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Jean 6

    • 1 La crise en Galil√©e

      Chapitre 6.

      1 à 21 Les deux miracles qui préparent la crise.

      Apr√®s ces choses, c'est-√†-dire apr√®s les faits et les discours racont√©s au chapitre pr√©c√©dent. Si la f√™te pour laquelle J√©sus √©tait mont√© √† J√©rusalem √©tait bien celle de Purim, (Jean 5.1, note) qui se c√©l√©brait en mars, le mot¬†: Apr√®s ces choses nous reporte √† quelques semaines plus tard, car la f√™te de P√Ęque qui approchait (verset 4) avait lieu en avril.

      Jean ne veut pas dire que J√©sus s'en alla de J√©rusalem au del√† de la mer de Galil√©e. Il sous-entend le retour de J√©sus dans la contr√©e de Caperna√ľm¬†; celle-ci est le point de d√©part de cette excursion sur la rive orientale du lac.

      Jean rejoint ici les récits des synoptiques. Il les suppose connus, c'est pourquoi il ne nous indique pas les motifs de cette excursion au delà du lac. (Marc 6.30 suivants, Luc 9.10 suivants ; comparez Matthieu 14.13) Jésus voulait se retirer dans la solitude avec ses disciples, afin d'y chercher pour lui et pour eux quelque temps de repos et de recueillement, mais la foule qui le suivit déjoua son projet. (verset 2)

      - Jean ajoute : de Tibériade parce que, en dehors de la Palestine, la mer de Galilée (Marc 1.16 ; Matthieu 15.29) était plus connue sous le nom de "lac de Tibériade." C'est ainsi que l'appelle Pausanias.

      Tib√©riade, ville situ√©e presque √† l'extr√©mit√© m√©ridionale du lac et sur la rive galil√©enne, avait √©t√© b√Ętie par H√©rode Antipas et nomm√©e ainsi en l'honneur de l'empereur Tib√®re. (Voir les int√©ressantes pages que M. F. Bovet consacre √† Tib√©riade, dans son Voyage en Terre Sainte, p. 399 et suivants)

      2 Tous ces verbes √† l'imparfait¬†: suivait, voyaient, op√©rait, montrent que ces foules se rassemblaient habituellement autour du Sauveur, depuis son retour en Galil√©e et que, de son c√īt√©, J√©sus multipliait les actes de gu√©rison sur les malades.

      Plusieurs pouvaient le suivre dans l'intérêt de ces malades mêmes, d'autres, par simple curiosité, d'autres encore, avides de le voir et d'entendre sa parole.

      3 La montagne sur laquelle Jésus se retira, avec ses disciples, n'est pas désignée ; mais comme toute la contrée est montagneuse, il faut entendre par là l'une des collines du voisinage.

      Jésus était assis là, dans l'attitude du repos, et sans doute, s'entretenant avec ses disciples.

      4 Quel peut √™tre le but de cette remarque de l'√©vang√©liste sur l'approche de la P√Ęque¬†?

      Les uns n'y voient qu'une simple note chronologique, mais celle ci e√Ľt √©t√© plac√©e au commencement du r√©cit.

      D'autres pensent, avec Meyer, que l'évangéliste veut expliquer ce grand concours de peuple. Ce seraient des caravanes de pèlerins, se rendant à Jérusalem pour la fête.

      Mais notre narrateur a déjà motivé d'une autre manière ce rassemblement de peuple, (verset 2) et la suite du récit, dans tout ce chapitre, (verset 22 et suivants) n'indique nullement qu'il s'agisse de voyageurs se rendant à Jérusalem.

      D'autres mettent notre verset dans un rapport √©troit avec le pr√©c√©dent et y trouvent indiqu√© le sujet de l'entretien de J√©sus avec ses disciples. "J√©sus √©tait l√† assis avec ses disciples. Or, comme l√† P√Ęque √©tait proche," de s√©rieuses pens√©es d'avenir remplissaient son √Ęme, car, √† la P√Ęque suivante, il devait mourir.

      Enfin, d'autres interpr√®tes, dont M. Godet voient dans cette observation de Jean une sorte d'introduction au r√©cit de la multiplication des pains¬†: l'√©vang√©liste veut marquer que J√©sus va, √† sa mani√®re c√©l√©brer la P√Ęque avec ses disciples et avec ces foules qu'il nourrira d'un pain miraculeux et auxquelles il se pr√©sentera luim√™me comme le pain de vie. Si l'on rapproche cette supposition des paroles profondes de J√©sus sur la n√©cessit√© de manger sa chair et de boire son sang, (verset 51 et suivants) on voit que J√©sus c√©l√©bra avec ceux qui crurent en lui une f√™te qui non seulement √©puisait l'id√©e de la P√Ęque juive, mais exprimait d'avance celle de la P√Ęque chr√©tienne.

      Ces deux dernières explications du verset 4 ne s'excluent pas l'une l'autre, mais se complètent au contraire.

      5 Dans l'original et selon le texte de la plupart des majuscules, ce verbe¬†: ach√®terons-nous, n'est pas au futur, mais il a une forme d√©lib√©rative qui signifie¬†: O√Ļ (grec d'o√Ļ) devons-nous acheter¬†? C'√©tait l√† une mani√®re de provoquer la r√©flexion dans l'esprit du disciple.

      - D'après Jean c'est Jésus qui prend l'initiative, tandis que, dans le récit des synoptiques, ce sont les disciples qui ont les premiers la pensée de venir au secours de la multitude. (Matthieu 14.15 ; Marc 6.35)

      6 Ce n'est donc pas pour s'√©clairer lui-m√™me que J√©sus adresse cette question √† son disciple, le miracle √©tait d√©j√† arr√™t√© dans sa pens√©e, et il savait qu'il avait la puissance de l'accomplir. Mais il voulait √©prouver ce disciple, c'est-√†-dire, l'amener √† r√©fl√©chir, et voir si, dans une situation o√Ļ aucun secours humain ne s'offrait √† lui, il saurait mettre sa confiance dans la sagesse et la puissance de son Ma√ģtre.

      On s'est demandé pourquoi c'est à Philippe que Jésus fait subir cette épreuve. Le texte ne le dit pas.

      Mais, si l'on considère qu'un autre trait relatif à ce disciple (Jean 14.8,9) nous montre en lui un esprit enclin à s'attacher au sens littéral et matériel des paroles, (comparez verset 7) on comprend que Jésus, en vrai éducateur, cherche à élever ses pensées au-dessus de ce qui se voit et se calcule.

      7 La r√©ponse de Philippe confirme ce que nous venons de dire. Ne voyant que la multitude √† nourrir, il se h√Ęte de faire un calcul et il conclut que deux cents deniers de pain (le denier, √† cette √©poque, valait √† peu pr√®s un franc) ne suffiraient pas pour que chacun en e√Ľt quelque peu.

      Donc il ne reste aucune ressource ! En effet, la pauvre bourse qui servait à l'entretien de Jésus et de ses disciples n'avait probablement jamais renfermé une telle fortune.

      Marc (Marc 6.37) est le seul des synoptiques qui ait aussi conservé ce calcul des disciples.

      9 Ainsi André s'est informé des vivres qui pouvaient se trouver à portée, et tout se réduisait à cinq pains et deux poissons !

      C'est exactement la provision indiquée dans les récits des synoptiques (voir les notes), avec cette seule différence, que Jean nous apprend que ces pains étaient faits avec de la farine d'orge, qu'employaient ordinairement les gens pauvres.

      Les recherches d'André avaient été si précises que, d'après le texte reçu, il s'exprime ainsi : Il y a ici un seul jeune garçon. (Le mot souligné est conservé par Lachmann, Meyer, M. Godet, bien qu'il manque dans Sin., B, D, et que la plupart des éditeurs du texte le retranchent.)

      Aussi ce disciple arrive-t-il comme Philippe, à la même conclusion décourageante : Qu'est-ce que cela pour tant de gens ? L'évangéliste a évidemment voulu en entrant dans ces détails faire ressortir le contraste qu'il y a entré l'embarras des disciples et la puissance que le Sauveur va déployer.

      10 J√©sus, qui va se montrer le ma√ģtre de la nature, commande aussi en ma√ģtre √† ses disciples et √† cette multitude. Marc (Marc 6.40) nous a d√©peint l'ordre parfait dans lequel tous s'assirent.

      Si Jean ne nous parle que des hommes, c'est que chacun d'eux, comme chef de famille devait recevoir sa part de nourriture pour lui-même et pour les siens. Les femmes et les petits enfants ne furent donc pas négligés. (Matthieu 14.21)

      Notre évangéliste fait enfin remarquer qu'il y avait là beaucoup d'herbe, un tapis de gazon émaillé de fleurs, car on était au printemps, en avril, (verset 4) en sorte que tout contribuait à donner à cette scène, sous le ciel d'Orient, un caractère de beauté et de joie.

      Au moment de prendre les pains, le Sauveur l√®ve son regard vers le ciel et prononce, √† la fois, l'action de gr√Ęces pour ce que Dieu avait donn√© et la b√©n√©diction qui allait procurer l'abondance. (Matthieu 14.19¬†; Marc 6.41¬†; Luc 9.16)

      11 Le texte reçu porte : "Il les distribua aux disciples et les disciples à ceux qui étaient assis."

      Les mots soulignés manquent dans Sin., B, A, versions, et sont empruntés aux synoptiques, mais il est évident que c'est ainsi que se fit la distribution.

      Les mots : autant qu'ils en voulurent et ils furent rassasiés, montrent quelle fut l'abondance du repas. (Comparer versets 7,9)

      13 Voir Matthieu 14.20, note, et sur ce miracle en général, verset 21, note.
      14 C'est-à-dire, le Messie, d'après Deutéronome 18.15 et d'autres prophéties.
      15 Dès que le peuple est convaincu que Jésus est le Messie, il veut, plein d'enthousiasme, le proclamer Roi.

      Mais qu'elles étaient fausses, les idées de la foule sur cette royauté ! Elle n'avait aucun désir de la vraie liberté de l'affranchissement intérieur du péché, qui aurait pu devenir le moyen de son affranchissement de la tyrannie politique et sociale sous laquelle elle gémissait.

      La contradiction entre l'opinion régnante et les pensées du Sauveur, sur les moyens de la délivrance et la nature de son règne, devait s'accentuer toujours plus et amener finalement le peuple à rejeter son Messie. En sorte que comme l'observe justement M. Luthardt, "ce faux enthousiasme dont Jésus fut ici l'objet fut pour lui le signal de sa rejection et de sa mort."

      C'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour comprendre les profondes paroles que Jésus prononce dans le discours qui va suivre. (verset 26 et suivants) Il s'y révèle comme la source de la vie spirituelle, mais d'une vie qu'il ne pourra communiquer au monde que par sa mort. Par cette mort, il fondera une royauté dont le peuple n'a aucune idée !

      - Voil√† pourquoi J√©sus se soustrait √† ces ovations et se retire de nouveau (allusion au verset 3, qui indique que J√©sus √©tait redescendu de la montagne o√Ļ il √©tait mont√©), lui seul, sur la montagne.

      Au sein de cette solitude il retrempera son √Ęme dans la communion de Dieu¬†; car il sait qu'en ce moment-l√†, il a atteint le fa√ģte de la faveur populaire et que d√©sormais il ne fera plus que descendre, jusqu'√† la croix.

      17 Les disciples descendirent vers la mer : cette expression n'oblige pas à admettre que la multiplication eut lieu sur la montagne, (verset 3) mais sur quelque plateau entre celle-ci et le lac (voir la note précédente).

      D'après les synoptiques, c'est Jésus lui-même qui avait donné à ses disciples l'ordre de se rembarquer et de repasser le lac. Il leur répugnait à tel point de le faire, que nous lisons dans Matthieu 14.22 et Marc 6.45 que Jésus les contraignit de partir.

      Le r√©cit de Jean nous explique d'o√Ļ provenait cette r√©pugnance et ce qui obligea J√©sus √† user d'autorit√©¬†: il s'agissait de les soustraire √† l'entra√ģnement du faux enthousiasme qui venait de se manifester.

      Le texte re√ßu porte¬†: la barque, l'article, qui est retranch√© par la plupart des √©diteurs, d'apr√®s Sin., B, est consid√©r√© comme authentique par M. Weiss. Cet interpr√®te pense que les disciples attendirent pour ex√©cuter l'ordre de J√©sus que le soir f√Ľt venu qu'il faisait m√™me d√©j√† obscur et que J√©sus ne les avait pas encore rejoints, quand ils se d√©cid√®rent enfin √† s'embarquer.

      M. Weiss prend la derni√®re proposition, et il faisait d√©j√† obscur et J√©sus n'√©tait pas encore venu vers eux (grec verbes au plusque-parfait), comme une parenth√®se se rapportant au moment o√Ļ les disciples quitt√®rent la rive.

      Cette explication est inadmissible, parce que le texte grec porte une conjonction qui unit √©troitement les mots¬†: et la mer √©tait agit√©e √† ceux qui pr√©c√®dent¬†; cette derni√®re remarque nous transporte naturellement au moment o√Ļ les disciples sont d√©j√† engag√©s dans leur navigation.

      C'est ce qui ressort aussi de la var. de Sin, D : or l'obscurité les surprit.

      Nous admettons donc avec M. Godet que l'obscurit√© se fit pendant qu'ils passaient¬†; et pour expliquer la remarque¬†: J√©sus ne les avait pas encore rejoints, nous supposons que J√©sus leur avait donn√© rendez-vous sur quelque point de la c√īte de Bethsa√Įda √† Caperna√ľm, celle-ci √©tant √† peu pr√®s parall√®le √† la direction qu'ils devaient suivre dans leur navigation.

      19 Voir sur ce récit : Matthieu 14.24 et suivants Marc 6.17 et suivants

      La temp√™te qui surprit les disciples dut singuli√®rement augmenter leurs regrets d'√™tre s√©par√©s de leur Ma√ģtre. Ils lutt√®rent contre le vent et les flots une grande partie de la nuit, (Matthieu 14.24) sans avoir parcouru plus de vingt-cinq √† trente stades¬†; c'est-√†-dire qu'ils √©taient √† peu pr√®s au milieu du lac, (Matthieu 14.24) qui en avait quarante de largeur (7,399 kilom√®tres).

      Ce d√©tail pr√©cis trahit le t√©moin oculaire. Tout √† coup les disciples voient (grec contemplent) J√©sus marchant sur la mer et s'approchant de leur barque. Ne reconnaissant pas d'abord leur Ma√ģtre, qu'ils prennent pour un fant√īme, (Matthieu 14.26) ils eurent peur.

      20 J√©sus se fait reconna√ģtre par la voix et par cette douce parole que les quatre √©vang√©listes ont consign√©e dans leurs r√©cits, tellement elle avait fait impression sur les t√©moins de la sc√®ne.
      21 Nous avons rendu littéralement ce verset ; mais que signifie-t-il ?

      Trois explications diff√©rentes s'offrent √† nous. MM. Meyer, Weiss et Holtzmann admettent que les disciples voulaient recevoir J√©sus dans la barque, mais que J√©sus n'y entra point et que tous arriv√®rent aussit√īt au rivage par un miracle.

      Dans ce cas, Jean se mettrait en contradiction avec les synoptiques, d'après lesquels Jésus monta dans la barque.

      Une seconde opinion soutenue par MM. Luthardt et Godet, cherche à éviter cette contradiction, en supposant que Jésus fut reçu dans la barque mais qu'à peine il y avait mis le pied, elle aborda à terre, également par un miracle.

      Une troisième explication proposée par Théodore de Bèze, admise par Tholuck, consiste à entendre ce verbe vouloir faire une chose, dans le sens de la faire volontiers, avec plaisir, avec joie.

      Cette signification du mot est parfaitement constatée dans les auteurs classiques et dans le Nouveau Testament. (Luc 20.46 ; Colossiens 2.18)

      0n pourrait donc paraphraser ainsi notre verset¬†: "Ils le recevaient donc avec joie (avec un sentiment tout diff√©rent de la peur qu'ils avaient d'abord √©prouv√©e, comme l'observe Tholuck) dans la barque, et, le vent s'√©tant apais√©, (Matthieu 14.32¬†; Marc 6.51) ils arriv√®rent bient√īt, sans plus de retard, √† l'autre bord."

      On objecte à cette interprétation le verbe à l'imparfait : Ils voulaient, mais il s'explique facilement par les démonstrations prolongées d'étonnement, d'admiration et de joie que les disciples firent à Jésus, l'adorant et disant : "Certes, tu es le Fils de Dieu !" (Marc 6.51 ; Matthieu 14.33)

      De cette manière, Jean raconte le même fait que les synoptiques, bien qu'en des termes différents, et, au fond, n'est-ce pas là le récit le plus vraisemblable ?

      22 22 à 59 Discours de Jésus sur le pain de vie, et sur sa chair et son sang.
      24 Cette introduction historique au discours qui suit (versets 26-59) ne présente pas d'abord à l'esprit une idée claire des faits.

      Pour la comprendre, il faut se transporter par la pens√©e sur les lieux m√™mes o√Ļ J√©sus avait multipli√© les pains et au soir de ce m√™me jour.

      La foule qui y était restée vit qu'il n'y avait point eu là d'autre barque que celle dans laquelle étaient entrés les disciples seuls, et que Jésus n'y était point monté.

      Ces gens en conclurent qu'il devait √™tre rest√©, comme eux, du c√īt√© oriental du lac. Mais le lendemain, ne trouvant l√† ni J√©sus ni ses disciples, qui n'√©taient point revenus le chercher, ils profit√®rent de quelques barques qui, dans l'intervalle, √©taient venues de Tib√©riade, (verset 1, 2e note) et travers√®rent le lac, pour se rendre √† Caperna√ľm et y chercher J√©sus.

      Il est évident qu'il ne s'agit plus des cinq mille hommes de la veille, mais d'un certain nombre d'entre eux, qui avaient passé la nuit sur les lieux, tandis que la plupart des autres s'en étaient allés en contournant à pied l'extrémité du lac.

      Les manuscrits présentent de nombreuses variantes dans ce passage. Nous ne mentionnerons que les deux plus importantes : au verset 22, au lieu de vit, le texte reçu porte : ayant vu (quelques majuscules, et la syr. de Cureton), au même verset, après : d'autre barque qu'une seule, Sin., D, majuscules, portent : celle dans laquelle étaient entrés ses disciples.

      Cette phrase manque dans B, A, l'Itala. La plupart des critiques la retranchent, comme une glose.

      25 Ces gens, retrouvant J√©sus de l'autre c√īt√© de la mer, lui demandent, avec un na√Įf √©tonnement¬†: Quand es-tu arriv√© ici¬†?

      Ils soupçonnent dans ce fait, qui leur est inexplicable, une nouvelle action miraculeuse.

      Ils √©taient en effet plus avides de miracles que de la v√©rit√© qu'ils auraient pu recevoir par la parole de J√©sus. De l√†, sa r√©ponse, (verset 26) et le discours qui suit, si √©minemment propre √† r√©pandre la lumi√®re dans ces √Ęmes.

      26 La question du verset 25 était inspirée par une vaine curiosité : ils voulaient savoir comment Jésus avait passé la mer. Jésus ne juge pas à propos d'y répondre ; mais, selon sa coutume en pareil cas, il fait appel à la conscience de ses auditeurs, en leur adressant un reproche.

      Ils le cherchent, non parce qu'ils ont vu des miracles (grec des signes). Chaque miracle du Sauveur était le signe visible de choses invisibles, c'est-à-dire de la présence, de la puissance et de la miséricorde de Dieu.

      Mais, au lieu de considérer le miracle comme un signe et de s'élever aux biens éternels figurés par ce signe, les Juifs s'arrêtaient aux effets matériels du miracle. Ainsi ils n'avaient vu, dans la multiplication des pains, que la nourriture dont ils avaient été rassasiés.

      C'est pour combattre cette tendance charnelle que Jésus, dans le discours qui suit, expose avec tant d'élévation et de profondeur la signification symbolique et spirituelle du miracle qu'il venait d'accomplir.

      - J√©sus, apr√®s √™tre arriv√© √† Caperna√ľm, para√ģt √™tre entr√© dans la synagogue, o√Ļ ses auditeurs de la veille l'avaient retrouv√©¬†; d'apr√®s la note du verset 59, c'est l√† qu'il prononce son discours et r√©pond aux objections de ses auditeurs. Cette circonstance ajoute √† la solennit√© des enseignements qu'il fait entendre.

      Suivant d'autres, l'indication du verset 59 ne s'appliquerait qu'√† la derni√®re partie de l'entretien. Celui-ci aurait commenc√© ailleurs. Il est cependant difficile de trouver le moment o√Ļ aurait pu avoir lieu ce changement de sc√®ne.

      La remarque de l'évangéliste semble s'étendre à tout le discours de Jésus. Il est du reste naturel que la foule ait retrouvé Jésus à la synagogue qui était le lieu de rassemblement habituel.

      27 A la nourriture qui p√©rit et dont se contentaient ses auditeurs, J√©sus oppose la nourriture qui devient la vie de l'√Ęme d√®s que celle-ci la re√ßoit et qui subsiste en vie √©ternelle, c'est √† dire, qui produit la vie √©ternelle et qui prolonge ses effets jusqu'au plein √©panouissement de la vie dans l'√©ternit√© (Jean 4.14)

      Ce que Jésus entend par cette nourriture, il va le dire de la manière la plus claire (versets 33-35)

      Il se contente d'ajouter ici : le Fils de l'homme vous la donnera. (Sin., D, Itala ont : vous donne ; le futur est préférable.) Il était lui-même, comme Fils de l'homme (voir sur ce terme Matthieu 8.20, note), la manifestation de la vie divine dans notre humanité, et lui seul pouvait la donner.

      Mais, pour l'obtenir, il faut travailler (grec opérer, acquérir par le travail), c'est-à-dire, se rendre apte à la recevoir en renonçant, par un effort sérieux de la volonté, aux erreurs et aux préjugés de l'homme naturel, pour venir à Celui qui seul donne la vie.

      Grec :, l'a scellé, c'est-à-dire solennellement approuvé, accrédité comme son envoyé par les miracles qu'il lui donne d'accomplir et spécialement par celui dont ils viennent d'être témoins. (Comparer Jean 3.33 ; 5.36,37 ; 10.36, notes.)

      Au nom de son Père, Jésus ajoute celui de Dieu, pour marquer qu'il tient son investiture de celui qui possède l'autorité suprême.

      28 Grec¬†:, pour op√©rer les Ňďuvres de Dieu (m√™me terme qu'au verset 27).

      Ils ont compris que J√©sus exigeait d'eux un effort moral¬†; ils demandent quelles Ňďuvres seront agr√©ables √† Dieu, conformes √† sa volont√©. En employant ce mot au pluriel, ils pensent √† certains actes ext√©rieurs dont la r√©compense serait la "nourriture qui subsiste en vie √©ternelle."

      (Comparer Matthieu 19.16 ; Luc 10.25)

      A ce point de vue, la réponse de Jésus est d'autant plus frappante.

      29 A des Ňďuvres J√©sus oppose l'Ňďuvre, la seule que Dieu demande. Et cette Ňďuvre consiste √† croire en J√©sus-Christ qu'il a envoy√©.

      Cette foi, acte moral de la conscience et du cŇďur, est d√©j√†, en elle-m√™me, le principe de la vie divine parce qu'elle met l'√Ęme en communion avec Dieu par Christ. Elle est ainsi la source de toutes les Ňďuvres d'ob√©issance de reconnaissance et d'amour, elle est l√† racine de l'arbre qui, de lui-m√™me, portera de bons fruits.

      - Ces mots¬†: l'Ňďuvre de Dieu, ne signifient pas, comme le pensait Augustin, l'Ňďuvre que Dieu op√®re en nous, id√©e vraie en elle-m√™me, mais qui ne ressort pas de ce texte.

      30 Demande étrange, après ce qui s'était passé la veille ! On a supposé que ces paroles étaient prononcées par des personnes qui n'avaient pas assisté à la multiplication des pains. On en a tiré des conséquences contre la vérité historique de tout ce récit.

      On a émis la supposition que cette partie de l'entretien n'était pas rapportée à sa vraie place. Il n'est pourtant pas si difficile de comprendre ces exigences de la part de Galiléens ignorants et avides de prodiges. En effet :

      1¬į Ils ont tr√®s bien compris que J√©sus, en se pr√©sentant √† eux comme celui que Dieu a envoy√©, (verset 29) se disait √™tre le Messie Or, ifs lui demandent¬†: Comment le prouves-tu¬†? quel signe nous en donnes tu car nous voulons voir de nos yeux pour te croire. Le miracle de la veille leur para√ģt insuffisant pour prouver que J√©sus √©tait le Messie, le Fils de Dieu¬†; d'autant plus que le refus de J√©sus de se pr√™ter √† la manifestation qu'ils avaient projet√©e (verset 15) les avait m√©content√©s et avait att√©nu√© l'impression produite au premier abord par le miracle. (verset 14)

      2¬į J√©sus lui-m√™me leur a parl√© des pains multipli√©s comme d'une nourriture qui p√©rit et les a exhort√©s √† op√©rer, √† acqu√©rir par leur travail, une tout autre nourriture, qui procure la vie √©ternelle. Or, ils lui demandent de leur donner l'exemple et, pour cela, ils lui renvoient, non sans malice, sa propre parole¬†: Toi, qu'op√®res-tu¬†? (Traduction litt√©rale au lieu de¬†: quelle Ňďuvre fais-tu¬†?)

      3¬į J√©sus, en se d√©signant comme le Messie, se mettait bien au-dessus de Mo√Įse¬†; or, qu'est-ce que le pain qu'il leur avait donn√© la veille, compar√© √† la manne du d√©sert, qui, durant quarante ans, avait nourri tout un peuple¬†? (verset 31, note.)

      31 Cette citation est tirée du Psaumes 78.24. (Comparer Exode 16.4,14-15)

      Le pain du ciel doit s'entendre dans le même sens qu'on donne à cette expression : la pluie du ciel. On lit, en effet, dans le Psaume cité (traduction grecque) : "Et il fit pleuvoir pour eux la manne à manger, et il leur donna un pain du ciel." (L'hébreu dit : du froment du ciel.)

      Les Juifs regardaient le miracle de la manne comme le plus grand de leur histoire, et ils attendaient que le Messie ferait plus encore que ce qui avait eu lieu sous le minist√®re de Mo√Įse, type du Messie. On cite cet adage des rabbins¬†: "Le premier Lib√©rateur a fait descendre pour eux la manne¬†; de m√™me aussi le dernier Lib√©rateur fera descendre la manne."

      33 J√©sus ne nie pas le grand miracle cit√© par ses interlocuteurs¬†; mais, bien que la manne f√Ľt le symbole d'une nourriture spirituelle, (1Corinthiens 10.3, note) elle √©tait destin√©e √† nourrir le corps, et la plupart de ceux qui en mang√®rent n'y virent qu'un pain mat√©riel.

      Jésus oppose donc à cette nourriture le pain venu du ciel, celui que son Père seul donne et qui est le vrai. Il vous le donne actuellement, dit-il, par la présence de Celui qui vous parle.

      L'origine et la nature de ce pain sont toutes célestes, car il est de Dieu et il descend du ciel ; et son efficacité est immense, car il donne la vie au monde.

      Cette derni√®re expression proclame l'universalit√© du salut. (Comparer Jean 3.16) La construction que nous avons adopt√©e pour le verset 33 nous para√ģt plus simple que celle propos√©e par MM. Luthardt, Weiss et d'autres¬†: "Car le pain qui descend du ciel et qui donnera la vie au monde, celui l√† est le pain de Dieu."

      34 Il ne faut pas, avec Calvin, voir dans ces paroles une ironie ; le titre de Seigneur, donné à Jésus, montre que ces hommes parlent sérieusement.

      Quelques uns d'entre eux pouvaient même avoir le pressentiment que Jésus leur parlait d'une nourriture et d'une vie supérieures ; (Jean 4.15) mais la plupart prennent encore ses paroles dans un sens matériel, et ce qu'ils demandent, c'est un aliment merveilleux, propre à satisfaire leurs convoitises charnelles. (verset 26)

      Leur incrédulité (verset 36) consiste à refuser de voir en Jésus lui même la nourriture et la vie dont il leur parlait. De là, la réponse si positive et si claire qu'il va leur faire.

      35 Jésus oppose une déclaration catégorique à toutes les fausses idées de ses interlocuteurs : C'est moi qui suis. (Comparer Jean 11.25)

      Le pain de la vie est celui qui communique la vie. (verset 33) Jésus est ce pain de vie, parce que, en lui, la vie s'est manifestée. (1Jean 1.2)

      Mais pour le trouver en Jésus il faut venir à lui et croire en lui, deux termes synonymes qui caractérisent la conduite de celui qui trouve en Jésus son Sauveur. Le premier désigne l'acquiescement de la volonté, peut-être aussi la repentance, (Luc 15.18) qui sont les conditions préalables de la foi.

      Cette foi qui s'attache √† J√©sus met seule l'homme √† m√™me de n'avoir plus jamais faim et jamais soif, c'est-√†-dire de sentir tous les besoins de son √Ęme pleinement satisfaits. (Jean 4.13,14¬†; Esa√Įe 49.10)

      36 Ces hommes avaient demand√© de voir pour croire. (verset 30) Et maintenant ils l'ont vu, lui et ses Ňďuvres, ils ont entendu les paroles divines qui sortent de sa bouche, et ils ne croient point¬†!

      J√©sus dut prononcer ces mots avec une profonde tristesse, mais il savait o√Ļ √©tait sa consolation. (verset 37)

      - A quelle parole Jésus fait-il allusion par ces mots : Je vous l'ai dit ?

      Plusieurs interpr√®tes pensent qu'il s'agit du discours du chapitre pr√©c√©dent, (versets 37-44) qui renferme bien, en effet, le m√™me reproche de ne pas croire¬†; mais, comme ce discours avait √©t√© prononc√© en Jud√©e et devant d'autres auditeurs, il est plus probable que J√©sus fait allusion √† la parole du verset 26 de notre chapitre, o√Ļ, en d√©voilant √† ses auditeurs leur sens charnel, il leur avait indiqu√©, en m√™me temps la cause de leur incr√©dulit√©.

      37 J√©sus passe, sans transition, √† cette pens√©e nouvelle, qui est une magnifique r√©v√©lation de la gr√Ęce divine. (versets 37-40) Et il est facile d'en saisir la liaison avec le verset 36¬†: Vous ne croyez point mais d'autres croiront¬†; votre incr√©dulit√© n'an√©antira point les desseins de la mis√©ricorde de Dieu.

      Seulement, pour que l'homme croie v√©ritablement, il faut que Dieu accomplisse en lui l'Ňďuvre de sa gr√Ęce, ou, selon l'expression du texte, qu'il le donne au Sauveur, en d'autres termes, qu'il "l'attire √† lui." (verset 44)

      C'est l√† ce que J√©sus appelle encore (verset 65) un don de son P√®re. Sans doute, l'homme peut r√©sister √† cette action divine, mais une √Ęme sinc√®re, humble, repentante, alt√©r√©e de justice et de paix, finit toujours par √™tre attir√©e.

      Il n'est donc point n√©cessaire de voir dans ce texte, avec Calvin et d'autres, la doctrine d'une pr√©destination divine, mais il est certain que le rapport de la souveraine gr√Ęce de Dieu et de la libert√© de l'homme constitue un myst√®re qui ne nous sera r√©v√©l√© que dans la pure lumi√®re.

      - Le neutre : tout ce que le Père me donne, pourrait se rendre par : tous ceux que ; (Jean 6.39 ; 16.2) mais ce terme est choisi pour indiquer la totalité de ceux qui seront sauvés et qui trouveront leur bienheureuse unité dans leur communion avec le Sauveur. (Jean 17.21)

      Le verbe viendra à moi (grec arrivera) signifie : parviendra au but, saisira définitivement le salut en Christ.

      38 J√©sus, apr√®s avoir employ√© un terme collectif, individualise sa pens√©e¬†: celui qui vient √† moi¬†; car c'est chaque √Ęme personnellement qui doit entrer en communion avec lui. (Matthieu 11.28)

      Promesse pleine de gr√Ęce et d'amour¬†: je ne le mettrai point dehors.

      Il ne sera exclu ni de sa communion, ni de son royaume. Il y a même en grec une double négation qui signifie : certainement pas. Cette phrase négative renferme un sens très positif : Je le recevrai avec joie.

      39 Ces versets 38-40 confirment (car) le verset 37 : Il est impossible que Jésus rejette ceux qui viennent à lui, puisqu'il est descendu du ciel pour faire en toutes choses la volonté de Celui qui l'a envoyé or la volonté de Celui (le texte reçu porte du Père) qui l'a envoyé, cette volonté pleine de miséricorde et d'amour, est que le Fils ne laisse se perdre aucun de ceux qui lui sont donnés, mais qu'il les sauve, en leur communiquant une vie impérissable, qui aura son plein épanouissement par la résurrection du dernier jour.

      Alors le salut sera complet : "C'est la limite au delà de laquelle il n'y a plus de danger." Bengel.

      Cette solennelle déclaration, quatre fois répétée dans ce discours, (versets 40,44,54) couronne l'enseignement du Sauveur sur son office de vivificateur et l'action qu'il exerce en tant que pain de vie.

      De m√™me au chapitre pr√©c√©dent les paroles des versets 29-30 compl√©taient la description de l'Ňďuvre de r√©surrection qu'il doit op√©rer au sein de l'humanit√©. Il y a donc un parall√©lisme remarquable, en m√™me temps qu'un progr√®s constant, dans les enseignements de J√©sus que nous rapporte notre √©vangile.

      "Dans son entretien avec la Samaritaine, J√©sus s'√©tait content√© de se pr√©senter √† elle comme l'eau vive qui rafra√ģchit et restaure l'√Ęme¬†; ici, il indique qu'il veut √™tre plus encore¬†: Celui qui renouvelle et glorifie l'homme tout entier, le corps aussi bien que l'√Ęme. Le Sauveur d√©veloppe ainsi la pens√©e sublime qu'il est la vie du monde et montre dans la glorification du corps le couronnement de son Ňďuvre de vivification." Olshausen.

      Tel est aussi l'enseignement apostolique. (1Corinthiens 1Co 15 1Th 5 :23.))

      40 Ce verset confirme la pensée du précédent et indique le moyen de sa réalisation.

      Contempler le Fils ce n'est pas seulement le voir¬†; (verset 36) le contempler des yeux de l'√Ęme, avec confiance, avec amour, c'est d√©j√† croire en lui, et c'est aussi puiser en lui la vie √©ternelle.

      Et Jésus déclare encore ici que cette vie se développera jusqu'à ce que l'homme tout entier soit rendu à sa destination par la résurrection au dernier jour.

      Le texte reçu répète ici, comme aux verset 38 et 39 : la volonté de Celui qui m'a envoyé.

      Jésus dit, selon le texte de Sin. B, C, D : la volonté de mon Père parce qu'il se présente comme le Fils qui est pour nous la pleine révélation de son Père.

      42 Les Juifs, c'est ainsi que Jean d√©signe ordinairement les chefs du peuple¬†; (Jean 1.19, note) veut-il dire qu'il se trouvait alors des √©missaires du sanh√©drin (Matthieu 15.1) dans la synagogue de Caperna√ľm o√Ļ J√©sus parlait¬†? (verset 59)

      Il est plus naturel d'admettre que l'évangéliste nomme ainsi ceux des Galiléens qui trahissaient par leurs murmures leur opposition contre Jésus.

      Ce qui les scandalisait, c'est que le Sauveur se f√Ľt pr√©sent√© √† eux comme le pain descendu du ciel (verset 33)

      Dans leur ignorance, ils voyaient une contradiction entre cette déclaration et la connaissance qu'ils avaient de la famille de Jésus selon la chair. (Matthieu 13.55-57, note ; Marc 6.3 ; Luc 4.22)

      43 Ils murmuraient donc entre eux, sans exprimer ouvertement leur opposition aux paroles qu'ils venaient d'entendre.
      44 Jésus ne répond point à l'objection de ses auditeurs, (verset 42) en leur révélant le mystère de sa naissance surnaturelle,

      "car l'origine miraculeuse de J√©sus, comme le dit justement M. Godet, ne peut √™tre accept√©e que par le cŇďur d√©j√† croyant."

      D'ailleurs "ces scrupules ne sont pas la cause de leur incrédulité c'est leur incrédulité qui donne naissance à ces scrupules ; c'est pourquoi Jésus ne s'applique pas à les lever." Weiss.

      Il se contente d'insister sur la n√©cessit√© d'une Ňďuvre de la gr√Ęce divine qui doit s'accomplir en tout homme qui veut venir √† lui et croire en lui. Personne n'y arrive autrement.

      Or, cette Ňďuvre qu'il venait de d√©signer en ces mots¬†: "Tout ce que le P√®re me donne viendra √† moi," (verset 37) il la caract√©rise ici comme un attrait du P√®re vers le Sauveur. Dieu lui donne les √Ęmes en les attirant √† lui.

      Ce terme caract√©ristique se trouve dans J√©r√©mie 31.3 version des Septante. Dieu a, dans sa main puissante, mille moyens d'exercer cette action de sa mis√©ricorde sur les √Ęmes. Tant√īt ce sont les douloureuses exp√©riences de la vie, la souffrance, la pens√©e de la mort, qui leur font √©prouver avec tristesse le besoin d'un consolateur, d'un Sauveur¬†; tant√īt c'est le sentiment amer du p√©ch√© qui se r√©veille en elles et qui leur inspire ce cri d'angoisse¬†: Que ferai-je pour √™tre sauv√©¬†? Et d√®s que J√©sus se pr√©sente, elles le reconnaissent comme Celui apr√®s qui elles soupiraient.

      Mais le grand moyen de Dieu pour attirer les hommes au Sauveur, c'est sa Parole et son Esprit, qui agit incessamment dans notre humanit√© et qui saisit les moments favorables pour accomplir son Ňďuvre. Laissons dans les √©coles o√Ļ elle est n√©e la question oiseuse de savoir si cet attrait de la gr√Ęce est irr√©sistible ou non.

      L'expérience seule, cette grande conciliatrice des contrastes, peut nous instruire à cet égard ; elle apprend aux humbles à dire avec un réformateur : "Nous voulons, parce qu'il nous est donné de vouloir," et avec saint Paul : "C'est Dieu qui opère en vous la volonté et l'exécution, selon son bon plaisir," ce qui ne l'empêche pas d'ajouter, malgré l'apparente contradiction : "Opérez votre propre salut avec crainte et tremblement." (Philippiens 2.12,13)

      Quoi qu'il en soit, d√®s qu'un pauvre p√©cheur a ainsi √©t√© attir√© √† J√©sus, le Sauveur se charge d'achever en lui l'Ňďuvre divine jusqu'√† la fin¬†: Et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

      45 Ces paroles expliquent comment le P√®re attire les √Ęmes au Fils¬†: Il le fait en les √©clairant int√©rieurement par sa Parole et par son Esprit. La citation est tir√©e de Esa√Įe 54.13, o√Ļ la version grecque des Septante, conforme √† l'h√©breu, porte¬†: "Et tous tes fils seront enseign√©s de Dieu, et tes enfants seront dans une grande paix."

      Ces mots ne se trouvent litt√©ralement que dans le passage cit√© d'Esa√Įe, si donc J√©sus dit¬†: dans les proph√®tes, il entend par l√† le recueil des livres proph√©tiques, comme on dirait dans les Psaumes, en citant une parole d'un psaume¬†; ou bien, par ce pluriel, J√©sus fait allusion aux nombreuses promesses renferm√©es √©galement dans d'autres proph√®tes et relatives √† la connaissance de Dieu qui sera g√©n√©ralement r√©pandue dans les temps √©vang√©liques. (Esa√Įe 11.9¬†; J√©r√©mie 31.33¬†; Jo√ęl 2.27)

      - Se fondant sur ces promesses, Jésus affirme, avec une joyeuse certitude, que quiconque a ainsi entendu le Père et a été instruit, vient à lui et trouve en lui son Sauveur.

      - Les manuscrits varient entre a entendu (texte reçu, avec. Sin., B, A, C) et entend (présent). L'idée est la même, sauf que le présent indiquerait une attention continue à cet enseignement divin.

      Le texte reçu porte : Quiconque donc. Cette particule manque dans Sin., B, C, D.

      46 Ce verset contient une restriction. Jésus veut prévenir une méprise au sujet des paroles précédentes, et les compléter : entendre Dieu et être instruit de lui ne suppose pas, comme on pourrait le penser, un contact immédiat, tel que la vue peut l'établir.

      L'enseignement que les hommes ont reçu de Dieu n'est que préparatoire, destiné à les amener au Fils qui, lui seul, a vu le Père de toute éternité, (Matthieu 11.27 ; Jean 1.18 ; 3.13) car il vient de Dieu.

      C'est donc en lui, qui est l'image de Dieu, la splendeur de sa gloire, que les croyants voient Dieu. (Jean 1.14 ; 14.9)

      Ainsi Jésus répond en même temps à l'objection du verset 41.

      47 Les mots en moi manquent dans Sin., B.

      La plupart des éditeurs modernes les omettent comme provenant du verset 35. On peut cependant invoquer en faveur de leur authenticité le fait que, dans le contexte, la personne de Jésus est mise en relief.

      48 Après cette instruction profonde, provoquée par les murmures des Juifs, (versets 43-46) Jésus revient à son enseignement sur la vie éternelle qu'il communique aux croyants en se donnant lui-même à eux comme le pain de la vie. (versets 32-40)
      50 Jésus renvoie aux Juifs leur objection : (verset 31) La manne qui a nourri leurs pères dans le désert ne les a pas empêchés de mourir.

      Mais il y a un autre pain qui affranchit de la mort, c'est celui qui est descendu du ciel et qui communique la vie éternelle. Grec : afin que quelqu'un en mange, et ne meure pas. On ne peut entendre mourir dans le sens de la perdition. L'antithèse avec la mort des Israélites dans le désert oblige d'appliquer ce terme à la mort physique. Celle ci n'est plus réellement une mort pour celui qui la subit dans la communion du Sauveur. (Jean 8.51 ; 11.25,26)

      51 Jésus résume tout ce qu'il vient de dire en affirmant que c'est luimême qui est ce pain vivant et par conséquent vivifiant, puisqu'il fait vivre éternellement ceux qui se l'approprient par la foi et par une communion vivante avec lui.

      Meyer fait remarquer cette triple progression dans les idées :

      1¬į le pain de la vie (verset 48) et le pain vivant, celui qui est la vie divine r√©alis√©e dans une personne humaine¬†; (verset 61)

      2¬į qui descend du ciel en g√©n√©ral, (verset 50) et qui est descendu du ciel dans un sens historique et concret, en la personne de Christ¬†; (verset 51)

      3¬į l'expression n√©gative¬†: ne meure point, (verset 50) et la grande affirmation positive¬†: vivra √©ternellement. (verset 51)

      Par ces paroles, Jésus présente sa pensée sous un aspect nouveau et passe à la dernière partie de son discours. Dans la précédente, il a parlé, à diverses reprises, du pain de vie, d'un pain descendu du ciel et qui communique la vie éternelle à ceux qui en mangent ; (versets 32,33,50,51) il a déclaré que ce pain vivifiant, c'est lui-même, (versets 35,48,51) et que le moyen d'en vivre, c'est de croire en lui. (verset 47)

      Maintenant il emploie un terme tout différent : ce pain c'est sa chair, qu'il donnera pour la vie du monde. Il faut remarquer ce verbe au futur, indiquant un acte à venir, tandis que, jusqu'ici, il a constamment parlé au présent.

      Or, quel est cet acte ? Donner sa chair et son sang (verset 53 et suivants) ne peut désigner autre chose que sa mort, et une mort violente, dans laquelle son sang sera répandu. En effet, la chair et le sang, c'est la nature humaine vivante ; les donner, c'est se livrer à la mort ; les donner pour la vie du monde, de ce monde qui est dans la mort, c'est le racheter et le sauver. (Comparer Ephésiens 2.15 ; Colossiens 1.20,22 ; Hébreux 10.20 ; 1Pierre 3.18)

      Le moyen, pour l'homme pécheur, de s'approprier les fruits de la mort de Jésus, c'est d'entrer avec lui, par la foi, dans une communion intime et personnelle, par laquelle il meurt avec lui et vit de sa vie. C'est ce que le Sauveur va exprimer par ses mots : "manger sa chair et boire son sang."

      - Telle est l'interprétation qu'admettent aujourd'hui, avec quelques nuances, la plupart des exégètes. Il en est une autre qui consiste à voir dans tout ce passage, non la mort de Jésus spécialement, mais sa personne et sa vie en général, qu'il offre à ceux qui croient en lui, comme la source de leur vie spirituelle.

      La pensée serait donc exactement la même que celle que Jésus a présentée sous l'image du pain vivifiant. Mais alors il est impossible de concevoir pourquoi il parle tout à coup de l'avenir (ma chair que je donnerai) ; impossible, surtout, de comprendre pourquoi il présenterait une seconde fois la même pensée, qui a déjà offusqué ses auditeurs, et cela en des termes qui devaient être encore beaucoup plus inintelligibles pour eux.

      - Enfin, il est une troisième explication de notre passage admise par plusieurs Pères de l'Eglise et par quelques théologiens modernes : elle consiste à penser que, dans ces versets, Jésus parle de la sainte cène. Nous reviendrons à cette idée. (verset 58, note.)

      Nous avons conservé le texte reçu. Le second que je donnerai est omis dans B, C, D, et retranché par la plupart des critiques. Mais il faut en tous cas le sous-entendre, car cette expression : ma chair pour la vie du monde, n'aurait sans cela aucun sens.

      52 Disputaient entre eux : un vif débat succède aux sourds murmures (v. 41) ; ce débat prouve que les auditeurs de Jésus n'étaient pas unanimes dans leur opposition.

      La question posée exprime le doute avec une nuance de mépris qui se trahit par ce mot : Celui ci.

      Jésus n'a pas encore parlé de manger sa chair ; mais ils ne pouvaient le comprendre autrement, puisqu'il la leur présente comme le pain qu'il donnera. (verset 51)

      C'est donc avec raison qu'ils ajoutent ce mot¬†: manger sa chair¬†; mais, ainsi comprise, la pens√©e de J√©sus devait leur para√ģtre absolument inexplicable. Elle l'est encore pour tant de chr√©tiens, m√™me pour plus d'un savant th√©ologien¬†!

      53 Au lieu de répondre à la question de ses auditeurs et de leur expliquer comment il peut donner sa chair à manger, Jésus se contente d'affirmer solennellement (en vérité) la nécessité de manger la chair du Fils de l'homme, sous peine de n'avoir point la vie et de rester dans la mort.

      Il ajoute même, pour compléter sa pensée : Si vous ne buvez son sang.

      Par là, il répond indirectement à la question des Juifs, en rendant beaucoup plus précise l'allusion à sa mort, à une mort sanglante, dont ils devront s'approprier les fruits par la foi et par une communion vivante avec lui. (verset 54)

      - Jésus se désigne comme le Fils de l'homme, parce que c'est par son incarnation qu'il a implanté au sein de notre humanité le principe d'une vie nouvelle. (Comparer Matthieu 8.20, note.)

      - On a fait, contre cette partie du discours, une objection assez plausible au premier abord : Comment, a-t-on dit, Jésus aurait-il prononcé, en présence de tels auditeurs, des paroles dont il avait la certitude qu'elles ne seraient pas comprises ?

      Ebrard r√©pond¬†: "Il s'agissait d'enfoncer dans ces cŇďurs durs un aiguillon qui provoqu√Ęt en eux la r√©flexion¬†; de l√† ces paroles √©nigmatiques qui, par leur √©tranget√© m√™me, devaient rester fix√©es dans la m√©moire. Etouff√©es en apparence, elles pourront revivre et m√Ľrir quand retentira la pr√©dication apostolique de la mort et de la r√©surrection de J√©sus Christ."

      54 Jésus confirme, par une déclaration positive, la pensée qu'il a exprimée négativement au verset précédent. Comme il est lui-même la vie, celui qui mange sa chair et boit son sang, et s'approprie ainsi sa personne, tout son être, par une communion intime et vivante avec lui, a, dès ce moment, une vie impérissable, la vie éternelle.

      Sans doute, la m√™me gr√Ęce est promise √† la foi¬†; (verset 67) mais il est √©vident que cette communion vivante et progressive avec lui est plus que la simple foi en lui.

      C'est ce que l'ap√ītre Paul appelle "√™tre rev√™tu de Christ," (Galates 3.27) ou encore "√™tre une m√™me plante avec lui," (Romains 6.5) c'est ce qui lui permettait de dire¬†: "Christ est ma vie." (Philippiens 1.21)

      Rien de plus naturel, d√®s lors, que la glorieuse cons√©quence affirm√©e ici par J√©sus-Christ¬†: Je le ressusciterai au dernier jour. Cette r√©surrection est virtuellement donn√©e avec la vie divine que le croyant a puis√©e en Christ, qui ach√®vera son Ňďuvre en lui, en le ressuscitant et en le glorifiant (Romains 8.10,11)

      "Comme Jésus lui-même est ressuscité parce qu'il avait la vie en lui-même (5 : 26), ainsi il ressuscitera ceux qui ont la vie en eux-mêmes." De Wette.

      55 Une nourriture et un breuvage qui renferment la vie et la communiquent. C'est par là qu'ils sont vrais.

      Par ces mots, Jésus confirme et prouve la négation et l'affirmation des versets précédents.

      - Le texte reçu, avec Sin., D, versions, porte : véritablement une nourriture, véritablement un breuvage. L'idée est la même.

      56 Ces paroles profondes (versets 56,57) expliquent comment manger la chair de Jésus et boire son sang procure la vie. (verset 55)

      En effet, le croyant qui se nourrit ainsi demeure en Christ et Christ en lui ; il vit avec Christ dans une communion habituelle et permanente. Christ est le centre de sa vie, dominant ses pensées, ses affections, sa volonté, tous les motifs de sa conduite.

      Cette manière d'exprimer une vraie communion avec Jésus est particulière aux écrits de notre évangéliste. (Jean 15.4 et suivants ; Jean 17.23 ; 1Jean 3.24 ; 4.13,16)

      57 La source souveraine de la vie, (grec) le Père vivant, communique incessamment la vie au Fils, qui vit par le Père, qui trouve dans le Père le principe de sa vie et de tout son être, et, du Fils, cette vie se répand sur quiconque est en communion avec lui.

      "Le croyant, lui aussi, en se nourrissant de Jésus, trouve en lui la même source et garantie de vie que celle que Jésus trouve lui-même dans sa relation avec le Père." Godet.

      Les mots : qui m'a envoyé, rappellent la mission du Fils, qui est de répandre ainsi la vie au sein de notre humanité.

      - Jusqu'ici Jésus avait dit : "manger ma chair et boire mon sang ;" voici maintenant un terme plus direct encore : Celui qui me mange, exprimant, d'une part, l'union du croyant avec la personne entière du Sauveur et affirmant, d'autre part, une communion habituelle et permanente avec lui. (Verbe au présent.)

      58 Grec : Non comme les pères mangèrent et moururent, celui qui mangera...

      Jésus, en revenant à la première image qu'il a employée, celle du pain, résume et conclut tout ce discours. (versets 49-51)

      - Depuis l'époque des Pères de l'Eglise jusqu'à nos jours, on a souvent agité la question de savoir si, dans la dernière partie de ce discours, Jésus avait eu en vue la sainte cène.

      A l'époque de la réformation, cette question a été vivement débattue entre catholiques et protestants, d'une part, et entre réformés et luthériens d'autre part. Il faut faire ici une distinction : si l'on entend par la cène le rite cérémoniel de la communion, que Jésus institua plus tard, on devra répondre : Non, Jésus ne parle certainement pas de cet acte symbolique.

      D'abord, c'e√Ľt √©t√© une anticipation sans exemple dans ses instructions¬†; ensuite, jamais aucune Eglise chr√©tienne n'a profess√© l'absolue n√©cessit√© de la c√®ne pour avoir la vie dans le Sauveur, et c'est l√† ce qu'enseignerait express√©ment J√©sus, en disant¬†: "Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'avez point la vie."

      Enfin on ne retrouve point, dans ce discours les termes mêmes qu'employa plus tard le Sauveur en instituant la cène. Mais si de l'acte cérémoniel et visible, on s'élève à ce qui est l'idée, l'essence de la cène, oui, on la retrouve tout entière dans ce discours.

      Dans les paroles qu'il pronon√ßa √† Caperna√ľm, comme dans le sacrement qu'il institua plus tard √† J√©rusalem, J√©sus ne r√©v√®le pas autre chose que la n√©cessit√© d'entrer et de rester dans une communion vivante avec lui.

      Nous avons du faire la même observation sur le rapport de l'entretien de Jésus avec Nicodème et du baptême que Jésus ordonna à ses disciples de pratiquer. (Jean 3.5, note.)

      On peut m√™me avec Stier et Luthardt, dire que notre √©vang√©liste, nous ayant conserv√© l'entretien avec Nicod√®me et le discours de Caperna√ľm, n'a pas jug√© n√©cessaire de raconter l'institution du bapt√™me et de la c√®ne¬†; les symboles visibles importaient peu √† l'auteur de "l'√©vangile de l'esprit," il lui suffisait d'avoir rapport√© des discours du Sauveur qui en r√©v√®lent l'essence la plus intime.

      De m√™me encore il pouvait omettre la lutte de Geths√©man√©, apr√®s nous avoir fait conna√ģtre une sc√®ne analogue. (Jean 12.20 et suivants)

      59 En faisant cette remarque, l'√©vang√©liste ne para√ģt avoir d'autre but que d'indiquer au lecteur le lieu des discussions qui pr√©c√®dent.

      Dans la synagogue de Caperna√ľm, ces discours eurent une grande solennit√©¬†; et comme la ville √©tait populeuse, J√©sus eut sans doute un nombreux auditoire.

      - Maintenant l'évangéliste va raconter les effets divers du discours qui précède.

      60 60 à 71 La crise de la foi parmi les disciples.

      Jusqu'ici, Jésus avait discuté avec les Juifs, plus ou moins opposés à son enseignement. (verset 41) Maintenant il a quitté la synagogue, suivi de ses disciples, et ce sont plusieurs de ceux-ci qui entrent en scène. Une crise de la foi se produit parmi eux.

      Par ces disciples, il ne faut pas entendre les ap√ītres, (verset 67) mais ceux qui, en grand nombre, le suivaient de lieu en lieu pour √©couter sa parole et √™tre t√©moins de ses Ňďuvres. Nous savons, par Luc, qu'un jour J√©sus put choisir soixante et dix d'entre eux pour les envoyer en mission. (Luc 10.1)

      Pour plusieurs, la fin du discours qui pr√©c√®de para√ģt avoir d√©pass√© la mesure de leur intelligence et de leur force.

      Leur observation¬†: Cette parole est dure, ne signifie pas seulement qu'elle leur para√ģt difficile √† comprendre, mais plut√īt impossible √† accepter¬†: qui peut l'√©couter et la mettre en pratique¬†?

      Il ne faudrait pas en conclure cependant que ces disciples avaient pris les derni√®res paroles de J√©sus dans un sens aussi litt√©ral et mat√©riel que les Juifs¬†; mais ils trouvaient une pierre d'achoppement dans la pens√©e que leur Ma√ģtre d√Ľt souffrir et mourir pour la vie du monde (verset 51) et qu'eux-m√™mes dussent s'approprier les fruits de sa mort par une communion myst√©rieuse avec lui. Cela les scandalisait. (verset 61)

      Cette perspective fut toujours une cause de scandale pour les Juifs, (Jean 12.33,34¬†; 1Corinthiens 1.23¬†; Galates 5.11) et m√™me pour les ap√ītres, avant qu'ils eussent re√ßu l'Esprit divin. (Matthieu 16.21-23) Il n'en est pas autrement de nos jours pour bien des personnes.

      61 J√©sus connut en lui-m√™me les secrets murmures des disciples¬†; (comparez Jean 2.24,25) il vit aussit√īt qu'ils avaient pour caus√© une d√©faillance de leur foi¬†: Ceci vous scandalise¬†? c'est l√†, pour vous, une occasion de chute et de d√©fection¬†? (verset 66)
      62 Et si (grec si donc) vous voyez...La phrase demeure suspendue.

      Il faut sous-entendre¬†: Que sera ce¬†? ou¬†: que direz vous alors¬†? J√©sus renvoie donc ses auditeurs scandalis√©s de ses d√©clarations pr√©c√©dentes, (versets 52-58) au temps o√Ļ il sera retourn√© dans la gloire qu'il poss√©dait avant son incarnation. (Jean 17.5)

      Cette parole est assez claire en elle-même ; mais dans quel sens est-elle appliquée à ceux qui l'écoutent ?

      Jésus veut-il dire qu'alors ils se scandaliseront bien davantage, ou qu'alors ils cesseront de se scandaliser ? telle est la question oui divise les interprètes.

      Les uns, consid√©rant que J√©sus ne peut remonter au ciel qu'en passant par une humiliation profonde et par la mort dont il vient de parler, (verset 51) pensent qu'il veut dire √† ses auditeurs¬†: L√† vous trouverez de bien plus fortes raisons de vous scandaliser. Et l'on ne peut nier que le si donc soit favorable √† cette interpr√©tation. (Ainsi L√ľcke, Olshausen, de Wette, Meyer, Weiss)

      D'autres, s'attachant exclusivement √† l'id√©e de l'ascension et de la glorification de Christ, ici annonc√©e, estiment qu'il ouvre aux yeux de ses auditeurs la perspective d'un temps o√Ļ il leur sera plus facile de comprendre le sens spirituel de ses paroles, de croire en lui, en un mot, de ne plus se scandaliser. (Ainsi Calvin, Stier, Ebrard, Luthardt, Godet, Keil, Holtzmann.)

      Ces derniers commentateurs ont pour eux la raison que l'ach√®vement de l'Ňďuvre de Christ et son retour dans la gloire auront, en effet, cet heureux r√©sultat pour un grand nombre des disciples de J√©sus qui, jusqu'alors n'avaient pas cru en lui.

      Mais en sera-t-il de même pour les hommes qui dans la situation présente, ne trouvaient dans les paroles de Jésus qu'une occasion de scandale et de chute ? Leur sera-t-il plus facile de comprendre et d'embrasser la personne de Christ dans sa spiritualité, quand il sera séparé d'eux et qu'ils devront marcher par la foi et non par la vue ? Jésus pouvait-il donner cet encouragement, cette promesse, à des auditeurs qui ont vu ses miracles, entendu ses paroles, et qui, malgré tout cela, vont l'abandonner ? (verset 66)

      Nous avons peine à le croire. Et ne pouvant admettre en plein ni la première interprétation, ni la seconde, nous laissons la conclusion en suspens, comme l'a fait Jésus. En n'achevant pas sa phrase et en s'exprimant de cette manière énigmatique, il donnait un sérieux avertissement à ses auditeurs.

      63 Ce verset aussi a été l'objet d'interprétations diverses. Jésus parle à des auditeurs qui se scandalisent de son discours. (versets 52-58) Il voudrait dissiper leurs préjugés ; il énonce, à cet effet, trois propositions :

      1¬į C'est l'Esprit qui vivifie, le Saint-Esprit de Dieu, dont J√©sus √©tait rempli sans mesure (Jean 3.34) et qui, par sa parole, r√©g√©n√®re les √Ęmes et communique la vie. (Jean 3.5,Romains 8.2¬†; 1Corinthiens 2.4)

      2¬į Les paroles que je vous ai dites il y a un instant (versets 52-58) sont Esprit et vie (grec sont Esprit et sont vie¬†; cette double affirmation acquiert une grande √©nergie par la r√©p√©tition du verbe), elles portent avec elles l'Esprit divin et communiquent la vie. Mais, pour cela, il faut que l'√Ęme soit ouverte √† la lumi√®re et √† la puissance vivifiante de l'Esprit, car sans lui

      3¬į La chair ne sert de rien. M√™me la chair de Christ, qu'il devait donner pour la vie du monde, (verset 51) toute sa personne et toute son Ňďuvre, qu'il s'agit de s'approprier par la foi, (versets 53,54) ne peut vivifier que par l'Esprit, qui seul fait comprendre l'incarnation et le sacrifice de J√©sus-Christ et notre union avec lui. (Jean 16.14)

      A ceux qui s'arrêtent à l'extérieur et ne connaissent Christ que selon la chair, (2Corinthiens 5.16) Christ lui-même ne sert de rien.

      - On sait le r√īle que cette parole joua dans les controverses sur la c√®ne et en particulier dans la discussion de Luther et de Zwingle √† Marbourg.

      Zwingle r√©p√©tait souvent les mots¬†: La chair ne sert de rien, et Luther r√©pondait¬†: J√©sus ne dit pas¬†: ma chair, mais la chair, et il entend par chair la disposition charnelle du cŇďur corrompu de l'homme qui le porte √† prendre les paroles de Christ dans un sens grossi√®rement litt√©ral. (2Corinthiens 3.6) Zwingle, dans sa conception de la c√®ne, m√©connaissait le sens profond des paroles de J√©sus¬†; (versets 53-57) Luther, de son c√īt√©, en prenant le mot chair dans un sens tout diff√©rent de celui qu'il a dans les versets pr√©c√©dents, m√©connaissait l'√©vidence du contexte.

      64 Puisque les paroles que je vous dis sont esprit et vie, ce n'est pas en elles qu'est la raison du scandale qu'elles vous causent, mais cette raison est dans votre incrédulité. Jésus adoucit cette accusation, en réduisant à quelques-uns le nombre de ceux qui refusaient de croire en lui, de le recevoir tel qu'il venait de se présenter à eux dans ce discours. Et pourtant, voir verset 66.

      Par cette observation, l'√©vang√©liste explique (car) la d√©claration qui pr√©c√®de¬†; il nous avertit que J√©sus ne fut pas surpris par cette crise que subit la foi de ses disciples, qu'il s'y attendait, que, d'avance, il l'avait aper√ßue dans leurs cŇďurs. (Comparer Jean 2.24)

      Bien plus, il savait dès le commencement qui sont ceux qui ne croient pas et qui est celui qui le livrera. En grec, ces verbes sont au présent, sauf le dernier, qui est au futur.

      Que signifie le mot : dès le commencement ?

      La plupart des interpr√®tes entendent par l√† le temps o√Ļ J√©sus entra dans son minist√®re et commen√ßa √† rassembler des disciples (comme 15¬†: 27¬†; 16¬†: 4), mais ce sens ne saurait s'appliquer √† ses auditeurs galil√©ens qui, maintenant, ne croient pas.

      J√©sus ne les connaissait pas encore √† cette √©poque. Il serait donc plus vrai de dire, avec de Wette, Tholuck, Luthardt, Keil, que cette expression d√©signe le moment o√Ļ chaque disciple fut mis en contact avec J√©sus et s'attacha √† lui¬†; d√®s lors, J√©sus le p√©n√©tra tout entier.

      Mais ne peut-on pas, en tenant compte des verbes au pr√©sent, penser, avec Lange et Weiss, que cette parole signifie¬†: "D√®s que les premiers germes de l'incr√©dulit√© naissaient dans le cŇďur d'un disciple, d√®s ce moment d√©j√† J√©sus le connaissait jusqu'au fond¬†?"

      Dans ce cas, l'observation de l'√©vang√©liste, concernant Judas, ne se rapporterait pas au moment o√Ļ J√©sus l'admit au nombre des douze, mais au temps o√Ļ l'avarice et l'hypocrisie de ce disciple prirent racine ans son cŇďur. (Comparer verset 70, note, et Jean 13.11)

      Si l'on interprète ainsi la remarque de l'évangéliste, on ne se heurte pas à cette pensée inacceptable que Jésus aurait appelé Judas à l'apostolat en sachant qu'il l'engageait dans une voie au terme de laquelle se trouvaient son crime et sa ruine ! Au reste, il faut bien avouer qu'il y a dans la destinée de Judas un mystère insondable. (Voir Jean 12.4 ; 17.12)

      65 Voir versets 37,44, notes.

      Ce mot à cause de cela se rapporte à la déclaration de Jésus, verset 64 "Quelques-uns de vous ne croient pas." C'est à cause de cela, pour les rendre attentifs à ce fait, que Jésus leur a tenu le langage dont il les fait se souvenir maintenant.

      Il en est qui ne croient point, parce que, tout en suivant J√©sus pour entendre sa parole, ils n'ont point ouvert leur cŇďur √† l'action de la gr√Ęce divine qui seule rend la foi possible.

      66 L'expression grecque que nous rendons par dès ce moment peut signifier également à cause de cela, c'est-à-dire à cause de ce discours (versets 51-65) qui heurtait toutes les fausses espérances messianiques et tous les préjugés charnels de ces disciples.

      Plusieurs d'entre eux, les mêmes qui venaient de murmurer contre la parole de Jésus, se retirèrent (grec s'en allèrent en arrière) et cessèrent tout à fait de le suivre.

      Ce verbe à l'imparfait : ils ne marchaient plus avec lui, peint le changement que cette rupture amena dans leur existence : au lieu d'accompagner Jésus dans ses voyages et de partager sa vie errante, ils reprirent leurs occupations sédentaires.

      67 L'abandon d'un grand nombre de ses disciples causa au Sauveur une profonde tristesse ; mais il savait aussi qu'une épuration devait se faire parmi ceux qui s'étaient attachés à lui, et il tenait moins au nombre qu'à la foi sincère et au dévouement absolu de ceux qui devaient le suivre dans ses humiliations.

      C'est pourquoi il pose, m√™me aux douze ap√ītres qu'il avait choisis, cette s√©rieuse et solennelle question¬†: Voulez-vous, vous aussi, vous en aller¬†?

      Jésus veut les éprouver et provoquer en eux une pleine décision, car il réclame un peuple de franche volonté. Il les connaissait assez pour savoir que tous, sauf Judas, (verset 70) lui resteraient fidèles, et leur réponse ne faisait pour lui l'objet d'aucun doute, mais il voulait l'entendre de leur bouche, car la belle profession de Pierre devait contribuer à l'affermissement de leur foi.

      68 Ces paroles sont un cri de l'√Ęme, Pierre les prononce avec une pleine persuasion, un saint enthousiasme, un ardent amour pour son Ma√ģtre.

      Chaque mot, examin√© de pr√®s, produit cette impression. Et d'abord, cette exclamation douloureuse, √† la simple pens√©e de quitter J√©sus¬†: A qui irons-nous¬†? L'avenir, sans J√©sus, para√ģt affreux √† son disciple.

      Ensuite, Pierre a d√©j√† fait l'exp√©rience que les paroles de son Ma√ģtre sont des paroles de vie √©ternelle, qui renferment et qui communiquent √† l'√Ęme la vie imp√©rissable du ciel.

      Il confirme la déclaration de Jésus qu'il venait d'entendre : "Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie." (verset 63) Cette affirmation de la vérité objective des paroles de Jésus est faite avec une certitude intime fondée sur une expérience personnelle : Nous, quoi que d'autres puissent penser ou faire, nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu.

      Les deux verbes au parfait indiquent un fait accompli et permanent.

      Il faut remarquer encore l'ordre de ces mots¬†: c'est en croyant que les disciples sont arriv√©s √† conna√ģtre, telle est la voie divine de l'exp√©rience, nul ne conna√ģt J√©sus, si ce n'est par la foi qui est la confiance du cŇďur. (Comparer Jean 8.32¬†; 1Jean 4.16)

      - Selon le texte reçu, Pierre aurait dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." Ces mots, empruntés à Matthieu 16.16, ont été introduits ici dans l'intention bénévole de mettre en harmonie les deux récits.

      Selon le vrai texte (Sin., B, C, D), ces titres du Sauveur sont tous résumés dans celui-ci : le Saint de Dieu, "Celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde," (Jean 10.36) l'ayant "marqué de son sceau." (verset 27, comparez 1Jean 2.20 ; Marc 1.24 ; Luc 5.8)

      Il est probable que cette confession de Pierre est la même que celle qui eut lieu, d'après les synoptiques, à Césarée de Philippe (Matthieu 16.13 suivants ; Marc 8.27 et suivants ; Luc 9.18 et suivants)

      Un intervalle de quelques semaines s√©pare donc cette sc√®ne finale du discours prononc√© √† Caperna√ľm. Pendant ce temps se produisirent les d√©fections mentionn√©es au verset 66. (Comparer Luc 9.23 et suivants, verset 43 et suivants)

      70 Telle est la réponse de Jésus à la belle confession de Pierre ! Elle forme avec cette confession un contraste tragique.

      N'est-ce pas moi, celui que vous venez de confesser comme le Saint de Dieu, qui vous ai choisis, vous les douze, pour la haute vocation de l'apostolat ? Et l'un de vous est un démon (grec un diable) !

      Cette épithète terrible désigne un être qui s'est placé sous la domination du diable, et qui est devenu une incarnation de l'esprit des ténèbres. (Jean 13.2,27 ; 1Jean 3.8,10)

      Ce terme est plus sévère que celui de Satan, adversaire. (Matthieu 16.23 ; comparez Jean 8.44)

      Avec quelle douleur profonde Jésus dut prononcer ces paroles ! Jésus ne dit pas était un démon, quand je vous ai choisis, mais est un démon, il l'est devenu. (Comparer verset 64, 2e note.)

      71 Jean ne veut pas que les lecteurs aient le moindre doute sur le disciple d√©sign√© par J√©sus¬†; et, partageant la douleur de son ma√ģtre il le nomme express√©ment¬†: Judas, fils de Simon, Iscariot. (Comparer Matthieu 10.4, note.)

      Il ne peut même s'empêcher de faire ressortir, à son tour, ce terrible contraste : Il devait le livrer, lui, l'un des douze !

      L'√©vang√©liste ne fut frapp√© de ce contraste que plus tard, car, au moment de la d√©claration de J√©sus, aucun des disciples ne savait duquel d'entre eux il avait parl√©, et ils l'ignor√®rent jusqu'au moment o√Ļ Judas consomma sa trahison. (Jean 13.21,22,28,29)

      L'incertitude o√Ļ J√©sus les laissait renfermait un redoutable avertissement pour tous.

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