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Jean 11

    • 1 La r√©surrection de Lazare et la fin du lminist√®re de J√©sus. Ch. 11 et 12

      Chapitre 11.

      1 à 44 La résurrection de Lazare.

      L'évangéliste décrit ainsi (versets 1,2) en quelques mots très simples, le lieu de l'événement dont il va faire le récit si plein de vérité, d'intimité et de grandeur.

      Il nomme d'abord le malade qui sera l'objet du plus éclatant miracle du Sauveur, Lazare, abrégé de Eléazare qui signifie Dieu est le secours.

      Il rappelle ensuite que ce malade était de Béthanie (voir sur ce nom Matthieu 21.17, note), village bien connu comme demeure de Marie et de Marthe. Notre évangéliste n'en a point encore parlé. Il suppose ses lecteurs instruits par la tradition apostolique.

      Les deux sŇďurs, Marthe et Marie, √©taient connues en particulier par le gracieux r√©cit de Luc 10.38-42. C'est ainsi que l'√©vangile de Jean et les synoptiques se compl√®tent et se supposent mutuellement.

      - De ce que Marie est nomm√©e la premi√®re, on a quelquefois conclu qu'elle √©tait a√ģn√©e, mais c'est √† tort. On voit par les versets 5,19,20, et surtout par le r√©cit de Luc d√©j√† cit√©, que Marthe avait dans la maison le r√īle de la sŇďur a√ģn√©e, si Marie occupe ici la premi√®re place, c'est qu'elle √©tait la plus connue par le t√©moignage de v√©n√©ration et d'amour qu'elle avait donn√© au Sauveur et que Jean va rappeler. (verset 2)

      2 Encore ici, Jean se réfère au récit des premiers évangélistes (Matthieu 26.6-16 ; Marc 14.3-9) au sujet d'un trait que lui-même va rapporter ci-après. (Jean 12.1-8)
      3 Ce message des deux sŇďurs que Jean a conserv√© dans les termes m√™mes qu'elles avaient employ√©s, est plein, √† la fois, de confiance et de d√©licatesse.

      Elles ne demandent rien, elles se bornent √† faire conna√ģtre √† J√©sus la maladie de leur fr√®re, qui les remplit d'inqui√©tude, bien convaincues que ce mot de tendre affection¬†: celui que tu aimes, suffira pour amener le Sauveur √† leur secours. En effet, J√©sus, en parlant de Lazare, ratifiera cette expression de son attachement pour lui. (verset 11)

      4 Point √† la mort¬†? J√©sus se serait il tromp√©¬†? Il faudrait, pour le penser, conna√ģtre bien peu sa mani√®re √©nigmatique et profonde de parler. (Comparer Matthieu 9.24)

      Dès ce moment, il savait ce qui allait se passer à Béthanie. (versets 11,14)

      Ce qu'il veut dire, c'est que la mort ne sera pas le résultat définitif de cette maladie. Elle en aura un tout autre, la gloire de Dieu c'est-à-dire la manifestation de sa puissance et de son amour, par le triomphe de la vie sur la mort. (Romains 6.4)

      Et cette gloire resplendira sur le Fils de Dieu par qui le P√®re r√©v√®le toutes ses perfections et op√®re toutes ses Ňďuvres. (Comparer Jean 9.3¬†; 10.30,38)

      J√©sus reviendra (verset 40) sur cette pens√©e de la gloire de Dieu, qui est le but supr√™me de tout ce r√©cit et de toute l'Ňďuvre du Sauveur. (Jean 17.4)

      - Cette grande parole pouvait soutenir les deux sŇďurs afflig√©es jusqu'√† l'arriv√©e du Sauveur. Elles devaient, quand elles verraient mourir leur fr√®re, rattacher √† cette parole l'esp√©rance qui se manifesta r√©ellement dans le cŇďur de Marthe. (verset 22) En m√™me temps cette d√©claration pouvait pr√©parer les disciples de J√©sus, et tous ceux qui l'√©coutaient, au miracle qui allait s'accomplir. C'est ce qui ressort de ce terme g√©n√©ral¬†: il dit, il dit √† tous, et non il r√©pondit au messager de Marthe et de Marie.

      5 "Heureuse famille !" s'écrie Bengel.

      Jésus avait pour chacun de ses membres cet attachement particulier, dont Jean connaissait lui-même tout le bonheur. (Jean 13.23)

      - Mais quelle est l'intention de l'évangéliste, en plaçant ici cette parenthèse ?

      On a r√©solu cette question de diverses mani√®res¬†: soit en rattachant la parenth√®se au verset 3, comme confirmation de la parole des deux sŇďurs, celui que tu aimes (Bengel, de Wette), soit en y voyant le motif de la promesse du verset 4 (Meyer)¬†; soit en pensant que l'√©vang√©liste, dans un sentiment tr√®s d√©licat, ne veut pas qu'on puisse interpr√©ter comme de l'indiff√©rence de la part de son Ma√ģtre ce qu'il va raconter au verset 6.

      "Sa mani√®re d'agir s'explique au contraire par son amour pour tous les membres de cette famille" (Luthardt)¬†; soit enfin, et c'est l'interpr√©tation qui nous para√ģt la plus juste, en consid√©rant cet amour de J√©sus comme la cause de sa courageuse r√©solution (verset 7) de retourner en Jud√©e (Godet, Weiss)¬†: la remarque du verset 5 pr√©pare la parole que J√©sus prononce au verset 7.

      6 Ce mot lors donc reprend la narration interrompue par la remarque du verset 5.

      Mais pourquoi J√©sus diff√©ra-t-il son d√©part pendant ces deux jours que les sŇďurs de Lazare durent passer dans l'angoisse¬†?

      Question difficile, que l'ex√©g√®se rationaliste s'est h√Ęt√©e d'exploiter contre la v√©rit√© historique de notre r√©cit, en attribuant ce d√©lai √† un calcul de J√©sus qui voulait laisser mourir Lazare, afin d'avoir l'occasion de le ressusciter. Le verset 15 interdit cette supposition.

      Dire, avec Calvin et Olshausen que ce devait √™tre l√†, pour les deux sŇďurs, l'√©preuve de leur foi¬†; ou, avec L√ľcke et Tholuck, que J√©sus √©tait retenu dans la P√©r√©e par les travaux de sa mission, (Jean 10.41,42) ne suffit pas √† expliquer ce proc√©d√© de la part de Celui que nous allons voir √©mu de compassion pour ses amis afflig√©s¬†; et d'ailleurs le texte n'indique rien de pareil.

      La seule explication que celui-ci nous pr√©sente se trouve dans la parole du verset 15, ou J√©sus se r√©jouit, comme d'une dispensation providentielle, de ce qu'il n'√©tait pas √† B√©thanie au moment o√Ļ Lazare mourut. Il suivit donc, en ceci, comme dans toute sa vie, la direction int√©rieure de son P√®re, dont il faisait toujours la volont√©. (Jean 8.28,29)

      7 J√©sus n'ignorait pas ce qui s'√©tait pass√© √† B√©thanie, (verset 11) le moment de Dieu √©tait donc venu¬†; mais en parlant de retourner (grec aller de nouveau) en Jud√©e et de s'exposer ainsi aux plus imminents dangers, il provoqua dans le cŇďur de ses disciples des objections et des craintes qu'il s'effor√ßa de dissiper. (verset 8 et suivants)
      8 Il s'√©tait pass√© peu de temps entre le moment actuel et la sc√®ne d√©crite au Jean 10.31¬†; (comparez Jean 8.59) les disciples √©taient encore remplis de crainte, non seulement pour eux-m√™mes, mais pour le Ma√ģtre qu'ils aimaient. Ils auraient donc voulu le retenir dans la P√©r√©e, au del√† du Jourdain, o√Ļ il √©tait en s√Ľret√©.
      9 Cette parole destinée à rassurer les disciples renferme une image dont il est fait une double application.

      D'abord, les douze heures du jour repr√©sentent le temps assign√© √† notre vie, pendant lequel nous devons accomplir la t√Ęche qui nous est donn√©e, car "la nuit vient en laquelle nul ne peut travailler." (Jean 9.4)

      Celui qui marche ainsi de jour, ne court aucun danger de se heurter, de broncher, parce qu'il, est éclairé par la lumière de ce monde, c'est-à-dire, la lumière du soleil, qui mesure les douze heures. Mais au delà de ce temps déterminé, il n'y a plus que ténèbres et dangers.

      Quelques interprètes (Meyer) ne veulent voir dans cette image que l'idée du temps assigné à chacun ; et Jésus, se l'appliquant à lui-même, en ce moment, aurait voulu dire simplement : "Le temps que Dieu a assigné à mon activité n'est pas encore passé, tant qu'il dure, nul ne peut me nuire ; mais quand il sera écoulé, je tomberai entre les mains de mes ennemis."

      Serait ce là toute la pensée du Sauveur ? se servirait il de ce terme : se heurter ou broncher, pour indiquer la mort qui l'attend ? et que signifierait cette expression : la lumière n'est point en lui ?

      Non, √©videmment J√©sus emploie l'image, en outre, au sens moral d'ob√©issance √† la vocation re√ßue, d'accomplissement de la volont√© de Dieu. Celui qui pratique cette ob√©issance, qui agit selon la volont√© de Dieu, qui marche √† la lumi√®re de son Esprit, est en s√Ľret√©, m√™me au milieu des dangers, mais, hors de l√†, il n'y a pour l'homme qu'occasions de chutes, au sein des t√©n√®bres parce qu'aucune lumi√®re ne l'√©claire int√©rieurement ni ne luit sur sa route¬†: la lumi√®re n'est point en lui ni autour de lui. Les disciples feront plus tard, mieux encore que dans le moment actuel l'exp√©rience de cette profonde v√©rit√©.

      Telle est l'interprétation entrevue déjà par les Pères, soutenue par Calvin et par plusieurs commentateurs modernes.

      11 Grec : Lazare s'est endormi et dort (verbe au parfait).

      Douce image qui signifie que, pour les hommes pieux, la mort est un repos après le travail du jour, un sommeil qui sera suivi du réveil. (Matthieu 9.24 ; Actes 7.60 ; 1Corinthiens 15.20 ; 1Thessaloniciens 4.13)

      "Langage céleste !" s'écrie Bengel ; et cet auteur ajoute au sujet de ce mot, notre ami : "Avec quelle tendresse tout humaine Jésus associe ses disciples à son amitié pour Lazare !"

      J√©sus emploie aussi ce terme en r√©ponse √† la d√©claration des deux sŇďurs¬†: (verset 3) "celui que tu aimes est malade."

      12 Sauvé du danger, de la mort.

      Les disciples qui, selon leur habitude, ont compris la parole du Ma√ģtre dans son sens litt√©ral, pensent que ce sommeil est le signe d'une crise favorable, ainsi qu'on l'observe tr√®s souvent dans les maladies et ils s'emparent de cette id√©e, comme d'un argument nouveau, pour emp√™cher leur Ma√ģtre d'aller en Jud√©e.

      On a trouv√© un tel malentendu impossible. Il est s√Ľr que les disciples ne pouvaient penser s√©rieusement que J√©sus allait faire ce voyage pour r√©veiller Lazare d'un sommeil naturel¬†: mais dans l'ardent d√©sir de retenir leur Ma√ģtre, et convaincus, d'apr√®s le verset 4, que Lazare ne mourrait pas, ils s'arr√™tent uniquement √† l'id√©e de son sommeil et n'attachent aucune importance √† ce mot myst√©rieux¬†: je vais l'√©veiller.

      13 Grec : du dormir du sommeil, c'est-à-dire d'un sommeil naturel.
      14 Lazare est mort¬†! Ce fut avec √©motion que J√©sus pronon√ßa ces paroles et les disciples eux-m√™mes durent y trouver la raison puissante que leur Ma√ģtre avait d'aller au secours de la famille en deuil.

      On voit encore ici, comme à versets 4,11 que Jésus savait, par une science divine, tout ce qui se passait à Béthanie, car c'est à tort, selon nous, que quelques interprètes pensent qu'il venait de recevoir un second message, lui apprenant la mort de son ami.

      15 Si Jésus avait été à Béthanie, il aurait guéri Lazare, et le plus grand de ses miracles n'aurait pas eu lieu.

      "Il est digne de l'honneur divin que nous ne lisions pas que jamais personne soit mort en pr√©sence du Prince de la vie. Si donc nous croyons que, J√©sus pr√©sent, Lazare ne serait pas mort, la parole des deux sŇďurs (versets 21,32) se rev√™t d'un sens d'autant plus sublime, c'est ce qui explique la joie du Seigneur d'avoir √©t√© absent." Bengel.

      Si le Sauveur se réjouit, même dans sa tristesse actuelle, c'est, dit-il à ses disciples, à cause de vous, afin que vous croyiez, afin que votre foi soit affermie et développée par le grand miracle dont vous serez témoins.

      Ce dernier terme en effet ne signifie pas que jusque-là les disciples n'eussent pas cru en lui mais indique un nouveau degré de leur foi. (Comparer Jean 2.11 ; 16.31 ; 20.31)

      A chaque d√©veloppement nouveau de la foi, o√Ļ nous ne parvenons que par de rudes combats, il nous semble que jusque-l√† nous n'avions point encore cru.

      16 Le nom hébreu de Thomas signifie Jumeau, en grec Didyme, et c'est par son nom ainsi traduit que Thomas était connu des chrétiens de l'Asie Mineure pour qui Jean écrivait.

      Thomas, voyant (donc) que son Ma√ģtre ne se laissait retenir par aucun argument, et bien convaincu qu'en se rendant, en Jud√©e il allait au devant de la mort, prend brusquement une r√©solution d√©sesp√©r√©e dans laquelle, comme l'observe M. Godet, il y avait "plus d'amour pour la personne de J√©sus que de foi en la sagesse de ses d√©marches."

      C'est bien le même homme que nous retrouvons ailleurs, dans notre évangile, mais sombre, enclin au doute, s'attachant au présent, au visible, incapable de saisir par la foi l'avenir, l'invisible. (Jean 14.5 ; 20.25)

      "Cette cons√©quence, nullement calcul√©e, dans le r√īle des personnages secondaires, est, comme l'a admirablement d√©velopp√© Luthardt l'un des traits les plus frappants du r√©cit de Jean et l'une des meilleures preuves de la v√©rit√© historique de cet √©crit." Godet.

      17 Arriv√© pr√®s de B√©thanie, o√Ļ il n'entra pas tout de suite. (verset 30)

      - Tischendorf retranche déjà, sur la foi de A, D, plusieurs versions. Les autres critiques le maintiennent.

      - Pour se rendre compte de ces quatre jours, on admet g√©n√©ralement que Lazare mourut le jour m√™me o√Ļ J√©sus re√ßut le message de ses sŇďurs dans la P√©r√©e, au del√† du Jourdain (Jean 10.40) c'est-√†-dire √† un distance de dix lieues au moins.

      Jésus étant resté, là encore deux jours, (verset 6) et ayant ensuite mis une journée pour se rendre à Béthanie n'y arriva qu'à la fin du quatrième jour. Et comme les Juifs déposaient leurs morts dans la grotte sépulcrale le jour même du décès, il y avait bien quatre jours que Lazare y reposait.

      19 Cette remarque de l'√©vang√©liste sur la distance de J√©rusalem √† B√©thanie (15 stades, trois kilom√®tres environ) n'a d'autre but que d'expliquer comment beaucoup de Juifs avaient pu venir offrir leurs condol√©ances aux deux sŇďurs en deuil. Il ressort de ce d√©tail que la famille de Lazare √©tait bien connue √† J√©rusalem et y jouissait de quelque consid√©ration.

      - Comme l'auteur de cet √©vangile conna√ģt bien lieux et distances¬†!

      20 Marthe, active au dehors jusque dans son affliction, apprend la premi√®re l'arriv√©e de J√©sus¬†; et sans m√™me en avertir sa sŇďur, elle s'√©lance au-devant de lui.

      Marie, plongée dans sa douleur, reste assise à la maison.

      Ce sont pr√©cis√©ment l√† les caract√®res divers que Luc (Luc 10.38-42) pr√™te aux deux sŇďurs.

      21 Comparer verset 32, note.

      Quelle confiance en la puissance de Jésus exprime cette première parole de Marthe ! Ce n'est pas un reproche, pas même une plainte, mais un profond regret ; car elle est bien persuadée qu'en présence du Sauveur la mort n'aurait eu aucun empire sur son frère. (verset 15, note.) Mais elle s'élève plus haut encore.

      22 Non seulement la foi de Marthe est assez forte pour être assurée que Jésus présent aurait guéri son frère, mais (ce mais, qui se lit dans le texte reçu, manque dans Sin., B, C) maintenant même qu'il est mort, et que, humainement parlant, tout est bien fini, elle sait que la prière de son Sauveur sera toute-puissante auprès de Dieu.

      Tout ce que tu demanderas¬†: Marthe comprend-elle, dans ce tout, m√™me le retour de son fr√®re √† la vie¬†? Elle ne le dit pas. Mais cet espoir se trahit dans ses paroles. Il se fondait sur la d√©claration du Sauveur, (verset 4) qui avait certainement √©t√© rapport√©e textuellement aux deux sŇďurs. Cette promesse doit se r√©aliser d'une mani√®re ou d'une autre.

      Marthe le croit fermement, mais sans oser formuler l'objet de son attente elle s'en remet avec une pleine confiance à la sollicitude de son céleste ami et à la toute-puissance de Dieu, dont elle prononce par deux fois le nom auguste.

      23 Il y avait déjà pour Marthe une grande consolation dans cette parole : Ton frère ressuscitera, et nous savons bien dans quel sens Jésus la prononçait. (verset 11)

      Mais, pour Marthe, elle pouvait avoir deux significations très différentes : la délivrance actuelle de son frère, qui lui serait rendu immédiatement, ou sa résurrection au dernier jour.

      C'est √† dessein que J√©sus emploie ce terme √† double entente, afin de solliciter cette √Ęme croyante √† s'√©lever au-dessus d'un int√©r√™t actuel et personnel jusqu'√† la source de la vie qui s'offrait √† elle en Celui qui lui parlait. (verset 25)

      24 Des deux espérances que pouvait présenter à Marthe la parole de Jésus, elle s'attache à la plus faible, la plus lointaine, la résurrection au dernier jour.

      Il semble donc qu'ici sa foi soit moins courageuse qu'au verset 22. Mais est il bien s√Ľr qu'il ne lui reste que de la tristesse (Luthardt), ou m√™me que la r√©signation d'un grand m√©compte (Meyer)¬†?

      Ne peut-on pas penser, avec de Wette, qu'en prononçant cette parole qui exprimait le moins, l'esprit pénétrant de cette femme angoissée interrogeait les regards de Jésus pour y découvrir le plus ?

      25 Marthe n'ayant pas osé saisir la promesse de Jésus (verset 23) dans toute sa réalité actuelle, cherchait dans un avenir lointain la résurrection et ses consolations. (verset 24) Jésus la ramène au présent et à sa personne, en lui disant : C'est moi.

      Lui, en effet, est la résurrection, parce qu'il est la vie ; (Jean 14.6 ; Colossiens 3.4) il l'est en lui-même, et, dans ses rachetés, la résurrection ne sera que le dernier épanouissement de la vie impérissable qu'il leur a communiquée. (Comparer Jean 6.54, note.)

      Jésus fait immédiatement l'application de cette profonde vérité, en ajoutant que celui qui croit en lui, qui a puisé en lui la vie de la foi, quand même il serait mort comme Lazare, vivra d'une vie éternelle sur laquelle la mort n'a point d'empire.

      Après cette grande affirmation, Jésus exprime la même vérité d'une manière négative, pour ceux qui vivent encore sur cette terre : Quiconque vit et croit en moi, alors même qu'il subira la dissolution du corps, ne mourra jamais.

      Il y a ici une double négation qui signifie : ne mourra certainement jamais. C'est ainsi que traduit Rilliet.

      Tout pour Marthe, dépendait de sa foi au Sauveur, tel qu'il se révélait à elle. De là la question directe et pénétrante qu'il lui adresse : Crois-tu cela ?

      27 Marthe, en présence de Jésus et sous l'impression de sa parole, sent sa foi s'affermir et grandir ; elle répond sans hésiter : Oui, Seigneur !

      Et la preuve qu'elle a maintenant compris que le vrai objet de sa foi et de toutes ses espérances se concentre dans la personne du Sauveur, c'est qu'elle le confesse lui (grec) : Moi je crois (verbe au parfait, exprimant un fait accompli et permanent, comme Jean 6.69) que toi tu es le Christ, le Fils de Dieu.

      Par le premier de ces titres, Marthe reconna√ģt en J√©sus le Messie, l'Oint de Dieu, le Lib√©rateur promis √† son peuple¬†; par le second, elle confesse en lui un √™tre qui est avec Dieu dans le rapport tout sp√©cial d'un fils √† son p√®re et qui, comme tel, est v√©ritablement "la r√©surrection et la vie" (Comparer Jean 6.69)

      - Le dernier qualificatif appliqué par Marthe à Jésus ne constitue pas un troisième titre, parallèle aux deux autres. Il est donc inexact de le rendre par : Celui qui devait venir. (Comparer Jean 6.14)

      Il y a en grec un participe présent. On doit donc traduire : qui vient dans le monde, qui doit venir, d'après la promesse divine, et qui vient en effet.

      Cette expression est constamment appliquée au Libérateur promis dans les Ecritures et qui, selon la foi des Israélites croyants, vient certainement. (Matthieu 11.3, note.)

      28 J√©sus, apr√®s avoir amen√© Marthe √† s'appuyer sur le seul fondement qui p√Ľt la soutenir et la consoler, met fin √† l'entretien et l'invite √† faire venir sa sŇďur qu'il voulait voir pour la pr√©parer aussi aux grandes sc√®nes qui vont se d√©rouler. C'est ce qui ressort clairement de ce mot¬†: il t'appelle.

      Marthe s'acquitta de cette mission avec empressement, mais en secret. Elle voulait que Marie seule f√Ľt avertie de l'arriv√©e du ma√ģtre et qu'elle p√Ľt le voir en particulier, comme elle m√™me en avait eu le privil√®ge.

      29 Ces verbes au présent rendent vivement l'empressement de Marie. La plupart des critiques adoptent les variantes : Elle se leva

      (Sin., B, C, D), et elle venait (Sin., B, C). Tischendorf maintient, avec raison, le présent pour les deux verbes.

      30 J√©sus n'√©tait entr√© ni dans le village, ni, par cons√©quent, dans la maison mortuaire, o√Ļ certainement son cŇďur l'attirait¬†; c'est qu'il savait qu'il y avait l√† beaucoup de monde et qu'il voulait voir sans t√©moins les sŇďurs afflig√©es.
      31 Puisque ces hommes √©taient venus dans l'intention de consoler Marie, ils ne voulaient pas la laisser aller seule au s√©pulcre, o√Ļ ils pensaient qu'elle se rendait pour pleurer.

      Ils ignoraient l'impuissance des consolations humaines et ne savaient pas que cette √Ęme en deuil allait trouver le seul vrai consolateur.

      32 Vers. 21 note. Les deux sŇďurs expriment les m√™mes douloureux regrets. Il est probable qu'avant l'arriv√©e de J√©sus elles s'√©taient communiqu√© cette pens√©e¬†: qui les hantait dans leur affliction.

      Leur exclamation, qui para√ģt identique dans la traduction fran√ßaise, pr√©sente en grec une double nuance¬†:

      1¬į Marthe (verset 21) dit, d'apr√®s le texte re√ßu (A, majuscules)¬†: "il ne serait pas, en ce moment, √† l'√©tat de mort¬†;" Marie¬†: (verset 32) "il n'aurait pas accompli l'acte de mourir."

      2¬į Le pronom possessif mon fr√®re est plac√© en t√™te de toute la phrase dans la parole de Marie¬†; il ne vient qu'√† la fin dans celle de Marthe.

      La douleur de Marie est plus personnelle plus √©go√Įste, plus d√©sesp√©r√©e aussi. La diff√©rence entre leurs deux caract√®res se montre du reste dans leur attitude. Marie, tout enti√®re √† sa douleur, ne peut que se laisser tomber aux pieds de J√©sus et laisser couler ses larmes sur la mort de son fr√®re, (verset 32) sans ajouter, comme l'avait fait Marthe, (verset 22) aucune parole d'esp√©rance.

      Si l'on compare ce tableau avec celui que nous a retracé ; Luc (Luc 10.38 et suivants) et Jean lui-même, (Jean 12.1 et suivants) on est frappé de la vérité intime qui se révèle dans la peinture de ces caractères, ils sont évidemment pris dans la vie.

      - En pr√©sence d'un tel accablement, J√©sus ne prononce aucune parole de consolation. Sa profonde sympathie (versets 33-35) et son action divine seront seules assez puissantes pour relever cette √Ęme d√©faillante.

      33 Le donc présente l'émotion comme l'effet de la douleur de Marie et des pleurs des Juifs.

      Le terme de l'original que toutes les versions rendent, ici et au verset 38, par ce mot : il frémit en son esprit, signifie que Jésus éprouva alors, dans la profondeur la plus intime de son être, une violente indignation.

      Si l'on examine avec soin les autres passages du Nouveau Testament o√Ļ ce mot se retrouve, (Matthieu 9.30¬†; Marc 1.43¬†; 14.5) on se convaincra qu'il implique toujours l'id√©e de vive d√©sapprobation.

      Mais qu'est-ce qui cause ce fr√©missement dans l'√Ęme du Sauveur¬†? et s'il va jusqu'√† l'indignation, contre qui l'√©prouve-t-il¬†?

      D'apr√®s Chrysostome et plusieurs P√®res, J√©sus s'indignerait contre lui m√™me de ce qu'il ne peut ma√ģtriser son √©motion¬†! ou de ce qu'il n'a pas pu √©pargner ce grand deuil √† ses amis¬†!

      D'après Erasme, Keim, M. Holtzmann et d'autres, ce serait leur manque de foi ou l'incrédulité des Juifs qui encourraient sa réprobation.

      D'après Meyer et M. Weiss, Jésus voit pleurer Marie ; il voit pleurer les Juifs qui l'entourent, et le contraste entre la douleur de la première et les condoléances hypocrites des seconds excite son indignation.

      D'apr√®s M. Godet celle-ci serait bien provoqu√©e par les Juifs de l'entourage de Marie, mais en tant que J√©sus voit en eux les tra√ģtres (comparez Jean 13.21) qui prendront occasion de la plus belle de ses Ňďuvres (Jean 10.32) pour le d√©noncer et pr√©cipiter le moment de sa mort. (versets 46-53)

      Le plus simple et le plus naturel nous para√ģt √™tre de supposer que ce fr√©missement d'indignation √©tait excit√© en J√©sus par la vue de la mort et des maux qu'elle cause, et par l'approche de l'ennemi qui en est l'artisan cruel. (Jean 8.44)

      C'est pourquoi ce frémissement se renouvelle au moment ou Jésus se rend au sépulcre. (verset 38)

      C'est à peu près ainsi que beaucoup d'interprètes, Calvin, Olshausen, Tholuck, Ebrard, Luthardt Hengstenberg, Keil, Astié, s'expliquent cette scène mystérieuse de la vie de Jésus.

      Quelques interprètes relèvent le fait que le grec porte non : il fut troublé, mais : il se troubla il s'émut lui-même ; l'évangéliste aurait choisi cette tournure pour écarter l'idée que Jésus aurait subi une secousse irréfléchie.

      34 C'est aux sŇďurs de Lazare ou √† ceux qui les entouraient que J√©sus adresse cette question, et ce sont eux qui lui r√©pondent.
      35 Jésus pleure avec ceux qui pleurent.

      Au verset 33 se trouve un mot qui signifie pleurer des yeux et de la voix avec des sanglots, ici est un terme différent dont le sens est verser des larmes, larmes silencieuses qui coulent sur le visage de Jésus, provoquées par une profonde et douloureuse sympathie pour ses amis. (verset 36)

      En pr√©sence de cette sc√®ne, on s'arr√™te, on contemple avec √©motion et l'on se dit¬†: c'est bien l√† Celui qui a √©t√© fait semblable √† ses fr√®res en toutes choses, afin qu'il f√Ľt un souverain sacrificateur mis√©ricordieux, il peut avoir compassion de nos infirmit√©s, parce qu'il a √©t√© tent√© comme nous, en toutes choses, sans p√©ch√©. (H√©breux 2.17¬†; 4.15)

      "C'est une chose √©trange que ce soit l'√©vangile dans lequel est affirm√©e avec le plus d'√©clat la divinit√© de J√©sus qui nous fasse aussi le mieux conna√ģtre le c√īt√© profond√©ment humain de sa vie" dit M. Godet, et il ajoute que ce trait "prouve combien peu un tel J√©sus est l'enfant de la sp√©culation."

      36 Donc, à la vue de ces larmes de Jésus, ces hommes ont tout naturellement la preuve de son profond amour pour Lazare, et euxmêmes en sont émus.
      37 La réflexion de ces quelques-uns est toute naturelle.

      La gu√©rison de l'aveugle n√©, qui est encore toute fra√ģche dans leur souvenir, (Jean 9.1 et suivants) √©tait, √† leurs yeux, plus difficile √† op√©rer que celle de Lazare malade.

      Mais quel sentiment leur inspire cette question¬†? Venant imm√©diatement √† la suite des paroles pleines de sympathie qui pr√©c√®dent, il para√ģt naturel d'y voir l'expression d'un int√©r√™t bienveillant et du regret sinc√®re que J√©sus n'ait pas gu√©ri le fr√®re de Marthe et de Marie.

      Un grand nombre d'excellents interprètes voient cependant dans ces paroles un sentiment d'hostilité contre Jésus, une insinuation de son impuissance. Meyer, MM. Weiss et Godet vont jusqu'à prétendre que ces hommes voient dans les larmes de Jésus une preuve de son impuissance et nient la guérison de l'aveugle-né.

      Ils expliquent par cette manifestation d'incrédulité et de haine le nouveau frémissement de Jésus verset 38.

      Cette interpr√©tation proc√®de de l'id√©e que les m√™mes interpr√®tes se sont faite, en g√©n√©ral, au sujet des amis de la famille de Lazare, venus de J√©rusalem pour partager le deuil de ses sŇďurs.

      Parce que Jean les appelle des Juifs, (versets 19,31,36) terme par lequel il d√©signe ordinairement les chefs de la th√©ocratie ennemie de son Ma√ģtre, (Jean 1.19, note) et parce que le verset 46 nous montre quelques-uns d'entre eux allant raconter aux pharisiens le miracle de B√©thanie, les m√™mes interpr√®tes en concluent que ces hommes √©taient, pour la plupart, des adversaires du Sauveur.

      Est-ce bien l√† l'impression que veut produire l'√©vang√©liste¬†? Ne nous dit-il pas deux fois (versets 19,31) que ces visiteurs √©taient venus pour "consoler" les sŇďurs en deuil¬†? Ne nous les montre-t-il pas pleurant avec elles (verset 33) et admirant l'amour de J√©sus pour Lazare¬†? (verset 36)

      Enfin, et surtout, ne nous apprend-il pas (verset 45) que beaucoup d'entre eux (même terme qu'au verset 19), sous l'impression du miracle, crurent en Jésus ?

      C'est donc, ce nous semble, introduire une note fausse dans ce beau r√©cit que de repr√©senter ces amis de la famille de B√©thanie comme des adversaires de Celui qu'elle aimait. Et comme, dans notre verset, il n'y a pas un mot qui suppose de la malveillance nous concluons avec L√ľcke, Tholuck, de Wette et d'autres, qu'on peut voir plut√īt dans la r√©flexion qui nous est rapport√©e un sympathique int√©r√™t.

      38 Cette violente √©motion de l'√Ęme du Sauveur se renouvelle au moment supr√™me o√Ļ il vient au s√©pulcre, et par les m√™mes causes que nous avons expos√©es au verset 33.

      Les interpr√®tes dont nous n'avons pu admettre les vues pensent, encore ici, que J√©sus fr√©mit d'indignation contre les Juifs √† cause de leurs paroles, (verset 37) ils se fondent sur cette particule donc qui leur para√ģt relier les deux versets.

      Mais Jean reprend simplement par ce mot son r√©cit interrompu¬†; J√©sus a demand√©¬†: O√Ļ l'avez-vous mis¬†? on lui a dit¬†: Viens et vois. Il vient donc au s√©pulcre, de l√† son √©motion.

      On voit maintenant encore en Palestine, autour de Jérusalem et ailleurs, de nombreux tombeaux taillés dans le roc et dont une pierre ferme l'entrée. (Comparer Jean 20.1 ; Matthieu 27.60)

      A Béthanie même on montre aux voyageurs un sépulcre de Lazare, mais cette tradition est plus qu'incertaine. On peut traduire : placée dessus ou devant, car, suivant la forme du sépulcre, on y entrait de plain-pied ou l'on y descendait par un escalier.

      39 Il y a quelque chose de solennel dans cet ordre. S√Ľr de ce qu'il va faire J√©sus commande √† ses alentours comme il va commander √† la mort.

      De ce qu'il est là depuis quatre jours, Marthe conclut que la corruption du corps doit avoir commencé, et par le sentiment naturel et instinctif d'horreur qu'inspire un tel spectacle, elle voudrait en épargner la vue à Jésus et à elle-même.

      C'est ce que l'√©vang√©liste fait d√©licatement sentir par ce mot touchant¬†: La sŇďur du mort.

      D'ordinaire on considère la parole de Marthe comme une preuve que la confiance dont elle était animée à l'arrivée du Sauveur, (verset 22) et même la foi qu'elle avait professée peu après, (verset 27) défaillirent en présence du tombeau.

      Il est probable qu'elle ne croyait pas √† la r√©surrection imm√©diate de son fr√®re. J√©sus du reste s'√©tait pr√©sent√© √† elle comme la r√©surrection et la vie, (verset 25) mais il ne lui avait pas dit express√©ment qu'il allait rappeler son fr√®re d'entre les morts¬†; elle pouvait donc en douter √† ce moment, sans que sa foi au Sauveur, qui √©levait son √Ęme au-dessus de la vie et de la mort, e√Ľt subi aucune atteinte.

      40 J√©sus rappelle ainsi √† Marthe sa grande affirmation¬†; (versets 25,26) mais il se sert pour cela des termes qu'il avait employ√©s dans son premier message aux deux sŇďurs¬†: (verset 4) la gloire de Dieu, sa puissance et sa mis√©ricorde allaient se manifester avec √©clat par le triomphe de la vie sur la mort.

      Mais pour la voir, cette gloire, pour en √™tre p√©n√©tr√©e, consol√©e, fortifi√©e, il fallait que Marthe cr√Ľt¬†; la foi seule saisit l'invisible.

      Sans la foi, alors même que Marthe aurait revu son frère vivant, elle n'aurait pas vu la gloire de Dieu.

      41 Le texte reçu ajoute : du lieu ou le mort était couché, ces mots, omis par Sin., B, C, D, sont inutiles.

      Jésus leva les yeux en haut, au dessus de la mort, vers la source de la vie, au-dessus de la terre, vers le ciel qui, pour lui, n'était pas un ciel vide. (Jean 17.1)

      Cette action de gr√Ęce prononc√©e √† l'avance et surtout ces mots¬†: tu m'as exauc√©, supposent-ils que J√©sus avait, avant ce moment, √©lev√© son cŇďur √† Dieu, par une pri√®re silencieuse¬†? Ou expriment-ils seulement la certitude actuelle que Dieu allait d√©ployer par lui sa toute puissance¬†?

      On a soutenu l'une et l'autre de ces interprétations, et l'une et l'autre peuvent être vraies. Quoi qu'il en soit il ne faut pas oublier que, dès la première annonce de la maladie de Lazare, Jésus savait qu'elle aurait une issue qui serait à la gloire de Dieu. (verset 4)

      42 Pourquoi J√©sus a-t-il prononc√© √† haute voix et devant tous son action de gr√Ęce¬†?

      Non pas parce qu'il aurait considéré le miracle que Dieu lui donnait d'accomplir comme une chose nouvelle, inattendue ou extraordinaire dans sa vie. Dieu qui l'exauçait toujours, parce qu'il vivait avec lui dans une communion intime, avait souvent opéré par lui des actes de sa puissance, en répondant à ses prières. Sa mission habituelle était de manifester les perfections de Dieu dans notre humanité déchue.

      Mais cette grande v√©rit√©, il fallait que la foule qui l'entourait la comprit et en f√Ľt p√©n√©tr√©e¬†; sans cela le plus grand des miracles de J√©sus n'aurait √©t√©, √† ses yeux, qu'un prodige propre √† exciter son √©tonnement et n'aurait point cr√©√© en elle la vraie foi. Or, le d√©sir ardent de J√©sus, c'est qu'elle soit amen√©e par ce miracle √† le reconna√ģtre comme l'envoy√© de Dieu, le Sauveur.

      L'effet de la gu√©rison de l'aveugle-n√© avait √©t√© annul√© par cette affirmation des adversaires¬†: une Ňďuvre accomplie en violation du sabbat ne peut √™tre de Dieu.

      C'est pourquoi, avant de ressusciter Lazare, J√©sus prend Dieu √† t√©moin, le met en demeure de lui accorder ou de lui refuser sa demande, l'institue garant de l'Ňďuvre qu'il va accomplir. (Luc 5.22-24¬†; comparez 1Rois 18.36) Il √©carte ainsi par avance tous les obstacles qui pourraient arr√™ter le d√©veloppement de la foi chez ceux qui l'entourent.

      Ce but si √©lev√© et si saint de sauver les √Ęmes aurait d√Ľ pr√©venir, ce semble, l'objection de certains ex√©g√®tes qui trouvent √©trange que J√©sus adresse √† Dieu des paroles qui ont l'air d'une r√©flexion plut√īt que d'une pri√®re. Ce n'est pas une pri√®re en effet, mais un t√©moignage rendu √† la v√©rit√© et distinct de l'action de gr√Ęce prononc√©e d'abord, (verset 41) en pr√©sence de ce tombeau, o√Ļ la vie allait triompher de la mort.

      43 Grec¬†: Lazare, ici, dehors¬†! Il n'y a point de verbe dans cette phrase, c'est une exclamation puissante, ayant le sens d'un ordre, d'un appel adress√© au mort, et qui le fait rena√ģtre √† la vie.

      Telle fut l'Ňďuvre de la Parole de "Celui qui fait revivre les morts et appelle les choses qui ne sont point comme si elles √©taient." (Romains 4.17)

      C'est cette même Parole qui retentit à l'origine des choses : Que la lumière soit ! (Genèse 1.3,4)

      44 Les anciens ensevelissaient leurs morts en enveloppant de bandes de toile le corps et chaque membre à part. Lazare rendu à la vie, put sans difficulté marcher et sortir.

      Il ne faut donc pas voir, avec quelques Pères, un nouveau miracle dans ce fait. Mais il n'eut toute la liberté de ses mouvements qu'après l'exécution de cet ordre : Déliez-le et le laissez aller.

      Et c'est alors que parut évidente aux yeux de tous la grande parole de Jésus à Marthe : "Je suis la résurrection et la vie !"

      - Le r√©cit de la r√©surrection de Lazare porte tous les caract√®res de la v√©rit√© historique, non seulement dans l'encha√ģnement des faits ext√©rieurs, mais jusque dans les nuances psychologiques les plus d√©licates qui sont observ√©es dans les sentiments manifest√©s par les personnages de ce drame √©mouvant.

      Malgré cela, on devait s'attendre à ce que les théologiens rationalistes, dont la philosophie a décidé que tout miracle est impossible, ne trouvassent, dans ce chapitre, qu'un sujet nouveau d'exercer leur critique négative.

      Pour plusieurs, Lazare n'√©tait mort qu'en apparence et fut ranim√© par la fra√ģcheur du tombeau ou par les parfums aromatiques dont il √©tait entour√©.

      On ne manquera pas d'appliquer la même explication fantaisiste à la résurrection de Jésus-Christ lui-même.

      Elle a paru trop grossière aux historiens modernes qui, depuis Strauss, et selon son système, trouvent dans cette histoire un mythe, un récit fictif destiné à illustrer cette thèse métaphysique : "Je suis la résurrection et la vie" (Baur), ou suivant les plus récents (Keim, Schenkel, Holtzmann), la parabole du mauvais riche et de Lazare, racontée par Jésus aurait été transformée par la tradition, et aurait donné naissance à notre histoire !

      - Pour l'exégète qui admet la réalité du miracle se présente une question : c'est celle du silence des évangiles synoptiques. Comment se fait-il qu'ils n'aient pas rapporté ce miracle, qui, selon notre évangile, eut une si grande influence sur la catastrophe par laquelle allait se terminer la vie de Jésus ?

      On a répondu que les premiers évangélistes se sont tus par un ménagement délicat pour la famille de Lazare, qui pouvait vivre encore et qui était devenue l'objet de la haine et des desseins meurtriers des ennemis. (Jean 12.10)

      On a répondu encore (Meyer, Luthardt) que les trois premiers évangiles sont ici en parfait accord avec leur plan général, suivant lequel ils ont voulu ne raconter que le ministère de Jésus en Galilée et sa fin tragique à Jérusalem.

      On a répondu enfin que, à son origine, la tradition apostolique, toute remplie de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, n'avait recueilli, de tout ce qui s'était passé à Jérusalem, que ce grand fait du salut, en laissant dans l'ombre tout le reste. (Voir le Commentaire de M. Godet.)

      45 45 à 57 Conséquences de la résurrection de Lazare.

      Donc, à la suite de ce triomphe de la vie sur la mort dont ils venaient d'être témoins, beaucoup, un grand nombre, crurent en lui.

      Il pouvait y avoir des degrés très divers dans cette foi opérée par la vue du miracle. (Comparer Jean 2.11,23, notes.)

      D'après ce que nous avons vu des dispositions de ces amis de Lazare, (verset 37, note) il est possible que plusieurs fussent d'avance préparés à la foi en Jésus. Chez d'autres, cette foi ne fut peut-être que l'impression vive, mais passagère, du miracle. D'autres, enfin, ne reçurent pas même cette impression. (verset 46)

      46 Au grand nombre de ceux qui crurent, l'évangéliste en oppose (mais) quelques-uns qui, témoins de la puissance divine et de l'amour de Jésus, allèrent vers les pharisiens et leur dirent ce que Jésus avait fait.

      Dans quelle intention ? Les termes mêmes qu'emploie l'évangéliste et la suite du récit ne le prouvent que trop. Ils allèrent dénoncer à ces pharisiens, ennemis du Sauveur et qui exerçaient la plus grande influence sur le sanhédrin, ce qui venait de se passer à Béthanie.

      47 Donc, comme conséquence de la dénonciation qui précède.

      Ces mêmes pharisiens, avec les principaux sacrificateurs convoquent une séance du sanhédrin (grec un sanhédrin ; c'est ici la seule fois que Jean emploie ce mot), pour délibérer sur l'événement qu'on vient de leur dénoncer et qui était de nature à grandir démesurément l'influence redoutée de Jésus sur le peuple.

      Il faut remarquer ce verbe au présent : que faisons-nous ? Il est urgent de faire quelque chose et de le faire tout de suite.

      Ce qui les remplit d'inquiétude c'est que cet homme (terme de mépris) fait beaucoup de miracles.

      Ce n'est donc pas seulement la résurrection de Lazare qui les trouble, celle-ci n'a fait que mettre le comble à ces manifestations de la puissance divine qui agissait par Jésus et que les chefs du peuple ne peuvent tolérer. Ils croient ces miracles, ils les constatent officiellement, et ils veulent condamner celui qui les opère !

      48 Cette crainte des Romains était-elle sincère ?

      Plusieurs interpr√®tes le pensent avec les id√©es charnelles que les Juifs se faisaient du Messie, ils pouvaient redouter que J√©sus ne suscit√Ęt parmi le peuple quelque √©meute, qui aurait provoqu√© une r√©pression s√©v√®re de la part des Romains et amen√© peut-√™tre la suppression du pouvoir du sanh√©drin.

      C'est l√† ce qu'ils expriment par ces termes √©nergiques¬†: Ils d√©truiront (grec enl√®veront, supprimeront) et notre lieu c'est-√†-dire J√©rusalem et son temple, si√®ge de notre gouvernement et notre nation, √† laquelle ils √īteront ce qui lui reste de son antique ind√©pendance.

      Que cette crainte f√Ľt sinc√®re ou simul√©e leur principal mobile √©tait l'ambition √©go√Įste¬†: ils craignent que les Romains ne mettent un terme √† leur domination sur ce qu'ils appellent notre (tout l'accent porte sur ce mot en grec) lieu, notre nation.

      49 Les mots¬†: souverain sacrificateur cette ann√©e-l√†, ne signifient point que dans la pens√©e de l'auteur cette charge f√Ľt annuelle.

      M√™me si notre √©vang√©liste n'√©tait pas l'ap√ītre Jean, il se montre trop instruit des coutumes de l'Ancienne Alliance pour ignorer que le souverain sacrificateur √©tait nomm√© √† vie. Il n'est pas m√™me n√©cessaire, pour expliquer le terme qu'il emploie, de rappeler que cette haute dignit√© √©tait depuis longtemps conf√©r√©e arbitrairement par l'autorit√© romaine, qui, redoutant le pouvoir d'un fonctionnaire inamovible, rempla√ßait fr√©quemment les titulaires de cette charge.

      Tout ce que Jean veut dire, par cette expression qui se retrouve au verset 51 et au Jean 18.13, c'est que Ca√Įphe √©tait souverain sacrificateur dans cette ann√©e-l√†, l'ann√©e m√©morable et fatale de la mort du Sauveur. (Jean 18.13, note¬†; Matthieu 26.3¬†; Luc 3.9, note.)

      50 Ca√Įphe, en vrai sadduc√©en (Jos√®phe, Bell. jud. 2, 8, 14), parle avec rudesse¬†: Vous n'y entendez rien (grec vous ne savez rien)¬†; puis, invoquant la raison d'Etat, au nom de laquelle tant d'iniquit√©s ont √©t√© commises, il leur dit¬†: Vous ne consid√©rez pas qu'il vous (B, D¬†: le texte re√ßu, avec A, majuscules porte nous) est avantageux de sacrifier un seul homme pour sauver la nation.

      Innocent ou coupable, il faut que cet homme périsse ! Par là, ce politique qui se croit habile ne fait que reprendre en sous-ordre le raisonnement du verset 48, et il ne voit pas que c'est précisément le crime qu'il conseille qui amènera, par un juste jugement de Dieu, la ruine, de son peuple !

      51 L'√©vang√©liste ajoute (versets 51,52) aux paroles de Ca√Įphe un commentaire inattendu, lumineux, profond.

      Les ex√©g√®tes ne sont pas d'accord sur la nature de cette proph√©tie attribu√©e au souverain sacrificateur. Les uns, se rappelant que, dans les beaux jours de la vie religieuse en Isra√ęl, le souverain sacrificateur √©tait cens√© poss√©der le don de proph√©tiser, ou de prononcer des oracles en consultant l'Eternel, (Exode 28.30¬†; Nombres 27.21¬†; Deut√©ronome 33.8) pensent qu'en ce moment l'Esprit de Dieu renouvela en Ca√Įphe ce don depuis longtemps disparu et lui fit prononcer, en vertu de sa charge, une v√©ritable proph√©tie.

      Mais n'y a-t-il pas quelque chose qui répugne dans la pensée que l'Esprit de Dieu aurait réellement agi sur l'esprit d'un homme tout rempli de desseins meurtriers ? Est-ce là ce que Jean a voulu dire ? Cette pensée ne ressemblerait-elle pas à la monstrueuse erreur du catholicisme, attribuant aux papes les plus corrompus l'infaillibilité, en vertu de leur sacerdoce ?

      Non, c'est bien Ca√Įphe luim√™me qui, de son propre mouvement, prononce un principe de sa d√©testable politique, mais, par une direction sp√©ciale de la providence divine, il le fait en des termes dans lesquels l'√©vang√©liste pouvait, √† bon droit, voir une proph√©tie involontaire de la mort du Fils de Dieu.

      Pilate aussi, comme l'observe Bengel, proclama la royaut√© divine de J√©sus-Christ aux yeux de tous, en attachant √† la croix le titre de cette dignit√©. Nous dirons donc, avec M. Luthardt, que Ca√Įphe proph√©tisa non comme souverain sacrificateur, en vertu de sa charge, mais comme souverain sacrificateur de cette ann√©e-l√† (l'adjonction de ces derniers mots n'aurait pas de sens s'ils ne portaient l'accent) car cette ann√©e-l√† devait voir s'accomplir le grand sacrifice qui mettrait fin √† tout l'ancien sacerdoce.

      "Il y a, dit R. Stier une haute ironie de la providence spéciale de Dieu dans le fait que la sacrificature expirante dut encore annoncer, sans le savoir et sans le vouloir, par la bouche de celui qui en était revêtu, le grand sacrifice d'expiation."

      52 Le principe √©nonc√© par Ca√Įphe¬†: un pour tous ne s'applique pas seulement au peuple Juif¬†; il a un caract√®re d'universalit√©, que l'√©vang√©liste rel√®ve encore.

      Ce n'est pas seulement pour la nation juive que Jésus devait mourir, mais afin de rassembler en un seul corps, par la prédication de l'évangile, les enfants de Dieu dispersés parmi toutes les nations. (Comparer Jean 10.16, note.)

      Les mots¬†: en un seul corps (grec en un) indiquent la sainte communion d'esprit et d'amour dans laquelle Juifs et pa√Įens convertis ne sont plus qu'un cŇďur et qu'une √Ęme en J√©sus, leur chef et leur Sauveur.

      Mais dans quel sens Jean peut-il appeler enfants de Dieu ces milliers d'hommes de l'avenir qui n'avaient encore aucune connaissance de lui ?

      Des interpr√®tes, jaloux d'attribuer √† l'homme le plus possible et √† Dieu le moins possible dans l'Ňďuvre du salut, r√©pondent que ces enfants de Dieu √©taient ceux que Dieu voyait dispos√©s √† le devenir. Mais, r√©pondent Meyer et Luthardt, tout luth√©riens qu'ils sont, c'est se mettre en opposition avec tous les principes de l'Ecriture que de donner le titre d'enfants de Dieu √† des hommes p√©cheurs qui sont encore en dehors de toutes les conditions du salut.

      L'expression est donc proph√©tique comme le dit Meyer, ici en parfait accord avec Calvin¬†; l'√©vang√©liste parle au point de vue de la prescience de Dieu, en d'autres termes, de l'√©lection de sa gr√Ęce.

      C'est là le mystère de la miséricorde divine, s'étendant à toutes les nations et dont Paul a été le grand prédicateur. (Romains 8.28,29 ; Ephésiens 1.9 et suivants ; Ephésiens 3.4 et suivants, Colossiens 1.26,27)

      53 Le mot donc montre que la d√©cision de faire mourir J√©sus fut prise en cons√©quence de la proposition de Ca√Įphe, qui fut ainsi adopt√©e par le conseil.

      Depuis ce jour-là leurs délibérations ne concernèrent plus que les voies et les moyens d'exécuter leur dessein.

      54 Jésus n'ignorait pas la décision qui venait d'être prise ; il quitte donc les environs de Jérusalem et la Judée, il ne paraissait plus (grec), il ne marchait plus ouvertement, en public, librement, parmi les Juifs, il se retire dans la contrée voisine du désert de Juda qui s'étendait au loin dans la direction du Jourdain et de la mer Morte.

      Il va s√©journer avec ses disciples dans une ville appel√©e Ephra√Įm.

      Cette ville selon Eus√®be, √©tait √† huit milles, selon J√©r√īme √† vingt milles au nord-est de J√©rusalem. L'historien Jos√®phe la place dans le voisinage de B√©thel. (Comparer 2Chroniques 13.19)

      - M. Luthardt observe que par cette retraite Jésus montrait à ses adversaires que leur volonté ne serait pas accomplie sans la sienne et qu'elle le serait, non comme ils le voulaient, mais comme il le voudra. Quand son heure sera venue, il ira lui même au-devant d'eux.

      55 Le mot¬†: contr√©e ne d√©signe pas sp√©cialement le pays o√Ļ J√©sus s'√©tait retir√©, mais en g√©n√©ral les campagnes, par opposition √† la capitale.

      Ces gens se rendaient √† J√©rusalem avant la P√Ęque, afin que ceux qui √©taient atteints de quelque souillure l√©gale eussent le temps de se purifier par des sacrifices et diverses c√©r√©monies, pour pouvoir prendre part √† la f√™te.

      Par cette observation, Jean prépare ce qu'il va raconter au verset suivant.

      56 L'évangéliste nous décrit ainsi un mouvement de curiosité chez les uns, de sérieuse attente chez les autres. Leur attente était excitée par le bruit qu'avait fait le dernier miracle de Jésus.

      Mais la décision prise par le sanhédrin contre lui rendait très douteuse, à leurs yeux, sa venue à la fête.

      Ils se demandent donc les uns aux autres, avec un vif intérêt : Que vous en semble ? (grec) qu'il ne viendra point à la fête ?

      Ils se posaient ces questions, se tenant l√† dans le temple o√Ļ ils savaient que J√©sus avait l'habitude de se rendre pour parler au peuple.

      57 Tandis que se produisait parmi la foule ce mouvement, qui montrait toute l'influence que Jésus exerçait encore sur elle, les chefs du sanhédrin avaient pris leurs mesures pour exécuter leur décision.

      Ils avaient donn√© l'ordre que quiconque savait o√Ļ il √©tait, le d√©non√ß√Ęt, afin qu'ils pussent se saisir de lui.

      Le texte reçu, avec D et quelques majuscules, porte : avaient aussi donné l'ordre. Ce aussi marque, suivant M. Godet, "un nouvel anneau dans la série des mesures hostiles, si bien retracée par Jean : Jean 5.16,18 ; 7.32 ; 9.22 ; 11.53".

      Tout est donc préparé, l'heure de la catastrophe approche. Mais si Jésus était resté dans les montagnes ou il s'était retiré, tous ces desseins des adversaires auraient été vains. (Jean 12.1,12)

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