstration, il va dire en passant quelle est la source de ces dons, et comment Christ nous les a acquis par son Ňďuvre enti√®re, soit par son humiliation, soit par son retour dans la gloire.

      "Avant d'appeler notre attention sur la distribution des gr√Ęces, il la fixe d'abord un moment sur le distributeur." A. Monod. (Eph√©siens 4.8-10)

      Tout cela est très clair et tout à fait conforme aux enseignements de l'Ecriture. Les dons du Saint-Esprit ne pouvaient être dispensés à l'Eglise qu'après l'accomplissement de la rédemption et la glorification de JésusChrist. (Voy. entre autres passages, Jean 7.39, note ; Jean 14.12 ; 14.7, note ; Actes 2.33)

      Mais l'ap√ītre exprime cette pens√©e dans les paroles d'un psaume, et ces paroles, il ne les cite pas litt√©ralement, Il para√ģt les d√©tourner de leur sens original, afin de les adapter √† son but. De l√†, grand embarras des interpr√®tes, les uns y voyant une citation fausse de l'Ecriture, les autres faisant des efforts pour mettre d'accord le texte et la citation.

      On a reproch√© √† Paul la pens√©e et les termes, le fond et la forme. La pens√©e, parce que, dit-on, √† Psaumes 68, il n'est point question de Christ, ni de son Ňďuvre, ni de ses dons. Le psalmiste chante les triomphes de Dieu op√©rant les d√©livrances de son peuple depuis la sortie d'Egypte jusqu'√† l'√©tablissement de son r√®gne visible en Sion, puis il ajoute (Eph√©siens 4.19) litt√©ralement¬†: "Tu es mont√© en haut, tu as emmen√© captive la captivit√© (les captifs), tu as re√ßu des dons dans les hommes (ou pour les hommes) et m√™me les rebelles, afin que la habite Dieu, l'Eternel."

      Le Dieu révélé personnellement à son peuple dans l'ancienne Alliance, le Dieu marchant avec ce peuple, triomphant pour lui de tous ses adversaires, réduisant ceux-ci sous sa domination, en recevant les dépouilles et les tributs, ce Dieu est, selon tous les enseignements de l'Ecriture, la Parole éternelle, l'Ange de l'Alliance, le Fils de Dieu. (Comparer Jean 1 : l, note.)

      De plus, tous les faits de l'histoire du r√®gne de Dieu dans l'A.T. sont, aux yeux des √©crivains du N. T., autant de symboles proph√©tiques de ce m√™me r√®gne de Dieu r√©alis√© par le R√©dempteur. Appliquer √† J√©sus-Christ, √† son triomphe sur les ennemis spirituels de son peuple, la pens√©e du psalmiste, √©tait, de la part de l'ap√ītre, rester parfaitement dans le sens de la parole scripturaire et en montrer la compl√®te r√©alisation.

      Mais la diff√©rence dans les termes¬†? mais le recevoir du proph√®te, transform√© en donner par l'ap√ītre¬†? Pour ne faire violence √† aucun des deux textes, il faut les laisser dire l'un et l'autre ce qu'ils disent. Il est de toute √©vidence que l'ap√ītre n'a pas entendu citer ici litt√©ralement, comme le prouve d√©j√† la troisi√®me personne¬†: il est mont√©, mise au lieu de la seconde¬†: tu es mont√©.

      Paul exprime sa pensée dans les termes de l'Ecriture, parce que ce rapprochement lui importait, mais il l'exprime avec cette entière liberté dont il donne ailleurs tant d'autres exemples. Ce qui importe, c'est sa pensée, qui est parfaitement vraie, et non la forme qu'il lui a donnée par une allusion libre aux paroles du psaume. Rien n'est moins vrai, au contraire, que les tours de force exégétiques par lesquels on veut établir une harmonie littérale entre le texte et la citation.

      - Le mot de captivit√© est un h√©bra√Įsme qui signifie les captifs. Qui sont ces captifs¬†? Dans le psaume, il s'agit d'ennemis du peuple de Dieu r√©duits en servitude¬†; dans l'application qu'en fait l'ap√ītre, il est question des ennemis de Christ et de son r√®gne, vaincus par sa r√©surrection et son retour dans la gloire. (Comparer Colossiens 2.15) D'autres entendent par ces captifs des hommes vaincus par la puissance de Christ et volontairement soumis √† son r√®gne. C'est possible, mais ce sens n'est pas dans le texte.

      9 Le texte reçu porte ici, contre les meilleures autorités : "si ce n'est qu'auparavant il était descendu dans les parties les plus basses de la terre."

      - Puisqu'il est mont√©, veut dire Paul, cela signifie que d'abord il s'√©tait abaiss√© jusqu'√† cette terre perdue dans les t√©n√®bres, afin d'y accomplir son Ňďuvre de d√©livrance. Nous pensons qu'il s'agit simplement de la venue du Fils de Dieu sur la terre.

      Plusieurs ex√©g√®tes anciens et modernes voient ici une mention d'une descente de Christ au s√©jour des morts. Ils s'appuient surtout sur le fait que l'ap√ītre emploie le comparatif¬†: "les parties plus basses de (ou que) la terre" et sur la conclusion¬†: afin qu'il remplit toutes choses.

      L'échelle des êtres compte trois degrés : le ciel, la terre, le séjour des morts. Christ doit régner dans les trois domaines, pour remplir toutes choses, "afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre." (Philippiens 2 ; 10)

      D'apr√®s la conception de l'A.T. que Paul adopte, le s√©jour des morts est situ√© "dans les profondeurs de la terre." (Psaumes 63.10¬†; Ez√©chiel 31.16¬†; 32.18,24¬†; Esa√Įe 14.15)

      Tout en reconnaissant la force de ces arguments, nous nous en tenons √† la premi√®re interpr√©tation qui nous semble cadrer mieux avec le raisonnement de l'ap√ītre. Il peut en effet conclure de l'ascension de Christ √† sa venue pr√©alable sur la terre, mais non √† sa descente au s√©jour des morts. Cette derni√®re id√©e n'est pas clairement exprim√©e dans notre passage.

      10 Par ces derniers mots, l'ap√ītre insiste encore sur la pens√©e que le retour de Christ dans la gloire √©ternelle, √©tait la condition et le moyen de remplir toutes choses (Eph√©siens 1.20-23) par sa toutepuissance, par sa toute-pr√©sence, par sa domination souveraine et par la richesse des dons qu'il s'√©tait acquis le droit de distribuer √† son Eglise. (Eph√©siens 4.11)

      En même temps, il y a dans ces paroles, aussi bien qu'au verset précédent, la pensée de la préexistence de Christ, de sa gloire éternelle qu'il avait quittée pour descendre, s'abaisser, et dans laquelle il est remonté. C'est de là qu'il a la puissance de distribuer aux hommes tous les dons de l'Esprit. (Ephésiens 4.11)

      - Cette expression : "au-dessus de tous les cieux," désigne l'élévation suprême du Fils de Dieu, comme Ephésiens 1.20-23. (Comparer Hébreux 7.26, et sur l'idée d'une pluralité des cieux 2Corinthiens 12.2-4, notes.)

      11 Ces mots : et lui-même a donné, reportent la pensée sur Ephésiens 4.7,8 et se attachent immédiatement à Ephésiens 4.10.

      Mais, d'apr√®s ces versets, on s'attendait √† voir l'ap√ītre √©num√©rer des dons divers (charismes)¬†; et au lieu de cela il d√©signe ici des hommes et des charges dans l'Eglise. C'est qu'en effet lui-m√™me (Christ) donne √† la fois les charges qu'il institue, les hommes capables de les remplir, et les dons de son Esprit, sans lesquels tout le reste n'est rien.

      Les ap√ītres, les envoy√©s imm√©diats de J√©sus-Christ, ses t√©moins authentiques, sont avant tous les autres¬†; ils r√©unissent en eux √† la fois toutes ces charges, et l'enseignement de tous les autres doit √™tre jug√© d'apr√®s le t√©moignage apostolique, m√™me celui des proph√®tes. (1Corinthiens 14.37)

      Les prophètes étaient moins revêtus d'une charge permanente que dépositaires d'un don, qui consistait à parler des choses de Dieu par révélation ou du moins sous une influence puissante de l'Esprit de Dieu, qui mettait momentanément le prophète bien au-dessus de son état spirituel ordinaire. (Voir 1Corinthiens 12.10 et 1Corinthiens 14)

      Les √©vang√©listes, ainsi que ce nom l'indique, √©taient charg√©s d'annoncer de lieu en lieu la bonne nouvelle¬†; ils √©taient souvent des compagnons d'Ňďuvre des ap√ītres, comme Timoth√©e et Tite.

      Les docteurs avaient le don spécial et la charge de l'enseignement.

      Les pasteurs enfin, appel√©s autrement anciens, ou surveillants (√©v√™ques), devaient pa√ģtre, nourrir, diriger les troupeaux. Il faut remarquer toutefois que Paul r√©unit les deux derniers titres pasteurs et docteurs (sans article), parce que, dans sa pens√©e et dans les faits, tout pasteur devait en m√™me temps √™tre capable d'enseigner. (1Timoth√©e 3.2¬†; 1.9)

      - Ces charges et ces dons n'étaient pas tellement distincts, que le Seigneur, parfaitement libre de les dispenser comme il veut, n'ait pas trouvé bon d'en réunir souvent plusieurs dans le même homme ; ni tellement permanents, que l'on puisse, sans empiéter sur les droits de Dieu, prétendre les stéréotyper dans l'Eglise. D'autre part, c'est assurément une institution fort défectueuse que celle qui a fini par absorber tous ces emplois en un seul, le pastoral moderne !

      12 Tel est le but pour lequel Christ a donn√© les ap√ītres, les proph√®tes, etc. Ce verset, tr√®s simple en lui-m√™me, est impossible √† rendre litt√©ralement, √† cause de la diff√©rence des pr√©positions dont se sert l'ap√ītre, et que, faute de mieux, nous traduisons chaque fois par pour, ce qui donne l'id√©e de trois phrases coordonn√©es, de trois buts parall√®les assign√©s aux dons que l'ap√ītre √©num√®re au Eph√©siens 4.11¬†; ainsi ces dons auraient pour fins

      1¬į le perfectionnement (ou le r√©tablissement) des saints¬†;

      2¬į l'Ňďuvre du service¬†;

      3¬į l'√©dification du corps de Christ, le tout op√©r√© uniquement par les hommes indiqu√©s Eph√©siens 4.11.

      Tel est, en effet, selon le plus grand nombre des interprètes, le sens de ce verset. En y regardant de près, on se convaincra facilement que c'est là une erreur.

      Le premier pour se rapporte seul directement aux charges indiqu√©es Eph√©siens 4.11¬†; le grand but de celles-ci est de r√©tablir, de perfectionner les saints par tous ces dons de l'Esprit de Dieu. Ce sont les saints eux-m√™mes, c'est-√†dire tous les chr√©tiens qui sont ainsi r√©tablis pour (pr√©position grecque diff√©rente) l'Ňďuvre du service (Grec¬†: diaconie), c'est-√†-dire pour l'action de charit√©, de d√©vouement impos√©e √† tout disciple de Christ, selon le grand principe du sacerdoce universel.

      Alors, et par là seulement, peut être atteint le troisième but : l'édification du corps de Christ, tout entier, se développant, grandissant, devenant un par cette sainte communion d'action et d'amour. Ce sens répond seul à d'autres enseignements tels que 1Corinthiens 12.4-7. D'ailleurs, il se retrouve développé ici même. (Ephésiens 4.16)

      De là, pour tout chrétien, aussi bien que pour tout ministre de la Parole de Dieu, l'obligation sacrée de concourir selon sa mesure à ce grand dessein de Dieu ; car tout disciple de Jésus-Christ est un missionnaire. Mais il ne faut pas que cela lui fasse négliger en rien les devoirs les plus ordinaires de sa vocation terrestre.

      - Il est √† peine n√©cessaire d'observer que cet enseignement de l'ap√ītre n'exclut point les charges sp√©ciales confi√©es par l'Eglise √† tels de ses membres pour l'Ňďuvre du service ou du minist√®re.

      13 Grec¬†: "A l'homme fait, √† la mesure de la stature de la pl√©nitude de Christ." (Le mot traduit par stature signifie aussi l'√Ęge, mais ici le sens est le m√™me.)

      - L'unit√© de la foi dans laquelle tous doivent enfin se rencontrer, cette unit√© cr√©√©e par l'Esprit de Dieu, et dont l'ap√ītre a parl√© au Eph√©siens 4.3, tel est le but des dons, des charges et de l'action chr√©tienne qu'il vient de rappeler. (Eph√©siens 4.11,12) L√†, (Eph√©siens 4.3) il d√©clare qu'elle existe¬†; ici, il la pose comme un but √† atteindre¬†; cela est-il contradictoire¬†? L'exp√©rience r√©pond¬†: non.

      Tous les vrais croyants ont l'unit√© de la foi dans les grandes v√©rit√©s du salut, et tous pourtant marchent vers une unit√© plus parfaite dans les choses o√Ļ ils diff√®rent encore. Comment l'atteindront-ils¬†? Par une connaissance (plus parfaite) du Fils de Dieu, qui est le grand, l'unique objet de la foi. En effet, ce qui constitue nos diff√©rences dans la foi, ce n'est pas la nature de cette derni√®re, mais bien son objet, connu √† des degr√©s fort divers.

      Les progrès dans cette connaissance et dans 'influence sanctifiante qu'elle exerce sur les vrais chrétiens, les unissent toujours plus intimement à Christ, dont ils sont les membres, et par là ils s'avancent vers la mesure de la stature de Christ, étant de plus en plus transformés à sa ressemblance, Christ lui-même grandissant en eux. (Ephésiens 4.15)

      Le dernier but enfin sera sa pl√©nitude en tous. Ce mot se trouve d√©j√† √† Eph√©siens 1.23, et dans le m√™me sens. (Comparer aussi Eph√©siens 3.19) L'Eglise, dans sa communion, sera la pleine manifestation de la gloire de Christ, de sa vie, de ses perfections. Voil√† le terme o√Ļ elle doit tendre, et ce sera la perfection de l'unit√©.

      - La question de savoir si ce but est assigné à l'Eglise sur la terre ou seulement dans le ciel, doit être tranchée, sans aucun doute, dans le premier sens. Le mot de foi qui caractérise cette unité ne saurait s'appliquer à l'économie future ; et d'ailleurs l'Ecriture se garde bien d'ajourner nos progrès indéfiniment ; à tous égards, elle se contente de nous dire : Tendez à la perfection ! et même elle ajoute : "Votre travail ne sera pas vain auprès du Seigneur." (1Corinthiens 15.58)

      Aussi l'ap√ītre, dans les paroles qui suivent, rend-il son exhortation tout √† fait actuelle, en en montrant l'application et les moyens de la mettre en pratique.

      14 Par opposition à hommes faits. (Ephésiens 4.13 ; comparez 1Corinthiens 3.1 ; 14.20)

      La conjonction afin que se rattache à la pensée de Ephésiens 4.11,12. Paul expose d'abord ce qui empêche les progrès vers l'unité parfaite ; (Ephésiens 4.14) puis, dans les deux versets qui suivent, il indique les moyens positifs de réaliser ces progrès.

      Rester enfants dans la foi et la connaissance, et d√®s lors flotter √† tout vent de doctrine, comme un vaisseau sans gouvernail, voil√† 1e principal emp√™chement √† l'unit√©, et l'exp√©rience confirme abondamment le jugement de l'ap√ītre. (Comparer H√©breux 13.9¬†; Jacques 1.6)

      Mais ces fausses doctrines ne sont jamais des erreurs purement intellectuelles et, par suite, innocentes. L'Ecriture nous y montre toujours une tendance morale, un fruit de la corruption du cŇďur. (Comparer 2Corinthiens 4.3,4)

      Ainsi l'ap√ītre les attribue ici √† la tromperie des hommes (le mot grec exprime la tromperie d'un homme qui joue avec des d√©s falsifi√©s, qui triche au jeu), et √† leur ruse qui est conforme aux artifices, aux voies d√©tourn√©es de l'√©garement, ou de l'erreur.

      15 Double contraste avec le verset pr√©c√©dent¬†: suivre la v√©rit√© (ou √™tre vrai), est oppos√© √† la tromperie des hommes, √† leur ruse, et cro√ģtre de toutes mani√®res, ou "en toutes choses," est oppos√© √† √™tre et rester des enfants.

      - La vérité et la charité sont les deux éléments constitutifs de la vie chrétienne ; l'une sans l'autre est nécessairement fausse ; réunies, elles développent l'accroissement VERS lui, qui est le Chef, Jésus-Christ.

      Telles sont les expressions de l'original, qui rappellent le but proposé à Ephésiens 4.13. (Voir la note.)

      - D'autres traduisent¬†: "afin que, disant ou professant la v√©rit√©, nous croissions dans la charit√©, de toutes mani√®res, vers lui..." La version ordinaire nous para√ģt pr√©f√©rable. Le verbe grec, compos√© du mot m√™me de v√©rit√©, ne la suppose pas seulement en paroles, mais en actions.

      16 Comparer Colossiens 2.19. Il faudrait d'abord donner une traduction littérale de ce verset, mais elle est presque impossible : "Duquel Christ, (Ephésiens 4.15) tout le corps, bien organisé ensemble et bien uni ensemble par chaque liaison de la communication, opère l'accroissement du corps, selon l'efficace et dans la mesure de chaque partie pour sa propre édification, dans la charité."

      C'est ici le développement complet et pratique de l'image que Paul affectionne, (Ephésiens 2.15,16) qu'il avait déjà dans la pensée en écrivant les deux versets précédents, (Ephésiens 2.13,14) et d'après laquelle 1'Eglise est considérée comme un corps organisé, le corps de Christ. Ce qu'il tire ici de cette belle image peut se résumer dans les pensées suivantes :

      1¬į Tout, dans ce corps, est dirig√© par le Chef, (Eph√©siens 4.15) Christ, comme dans le corps humain, par la t√™te. (Il ne faut pas oublier que, dans le vieux fran√ßais, le mot chef signifie t√™te.)

      2¬į Ce corps est aussi artistement coordonn√© et organiquement uni que le corps humain.

      3¬į Ce qui fait le lien des divers membres, c'est leur coop√©ration ou communication mutuelle, chacun fournissant sa part √† la vie de l'ensemble, et cela selon sa force, son efficace, et dans la mesure qui lui est propre, en sorte que l'harmonie de tout le corps soit conserv√©e. Suivant d'autres, le mot que nous traduisons par communication et qui signifie "fourniture, largesse" d√©signerait la largesse faite par Christ, ses dons √† l'Eglise (Eph√©siens 4.11) qui sont la liaison, les jointures du corps.

      4¬į De cette mani√®re le corps grandit (Grec¬†: "op√®re l'accroissement du corps") pour sa propre √©dification.

      5¬į Ce qui en est l'√Ęme et la vie, c'est la charit√©, provenant de Christ comme tout le reste, et s'augmentant par le secours m√™me que se pr√™tent r√©ciproquement tous les membres.

      17 17 √† 32 Les chr√©tiens ne doivent plus se conduire comme les pa√Įen¬†; ils doivent vivre d'une vie nouvelle et sainte.

      Ce donc reprend évidemment la pensée de Ephésiens 4.1 et l'exhortation à une conduite chrétienne, interrompue par la digression des versets Ephésiens 4.4-16.

      - Ce qui va suivre, Paul ne le dit pas seulement de sa propre autorité, il les en conjure (voy. 1Timothée 5.21) dans le Seigneur, en son nom et dans une communion de vérité avec lui.

      18 En exhortant maintenant ses fr√®res √† ne plus se conduire comme les pa√Įens, l'ap√ītre d√©crit l'√©tat moral de ces derniers. Ce passage est classique comme description de l'homme absolument priv√© de la R√©v√©lation de Dieu.

      Ce qu'il y a de plus élevé en lui, ses facultés intellectuelles (l'entendement Ephésiens 4.17, la pensée qui est l'acte de cet entendement, Ephésiens 4.18) sont tombées dans la vanité, c'est-à-dire le vide, le néant, et dans les ténèbres. (Comparer Romains 1.21 ; 8.20)

      Cela vient de ce que les pa√Įens sont devenus √©trangers √† la vie de Dieu, √† cette vie v√©ritable dont Dieu seul est la source, et sans laquelle l'homme reste dans la mort. C'est l√† l'ath√©isme pratique dont l'ap√ītre a parl√© ci-dessus (Eph√©siens 2.12) et qui est l'effet du p√©ch√©.

      Enfin, Paul indique deux causes de cet √©tat¬†: l'ignorance, mais une ignorance qui a elle-m√™me une cause morale¬†: l'endurcissement du cŇďur.

      Le cŇďur est le si√®ge des affections et du sens moral¬†; en sorte que ces facult√©s morales participent √† la m√™me d√©ch√©ance que les facult√©s intellectuelles. De l√† le mot qui suit¬†: (Eph√©siens 4.19) ayant perdu tout sentiment de remords ou de honte, et de l√† aussi les cons√©quences n√©cessaires dans la vie pratique.

      19 Grec : "avec avidité." C'est le même mot qui exprime ailleurs l'avarice et qui, ici, décrit peut-être l'insatiabilité des désirs sensuels. (Comparer Romains 1.24, note.)

      Mais d'excellents interprètes veulent qu'on laisse ici à ce mot son sens d'avarice, attendu qu'il n'en a jamais d'autre dans le Nouveau Testament, et ils remarquent que l'impureté et l'avarice sont les deux vices principaux du paganisme, dont Paul recommande aux chrétiens de se garder. (Comparer Ephésiens 5.3)

      24 Ces versets Ephésiens 4.20-24 forment une seule phrase inséparable dans son ensemble.

      L'ap√ītre oppose ici √† la vie sans Dieu du paganisme la vie renouvel√©e par la r√©g√©n√©ration en Christ. Christ lui-m√™me est le mod√®le, l'id√©al, aussi bien que la source de cette vie nouvelle. C'est lui qu'il faut apprendre.

      "Apprendre Christ est une locution remarquable...Il ne faut pas dire, avec la plupart des commentateurs anciens et modernes, que Christ est mis ici pour la doctrine de Christ ; mais il faut apprendre de ce langage que la vraie foi nous fait entrer en communion réelle et personnelle avec le Seigneur. C'est ce qui lait la différence entre l'orthodoxie et la vie. Le prédicateur orthodoxe prêche la doctrine de Christ et l'auditeur orthodoxe apprend et reçoit la doctrine de Christ ; le prédicateur qui a la vie prêche Christ (2Corinthiens 4.5) et l'auditeur qui a la vie apprend Christ et reçoit Christ." A. Monod.

      Avoir ainsi appris Christ, l'avoir √©cout√©, avoir √©t√© instruit en lui, s'√™tre p√©n√©tr√© de la parfaite v√©rit√© morale qui est en lui, tout cela est consid√©r√© par l'ap√ītre comme quelque chose de si intime, de si r√©el, de si vivant, que le r√©sultat en est un d√©pouillement du vieil homme, et un rev√™tement de l'homme nouveau.

      De ces deux hommes, le premier appartient à la conduite précédente dans le paganisme ; c'est celui que Paul a caractérisé (Ephésiens 4.17-19) et dont il déclare encore (Ephésiens 4.22) qu'il se corrompt toujours plus selon les convoitises de la séduction ou de l'erreur.

      Ces convoitises sont nommées ainsi, non seulement parce qu'elles séduisent, mais parce qu'elles trompent dans toutes leurs promesses ; elles promettent le bonheur et produisent la misère ; elles mettent l'homme en désaccord avec son Dieu, avec sa destination, avec lui-même, et font ainsi de lui, de sa nature entière, un vivant mensonge.

      Le nouvel homme devient tel par son union avec Christ d'abord (Ephésiens 4.20,21) puis par le renouvellement qui en résulte dans l'esprit de votre entendement, (Ephésiens 4.23) dans tout ce qu'il y a de plus spirituel et de plus intime en votre être moral. (Voy., sur le rapport de ces deux facultés, l'esprit et l'entendement, 1Corinthiens 14.14, note.)

      Et cette Ňďuvre, Paul n'y voit rien moins qu'une cr√©ation (2Corinthiens 5.17) selon Dieu, ou √† l'image de Dieu (Eph√©siens 4.24¬†; comparez Colossiens 3.10), c'est-√†-dire une restauration de cette image divine (Gen√®se 1.26,27) qui avait √©t√© effac√©e et souill√©e par le p√©ch√©. Ses caract√®res principaux sont la justice et la saintet√©.

      - On traduit ordinairement¬†: justice et saintet√© v√©ritables (en admettant un h√©bra√Įsme), mais le grec porte¬†: justice et saintet√© de la v√©rit√©. Paul veut dire qu'elles sont r√©tablies dans l'homme par la v√©rit√© divine, qu'elles sont un produit de cette v√©rit√© qui est en J√©sus, (Eph√©siens 4.21) comme les convoitises sont un produit de la s√©duction. (Eph√©siens 4.22)

      25 Le précepte : "Parler selon la vérité chacun avec son prochain," est emprunté à Zacharie 8.16.

      - Cette exhortation √† la pratique de la v√©rit√© dans les discours se fonde sur ce que l'ap√ītre vient d'enseigner (Eph√©siens 4.20-24) relativement √† la r√©g√©n√©ration "par la v√©rit√© qui est en J√©sus," (comparez Colossiens 3.10) aussi bien que sur la sainte union qui existe entre les fid√®les, membres les uns des autres. (Comparer Eph√©siens 4.16)

      C'est ainsi que chaque point spécial de la morale chrétienne, chaque devoir, a ses motifs et ses racines dans les profondeurs mêmes de la doctrine dont il est inséparable.

      26 Au lieu de la tournure dubitative de cette citation, (Psaumes 4.5) permise par le grec et l'hébreu : si vous vous mettez en colère, plusieurs interprètes admettent littéralement le double impératif de l'original : "Mettez-vous en colère et ne péchez point."

      Il y a, disent-ils, une colère juste et sainte, qui est permise, pourvu qu'en l'éprouvant on se garde de pécher.

      Mais, puisque m√™me cette col√®re-l√† est si voisine du p√©ch√©, comment l'ap√ītre pourrait-il la commander¬†? Si elle est louable pourquoi doit-elle passer avant le coucher du soleil, c'est-√†-dire s'apaiser bient√īt¬†? Pourquoi l'ap√ītre emploie-t-il, √† la fin du verset, un autre mot (exasp√©ration) qui √©videmment suppose de la passion dans ce mouvement de l'√Ęme¬†? Pourquoi d√©fend-il, peu apr√®s, toute col√®re¬†? (Eph√©siens 4.31¬†; comparez Colossiens 3.8) Pourquoi enfin nous montre-t-il dans la col√®re une tentation diabolique qui est √† la porte¬†? (Eph√©siens 4.27)

      Il faut donc laisser à cet impératif, comme l'ont fait la plupart des commentateurs grecs, le sens du doute, d'une supposition, sens qui se présente fréquemment lorsque deux impératifs se suivent dans la même phrase.

      - L'ap√ītre a cit√© exactement la version grecque des Septante. L'h√©breu porte¬†: "tremblez et ne p√©chez point." Mais ce mot signifie aussi l'√©motion de la col√®re. C'est l'ex√©g√®se qui doit en fixer le sens dans le psaume.

      27 Par la col√®re¬†: (Eph√©siens 4.26) "Ne lui donnez point lieu (Grec¬†:) de vous tenter, de vous entra√ģner au p√©ch√© par la passion." (2Corinthiens 2.11)
      28 Excellente manière d'observer le huitième commandement compris dans son sens positif : donner, au lieu de dérober.
      29 L'épithète ordinairement ici rendue par "parole déshonnête" signifie proprement ce qui est corrompu, pourri.

      Ainsi il s'agit de tout discours qui porte en soi la corruption du péché, quel qu'en soit le sujet.

      A cela l'ap√ītre oppose, comme devoir du chr√©tien, des paroles qui puissent servir √† l'√©dification (comparez sur le sens de ce mot, Romains 15.2, note) et communiquer quelque gr√Ęce nouvelle √† ceux qui les √©coutent.

      Selon d'autres exégètes, cette parole doit avoir pour but d'être agréable à ceux qui l'écoutent ou de leur accorder un bienfait.

      Ce sens est grammaticalement possible¬†; mais, puisque, dans la pens√©e de l'ap√ītre, cette parole doit servir √† l'√©dification, cela ne peut √™tre qu'en entendant ce mot de gr√Ęce dans son sens religieux habituel.

      "Un des principaux points de la piété, et des plus nécessaires, est de veiller sur sa langue ; de rendre les conversations chrétiennes ; de les remplir de discours utiles, proportionnés à la portée et aux besoins du prochain ; d'y tenir le parti de la piété avec prudence et sans rebuter." Quesnel.

      30 La liaison des versets Ephésiens 4.29 et Ephésiens 4.30 se trouve dans ces "paroles mauvaises" par lesquelles on peut attrister le Saint-Esprit de Dieu.

      - Ceux qui reculent toujours en pr√©sence du profond et vivant r√©alisme de l'Ecriture et ne tiennent pour vraies les pens√©es divines qu'apr√®s les avoir rendues superficielles, suivent ici le m√™me principe et r√©duisent l'id√©e d'attrister le Saint-Esprit de Dieu (comparez Esa√Įe 63.10) √† n'√™tre plus qu'une image, par laquelle un sentiment humain est pr√™t√© √† un √™tre divin, incapable de l'√©prouver. Il y a un autre principe qui est assur√©ment plus sage et plus s√Ľr¬†: c'est de laisser la Parole de Dieu dire ce qu'elle dit.

      Paul nous apprend ailleurs que le Saint-Esprit prend part à nos faiblesses, prie et soupire en nous. (Romains 8.25,26)

      Ici il nous dit que cet Esprit, devenu un avec les enfants de Dieu dans une communion réelle et vivante, peut être attristé en eux par le péché. De même que le Fils de Dieu était attristé par les péchés et les souffrances des siens au milieu desquels il vivait, de même l'Esprit de Dieu peut l'être en ceux qu'il anime et sanctifie.

      Le Dieu de la Bible, qui s'attribue √† lui-m√™me l'amour d'un p√®re, (Psaumes 103.13) la tendresse d'une m√®re, (Esa√Įe 49.15) qui d√©clare qu'il est en angoisse dans les angoisses de son peuple, (Esa√Įe 63.9) le Dieu de la Bible n'est pas cet Etre froidement impassible dans son immensit√©, que nous d√©crit la philosophie de ce monde. D√©j√† en cr√©ant l'homme √† son image, il trouva dans cette cr√©ature un objet d'amour et de joie. C'est pour cela m√™me que l'ingratitude et le p√©ch√© de ceux qu'il aime excitent en lui le d√©plaisir et la col√®re, comme leur repentance √©meut sa mis√©ricorde et ses compassions.

      Pour les pr√©munir efficacement contre ce p√©ch√© d'attrister le Saint-Esprit de Dieu (de Dieu, expression solennelle¬†!), l'ap√ītre rappelle √† ses fr√®res qu'ils ont √©t√© scell√©s de cet Esprit pour le jour de la r√©demption. (Voy. Eph√©siens 1.13)

      C'est-√†-dire que Dieu commence en eux ici-bas par cet Esprit une Ňďuvre de restauration, de vie nouvelle, qui ne cessera plus de s'avancer vers la perfection, jusqu'au jour o√Ļ ils pourront avoir part √† toute la gloire c√©leste. (Philippiens 1.6) Cet Esprit demeure en eux, s'identifie avec eux, avec leurs affections, avec leur vie¬†; il n'est plus en eux un h√īte √©tranger, mais comme "Esprit de Christ," (Romains 8.9) il est devenu humain dans leur √Ęme¬†; leurs joies sont ses joies, leurs infid√©lit√©s l'attristent.

      Qu'on ne redoute pas ici le panthéisme ! Cette vue profonde de l'union de l'homme avec Dieu ne deviendrait fausse et indigne de Dieu que si Dieu ou l'homme perdait dans cette communion quelque chose de sa personnalité. Mais cette personnalité, elle est consacrée de la manière la plus éclatante par cette magnifique pensée qu'un être fini est individuellement scellé du sceau de l'Esprit de Dieu pour la vie éternelle !

      32 Par ces derni√®res paroles, l'ap√ītre remonte jusqu'√† la source de cet esprit de support et de paix dont il a parl√© √† Eph√©siens 4.26.

      Pardonner aux autres comme Dieu nous a pardonné, tels sont à la fois la règle et le tout-puissant motif de la conduite du chrétien envers ceux dont il a à se plaindre. (Comparer Ephésiens 5.1, et surtout Colossiens 3.12 et suivants)

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