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Jean 20

    • 1 Chapitre 20. La r√©surrection

      1 à 18 Le tombeau vide. apparition à Marie-Magdelaine.

      Voir sur Marie Magdelaine Luc 8.2 ; 7.37, notes.

      Jean parle d'elle comme si elle était venue seule au sépulcre, tandis que les autres évangélistes mentionnent plusieurs femmes qui s'empressent également de visiter le tombeau, dans l'intention d'embaumer le corps du Seigneur. (Matthieu 28.1,2, note, Marc 16.1 ; Luc 24.1, note.)

      Pour concilier cette diff√©rence, plusieurs ex√©g√®tes admettent qu'elles y seraient all√©es toutes ensemble, mais que Jean ne mentionne que Marie Magdelaine sur laquelle se concentre tout son int√©r√™t, √† cause du r√īle important qu'elle va remplir.

      L'évangéliste n'ignorait pas, du reste, qu'elle avait des compagnes, puisqu'il la fait parler au pluriel et en leur nom. (verset 2)

      D'autres interprètes pensent que Marie Magdelaine serait réellement allée au sépulcre seule et avant toutes les autres, ce que semblerait indiquer cette expression de Jean : Comme il faisait encore obscur. (Voir la note suivante.)

      S'il en est ainsi, Jean aurait distingué cette course empressée de Marie Magdelaine de celle des autres femmes, tandis que les premiers évangélistes réunissent les deux faits dans un même récit.

      L'apparition de Jésus à Marie seule (versets 11-18) n'est du reste pas étrangère à la tradition apostolique des premiers évangiles. (Marc 16.9)

      Les choses pourraient s'√™tre pass√©es ainsi¬†: 1¬į Marie Magdelaine va au s√©pulcre, elle voit avec √©tonnement que la pierre qui le fermait a √©t√© √īt√©e, et elle court en avertir Pierre et Jean. (versets 1,2)

      2¬į Pendant qu'elle rentre dans la ville, les autres femmes arrivent pr√®s du tombeau ouvert et voient un ange qui leur annonce que J√©sus est ressuscit√©. Puis elles s'√©loignent promptement et courent annoncer cette nouvelle aux disciples. (Matthieu 28.5-8)

      3¬į Cependant Marie Magdelaine revient avec les deux disciples et quand ceux-ci, apr√®s avoir vu le tombeau vide, s'en retournent chez eux, Marie reste pr√®s du s√©pulcre en pleurant, et c'est alors qu'elle voit deux anges dans le s√©pulcre (versets 11-13) et que le Seigneur enfin lui appara√ģt. (versets 14-17)

      Telle est l'interprétation d'Ebrard, d'Ewald, de M. Luthardt et d'autres. Ces deux moyens de concilier les récits évangéliques sont l'un et l'autre admissibles, et en tout cas, ils ne laissent à la critique négative aucune raison de voir entre ces récits une contradiction insoluble.

      - Voici comment M. Godet accorde la seconde mani√®re de concevoir la suite des √©v√©nements avec la relation du premier √©vangile, d'apr√®s laquelle J√©sus serait apparu √† tout le groupe des femmes qui √©taient venues au s√©pulcre¬†: "Matthieu Matthieu 28.9,10, raconte qu'√† leur retour du s√©pulcre ces femmes eurent une apparition de J√©sus. Mais le r√©cit de Marc (Marc 16.8) et surtout la parole des deux disciples d'Emma√ľs¬†: "Elles (Luc 24.22-23) ont eu une apparition d'anges disant qu'il est vivant," sont incompatibles avec ce fait. Cette apparition aux femmes n'est donc pas autre que l'apparition √† Marie Magdelaine (qui va suivre chez Jean) g√©n√©ralis√©e. Tous les d√©tails de l'apparition co√Įncident. Le premier √©vangile applique au groupe entier ce qui s'est pass√© pour l'un de ses membres. Comme Marie Magdelaine n'a vu le Seigneur qu'apr√®s que les autres femmes √©tant retourn√©es √† la ville, on comprend que les deux disciples d'Emma√ľs aient pu partir de J√©rusalem sans avoir entendu parler d'aucune apparition de J√©sus. (Luc 24.24) Il n'y a donc eu, en r√©alit√©, d'autres apparitions, le matin de ce jour, que celle des anges aux femmes, puis √† Marie Magdelaine et enfin celle de J√©sus √† cette derni√®re."

      Tous les √©vang√©listes s'attachent √† marquer avec soin le moment pr√©cis o√Ļ les femmes et les disciples allaient rena√ģtre √† la foi et √† la joie, en voyant le tombeau vide ou le Seigneur lui-m√™me. Mais il y a quelque diff√©rence dans les termes dont ils se servent pour cela. Voir, √† ce sujet Marc 16.2, note.

      L'expression de Jean comme il faisait encore obscur, para√ģt indiquer que Marie Magdelaine pr√©c√©da les autres femmes au s√©pulcre (voir la pr√©c√©dente note), car lorsque celles-ci y arriv√®rent, Marc dit que "le soleil venait de se lever."

      - Matthieu (Matthieu 28.2) raconte comment la pierre avait √©t√© √īt√©e de l'entr√©e du s√©pulcre. (Comparer Marc 16.3,4)

      - Il faut remarquer ces verbes au présent : Marie Magdelaine vient, voit, court, vient, dit ; (versets 2,5,6) ils rendent la scène actuelle et vivante. La plupart de nos versions, sacrifiant à l'élégance du style, effacent ces nuances délicates et importantes.

      2 Le verbe au pluriel : nous ne savons, montre que Marie Magdelaine n'était pas venue seule au sépulcre. (Matthieu 28.1 ; Marc 16.1)

      L'émotion et l'effroi de Marie Magdelaine se peignent dans les termes par lesquels elle raconte cette nouvelle aux disciples. L'idée que Jésus pourrait être ressuscité n'a point encore abordé son esprit, puisqu'elle ne pense qu'à un enlèvement de son corps.

      L'autre disciple que Jésus aimait est Jean, notre évangéliste, qui aime à se désigner ainsi, sans jamais se nommer. (Comparer Jean 13.23 ; 19.26 ; 21.7,20 ; voir l'Introduction.)

      3 Ce trait se retrouve très abrégé dans Luc 24.12,24.
      8 Les deux disciples, remplis de la plus vive √©motion √† l'ou√Įe des paroles de Marie Magdelaine, (verset 2) s'√©lanc√®rent hors de la ville¬†; et ils allaient au s√©pulcre, ils couraient ensemble vers le lieu o√Ļ J√©sus √©tait enseveli. Jean, sans doute plus jeune et plus agile, devance son condisciple et arrive le premier au s√©pulcre.

      S'étant baissé pour regarder dans la grotte, il y voit les linges dont le corps avait été enveloppé ; (Jean 19.40) mais retenu par la crainte instinctive que lui inspirent le mystère de la mort et l'incertitude de la situation, il n'ose pas y pénétrer.

      Pierre arriva en ce moment, et, plus résolu que Jean, il entra dans le sépulcre, et il voit (grec il observe), d'une part, les linges gisant à terre, et, d'autre part, le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus, (Jean 11.44) soigneusement plié à part en un lieu, tandis que les linges avaient été jetés çà et là. (Comparer Luc 24.12,24)

      Alors donc, encouragé par l'exemple de son condisciple, Jean entra aussi dans la grotte, et il vit, et il crut.

      Qu'est-ce qu'il crut ?

      L'√©vang√©liste ne veut pas dire qu'il crut les paroles de Marie Magdelaine¬†; (verset 2) car l'ordre remarquable que le Seigneur avait voulu laisser dans son s√©pulcre (versets 6,7) excluait absolument l'id√©e d'un enl√®vement op√©r√© √† la h√Ęte par ses ennemis. Non, il crut que J√©sus √©tait ressuscit√©, et cette conviction l'affermit dans sa foi que J√©sus √©tait le Christ, le Fils de Dieu. (verset 31) Le verset suivant ne laisse aucun doute sur cette interpr√©tation.

      - Mais il faut remarquer ici, avec M. Godet, qu'en employant ces deux verbes au singulier : il vit et il crut, l'auteur veut rapporter une expérience qui lui est propre. "Il ne peut témoigner pour l'autre disciple ; mais il peut le faire pour lui-même. Il nous initie à un souvenir personnel incomparable."

      9 Il devait ressusciter : "Nécessité divine," comme s'exprime Meyer. (Comparer Luc 24.26)

      Comme Thomas, (verset 25) les deux disciples eurent besoin de voir pour croire.

      Jean marque en s'humiliant la cause de leur lenteur à croire : ils ne comprenaient pas encore, même alors, l'Ecriture qui dit que Jésus devait ressusciter d'entre les morts.

      En effet, ils auraient pu trouver la r√©surrection du Sauveur annonc√©e dans des passages tels que Psaumes 16¬†; Psaumes 22¬†; Psaumes 110¬†; Esa√Įe 53 etc.

      Les enseignements de J√©sus (Luc 24.25-27,45) et surtout la lumi√®re du Saint-Esprit ouvrirent les yeux des ap√ītres sur ce point, comme sur tant d'autres. Alors ils comprirent les Ecritures. (Actes 2.25,34¬†; 8.32,33¬†; 13.33,35)

      - Outre les révélations de l'Ancien Testament, les disciples avaient entendu les déclarations claires et nombreuses de Jésus sur sa mort et sa résurrection. (Matthieu 16.21,Luc 18.31 et suivants, et ailleurs.)

      On est donc étonné que l'évangéliste ne les mentionne point ici, et la critique négative n'a pas manqué d'en inférer que ces prédictions avaient été inventées après l'événement.

      Mais les évangélistes euxmêmes nous ont appris, avec une candeur et une humilité inimitables, que les disciples n'avaient pas mieux compris ces prédictions de Jésus que les Ecritures. (Luc 18.34 et surtout Marc 9.10)

      Ils les entendaient dans un sens figur√© parce que, selon leurs pr√©jug√©s messianiques, les souffrances et la mort de J√©sus leur paraissaient impossibles et sa r√©surrection un √©v√©nement tellement inou√Į, que jamais il n'avait p√©n√©tr√© dans leur esprit.

      11 Marie, après avoir annoncé aux deux disciples qu'elle avait vu le tombeau vide, (verset 2) y était revenue à leur suite et lorsqu'ils s'éloignent, elle y reste pour pleurer.

      Son amour la retient pr√®s de ce s√©pulcre vide¬†; elle pleure, parce qu'aucune esp√©rance n'a encore p√©n√©tr√© dans son cŇďur. (verset 13)

      12 Ce fait n'est point en contradiction avec l'apparition antérieure de l'ange, (Matthieu 28.2,Marc 16.5) ou des deux anges (Luc 24.4, note) aux femmes.

      "Les anges ne sont pas immobiles et visibles à la façon de statues de pierre." Godet.

      Il y a, en grec, le participe pr√©sent¬†: s'asseyant, qui peut signifier qu'elle les aper√ßut au moment o√Ļ ils vinrent s'asseoir dans le s√©pulcre

      13 Comparer verset 2 et verset 11, notes.
      14 J√©sus lui-m√™me vient √† cette √Ęme qui le cherche avec amour, au sein de ses larmes et de son angoisse.

      Mais pourquoi ne le reconna√ģt-elle pas¬†?

      Il ne suffit pas, pour répondre à cette question, de dire, avec divers exégètes, que peut-être Marie ne le regardait pas en face ou que ses yeux remplis de larmes l'empêchaient de voir, ou que la pensée de la résurrection était trop éloignée de son esprit, ou que Jésus se présentait à elle sous un costume différent de son ordinaire.

      De nombreux passages des évangiles nous montrent clairement qu'il devait s'être produit dans la personne de Jésus un grand changement, causé par ses souffrances, sa mort, et surtout sa résurrection. Ce fut là pour lui le premier degré de la glorification de son corps, dont l'ascension fut l'accomplissement suprême.

      Telle a été la vraie cause du fait qui nous occupe et d'autres phénomènes semblables dans les apparitions de Jésus ressuscité. (Comparer Luc 24.16 ; Marc 16.12, notes, et voir ci-dessous Jean 20.19,26 ; 21.4)

      "Il est tr√®s important d'observer que Marie-Magdelaine voit le Seigneur debout devant elle, sans le reconna√ģtre au premier abord. C'est une preuve que la r√©surrection de J√©sus fut un fait objectif et nullement une repr√©sentation subjective dans l'esprit des disciples. Si elle avait √©t√© une hallucination par laquelle Marie se serait imagin√© voir le Seigneur vivant devant elle, sans qu'il y f√Ľt r√©ellement cette hallucination aurait d√Ľ √™tre produite par l'attente que le Seigneur devait ressusciter, mais cette attente n'existait √† aucun degr√© chez les disciples. (Luc 24.21¬†; Jean 20.25) Si donc Marie, et plus tard les disciples d'Emma√ľs, en voyant devant eux une figure humaine, ne reconnaissent pas en elle leur Seigneur, c'est que leur imagination n'avait pas la moindre part dans cette rencontre et qu'ils ne furent convaincus que lorsque J√©sus se fit clairement conna√ģtre √† eux." Ebrard.

      15 C'est avec une compassion profonde pour Marie et pour sa douleur que J√©sus lui adresse cette question. Souvent il interroge ainsi les malheureux qui le cherchent, uniquement afin d'attirer sur lui leur attention et de les encourager √† lui ouvrir leur cŇďur avec confiance et √† lui demander tout ce dont ils ont besoin. (Jean 5.6¬†; Marc 10.51)

      Afin d'expliquer comment Marie Magdelaine prit le personnage qui se tenait là pour le jardinier, une minutieuse exégèse a supposé que Jésus avait emprunté les vêtements de celui-ci, ou qu'il apparaissait à Marie ayant pour tout vêtement la ceinture avec laquelle il avait été crucifié, ce qui fit croire à Marie qu'il était un serviteur occupé à quelque travail dans le jardin. (Jean 21.7)

      Mais il était tout naturel, en voyant quelqu'un dans une propriété particulière, à cette heure matinale, de penser que c'était l'homme chargé d'en prendre soin ; et Marie s'arrête à cette supposition, sa douleur ne lui permettant pas de considérer les traits de Celui qui se présente à elle.

      En effet, s'il est dit au verset 14 "Elle se retourna, et elle voit J√©sus," ce ne fut qu'un regard fugitif qu'elle jeta sur lui¬†; elle reprit aussit√īt sa position premi√®re¬†; cela ressort du verset 16, o√Ļ, √† l'appel de J√©sus, elle se retourne de nouveau.

      - Marie parle avec respect √† cet √©tranger¬†: Seigneur, lui dit elle, c'est que la souffrance et le besoin de secours rendent humble. Puis, sans nommer J√©sus, elle dit¬†: Si tu l'as emport√©, je le prendrai, ne supposant pas qu'on puisse penser √† nul autre qu'√† Celui qui remplit son √Ęme tout enti√®re.

      16 "Ce qu'il y a de plus personnel dans les manifestations humaines, c'est le son de la voix¬†; c'est par ce moyen que J√©sus se fait conna√ģtre √† Marie. L'accent que prend, dans sa bouche, ce nom de Marie, exprime tout ce qu'elle est pour lui, tout ce qu'il est pour elle." Godet.

      Aussi est ce avec un tressaillement de joie que Marie, √† son tour, pousse cette exclamation dans laquelle elle met toute son √Ęme¬†: Rabbouni¬†! Ma√ģtre¬†! Elle ne peut en dire davantage.

      Ce seul mot, prononcé dans une telle situation, a paru si important à l'évangéliste, qu'il l'a conservé dans la langue originale, et il remarque expressément pour ses lecteurs grecs qu'il le cite en hébreu.

      Ce dernier mot, omis par le texte re√ßu, est s√Ľrement authentique. Il se lit dans Sin., B, D, Itala, versions syriaques.

      17 Les mots de Jésus : Ne me touche pas, supposent que Marie voulait se jeter à ses pieds, embrasser ses genoux. (Matthieu 28.9) Jésus le lui défend.

      Quelle était donc la pensée qui inspirait l'attitude de Marie et que Jésus désapprouve ? Comment comprendre la parole par laquelle Jésus motive sa défense : car je ne suis pas encore monté vers le Père ? (Le texte reçu porte : mon Père. Sin., B, D, Itala omettent le pronom possessif.)

      1¬į Meyer pense que Marie, en touchant le Seigneur de ses mains, voulait s'assurer qu'il √©tait bien ressuscit√©, corporellement pr√©sent, qu'elle ne voyait pas une simple apparition de son esprit. Et J√©sus lui donnerait cette assurance en disant¬†: C'est bien moi, car je ne suis pas encore mont√© dans la gloire du P√®re. Mais peut-on supposer ces doutes en Marie, quand elle venait de s'√©crier, pleine d'assurance et de joie¬†: Ma√ģtre¬†! Et d'ailleurs pourquoi J√©sus refuserait-il √† Marie un moyen de conviction qu'il offrait lui-m√™me √† d'autres disciples¬†? (Jean 20.20,27¬†; Luc 24.39)

      2¬į La pens√©e de Marie serait de l'adorer, et J√©sus lui dirait qu'elle ne doit le faire qu'apr√®s qu'il sera entr√© dans sa gloire. (L√ľcke et d'autres.) Mais cette explication m√©conna√ģt la divinit√© du Fils de Dieu, aussi r√©elle avant son ascension qu'apr√®s, et J√©sus n'a point d√©sapprouv√© cet √©lan d'adoration dans un autre de ses disciples. (verset 28)

      3¬į Quelques interpr√®tes (B√®ze, Bengel) s'arr√™tant surtout √† la seconde parole de J√©sus¬†: "Va vers mes fr√®res...," pensent qu'il aurait simplement voulu dire √† Marie¬†: Ne t'attarde pas maintenant √† ces t√©moignages de ta joie, mais h√Ęte-toi d'aller annoncer √† mes fr√®res que je monte...Cette id√©e ne nous para√ģt point convenir √† la situation, et d'ailleurs elle n'explique pas les mots¬†: car je ne suis pas encore mont√© vers mon P√®re.

      4¬į Marie aurait voulu retenir pr√®s d'elle le Seigneur, s'assurer qu'il ne va pas la quitter de nouveau. A quoi J√©sus r√©pondrait que le moment de son d√©part d√©finitif n'est pas venu et qu'elle le reverra encore. (N√©ander Ebrard.) Mais ce dernier motif para√ģt peu en harmonie avec la solennit√© d'un tel moment et aussi avec le message dont J√©sus va charger Marie.

      5¬į Elle aurait pens√© que d√©j√† les nombreuses promesses de J√©sus concernant son retour vers les siens, telles que Jean 16.16, √©taient accomplies¬†: et elle aurait voulu s'attacher √† lui et jouir pleinement de sa pr√©sence.

      La parole de Jésus signifierait alors que ce n'est qu'après sa glorification qu'il sera réellement avec les siens et vivra en eux. (Calvin et, avec quelques modifications, M. Godet.)

      Cette interpr√©tation, vraie au fond, nous para√ģt seulement, en ce qui concerne Marie, lui supposer une trop claire intelligence des promesses du Sauveur et une trop haute spiritualit√©.

      Nous pensons avec de Wette, Tholuck MM. Weiss, Keil, que Marie, s'√©lan√ßant vers J√©sus pour le toucher (comparez Luc 7.38,39) et lui t√©moigner son amour et sa v√©n√©ration, croyait que ses rapports ant√©rieurs et habituels avec lui allaient recommencer, sans qu'il y e√Ľt rien de chang√© en eux, et qu'elle se livrait tout enti√®re, avec bonheur, √† cette pens√©e.

      Il fallait donc la tirer de cette erreur, la d√©prendre de ces relations terrestres avec son Ma√ģtre, √©lever ses affections vers le moment prochain, o√Ļ, soustrait √† ses regards, mont√© vers son P√®re, le Sauveur entrerait avec les siens dans une communion infiniment plus intime, plus √©lev√©e, plus sainte. (Comparer 2Corinthiens 5.16)

      Toucher, dit saint Augustin, c'est trouver la limite de l'id√©e que nous nous faisons d'un objet¬†; J√©sus glorifi√© s'offre √† l'√Ęme comme l'infini qui seul la satisfait.

      Je monte vers mon Père, telle est la grande pensée dont Marie doit se pénétrer et dont elle doit être la messagère auprès des "frères" de Jésus.

      Mes fr√®res, dit J√©sus¬†; il les nomme ainsi pour la premi√®re fois, avec autant de solennit√© que d'amour, parce que, son Ňďuvre maintenant achev√©e, il a fait d'eux des enfants de Dieu. Ils sont ses fr√®res, par la raison que son P√®re est leur P√®re. Matthieu 28.10,H√©breux 2.11, (comparez Psaumes 22.23)

      Le message de Marie doit être celui de la gloire éternelle du Sauveur à laquelle ils auront part.

      Je monte vers mon Père, ce verbe au présent exprime la certitude et l'imminence de ce grand événement, peut-être aussi la pensée que l'ascension de Jésus, comme sa glorification, est graduelle et s'accomplit déjà.

      - Mon P√®re, votre P√®re¬†; mon Dieu, votre Dieu, paroles d'une in√©puisable profondeur et d'un amour infini, par lesquelles J√©sus √©l√®ve les siens jusqu'√† son propre rapport avec Dieu. Par l√† aussi il leur fait part de la gloire et de la f√©licit√© o√Ļ il va entrer.

      "Dans le nom de Père, fait observer M. Godet, il y a l'intimité filiale ; dans celui de Dieu, la complète dépendance, et cela pour les disciples comme pour Jésus lui-même."

      Désormais les disciples comprendront toute la réalité et la douceur de ce nom de Père que Jésus donnait à Dieu. (Comparer Romains 8.15 ; Galates 4.6)

      - Cependant il ne dit pas : notre Père ; il ne l'a jamais dit, parce qu'il est seul Fils de Dieu, dans un sens unique, exclusif, divin.

      18 Grec : arrive Marie Magdelaine annonçant aux disciples...Le présent peint vivement l'émotion et la joie de celle qui apporte une telle nouvelle et la surprise de ceux qui l'entendent. Elle a vu le Seigneur, il lui a parlé, et elle répète les choses qu'il lui a dites !

      Sin., B portent : J'ai vu le Seigneur, leçon qui est adoptée par la plupart des éditeurs récents, mais qui ne peut se rendre dans la traduction, à cause de la proposition suivante : "Et qu'il lui avait dit ces choses."

      Ce brusque passage du discours direct au discours indirect n'a rien d'extraordinaire en grec. Il est effacé d'ailleurs dans la variante de D : et elle leur rapporta les choses qu'il lui avait dites.

      La tradition apostolique, recueillie dans Marc, (Marc 16.10,11) nous apprend comment les disciples reçurent ce message : au premier abord "ils ne le crurent point." (Comparer Luc 24.11,22-24)

      19 19 à 23 Apparrition aux disciples réunis.

      Grec : Jésus se tint là au milieu d'eux, sans qu'ils vissent comment il était entré, les portes étant fermées.

      Il est évident que l'évangéliste voit dans cette apparition de Jésus quelque chose de mystérieux, d'autant plus qu'il mentionne la même circonstance lors de la seconde apparition de Jésus ; (verset 26) toutes les tentatives faites pour expliquer l'entrée de Jésus d'une manière naturelle font violence au texte.

      Calvin et quelques autres exégètes pensent que les portes s'ouvrirent sur un signe de la majesté divine du Sauveur. S'il en était ainsi, Jean l'aurait raconté simplement. Et d'ailleurs, cela aussi serait un miracle.

      Il est plus conforme à divers traits de la vie de Jésus ressuscité d'admettre qu'alors déjà son corps se trouvait en voie d'être glorifié, se rapprochait de l'état de "corps spirituel," (1Corinthiens 15.44) et qu'il était, dès lors, affranchi des lois de l'espace. (Comparer verset 14, note.)

      Le terme employé dans Luc 24.31 "Il disparut de devant eux," autorise la même conclusion.

      De là vient que souvent les disciples ne le reconnurent pas au premier abord et qu'il dut leur prouver que c'était bien lui qu'ils voyaient (Jean 20.14,20,27 ; Luc 24.16,37-40)

      - Cette apparition de Jésus au milieu de ses disciples, le jour même de sa résurrection, est la même dont nous trouvons le récit plus complet dans Luc 24.36-48. (Voir les notes.)

      Comparez Luc 24.36, seconde note. Cette belle salutation, en usage chez les Israélites, se revêtait dans la bouche de Jésus, surtout dans un tel moment, d'une signification et d'une puissance toutes nouvelles ; non seulement il souhaitait la paix, mais il la donnait.

      20 Ses mains perc√©es et son c√īt√© portant la plaie du coup de lance. (Jean 19.34) J√©sus, connaissant toute la faiblesse de ses disciples et la grande difficult√© qu'il y avait pour eux √† croire sa r√©surrection condescend √† leur en donner des preuves visibles et tangibles (Jean 20.27¬†; Luc 24.40¬†; comparez 1Jean 1.1), mais en m√™me temps il leur dira clairement que ce n'√©tait pas l√† ce qui constituait la foi, qui est un acte libre de la conscience et du cŇďur. (verset 29)

      En voyant le Seigneur, les disciples se r√©jouirent¬†; cette vive joie succ√©da dans leurs cŇďurs aux doutes pleins d'angoisse dont ils souffraient depuis trois Jours. C'√©tait pour eux comme le soleil se levant au sein des t√©n√®bres et de la temp√™te. Alors d√©j√† fut accomplie en eux la promesse de J√©sus. (Jean 16.22)

      21 Sin., D, Itala omettent Jésus.

      - Il y a quelque chose de solennel dans la répétition de cette grande et douce parole : La paix soit avec vous.

      Voyant les disciples convaincus et joyeux (donc), Jésus tient à leur assurer ce bien suprême, la paix, plus précieuse encore, à ses yeux, que la joie.

      - Quelques exégètes rattachent cette parole au verset suivant : Jésus, après avoir donné à ses disciples la paix pour euxmêmes, (verset 19) voudrait la leur communiquer aussi pour la mission dont il va les charger. La distinction est peut-être un peu subtile.

      Comparer Jean 17.18 ; Matthieu 28.19. Jésus charge ainsi solennellement ses disciples de cette mission qui doit continuer la sienne dans le monde, et à laquelle il donne un caractère divin, en lui attribuant la même origine qu'à sa propre mission (comme).

      Le moment actuel était admirablement choisi ; car Jésus revêt ses disciples de leur apostolat après sa résurrection, dont ils devaient être les témoins devant le monde. (Actes 1.21,22 ; 2.32 ; 4.2, et ailleurs.)

      22 Nous trouvons ici, à la fois le symbole et la réalité : le symbole dans cette action de Jésus : Il souffla sur eux, action d'autant plus significative que, en hébreu et en grec, le souffle, ou le vent, est désigné par le même mot que l'esprit (Ezéchiel 37.5 suivants, Jean 3.8 comparez Actes 2.2) ; la réalité est clairement indiquée par cette parole : Recevez l'Esprit Saint.

      Celle-ci n'est pas seulement un renouvellement de la promesse (versets 14-16) qui devait s'accomplir √† la Pentec√īte¬†; et d'autre part l'√©vang√©liste ne pr√©tend pas raconter ici l'effusion puissante de l'Esprit qui eut lieu alors, comme le pensent ceux qui pr√©tendent que Jean place au jour m√™me de la r√©surrection l'ascension (verset 17) et la descente du Saint-Esprit. (verset 22)

      Le verset verset 20 prouve que Jésus n'était pas encore pleinement glorifié. Il ne pouvait donc, d'après notre évangéliste lui même, (Jean 7.39 ; 16.7) envoyer le Saint Esprit aux siens.

      D'un autre c√īt√©, l'acte accompli par lui n'est pas purement symbolique, puisqu'il ajoute¬†: Recevez l'Esprit-Saint.

      Il suffit, pour en comprendre le sens, de consid√©rer que les disciples, au moment m√™me o√Ļ ils recevaient la charge de l'apostolat, (verset 22) avaient le besoin urgent d'un secours divin qui ranim√Ęt leur foi et leur esp√©rance, et leur servit de r√©confort jusqu'au jour o√Ļ ils auraient la pl√©nitude de l'Esprit.

      Ils devaient, en effet, vivre dans l'attente et dans la prière ; (Actes 1.4,14) ils devaient même prendre de solennelles décisions. (Actes 1.13-26) Ils ne pouvaient donc, dans cet important intervalle, être abandonnés à eux-mêmes et à leur ignorance. C'est à ce besoin que Jésus pourvut, avec sa sollicitude ordinaire.

      23 Jésus venait d'assimiler la mission de ses disciples à la sienne propre, qu'ils devaient continuer sur la terre. (verset 22)

      Or, comme il √©tait venu afin d'ouvrir ou de fermer le ciel √† tous les hommes, de prononcer leur absolution ou leur condamnation, (Matthieu 9.6,Jean 9.41¬†; 15.22) il veut que ses envoy√©s exercent aussi cette fonction redoutable, qui √©tait le couronnement de son Ňďuvre. (Comparer Matthieu 16.19¬†; 18.18, notes.)

      Il faut donc laisser aux mots : remettre les péchés, toute leur signification. Ils n'emportent pas seulement le pouvoir d'annoncer le pardon des péchés, mais celui de le prononcer.

      Mais à quelle condition ?

      J√©sus vient de communiquer aux disciples le Saint-Esprit dont bient√īt ils seront remplis. Or, c'est uniquement par l'Esprit qu'ils pourront accomplir cette partie essentielle de leur mission.

      L'Esprit en sera le principe, la force qui s'y manifestera. Cette activit√© ne sera donc pas le privil√®ge des seuls ap√ītres ou de leurs pr√©tendus successeurs.

      Tous les croyants étant des agents du Saint-Esprit, tous seront aptes à remettre et à retenir les péchés. Revêtus de la puissance de l'Esprit, ils rempliront cet office, non de leur propre autorité, mais uniquement au nom de Dieu et du Sauveur.

      Cet Esprit de lumi√®re et de vie leur donnera le discernement n√©cessaire pour s'assurer que ceux auxquels ils remettront ainsi les p√©ch√©s, sont des √Ęmes p√©n√©tr√©es de repentance et de confiance en la gr√Ęce qui leur est offerte.

      Dans ces conditions, l'exp√©rience a prouv√© que ce peut √™tre, pour une √Ęme d√©courag√©e et angoiss√©e un immense bienfait que de recevoir directement et personnellement, par la voix d'un serviteur de Dieu, l'assurance du pardon de ses p√©ch√©s. Il n'y a rien l√† qui ressemble √† l'absolution sacerdotale pratiqu√©e dans quelques Eglises.

      - Suivant le texte le plus autorisé il faut lire le présent pour le premier verbe : ils sont remis. Ce présent indique un effet immédiat, Dieu ratifie au moment même. Le second verbe, par contre : ils sont retenus est au parfait, indiquant l'effet persistant un état d'endurcissement ou d'incrédulité. On peut donc traduire : ils demeurent retenus, non pardonnés.

      24 24 à 29 Seconde apparition de Jésus, en présence de Thomas.

      Par deux traits déjà notre évangéliste nous a dépeint ce disciple avec son caractère sombre, enclin au doute, à la critique, au découragement. (Jean 11.16 ; 14.5)

      Mais c'est surtout dans ce récit que Thomas se montre à nous tel qu'il était.

      Et tout d'abord, nous le voyons absent du cercle de ses condisciples, quand J√©sus leur apparut. Sans doute, n'ayant plus aucune esp√©rance, il avait cherch√© la solitude pour se livrer √† ses tristes pens√©es et il s'√©tait priv√© ainsi d'une gr√Ęce immense.

      25 Ce fut, sans doute, dans une réunion subséquente que les disciples dirent à Thomas, avec la joie qui rayonnait sur leurs visages : Nous avons vu le Seigneur !

      Il faut remarquer dans sa réponse l'obstination de son doute qui s'exprime par des termes énergiques et répétés (cette répétition intentionnelle est effacée quand, avec Tischendorf et M. Weiss, on lit, la seconde fois, place au lieu de marque. Cette variante ne se trouve que dans A, Itala).

      Thomas aboutit à cette conclusion : je ne croirai point.

      Il y a, dans le grec, une double négation qui signifie : je ne croirai certainement pas.

      En parlant ainsi, ce disciple pensait n'obéir qu'à sa raison, et pourtant il était très déraisonnable. (verset 29, note.)

      26 Il para√ģt que, durant ces huit jours, il n'y eut point de nouvelle apparition de J√©sus, bien que, sans doute, les disciples se fussent r√©unis souvent, comme pour l'attendre.

      Enfin, il vient. Il faut remarquer ce verbe au présent, qui fait sentir la solennité du moment. Le Sauveur se présenta au milieu d'eux de la même manière et dans la même maison. (verset 19) Cette fois, Thomas était là.

      27 Dès que le Seigneur à prononcé sur les disciples sa douce parole de paix, il s'adresse directement à Thomas.

      Il connaissait son état, car "il savait par lui même ce qui est dans l'homme." (Jean 2.25) Il condescend à donner à ce disciple toutes les preuves qu'il avait demandées.

      "Si un pharisien avait posé ces conditions comme Thomas, il n'aurait rien obtenu ; mais à un disciple, jusqu'ici éprouvé, rien n'est refusé." Bengel.

      Toutefois, en répétant à dessein les paroles de Thomas, Jésus lui fait sentir son tort et le couvre de confusion. Il conclut par ce sérieux avertissement : ne deviens pas incrédule, mais croyant.

      Il ne faut donc pas traduire avec toutes nos versions : ne sois pas.

      "Par l'expression¬†: ne deviens pas, J√©sus lui fait sentir dans quelle position critique il se trouve actuellement, √† ce point o√Ļ se s√©parent les deux routes¬†: celle de l'incr√©dulit√© d√©cid√©e et celle de la foi parfaite." Godet.

      28 Plus Thomas avait oppos√© de r√©sistance √† la foi en J√©sus ressuscit√© et glorifi√©, plus il est p√©n√©tr√© de la lumi√®re divine qui inonde son √Ęme.

      La toute science, la charité du Sauveur le saisissent, l'humilient. Dans cet instant, toutes les déclarations de Jésus sur sa divinité Qui n'avaient pu vaincre les doutes de Thomas, lui deviennent autant de traits de lumière et, après avoir été le dernier à croire la résurrection du Sauveur, il est le premier à l'appeler d'un nom qu'aucun autre peut-être n'avait encore prononcé : Mon Seigneur et mon Dieu !

      Dans l'original, l'article pr√©c√®de chacun de ces deux noms et les distingue l'un de l'autre¬†; puis ce mot¬†: mon, deux fois r√©p√©t√©, donne encore plus d'intimit√© et d'amour √† ce cri de la foi et de l'adoration, qui s'√©l√®ve du fond de l'√Ęme de Thomas.

      - Toutes les tentatives de l'ex√©g√®se rationaliste pour expliquer ces paroles comme si elles √©taient une exclamation de surprise ou d'action de gr√Ęce adress√©e √† Dieu, √† cause du miracle de la r√©surrection, tombent en pr√©sence de ces mots¬†: Thomas r√©pondit et LUI dit.

      C'est donc bien J√©sus en qui ce disciple, devenu croyant, reconna√ģt son Seigneur et son Dieu.

      Et J√©sus, loin de repousser cet hommage comme un acte d'idol√Ętrie l'approuve. (verset 29)

      Ainsi, le récit de Jean nous montre les disciples arrivant graduellement à la foi en cette grande vérité que son évangile était destiné à prouver : la Parole était Dieu. (Jean 1.1)

      29 Tu as cru ! (Le texte reçu insère ici le nom de Thomas qui manque dans tous les majuscules)

      Malgré le reproche affectueux que Jésus exprime dans ces paroles, nous ne croyons pas qu'il faille les prendre dans un sens interrogatif, comme si Jésus mettait en question la foi de ce disciple.

      Non, cette foi, il la reconna√ģt, l'approuve et la confirme telle que Thomas vient de l'exprimer avec effusion de cŇďur.

      J√©sus emploie m√™me le verbe au parfait, exprimant un acte de l'√Ęme accompli et permanent. Et, malgr√© cela, il y a un l√©ger bl√Ęme dans ces mots¬†: Parce que tu m'as vu, ainsi que dans la seconde partie du verset.

      Pourquoi¬†? est-ce que tous les autres disciples n'ont pas cru la r√©surrection de J√©sus parce qu'ils l'ont vu¬†? Ou bien, en d√©clarant heureux ceux qui ont cru sans voir, J√©sus entend-il que la foi puisse na√ģtre sans raison de croire¬†?

      Non, mais Thomas s'était trouvé dans une situation particulière qui lui donnait toutes les raisons de croire. Dix de ses condisciples, dont il ne pouvait suspecter ni l'intelligence ni la bonne foi, lui avaient dit avec joie : Nous avons vu le Seigneur, (verset 25) et lui, récusant ce témoignage, avait exige une démonstration matérielle des sens.

      C'est l√† ce qui √©tait d√©raisonnable¬†; (verset 25, note) car c'√©tait m√©conna√ģtre et nier la valeur du t√©moignage, sur lequel pourtant reposent la plupart de nos connaissances et de nos convictions, m√™me dans les choses de ce monde¬†; et combien plus dans les v√©rit√©s religieuses qui doivent rattacher notre √Ęme au Dieu invisible¬†!

      Voilà pourquoi Jésus pose ici pour son royaume ce grand principe : Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru !

      La foi est, en effet, un acte moral de la conscience et du cŇďur, ind√©pendant des sens, tous les objets de la foi appartiennent au monde invisible, l'Eglise chr√©tienne, depuis dix-neuf si√®cles, croit en J√©sus-Christ et en sa r√©surrection sur ce m√™me t√©moignage apostolique que Thomas r√©cusait. (Comparer 1Pierre 1.8)

      Quiconque fait dépendre sa foi de la vue, des sens, ou du raisonnement, l'expose à une désolante instabilité, puisque "les choses visibles ne sont que pour un temps et que les invisibles seules sont éternelles." (2Corinthiens 4.18)

      C'est pourquoi J√©sus d√©clare heureux ceux qui croient en lui¬†; car la foi, en nous unissant √† lui, nous met en possession des tr√©sors de gr√Ęce, de paix, d'amour, de vie qui sont en lui et qui seuls constituent le vrai bonheur de l'√Ęme humaine.

      30 Conclusion de l'évangile.

      30, 31 Caractère et but de ce livre.

      Grec : Il est vrai que Jésus donc a fait beaucoup d'autres signes...mais...

      Par cette tournure Jean fait ressortir qu'il n'a pas eu l'intention de présenter le récit complet d'une vie aussi remplie que celle de Jésus. Il va dire pourquoi il n'a rapporté qu'un nombre de faits comparativement restreint.

      A cette occasion, il nous apprend ce qu'il a voulu et ce qu'il a fait en écrivant ce livre ; il nous dit clairement quel a été son but.

      Jésus a fait encore beaucoup d'autres signes c'està-dire un très grand nombre de miracles qui ont été des manifestations de sa puissance divine, (comparez Jean 12.37) que notre évangéliste n'a ni voulu ni pu écrire dans ce livre.

      Le terme signes s'applique en premier lieu aux Ňďuvres de J√©sus mais n'exclut pas ses discours, car "le t√©moignage que J√©sus se rend √† lui m√™me, dit M. Weiss, est en quelque sorte le commentaire de ses miracles."

      La vie du Sauveur fut si riche en signes que Jean a d√Ľ choisir¬†; et ce qui a dirig√© son choix, c'est le but qu'il s'√©tait propos√©. (verset 31)

      M. Godet ajoute¬†: "Il me para√ģt difficile de ne pas voir dans la position du pronom ce, apr√®s le substantif livre¬†: ce livre-ci, une opposition tacite √† d'autres √©crits renfermant les choses omises dans celui-ci. Cette expression ainsi comprise concorde avec toutes les preuves que nous avons rencontr√©es de la connaissance que Jean avait de nos synoptiques. L'ap√ītre confirme donc par ces mots le contenu de ces √©vangiles ant√©rieurs au sien et fait entendre qu'il a travaill√© √† les compl√©ter."

      - Les mots¬†: en pr√©sence des disciples (Sin., C, D¬†: de ses), ne signifient point que les Ňďuvres du Sauveur n'aient pas √©t√© faites devant tout le peuple, mais bien qu'il avait surtout en vue ses disciples, qu'il s'agissait d'instruire et de persuader, afin qu'ils pussent devenir ses t√©moins pour le monde entier.

      31 Tel est donc le but élevé et saint que s'est proposé le disciple que Jésus aimait, c'est à la lumière de cette déclaration qu'il faut lire son évangile tout entier.

      Afin que vous croyiez, dit-il à ses lecteurs, que Jésus est le Christ, le Messie, (Jean 1.42,46) l'Oint de l'Eternel, le Sauveur du monde, promis à son peuple.

      Mais Jésus ne peut être tout cela que s'il est le Fils de Dieu, dans le sens exclusif que tout notre évangile donne à ce nom.

      Une telle foi n'est point une froide opinion de l'intelligence¬†; ceux qui la poss√®dent ont en m√™me temps la vie, la vie de l'√Ęme, la vie √©ternelle, ainsi que portent Sin., C, D, versions.

      Enfin, la source unique de cette vie est en son nom, ce nom, qui est l'expression de tout son être.

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