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Jacques 2

    • 1 L'ACCEPTION DE PERSONNES ET LA LOI DE L'AMOUR FRATERNEL. Ch. 2¬†:1-13

      Chapitre 2.

      1 à 13 Faire acception de personnes, c'est devenir transgresseur de la Loi.

      Grec : "N'ayez pas en des acceptions de personnes la foi en notre Seigneur Jésus-Christ de la gloire." On ne peut faire de cette phrase une interrogation comme on l'a proposé : "Avez-vous en acception de personnes votre foi ?" car, d'après l'original, cette question exprimerait une supposition peu vraisemblable, tandis que la suite montre qu'il s'agit d'un fait qui, malheureusement, se produisait dans les assemblées.

      L'expression : "N'ayez pas votre foi en acception de personnes," signifie que votre foi ne soit pas mêlée d'acception de personnes, qu'elle ne s'allie pas à la tendance à faire des distinctions entre les hommes et à avoir égard à leur apparence.

      Cette disposition est incompatible avec la foi en notre Seigneur Jésus-Christ glorifié.

      Le g√©nitif (grec) de la gloire se rapporte √† toute la locution notre Seigneur J√©sus-Christ (Beyschlag), plut√īt qu'au seul terme de Seigneur¬†: (1Corinthiens 2.8) "notre glorieux Seigneur" (Rilliet)¬†; ou au mot Christ¬†: "J√©sus le Christ de gloire." (Stapfer)

      Jacques rappelle que l'objet de notre foi est Jésus Christ élevé dans la gloire éternelle des cieux pour faire comprendre quel est, en sa présence, le néant des distinctions humaines.

      Quelques interprètes considèrent, dans ce passage, Jésus-Christ non comme l'objet, mais comme l'auteur de la foi. Le grec, qui porte la foi de notre Seigneur Jésus-Christ, permettrait cette traduction mais celle-ci serait contraire à l'usagé constant du Nouveau Testament.

      - Pour combattre l'esprit pharisa√Įque et mondain qui r√©gnait chez les juifs et mena√ßait d'envahir l'Eglise, Jacques commence par l'attaquer dans une de ses manifestations¬†: la diff√©rence marqu√©e qu'on faisait entre le pauvre et le riche. (verset 2 et suivants)

      Les chrétiens étaient encore en relations constantes et étroites avec les Juifs (voir l'Introduction) ; par ce contact, leur amour mutuel pouvait facilement se refroidir et faire place au sens charnel qui dominait dans la nation juive.

      C'est pourquoi Jacques apr√®s avoir combattu celui-ci dans l'acception des personnes, rappelle le grand commandement de l'amour du prochain, qui ne conna√ģt nulles diff√©rences, (verset 8) et fait ressortir l'id√©e essentielle de la foi, dont on ne peut violer un seul point sans √™tre coupable de tous. (versets 10,11)

      Le Sauveur, de m√™me, combattait le pharisa√Įsme, en relevant le pauvre pour humilier le riche orgueilleux, (Luc 6.24¬†; Matthieu 19.23¬†; Luc 14.8 et suivants¬†; comparez l'Introduction) et en d√©clarant coupable la transgression du plus petit commandement de la loi. (Matthieu 5.17-20)

      2 Grec : Dans une assemblée de vous.

      Il ne faut pas traduire¬†: "dans votre assembl√©e," comme si l'√©p√ģtre n'√©tait adress√©e qu'√† une seule communaut√©. (Jacques 1.1, 2e note.)

      Il faut remarquer que le mot grec rendu par assembl√©e est ici synagogue¬†; d'o√Ļ il est permis de conclure, ce qui d'ailleurs ressort de toute l'√©p√ģtre (voir la note pr√©c√©dente et l'Introduction) que Jacques adresse sa lettre √† des communaut√©s jud√©o-chr√©tiennes, qui avaient conserv√© √† leurs lieux de r√©union la d√©signation usit√©e chez les Juifs.

      On est allé trop loin en affirmant que ces chrétiens n'étaient pas encore séparés de la synagogue et continuaient à se réunir les jours de sabbat avec leurs concitoyens non convertis ; (Actes 19.8,9) car s'il s'agissait ici de synagogues juives, les chrétiens n'auraient pas eu qualité pour y assigner des places aux arrivants.

      Les assembl√©es chr√©tiennes sont √©galement appel√©es synagogues dans l'√©p√ģtre aux H√©breux. (H√©breux 10.25)

      3 Les uns traduisent : honorablement, à cette place d'honneur, les autres : commodément, à ton aise.

      Le terme de l'original réunit les deux idées : il désigne une place avantageuse, une place en vue et confortable.

      La suite (versets 5-7) semble montrer que les riches accueillis avec cet empressement n'étaient en général pas des chrétiens. On voit, d'après 1Corinthiens 14.22,23, que les assemblées de l'Eglise primitive recevaient la visite d'auditeurs étrangers à la foi. Le cas devait se présentés fréquemment dans les milieux judéo chrétiens.

      4 Les premiers mots de ce verset ont été traduits et expliqués de bien des manières diverses.

      On peut faire de cette proposition une question ou une affirmation. Le manuscrit B supprime la négation, qui se lit dans les autres documents. Plusieurs de ceux-ci, suivis par le texte reçu, commencent la phrase par et ; cette conjonction, qu'il faudrait traduire par eh bien ! est retranchée comme inauthentique dans les éditions critiques.

      Enfin le verbe de la proposition présente diverses significations. Il se trouve au chapitre précédent (Jacques 1.6) dans le sens de hésiter, douter. La plupart des exégètes modernes conservent ici ce sens, qui est le plus usité dans le Nouveau Testament (Matthieu 21.21 ; Actes 10.20 ; Romains 4.20 ; 14.23, etc.) et pensent que Jacques voit dans la conduite de ceux qui font ainsi acception de personnes un manque de foi chrétienne, selon la pensée de verset 1.

      On peut préférer une interprétation analogue pour le fond, mais qui est plus claire à première ; vue, et conforme d'ailleurs au sens premier du verbe, diviser, séparer : "Ne vous séparez-vous pas en vous-mêmes ?" c'est-à-dire : "N'y a-t-il pas de l'inconséquence en vous ?" comme traduit Oltramare ; ou comme nous croyons pouvoir rendre ce terme : Ne vous mettez-vous pas en contradiction avec vous-mêmes, et avec la foi que vous professez ?

      - La plupart de nos versions fran√ßaises portent¬†: "Ne faites-vous pas en vous-m√™mes une distinction, une diff√©rence," entre le riche et le pauvre. Mais cette traduction est plus difficile √† justifier par l'usage du Nouveau Testament, et de plus elle pr√™te √† Jacques une appr√©ciation par trop effac√©e et na√Įve de la conduite de ses lecteurs, qu'il a si vivement d√©peinte dans les versets pr√©c√©dents. N'allait-il pas sans dire que ceux qui agissaient de la sorte faisaient une distinction entre les personnes¬†?

      Les deux interprétations que nous venons d'indiquer se partagent les principaux commentateurs.

      Il en est enfin quelques-uns qui se sont attachés à une troisième signification du verbe grec, juger, discerner, et le rendent soit par l'actif : N'avez-vous point de jugement, de discernement ? soit par le passif : N'êtes vous pas jugés en vous-mêmes ?

      - Dans le second membre de ce verset ainsi construit en grec : "N'êtes vous pas devenus des juges de mauvaises pensées ?" Jacques veut dire qu'ils se constituent en juges de leurs frères, et en juges mal inspirés, quand ils tiennent la conduite décrite à versets 2,3. (Comparer versets 5,6)

      6 Les versets versets 5-7, introduits par cette apostrophe : mes frères bien-aimés, destinée à relever l'importance des considérations qui suivent, montrent à quel point leur conduite est en contradiction avec leur foi : Dieu honore le pauvre et vous le déshonorez, par des procédés comme celui qui est décrit versets 2-4 !

      L'honneur que Dieu fait aux pauvres consiste en ceci¬†: Dieu (verset 5) les a choisis (grec √©lus 1Corinthiens 1.27), non parce qu'ils sont pauvres, non parce qu'ils sont riches en foi, bien moins encore parce qu'ils seraient, en tant que pauvres, h√©ritiers du royaume, mais par sa pure gr√Ęce, (Jacques 1.18 1re note) pour les faire riches en foi et h√©ritiers de son royaume.

      Leur pauvret√© n'est donc pas un titre √† cette √©lection, mais elle est un moyen dont Dieu se sert pour accomplir les desseins de sa gr√Ęce. Le sentiment de leur mis√®re terrestre, de l'oppression et des privations dans lesquelles ils vivent, excite en eux, beaucoup plus facilement que chez les riches, le besoin de la gr√Ęce qui les enrichira. Il leur fait chercher le royaume des cieux, qui sera pour eux une abondante compensation √† leurs souffrances. (Matthieu 6.33¬†; 2Corinthiens 4.17,18)

      Dieu, d'ailleurs, se pla√ģt √† √©lever ce qui est bas, afin de confondre toute hauteur qui s'oppose √† son r√®gne. (Comparer Luc 1.52,53, et surtout 1Corinthiens 1.26-28)

      Cette explication est la plus conforme à la pensée générale du Nouveau Testament, comme aux termes de notre passage. Celui-ci porte littéralement : "Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres selon le monde, riches en foi et héritiers du royaume ?"

      Quelques interprètes font des mots riches en foi et héritiers...l'apposition des mots les pauvres ; mais, avec cette construction, le verbe a choisi est privé du complément qu'il demande.

      - Le texte le plus autorisé (majusc) porte, non les pauvres du monde, mais les pauvres selon le monde (datif), ce que les uns interprètent : "aux yeux du monde," les autres : "en biens de ce monde." Ce dernier sens est préférable comme formant antithèse aux riches en foi.

      7 L'ap√ītre dit ailleurs (Jacques 5.4) en quoi consistait cette oppression des riches √† l'√©gard des pauvres.

      - Ils les tra√ģnent devant les tribunaux, pour exercer contre eux des pers√©cutions religieuses, (Matthieu 10.17¬†; Actes 9.2¬†; 26.10,11) peut-√™tre aussi pour des affaires d'int√©r√™t.

      Ils blasphémaient le beau nom de Christ qui a été invoqué sur les chrétiens, non par leur conduite seulement, (comme 1Pierre 4.14 ; 2Pierre 2.2) mais directement, en tant qu'ils rejetaient et maudissaient le Seigneur. (Comparer Actes 18.6 ; 26.11 ; 1Corinthiens 12.3)

      Quand le verbe blasphémer est accompagné d'un régime, et surtout du complément : le nom de,...il est plus naturel de l'entendre de l'outrage en paroles. (Matthieu 27.39 ; Apocalypse 13.6 ; 16.9)

      Aussi ne saurions-nous voir dans ces riches des chr√©tiens¬†; ce sont des Juifs incr√©dules et mondains, tout au plus des hommes qui, apr√®s avoir √©t√© attir√©s un temps, √©taient retomb√©s dans un juda√Įsme charnel, et n'avaient plus rien ni des enfants d'Abraham ni des disciples de Christ. (Voir Jacques 1.9 et suivants, note, et 1'Introduction) C'est ce que prouve aussi cette distinction si tranch√©e¬†: "Eux, les riches, vous oppriment," etc.

      8 Les lecteurs pouvaient tenter de justifier l'accueil fait aux riches par le commandement de l'amour du prochain Jacques leur concède (sans doute) que cet accueil est en soi une action louable ; mais il leur rappelle que ce même précepte, ils le violent en recevant mal le pauvre.

      Loi souveraine, qui domine toutes les autres, d'o√Ļ elles d√©pendent. (Matthieu 22.39,40¬†; Romains 13.9,10) Elle est selon l'Ecriture, parce qu'elle est contenue dans l'Ecriture et conforme √† son esprit.

      Lévitique 19.18.

      9 Ainsi, Jacques consid√®re la conduite qu'il bl√Ęme ici comme une transgression de la loi, de la loi supr√™me, celle de l'amour du prochain, peut-√™tre aussi, tout simplement, de la loi de Mo√Įse, car le pr√©cepte cit√© est pr√©c√©d√©, dans L√©vitique 19.15, de ce commandement¬†: "...Tu n'auras point √©gard √† la personne du pauvre, et tu ne favoriseras pas la personne du grand." (Spitta)
      11 Jacques cite ces deux commandements, parce qu'ils sont les deux premiers de la seconde table, qui renferme les devoirs envers le prochain. Il intervertit leur ordre, mettant la défense de l'adultère avant celle du meurtre, conformément à une ancienne tradition, suivie également dans Marc 10.19 ; Luc 18.20, note ; Romains 13.9.

      Faillir, ou broncher, ou tomber, en un seul commandement rend coupable à l'égard de tous. Jacques justifie ce jugement par la pensée que tous les commandements de la loi émanant du même Législateur suprême, c'est sa volonté sainte tout entière qu'on foule aux pieds par cette violation, quel qu'en soit d'ailleurs l'objet.

      Il aurait pu ajouter que ce principe absolu est approuvé par la conscience ; car quiconque peut violer volontairement un seul point de la loi, peut en violer un autre, et tous successivement, selon l'occasion.

      Cette unit√© de la loi se montre avec √©vidence dans le cas suppos√©, o√Ļ il s'agit du commandement qui prescrit l'amour du prochain¬†: ce commandement transgress√©, toute la loi est viol√©e dans son essence, alors m√™me qu'on en observerait ext√©rieurement tous les pr√©ceptes, car "Dieu regarde au cŇďur."

      C'est toujours un signe que l'Eglise retombe dans les aberrations du pharisa√Įsme, quand on y voit appara√ģtre l'aride casuistique qui place l'observation de la loi, non dans le cŇďur, mais dans les minutieuses prescriptions d'une morale sans amour comme sans libert√©. (verset 12)

      12 Cette loi de la liberté (comparez Jacques 1.25, note) nous a affranchis à la fois du péché et de cette légalité servile qui choisit entre les commandements, calcule son obéissance et nourrit la propre justice.

      D'autant plus grande sera notre responsabilité, si nous ne marchons pas d'une manière digne de cette vocation, comme des enfants de Dieu, et non comme des esclaves sans amour. (verset 13)

      13 Comparer Matthieu 18.23-35.

      Matthieu 5.7. Grec : "La miséricorde se glorifie contre le jugement."

      Le jugement menace le p√©cheur¬†; mais la charit√© qui anime le chr√©tien lui communique la joyeuse assurance qu'il √©chappera √† la condamnation. C'est la victoire que l'amour de Dieu, r√©pandu dans le cŇďur de ses enfants, remporte sur les ch√Ętiments de sa justice.

      Calvin entend ici par miséricorde la miséricorde de Dieu, par laquelle Dieu pardonne au pécheur, et triomphe ainsi de son propre jugement. Le contexte ne fait pas penser à Dieu, mais cette interprétation renferme une part de vérité, en ce que la miséricorde humaine n'est qu'un rejet de la divine miséricorde.

      14 LA FOI SANS OEUVRES. Ch. 2 :14-26

      14 à 26 L'assurance illusoire d'une foi morte.

      Jusqu'ici Jacques a combattu les tendances pharisa√Įques qu'il sait exister chez une partie de ses lecteurs¬†; elles se manifestaient par un christianisme superficiel qui ne se souciait pas de mettre en pratique la Parole de Dieu, (Jacques 1) par une foi qui s'alliait √† un manque de charit√© et d'√©gards pour les humbles, parce qu'elle m√©connaissait l'unit√© de la loi (versets 1-13)

      Maintenant il p√©n√®tre jusqu'au d√©faut qui est √† la base de tous les autres¬†: la s√©curit√© trompeuse qu'inspire une foi sans Ňďuvres. Selon son habitude, il √©nonce d'embl√©e la pens√©e principale.

      La foi sert à sauver, à procurer l'absolution au jour du jugement. (Jacques 2.13 ; 4.12 ; comparez Romains 5.9 ; 8.24)

      Ce but ne saurait √™tre atteint si celui qui dit avoir la foi (qui se l'attribue √† tort par une erreur inconsciente, et non en cherchant √† se faire passer pour ce qu'il n'est pas) n'a pas les Ňďuvres, s'il n'accomplit pas les commandements de la loi. (Jacques 1.25) La foi toute seule, sans Ňďuvres, ne peut le sauver. (Matthieu 7.21)

      15 A, D et la plupart des documents portent : mais si...

      Quelques exégètes conservent cette particule, qui manque dans Sin., B. estimant qu'elle introduit l'argumentation dirigée contre les adversaires.

      16 Ces vaines paroles, ces vŇďux st√©riles, auraient-ils la moindre valeur, seraient-ils de la charit√©¬†? Jacques tire la m√™me conclusion relativement √† la foi. (verset 17)
      18 La foi, si elle n'a pas d'Ňďuvres, est sans puissance de vie, elle est morte en elle-m√™me, dans son principe, et non seulement quant √† ses effets. (verset 17)

      C'est pourquoi quelqu'un dira avec raison...(verset 18)

      Ce quelqu'un n'est pas l'adversaire que Jacques r√©fute, puisqu'il repr√©sente les m√™mes id√©es. La plupart des ex√©g√®tes voient en lui un tiers que l'auteur fait intervenir pour dramatiser la discussion. Ce nouvel interlocuteur vient en aide √† Jacques. Il montre que la foi sans Ňďuvres n'est pas seulement inutile, (verset 14) mais ind√©montrable. Ce qui fait douter de la l√©gitimit√© de cette interpr√©tation, c'est d'une part que l'intervention de ce troisi√®me personnage n'est pas clairement indiqu√©e dans le texte, et d'autre part que la formule¬†: mais dira quelqu'un, est toujours destin√©e √† amener une objection √† la th√®se de l'auteur. (1Corinthiens 15.35)

      Pour ces raisons, on propose de consid√©rer les mots¬†: tu as la foi, comme une question ironique de l'adversaire qui dirait √† Jacques¬†: As-tu vraiment la foi, toi qui ne lui attribues aucune valeur en elle-m√™me¬†? A quoi Jacques r√©pondrait¬†: Moi, j'ai les Ňďuvres. Montre-moi ta foi...(von Soden.) Cette explication fait violence √† la phrase grecque. Les deux membres de celle-ci ne peuvent √™tre s√©par√©s, comme le montre la conjonction¬†: "et moi j'ai les Ňďuvres."

      Devant l'impossibilit√© de donner un sens satisfaisant au texte, on a suppos√© qu'un copiste aurait par inadvertance interverti les termes. L'auteur aurait √©crit¬†: "Mais dira quelqu'un¬†: Toi tu as les Ňďuvres¬†? et moi j'ai la foi." A quoi, Jacques aurait r√©pliqu√©¬†: "Montre-moi," etc. (Pfleiderer.) On a recouru aussi √† l'hypoth√®se d'une lacune. Apr√®s les mots¬†: Mais dira quelqu'un, le texte aurait port√© primitivement l'objection de l'adversaire, √† laquelle Jacques r√©pondrait¬†: "Tu as la foi et moi j'ai les Ňďuvres," etc. (Spitta.)

      Enfin, l'on pourrait admettre que la formule : "Mais dira quelqu'un," ne faisait pas partie du texte. Elle y aurait été introduite par un lecteur qui n'avait pas saisi la suite des pensées dans ce morceau. Mais ces conjectures, qui ne trouvent aucun appui dans les anciens documents, sont fort hasardées.

      Le texte re√ßu porte ici¬†: "Montre moi ta foi par tes Ňďuvres." La variante adopt√©e d'apr√®s Sin., B. A, C, peut seule rendre la pens√©e de Jacques. Voici le sens complet de ce verset¬†: Tu as la pr√©tention d'avoir la foi¬†; montre-moi donc ta pr√©tendue foi sans les Ňďuvres¬†! Si tu es embarrass√© pour r√©pondre √† cette demande, moi je te montrerai au contraire la foi (Sin., B. C), la vraie foi (et non ma foi, selon A, majuscules, versions.), par les fruits qu'elle produit n√©cessairement, et qui en sont les seuls signes certains, c'est-√†-dire par mes Ňďuvres.

      19 Ces paroles indiquent ce que Jacques entend par la fausse foi qu'il combat : Tu crois qu'il y a un seul Dieu : tu fais bien ; approbation sans ironie, mais voici la valeur de cette foi : les démons aussi croient qu'il y a un Dieu et ils tremblent ; leur foi n'est que la connaissance purement intellectuelle d'un fait qu'ils sont contraints d'admettre, quelque intérêt qu'ils eussent à le nier.

      Mais comme cette connaissance ne produit chez eux que de l'effroi et de la haine, elle ne peut les sauver. Il en est ainsi de la certitude que Dieu existe, quand elle reste sans effet sur la vie morale et ne devient pas la confiance d'un cŇďur qui se donne tout entier √† l'Auteur de toute gr√Ęce. (Jacques 1.3-5)

      21 O homme vain ! toi qui n'es pas seulement inintelligent et ignorant, mais dépourvu d'une vie chrétienne véritable.

      La foi sans les Ňďuvres est inutile (Sin., A, majuscules portent morte¬†; le√ßon emprunt√©e √† versets 17,26)¬†; l'auteur ne veut pas dire qu'elle ne produit pas de fruits utiles, car ce serait une tautologie¬†; mais qu'elle ne peut sauver.

      Jacques choisit Abraham comme exemple, parce qu'il √©tait renomm√© pour sa foi¬†: si, tout en poss√©dant une telle foi, il dut faire des Ňďuvres pour √™tre justifi√©, combien est insens√©e la pr√©tention de ceux qui veulent se passer d'Ňďuvres¬†!

      Etre justifié ne signifie pas être approuvé (comme dans Matthieu 11.19 ; Romains 3.4). Le contexte montre qu'il s'agit du salut et de ses conditions. (verset 14)

      Par des Ňďuvres est un pluriel de cat√©gorie, car le sacrifice d'Isaac est sp√©cialement envisag√© comme l'Ňďuvre qui valut √† Abraham d'√™tre justifi√©. La Gen√®se (Gen√®se 22) ne dit pas que le patriarche fut justifi√© par ce sacrifice, auparavant d√©j√†, sa confiance en l'Eternel, qui lui promettait une post√©rit√©, lui avait √©t√© "imput√©e √† justice." (Gen√®se 15.6)

      Mais l'idée exprimée par Jacques était conforme à l'opinion régnante chez les Juifs : "Abraham ne fut-il pas trouvé fidèle dans l'épreuve, et cela ne lui fut-il pas imputé à justice ?" ( 2.52) Toutefois, dans la pensée de Jacques, cette épreuve n'eut pas pour effet de le rendre juste ; elle lui valut seulement d'être déclaré juste.

      Jacques prend le mot¬†: justifier, dans son acception juridique¬†: proclamer juste, mais, comme l'Ancien Testament, il lui donne le sens de reconna√ģtre l'homme pour ce qu'il est, il n'a pas encore l'id√©e, soutenue par Paul, d'une d√©claration de gr√Ęce qui "justifie l'impie." (Romains 4.5)

      22 A verset 22, Jacques √©nonce la conclusion qu'il tire de l'exemple d'Abraham¬†: sa foi ne demeurait pas oisive¬†; elle agissait (Sin., A, ont le verbe au pr√©sent) avec ses Ňďuvres.

      Cette coop√©ration de la foi et des Ňďuvres a pour r√©sultat la justice du patriarche. Sa foi le poussait √† accomplir des Ňďuvres et par ces Ňďuvres la foi fut rendue parfaite, elle se d√©veloppa dans l'√©preuve et s'√©panouit en un acte d'admirable ob√©issance.

      - "La foi, par la puissance de vie qu'elle poss√®de, produit les Ňďuvres¬†; et en les produisant, elle gagne en contenu et en force, comme le travail manuel accro√ģt la chaleur naturelle chez celui qui s'y livre. Abraham revint du sacrifice de son fils plus parfait qu'il ne l'√©tait en s'y rendant." Bengel.

      23 Le passage, Gen√®se 15.6, paraissait contredire la th√®se de Jacques et confirmer l'opinion de ceux qui s'appuyaient, pour √™tre sauv√©s, sur la foi sans les Ňďuvres. Jacques se fait de ce passage qu'on lui oppose un dernier argument pour achever de convaincre ses adversaires.

      Il considère la déclaration par laquelle la foi d'Abraham lui fut imputée à justice (Genèse 15.6) comme une sorte de prophétie qui n'a eu son accomplissement qu'au sacrifice d'Isaac : dans la foi commençante du patriarche, Dieu avait vu déjà sa foi parfaite ; il la lui avait imputée à justice dans la prévision qu'elle se développerait jusqu'à la perfection.

      Ou, comme l'expliquent d'autres, Jacques distinguerait entre imputer à justice et justifier ; le premier terme ne s'appliquerait qu'à un jugement provisoire, concernant un acte spécial et qui serait un acompte, en quelque sorte, pour le jugement définitif ; celui-ci seul s'étendrait à toute la vie ; le second terme, justifier, rapporterait à ce jugement suprême.

      Quoi qu'il en soit, le passage Genèse 15.6 est, aux yeux de l'auteur, une prophétie, qui a été accomplie par l'épreuve rapportée Genèse 22.

      Le titre d'ami de Dieu n'est pas donn√© √† Abraham dans la Gen√®se¬†; mais on trouve dans la pri√®re de Josaphat (2Chroniques 20.7) et dans Esa√Įe 41.8 des expressions d'o√Ļ est provenue cette qualification du patriarche, devenue courante chez les Juifs et chez les Arabes.

      - L'exemple d'Abraham (Gen√®se 15,6) est invoqu√© par Paul (Romains 4.3¬†; Galates 3.6) pour d√©montrer la th√®se en apparence oppos√©e de la justification par la foi sans les Ňďuvres de la loi. On ne saurait cependant donner ce fait pour une preuve que Jacques ait connu les √©p√ģtres aux Galates et aux Romains et ait eu l'intention de contredire l'ap√ītre des gentils. (Voir l'Introduction et la note suivante.)

      24 Cette conclusion, prise dans un sens absolu et séparée du contexte, serait en pleine contradiction avec l'enseignement de Paul, spécialement avec Romains 3.20,28 ; Galates 2.16.

      Mais il faut remarquer d'abord que Jacques, √† son point de vue, nie que l'homme soit justifi√© par la foi seulement c'est-√†-dire par une foi sans Ňďuvres. Ensuite, il est de toute √©vidence que Jacques et Paul entendent, soit par la foi, soit par les Ňďuvres, des choses tout √† fait diff√©rentes.

      Les Ňďuvres auxquelles Paul d√©nie le pouvoir de justifier le p√©cheur sont les efforts par lesquels l'homme cherche √† se sauver sans l'aide de Dieu, Jacques, au contraire, parle d'Ňďuvres qui sont la manifestation, le fruit de la foi et de l'amour. D'un autre c√īt√©, la foi, √† laquelle Paul attribue la justification du p√©cheur devant Dieu, est un principe vivant de confiance, d'ob√©issance, qui a toujours pour derni√®re fin la sanctification de la vie tout enti√®re.

      Jacques, au contraire, combat sous le nom de foi une connaissance stérile, la simple croyance à l'existence de Dieu. (verset 14, note ; verset 19, note ; verset 26)

      Or, il est bien √©vident qu'en attribuant la justification aux Ňďuvres, Jacques la fait remonter √† la m√™me source que Paul, puisque, selon lui, ces Ňďuvres sont la manifestation de la foi qui "agit avec elles." (verset 22)

      25 L'auteur de l'√©p√ģtre aux H√©breux (H√©breux 11.31) cite l'action de Rahab comme une preuve de sa foi.

      Jacques y voit, comme dans l'exemple d'Abraham, (verset 21 et suivants) une preuve que cette foi se manifesta, se justifia par une Ňďuvre que Rahab accomplit courageusement, au p√©ril de sa vie.

      Ces deux appréciations, très différentes au premier abord, sont vraies l'une et l'autre, chacune à son point de vue. (Comparer verset 24, note.)

      26 Grec : Le corps sans esprit ou souffle. (Genèse 2.7,Matthieu 27.50)

      La comparaison porte sur l'absence du souffle et l'absence d'Ňďuvres, l'une et l'autre signes de mort.

      On ne saurait donc attribuer √† l'auteur l'id√©e que les Ňďuvres soient l'√Ęme de la foi. Il a voulu √©tablir seulement que les Ňďuvres prouvent que la foi est vivante, comme le souffle montre que le corps n'est pas un cadavre.

      Cela est conforme √† tous les enseignements de l'Ecriture¬†: "On n'est vivant devant Dieu qu'autant que la foi est vive, et elle n'est vive que par la charit√© et par les Ňďuvres." Quesnel.

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