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Hébreux 6

    • 1 Chapitre 6.

      1 à 8 Invitation à progresser. Danger d'une échéance irrémédiable.

      Conclusion de ce qui pr√©c√®de imm√©diatement. (H√©breux 5.12-14) "Tandis que vous devriez √™tre ma√ģtres, vous en √™tes encore aux premiers √©l√©ments¬†; vous avez besoin du lait des petits enfants, au lieu de pouvoir supporter la nourriture des hommes faits dont l'exp√©rience discerne le bien du mal, le vrai du faux. Qu'il n'en soit plus ainsi, mais tendons √† la perfection, appliquons-nous √† devenir des hommes faits¬†!"

      - Plusieurs interpr√®tes, au lieu de voir dans les paroles qui suivent une exhortation de l'auteur √† ses lecteurs, y trouvent une r√©solution qu'il prendrait lui-m√™me de passer, en continuant √† √©crire cette √©p√ģtre, √† des sujets plus √©lev√©s¬†; "abordons ce qui est parfait." (Voir la 3e note.) La premi√®re explication para√ģt pr√©f√©rable, car la perfection s'applique plus naturellement au caract√®re de l'homme qu'au contenu de l'enseignement. (H√©breux 5.14, note.)

      Grec : Laissant la parole, ou la doctrine du commencement du Christ, ce qui signifie les premiers éléments de la doctrine chrétienne, en général. (Hébreux 5.12) L'auteur nous dit lui-même dans les paroles qui suivent ce qu'il entend par là.

      Aspirons à la perfection, à l'état de ceux qui sont appelés (Hébreux 5.14) "hommes parfaits," par opposition aux "enfants." (Hébreux 5.13) Il y a proprement en grec : soyons portés vers la perfection. D'autres traduisent : "Elevons-nous à l'enseignement parfait."

      2 Les chr√©tiens convertis du juda√Įsme, auxquels est adress√©e cette lettre, √©taient port√©s √† envisager le christianisme comme un ensemble de croyances et de pratiques, qui laissaient dans l'ombre la personne de Christ et son Ňďuvre m√©diatrice, et ne constituaient, ainsi comprises, qu'un mosa√Įsme sup√©rieur.

      Cette tendance les rapprochait des juifs √©clair√©s qui ne croyaient pas en Christ, et pouvait √™tre un acheminement vers une rechute totale. (H√©breux 6.4-10) Les doctrines qui sont ici d√©sign√©es avaient √©t√© pr√™ch√©es d√®s le commencement par Jean-Baptiste et par le Seigneur lui-m√™me, (Marc 1.4,15) et elles √©taient la base de toute pr√©dication de l'Evangile et de toute instruction des cat√©chum√®nes, soit chez les juifs, soit parmi les pa√Įens. (Actes 2.38,8.14-17¬†; 10.34-48¬†; 17.30-31¬†; 24.25)

      La repentance des Ňďuvres mortes est, selon le sens complet de l'original, la conversion, le changement de dispositions morales, qui d√©tourne des Ňďuvres mortes, de toutes les pratiques l√©gales accomplies dans un esprit pharisa√Įque, de toutes les Ňďuvres humaines qui ne proc√®dent pas de l'amour pour Dieu, qui ne sont pas un fruit de son Esprit dans l'homme r√©g√©n√©r√©. (H√©breux 9.14)

      Cette repentance, dont le Précurseur et Jésus lui-même (Matthieu 3.2,4.17) ont proclamé la nécessité, était bien et sera toujours le premier pas de l'homme pécheur pour recevoir l'Evangile ; mais elle n'est pas tout l'Evangile ni toute la vie chrétienne.

      La foi en Dieu, c'était la confiance au Dieu de l'alliance, qui avait fait les promesses à son peuple et qui "ne pouvait mentir." (Hébreux 6.13 et suivants ; Hébreux 11.6) Mais, séparée de Celui en qui et par qui s'accomplissait le salut promis, cette foi en Dieu risquait de n'être plus que la conviction froide et morte de son existence. (Comparer Jacques 2.19)

      La doctrine des baptêmes pouvait être non seulement des enseignements sur le baptême de Jean, sur le baptême chrétien, sur leurs différences, mais encore sur "les divers baptêmes" (Hébreux 9.10) ou ablutions en usage déjà chez les juifs. (Marc 7.4)

      L'imposition des mains suivait d'ordinaire le baptême et était souvent accompagnée des dons divers du Saint-Esprit. (Actes 8.17 ; 19.6 ; 1Timothée 4.14, 2e note ; 2Timothée 1.6)

      Les doctrines de la r√©surrection des morts que le Sauveur d√©fendait contre les sadduc√©ens, (Matthieu 22.23 et suivants) et du jugement √©ternel, qui revient si souvent dans ses discours (Matthieu 25.31 et suivants¬†; Marc 3.29), peuvent aussi √™tre con√ßues sans rapport direct avec la personne de Christ et avec son Ňďuvre. (Actes 17.30¬†; 24.15)

      Ainsi, en toutes ces doctrines, superficiellement comprises, il n'est question ni de l'expiation des péchés par le sacrifice de Christ, (Hébreux 6.9,10) ni de la régénération et de la sanctification de l'homme pécheur par le Saint-Esprit, ni de ses progrès dans la communion intime et vivante avec Dieu : ce n'est réellement que le commencement de Christ. (Hébreux 6.1, note.)

      - Il ne faudrait pas en conclure, toutefois, que ces doctrines n'eussent pas d'importance aux yeux de l'auteur. Il d√©clare qu'il "ne pose pas de nouveau le fondement," il les consid√®re donc comme le fondement de l'enseignement chr√©tien. S'il exhorte ses lecteurs √† laisser ces √©l√©ments, c'est pour aller plus loin, pour les instruire dans l'Ňďuvre r√©demptrice de Christ, qui est l'√©difice proprement dit de la v√©rit√© chr√©tienne.

      3 A, C, D portent : faisons-le.

      Le futur indicatif convient mieux au sens.

      - C'est ce que nous ferons (tendre √† la perfection, H√©breux 6.1), et dans la connaissance et dans la vie¬†; nous le ferons avec vous, si Dieu le permet, s'il nous accorde la gr√Ęce de comprendre et de recevoir sa v√©rit√© tout enti√®re, s'il nous donne de "travailler √† notre salut avec crainte et tremblement," lui "qui produit en nous le vouloir et le faire," (Philippiens 2.12,13) et d'√©chapper ainsi au terrible danger que l'auteur va signaler. (H√©breux 6.4-6)

      6 Ces redoutables paroles ont re√ßu diverses interpr√©tations, dict√©es souvent par un int√©r√™t dogmatique. L'on ne peut nier qu'au premier abord elles paraissent √™tre en opposition avec d'autres enseignements de l'√©criture. Elles ont √©t√© la principale cause pour laquelle l'Eglise d'Occident a longtemps refus√© de recevoir l'√©p√ģtre aux H√©breux dans le canon, car elles √©taient conformes aux vues plus strictes des Novatiens et des Montanistes, qui refusaient de r√©int√©grer dans l'Eglise ceux qui avaient reni√© la foi chr√©tienne en temps de pers√©cution.

      Luther encore rel√®ve la contradiction qu'il y a entre cet enseignement, d'apr√®s lequel le p√©cheur peut perdre la gr√Ęce, et celui de saint Paul sur l'√©lection et sur l'assurance du salut. (Romains 8.28-39) Il se fonde principalement sur notre passage pour refuser √† l'√©p√ģtre aux H√©breux une pleine autorit√© canonique.

      Pour trouver le vrai sens de cette déclaration, il importe de se souvenir :

      1¬į qu'elle est adress√©e √† des chr√©tiens chancelants, dont la foi est √©branl√©e et le z√®le refroidi, et qui sont en danger d'abandonner le christianisme¬†;

      2¬į qu'il faut l'interpr√©ter √† la lumi√®re de tout l'Evangile, car la v√©rit√© compl√®te ressort pour nous de l'ensemble des Ecritures, jamais de telle ou telle d√©claration prise isol√©ment.

      Ces paroles donnent lieu à deux questions : Est-il possible que des hommes qui ont éprouvé tout ce que supposent Hébreux 6.4,5 déchoient entièrement de la foi ? et pourquoi leur retour à Dieu par la repentance et la conversion est-il impossible ?

      Pour r√©pondre √† ces questions, et d'abord √† la premi√®re, il faut se faire une id√©e juste de ce qu'est l'assurance du salut, fond√©e sur la gr√Ęce de Dieu.

      Nul n'obtient cette assurance, si ce n'est par une foi vivante en J√©sus Christ, et par le t√©moignage du Saint-Esprit au dedans de lui. (Romains 8.16) Sa pers√©v√©rance finale est d√©s lors pour lui un objet de foi, tout comme la gr√Ęce de Dieu en J√©sus-Christ, sur laquelle elle repose. Cette foi implique, √† chaque √©poque de son d√©veloppement, aussi bien qu'au premier moment, une sinc√®re repentance et la fid√©lit√© du cŇďur au Sauveur. Personne ne re√ßoit l'assurance de son √©lection comme une charte d'immunit√©, qui lui permette de vivre ensuite comme bon lui semble, et de se passer de la repentance et de la foi.

      L'enfant de Dieu est √©lu "dans la sanctification de l'Esprit, pour l'ob√©issance et pour l'aspersion du sang de J√©sus-Christ," qui le purifie de tout p√©ch√©. (1Pierre 1.2) En un mot, son assurance est d'une nature morale¬†: elle engage sa conscience, tous ses sentiments, tous ses rapports avec Dieu, elle laisse subsister toute sa responsabilit√©, et m√™me elle rend cette responsabilit√© toujours plus grande. Cette assurance ne peut donc √™tre conserv√©e que de la mani√®re m√™me dont elle est n√©e. Si je l'ai poss√©d√©e hier sans illusion, ce souvenir ne peut me la garantir pour aujourd'hui¬†; elle doit m'√™tre renouvel√©e par la m√™me gr√Ęce de Dieu qui me l'a donn√©e, elle doit √™tre maintenue vivante, par l'action de cette gr√Ęce, re√ßue dans une humble repentance et une foi v√©ritable.

      - Si l'on consid√®re bien cette harmonie de l'action de Dieu et de l'action de l'homme dans l'Ňďuvre du salut, (Philippiens 2.12,13, note) on comprendra qu'il en r√©sulte deux cons√©quences en apparence contradictoires, mais √©galement enseign√©es dans la Parole de Dieu, parce qu'elles se concilient fort bien dans la nature morale de l'homme¬†: la premi√®re, c'est que le chr√©tien, fond√© sur la gr√Ęce de son Dieu qui est fid√®le pour le garder jusqu'√† la fin et pour tout accomplir en lui (Jean 10.27-29¬†; 1Thessaloniciens 5.23,24¬†; comparez Philippiens 1.6), peut avoir la pleine et enti√®re assurance de son salut, y trouver la paix, la joie, et en faire l'objet d'un chant de triomphe, dans lequel il d√©fie tous ses ennemis spirituels, (Romains 8.28-39) la seconde, celle que l'auteur enseigne ici en termes clairs et terribles, c'est qu'il y a toujours pour l'homme sur la terre la possibilit√© de d√©choir enti√®rement de la foi.

      On fait passer les exigences d'un syst√®me avant les r√©sultats d'une ex√©g√®se impartiale quand on pr√©tend que ceux qui ont fait d√©fection n'avaient pour toute assurance qu'une illusion, ou que Dieu leur avait accord√© certaines gr√Ęces qui n'ont pu vaincre la derni√®re et secr√®te r√©sistance de leur cŇďur.

      Avoir √©t√© une fois √©clair√©s de la lumi√®re divine et tir√©s par elle de nos t√©n√®bres naturelles, avoir go√Ľt√© le don c√©leste de la gr√Ęce, avoir √©t√© faits participants du Saint-Esprit qui r√©g√©n√®re les √Ęmes, avoir go√Ľt√© la bonne Parole de Dieu et par elle les puissances du si√®cle √† venir, c'est-√†-dire les influences de cette Parole et de cet Esprit qui nous donnent d√®s ici-bas un avant-go√Ľt et une exp√©rience de la vie du ciel, ce sont l√† les traits principaux de la conversion, les signes auxquels une √Ęme peut conna√ģtre qu'elle est en √©tat de Gr√Ęce.

      D'ailleurs l'auteur déclare que, s'il y a rechute, il ne reste plus de possibilité d'être encore renouvelé à la repentance ou à la conversion, ce qui suppose que la repentance, la conversion avaient eu déjà lieu.

      Ceci touche à notre seconde question : pourquoi est-il impossible qu'ils soient renouvelés à la repentance (grec de les renouveler, de les ramener) ? Ici encore on a voulu adoucir les termes. On en a appelé à la parole de Jésus-Christ, qui déclare impossible que les riches entrent dans le royaume de Dieu, et qui explique sa pensée en ajoutant : Ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu. (Marc 10.25-27) Mais par la manière dont il motive son jugement, l'auteur lui donne une tout autre portée : ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie, pour eux-mêmes, c'est-à-dire pour leur propre compte, ils renouvellent envers lui l'acte par lequel ses ennemis assouvissent leur haine ; d'autres traduisent le datif de l'original par : "à leur préjudice, pour leur malheur ;" d'autres encore, par : "autant qu'il est en eux, en leur pouvoir."

      Ils sont d'autant plus coupables qu'on ne peut plus dire : "ils ne savent ce qu'ils font ;" car ils ont été éclairés. Et puisqu'ils ont eu part au Saint-Esprit, ils sont tombés dans le péché seul irrémissible, le péché contre le Saint-Esprit, auquel l'auteur fait évidemment allusion. Ce péché est mentionné pour la première fois dans un avertissement adressé par Jésus à des pharisiens qui l'accusaient de chasser les démons par le prince des démons. (Matthieu 12.32, note.)

      Ces pharisiens n'√©taient pas dans la m√™me situation que les chr√©tiens vis√©s par notre auteur. Ils n'avaient pas re√ßu les gr√Ęces dont ceux-ci avaient √©t√© combl√©s¬†; et cependant ils √©taient en danger de commettre le p√©ch√© irr√©missible, parce qu'en accusant J√©sus d'agir sous l'impulsion de Satan, ils r√©sistaient au t√©moignage de leur conscience, qui rendait hommage √† la saintet√© du Sauveur.

      La distinction que Jésus établit, à cette occasion, entre le blasphème contre l'Esprit et les autres sortes de blasphèmes, s'applique, à plus forte raison, aux hommes qui ont été faits participants de l'Esprit-Saint.

      Blasph√©mer contre Dieu, c'est ce que peuvent faire en g√©n√©ral ceux qui ne le connaissent point par sa Parole. Blasph√©mer le Fils peut √™tre le p√©ch√© de ceux qui le connaissent par ou√Į-dire, auxquels pourtant il est reste int√©rieurement √©tranger, qui n'ont eu en lui qu'une croyance historique.

      Mais blasph√©mer le Saint-Esprit ne peut √™tre que le crime de ceux √† qui Dieu et le Sauveur se sont int√©rieurement r√©v√©l√©s par le t√©moignage de l'Esprit-Saint. Ce p√©ch√©, l'homme le commet avec une claire et pleine conscience de ce qu'il fait¬†; il est le fruit d'un endurcissement volontaire et progressif. Or, c'est l√† pr√©cis√©ment ce qui rend impossibles la repentance et la conversion¬†: toutes les gr√Ęces de Dieu ont √©t√© appliqu√©es √† ce p√©cheur, et il les a tourn√©es en dissolution, de nouveaux moyens de salut, loin de le sauver, ne feraient que le rendre plus coupable¬†; l'impossibilit√© de son renouvellement est une impossibilit√© morale, comme l'assurance du fid√®le est une assurance morale.

      On a ni√© que l'auteur e√Ľt en vue ce p√©ch√© irr√©missible. Mais il y a dans notre √©p√ģtre un autre passage qui ne laisse pas de doute √† cet √©gard¬†; c'est H√©breux 10.26-29. Que cette d√©ch√©ance irr√©m√©diable puisse se produire chez des √Ęmes qui ont accept√© le salut et sont n√©es √† la vie chr√©tienne, c'est ce qui ressort de plus d'un enseignement de J√©sus¬†: le mauvais serviteur avait re√ßu un talent¬†; (Matthieu 25.15,30) les vierges folles avaient eu de l'huile dans leur lampe¬†; (Matthieu 25.1-12) le sarment, qui ne porte pas de fruit et qui est retranch√©, √©tait pourtant un sarment du cep. (Jean 15.2,6)

      - Maintenant l'auteur veut-il dire, ou seulement insinuer, qu'un seul de ses lecteurs soit dans un tel √©tat de rechute¬†? Bien au contraire, il d√©clare positivement que son opinion est tout oppos√©e (H√©breux 6.9-11) et qu'il leur a retrac√© cette terrible possibilit√© afin que chacun d'eux montre le m√™me z√®le pour la pleine certitude de l'esp√©rance jusqu'√† la fin. L√† repara√ģt l'harmonie au sein de la contradiction apparente signal√©e plus haut.

      - Pour r√©pondre aux besoins divers des √Ęmes, les deux faces de notre condition terrestre doivent nous √™tre √©galement pr√©sent√©es. Nous avons un ab√ģme √† traverser pour parvenir sur la rive escarp√©e du salut √©ternel¬†; la gr√Ęce de Dieu a jet√© un pont sur cet ab√ģme. Engag√© sur l'√©troit passage, je pourrais √™tre saisi de crainte, de doute, de d√©couragement¬†: voici √† ma droite une barri√®re, c'est l'assurance de la foi fond√©e sur la gr√Ęce √©ternelle de mon Dieu. Ou bien, je pourrais me laisser choir par une pr√©somption orgueilleuse, une fausse s√©curit√©, un rel√Ęchement charnel¬†: voici √† ma gauche une autre barri√®re, c'est l'avertissement solennel qui me montre la possibilit√© effrayante de me perdre.

      Ainsi pr√©muni, l'enfant de Dieu ne se rejettera ni √† droite ni √† gauche, mais marchera droit vers le but, et il y parviendra pour donner toute gloire √† la gr√Ęce de son Dieu.

      8 Grec : Près de la malédiction, de laquelle le terme est pour combustion.

      Avec Rilliet, de Wette, Weiss, von Soden, nous rapportons le pronom relatif à malédiction, ce qu'exige l'expression : terme, but, fin.

      D'autres rattachent ce relatif √† terre (H√©breux 6.7) et traduisent¬†: "Sa fin est d'√™tre br√Ľl√©e," ou¬†: "L'on finit par y mettre le feu." (Oltramare, Stapfer, Segond.)

      Transparente parabole, destinée à rendre plus saisissantes encore les paroles précédentes, et qui du reste s'explique et s'applique d'elle-même.

      La même image est employée dans un grand nombre de déclarations de l'Ecriture. (Nahum 1.10 ; Malachie 4.1 ; Matthieu 3.12 ; 5.22 ; 13.30 ; Marc 9.43-47)

      9 9 à 20 Confiance de l'auteur en ses lecteurs. La fidélité de Dieu démontrée par la promesse faite à Abraham.

      Grec : Mais nous nous sommes persuadés à votre sujet, bien-aimés, des choses meilleures et qui tiennent au salut.

      Non seulement l'auteur √©carte la pens√©e qu'il suppose ses lecteurs coupables de l'apostasie dont il vient de parler, mais il le fait en termes pleins d'affection pour eux¬†; le mot de bien-aim√©s ne se trouve qu'ici dans toute l'√©p√ģtre.

      10 Le texte reçu porte : "Le travail de votre amour." Le mot souligné, qui manque dans Sin., B. A, C, D, n'est pas authentique.

      Comparer Hébreux 10.32-34, et Introduction.

      En disant¬†: Dieu n'est pas injuste pour oublier tout ce que vous avez fait, l'auteur ne veut point dire, contrairement √† toute l'Ecriture, que les Ňďuvres de l'homme aient un m√©rite quelconque devant la justice de Dieu. Mais comme aucune Ňďuvre faite par amour pour Dieu ne reste sans r√©compense, (Matthieu 10.40-42) il est certain aussi que le bon emploi des gr√Ęces de Dieu en attire de nouvelles.

      Dans le cas particulier, il s'agit de persévérer dans la profession du christianisme : l'auteur peut augurer favorablement des preuves que ses lecteurs ont données de leur amour pour le nom de Dieu en se dévouant au service de ceux qui portaient ce nom et s'offraient à eux comme les représentants de Dieu.

      Une telle charit√©, en effet, √©tait le fruit de leur foi. (Comparer 1Thessaloniciens 1.3,4, o√Ļ se trouve la m√™me pens√©e.)

      - Tout ce qui va suivre jusqu'à la fin de ce chapitre est une proclamation de l'assurance du salut, fondée sur les promesses de Dieu et sur sa fidélité.

      11 Le vŇďu de l'auteur est pr√©cis√©ment que la vie chr√©tienne de chacun de ses lecteurs soit tout l'oppos√© du terrible tableau qu'il a trac√©, (H√©breux 6.4-8) car ce n'est r√©ellement que par la sanctification de la vie que se d√©montre en chacun l'√©tat de gr√Ęce et la pleine certitude de l'esp√©rance.

      Le mot jusqu'à la fin, prononcé plus d'une fois par le Sauveur lui-même, (Matthieu 10.22 ; 24.13 ; Marc 13.13) couronne la pensée de l'auteur.

      12 Grec : Afin que vous ne deveniez point paresseux, mais imitateurs de ceux qui...

      Le terme de paresseux ne désigne pas, comme Hébreux 5.11, la lenteur à comprendre la doctrine chrétienne, mais le manque de fermeté dans l'espérance.

      Quoique l'auteur e√Ľt ici en vue l'exemple des hommes de Dieu de l'ancienne Alliance, d'Abraham qu'il va rappeler, (H√©breux 6.13) et de tous ceux qu'il citera √† H√©breux 11, il parle au pr√©sent (ceux qui h√©ritent), afin d'√©tendre sa pens√©e aux croyants de tous les temps¬†; car tous ont les m√™mes promesses de salut qui furent faites √† Abraham, et ils ne peuvent, comme lui, en h√©riter, en obtenir l'accomplissement que par la patience et par la foi. (Galates 3.14)

      13 Ces derniers mots : il jura par lui-même, rapportent la parole de l'Eternel à Abraham : "J'ai juré par moi-même,..." parole qui se trouve immédiatement avant celle que l'auteur va citer à Hébreux 6.14. (Genèse 22.16)

      - Ainsi l'auteur, cherchant un fondement assuré pour l'espérance de ses frères, s'empresse, après avoir rappelé les fruits de leur foi, (Hébreux 6.10) de s'élever jusqu'à la fidélité inviolable de Dieu. (Hébreux 6.13 et suivants) Il leur rappelle en quels termes Dieu fit à Abraham, le "père des croyants," cette promesse dont l'accomplissement, patiemment attendu, devait apporter le salut à l'humanité.

      14 Le mot ici rendu par certainement est une formule de serment dans l'original. Cette promesse avec serment se trouve dans Genèse 22.16-18.

      - La version de Lausanne, reproduisant litt√©ralement un h√©bra√Įsme qui se trouve aussi dans les Septante, rend ainsi ce verset¬†: "Certainement en b√©nissant je te b√©nirai, et en multipliant je te multiplierai." En h√©breu, ce redoublement indique la certitude, l'abondance ou la force de l'action exprim√©e par le verbe.

      - Le texte hébreu et les Septante portent : "Je te bénirai, et je multiplierai ta postérité." Notre auteur écrit les deux fois te, peut-être parce qu'il citait de mémoire, peut-être aussi afin de concentrer toute l'attention sur la personne d'Abraham.

      15 Comparer Hébreux 6.12.

      Abraham attendit ainsi, dans les conditions o√Ļ la promesse lui avait √©t√© faite, en se fondant sur le serment dont elle avait √©t√© scell√©e¬†; il attendit avec patience, tout le temps de sa vie, car ce ne fut pas ici-bas qu'il obtint l'accomplissement de la promesse (grec obtint la promesse), mais seulement quand il sortit de lui un peuple qui fut le peuple de Dieu, et que ce peuple donna au monde le Sauveur, et, par lui, la b√©n√©diction promise √† tous les peuples de la terre.

      17 Grec : Car les hommes jurent par le plus grand qu'eux et le serment leur est un terme à toute contestation en confirmation de leur parole. (En confirmation dépend de toute la proposition et ne saurait être rattaché spécialement au mot serment.)

      En quoi (en se conformant √† cet usage des hommes), Dieu, voulant d√©montrer plus abondamment l'immutabilit√© de son conseil, intervint (prit le r√īle de m√©diateur, de garant) par un serment.

      - L'auteur a cit√© √† dessein (H√©breux 6.14) celle des promesses faites √† Abraham o√Ļ se trouve la formule du serment.

      Plusieurs fois déjà Dieu avait fait sa promesse au père des croyants (Genèse 12.2 ; 17.5 et suivants ; Genèse 18.18), sans ce serment. Il ne fut ajouté à la promesse que lorsque celle-ci fut répétée à Abraham après la terrible épreuve de Morija, parce qu'alors sa foi pouvait en avoir besoin.

      C'est pourquoi l'auteur, à Hébreux 6.18, distingue positivement entre la promesse et le serment. (Voir Hébreux 6.18, 1re note.)

      - Ce passage est un commentaire important de Matthieu 5.34. Si le serment prêté par les hommes était absolument interdit aux chrétiens, s'il était mauvais en soi, il ne saurait être attribué à Dieu même, et l'auteur n'en parlerait pas comme il le fait ici. (Hébreux 6.16)

      18 Il est bien évident qu'il est tout aussi impossible que Dieu mente dans sa promesse seule que dans sa promesse accompagnée d'un serment. Il ne fit intervenir ce dernier que par condescendance pour la foi d'Abraham et des autres croyants après lui.

      D√®s que Dieu s'abaisse √† parler un langage humain, plus il met de solennit√© et d'insistance dans les promesses de sa gr√Ęce, plus il saisit et soutient la foi qui s'y appuie.

      Ainsi, de m√™me que les hommes confirment leur parole par le serment en y faisant intervenir le nom et la pr√©sence du Dieu saint et juste qu'ils prennent √† t√©moin de leurs d√©clarations, de m√™me Dieu, jurant par lui-m√™me, imprime vivement dans l'√Ęme du croyant le sentiment de la grandeur, de la puissance, de la saintet√© de Celui qui fait la promesse, et c'est l√† l'in√©branlable fondement de la foi¬†; c'est, comme l'exprime l'auteur, un puissant encouragement.

      Et voilà pourquoi il revendique cet encouragement pour les chrétiens, aussi bien que pour les croyants de l'ancienne Alliance.

      "Rien n'est plus consolant pour un cŇďur plein de foi que de savoir que son salut est entre les mains de Dieu, qui ne peut se tromper dans ses desseins ni nous tromper dans ses promesses." Quesnel.

      C'est-à-dire, nous qui, retenant (Hébreux 4.14) cette espérance, y trouvons un refuge dans lequel nous sommes à l'abri du danger.

      Le grec porte : Nous qui nous sommes réfugiés à retenir ferme l'espérance.

      Plusieurs interprètes construisent la phrase autrement : Afin que nous ayons un puissant encouragement à retenir l'espérance proposée, nous qui avons cherché un refuge, sous-entendu : en Dieu.

      Notre traduction se justifie mieux, car les mots : nous ayons un puissant encouragement, n'appellent pas de complément, tandis que l'expression : nous qui avons cherché un refuge, en exige un.

      20 Les mots : et qui pénètre (grec) dans l'intérieur du voile se rapportent à une ancre, et non à laquelle (espérance).

      La s√©curit√© que procure une ancre d√©pend de la nature du fond o√Ļ elle s'est fix√©e. L'ancre de l'esp√©rance chr√©tienne est s√Ľre et ferme, parce qu'elle nous tient attach√©s √† la demeure m√™me de Dieu, au si√®ge de l'immuable fid√©lit√©.

      L'ancre, comme emblème de l'espérance, ne se retrouve pas ailleurs dans l'Ecriture, chez les écrivains grecs et latins, elle est l'image d'un moyen de salut, mais non le symbole de l'espérance.

      - "L'auteur semble comparer ici J√©sus √† la personne qui, d√©tach√©e d'un navire, va, dans un canot, en porter l'ancre dans l'endroit o√Ļ elle doit √™tre jet√©e pour la s√Ľret√© de l'√©quipage. Voil√† bien ce que J√©sus est spirituellement pour nous. Mais, au lieu que la personne dont nous parlons jette son ancre en bas, J√©sus a port√© la n√ītre en haut, et l'a plant√©e dans le ciel m√™me, o√Ļ il est entre comme notre Pr√©curseur." (H√©breux 4.14) Guers.

      C'est par ces mots que l'auteur revient à son sujet, qu'il avait énoncé déjà à Hébreux 5.10,mais dont il avait jugé nécessaire de préparer l'exposé par les sérieuses exhortations qu'il vient de faire (Comparer Hébreux 7.1, note.)

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