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Matthieu 24

    • 1 Chapitre 24. Discours sur les derniers temps

      1 à 14 Signes précurseurs de la fin.

      Comparer Marc 13 ; Luc 21.

      - J√©sus √©tant sorti du temple o√Ļ il s'√©tait tenu presque constamment dans ces derniers jours. (Matthieu 21.23)

      Les mots du temple doivent se rapporter au verbe s'éloignait (grec s'en allait).

      C'est au moment o√Ļ il quittait le temple et le vouait ainsi √† la ruine, que les disciples, par une ironie involontaire et inconsciente, lui en font admirer les magnifiques constructions. Le Sauveur s'√©loigne d√©finitivement de ce lieu sacr√© o√Ļ sa parole a si souvent retenti. (Matthieu 23.39, note.) Il consomme sa rupture avec ce centre religieux de la th√©ocratie juive. Les jugements de Dieu vont commencer. J√©sus les annonce dans ce chapitre.

      Les disciples montrent avec admiration √† leur Ma√ģtre les constructions du temple, ou plut√īt du lieu sacr√©, qui comprenait, non seulement le temple proprement dit, mais tous les b√Ętiments qui en √©taient les d√©pendances.

      Selon Marc, (Marc 13.2, voir les notes) l'un d'eux lui dit : "Vois quelles pierres et quelles constructions !" Il s'agit des constructions entreprises par Hérode et continuées par ses successeurs.

      Ces travaux, commencés vingt ans avant Jésus-Christ, durèrent jusqu'aux approches de la guerre des Romains. Josèphe (Antiq. XV, 11 et Guerre des Juifs, V, 5, 5) en a décrit la beauté et la grandeur.

      Mais qu'est-ce qui pouvait inspirer aux disciples l'id√©e de faire admirer √† leur Ma√ģtre la magnificence de ces b√Ętiments¬†? Serait-ce la parole qu'il venait de prononcer (Matthieu 23.38) et qui avait excit√© dans leurs cŇďurs un funeste pressentiment¬†? Cela est possible, mais n'est pas clairement indiqu√©. D'apr√®s la r√©ponse de J√©sus, il semblerait plut√īt que les disciples aient √©t√©, √† ce moment comme pr√©c√©demment (Matthieu 20.17-22) et dans la suite (Luc 22.24 et suivants Luc 22.38,46), sans intelligence du moment solennel o√Ļ ils se trouvaient.

      2 Ces paroles, si simples en elles-m√™mes, ont √©t√© traduites et expliqu√©es de bien des mani√®res diff√©rentes. Ainsi on a pris le verbe regarder dans le sens "d'admirer." J√©sus reprocherait √† ses disciples d'arr√™ter leurs pens√©es sur des choses qui allaient √™tre d√©truites. Ainsi encore, en retranchant la n√©gation qui manque dans quelques manuscrits on a traduit¬†: Vous voyez toutes ces choses¬†: bient√īt il n'en restera rien.

      Cette traduction donne le vrai sens. Jésus, par une question qui appelle une réponse affirmative, invite les disciples à embrasser d'un regard les édifices superbes qui excitent leur admiration, afin de faire ressortir la terrible prédiction qu'il va prononcer.

      Dans les premiers jours du mois d'ao√Ľt 70, tandis que les Romains d√©j√† ma√ģtres du reste de la ville battaient en br√®che avec leurs machines les formidables murailles du temple, un l√©gionnaire lan√ßa un brandon sur la toiture du sanctuaire. Celui-ci prit feu et fut bient√īt r√©duit en cendres. Titus laissa √† J√©rusalem un certain T√©rentins Rufus. C'est lui qui, au rapport d'un √©crivain juif, "fit passer la charrue sur l'emplacement du temple et les endroits environnants." (E.Stapfer La Palestine, p. 89, 90.)

      L'empereur Adrien éleva plus tard (131) au sommet de la colline de Morija un temple à Jupiter. Celui-ci fut détruit par Constantin.

      Le lieu demeura couvert de ruines jusqu'√† la conqu√™te d'Omar (637). Ses successeurs y √©lev√®rent divers √©difices, dont le principal est le Qoubbet es-Sakrah ou D√īme-du-Rocher appel√© improprement mosqu√©e d'Omar. (Ph. Bridel, La Palestine illustr√©e, I)

      3 J√©sus et ses disciples sont sortis de la ville¬†; (verset 1) ils sont descendus dans la vall√©e du C√©dron, puis remontant de l'autre c√īt√© sur la montagne des Oliviers ils s'y sont assis¬†; ils ont sous leurs yeux, sur le mont oppos√©, J√©rusalem et les magnifiques constructions du temple que les disciples venaient d'admirer. (Marc 13.3) On comprend tout ce que cette situation donne d'actuel et de solennel au discours qui va suivre.

      Les disciples ont diff√©r√© leur question pour pouvoir interroger leur Ma√ģtre en particulier, car ils sentaient qu'il s'agissait d'une r√©v√©lation solennelle qu'eux seuls alors devaient entendre. Ils adressent √† J√©sus deux questions¬†:

      1¬į Quand est-ce que ces choses (la destruction de J√©rusalem, v.2) arriveront¬†?

      2¬į Quel sera le signe de ton av√®nement et de la consommation du temps¬†?

      L'avènement de Jésus-Christ, ou son arrivée, ou sa présence (grec parousia), c'est son retour dans la gloire pour juger le monde et pour élever son règne à la perfection, (comparez Matthieu 24.27,37,39 ; 1Thessaloniciens 2.19 ; 4.15 ; 2Thessaloniciens 2.1 ; 1Corinthiens 15.23 ; 1Jean 2.28 ; Jacques 5.7)

      c'est ce qui est appelé ailleurs son apparition (1Timothée 6.14,2Timothée 4.1)

      ou encore sa révélation. (1Corinthiens 1.7 ; 2Thessaloniciens 1.7 ; 1Pierre 1.7)

      A l'avénement de Christ les disciples joignent la consommation du temps (grec du siècle) expression propre à Matthieu (Matthieu 13.39,40,49) et qu'on traduit ordinairement par ces mots : la fin du monde, c'est-à-dire la fin de l'économie présente.

      Ainsi, dans la pens√©e des disciples, qui est celle de tout le Nouveau Testament, le retour de Christ la r√©surrection et le jugement co√Įncident avec la consommation du temps, ou ce qui est appel√© ailleurs "le dernier jour," (Jean 6.39,40,44,54) ou "les derniers jours," (Actes 2.17¬†; 2Timoth√©e 3.1) ou encore "le dernier temps," (1Pierre 1.5,20) ou enfin "la derni√®re heure." (1Jean 2.18)

      - Il faut remarquer que la double question des disciples n'est formulée ainsi que dans Matthieu ; Marc et Luc la posent autrement. (Voir Marc 13.4, note.)

      4 Jésus répond maintenant aux deux questions des disciples ; mais il le fait en ayant constamment devant les yeux la seconde, relative à son avènement, et il ne résout la première, concernant la ruine de Jérusalem, qu'en la considérant comme l'un des signes de son avènement.

      En effet, les développements futurs de son règne renferment tous les jugements de Dieu, jusqu'au dernier, qui sera "la consommation du temps." De là vient que dans l'immense perspective de cette prophétie, les divers événements qu'elle annonce n'ont pas pu être toujours clairement distingués les uns des autres par les évangélistes.

      Ceux-ci se trouvent, en pr√©sence de cet avenir, dans la situation d'un spectateur qui contemple de loin des hauteurs du Jura, par exemple, la cha√ģne des Alpes, et qui voit rapproch√©s les uns des autres des sommets qui en r√©alit√© sont s√©par√©s par de grandes distances et de profondes vall√©es. De l√† l'apparente confusion qui r√®gne dans le discours proph√©tique de notre chapitre.

      Il faut convenir que toutes les nombreuses tentatives faites, depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à nos jours, pour retrouver dans ce discours une prédiction claire et distincte des deux grands événements qu'il annonce, ont en partie échoué en présence des difficultés du texte. (Voir en particulier verset 34, note.)

      Au lieu donc d'y chercher, au moyen d'interprétations forcées, ou même fausses, une suite chronologique, il vaut mieux en considérer les diverses parties comme des cycles qui pénètrent les uns dans les autres et dont chacun renferme tout l'espace à parcourir depuis le point de départ jusqu'à la dernière fin. (Voir les versets 14 et 28.)

      Tel est du reste le caractère général de la prophétie, comme il se manifeste en particulier dans l'Apocalypse. Le seul mode vrai d'interprétation consiste donc à rapporter chaque pensée, chaque expression, l'événement qu'elles désignent évidemment, sans s'attacher à l'ordre chronologique.

      On est d'autant plus autorisé à suivre ce procédé que Luc lui-même a distribué les éléments de cette prophétie en deux discours prononcés à des moments différents, (Luc 17.20-37 ; 21.5-36) tandis que Matthieu les rapporte en un seul discours, selon sa méthode.

      On peut toutefois distinguer dans ce discours trois cycles divers, annonçant

      1¬į des signes g√©n√©raux relatifs au r√®gne de Christ sur la terre¬†; (versets 1-14)

      2¬į le Jugement de Dieu sur J√©rusalem et le peuple Juif¬†; (versets 15-28)

      3¬į l'av√®nement du Seigneur et les s√©rieuses exhortations √† la vigilance qu'il en tire pour tous les temps. (versets 29-51)

      Tout le discours est complété par les deux grandes paraboles qui suivent, et par le tableau solennel du jugement dernier. (Ch. 25.)

      5 Le Seigneur commence son discours par des avertissements adressés à ses disciples, car leurs questions sur l'avenir pouvaient renfermer beaucoup d'illusions et être inspirées par une vaine curiosité. Or la prophétie a un but éminemment sérieux et pratique

      - Le premier signe de l'avenir du règne de Dieu que Jésus signale, c'est la venue de faux Christs (verset 24) qui, usurpant son nom, séduiront beaucoup de gens.

      Il n'est point nécessaire pour constater l'accomplissement de cette prophétie de rechercher dans l'histoire soit des premiers siècles, soit des siècles suivants, des noms propres d'hommes qui se seraient donnés réellement pour être le Christ, c'est-à-dire le Messie.

      Tous les faux docteurs qui ont la prétention d'avoir seuls compris le Christ, de représenter sa doctrine, et qui, en son nom, prêchent leurs systèmes d'erreur, sont de faux Christs.

      6 Le second signe indiqué par Jésus, sont des guerres et des troubles parmi les nations. (verset 7)

      Un premier et terrible accomplissement de cette proph√©tie fut la guerre des Romains contre les Juifs. Les disciples ne devaient pas en √™tre troubl√©s, d'abord parce que ces calamit√©s √©taient in√©vitables (car il faut), ensuite parce qu'ils ne devaient pas s'imaginer que ce f√Ľt l√† la fin.

      Ce dernier mot ne peut signifier autre chose que la fin de l'√©conomie pr√©sente, ce que les disciples eux m√™mes ont nomm√© la "consommation du temps." (verset 3¬†; comparez verset 14, o√Ļ ce mot a exactement le m√™me sens.) Or cette fin-l√†, nul ne devait l'attendre sit√īt. (Ainsi Bleek, Ebrard, Lange, Auberlen.)

      Cet avertissement était d'autant plus nécessaire que les disciples, dans leur question, (verset 3) avaient considéré la ruine de Jérusalem et le retour de Christ, comme devant être simultanés. Ces paroles si claires peuvent aussi servir à prévenir de fausses interprétations de quelques parties de ce discours. (Par exemple versets 29,34)

      - Si, avec quelques interprètes (Meyer, de Wette), on entend par ces mots : ce n'est pas encore la fin, le terme de la théocratie juive ou la ruine de Jérusalem, une telle déclaration serait en contradiction avec le contexte, car ces guerres et ces soulèvements d'une nation contre l'autre amenèrent précisément la fin de la nationalité israélite.

      7 Aux guerres et aux troubles entre les nations et les royaumes viendront s'ajouter des calamités naturelles, telles que des famines et des tremblements de terre. (Entre ces deux mots, le texte reçu ajoute avec C, la plupart des majuscules, les versions syriaques et égyptiennes, et des pestes.)

      Le th√©√Ętre de tous ces √©v√©nements sera non seulement la Palestine, mais le vaste empire romain o√Ļ, dans chaque province, vivaient des juifs, et o√Ļ bient√īt le christianisme fut r√©pandu.

      L'historien Tacite fait des calamit√©s de ces temps une description qui montre comment s'est accomplie cette proph√©tie. "J'entre, dit il, dans l'histoire d'un temps riche en malheurs, cruel par les batailles, d√©chir√© par les r√©voltes, tourment√© jusque dans la paix. Quatre empereurs ont √©t√© tu√©s par l'√©p√©e¬†; trois guerres civiles au dedans, plusieurs autres au dehors, souvent deux √† la fois, ont troubl√© l'empire. L'Illyrie √©tait remplie de troubles, la Gaule pr√™te √† se r√©volter, la Bretagne, subjugu√©e, a secou√© le joug¬†; les tribus sarmates et les Su√®ves se sont soulev√©s, les Daces sont devenus c√©l√®bres par leurs guerres civiles, les Parthes ont couru aux armes, excit√©s par un faux N√©ron. L'Italie a √©t√© remplie de mille malheurs souvent r√©p√©t√©s¬†; des villes ont √©t√© englouties ou √©branl√©es par des tremblements de terre, sur les c√ītes fertiles de la Campanie¬†; Rome a √©t√© d√©vast√©e par des incendies, le Capitole mis en feu par les mains des citoyens...Noblesse, richesse, honneur, tout est devenu crime, et la vertu le plus s√Ľr chemin de la ruine."

      8 Grec :, des douleurs de l'enfantement ; cette expression annonce la renaissance du monde, du sein même de ses ruines. (Matthieu 19.28)

      Pour le peuple juif, les douleurs devaient s'accroire à mesure qu'il approcherait de sa dispersion ; pour l'humanité des douleurs non moins grandes sont réservées aux derniers temps.

      9 Alors, dans le même temps, à ces calamités extérieures se joindront, pour l'Eglise, les persécutions et la haine du monde.

      Jésus voit dans les douze, auxquels il adresse ce discours (v. 3), les représentants de ceux qui auront cru par leur moyen et qui seront alors dispersés parmi toutes les nations.

      C'est dans les derni√®res ann√©es du r√®gne de N√©ron que les ap√ītres Paul et Pierre furent mis √† mort, et qu'√©clata la premi√®re pers√©cution contre les chr√©tiens, tol√©r√©s jusqu'alors, parce qu'on ne les distinguait pas des Juifs. Cette pr√©diction s'est accomplie d'une mani√®re cruelle et prolong√©e pour les premiers chr√©tiens, et souvent depuis pour leurs successeurs¬†; elle s'accomplira toujours et partout √† proportion que les disciples du Sauveur seront fid√®les dans le t√©moignage qu'ils ont √† rendre √† la v√©rit√©.

      10 Et alors (terme qui marque la profession du mal), la pers√©cution et la haine du dehors produiront leurs ravages dans l'Eglise m√™me¬†: beaucoup seront scandalis√©s, c'est-√†-dire, retomberont dans l'incr√©dulit√©, (comparez Matthieu 13.21) et, devenus infid√®les, ils livreront leurs fr√®res √† leurs ennemis¬†; et cela aura pour r√©sultat qu'ils se ha√Įront les uns les autres. Effroyable progression dans ces trois termes.
      11 Les faux prophètes sont les faux docteurs qui parurent dans l'Eglise dès les temps apostoliques. (Actes 20.30 ; 1Jean 4.1)
      12 L'iniquité (grec anomia), c'est la révolte contre la loi, contre toute loi divine et humaine, l'antinomianisme fruit de l'apostasie, (versets 10,11) se réalisant dans la conduite pratique.

      Dans un tel √©tat de choses, l'√©go√Įsme, la d√©fiance mutuelle reprennent leur empire, et la charit√©, l'amour, se refroidit, d√©p√©rit. La charit√© ne subsiste qu'avec la v√©rit√© et la saintet√©. Dieu seul est amour et J√©sus seul est le foyer de cet amour dans son Eglise.

      Le grand nombre désigne la généralité des chrétiens. (Apocalypse 2.2)

      13 Persévérer (grec patienter) jusqu'à la fin de l'épreuve ou même de la vie (par opposition à verset 10-12), c'est le seul moyen d'être sauvé.

      Cette pers√©v√©rance, comme la conversion, comme toutes les gr√Ęces qui conduisent au salut final, est une Ňďuvre de Dieu¬†; (Philippiens 1.6) mais cette Ňďuvre s'accomplit dans le cŇďur de l'homme¬†; celui-ci y concourt donc et devient ouvrier avec Dieu. Dieu fait tout, mais il exhorte l'homme √† l'action, comme si l'homme devait tout faire. (Comparer Matthieu 10.22)

      14 Cet Evangile du royaume est cette même bonne nouvelle que Jésus prêchait dans ce moment, en annonçant l'établissement final du royaume de Dieu. De là le pronom démonstratif cet.

      Il n'est pas besoin pour l'expliquer de recourir, avec de Wette, à la supposition invraisemblable que Matthieu aurait intercalé dans le discours de Jésus cette réflexion, et désignerait son propre évangile à la rédaction duquel il était occupé.

      L'Evangile, dit le Sauveur, sera prêché par toute la terre (grec, la terre habitable, le monde), à toutes les nations : ce qui ne veut pas dire que tous les individus dont elles se composent recevront cet Evangile ; mais il leur sera un témoignage de la miséricorde éternelle de Dieu et de l'amour de Jésus qui est mort pour eux.

      Ce t√©moignage devient ainsi pour tout peuple, pour toute √Ęme, l'occasion d'une crise, d'un jugement int√©rieur, qui aboutit ou √† la vie ou √† la mort. Quand cette grande promesse aura √©t√© pleinement accomplie, et que la lumi√®re de l'Evangile aura resplendi sur toutes les nations, alors seulement viendra la fin.

      Quelle fin ? la cessation des épreuves que Jésus vient de prédire ? la fin de la théocratie israélite par la ruine de Jérusalem ? On l'a prétendu, mais ce sens est inadmissible, car alors cette prophétie ne se serait point accomplie. Il s'agit de la fin du monde actuel ou de la "consommation du temps." (v.3 ; comparez verset 6.) Il est donc évident que Jésus termine ce premier cycle de sa prophétie en ouvrant une perspective pleine de consolation et d'espérance sur son retour, bien que, dans ce qui va suivre, il revienne en arrière pour indiquer avec plus de détails les signes précurseurs de ce retour, à commencer par le plus prochain, la ruine de Jérusalem. (versets 15-28)

      15 Après avoir achevé le premier cycle de sa prophétie, Jésus revient à d'autres signes précurseurs de son avènement et d'abord au jugement de Dieu sur le peuple juif, image et prélude du jugement dernier. C'est ce retour à la première question des disciples (verset 3) qu'il marque par la particule donc.

      D'autres commentateurs (Meyer, Weiss) rapportent ce donc aux mots qui précèdent immédiatement : alors viendra la fin. L'évangéliste voudrait marquer que les faits qui vont être prédits seront le commencement de la fin.

      Le signe précurseur de cette grande catastrophe que Jésus indique à ses disciples est exprimé en des termes qu'il emprunte au prophète Daniel : l'abomination de la désolation ou de la dévastation. (Daniel 9.27 ; 11.31 ; 12.11)

      En hébreu il y a du dévastateur.

      Ces deux mots, les seuls que J√©sus cite de la proph√©tie, et qui se trouvent dans Matthieu et Marc, ont un sens assez clair¬†: ils d√©signent les ravages faits par une arm√©e pa√Įenne.

      Luc rend la même pensée en des termes qui ne laissent aucun doute sur leur signification : "Or, quand vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez que sa désolation est proche."

      Ainsi l'abomination est, aux yeux d'un Isra√©lite, le lieu saint foul√© et souill√© par les pa√Įens. et la d√©solation ou d√©vastation, c'est la ruine totale du temple de la ville, du pays tout entier, comme l'indique l'expression ind√©termin√©e en lieu saint, que l'on ne saurait limiter au sanctuaire. (Comparer Marc 13.14, note, et la proph√©tie compl√®te dans les trois passages cit√©s, traduction Segond.)

      - Les derniers mots de ce verset, exhortant le lecteur à faire attention à la prophétie citée, ou à réfléchir ou comprendre, forment une parenthèse que les uns attribuent à Jésus lui-même, d'autres à l'évangéliste et cela avec plus de raison, car Jésus parlant à ses disciples n'aurait pas interrompu son discours pour avertir ceux qui un jour le liraient rédigé. De la part de l'évangéliste ce nota bene est naturel, car le signe emprunté au prophète était de la plus grande importance pour les premiers lecteurs de l'évangile, comme le prouvent les versets qui suivent.

      16 Le signe fut compris et l'ordre du Ma√ģtre ex√©cut√© par les chr√©tiens de la Jud√©e qui, aux approches du si√®ge, s'enfuirent √† Pella, dans la P√©r√©e, et sur des montagnes plus √©loign√©es encore. (Eus√®be Hist. eccl., III, 5.)
      17 Comparer Luc 17.31.

      Les toits en Orient sont en forme de terrasse¬†; l'on s'y tient fr√©quemment le matin et le soir, √† l'heure de la fra√ģcheur. A la vue des signes pr√©dits, ceux qui s'y trouvaient devaient fuir aussit√īt sans descendre par l'escalier int√©rieur, en utilisant plut√īt l'escalier ext√©rieur qui de la terrasse conduisait directement dans la rue, ou en passant, suivant les circonstances, de terrasse en terrasse (car elles communiquaient souvent entre elles), sans s'arr√™ter en tous cas √† emporter leurs biens.

      Ces versets (16-18) montrent avec quelle rapidité les jugements devaient fondre sur Jérusalem. Les chrétiens, ainsi avertis, renoncèrent à toute idée de salut pour la ville, tandis que les Juifs, aveuglés, la défendirent avec une fureur désespérée.

      18 L'homme qui sera aux champs pour y travailler, n'ayant pas son manteau avec lui, ne doit pas retourner à la ville pour le chercher. (Le texte reçu dit à tort : ses vêtements.)
      19 A cause de la peine qu'elles auront à fuir dans cet état ou en emportant leurs petits enfants, et surtout parce que les sentiments naturels d'une mère rendent toutes les souffrances plus vives dans de si épouvantables calamités.
      20 L'hiver aurait rendu plus pénible la fuite et la position de ceux qui allaient se trouver sans asile ; et d'autre part les institutions minutieuses du sabbat, (Exode 16.29 ; Actes 1.12) auxquelles les premiers chrétiens se soumettaient encore, auraient ajouté à ces difficultés. Le sens général est : Priez que ces malheurs ne soient pas aggravés en arrivant à une époque défavorable.
      21 Pour se convaincre qu'il n'y a rien d'exagéré dans ces paroles, il faut lire, dans l'historien Josèphe, le récit de la destruction de Jérusalem.

      Il périt dans cette guerre plus d'un million de Juifs car le siège eut lieu précisément à l'époque de la plus grande fête religieuse. Immédiatement après la guerre, 90 000 Israélites furent emmenés en captivités. Pendant le siège, sans compter les cruautés des assaillants, la ville fut dévastée à la fois par la guerre intestine des factions par la famine, par la peste et par des incendies.

      Ces épouvantables calamités durent être ressenties par les Juifs avec une horreur que nous pouvons difficilement comprendre, parce qu'avec Jérusalem et son temple tombait en ruines le fondement de toute leur foi, de toutes leurs espérances temporelles et religieuses.

      22 Grec¬†: si ces jours-l√† (les jours de ce jugement de Dieu) n'avaient pas √©t√© raccourcis (litt√©r. coup√©s, amput√©s, mutil√©s), nulle chair (toute chair, h√©bra√Įsme d√©signant toute l'humanit√©¬†: Luc 3.6¬†; Actes 2.17¬†; 1Pierre 1.24) n'aurait √©t√© sauv√©e, la vie d'aucun homme n'aurait √©chapp√©, tous auraient p√©ri.

      Pourquoi ? Parce que ce terrible jugement de Dieu, signe avant coureur du retour de Christ, (verset 4, note) se serait étendu à toute chair, serait devenu le jugement dernier. Mais ces jours là, par un acte de la miséricorde et de la patience de Dieu, seront coupés, dit Jésus ; il y aura un intervalle, un sursis, après la ruine du peuple juif.

      En faveur de qui ? A cause des élus. Non à cause de ceux qui alors déjà vivaient, étaient croyants ; mais de ceux qui, beaucoup plus nombreux, croiront et seront sauvés pendant le temps de la patience de Dieu.

      Si l'on appliquait ces paroles seulement √† la dur√©e de la guerre romaine, on ne comprendrait pas comment le prolongement de celle-ci aurait menac√© l'existence de toute chair c'est-√†-dire de toute l'humanit√©, ni pourquoi cette guerre aurait d√Ľ √™tre abr√©g√©e √† cause des √©lus, des chr√©tiens d'alors, qui √©taient en s√Ľret√©. (verset 16, note.)

      Weiss interpr√®te ces mots¬†: "gr√Ęce √† l'intercession des √©lus¬†;" (comparez Gen√®se 18) mais ce sens ne ressort pas du contexte.

      Enfin, les versets qui suivent (versets 23-27) ne se rapportent plus à l'époque de la guerre des Juifs, mais évidemment aux temps postérieurs, temps de la patience de Dieu, qui s'étendront jusqu'au jugement définitif.

      23 Les commentateurs sont divisés sur la portée de ce mot alors.

      Quelques-uns le rapportent au temps o√Ļ les jugements de Dieu s'exerceront sur J√©rusalem (versets 15-22) et o√Ļ la grande tribulation produira un ardent d√©sir de voir le Seigneur revenir.

      Cette application parait au premier abord la plus naturelle.

      Mais quand on considère que les signes énumérés (versets 23-26) embrassent une période prolongée, et qu'au verset 27 le regard prophétique de Jésus s'étend jusqu'à son retour dans la gloire, on est amené à rapporter cet alors à toute la suite des temps, depuis la ruine de Jérusalem jusqu'à la fin du monde. Le mieux serait peut-être de laisser à ce terme son caractère indéterminé. Dans la pensée de l'évangéliste, qui attend le retour du Seigneur peu après la ruine de Jérusalem, il comprend tous ces temps de tribulation avant et après la chute de la théocratie.

      - Luc assigne aux paroles qui suivent une autre place. (Luc 17.22-25)

      24 Comparer verset 5, note.

      - Les faux docteurs, qui prétendent représenter seuls le vrai Christ et sa doctrine, ont toujours la prétention de se légitimer par des signes et des prodiges, c'est-à-dire par des miracles de diverses sortes. (2Thessaloniciens 2.9)

      N'avons-nous pas tous les faux miracles de l'Eglise romaine et, jusqu'en plein dix-neuvième siècle, les apparitions de la Vierge et les eaux merveilleuses de Lourdes ? Ces miracles, apocryphes ou authentiques, donnent une redoutable confirmation aux enseignements des faux docteurs, et leur permettraient de séduire les élus eux-mêmes, si cela était possible, si la fidélité de Dieu ne les gardait.

      25 Et vous n'avez plus qu'à y prendre garde. (Comparer 14.29)

      Une telle remarque, qui ne s'invente pas, qui est prise sur le fait, montre que, pour Jésus, ce qu'il prédit est d'une parfaite certitude.

      26 Ces mots : dans le désert, dans les chambres, ont été expliqués de diverses manières. Plusieurs interprètes n'y voient que des traits d'un tableau apocalyptique auquel il ne faut pas chercher de sens précis.

      Tout au moins faudrait-il y reconna√ģtre la pens√©e ainsi exprim√©e par Luc¬†: (Luc 17.23) "Voici, il est ici, ou voil√†, il est l√†." D'autres interpr√®tes ont entendu par le d√©sert l'asc√©tisme, le monachisme¬†; et par les chambres, les conseils secrets des grands de ce monde, les conciliabules des princes de l'Eglise, o√Ļ se traitent les questions de politique eccl√©siastique. Avec plus de sens historique, Weiss voit dans le d√©sert la mention du lieu o√Ļ le premier grand conducteur d'Isra√ęl, Mo√Įse, d√©ploya son activit√©, et o√Ļ, plus tard, le pr√©curseur, Jean-Baptiste, se manifesta au peuple.

      Par antith√®se, les chambres (Matthieu 6.6) d√©signeraient les endroits secrets de telle ou telle maison o√Ļ le Christ se tiendrait encore cach√©. Quoi qu'il en soit, il est √©vident que cet avertissement contre de fausses pr√©tentions √† indiquer la pr√©sence du Christ est clairement motiv√© par le verset suivant, d'apr√®s lequel il ne pourra y avoir aucun doute sur son apparition.

      27 Ce verset motive le précédent (car), et la saisissante image par laquelle Jésus annonce son avènement n'indique pas seulement ce qu'il aura d'inopiné, d'inattendu, mais surtout la manifestation éclatante dont il sera accompagné.

      "Tel que l'√©clair, il appara√ģtra partout √† la fois, par la splendeur de sa gloire." Chrysostome.

      28 "A l'universalité de l'apparition du Christ correspond l'universalité du jugement." Weiss.

      De m√™me que la pr√©sence d'un cadavre attire les oiseaux de proie qui fondent sur lui pour le d√©vorer, (comparez Job 39.30) de m√™me aussi, l√† o√Ļ un Etat, une nation, une Eglise et enfin le corps entier de l'humanit√© tombe en dissolution comme un cadavre, l√† se manifestent in√©vitablement, par une n√©cessit√© morale absolue, les jugements de Dieu. Cette image proverbiale est d'une application universelle¬†; mais ici, d'apr√®s l'ensemble du texte, elle d√©signe le jugement dernier.

      Dans la parabole de Matthieu 13.41,42, ce sont les anges qui sont les ex√©cuteurs du jugement¬†; d'o√Ļ quelques interpr√®tes ont conclu qu'ici les aigles repr√©sentent aussi les anges dont Christ sera accompagn√© √† sa venue. Cette id√©e est en pleine contradiction avec l'image m√™me.

      D'autres ont vu dans le corps mort Jérusalem et le peuple juif, et dans les aigles les étendards des légions romaines.

      Notre verset s'appliquerait alors exclusivement à la ruine de Jérusalem, ce qui n'est point conforme à l'ensemble du texte, car le verset 27 ne peut pas désigner autre chose que l'avènement final de Jésus-Christ, sa parousie, terme qui désigne constamment sa présence au dernier Jour.

      D'autres encore (plusieurs Pères de l'Eglise et divers commentateurs, au nombre desquels on regrette de trouver Calvin, Luther, Th. de Bèze) voient dans le corps mort Christ lui-même, et dans les aigles ses disciples, toujours empressés à se rassembler autour de lui !

      Et pour ajouter encore à tout ce qu'il y aurait déjà de repoussant dans cette image, les Pères ne craignaient pas de rappeler que c'est Christ mort, sa chair, qui est la nourriture des fidèles !

      - Il faut remarquer du reste que l'aigle proprement dit ne recherche pas les cadavres. Les écrivains sacrés comprenaient sous ce terme le grand vautour fauve, qui ressemble à l'aigle en taille et en force et qu'on voit par grandes troupes dans la plaine de Génézareth.

      29 29 à 51 Le retour de Christ. Exhortation à la vigilance.

      Jésus a commencé au verset 27 à décrire les signes de sa dernière venue, et il va continuer, répondant ainsi à la seconde question des disciples. (verset 3, note ; comparez verset 4, note.) Ici se présente une difficulté qui a fait le tourment des exégètes.

      Ceux d'entre eux qui rapportent ces mots¬†: l'affliction de ces jours-l√†, √† la ruine de J√©rusalem, (versets 15-22) doivent arriver √† cette conclusion¬†: ou que J√©sus a plac√© le moment de son retour aussit√īt apr√®s cette grande catastrophe, et que par cons√©quent il s'est tromp√© et a induit en erreur ses disciples¬†; ou bien que les √©vang√©listes ont fait une confusion en rapportant ce discours. (Voir verset 34, note.)

      Car toutes les tentatives faites pour se de la et d√©barrasser de ce mot pr√©cis¬†: aussit√īt apr√®s, ont manqu√© leur but. Mais est-il possible d'attribuer √† J√©sus une telle erreur¬†? Sans parler parfaite connaissance de l'avenir de son r√®gne qu'il manifeste dans tous ses discours, l'opinion que nous examinons le mettrait en contradiction directe avec lui-m√™me, √† ne consid√©rer que ses propres paroles dans notre chapitre.

      En effet, comment concilier avec cette idée les catastrophes qu'il voit dans l'avenir, (verset 5 et suivants) et dont il dit si nettement : "ce n'est pas encore la fin ?" (v.6.)

      Comment admettre que, dans sa pens√©e, "l'Evangile du royaume sera pr√™ch√© √† toutes les nations de la terre," avant la destruction de J√©rusalem, que "alors viendra la fin¬†?" (verset 14) Quelle contradiction, enfin, entre la d√©claration si positive que nul, si ce n'est le P√®re, ne conna√ģt le temps du retour du fils de l'homme (verset 36) et cette d√©claration non moins positive que ce retour aura lieu aussit√īt apr√®s la ruine de J√©rusalem¬†!

      Convaincus de ces impossibilités, d'autres interprètes renoncent à attribuer au Sauveur l'erreur dont il s'agit, et ils la mettent sur le compte de l'évangéliste, qui aurait confondu les deux prédictions de la ruine de Jérusalem et du retour de Christ.

      Cette idée devra être examinée à l'occasion du verset 34, Mais ici, il n'est nullement nécessaire de l'admettre. En effet, les mots l'affliction de ces jours-là ne doivent point être rapportés aux versets 15-22, qui décrivent les jugements de Dieu sur le peuple juif, mais bien à ceux qui précèdent immédiatement, (versets 23-28) et qui mentionnent les faits caractéristiques de l'histoire du royaume de Dieu jusqu'aux jugements qui marqueront l'avènement du fils de l'homme.

      Encore une fois, les versets 27 et 28 ne peuvent pas avoir un autre sens. Or c'est bien aussit√īt apr√®s l'affliction ou la tribulation de ces jours l√† qu'on verra "le fils de l'homme venir sur les nu√©es du ciel." (verset 30 et suivants)

      Il faut voir dans cette description à la fois une peinture symbolique des dernières catastrophes et une prophétie de la rénovation des cieux et de la terre. (Apocalypse 21.1)

      Tous les √©crivains sacr√©s d√©peignent les grands √©v√©nements du monde moral sous l'image de puissantes commotions de la nature. (Esa√Įe 34.4¬†; Ez√©chiel 32.7¬†; 2Pierre 3.7)

      Dès qu'on veut presser ces images et y chercher un sens allégorique, on tombe dans l'arbitraire et l'on a autant d'opinions que d'interprètes.

      30 Quel sera ce signe ? Jésus ne le dit pas, et l'exégèse, en voulant le déterminer, s'est jetée dans l'arbitraire ; elle a trouvé tour à tour : l'apparition d'une croix, l'étoile du Messie (Nombres 24.17) les phénomènes prédits au verset 29, une lumière éclatante, annonçant la gloire du Messie, le Christ lui-même venant dans sa gloire. (Comparer Daniel 7.13 ; Apocalypse 1.7)

      C'est cette dernière interprétation qui parait la plus naturelle ; c'est là le seul signe assez grand, assez puissant pour produire sur toutes les tribus de la terre l'impression que Jésus va décrire. Cette vue est aussi seule conforme aux récits de Marc et de Luc, qui disent simplement : "Ils verront le fils de l'homme venir," etc.

      Grec : se frapperont la poitrine. Terreurs de ce bouleversement universel, regret d'être surpris par ce jour, crainte du jugement, repentance tardive, tous ces sentiments se trahissent dans cette attitude, et ils ont tous leur cause dans le fait exprimé par ce mot : elle verront, qui forme en grec avec le verbe se lamenteront, une consonance lugubre (copsontai, opsontai).

      - Il faut remarquer aussi cette répétition solennelle : et alors, et alors...

      Comparer Daniel 7.13. Cette grande puissance et cette grande gloire se manifesteront soit par les phénomènes décrits au verset 29, soit par la présence des anges, (verset 31) soit surtout par l'apparition même du Fils de Dieu glorifié. Qu'il sera loin alors de sa forme de serviteur !

      31 Ici encore, comme dans toutes les proph√©ties du Sauveur, ce sont les anges qui ex√©cutent sa volont√© supr√™me. (Matthieu 13.41,49) Ils se servent, pour rassembler ses √©lus de toutes les parties du monde, du son de la trompette, image emprunt√©e √† l'usage isra√©lite de convoquer au son de cet instrument les grandes assembl√©es des f√™tes solennelles. (Comparer 1Corinthiens 15.52¬†; 1Thessaloniciens 4.16¬†; Esa√Įe 27.13)

      D'apr√®s ces derniers passages, la r√©surrection co√Įncide avec ce rassemblement des √©lus de Dieu.

      - Les quatre vents signifient les quatre points cardinaux, c'est-à-dire toutes les contrées de la terre.

      Cette expression¬†: depuis une extr√©mit√© des cieux jusqu'√† l'autre extr√©mit√©, est un h√©bra√Įsme fond√© sur les apparences. Pour le regard, l'horizon parait √™tre l'extr√©mit√© du ciel. (Psaumes 19.7¬†; Deut√©ronome 30.4)

      32 Grec : du figuier apprenez la parabole.

      Le mot de parabole est pris dans le sens d'une simple comparaison. (Matthieu 13.3, note.)

      Le figuier pousse ses feuilles au printemps et annonce l'√©t√©, ou le temps de la moisson, qui est celui o√Ļ le Seigneur rassemblera ses gerbes. (verset 31) Par cette gracieuse image, J√©sus indique que le temps m√™me qui fera la terreur des impies marquera pour ses rachet√©s l'approche de la joie √©ternelle. (Luc 21.28)

      33 Toutes ces choses sont les signes et les indications qui précèdent, concernant l'avènement du Seigneur. Comme le verbe est proche se trouve sans sujet, plusieurs interprètes ont pensé qu'il s'agissait de l'été, (verset 32) considéré comme le temps de la moisson et du jugement.

      Il est beaucoup plus naturel d'admettre comme sujet de ce verbe le fils de l'homme, (versets 30,31) dont la venue est annoncée dans toute cette partie du discours. Aussi bien, cette expression être à la porte ne peut se rapporter qu'à une personne.

      34 D'après la suite logique de ce discours, toutes ces choses ne peuvent désigner que celles dont Jésus vient de parler (v. 29-33), et dont il continue à parler, (verset 36) c'est-à-dire sa dernière venue pour le jugement du monde.

      Mais comment peut-il l'annoncer comme devant s'accomplir du vivant même de cette génération ? Pour échapper à cette difficulté, on a cherché à donner à ce dernier terme un sens inusité ; ainsi par exemple la race humaine, la nation juive, la création, les disciples de Jésus en général ou l'Eglise. Ces interprétations sont inadmissibles. (Comparer Luc 11.50,51)

      D'autres conservent au mot cette génération son sens naturel, mais commentent notre verset de cette manière : "Cette génération ne passera point avant que ces choses aient commencé d'arriver, elle en verra les premiers signes, par exemple dans l'établissement du royaume de Dieu sur la terre," etc.

      Cette tentative vient échouer contre l'inexorable clarté de ces paroles : toutes ces choses. Il ne nous resterait donc qu'à attribuer au Sauveur l'erreur d'avoir confondu l'époque de son retour avec celle de la ruine de Jérusalem ; mais nous avons déjà montré (verset 29, note) que cela n'est pas possible. Or, comme ce v 34 ne peut absolument se rapporter qu'à la ruine de Jérusalem, et non au retour de Christ, on est inévitablement poussé à la conclusion qu'il se trouve ici inséré hors de sa place.

      On objectera peut-√™tre que cette supposition n'est pas probable, parce que le m√™me fait se reproduit dans les √©vangiles de Marc et de Luc. Mais cette conformit√© s'explique fort bien en admettant que les trois √©vang√©listes ont reproduit ce discours d'apr√®s la tradition apostolique, o√Ļ s'√©tait gliss√©e cette confusion. Nous croyons qu'en rejetant cette hypoth√®se on se met en pr√©sence d'une difficult√© que nulle ex√©g√®se ne peut r√©soudre. (Voir Marc 13.30, note.)

      35 Marc 13.31 ; Luc 21.33, note.

      Solennelle confirmation de ce discours et de toutes les paroles du Fils de Dieu.

      Cette même Parole qui, toujours vivante, a créé le ciel et la terre, subsistera quand ils auront passé, et elle créera de nouveaux cieux et une nouvelle terre. (Apocalypse 21.1)

      Toute l'Ecriture révèle ce profond contraste entre "les choses visibles qui ne sont que pour un temps" (2Corinthiens 4.18) et Dieu immuable dans tous ses desseins.

      (Matthieu 5.18¬†; Psaumes 102.27,28¬†; Esa√Įe 51.6¬†; H√©breux 1.11,12¬†; 2Pierre 3.10)

      36 La plupart des critiques admettent dans notre texte les mots : ni le Fils, qui se lisent dans Sin., B, D, l'itala et quelques Pères.

      Cette expression, par laquelle le Fils s'exclut lui-même de la connaissance du jour et de l'heure du jugement dernier, se trouve incontestée dans Marc. (Marc 13.32, voir la note.)

      On objecte √† son authenticit√© dans Matthieu, qu'elle aurait √©t√© ajout√©e pour rendre le texte de celui-ci conforme au texte de Marc, mais on peut supposer avec autant de vraisemblance, qu'elle a √©t√© retranch√©e dans un int√©r√™t dogmatique, il faut reconna√ģtre du reste que l'id√©e se trouve implicitement dans ces termes¬†: le P√®re seul.

      - Il y a une profonde sagesse dans ce mystère voulu de Dieu quant au jour du jugement éternel. C'est de là que le Sauveur déduit, dans les versets qui suivent, son exhortation à la vigilance. (verset 42)

      L'Eglise entière est ainsi placée jusqu'à la fin dans un état d'ignorance et d'attente. Ces paroles doivent donc rendre fort discrètes les recherches sur les prophéties relatives aux derniers temps. Il est évident que cette déclaration serait en pleine contradiction avec le verset 34 (voir la note), s'il fallait appliquer ce dernier à l'avènement du Seigneur.

      39 Comparer Luc 17.26-30.

      - Grec : ils étaient mangeant et buvant, se mariant et donnant en mariage, (verset 38)

      Ces expressions, qui peignent si bien le cours ordinaire de la vie terrestre, disent aussi quelle était la parfaite sécurité des hommes de cette génération, qui ne comprirent point, ne connurent pas, ne se doutèrent de rien, n'eurent aucun pressentiment de l'effroyable catastrophe qui allait les emporter tous.

      Quelle image de ce qu'il y aura d'inattendu dans l'avènement du fils de l'homme !

      41 Comparer Luc 17.34-36.

      - De deux hommes, deux femmes, de la même condition extérieure, employés aux mêmes travaux, unis peut-être par d'intimes liens, l'un est pris (par les anges verset 31, comparez Jean 14.3), l'autre est laissé, c'est-à-dire exclu du royaume de Dieu. Telle est l'explication de Meyer.

      Weiss pense au contraire que celui qui est pris est emporté par le jugement comme par le flot du déluge et que celui qui est laissé est épargné.

      Quoi qu'il en soit, la pensée est qu'il n'y a point d'acception de personnes. Les verbes au présent rendent l'action plus actuelle et plus saisissante encore.

      - Le moulin o√Ļ, selon le texte re√ßu, sont occup√©es ces deux femmes, serait la maison d'un meunier¬†; selon la vraie expression ici r√©tablie, il s'agit d'une meule que ces deux femmes faisaient mouvoir √† la main dans leur propre maison.

      42 Telle est la s√©rieuse cons√©quence pratique (donc) que le Seigneur tire de toute cette proph√©tie et surtout de l'ignorance o√Ļ tous sont laiss√©s sur le jour o√Ļ il vient. (versets 36,44,50)

      - Le texte reçu porte au lieu de jour, heure contre les principales autorités.

      43 Cet exemple, pris dans la vie ordinaire, doit rendre plus sensible l'exhortation des verset 42 et 44. Parce que le ma√ģtre de maison ne savait pas √† quelle heure le voleur viendrait, il a eu le tort de ne pas veiller, et ainsi il a laiss√© percer sa maison, c'est-√†-dire que le voleur y est entr√© avec effraction.

      Les verbes au passé (et c'est ainsi qu'il faut traduire) expriment, non une simple supposition, mais un fait déjà accompli.

      44 Conclusion tirée de l'exemple qui précède.

      Ici il ne s'agit plus seulement de veiller (42, 43), mais d'être prêt, c'est-à-dire intérieurement préparé par la foi, par l'amour, à recevoir le fils de l'homme. (Comparer Matthieu 25.10)

      47 La question du verset 45 n'a point de r√©ponse et n'en devait point avoir, ou plut√īt chaque lecteur doit la chercher dans son cŇďur.

      Le Seigneur demande qui est le serviteur fid√®le et prudent¬†? Il cherche un tel serviteur, puis il s'√©crie avec effusion¬†: Heureux est-il¬†! Il est heureux √† cause de sa fid√©lit√© m√™me, et parce que son ma√ģtre peut l'√©lever √† un poste plus √©minent (sur tous ses biens), c'est-√†-dire lui donner comme r√©compense un degr√© plus √©lev√© de f√©licit√© dans son royaume. (Matthieu 25.21 et suivants¬†; Luc 19.17 et suivants)

      49 Ce méchant serviteur n'est pas autre que celui dont parle le verset 45.

      Là il est supposé fidèle et prudent ; ici il est supposé méchant.

      C'est ce qui est parfaitement clair dans le passage parall√®le de Luc. (Luc 12.45) Sa m√©chancet√© consiste d'abord dans l'hypocrisie avec laquelle il dit¬†: mon ma√ģtre, en le reconnaissant pour tel¬†; (verset 51) ensuite dans l'aveuglement avec lequel il se persuade que son ma√ģtre tarde √† venir et tardera longtemps encore¬†; enfin dans la mauvaise conduite √† laquelle il se livre, soit envers ses compagnons de service, soit m√™me avec les ivrognes.

      50 Comparer versets 36,39,42,44.
      51 Le mot que nous traduisons par mettre en pi√®ces signifie litt√©ralement pourfendre, couper en deux, et plusieurs interpr√®tes voient dans ce terme la mention d'un supplice r√©ellement usit√© chez les peuples anciens, m√™me en Isra√ęl, (2Samuel 12.31¬†; 1Chroniques 20.3) tandis que d'autres, lui donnant une signification att√©nu√©e, y voient la peine de la flagellation qui d√©chirait les chairs du coupable.

      Ce dernier sens parait s'imposer, puisque la suite du ch√Ętiment¬†: il lui donnera sa part avec les hypocrites, suppose que le coupable est encore en vie.

      Mais on peut voir aussi dans le terme : mettre en pièces une désignation figurée du jugement par lequel il recevra sa part avec les hypocrites.

      "Celui qui a le cŇďur partag√© sera coup√© en deux." Bengel.

      Nos versions ordinaires traduisent : "il le séparera" (d'avec les serviteurs fidèles), pour lui donner sa part, etc. C'est là une interprétation de Th. de Bèze, qui ne s'accorde point avec le sens ordinaire du mot.

      Comparer Matthieu 8.12, note ; Matthieu 13.42,50 ; 22.13 ; 25.30.

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