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Jean 2

    • 1 Chapitre 2.

      1 à 11 Le premier miracle de Jésus affermit la foi des disciples.

      Le troisi√®me jour √† partir du jour indiqu√© Jean 1.44 comme √©tant celui du d√©part de J√©sus pour la Galil√©e. La rencontre avec Nathana√ęl eut peut-√™tre lieu le second jour, (Jean 1.46, premi√®re note) le troisi√®me fut celui de l'arriv√©e √† Cana. Il fallait, en effet, trois journ√©es pour se rendre de la Jud√©e √† Cana.

      Meyer et M. Holtzmann d'après Robinson, placent cette localité à trois lieues au nord-ouest de Nazareth. M. Godet et d'autres retrouvent le Cana de notre récit dans le village de Kefr-Kenna à une lieue et demie à l'est de Nazareth.

      La désignation : Cana de Galilée sert à distinguer cette ville d'une autre localité de ce nom, située dans la tribu d'Asser, au sud-est de Tyr. (Josué 19.28)

      La mère de Jésus était là, lorsque Jésus arriva dans cette famille amie, peut être même de sa parenté. Quelques traits de notre récit (versets 3,5) semblent indiquer que Marie prenait une part active dans les arrangements de la fête.

      2 Il ne faut pas traduire, avec quelques versions : avait été invité, puisque Jésus était depuis assez longtemps absent de la Galilée ; il fut invité à son arrivée.

      Mais ce qu'il y a de plus important à remarquer, c'est qu'il accepte cette invitation et consent à prendre part a une fête de famille. Il honore ainsi le mariage que Dieu a institué.

      "Il saura, dans l'humanité, reprendre tout ce qui est à lui, respecter tout ce qui est légitime. Sa présence sanctifie toutes les relations, tous les sentiments et toutes les joies, rien d'humain ne lui est étranger." Astié.

      C'est même dans ce sanctuaire de la famille qu'il fera son premier miracle et manifestera sa gloire. (verset 11)

      - Ses disciples sont les cinq qu'il venait d'attirer à lui. (Jean 1.37-51)

      3 Voici le texte de ce verset, tel que Tischendorf l'√©tablit d'apr√®s le manuscrit du Sina√Į et quelques documents de l'Itala¬†: Et ils n'avaient pas de vin, parce que le vin de la noce √©tait √©puis√©. Alors la m√®re de J√©sus lui dit¬†: Il n'y a pas de vin.

      Même si cette variante était assez autorisée pour être admise, elle ne présenterait pas une idée différente du texte reçu. Comme la société était nombreuse et que chez les Juifs les noces duraient plusieurs jours, il est facile de s'expliquer cette circonstance que le vin finit par manquer.

      - Mais que veut Marie par cette observation adressée à son Fils ? C'est là une question difficile à résoudre et qui a singulièrement occupé les interprètes. Avait-elle l'idée que Jésus viendrait au secours de ses amis par un acte de sa puissance divine. ? Mais Jésus n'avait point encore fait de miracle, (verset 11) on ne saurait accorder de crédit aux fables racontées par les évangiles apocryphes sur son enfance et sa jeunesse. Aussi les exégètes se sont-ils ingéniés de diverses manières à trouver un autre sens aux paroles de Marie.

      Ne rappelons que pour mémoire l'interprétation de Calvin : "Il se peut faire que n'attendant point un tel remède, elle l'admonesta de faire quelque sainte exhortation, de peur que la compagnie se ennuyast, et aussi pour couvrir honnestement la honte de l'espoux."

      Celle de Bengel est dans la même note : Marie avait simplement voulu donner à Jésus et à ses disciples le signal du départ, afin de ne pas prolonger l'embarras de la famille qui les recevait.

      Meyer admet que la mère de Jésus n'avait pas d'autre pensée que celle de lui demander un secours d'ordre naturel, un conseil de sa sagesse.

      M. Weiss remarque que J√©sus √©tait en mesure de tirer d'embarras ses h√ītes, puisqu'il √©tait entour√© de jeunes gens pr√™ts √† rendre service, et dont l'un, Nathana√ęl, √©tait de l'endroit m√™me et n'y manquait pas de relations.

      Cette explication serait tr√®s vraisemblable si la r√©ponse de J√©sus (verset 4) ne la rendait impossible. Aussi est-ce contrainte par cette r√©ponse, que l'ex√©g√®se revient sans cesse √† l'id√©e que Marie demandait un miracle. Pour √īter √† cette supposition ce qu'elle peut avoir d'√©trange au premier abord, il suffit de rappeler les r√©v√©lations que Marie avait eues lors de la naissance de son fils¬†; le souvenir en fut r√©veill√© avec puissance par les r√©cits enthousiastes des disciples que J√©sus ramenait de Jud√©e.

      Comment admettre que ceux-ci n'aient pas fait part à l'assemblée réunie à Cana de ce qu'ils avaient vu et éprouvé au bord du Jourdain, des témoignages solennels rendus à Jésus par Jean Baptiste ? Ils pouvaient avoir communiqué même à Marie les faits plus intimes qui avaient marqué leur rencontre avec le Christ, (Jean 1.49) et la parole pleine de promesses que Jésus avait prononcée naguère. (Jean 1.50,51)

      "Le fait seul, ajoute M. Godet, que Jésus arrivait entouré de disciples devait suffire pour faire comprendre qu'une phase nouvelle s'ouvrait,...que la période des manifestations messianiques allait commencer."

      Aussi Marie éprouvait-elle quelque impatience maternelle et féminine de voir son fils manifester sa puissance.

      Chrysostome va même jusqu'à la soupçonner de désirer que quelques rayons de sa gloire resplendissent sur elle. Peut-être fait-il tort à Marie en supposant que des préoccupations personnelles la guidaient dans sa démarche auprès de Jésus ; cependant cette hypothèse ferait mieux comprendre la réponse de Jésus, qui étonne au premier abord.

      4 Dans la langue que J√©sus parlait, comme dans celle o√Ļ notre √©vangile est √©crit, cette allocution¬†: femme¬†! n'a rien de contraire √† l'affection et aux √©gards dus √† une m√®re.

      Jésus s'en servira encore avec une inexprimable tendresse à l'heure de sa mort. (Jean 19.26, comparez Jean 20.15)

      Mais il est impossible de ne pas voir une r√©pr√©hension dans les mots¬†: "Qu'y a-t-il entre moi et toi¬†?" Cette formule est un h√©bra√Įsme (Josu√© 22.24¬†; Jude 11.12¬†; 1Rois 17.18¬†; 2Rois 3.13) qui signifie¬†: il n'y a pas communion de sentiments entre nous.

      Nos vues sont différentes, tu ne comprends pas ma mission. (Comparer Luc 2.49 ; et pour l'expression même Matthieu 8.29 ; Marc 1.24 ; Luc 8.28)

      Le Sauveur √©tait entr√© dans son minist√®re¬†; sa relation de soumission envers sa m√®re (Luc 2.51) ne pouvait subsister en ce qui concernait son activit√©. Le fils est d√©sormais le "Seigneur," m√™me de sa m√®re, qui ne peut que travailler √† son propre salut par la foi et l'ob√©issance envers lui. Pr√©cis√©ment parce qu'elle se sentait dans un rapport terrestre si intime avec le Christ, il pouvait √™tre difficile √† Marie de reconna√ģtre la haute situation dans laquelle son Fils venait d'entrer. De l√† le s√©rieux avertissement que J√©sus lui donne en lui marquant la limite de sa comp√©tence. (Comparer Matthieu 12.46-50¬†; 2Corinthiens 5.16)

      Quand J√©sus dit¬†: mon heure, il d√©signe toujours le moment d√©termin√© par la volont√© de Dieu o√Ļ doit s'accomplir quelque grand √©v√©nement de sa vie, en particulier l'heure de sa manifestation comme Messie, qui, il le sait, sera suivie de l'heure de sa mort. (Jean 7.30¬†; 8.20¬†; 12.27¬†; 13.1)

      J√©sus fait comprendre √† Marie qu'il serait pr√©matur√© d'accomplir des miracles qui feraient croire √† l'inauguration des temps messianiques. Ces paroles renferment donc une instruction donn√©e √† Marie, plut√īt qu'un refus de sa demande¬†: il n'y a pas contradiction entre elles et l'action qu'il accomplit aussit√īt apr√®s.

      5 Marie accepte humblement la répréhension, elle s'efface ; mais, certaine que son fils, s'il n'a pas voulu se prêter à la manifestation éclatante qu'elle lui suggérait, trouvera cependant quelque moyen plus modeste de tirer ses amis d'embarras, elle ordonne aux serviteurs de faire tout ce qu'il leur dira.

      Grec¬†: des cruches √† eau, le m√™me mot qui se retrouve Jean 4.28, mais il y en avait para√ģt-il, de diff√©rente grandeur et de diverses formes. (verset 8) Celles-ci servaient aux diverses ablutions que les Juifs pratiquaient avant et apr√®s chaque repas. (Marc 7.3,4)

      6 La mesure pour les liquides usitée en Palestine sous le nom de bath équivalait exactement, au dire de Josèphe (Antiq. VIII, 2, 9), à la mesure attique appelée métrétès, et c'est ce mot que Jean, qui écrivait pour des Grecs, emploie ici.

      Le métrétès contenait 39, 39 litres. Comme chaque vase en renfermait deux ou trois et qu'ils étaient au nombre de six, on arrive ainsi à une quantité variant entre cinq et sept cents litres.

      On a trouv√© cette quantit√© exag√©r√©e. L√ľcke suppose que toute l'eau n'a pas √©t√© chang√©e en vin, mais seulement celle qu'on puisa, tant qu'on en eut besoin pour le festin.

      Cette opinion serait admissible, si l'évangéliste n avait pas, avec une intention évidente, indiqué le contenu des vases de pierre et leur nombre.

      7 Jusqu'au haut¬†; ce d√©tail est aussi destin√© √† indiquer la grande quantit√© d'eau qui, en ce moment m√™me, fut chang√©e en vin sous la parole cr√©atrice du Ma√ģtre.
      8 Jésus ordonne de puiser et non de verser, parce que ces vases de pierre, (verset 6) de la contenance d'un hectolitre environ, n'étaient pas faciles à mouvoir.

      - Le chef de table était le premier de ceux qui servaient, il était chargé de pourvoir à tous les arrangements de la fête. Si l'on a conclu du manque de vin que la famille était pauvre, la présence de ce chef semblerait indiquer le contraire.

      9 Grec : l'eau devenue du vin : c'est là l'expression la plus nette du miracle ; et il faut remarquer le parfait, indiquant un fait accompli.

      Le chef de table ne savait d'o√Ļ venait le vin, tandis que les serviteurs, qui l'avaient puis√© dans les vases, le savaient bien.

      Par cette parenth√®se, l'√©vang√©liste veut marquer encore la r√©alit√© du miracle et expliquer l'√©tonnement que le chef de table va exprimer √† l'√©poux. Celui-ci √©tait dans la salle du banquet d'o√Ļ le chef l'appelle.

      10 Le chef de table croit réellement que l'époux avait réservé ce vin, et comme il l'a trouvé très bon, il lui dit d'un ton jovial qu'en cela il avait agi d'une manière contraire à l'usage ordinaire.

      Cet usage n'est pas prouvé ; en tout cas il n'existe plus nulle part, mais il ne faut pas attacher trop d'importance à cette sorte de plaisanterie, que l'évangéliste ne rapporte que pour marquer encore une fois par ce trait la réalité du miracle.

      - Beaucoup de traducteurs atténuent le sens des mots : quand on s'est enivré, craignant que cette expression ne présente l'enivrement des convives comme la conclusion toute naturelle d'un repas de noces, et ne donne à penser que la fête de Cana aboutit à de tels excès. Mais ce serait mal comprendre une locution proverbiale, qui ne doit pas être entendue à la lettre.

      11 Grec¬†: ce commencement des miracles¬†; ce fut le premier de tous ses miracles il ouvre la longue suite des Ňďuvres de puissance et d'amour par lesquelles J√©sus se fera conna√ģtre comme Sauveur.

      Si le but immédiat de Jésus, en accomplissant ce miracle, avait été de venir, avec une touchante condescendance, au secours d'une famille amie, son but suprême est exprimé par l'évangéliste en ces mots : manifester sa gloire, sa puissance divine, son amour. (Jean 1.14, troisième note.)

      C'est ce qui eut lieu, surtout pour ses disciples, qui crurent en lui. Ils avaient d√©j√† cru, puisqu'ils l'avaient suivi¬†; mais la foi, qui est la confiance du cŇďur, a des degr√©s, proportionn√©s √† la connaissance qu'elle acquiert de son objet et √† l'exp√©rience qu'elle fait des perfections divines de Celui qu'elle embrasse.

      Les miracles seuls de Jésus ne pouvaient créer la foi, mais ils l'élevaient et l'affermissaient en Ceux qui avaient cru par un contact immédiat avec lui. Et, d'autre part, ils attiraient sur lui l'attention de ceux qui cherchaient la vérité.

      - Ceux qu'intéressent les objections du rationalisme contre le récit qui précède, comme fait miraculeux, les trouveront exposées et réfutées dans le Commentaire de M. Godet.

      Pour nous qui pensons que toute la question du miracle se r√©sout dans une question de foi en Dieu et en J√©sus-Christ, Fils de Dieu, convaincu, d'ailleurs, qu'un miracle ne s'explique pas, pas plus que toute action divine, pas plus que la cr√©ation, pas plus que la vie et tous les myst√®res dont nous sommes entour√©s, nous nous bornons √† rappeler, avec saint Augustin, une simple analogie¬†: "Celui qui, aux noces de Cana, cr√©a le vin dans des vaisseaux de pierre, est le m√™me qui, chaque ann√©e, le cr√©e dans les ceps de la vigne. Comme alors, l'eau, puis√©e par les serviteurs, fut chang√©e en vin par la puissance du Seigneur, de m√™me sa puissance change en vin, chaque ann√©e, dans les ceps, l'eau qui tombe des nu√©es. Nous ne nous en √©tonnons pas, parce que ce miracle arrive chaque ann√©e, la fr√©quence du fait nous √īte l'admiration."

      12 Jésus se présente comme le Fils de Dieu à Jérusalem. 2 :12 à 4 :54

      Jésus à Jérusalem et en Judée.

      12 à 35 Jésus à Jérusalem. Les vendeurs chassés du temple.

      Apr√®s cela, c'est-√†-dire, apr√®s les noces de Cana et peut-√™tre un court s√©jour √† Nazareth, J√©sus se rendit √† Caperna√ľm. Dans notre √©vangile aussi bien que dans les synoptiques les manuscrits les plus anciens portent Capharnaoum. (Voir, sur cette ville, Matthieu 4.13, 2e note.)

      Cette arriv√©e de J√©sus √† Caperna√ľm, avec toute sa famille et ses disciples, doit √™tre identifi√©e probablement avec son √©tablissement dans cette ville, rapport√© par (Matthieu 4.13) Seulement cet √©vang√©liste confond les deux premiers retours de J√©sus en Galil√©e. (Jean 1.44¬†; 4.1¬†; 3)

      Jean, qui les distingue soigneusement ajoute √† la mention de l'√©migration de J√©sus √† Caperna√ľm, qu'il n'y resta alors que peu de jours, et entreprit, aux approches de la P√Ęque, un nouveau voyage √† J√©rusalem.

      - Quant aux frères de Jésus, comparez Matthieu 12.46, note.

      Voir aussi le Commentaire de M. Godet sur notre verset.

      14 Assis ou établis, installés. Voir sur ce récit Matthieu 21.12,13, notes.
      16 Ce fouet de cordes, symbole d'autorité, est un trait qui achève le tableau de la sévérité déployée par le Seigneur à l'égard des profanateurs du temple. En revanche Jésus prononcera une parole plus sévère à l'occasion de la seconde purification de la maison de Dieu.

      S'adressant aux vendeurs et aux acheteurs, il dira, en employant la parole d'un prophète : "Vous faites de la maison de Dieu une caverne de voleurs". Ici il parle seulement d'une maison de marché. Ce mot fait un contraste déjà assez criant avec la sainteté du lieu. Jésus ordonne aux vendeurs de pigeons d'emporter leur marchandise, parce que ces oiseaux étant dans des cages, il ne pouvait les chasser avec un fouet.

      - Le terme : mon Père a dans la bouche de Jésus une signification qui lui est exclusivement propre. (Comparer Luc 2.49) "Il renferme, dit M. Godet, l'explication de l'acte de Jésus. C'est un fils qui venge l'honneur de la maison paternelle."

      - Jean place à l'entrée du ministère de Jésus le récit de la purification du temple. Les synoptiques rapportent un fait semblable, à la fin de ce même ministère. S'agit-il d'un seul et même fait, ou Jésus a-t-il accompli deux fois cette action ?

      "Qu'elle ait eu lieu avant ou après, qu'elle ait été répétée ou non, cela ne fait aucune brèche à notre foi." Luther.

      Si, comme nous le pensons les deux faits se sont pass√©s aux √©poques qui leur sont assign√©es, on comprend que les synoptiques aient omis le premier parce qu'ils ne s'occupent point de l'activit√© de J√©sus √† J√©rusalem dans les temps qui pr√©c√®dent la Passion, et que Jean ait pass√© sous silence le dernier, parce que d√©j√† il avait racont√© cette manifestation de l'autorit√© messianique de son Ma√ģtre. (Voir sur cette question Matthieu 21.13, note.)

      17 Psaumes 69.10. Que l'on considère ou non ce psaume comme une prophétie directement relative au Messie, le juste dont il décrit les souffrances profondes est un type de Celui qui portera les douleurs de son peuple. Jésus lui-même en jugeait ainsi. (Jean 15.25 ; 19.28, comparez Romains 15.3 ; 11.9 ; Actes 1.20)

      Dans tous ces passages le m√™me psaume est appliqu√© au Messie. Les disciples, √† la vue du saint z√®le d√©ploy√© en ce moment par leur Ma√ģtre, se souviennent de cette parole de l'Ecriture, qui est bien le commentaire le plus vrai de l'action de J√©sus.

      Ce zèle pour la maison de son Dieu c'est-à-dire pour son service et pour sa cause, finira, en effet, par le dévorer, puisqu'il le conduira à la mort de la croix.

      L'évangéliste, d'après le vrai texte (tous les majuscules) substitue le futur me dévorera, au passé m'a dévoré, qui se lit dans les Septante et l'hébreu.

      18 Grec : les Juifs répondirent (comparez Matthieu 11.25, 1e note) et lui dirent.

      Ils r√©pondent √† l'acte d'autorit√© que J√©sus venait d'accomplir en exigeant de lui un miracle (grec signe) qui le l√©gitim√Ęt comme un envoy√© de Dieu. (Comparer Matthieu 16.1¬†; 1Corinthiens 1.22)

      Dans les synoptiques, des membres du sanhédrin adressent officiellement à Jésus une question semblable (Matthieu 21.23 ; Marc 11.27,28 ; Luc 20.1) mais sa réponse est toute différente dans les deux cas.

      Cette question ne prouve donc point que la purification du temple n'a eu lieu qu'une seule fois ; les paroles de Jésus, qui sont le trait essentiel, démontrent le contraire.

      19 "Cette réponse de Jésus est soudaine comme un éclair. Elle jaillit d'une incommensurable profondeur ; elle illumine des domaines alors complètement inexplorés pour toute autre conscience que la sienne." Godet.

      Pour la comprendre cette réponse, il ne faut entendre le mot de temple, ni exclusivement dans son sens matériel, comme le firent les Juifs, (verset 20) ni exclusivement à la lumière du verset 21 (le temple de son corps), mais dans l'un et l'autre sens.

      C'est une parabole, qui présente à la fois comme toutes les autres paraboles de Jésus, l'image et la réalité. L'image, c'est ce temple même que Jésus venait de purifier, et sous le portique duquel il parlait.

      Il ne faut donc pas se représenter, avec un grand nombre d'interprètes, qu'en prononçant ces mots, il se montrait lui-même du geste, car alors le malentendu du verset 20 aurait été impossible.

      Ce temple, o√Ļ se concentrait toute la th√©ocratie Juive, tout culte, toute adoration, tout sacrifice, dont Dieu avait fait pour un temps sa demeure au milieu des hommes, o√Ļ il manifestait sa gloire n'√©tait pourtant qu'une pierre d'attenter jusqu'√† l'√©rection d'un temple spirituel o√Ļ para√ģtrait la gloire du Fils unique de la Parole faite chair. (Jean 1.14,Agg√©e 2.7-9)

      Ce grand r√©v√©lateur de Dieu venait de para√ģtre en J√©sus de Nazareth. Il √©tait l√†, le vrai temple, la demeure de Dieu avec les hommes, (Jean 1.14) le centre vivant de toute adoration en esprit et en v√©rit√©¬†! J√©sus pouvait dire de luim√™me¬†: "Il y a ici plus que le temple." (Matthieu 12.6)

      Mais les chefs de la th√©ocratie qui avaient laiss√© profaner la maison de Dieu, qui avaient mat√©rialis√© et corrompu le culte, bien loin de reconna√ģtre cet envoy√© de Dieu, s'irritent de ses essais de r√©forme, lui demandent compte de son autorit√©¬†; et J√©sus qui, d√®s les premiers moments de ce conflit avec eux, en pr√©voyait l'issue, (Jean 3.14) prononce d'un ton solennel la parole qui nous occupe. Dans sa pens√©e, elle signifiait¬†: D√©molissez l'ancien temple, en d√©truisant le nouveau¬†! Et c'est ce qui eut lieu, √† la lettre.

      Le meurtre du Fils de Dieu, ce crime des crimes, combla la mesure de la culpabilité du peuple juif et attira sur lui les jugements sous lesquels périt le temple avec la nation. Il faut même laisser à cet impératif toute son énergique signification : abattez ce temple !

      Sentant leur haine de la vérité, le Seigneur en provoque les manifestations. C'est ainsi qu'il leur disait ailleurs : "Remplissez la mesure de vos pères," (Matthieu 23.32) et qu'il adressait à celui qui allait le trahir cette parole : "Ce que tu fais, fais le vite." (Jean 13.27)

      - Si telle est la signification des premiers mots du verset, il ne saurait y avoir le moindre doute sur le sens des derniers : dans trois jours je le relèverai. Jésus vient de dire : Tuez moi ! et en trois jours, ajoute-t-il, je ressusciterai ! Voilà le signe que Jésus donne à ces Juifs qui lui en demandaient un, c'est exactement le même qu'il leur donnera plus tard. (Matthieu 12.39,40)

      On objectera que cette parole de Jésus devait rester incompréhensible pour ses auditeurs. Sans aucun doute, et elle le fut même pour ses disciples ; mais après que l'événement eut expliqué la prophétie, ils comprirent. (versets 21,22)

      Répandre dans les esprits des grains de semence qui ne devaient y germer que plus tard, était le propre de la méthode d'enseignement du Sauveur. (Jean 3.3 ; 4.10 ; 5.17 ; 6.27,51, etc.)

      - Cette interprétation de la profonde parole de Jésus qui nous occupe est celle à laquelle se sont arrêtés, avec diverses nuances, tous les exégètes qui respectent l'autorité apostolique. (verset 21)

      Quant à celle des commentateurs qui rejettent l'interprétation de Jean pour lui préférer la leur, voir verset 21, note.

      20 Les Juifs parlent ici de la restauration du temple par Hérode le Grand. Les travaux avaient commencé la dix-huitième année de son règne (Josèphe, Antiq. XV 11, 1), en l'automne de l'an 734 de Rome.

      On avait travaillé quarante-six ans à l'édification du temple qui ne fut terminé que plus tard, sous Hérode Agrippa II (Josèphe, Antiq. XX, 9, 7.)

      Cette indication peut servir √† fixer la chronologie de la vie de J√©sus. Si les travaux du temple furent commenc√©s en l'automne de l'an 734 de Rome et s'ils se poursuivaient depuis quarante-six ans, nous sommes √† la P√Ęque de l'an 781.

      La P√Ęque o√Ļ J√©sus mourut fut celle de 783 (probablement, l'an 30 de notre √®re).

      Comprise par les adversaires dans son sens litt√©ral et mat√©riel, la parole de J√©sus dut leur para√ģtre une pr√©somptueuse folie et une impi√©t√©. Aussi fut-elle reproduite comme un chef d'accusation contre lui. (Matthieu 26.61,Marc 14.58)

      Seulement, les faux témoins accusent Jésus d'avoir dit : Je détruirai ce temple, tandis qu'en réalité c'est à eux, chefs du peuple, qu'il avait laissé toute la responsabilité de cette destruction.

      La parole de Jésus, ainsi faussée, n'en restera pas moins gravée dans les esprits. (Matthieu 27.40,63 ; Actes 6.13,14)

      21 Le temple de son corps était la grande réalité, dont le temple matériel n'était que l'image. (verset 19, note.)

      - Beaucoup d'ex√©g√®tes modernes rejettent cette interpr√©tation de l'ap√ītre Jean et avec diverses nuances, attribuent √† l√† parole de J√©sus (verset 19) la signification qui suit¬†: Abattre le temple, c'est continuer √† profaner le culte mosa√Įque et ainsi le d√©truire¬†; et tel √©tait le p√©ch√© des Juifs. Relever le temple, c'est √©tablir une religion plus spirituelle et plus pure¬†; et telle √©tait la mission de J√©sus.

      Ainsi Jean, le disciple bien-aim√© de J√©sus, qui toujours p√©n√©trait dans le sens le plus intime de ses paroles, ne l'aurait pas du tout compris ici, et, en √©crivant son Evangile un demisi√®cle plus tard, alors que le culte mosa√Įque avait disparu, et que "cette religion plus spirituelle et plus pure" l'avait remplac√© depuis longtemps, il ne se serait pas aper√ßu de son erreur¬†!

      Ainsi encore, ce signe éclatant que Jésus voulait donner aux Juifs, trois jours après la destruction du vrai temple, serait l'établissement lent et progressif du christianisme dans le monde !

      - On objecte encore que si ces mots : je le relèverai, (verset 1) devaient s'entendre de la résurrection de Jésus, il se serait ressuscité lui-même ; or c'est au Père que le Nouveau Testament attribue partout cet acte de puissance divine.

      Oui, mais le Seigneur n'a-t-il pas dit que "toutes les choses que le Père fait, le Fils les fait pareillement," (Jean 5.19) et déclaré positivement, en parlant de sa vie : "Je laisse ma vie afin que je la reprenne ; j'ai le pouvoir de la laisser et j'ai le pouvoir de la reprendre ?" (Jean 10.17,18)

      On objecte enfin que J√©sus ne pouvait pas conna√ģtre, d√®s cette √©poque, sa mort et sa r√©surrection. C'est l√†, pour ceux qui ne voient en J√©sus-Christ qu'un homme comme un autre, la vraie raison de tous ces efforts ex√©g√©tiques.

      Ils veulent √īter √† cette parole un sens qui supposerait chez celui qui l'a prononc√©e une prescience divine. Mais celle-ci se montre dans d'autres paroles du Sauveur, telles que Jean 3.14¬†; 6.51, ou dans les pr√©dictions si pr√©cises de ses souffrances, ou enfin dans les vues lumineuses de l'avenir le plus lointain de son r√®gne exprim√©es dans ses paraboles. (Matthieu 13.41,49)

      Voir la réfutation de ces objections par Meyer, reproduite par Astié dans son Explication de l'évangile selon saint Jean, voir aussi le Commentaire de M. Godet.

      22 Le glorieux √©v√©nement annonc√© par J√©sus remit en m√©moire √† ses disciples sa parole que jusque-l√† ils n'avaient pas comprise, (Luc 24.7,8) et ils la crurent dans toute sa v√©rit√© proph√©tique. L'√©vang√©liste ajoute m√™me qu'ils crurent l'Ecriture, c'est-√†-dire les proph√©ties de l'Ancien Testament dont ils virent la divine harmonie avec la parole de leur Ma√ģtre. (Psaumes 16.10¬†; Esa√Įe 53.10,11¬†; comparez Jean 20.9¬†; Luc 24.27¬†; Actes 13.32 et suivants¬†; 1Corinthiens 15.4)

      "Ce petit trait qui appartient √† la biographie intime des ap√ītres imprime √† la narration le sceau de la r√©alit√© historique." Godet.

      Des réflexions analogues sont semées partout dans notre évangile (Jean 4.32,33 ; 7.39 ; 11.12 ; 12.16 ; 13.28, etc.)

      23 Ces derniers mots montrent quelle était la nature de leur foi.

      A la vue des miracles (grec signes) que Jésus faisait, ils acquirent la conviction qu'il était le Messie ; c'est ce que l'évangéliste entend par ces mots : en son nom.

      Cette foi pouvait devenir vivante et vraie, si elle les amenait à un contact personnel avec Jésus ; (Jean 3.2) mais aussi, elle pouvait rester infructueuse et morte, loin de lui. Lui même pénétrait parfaitement la valeur de cette foi. (verset 24)

      24 Il y a ici un singulier rapprochement de mots : "Un grand nombre crurent en son nom, mais lui-même, Jésus ne croyait point à eux."

      Croire, c'est se confier. En Jésus, ce manque de confiance se trahissait sans doute par une sorte de réserve qu'un témoin oculaire fin observateur, pouvait seul remarquer.

      25 Notre √©vang√©liste indique la cause profonde de la d√©fiance de J√©sus¬†: c'√©tait la parfaite connaissance qu'il avait de tous ceux qui l'approchaient. Et cette connaissance n'√©tait point seulement la sagacit√© p√©n√©trante dont beaucoup d'esprits sont dou√©s, mais une vue surnaturelle de ce qui √©tait dans l'homme, c'est-√†-dire de son caract√®re, des dispositions de son cŇďur. (Jean 1.47,49, notes¬†; Jean 4.17-19¬†; 6.61¬†; 11.4,15¬†; 13.11)
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