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Hébreux 10

    • 1 Chapitre 10.

      Les institutions de l'ancienne Alliance n'avaient qu'une ombre des biens à venir, le Nouveau Testament en offre en Christ la réalité.

      Telle est √©videmment la pens√©e de l'auteur, qu'il a d√©j√† exprim√©e √† plusieurs reprises, (H√©breux 8.5¬†; 9.9,13,14,23) et qu'il tenait √† rappeler encore avant de montrer comment et pourquoi l'Ňďuvre du Sauveur est la r√©alit√© des biens c√©lestes.

      On aurait donc pu attendre qu'√† l'ombre il opposerait le corps, comme Paul le fait dans Colossiens 2.17. Mais il emploie, comme second terme de l'antith√®se, une expression qui offre quelque difficult√©¬†: l'image m√™me des choses¬†; ce qui ne veut pas dire que l'ancienne Alliance avec ses sacrifices ne f√Ľt que l'image d'une image, et que la r√©alit√© des choses n'ait pas paru en Christ.

      Mais, de m√™me que Christ luim√™me est appel√© l'image du P√®re, (H√©breux 1.3¬†; Colossiens 1.15) bien qu'il en soit la r√©v√©lation aussi r√©elle et aussi compl√®te que nous pouvons la concevoir ici-bas, de m√™me toute son Ňďuvre, et en particulier son sacrifice, peut √™tre aussi nomm√© une image des choses, des biens √† venir. En effet, quoique les r√©alisant parfaitement, il n'en est encore pour nous qu'une r√©v√©lation telle que nous pouvons la saisir, la pleine possession √©tant r√©serv√©e √† notre avenir √©ternel.

      La liberté qu'a prise Luther de rendre cette expression par "l'essence des choses" est donc fondée, quoique le mot image soit plus rigoureusement juste.

      Une explication un peu différente, qu'on a proposée de ces termes, est peut-être plus simple. L'auteur entendrait par biens à venir, l'expiation des péchés accomplie par Jésus, et le pardon, la sanctification, le perfectionnement qui en découlent pour le croyant de la nouvelle Alliance. Ces biens étaient à venir pour ceux qui vivaient sous l'ancienne Alliance. La loi n'en offrait qu'une ombre, c'est-à-dire une silhouette indistincte qui ne permettait guère de deviner comment s'accomplirait cette rédemption.

      L'Evangile, au contraire, en retra√ßant la vie et la mort du R√©dempteur, nous offre l'image m√™me des choses, l'exacte repr√©sentation des faits sur lesquels repose notre salut¬†; il nous permet de les conna√ģtre enti√®rement et d'en √©prouver tous les effets.

      Il s'agit ici du sacrifice annuel, offert dans le lieu tr√®s saint au grand jour des expiations. (H√©breux 9.7) L'auteur y revient sans cesse dans cette √©p√ģtre, parce que ce sacrifice exprimait le mieux l'id√©e de tous les autres et √©tait le symbole le plus complet du sacrifice de Golgotha.

      Voir sur ce mot rendre parfait (grec consommer) Hébreux 5.9, note.

      - Ceux qu'y prennent part, grec ceux qui s'approchent, sont ceux qui viennent à l'autel, et par là, à Dieu, au moyen de leurs sacrifices.

      3 La conscience ne peut être purifiée que lorsque l'homme a l'assurance que ses péchés ne le séparent plus de Dieu, lorsqu'il est pleinement réconcilié avec lui.

      Or, c'est l√† ce que les sacrifices c√©r√©moniels ne pouvaient op√©rer par eux-m√™mes¬†; (H√©breux 10.1-4¬†; 9.14, note) autrement, si ceux qui les pr√©sentent √©taient une fois purifi√©s, on aurait cess√© de les offrir¬†; mais bien au contraire, ils √©taient chaque ann√©e une comm√©moration des p√©ch√©s et de la redoutable v√©rit√© que le p√©ch√© m√©rite la mort. Ils devaient donc faire soupirer les √Ęmes s√©rieuses apr√®s le pardon par la r√©demption v√©ritable.

      - On pourrait objecter à ce raisonnement (Hébreux 10.2) que même si les sacrifices cérémonials avaient pu rendre parfaits ceux qui les offraient, il aurait pourtant fallu recourir toujours de nouveau à ce moyen de réconciliation, puisqu'il y avait toujours de nouveaux péchés à expier. Oui, mais cela encore montre l'entière insuffisance de ces sacrifices.

      Le p√©ch√©, dans sa nature, pris √† sa racine, est un¬†: il est un √©tat de r√©volte de la volont√© humaine contre Dieu¬†; les p√©ch√©s d'action ne sont que les manifestations diverses de ce p√©ch√© unique. Or, il fallait que ce p√©ch√© initial f√Ľt expi√© et vaincu, pour que les autres p√©ch√©s, dont il √©tait la source, pussent √™tre pardonn√©s et d√©truits. Tant que cela n'avait pas lieu, les sacrifices, loin d'√īter ces p√©ch√©s, ne faisaient que rappeler leur pr√©sence et leur culpabilit√©. (H√©breux 10.3)

      4 L'auteur, comme conclusion de ce qui pr√©c√®de, et pour pr√©parer ce qui va suivre, exprime encore une fois, sans autre preuve, cette v√©rit√© √©vidente par elle m√™me, et qui ressort du contraste des termes¬†: le sang de taureaux et de boucs¬†! et √īter les p√©ch√©s¬†!

      O√Ļ serait le lien de causalit√© entre ces deux choses¬†? Le p√©ch√© est dans la volont√© humaine, c'est l√† qu'il devait √™tre gu√©ri, or, l'auteur va pr√©senter Celui qui peut le gu√©rir. (H√©breux 10.5-7)

      5 Qui¬†? Dans le Psaume qui va √™tre cit√©, c'est David, dans l'application qu'en fait notre auteur, c'est Christ. Christ dit ces paroles en entrant dans le monde, par o√Ļ les uns entendent son incarnation, (1Timoth√©e 1.15) d'autres, avec moins de vraisemblance, le moment o√Ļ il entra dans son minist√®re.

      Notre auteur veut simplement exprimer par sa citation le but pour lequel Christ est venu dans le monde : se dévouer par le sacrifice de lui même.

      7 Christ, le vrai sacrificateur de lui même, est opposé à tous les sacrifices. Dans le Psaume cité, (Psaumes 40.7-9) parle un homme qui s'offre librement à Dieu pour faire la volonté de Dieu : Voici, je viens !

      Le psalmiste lui-m√™me reconna√ģt l'insuffisance de tous les sacrifices pour le p√©ch√©¬†: Tu n'y prends point plaisir, dit-il √† Dieu, lorsqu'ils ne sont qu'un acte c√©r√©moniel¬†; ce que tu veux, c'est l'ob√©issance, et c'est pourquoi "tu m'as ouvert les oreilles," tu m'as rendu attentif et ob√©issant. (Comparer Esa√Įe 50.5, o√Ļ ces mots ont le m√™me sens.)

      D'autres traduisent¬†: "tu m'as perc√© les oreilles," et voient dans ces mots une allusion √† l'usage de percer l'oreille √† l'esclave qui voulait, lieu d'accepter sa libert√©, se consacrer pour toujours √† son ma√ģtre. (Exode 21¬†; 5,6)

      Le psalmiste en conclut qu'il doit consacrer à Dieu sa vie dans une sainte obéissance : Alors j'ai dit, voici je viens, je viens moi-même, et non en mettant des victimes à ma place, car c'est là ce que tu requiers en ta loi ; dans le rouleau du livre, c'est-à-dire dans la loi écrite sur des bandes de parchemin enroulées sur une baguette, (le terme grec désigne proprement le bouton qui terminait cette baguette et, par extension, le rouleau entier) il est écrit pour moi "il m'est prescrit," ou, comme l'entend ici notre auteur en appliquant la parole au Messie, il est écrit de moi, il est annoncé que tels seraient mon obéissance et mon dévouement, "mon Dieu, j'ai pris plaisir à faire ta volonté, et ta loi est au dedans de mes entrailles."

      Cette vue toute spirituelle du sacrifice √©tait celle des hommes √©clair√©s de l'Ancien Testament. (Comparer Psaumes 50.7-15¬†; Psaumes 51.18 et suivants¬†; Esa√Įe 1.11¬†; J√©r√©mie 6.20¬†; 7.21-23¬†; Os√©e 6.6¬†; Amos 5.21 et suivants¬†; Mich√©e 6.6-8¬†; 1Samuel 15.22)

      Mais de la part du psalmiste, comme de tout p√©cheur, le sacrifice de soi-m√™me √† Dieu est imparfait, entach√© de souillures qui le rendent inacceptable aux yeux de Dieu et font qu'il ne peut s'effectuer compl√®tement. Il devait √™tre parfaitement accompli par un repr√©sentant de notre humanit√©, qui pratiqu√Ęt toute la loi de Dieu et lui offrit le sacrifice entier de sa volont√©.

      Christ a réalisé cette obéissance sans défaut : c'est pour cela qu'il est entré dans le monde, dans sa bouche l'éternel principe moral, exprimé par le Psaume, a son entière vérité. Dès lors encore, ce principe peut devenir aussi une vérité pour tous ceux qui deviennent un avec Jésus-Christ par une foi vivante.

      - La traduction grecque des Septante dont se servait l'auteur, au lieu des mots du Psaume : "Tu m'as ouvert les oreilles," porte ceux-ci : Tu m'as formé un corps.

      Que ce soit le texte original des Septante, ou que ce soit une variante qui doive son origine à une faute de copiste (les critiques sont divisés sur cette question, parce qu'en effet quelques anciens manuscrits des Septante portent : "Tu m'as formé les oreilles"), notre auteur cite ici comme toujours la version qu'il avait sous les yeux, sans en corriger les fautes d'après l'hébreu. (Voir l'Introduction)

      Calvin remarque √† ce sujet¬†: "Les ap√ītres n'ont pas √©t√© si scrupuleux √† r√©citer les propres mots, moyennant qu'ils se gardassent de faussement abuser de l'Ecriture √† leur profit."

      9 Les versets Hébreux 10.8,9 répètent, en l'abrégeant et en l'expliquant, la citation renfermée à Hébreux 10.5-7.

      Le grand fait que proclament les paroles divines est si important aux yeux de l'auteur, qu'il éprouve le besoin d'y insister pour arriver à cette conclusion : il abolit le premier, c'est à dire les sacrifices et les offrandes, et il établit le second, savoir son propre sacrifice, (Hébreux 10.10) auquel l'écriture donne ici, comme partout, le caractère d'une parfaite obéissance. (Comparer Philippiens 2.8, note.)

      10 La cause efficiente qui nous sanctifie, nous purifie du péché luimême et de toutes ses suites, c'est la volonté de Dieu (Hébreux 10.9) parfaitement accomplie par Jésus-Christ.

      Mais le point culminant de cet accomplissement, le comble de l'obéissance du Sauveur, c'est l'offrande de son corps, son sacrifice sur la croix. Ce n'est pas pour lui-même, en effet, que Jésus Christ accomplit ainsi la volonté de Dieu ; il était venu dans le monde afin de l'accomplir au sein de notre humanité rebelle, et pour notre humanité.

      Chaque individu de cette humanit√© qui s'unit √† Christ par une foi vivante devient par l√† m√™me participant des fruits de cette ob√©issance, comme s'il l'avait lui-m√™me offerte √† Dieu. Bien plus, il entre r√©ellement dans cette ob√©issance en se consacrant √† Dieu en J√©sus-Christ. Membre du corps de Christ, il passe partout o√Ļ a pass√© son Chef, pour parvenir l√† o√Ļ il est. Aussi l'auteur dit il litt√©ralement¬†: "c'est dans cette volont√© que nous sommes sanctifi√©s."

      Rien de plus remarquable que l'insistance avec laquelle notre √©p√ģtre revient sur ce sacrifice unique du Sauveur, afin d'en bien √©tablir la parfaite suffisance et d'exclure √† jamais tout autre sacrifice pour le p√©ch√©. (H√©breux 10.12,14¬†; 7.27¬†; 9.12,25,26,28, note.)

      11 Comparer Hébreux 10.1-4 ; 9.9,10.

      Le verbe traduit par √īter le p√©ch√© est compos√© d'une pr√©position qui lui donne le sens d'enlever compl√®tement.

      - Au lieu de sacrificateur, A, C, portent souverain sacrificateur.

      - Se tient debout : à Hébreux 10.12, il est dit du Christ qu'il s'est assis pour toujours.

      12 Comparer Hébreux 4.14, note ; Hébreux 9.12,24 ; 1.3 ; 8.1.
      13 Christ a tout accompli, son Ňďuvre de m√©diateur (H√©breux 10.12) est achev√©e¬†; il attend, (Jacques 5.7) laissant Dieu agir jusqu'√† ce que tous ses ennemis soient mis sous ses pieds.

      L'auteur annonce ce dernier triomphe dans les termes du Psaumes 110.1. (Comparer Hébreux 1.13)

      14 Comparer sur cette oblation unique Hébreux 10.12, note, et les passages cités ; sur notre sanctification par le sacrifice du Sauveur, Hébreux 10.10, 1re note ; sur le mot amener à la perfection, consommer, Hébreux 5.9, note.
      17 L'auteur a déjà cité ces paroles de Jérémie 8.8-12 pour en montrer l'accomplissement complet dans la nouvelle Alliance.

      Mais ici, il en appelle aux paroles du prophète, comme à un témoignage du Saint-Esprit, (Hébreux 10.15) pour prouver que la rémission des péchés est assurée par le sacrifice de Jésus-Christ, et en conclure l'abolition des sacrifices. (Hébreux 10.18)

      Les mots : le Seigneur dit (Hébreux 10.16) font partie du texte cité. (Jérémie 31.33, comparez Hébreux 8.10)

      Aussi plusieurs, pour faire suite aux mots du Hébreux 10.15 : après avoir dit, sous-entendent-ils au commencement de Hébreux 10.17 : il ajoute.

      L'ensemble de la citation est d√®s lors comme suit¬†: "Car apr√®s avoir dit¬†: Voici l'alliance que je ferai avec eux apr√®s ces jours-l√†, dit le Seigneur¬†; je mettrai mes lois dans leur cŇďur et je les √©crirai dans leur entendement," il ajoute¬†: "et je ne me souviendrai plus de leurs p√©ch√©s ni de leurs iniquit√©s." Cette derni√®re proposition est ainsi mise en relief, ce qui est conforme au but de la citation. (Comparer H√©breux 10.11,14)

      Mais notre auteur écrit avec trop de soin pour avoir omis les mots : "il ajoute," qui étaient nécessaires pour répondre à l'expression de Hébreux 10.15 : après avoir dit. Il est donc plus probable qu'il a pris à son compte les termes de la citation : le Seigneur dit, et que c'est par eux qu'il achève sa phrase.

      18 Grec : Rémission de ceux-ci, c'est à dire "des péchés et des iniquités." (Hébreux 10.17)

      - Voil√† o√Ļ l'auteur voulait en venir en insistant sur le sacrifice unique du Sauveur. (H√©breux 10.12, note.) Ce sacrifice √©tant parfaitement suffisant pour l'expiation et le pardon du p√©ch√©, il ne peut plus √™tre question d'autres sacrifices.

      L'auteur voulait ainsi convaincre ses lecteurs h√©breux qu'ils avaient tout en Christ et en son Ňďuvre, et qu'ils n'avaient point √† regretter les institutions mosa√Įques et leurs sacrifices. Sa d√©monstration, qui remplit H√©breux 8,H√©breux 9 et H√©breux 10, est compl√®te, tr√®s concluante et propre √† confondre l'erreur qui consiste √† nier la n√©cessit√© du sacrifice de J√©sus, la valeur expiatoire de sa mort.

      Enfin, il ressort de son enseignement que l'Eglise romaine est retourn√©e au point de vue de l'Ancien Testament en instituant le sacrifice sans cesse r√©p√©t√© de la messe. Elle s'est mise en opposition directe avec les paroles les plus claires de notre √©p√ģtre, elle laisse croire que le sacrifice offert une seule fois en Golgotha ne suffit pas pour assurer le salut des p√©cheurs¬†; elle nie la grande v√©rit√© que tous les p√©ch√©s ne sont dans leur source qu'un seul p√©ch√©, (H√©breux 10.3, note) et que ce p√©ch√© a √©t√© expi√© et d√©truit par la croix de Christ.

      Et comme dans cette erreur l'homme n'acquiert aucune connaissance profonde du p√©ch√©, il ne parvient point non plus √† la justification par la foi, ni √† une sanctification v√©ritable de tout son √™tre¬†; mais, captif, sous ce nouveau juda√Įsme, il se sent pouss√©, par l'inqui√©tude et le trouble o√Ļ le jette chaque faute isol√©e, vers l'institution sacerdotale qui offre √† Dieu un sacrifice imaginaire, comme si le vrai sacrifice d'expiation n'avait jamais eu lieu. Cette erreur est toute semblable √† celle que l'auteur combat ici chez ses lecteurs, et il n'est aucun de ses arguments qui n'en soit la plus √©vidente condamnation.

      19 19 à 39 Demeurez fermes dans la foi.

      L'auteur aborde la conclusion pratique de tout ce qui précède. Christ a tout accompli pour l'homme pécheur. Que reste-t-il à faire à ce dernier ? C'est ce que l'auteur va exposer. (Hébreux 10.19-39)

      Cette nouvelle exhortation qui couronne le grand développement didactique sur la souveraine sacrificature de Christ, forme le pendant exact du discours qui avait introduit cet enseignement. (Hébreux 5.11 à Hébreux 6.20)

      L'ordre des pensées est le même : exhortation destinée à stimuler le zèle, avertissement contre le danger de déchoir de la foi, paroles d'encouragement.

      20 Le sacrifice du Sauveur donne au croyant une ferme assurance (grec) pour l'entrée dans les lieux saints, c'est-à-dire dans la communion immédiate de Dieu, dont l'excluait auparavant le sentiment de son péché et de sa culpabilité.

      Cette entrée, l'auteur la nomme un chemin nouveau et vivant que Jésus nous a inauguré au travers du voile, en pénétrant lui-même dans le saint des saints par l'efficace de son propre sang. (Comparer Hébreux 4.14, note ; Hébreux 7.25, note.)

      Le chemin est nouveau, puisque nul auparavant ne pouvait entrer dans le lieu très saint, il est vivant, parce qu'il ne consiste pas en symboles extérieurs en cérémonies froides et mortes, mais en un rapport tout spirituel, en une communion intime avec Celui qui est vivant, et dont le sacrifice est la source même de la vie : réconciliés avec Dieu par lui, nous pouvons nous approcher avec la filiale confiance de ses enfants.

      - L'auteur fait encore un autre rapprochement tr√®s remarquable¬†: il consid√®re le voile comme la propre chair de J√©sus-Christ. (Comparer H√©breux 9.8, note) La chair, par o√Ļ l'Ecriture entend la nature humaine d√©chue, (Romains 1.3, note) √©tait, en effet, la barri√®re qui nous s√©para√ģt de la communion avec Dieu.

      Christ, devenu par son incarnation (Hébreux 2.14,10.5) chair de notre chair, en passant par la mort, en étant "vivifié en Esprit," (1Pierre 3.18) a déchiré ce voile. Il a rendu possible l'accès à la communion de Dieu pour tous ceux qui, unis avec lui, le suivent dans cette voie de la mort du vieil homme et de la vie nouvelle. (Hébreux 10.10) Un fait symbolique indiqua cette profonde vérité au moment même de la mort du Sauveur. (Matthieu 27.51,Marc 15.38)

      21 C'est-à-dire, d'après Hébreux 3.6, le temple spirituel, l'Eglise du Dieu vivant. (Ephésiens 2.22,1Pierre 2.5)
      22 L'auteur d√©crit les dispositions que doivent avoir ceux qui s'approchent de Dieu¬†: un cŇďur (si√®ge des affections morales) sinc√®re, (grec) v√©ritable, tel qu'il doit √™tre (comparez, pour le sens de ce mot, H√©breux 8.2¬†; 9.24), une pleine certitude de foi, la conviction personnelle que l'Ňďuvre de Christ est efficace et suffisante pour nous ouvrir l'acc√®s aupr√®s de Dieu¬†; ayant les cŇďurs purifi√©s, (grec) arros√©s, asperg√©s, comme le peuple l'√©tait, avec le sang des sacrifices¬†; (H√©breux 9.19¬†; L√©vitique 8.30) en d'autres termes et sans figure, des cŇďurs qui se sont appropri√©s l'Ňďuvre r√©demptrice de Christ et sont d√©livr√©s par elle d'une mauvaise conscience (H√©breux 10.2) c'est-√†-dire du sentiment du p√©ch√© et de la culpabilit√©.

      Enfin, les mots : le corps lavé d'une eau pure font allusion à la fois aux ablutions de l'ancienne Alliance (Lévitique 8.6 ; 16.4) et au baptême de la nouvelle, symboles de pardon, de régénération et de sanctification. (Ezéchiel 36.25,Ephésiens 5.26)

      Le pardon et la réconciliation par le sang de Christ, puis la régénération et la sanctification par le Saint-Esprit sont deux choses inséparables, mais distinctes.

      23 On a proposé de ponctuer : Et le corps lavé d'une eau pure, retenons la profession.

      L'auteur ferait allusion au baptême et inviterait ses lecteurs à demeurer fidèles à la foi qu'ils ont alors professée.

      Le mot de confession ou profession se retrouve au Hébreux 4.14 dans un sens un peu différent.

      Ici la profession de l'espérance signifie la ferme attente de la résurrection, de la vie éternelle, qui se fonde à la fois sur ce qui précède (Hébreux 10.21-23) et sur ce qui suit, savoir la fidélité du Dieu qui a fait les promesses.

      Comparer Hébreux 4.1-11 ; 8.6 ; 9.15 ; 1Corinthiens 1.9 ; 10.13 ; 1Thessaloniciens 5.24 ; 2Thessaloniciens 3.3.

      24 Grec¬†: Pour une excitation √† amour et √† bonnes Ňďuvres.

      Dans la communion fraternelle des chr√©tiens, si elle est v√©ritable, chacun doit avoir √† cŇďur le salut des autres comme son propre salut. Son but n'est pas de jouir de relations agr√©ables, qui ne seraient qu'une autre mondanit√©, mais de voir progresser ses fr√®res dans la charit√© et les bonnes Ňďuvres qui en d√©coulent comme de leur source (H√©breux 3.12, suivants¬†; H√©breux 12.12 et suivants)

      25 Grec : Le rassemblement de nous-mêmes.

      Ces chr√©tiens convertis du juda√Įsme, tout en assistant encore aux solennit√©s du culte juif, avaient entre eux des r√©unions particuli√®res, qui leur √©taient bien n√©cessaires pour s'affermir dans la foi, s'√©difier, "se consid√©rer les uns les autres," (H√©breux 10.24) s'exhorter. (H√©breux 10.26¬†; comparez H√©breux 3.13) C'√©tait, aux yeux de l'auteur, un mauvais signe quand des chr√©tiens abandonnaient leur assembl√©e pour se contenter du culte du temple ou de la synagogue, et il n'est pas √©tonnant qu'il fasse suivre cette exhortation de la redoutable d√©claration qui se lit H√©breux 10.26 et suivants

      Le jour du retour de Christ. Quel motif donne à cette exhortation la pensée de ce jour par excellence, ainsi nommé sans autre désignation ! (Comparer 1Corinthiens 3.13 ; 1Thessaloniciens 5.4)

      La vie du chr√©tien ici bas doit √™tre une attente continuelle de ce grand jour des d√©cisions. Il est probable qu'au moment o√Ļ notre auteur √©crivait, les signes avant-coureurs de la guerre qui devait aboutir √† la destruction de J√©rusalem se montraient d√©j√† de toutes parts. Or celle-ci √©tait pr√©sent√©e, dans les derniers discours de J√©sus, comme l'image et le pr√©lude du jugement d√©finitif. (Matthieu 24)

      Quant √† cette attente du retour de Christ, qui occupa d'une mani√®re si salutaire l'esprit des ap√ītres et des premiers chr√©tiens, voir 1Thessaloniciens 4.15, 2e note.

      27 Pécher volontairement (expression choisie par antithèse à Lévitique 4.2) ne signifie point ici commettre un acte isolé contraire à la loi de Dieu.

      Ainsi que le contexte le prouve évidemment l'auteur entend par ce mot une révolte persistante, une rechute totale et définitive, un abandon de la vérité évangélique, d'abord reconnue et admise. Et c'est contre ce péché-là qu'il prononce ces paroles sévères : il ne reste plus de sacrifice pour les péchés.

      Le p√©cheur, n'ayant plus aucun moyen de r√©conciliation avec Dieu, se trouve seul en pr√©sence de la col√®re divine. Il en est r√©duit √† (grec) une attente d'une sorte terrible, effrayante, d'un jugement¬†; il est r√©serv√© √† l'ardeur du feu qui doit d√©vorer les adversaires (grec les opposants). Comparer Esa√Įe 26.11.

      C'est qu'il est beaucoup plus coupable que si jamais il n'avait reçu la connaissance de la vérité. (1Timothée 2.4 ; 2Timothée 2.25 ; Jean 15.22)

      Le verset Hébreux 10.29 en indique la raison.

      - Quant √† savoir jusqu'√† quel point le croyant peut ainsi d√©choir de la gr√Ęce, voir ce qui a √©t√© dit √† H√©breux 6.6. Quoi qu'il en soit, l'auteur ne traite point la question th√©oriquement, il ne se livre √† aucune sp√©culation th√©ologique¬†; mais prenant les faits tels qu'ils se pr√©sentent √† lui, voyant des chr√©tiens √©branl√©s dans leur foi, en danger d'abandonner l'Evangile, il en appelle √† leur conscience et leur pr√©sente leur responsabilit√©¬†; et c'est ce qu'il y a toujours lieu de faire en un cas pareil.

      29 Ce raisonnement est concluant. Le langage de l'auteur trahit une sainte indignation, une secr√®te terreur¬†: Quelqu un ayant viol√© (grec annul√©, supprim√© par ses actes) la loi divine donn√©e par Mo√Įse est mis √† mort sans mis√©ricorde¬†; son crime √©quivaut au rejet de toute la loi, √† une apostasie¬†; aussi sera-t-il condamn√© et ex√©cut√© sur la d√©position de deux ou de trois t√©moins (allusion √† Deut√©ronome 17.2-7)¬†: combien n'est il pas plus coupable, celui qui rejette infiniment plus que la loi¬†!

      Fouler aux pieds le Fils de Dieu, c'est un acte public de mépris et de haine. (Matthieu 5.13,7.6)

      Tenir pour profane le sang de l'Alliance, (Marc 14.24) c'est m√©conna√ģtre la saintet√© divine du sacrifice de Christ, apr√®s avoir vu clairement que l'on pouvait √™tre sanctifi√© par ce moyen, et m√™me avoir √©prouv√©, jusqu'√† un certain point, la puissance de sanctification qui r√©side en lui¬†; c'est assimiler la mort de Christ √† celle de tout homme p√©cheur, et m√™me √† celle d'un blasph√©mateur justement condamn√© pour s'√™tre dit le Fils de Dieu, puisque ce fut l√† le motif de sa condamnation, et que c'est sa divinit√© qui donne √† son sacrifice son efficace sanctifiante.

      Outrager l'Esprit de la gr√Ęce, c'est s'endurcir contre l'action de cet Esprit de Dieu, (H√©breux 6.4) qui nous approprie le sacrifice du Sauveur, et qui est le moyen puissant de la gr√Ęce (H√©breux 4.16) divine. C'est ce que Paul appelle "attrister, √©teindre l'Esprit.." (Eph√©siens 4.30¬†; 1Thessaloniciens 5.19)

      Et cette résistance peut aller, selon le degré de lumière et d'expérience personnelle, jusqu'au péché que Jésus-Christ nomme "le péché contre le Saint-Esprit." (Matthieu 12.32 Comparer 1Jean 5.16,17)

      La culpabilit√© d'une telle conduite d√©passe celle du rejet de la loi de Mo√Įse, dans la mesure o√Ļ le Fils de Dieu est plus grand que Mo√Įse, et l'Esprit de la gr√Ęce plus efficace que la Loi pour garder du mal et sanctifier.

      30 Deutéronome 32.35, comparez Romains 12.19. Cette citation est conforme à l'hébreu.

      Les mots¬†: dit le Seigneur, qui se lisent dans A, majuscules, versions, sont probablement introduits d'apr√®s Romains 12.19, o√Ļ se trouvent les m√™mes paroles.

      Exceptionnellement, l'auteur ne cite pas d'après les Septante, qui traduisent : "Au jour de la vengeance, je rétribuerai." La citation est conforme à celle que Paul fait de ce passage dans Romains 12.19.

      Plusieurs critiques en concluent que notre auteur connaissait l'√©p√ģtre aux Romains¬†: mais il se peut aussi qu'il f√Ľt d'usage de citer sous cette forme la parole du Deut√©ronome.

      31 Deutéronome 32.36 ; Psaumes 135.14.

      Lorsqu'apr√®s avoir repouss√© sa gr√Ęce, le p√©cheur n'a plus √† attendre que sa col√®re, qui est "un feu consumant."

      L'expression tomber entre les mains du Seigneur se retrouve dans 2Samuel 24.14 ; 1Chroniques 21.13.

      - Sur l'épithète : Dieu vivant, comparez Hébreux 3.12.

      33 Grec : Etant devenus compagnons (ou participants) de ceux qui se conduisent ainsi.

      Cette dernière expression s'explique par le fait que les opprobres et les tribulations que les chrétiens enduraient étaient toujours un fruit de leur conduite, de l'attitude qu'ils prenaient.

      Comparer sur l'expression figurée, être exposé en spectacle, 1Corinthiens 4.9, 2e note.

      34 Matthieu 6.20,19.21.

      - Il y a dans ce verset diverses variantes.

      1¬į Le texte re√ßu, avec Sin., majuscules, porte¬†: "Vous avez compati √† mes liens," il faut lire¬†: aux prisonniers (A, D) √† ceux qui souffraient la captivit√© pour leur foi, et que les H√©breux avaient secourus et consol√©s.

      2¬į texte re√ßu porte¬†: "sachant que vous avez en vous-m√™mes un bien meilleur et permanent dans les cieux."

      Les deux expressions soulignées sont inauthentiques ; mais la belle pensée de l'auteur reste la même, et cette pensée est de Jésus-Christ, (Matthieu 6.19-21) ainsi que celle du bonheur qu'il y a à souffrir des opprobres et des afflictions pour la justice. (Matthieu 5.10-12)

      36 Grec¬†: la promesse. Les faits sur lesquels l'auteur fonde (donc) son exhortation, et qu'il rappelle √† la m√©moire de ses lecteurs, (H√©breux 10.32-34) ne nous sont pas connus, mais on voit d√®s l'abord combien ce genre d'encouragement √† la pers√©v√©rance repose sur une profonde connaissance du cŇďur humain.

      Toute cause pour laquelle nous avons souffert nous est ch√®re par cela m√™me, et l'exp√©rience pass√©e de la gr√Ęce de Dieu est tr√®s propre √† raffermir une foi chancelante, puisqu'elle est la d√©monstration vivante et personnelle que cette foi n'√©tait point une illusion.

      L'auteur trouvait donc dans les souvenirs de ses lecteurs un motif d'une grande force pour les encourager à ne point rejeter loin d'eux, comme étant de peu de valeur, l'assurance qu'ils puisaient dans leur foi en Jésus, médiateur de la nouvelle Alliance, (Hébreux 10.19) mais à faire preuve de cette persévérance qui devait leur permettre de remporter la grande récompense promise. (Hébreux 3.6 ; 6.12 ; 1Pierre 5.4 ; Luc 21.19 ; Matthieu 5.12)

      37 Le commencement de la citation est emprunt√© √† Esa√Įe 26.20, o√Ļ se lit, dans les Septante, la m√™me expression que nous traduisons un peu, un peu de temps¬†; le reste est tir√© de Habakuk 2.3, d'apr√®s les Septante, qui donnent √† ce passage un sens diff√©rent de l'h√©breu¬†; dans leur version, c'est Dieu qui est attendu et qui doit venir.

      Notre auteur applique le passage directement au Messie, en ajoutant au texte des Septante l'article : "Celui qui doit venir."

      Cette pensée : "le temps est court," est éminemment propre à encourager les chrétiens au sein des combats et de la souffrance. (Comparer Hébreux 10.25, 2e note et 1Pierre 1.6)

      38 Habakuk 2.4 ; comparez Romains 1.17, 4e note.

      - Cette citation aussi est différente de l'hébreu, mais conforme aux Septante. Notre auteur en intervertit les deux parties, cet ordre étant plus convenable à sa pensée : vivre par la foi, ou se retirer et périr !

      - Le texte présente des variantes.

      1¬į "Le juste vivra de ma foi," (D, version syr.) ce qui voudrait dire¬†: par ma fid√©lit√©.

      2¬į Le texte re√ßu (majuscules) porte¬†: "Le juste vivra par la foi."

      3¬į La le√ßon de Sin., A, adopt√©e par la plupart des critiques¬†: "Mon juste vivra par la foi," c'est √† dire le juste qui m'appartient, qui s'est donn√© √† moi.

      39 Grec¬†: Nous ne sommes pas de la retraite en perdition, mais de la foi en acquisition d'√Ęme.

      Il n'y a de salut de l'√Ęme que par la foi, et une foi qui pers√©v√®re jusqu'√† la fin. (Matthieu 24.13) Mais aussi c'est cette foi qui nous apprend que tout perdre pour sauver son √Ęme est un vrai gain. (Matthieu 10.39)

      - Malgr√© la s√©v√©rit√© avec laquelle l'auteur a parl√© dans ce qui pr√©c√®de, il exprime par ces derniers mots l'espoir que ses lecteurs, auxquels il s'associe fraternellement (nous), seront du nombre de ceux qui font l'acquisition de l'√Ęme (1Thessaloniciens 5.9¬†; comparez Luc 17.33), c'est-√†-dire de la vie √©ternelle, en pers√©v√©rant jusqu'√† la fin. (Luc 21.19)

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