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Matthieu 13

    • 1 Chapitre 13. La retraite du Messie

      Les paraboles du Royaume de Cieux

      1 à 23 La fondation du Royaume. La parabole du semeur et son explication.

      Comparer Marc 4.1-20 ; Luc 8.1-15.

      - Ce jour-l√† √©tait celui o√Ļ J√©sus avait prononc√© les discours rapport√©s au chapitre pr√©c√®dent et o√Ļ il avait √©t√© interrompu par la visite de sa famille. (Matthieu 12.46) Tel est aussi l'ordre du r√©cit de Marc. (Marc 3.31¬†; comparez Marc 4.1 et suivants)

      Luc place ces faits dans une autre suite, et rapporte la parabole du semeur sans indiquer le temps et le lieu o√Ļ elle fut prononc√©e.

      La maison d'o√Ļ il sortit est celle o√Ļ il √©tait quand ses parents vinrent √† lui. (Matthieu 12.46)

      2 Quelle sc√®ne et quel culte¬†! Pour cath√©drale, la vo√Ľte √©tincelante d'un ciel d'Orient¬†; pour auditoire, ces grandes foules, debout, couvrant au loin le rivage¬†; une barque de p√™cheur sert de chaire, le pr√©dicateur c'est J√©sus¬†!

      - Les manuscrits varient entre la barque et une barque. S'il faut conserver l'article, cela signifierait une barque connue, peut-être appartenant à l'un des disciples.

      3 Ou par des paraboles.

      Le mot grec parabole désigne l'action de mettre à coté l'un de l'autre deux objets dans le but de les comparer. L'un de ces objets, c'est le récit fictif d'un événement emprunté à la vie ordinaire ou à la nature, et qui n'a d'autre but que de présenter à l'esprit une vérité religieuse ou morale qui est comparée, assimilée à cet événement.

      De là le mot similitude qu'affectionnent nos anciennes versions.

      "La parabole a deux parties, le corps et l'√Ęme¬†: le corps est le r√©cit de l'histoire qu'on a imagin√©e, et l'√Ęme, le sens moral ou mystique cach√© sous les paroles ou le r√©cit." Littr√©.

      Il faut remarquer toutefois que dans le Nouveau Testament le mot de paraboles ne s'applique pas seulement à ces récits allégoriques prolongés qu'employait si souvent le Sauveur, mais aussi à toute comparaison ou image dessinée à illustrer la pensée. (Ainsi Matthieu 15.15 ; 24.32 ; Marc 3.23 et suivants ; Luc 4.23 ; etc.)

      Il est important de remarquer encore la différence notable qu'il y a entre la parabole et un autre genre analogue d'enseignement, la fable. Dans celle-ci le récit fictif n'est pas nécessairement emprunté au domaine du possible et du vrai, elle fait penser et parler les animaux, les plantes, etc.

      Jamais Jésus ne se permet rien de pareil dans ses paraboles. Tout dans son récit est tellement naturel et vrai, que souvent on se demande si c'est un fait réel ou une fiction. Ainsi, le semeur, le bon Samaritain, l'enfant prodigue, etc. Et ces histoires sont, au point de vue de la forme, d'une telle beauté, d'une si grande perfection, qu'on s'arrêterait beaucoup plus à les admirer à cet égard, si les imposantes vérités religieuses qu'elles renferment ne s'emparaient de toute notre attention.

      Au fond, la parabole du Nouveau Testament est une création de Jésus-Christ. Ni les mythes des anciens, ni la fable qu'on lit au chapitre 9 du livre des Juges Juges 9, ni les maschals du prophète Ezéchiel (Ezéchiel 17.2 ; 24.3) n'en pouvaient donner l'idée.

      Grec : Il leur dit beaucoup de choses.

      Ceux qui nient la vraisemblance historique d'un long discours compose d'une série de paraboles, et qui attribuent à Matthieu ce recueil de similitudes prononcées par Jésus en divers temps, ne peuvent voir dans ces paroles d'introduction, comme dans celles qui servent de conclusion au récit (v.53), qu'une invention de l'évangéliste de même, la mise en scène qui se trouve aux versets 1 et 2, ne serait qu'un cadre fictif donné à ce grand tableau.

      A cette opinion on peut opposer les remarques qui suivent :

      1¬į Matthieu ne pr√©tend nullement rapporter un discours soutenu, compos√© de sept paraboles et de l'explication de deux d'entre elles. Il marque lui-m√™me, d√®s le verset 10, une premi√®re interruption provoqu√©e par une question des disciples et la r√©ponse de J√©sus¬†; il en marque une seconde, par une r√©flexion sur ce genre d'enseignement, (verset 34) et enfin une troisi√®me, avec changement complet de lieu et de temps, (verset 36) alors que J√©sus n'avait encore prononc√© que deux paraboles, sans doute avec des d√©veloppements et des applications s√©rieuses √† son grand auditoire.

      2¬į Il est tr√®s possible, probable m√™me, que Matthieu, selon sa m√©thode de grouper les enseignements et les faits homog√®nes, ait volontairement consign√© ici telles paraboles de moindre √©tendue que J√©sus avait prononc√©es ailleurs, et auxquelles Luc assigne une autre place. (Luc 13.18-21)

      3¬į Que J√©sus ait fait, au bord de la mer, un discours prolong√© dans lequel √† plusieurs reprises, sa parole rev√™tit la forme de la parabole, c'est ce que t√©moigne positivement le r√©cit de Marc. (Marc 4.1,2) Cet √©vang√©liste rapporte quelques-unes de ces paraboles, une m√™me, que Matthieu n'a pas, puis il ajoute¬†: (verset 33) "Et par beaucoup de paraboles semblables, il leur annon√ßait la parole."

      4¬į On peut faire observer avec Meyer que "l'assemblage de ces sept paraboles pr√©sente aussi peu d'invraisemblance historique que le sermon sur la montagne, cette pr√©dication en paraboles est le prolongement de ce dernier, comme l'√©difice s'√©l√®ve sur le fondement."

      4 Jésus dira lui-même (verset 19) ce qu'il entend par ces oiseaux.

      Ici, nous nous en tenons exclusivement à la lettre du récit.

      Le semeur (grec le semant ou celui qui sème) n'a pas l'intention de jeter aucune partie de sa semence sur un chemin ; mais comme ce chemin longe son champ et qu'il sème abondamment, vivement plus d'un grain tombe le long du chemin (grec : auprès du chemin, sur le bord). Ces grains n'étant pas recouverts par la terre sont mangés par les oiseaux.

      6 Ces endroits rocailleux ne sont pas une partie du champ couverte de pierres, qu'on aurait pu √īter¬†; mais bien, comme on peut le voir dans toutes les contr√©es montagneuses et arides, des endroits o√Ļ une l√©g√®re couche de terre recouvre le roc.

      L√†, la semence peut lever, elle leva m√™me aussit√īt, poussa en dehors, pr√©cis√©ment parce qu'elle ne pouvait pas enfoncer ses racines dans une terre profonde. Mais aux premi√®res ardeurs du soleil du printemps, elle fut br√Ľl√©e, dess√©ch√©e parce qu'elle n'avait pas de racines qui pussent la nourrir des sucs de la terre. Luc dit¬†: "pas d'humidit√©."

      7 Pourquoi des épines dans un champ ensemencé ?

      C'est que si, d'un c√īt√©, le champ est bord√© par un chemin, (verset 4) il l'est, de l'autre, par une haie vive.

      Les grains de la semence tombent aux abords de la haie, parmi (grec sur) les √©pines, au moment o√Ļ elles germent encore dans la terre. La semence l√®ve, mais les √©pines montent avec plus de vigueur encore et l'√©touffent.

      Ici, la plante du blé ne périt pas, elle subsiste, mais elle est trop épuisée pour produire des épis fertiles. (Comparez verset 22)

      8 La bonne terre est une terre rendue fertile par la culture, l'engrais, etc.

      Cette grande productivité, s'élevant jusqu'à cent pour un, était très ordinaire dans les pays de l'Orient.

      (Comparer Genèse 26.12) Pour le sens religieux de cette parabole, voir verset 18 et suivants

      9 Comparer Matthieu 11.15, note.

      - Le texte reçu ajoute les mots pour entendre, retranchés d'après les meilleures autorités.

      10 D'apr√®s Marc et Luc, les disciples auraient demand√© simplement l'explication de la parabole. Mais ils firent certainement aussi la question que Matthieu leur attribue, comme le prouve la r√©ponse imm√©diate de J√©sus. (verset 11) L'autre demande, loin d'√™tre exclue, est au contraire suppos√©e par notre √©vangile, puisque l'explication d√©sir√©e suit bient√īt apr√®s. (verset 18)

      - Cet entretien entre J√©sus et les disciples eut-il lieu aussit√īt apr√®s l'√©nonc√© de la parabole, sur la barque m√™me, (verset 2) interrompant ainsi l'enseignement de J√©sus aux foules, comme le r√©cit de Matthieu le ferait supposer, ou bien apr√®s le discours, quand J√©sus fut seul avec les disciples, comme le rapporte Marc¬†? (Marc 4.10) La place que ce dernier lui assigne para√ģt plus naturelle.

      11 Donn√© ou pas donn√© par Dieu, qui seul ouvre, par son Esprit, l'intelligence et le cŇďur, et qui est souverain dans la dispensation de ses dons.

      C'est √† la volont√© de Dieu que J√©sus en appelle¬†; c'est dans le d√©cret insondable de la sagesse divine qu'il montre la raison derni√®re pour laquelle les myst√®res du royaume des cieux sont r√©v√©l√©s aux uns, cach√©s aux autres. Mais les paroles d'Esa√Įe qui suivent (verset 15) prouvent que, soit dans la possession, soit dans la privation de la lumi√®re divine, l'action et la responsabilit√© de l'homme ont leur part.

      Ce qu'il s'agit de conna√ģtre, d'une mani√®re vivante, exp√©rimentale, ce sont les myst√®res du royaume des cieux, c'est-√†-dire les v√©rit√©s divines de ce royaume, qui restent myst√®res tant qu'elles ne sont pas r√©v√©l√©es √† l'homme par la Parole et l'Esprit de Dieu.

      D'après le contexte cette expression désigne peut-être d'une manière plus spéciale les desseins de Dieu pour le salut des hommes, le plan divin suivant lequel le royaume doit s'établir, les conditions de son développement, que Jésus indique précisément dans les paraboles de ce chapitre. (Comparer Romains 16.25 ; 1Corinthiens 4.1 ; Ephésiens 3.3 et suivants, notes.)

      Or c'est l√† ce qui a √©t√© donn√© aux disciples d√©j√† alors dans une certaine mesure, et qui leur sera donn√© beaucoup plus encore par l'Esprit de la Pentec√īte, en sorte que J√©sus peut leur parler sans paraboles.

      Mais pour d'autres, il doit employer cette forme d'enseignement, et il en dit la raison au verset 13 et suivants

      12 Avant d'énoncer directement (vers. 13) la raison pour laquelle il parle en paraboles, Jésus la fait pressentir en citant un proverbe qui exprime ce que l'on constate souvent dans les affaires ordinaires de la vie : celui qui est riche le devient toujours plus, et l'inverse. Cela est dans la nature des choses. Et cela n'est pas moins vrai dans le domaine de la vie religieuse.

      Le développement moral de l'homme obéit à une double loi, selon que l'Esprit ou la chair dominent. Dans le premier cas, il a, et il reçoit toujours davantage, et il abonde : dans le second, il perd nécessairement même ce qu'il a, c'est-à-dire ce qui lui restait encore de vie religieuse et morale.

      Luc dit¬†: ce qu'il croit avoir. Luc 8.18 Cela lui est √īt√©, et par la force des choses, et par un jugement de Dieu.

      Jésus montre l'application du même principe, dans la parabole des talents, (Matthieu 25.29) qui nous en fait très bien saisir le sens.

      13 C'est pourquoi, en raison du fait affirmé verset 11, et conformément au principes énoncés verset 12, Jésus leur parle en paraboles, leur présente "les mystères du royaume des cieux" (verset 11) sous ce voile à demi transparent, parce que (cette conjonction introduit un motif qui explique et justifie celui qu'indique le c'est pourquoi) alors même que la vérité s'offre à eux (voyant, entendant), ils ne voient, n'entendent, ni ne comprennent.

      Leur réceptivité est en défaut. Ils ne veulent pas voir, aussi attirent-ils sur eux un jugement. Ce jugement n'est pas définitif sans doute ; il a pour but de les épargner et d'empêcher que leur culpabilité ne devienne plus grande ; mais il les exclut du nombre de ceux qui ont part les premiers au royaume et en deviennent les fondateurs.

      La parabole, en effet, est destin√©e √† op√©rer un triage dans la masse ind√©cise¬†; les simples curieux, les irr√©solus, les cŇďurs imp√©nitents n'emportent qu'un r√©cit gracieux dont le sens leur √©chappe. Mais ceux qui ont soif de la v√©rit√© la d√©couvrent sous le voile de la parabole (v.11. 12), t√©moins ces disciples qui, n'ayant pas eux-m√™mes tout compris, demandent des explications. Matthieu 13.36¬†; Marc 4.10

      Cette dispensation divine envers les hommes, selon leurs dispositions diverses, est donc pleine de sagesse et de miséricorde.

      "Ainsi, voulant para√ģtre √† d√©couvert √† ceux qui le cherchent de tout leur cŇďur et cach√© √† ceux qui le fuient de tout leur cŇďur, il temp√®re sa connaissance, en sorte qu'il a donn√© des marques de soi visibles √† ceux qui le cherchent, et obscures √† ceux qui ne le cherchent pas. Il y a assez de lumi√®re pour ceux qui ne d√©sirent que de voir, et assez d'obscurit√© pour ceux qui ont une disposition contraire." Pascal.

      - Cette règle, qui est une loi générale du royaume de Dieu dans tous les temps, Jésus commence maintenant à l'appliquer à ses concitoyens. Dans les premiers mois de son ministère en Galilée, il leur a annoncé la vérité sans réticence. Ils ne l'ont pas reçue. Dès ce moment ils attirent sur eux un jugement de Dieu.

      Le Sauveur se dérobe à eux tout d'abord en enveloppant son enseignement du voile de la parabole. Un peu plus tard il s'éloignera lui-même en se retirant dans d'autres contrées.

      C'est pourquoi nous considérons cette collection de paraboles (versets 1-52) comme le premier chapitre de cette portion de l'histoire évangélique qui peut s'intituler : "la retraite du Messie."

      15 Esa√Įe 6.9,10, cit√© exactement d'apr√®s les Septante.

      Ce texte diff√®re de l'h√©breu, qui a tous les verbes du verset 10 √† l'imp√©ratif¬†: Engraisse le cŇďur de ce peuple, alourdis ses oreilles, enduis ses yeux, de peur...

      C'est-à-dire que le prophète doit exécuter, par sa prédication même, ce jugement de Dieu : l'endurcissement puni par un endurcissement plus grand.

      Dans le texte grec, cette action parait attribu√©e au peuple lui-m√™me¬†: "son cŇďur s'est engraiss√©." Telle est l'interpr√©tation de Meyer et de M. Godet. (dans Jean 12.40) B. Weiss, insistant sur le passif du verbe¬†: a √©t√© engraiss√©, attribue cette action au d√©cret divin.

      Quelque sens qu'on adopte, la cause premi√®re de cet endurcissement est bien la volont√© rebelle du peuple, car le but de la pr√©dication seul conforme √† l'amour divin est de sauver, et Dieu n'endurcit que ceux qui se sont d√©j√† endurcis. Mais tel est, sous cette r√©serve, l'effet de la parole de la gr√Ęce¬†: "Odeur de vie, ou odeur de mort.." (2Corinthiens 2.16)

      - Quant aux expressions du texte, il faut remarquer d'abord que la cause de l'inintelligence et de l'aveuglement (v.14) est plac√©e dans le cŇďur (car, verset 15), qui est engraiss√© (sens de l'h√©breu, le grec signifie aussi √©paissi), rendu insensible par la prosp√©rit√©.

      Les effets de cette insensibilit√© sont exprim√©s par les images qui suivent¬†: l'ou√Įe dure (grec lourde), les yeux √† demi ferm√©s, comme dans la somnolence, ou lorsqu'on craint la lumi√®re¬†; et tout cela de peur qu'ils ne voient, n'entendent, ne comprennent, ne se convertissent, et que je ne les gu√©risse.

      Il faut remarquer dans ce dernier verbe le changement de personne¬†; Dieu parle directement comme celui d'o√Ļ proc√®de toute gu√©rison.

      Quelle gradation profonde dans l'ordre o√Ļ ces organes sont √©num√©r√©s, et l'ordre inverse serait √©galement vrai, car il y a action et r√©action¬†: d'abord le cŇďur, l'ou√Įe, les yeux¬†; puis les yeux, l'ou√Įe, le cŇďur.

      Tout part du cŇďur et tout y aboutit dans l'Ňďuvre du salut ou de l'endurcissement.

      16 Bien que ce soit une mani√®re inusit√©e de s'exprimer, que de d√©clarer heureux les organes de la vue et de l'ou√Įe, au lieu de l'homme qui les poss√®de, nous traduisons litt√©ralement, afin de conserver le contraste voulu entre ces paroles et celles des versets 13-15.
      17 Raison des paroles qui précèdent (car).

      Que de justes, que de prophètes de l'Ancien Testament ont soupiré après ces temps de l'Evangile, qui n'étaient pas accomplis, selon les desseins de Dieu ! Quel motif de reconnaissance pour les disciples et pour nous !

      18 Vous donc qui pouvez comprendre, écoutez ! (vers. 16.)

      Les disciples et d'autres auditeurs avaient demand√© l'explication de cette parabole. (Marc 4.10) J√©sus avait de son c√īt√© exprim√© son √©tonnement de ce qu'ils ne l'eussent pas comprise (Marc 4.13) et pourtant il la leur explique.

      Cette interprétation que Jésus a donnée d'un petit nombre de paraboles (verset 37 et suivants ; verset 49) est pour nous d'un prix infini, car par là il nous a donné la clef de toutes les autres.

      19 La parole du royaume (Matthieu 4.23 ; 24.14) ou, selon Luc, la parole de Dieu, et, d'après Marc, simplement la parole, telle est la semence de la parabole.

      Il y a une analogie profonde entre l'image et la réalité. Dieu a voulu qu'il y eut en chaque grain de semence un principe de vie qui se développe avec une irrésistible puissance, dès que la semence se trouve dans des conditions favorables. Ainsi la parole du Dieu vivant renferme et produit la vie, une vie divine ; elle est créatrice.

      Mais, pour cela, il faut que la parole, comme la semence, tombe dans une terre bien préparée. Or ce sont précisément quatre espèces de terrain, représentant des dispositions morales diverses, qui forment les traits caractéristiques de la parabole.

      Et d'abord ; le chemin. Là, le Seigneur avait dit, selon Luc, que la semence fut foulée par les passants. Dans son explication il ne relève pas ce trait, qui a pourtant évidemment un sens moral. La semence foulée par les passants, c'est la parole rendue infructueuse par les distractions et les pensées terrestres de cette classe d'auditeurs.

      En outre, sur ce sol durci et sans culture, la semence n'était point recouverte de terre et ne pouvait germer.

      L'auditeur ne comprend pas la parole¬†; explication propre √† Matthieu et qui indique une seconde cause de st√©rilit√©, l'inintelligence et l'endurcissement du cŇďur, qui n'a pas √©t√© rendu attentif et n'a pas √©t√© amolli par une s√©rieuse repentance.

      Enfin il y a une troisi√®me cause. L'image de ces oiseaux (v.4), √† laquelle nous aurions √† peine song√© √† donner un sens spirituel, en a un tr√®s important¬†: J√©sus nous y montre l'action du malin (Marc dit Satan, Luc le diable) qui ravit ce qui a √©t√© sem√©. Cela lui est d'autant plus facile que la parole n'a point √©t√© comprise et que le cŇďur n'arrive point √† la foi. (Romains 10.10)

      Il n'est pas nécessaire de voir là une action immédiate et magique du malin. Les moyens par lesquels il agit abondent, et dans l'homme même et en dehors, dans le monde.

      (Comparer sur cet enseignement verset 39, note.)

      21 Ici, il y a progr√®s. Non seulement cet auditeur entend la parole, mais il en re√ßoit aussit√īt des impressions qui le remplissent de joie.

      La parole divine est si puissante, la v√©rit√© si belle, l'Evangile si plein de charmes¬†! Mais ce sont l√† des impressions superficielles, point de racines profondes en lui-m√™me c'est-√†-dire dans la conscience par la repentance, dans le cŇďur par la foi, tout cela est passager pour un temps.

      Et comme le soleil br√Ľle et dess√®che la semence verdoyante, (verset 6) il suffit de quelque affliction ou de quelque pers√©cution qu'il faudrait endurer √† cause de la parole, pour que ce caract√®re faible et l√©ger (grec) se scandalise aussit√īt, c'est-√†-dire y trouve une occasion de chute. Il se retire, dit Luc.

      Il faut remarquer comment ce dernier aussit√īt correspond bien au premier. (verset 20)

      22 Sur ce troisième terrain, il y a progrès encore. (Comparer verset 7, note.)

      La parole entendue n'est ni enlev√©e ni reni√©e, comme dans les deux cas qui pr√©c√®dent elle persiste¬†; mais d'autres forces, figur√©es par les √©pines, agissent avec elle et lui disputent le cŇďur de l'homme. Ces forces sont, d'une part, les soucis du si√®cle, c'est-√†-dire de ce monde qui en est rempli, soit pour le pauvre, soit pour le riche¬†; d'autre part, la s√©duction qu'exerce la richesse, ici personnifi√©e, et qui trompe ses dupes en leur promettant le bonheur. (Comparer Matthieu 6.19¬†; 1Timoth√©e 6.9)

      La parole est ainsi √©touff√©e au dedans du cŇďur et ne peut produire ses fruits de r√©g√©n√©ration et de vie.

      Mais ce n'est qu'au jour de la moisson qu'appara√ģtra cette triste st√©rilit√©. Jusque-l√†, que d'illusions possibles¬†!

      23 La bonne terre n'est ici caractérisée que par les résultats, comme les autres espèces de terrain qui précèdent.

      D'apr√®s Luc, J√©sus l'aurait interpr√©t√©e par un cŇďur honn√™te et bon, qui retient la parole et la rend fructueuse.

      Matthieu indique les mêmes effets par ces trois degrés : entendre, comprendre, porter du fruit.

      Ce dernier r√©sultat montre assez que comprendre n'est pas une action purement intellectuelle, mais que, puisqu'il y a du fruit dans la vie morale, la parole a du p√©n√©trer dans la conscience, o√Ļ elle produit la repentance, et dans le cŇďur, o√Ļ elle cr√©e l'amour.

      C'est ce qui est finement indiqué dans le texte original par une particule que nos versions ordinaires, même celle de Lausanne, ne traduisent pas du tout, mais que Rilliet n'a pas négligée. Celui qui entend et comprend comme il faut porte du fruit par une conséquence toute naturelle, en porte certainement.

      Quant à l'abondance de ce fruit, elle est exprimée simplement par ces termes employés dans l'image (verset 8) et qui n'ont pas besoin d'explication : cent, soixante, trente. Et ainsi la fin de l'interprétation se confond, d'une manière gracieuse, avec la fin de la parabole même.

      24 24 à 43 Le développement du Royaume. Paraboles de l'ivraie, du grain de sénevé et du levain

      Le Seigneur propose une parabole qui n'est pas sans analogie avec la pr√©c√©dente, mais qui en agrandit l'horizon en r√©v√©lant qu'un double ensemencement s'op√®re, dont les r√©sultats sont oppos√©s dans le monde entier. Rien de plus grand que cette instruction, rarement bien comprise parce qu'elle soul√®ve des questions fort difficiles. Arr√™tons-nous d'abord simplement au sens litt√©ral, et attendons l'explication du Ma√ģtre. (verset 37 et suivants)

      -Le texte re√ßu porte¬†: un homme qui s√®me¬†; il faut, d'apr√®s une variante, a sem√©. Ces semailles ont d√©j√† eu lieu au moment o√Ļ la parabole commence. Par la m√™me raison on lit dans l'original¬†: le royaume des cieux a √©t√© assimil√© √†...Toute cette grande action avait commenc√© depuis longtemps par la pr√©sence de cet homme divin qui semait en tout lieu. Aussi la parabole ne commence-t-elle pas, comme on l'aurait attendu, par ces mots¬†: "Le royaume des cieux est semblable √† un champ, o√Ļ..." mais par ceux-ci¬†: √† un homme, de qui tout d√©pend et sur lequel toute l'attention doit se porter. (Comparer verset 37.)

      25 Grec : selon une variante très autorisée : "sema de l'ivraie par-dessus, ou sursema," après que la bonne semence eut été jetée, en terre.

      Et l'ennemi a bien soin que son ivraie soit parmi le blé.

      Il n'est pas dit que les hommes qui dormaient soient les serviteurs du ma√ģtre du champ, ce sont plut√īt les hommes en g√©n√©ral, et leur sommeil indique simplement aussi que l'action de l'ennemi se passe durant la nuit, dans les t√©n√®bres. (Comparer Marc 4.27) Il ne faut donc pas, dans 1'application de ce trait, imputer √† ces hommes un manque de vigilance, de la paresse, etc. J√©sus ne le fait pas dans l'interpr√©tation. (Voir verset 37 et suivants)

      - L'ivraie est une plante de la famille des graminées (lolium), dont le fruit est malsain et produit une sorte d'ivresse (ces deux mots ont la même étymologie), et qui, soit en herbe, soit en épi, ressemble beaucoup au blé. C'est ce qui peut expliquer la crainte exprimée au verset 29.

      Dans le vieux langage, l'ivraie s'appelait, d'après le grec, zizanie ; de là l'expression tirée de notre parabole : semer la zizanie.

      28 Grec¬†: un homme ennemi. Dans le sens litt√©ral de la parabole il s'agit r√©ellement d'un homme qui ha√Įssait le ma√ģtre du champ (verset 25) et qui voulait lui nuire.

      - Les serviteurs au contraire prennent intérêt à la moisson future, et leurs deux questions (versets 27,28) sont l'expression de leur douleur.

      29 La raison de cette défense est facile à comprendre : les racines de l'ivraie et celles du blé sont entrelacées, de sorte qu'on ne peut arracher l'une sans courir le risque de déraciner l'autre.

      Faut-il ajouter que le ma√ģtre n'a pas une telle confiance dans le discernement de ses serviteurs, qu'il ne puisse craindre, vu la ressemblance des deux plantes plus d'une erreur de leur part¬†? Peut-√™tre, m√™me dans le sens litt√©ral de la parabole, et bien certainement dans son application. (Voir versets 25,28 notes.)

      30 Au temps de la moisson, (verset 39) il n'y aura plus aucun danger d'erreur ; la séparation pourra avoir lieu et elle se fera infailliblement, non par des hommes, mais par des anges. (verset 41)

      En attendant, il faut les laisser cro√ģtre tous deux ensemble, et par l√† m√™me il reste une possibilit√© que la parabole ne pouvait pas statuer, mais qui est bien r√©elle dans le r√®gne de Dieu en ce monde¬†: c'est que "ceux qui aujourd'hui sont ivraie, demain soient froment." Augustin.

      32 La plante appelée sénevé, ou moutarde, provient d'une très petite semence, mais s'élève, en Orient, à une certaine hauteur, et devient touffue comme arbre, tout en restant dans l'espèce des légumes. (Voir F. Bovet, Voyage en Terre-Sainte, Le lac de Génézareth, 7e édit., p. 365.)

      Ce que le Sauveur veut relever par cette image, c'est la petitesse du royaume des cieux dans son origine, ses commencements et ses moyens et la grandeur de ses développements et de ses effets.

      Ces caract√®res se v√©rifient dans toute l 'histoire du r√®gne de Dieu¬†: Mo√Įse, petit enfant dans son berceau de jonc, et son Ňďuvre immense durant tant de si√®cles¬†; la cr√®che de Bethl√©hem, et la cr√©ation nouvelle accomplie dans notre humanit√©¬†; les douze ap√ītres, et l'√©tablissement du r√®gne de Dieu dans le monde. Et combien souvent l'√©vang√©lisation de tout un pays devenu chr√©tien, a-t-elle commenc√© par des moyens tout √† fait inaper√ßus¬†! Voir l'histoire des missions. Toujours la tr√®s petite semence devenant un grand arbre. Rien de plus propre √† affermir la foi et √† relever les esp√©rances dans les temps de d√©couragement. (Comparer Zacharie 4.1 et suivants)

      - S'il faut donner un sens spirituel au trait charmant de ces oiseaux qui viennent s'abriter dans ses branches, ne le trouvera-t-on pas dans cette foule d'hommes qui, sans appartenir de cŇďur au r√®gne de Dieu, jouissent pourtant des lumi√®res de l'Evangile et des bienfaits de la civilisation chr√©tienne¬†?

      33 Cette parabole a beaucoup d'analogie avec la précédente, mais elle en diffère par plusieurs traits. Elle révèle aussi la croissance mystérieuse du règne de Dieu, mais au dedans, plus qu'à l'extérieur.

      Le levain cach√© dans la p√Ęte, c'est la vie divine agissant lentement, mais constamment par la puissance qui lui est propre, jusqu'√† ce que tout l'homme moral, toute la vie humaine, dans l'individu, la famille et la soci√©t√©, en soient p√©n√©tr√©s et sanctifi√©s.

      34 Tel est le texte le plus autorisé : (Comparer toutefois Marc 4.34)

      Jésus, dans ce moment, employait exclusivement cette forme de discours, par la raison indiquée aux verset 11 et suivants

      35 Ce prophète, c'est le psalmiste Asaph, à qui I'Ancien Testament donne aussi le titre de voyant, ou prophète. (2Chroniques 29.30)

      - On sait par les √©crits de plusieurs P√®res, Cl√©ment d'Alexandrie, Eus√®be, J√©r√īme, que quelques manuscrits tr√®s anciens portaient¬†: "par le proph√®te Esa√Įe." Ils nous apprennent m√™me que Porphyre se pr√©valait de cette faute pour accuser Matthieu d'ignorance.

      Mais ces m√™mes P√®res renvoient l'accusation √† des copistes inintelligents, et presque tous les t√©moignages critiques actuellement connus, omettent le nom d'Esa√Įe. Malgr√© cela, Tischendorf, qui l'avait toujours rejet√©, l'a admis dans sa huiti√®me √©dition sur l'autorit√© du Sin.

      Psaumes 78.2, librement cité. L'hébreu dit : "des choses cachées (littér. énigmatiques) dès les temps anciens."

      Les Septante : "des sentences (ou problèmes) dès le commencement," terme que Matthieu rend par celui-ci : dès la fondation. (Plusieurs manuscrits omettent du monde, qui du reste s'entend de soi-même.)

      Ce ne sont proprement ni des paraboles ni des énigmes qui se trouvent dans ce Psaume ; mais comme Asaph y chante les principaux événements de la vie de son peuple pour en tirer de sérieuses instructions, il peut à bon droit considérer cette histoire comme une grande parabole et les enseignements religieux qu'elle renferme comme des choses cachées qu'il faut savoir y découvrir.

      Et c'est de m√™me que J√©sus, dans ses paraboles, nous d√©voile les grandes v√©rit√©s du royaume de Dieu qui sont comme cach√©es, soit dans la nature, soit dans la vie humaine, o√Ļ il puise les sujets de ses similitudes.

      36 La maison, celle dont il est parlé à verset 1
      37 Le fils de l'homme. (Voir sur ce terme Matthieu 8.20, note.)

      Avec quelle assurance J√©sus attribue √† son action sur ce monde, tout le bien qui s'y trouve, tous les "fils du royaume¬†!" (verset 38) Dans la parabole du semeur, o√Ļ il s'agit de r√©pandre dans la terre une semence qui repr√©sente la "Parole de Dieu,"

      J√©sus-Christ, tout en restant le premier et le grand semeur, peut consid√©rer tous ses serviteurs fid√®les comme des continuateurs de son Ňďuvre. Mais ici, o√Ļ cette semence repr√©sente des hommes "engendr√©s par la parole de la v√©rit√©," (Jacques 1.18) productions vivantes de la premi√®re semence, cr√©ations de l'Esprit de Dieu, le Sauveur est le seul qui puisse en remplir ce champ qui est le monde¬†; en ce sens, semer la bonne semence est son Ňďuvre exclusive.

      Cette Ňďuvre, il l'a accomplie de tout temps, comme Parole √©ternelle au sein de notre humanit√©¬†; (Jean 1.3) il l'accomplissait alors sur la terre, o√Ļ il √©tait venu op√©rer une cr√©ation nouvelle, et il l'accomplira jusqu'√† la fin des temps.

      38 Le monde ! il faut donner une attention particulière à cette parole qui est la clef de notre parabole.

      Jésus n'entend point par là, comme on l'a cru souvent, la partie mauvaise, mondaine de l'humanité, (Jean 17.16,1Jean 2.15) par opposition au peuple de Dieu ; mais bien cette humanité tout entière, que le Seigneur appelle à bon droit son champ ou son royaume, (verset 41) et qui est destinée par la miséricorde divine (Jean 3.16) à recevoir la bonne semence et à devenir le "royaume des cieux." (verset 24)

      De tout temps il y a eu des interprètes qui, méconnaissant ce trait fondamental de notre parabole : le champ c'est le monde, y ont substitué de diverses manières ce sens tout différent : le champ c'est l'Eglise.

      Alors, en présence de la question empressée des serviteurs : "Veux-tu que nous allions la cueillir ?" et de la réponse catégorique de Jésus "Non !" (versets 28,29) ils se sont résignés à ne voir dans l'Eglise chrétienne que cette confusion perpétuelle de l'ivraie et du froment, des "fils du royaume" et des "fils du malin," (verset 38) dont le monde offre le spectacle et dont notre parabole serait l'image.

      Ainsi Calvin, malgr√© ses principes rigoureux de discipline, assez peu conciliables avec la d√©fense de J√©sus s'il s'agit ici de l'Eglise, se console de la confusion qui y reste, en √©crivant ces mots¬†: "Mais cette solution doit nous suffire que Christ ne parle point ici (dans sa d√©fense) de l'office des pasteurs ou des magistrats, mais √īte seulement le scandale qui trouble les infirmes, quand ils voient que l'Eglise ne consiste pas seulement en des √©lus, mais qu'il y a aussi des m√©chantes canailles." (Commentaire sur cette parabole.)

      D'autre part, il y a eu toujours, depuis les donatistes d'Afrique jusqu'aux hommes du Réveil, des chrétiens qui ont pensé pouvoir constituer des Eglises triées, soumises à une sévère discipline, estimant que la défense de Jésus ne concernait que le monde, c'est-à-dire l'humanité rebelle et hostile à l'Evangile.

      Mais ce mot, dans la pensée du Sauveur, avait une signification plus étendue et plus universelle, embrassant l'humanité tout entière, dans laquelle la puissance des ténèbres est en lutte constante avec l'Evangile du salut.

      Voici d√®s lors ce que le Ma√ģtre prescrit √† ses serviteurs, dans des vues pleines de sagesse et de mis√©ricorde. Il ne leur demande pas de voir avec indiff√©rence l'erreur, le mensonge, le p√©ch√©, toutes les corruptions et les iniquit√©s que l'ennemi du royaume de Dieu s√®me dans le monde¬†; il leur ordonne au contraire de les combattre avec toute la puissance et l'√©nergie que donnent les armes spirituelles de la Parole et de l'Esprit de Dieu.

      Mais ce qu'il leur interdit d'une manière absolue, c'est de recourir dans cette lutte aux armes charnelles, d'y faire intervenir le pouvoir séculier, d'employer la contrainte, d'user de moyens matériels de répression et de propagande.

      La raison de cette interdiction est indiqu√©e par la parabole¬†: le froment et l'ivraie repr√©sentent des hommes¬†; (verset 38) or, arracher celle-ci, la d√©truire avant le temps, ce serait exercer un jugement qui n'appartient qu'√† Dieu. Ce que J√©sus pr√©voyait (verset 29) est toujours arriv√©¬†: en s'imaginant cueillir l'ivraie, ces serviteurs, d√©sob√©issant √† l'ordre du ma√ģtre, ont arrach√© le froment. Ce sont les esprits les plus nobles, les plus ind√©pendants, les plus pieux qui sont devenus leurs victimes.

      Qui ne voit quelle lugubre s√©rie de pers√©cutions, d'iniquit√©s et de crimes e√Ľt √©t√© √©pargn√©e √† l'humanit√©, si tous avaient compris et observ√© cette seule parole de J√©sus¬†: Laissez-les cro√ģtre ensemble jusqu'√† la moisson¬†!

      Ce mélange, tout affligeant qu'il est, doit servir au salut des uns, à l'épreuve et à la patience des autres. Mais la confusion ne durera pas toujours ; il vient, le jour de la moisson (v.30), et alors ce que les serviteurs désirent sera accompli, non par des hommes faillibles et pécheurs, mais par la main des anges exécutant la justice de Dieu. (versets 40-43)

      Dans la parabole du semeur, la semence est la parole de Dieu, tombant dans le cŇďur d'hommes diversement dispos√©s. Ici, c'est cette m√™me parole qui a produit des effets contraires selon qu'elle a √©t√© re√ßue ou repouss√©e¬†; et ces effets de la parole divine sont identifi√©s dans un langage plein de hardiesse avec les hommes eux-m√™mes qui les √©prouvent.

      Les uns sont fils du royaume ; ils y ont été introduits et ont été engendrés par la parole, ils sont animés de l'esprit de ce royaume. (Voir sur ce terme Matthieu 3.2, note.)

      Les autres sont fils du malin, de celui qui sème l'ivraie (v. 39) ; ils sont sous son influence, (verset 19) animés de son esprit. (Comp Jean 8.44 ; 1Jean 3.8,10)

      39 Les serviteurs, qui, dans la parabole, repr√©sentent les disciples de J√©sus, avaient demand√© avec √©tonnement et douleur¬†: D'o√Ļ vient qu'il y a de l'ivraie¬†?

      Maintenant que nous savons ce qu'est le champ, nous pouvons dire que c'est l√† la question des questions, le probl√®me d√©solant de toute philosophie et de toute th√©ologie¬†: d'o√Ļ vient le mal dans ce monde qui est le champ de Dieu, et o√Ļ il n'a pu semer que le bien¬†?

      La réponse du Sauveur est la seule vraie théodicée. Elle écarte d'un mot tous les systèmes qui, d'une façon ou d'une autre, font remonter le mal jusqu'à Dieu, et qui par là touchent au blasphème.

      Le mal ne vient pas non plus de l'homme, il n'est pas essentiel à sa nature : donc il y a pour lui espoir de guérison. Il vient du dehors, d'un ennemi qui est le diable.

      Cet enseignement de Jésus est conforme à toute l'Ecriture, conforme aussi à la saine raison : "Le péché, qui n'existe que dans une volonté vivante et personnelle, ne peut avoir son origine que dans une volonté personnelle qui en a été la source." R. Stier.

      Si l'on objecte que cette solution ne fait que reculer la question, nous y consentons. Mais l'exégèse n'a pas à remonter plus haut. Ceux qui voudront le faire, trouveront toujours une solution possible et rationnelle dans la volonté d'un être libre qui, dès lors, d'ange peut devenir démon.

      Quelque opinion qu'on veuille donc se faire sur l'existence personnelle de cet ennemi, nul ne peut nier que Jésus ne l'enseigne de la manière la plus positive. Même la fausse théorie d'une accommodation aux préjugés de son siècle est ici parfaitement inadmissible.

      En effet,

      1¬į J√©sus fait entendre cette d√©claration pr√©cise, non dans la parabole, mais pour expliquer la parabole et nous en indiquer le sens.

      2¬į Rien ne provoque cette d√©claration, donn√©e spontan√©ment, non devant le peuple, mais dans le cercle intime des disciples. (verset 36)

      3¬į Le diable est nomm√© comme l'auteur personnel d'une action positive, comme source et origine du mal dans le monde, par opposition √† un autre √™tre personnel, le fils de l'homme, auteur et origine du bien.

      Nous ne nions pas qu'on puisse être chrétien sans admettre l'existence personnelle du diable, mais on ne peut nier non plus que pour cela il faille fausser tous les principes d'une saine exégèse ou rejeter l'autorité de Jésus-Christ lui-même.

      Grec¬†: la consommation ou l'ach√®vement du si√®cle (a√Į√īn), c'est-√†-dire du temps actuel, de la p√©riode qui doit s'√©couler jusqu'au retour de Christ pour le jugement d√©finitif.

      C'est ce que nos versions rendent par le terme peu exact de fin du monde. Comparer Matthieu 13.40,49 ; 24.3 ; 28.20 ; Hébreux 9.26.

      Comparer Matthieu 24.31 ; 25.31.

      41 C'est-à-dire tout le mal et tous ceux qui le commettent.

      Le royaume sera purifi√©, √©lev√© √† la perfection. C'est l'Ňďuvre que le Sauveur avait interdite √† ses pauvres serviteurs¬†! (verset 29)

      - "Ses anges, son royaume : majesté du fils de l'homme." Bengel

      42 La fournaise du feu qu'il ne faut pas mat√©rialiser, est l'ach√®vement de l'image de l'ivraie qu'on br√Ľle. (verset 40)

      Cette nouvelle expression figurée n'en représente pas moins une vive souffrance.

      Les derniers et terribles termes de ce verset dépeignent un profond désespoir. (Comparer Matthieu 8.12)

      43 Image magnifique de la gloire céleste, à laquelle auront part les justes. (Comparer Daniel 12.3)

      Mais les derniers mots : dans le royaume de leur Père, montrent qu'au sein de cette gloire le vrai élément de la félicité sera l'amour éternel de Dieu. Quel contraste avec les images du verset 42 !

      - Mais pourquoi le Sauveur qui vient d'appeler son royaume (verset 41) ce champ du monde, qu'il purifie de toute souillure, le nomme-t-il maintenant le royaume du Père ?

      L'ap√ītre Paul a r√©pondu¬†: c'est qu'alors la fin sera venue, et le M√©diateur, apr√®s avoir "aboli tout empire, et toute puissance, et toute force aura remis le royaume √† Dieu le P√®re, afin que Dieu soit tout en tous." (1Corinthiens 15.24-28)

      Tel est le terme glorieux des destin√©es de notre humanit√©. Ces destin√©es sont tout enti√®res d√©peintes dans cette grande parabole, depuis l'origine du mal et du bien, et du douloureux m√©lange de l'un et de l'autre, jusqu'√† la journ√©e o√Ļ ce myst√®re sera r√©solu par le r√©tablissement du royaume de Dieu dans la perfection¬†!

      - En présence de telles pensées, il y a une grande solennité dans ce dernier appel du Sauveur Que celui qui a des oreilles, entende !

      44 44 à 52 Le prix du Royaume et sa consommation finale. Paraboles du trésor caché, de la perle, du filet. Conclusion.

      Le sens littéral de cette parabole est simple : un homme a découvert un trésor caché, enfoui dans un champ (grec le champ) ; il l'a caché de nouveau, enterré, afin que nul ne se doute de sa trouvaille.

      Les verbes au passé indiquent l'expérience faite. Tout à coup ils sont mis au présent, et dépeignent vivement la suite de l'action qui s'accomplit sous l'impression de la joie : il va, il vend tout, il achète le champ.

      On peut soulever, √† ce propos, une question de droit, qui, dans la vie ordinaire, ne serait certainement pas r√©solue en faveur d'un tel proc√©d√©. Mais J√©sus n'a pas √† s'en occuper, parce que, dans la signification religieuse de son r√©cit, cette question ne se pr√©sente pas du tout. (Comparer la conduite de l'√©conome infid√®le, Luc 16.1-8). En effet, le champ dispara√ģt¬†; c'est arbitrairement que des interpr√®tes ont pr√©tendu y voir l'Ecriture sainte ou l'Eglise.

      Toute l'attention se reporte sur le tr√©sor, les richesses imp√©rissables de l'Evangile de la gr√Ęce, qu'on peut acqu√©rir sans faire tort √† personne, mais que nul n'obtient sans faire le sacrifice de tout ce qu'il a en propre.

      La parabole, tout en figurant le prix infini du royaume, enseigne l'obligation pour chacun de se l'approprier personnellement, et les conditions auxquelles il peut en prendre possession.

      Elle montre enfin ce qui rend l'homme capable du renoncement complet qu'il doit pratiquer pour acqu√©rir ce tr√©sor¬†: c'est la joie de sa possession nouvelle, la joie du salut. Le cŇďur ne se d√©pouille jamais d'un amour que par un amour plus grand, plus puissant¬†!

      46 Une perle (gr. une seule) de grand prix ; - voilà encore la cause du dépouillement volontaire.

      Cette parabole a donc le même sens que la précédente, avec cette différence que dans la première l'homme trouve simplement le trésor, tandis que dans la seconde, il l'a cherché.

      Diversit√© des voies de Dieu pour amener les √Ęmes au salut, selon leurs besoins et leurs capacit√©s.

      50 Cette parabole nous présente le royaume arrivé au terme de son développement et nous montre comment il passera de sa période historique à son existence parfaite et définitive. Elle reprend ainsi la dernière pensée de la parabole de l'ivraie. Elle nous transporte à l'époque qui est appelée dans celle-ci : "le temps de la moisson."

      Le royaume s'est étendu sur toute la terre, I'Evangile a été prêché à toute créature ; le temps de l'épreuve est achevé. (Remarquez tous les verbes au passé.)

      Le filet est tir√© et le triage de son contenu commence. Un jugement d√©finitif s√©pare les justes et les m√©chants, qui jusque-l√† √©taient confondus dans le royaume. Ce triage se fait avec calme et solennit√©. Les p√™cheurs se sont assis pour op√©rer sans h√Ęte le partage. (Comparer Matthieu 25.31. Sur les versets 49,50, voir versets 39-42. notes.)

      51 Le texte reçu ajoute les mots : Jésus leur dit, au commencement du verset, et le mot : Seigneur, après le oui des disciples.

      Bien que ces mots s'appuient sur des autorités importantes, on s'explique mieux qu'ils aient été ajoutés que retranchés et les critiques s'accordent généralement pour les supprimer.

      - Le sens reste le même. Jésus veut s'assurer que ses disciples ont compris toutes ces choses, c'est-à-dire les instructions profondes qu'il vient de leur donner par ses paraboles. Le but de sa question est, en outre, d'ajouter une nouvelle instruction pratique. (verset 52)

      Les disciples r√©pondent na√Įvement et sinc√®rement oui, bien que ce qu'ils venaient d'entendre d√©pass√Ęt de toutes mani√®res l'intelligence qu'ils en avaient alors.

      52 Conséquence tirée de la réponse des disciples (c'est pourquoi). Jésus prend ici le mot de scribe ou docteur de la loi (voir sur ce titre Matthieu 23.2), en un sens général, favorable, et l'applique à ses propres disciples. D'après leur réponse, (verset 51) il suppose qu'ils sont instruits (ou grec ont été faits disciples) pour le royaume des cieux (Comparer Matthieu 3.2, note.)

      Or quel usage doivent-ils faire de ce grand privil√®ge¬†? Celui que fait un ma√ģtre de maison de son tr√©sor¬†: il en tire, selon le besoin de sa famille, des choses nouvelles et des choses anciennes, r√©cemment acquises ou d√®s longtemps poss√©d√©es.

      Quel est le sens de cette image ?

      Tout d'abord, Jésus fait ainsi allusion à ses paraboles, par lesquelles il révèle des vérités nouvelles sous les emblèmes de choses anciennes, comme la nature, la vie humaine, etc.

      Mais la pensée du Sauveur va plus loin, il n'a pas en vue seulement la forme et la méthode de l'enseignement que ses disciples devront donner après lui, il considère le fond, la matière de cet enseignement : la loi ancienne élevée à la perfection, (Matthieu 5) la prophétie et son accomplissement, les commandements anciens pratiqués dans un esprit et un amour nouveaux, (1Jean 2.7,8) les expériences nouvelles de vérités anciennes, tout formera leur trésor, qu'ils devront utiliser fidèlement pour d'autres.

      Tout ce qui appartient au royaume de Dieu est √† la fois ancien et nouveau, parce que ce royaume c'est la vie divine se r√©alisant perp√©tuellement dans l'√Ęme humaine jusqu'√† la perfection. (Apocalypse 21.5)

      54 A Nazareth, appelé sa patrie parce que c'était celle de sa famille et qu'il y avait été élevé.

      - Marc (Marc 6.1 et suivants) rapporte cette visite √† Nazareth apr√®s la r√©surrection de la fille de Ja√Įrus, avant l'envoi des disciples. Matthieu para√ģt lui assigner une √©poque plus tardive.

      Quant au récit que Luc (Luc 4.16 et suivants) place au commencement du ministère de Jésus, et que plusieurs interprètes identifient avec celui de Matthieu et de Marc, il en diffère beaucoup trop par les traits les plus essentiels pour que cette identification soit probable. (Voir Godet, Commentaire sur saint Luc, 3e édit., p. 327.)

      Grec : ces puissances, actes accomplis par la puissance divine. (Comparer verset 58) C'est un des termes les plus fréquents pour désigner les miracles.

      - Ainsi, ce qui étonnait les habitants de Nazareth, c'était la sagesse de Jésus, dans son enseignement, et sa puissance, dans l'action. Cet étonnement pouvait, chez quelques uns, être accompagné de confiance et de foi, chez d'autres, il était tout charnel.

      C'est ce que prouve ce mot méprisant : Celui-ci, aussi bien que les paroles qui suivent.

      57 Grec : ils se scandalisaient en lui.

      Ce scandale venait de ce que Jésus leur paraissait trop pauvre, trop petit, trop connu à Nazareth dès son enfance pour être un envoyé de Dieu, le Messie. C'est là l'éternel scandale de la raison humaine en présence du Dieu-homme. (Comparer Jean 6.42)

      Que sera-ce quand il faudra admettre la folie de la croix ?

      - Dans le r√©cit de Marc, J√©sus lui-m√™me est appel√© le charpentier, et s√Ľrement avec raison¬†; il pratiqua ce travail manuel dans sa jeunesse.

      Ici et dans Marc, les sŇďurs de J√©sus sont nomm√©es avec ses fr√®res, comme appartenant √† la famille du charpentier et de Marie.

      Comment donc admettre que ces fr√®res et ces sŇďurs ne le fussent pas en effet¬†? (Comparer Matthieu 12.46, note.)

      - Sur le nom d'un des frères de Jésus, les manuscrits varient entre Josès et Joseph. Ce dernier nom est plus autorisé dans Matthieu, le premier l'est plus dans Marc.

      Expression proverbiale d'une grande vérité. (Jean 4.44) On a peine à regarder des yeux de la foi ceux qu'on est habitué à voir des yeux de la chair.

      58 Jésus avait guéri là quelques malades, (Marc 6.5) et ces guérisons produisirent l'impression décrite ci-dessus, (verset 54) mais l'incrédulité de ceux qui l'entouraient mit fin à cette action puissante.

      Marc observe même que Jésus ne put plus faire d'autres miracles ; terme qui doit s'entendre dans son sens moral.

      L'incr√©dulit√© se ferme √† elle-m√™me la source des gr√Ęces divines que la foi seule re√ßoit. Multiplier dans un tel milieu ses Ňďuvres de puissance et d'amour n'e√Ľt √©t√© de la part de J√©sus que rendre plus coupables ceux qui en auraient √©t√© les t√©moins.

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