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Marc 14

    • 1 Chapitre 14. Les adieux de J√©sus aux siens.

      1 à 11 Le repas de Béthanie.

      Voir, sur cette introduction à l'histoire de la Passion, Matthieu 26.1-5, notes ; Luc 22.1-6.

      Grec¬†: la P√Ęque et les pains sans levain, deux termes pour exprimer la m√™me chose, c'est-√†dire la plus grande f√™te religieuse des Juifs, c√©l√©br√©e en m√©moire de leur d√©livrance de la captivit√© √©gyptienne.

      Matthieu ne la d√©signe que par le mot de P√Ęque dont le sens, en h√©breu, rappelait aux Isra√©lites que l'ange exterminateur passa devant leur porte, teinte du sang d'un agneau, dans la nuit terrible du dernier jugement de Dieu sur l'Egypte.

      Marc joint à ce mot celui de les pains sans levain, qui était aussi devenu une appellation usuelle de la fête, parce qu'on ne faisait usage que de ces pains pendant les sept jours que durait la fête, du 14 au 21 nisan. (Exode 12.15-20 ; Lévitique 23.5,6)

      - Dans Matthieu, c'est J√©sus qui annonce solennellement √† ses disciples l'approche de cette P√Ęque, o√Ļ "le fils de l'homme est livr√© pour √™tre crucifi√©," tandis que Marc et Luc se bornent √† constater que ce moment tragique √©tait proche.

      Il n'y a pas de doute que la relation de Matthieu ne soit conforme aux faits. Il convenait √† "l'Agneau de Dieu qui √īte les p√©ch√©s du monde" de dire clairement aux siens qu'il allait au-devant de ses souffrances et de sa mort, avec une parfaite connaissance de tout ce qui l'attendait, et, par cons√©quent, avec la pleine libert√© et le saint d√©vouement de l'amour.

      C'est √† ce point de vue que l'histoire de la Passion nous appara√ģt dans toute sa v√©rit√© et sa grandeur divines. Aussi voudrait-on inscrire en t√™te des pages qui suivent ces paroles de l'Eternel¬†: "D√©chausse les souliers de tes pieds, car le lieu o√Ļ tu es arr√™t√© est une terre sainte." (Exode 3.5)

      Ce car, que le texte re√ßu remplace par un mais, explique pourquoi les sacrificateurs et les scribes devaient chercher comment ils pourraient le saisir, et pourquoi ils devaient y mettre de la ruse¬†: c'est qu'ils craignaient que, si leur dessein s'ex√©cutait pendant la f√™te, il n'y e√Ľt du tumulte parmi le peuple, dans lequel J√©sus avait des adh√©rents en grand nombre.

      Ils voulaient donc que ce f√Ľt avant ou apr√®s la f√™te¬†; mais leurs desseins aveugles furent confondus par Dieu qui voulait substituer la P√Ęque chr√©tienne √† la P√Ęque des H√©breux. Il se servit pour cela de l'instrument le plus indigne, Judas Iscariot. (verset 10)

      3 Voir, sur ce récit, Matthieu 26.6-13, notes, et comparez Jean 12.1-8.

      Ici encore, Marc a conservé divers traits significatifs qui lui sont propres. Comme Jean, il qualifie par un adjectif très peu usité le nard de grand prix que Marie va répandre sur la tête du Sauveur.

      C'est le terme que nous traduisons par pur, et qui en grec signifie proprement fidèle, digne de confiance, ou encore authentique, non falsifié. Les deux narrateurs cherchent à exprimer par ce mot la qualité exquise de ce parfum, qui en faisait le grand prix.

      Marc seul a conserv√© ce d√©tail qui rend la sc√®ne si pittoresque¬†: Marie brise l'alb√Ętre qui contenait le parfum pr√©cieux, c'est-√†dire qu'elle rompt de sa main le col allong√© et fin du vase antique, dont elle ne voulait rien conserver, mais le consacrer tout entier √† Celui √† qui elle t√©moignait ainsi sa v√©n√©ration et son amour.

      - Le mot grec nard désigne à la fois le parfum précieux et la plante qui le produit, et qui est originaire des Indes.

      4 Le texte reçu porte (grec) : quelques-uns étaient s'indignant entre eux et disant.

      Les mots soulignés, empruntés à Matthieu, ne sont pas authentiques.

      5 Voir Matthieu 26.8,9, notes.

      Ce qui est ici propre à Marc, c'est d'abord (selon le vrai texte) le mot deux fois répété : ce parfum ; répétition qui nous fait, pour ainsi dire, entendre les murmures que quelques-uns des disciples échangeaient entre eux, à l'instigation de Judas. (Jean 12.4)

      Ensuite Marc se rencontre encore avec Jean dans l'indication du prix auquel on aurait pu vendre le parfum : trois cents deniers (environ 270 fr.).

      Judas ne craint pas d'estimer en chiffres l'amour de Marie, et, à ses yeux, il ne vaut pas trois cents deniers. Judas n'est pas le seul qui se montre positif jusqu'à ce point-là.

      Grec¬†: ils se f√Ęchaient, s'irritaient contre elle, et sans doute lui adressaient des reproches.

      9 Voir Matthieu 26.10-12, notes.

      Dans cette belle et touchante apologie que le Seigneur condescend à faire de l'action de Marie, il y a plusieurs traits importants qui appartiennent à Marc seul.

      Et d'abord, ces mots : (verset 7) quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien.

      Comme Matthieu se contente de mentionner les pauvres qui seront toujours là, on a vu, dans la réflexion ajoutée par Marc, une phrase superflue et qui trahit une tradition postérieure. Sans doute, à des hommes très intelligents, il suffisait pour repousser la réclamation de Judas en faveur des pauvres, de dire : "Ces pauvres, vous les aurez toujours ;" mais comme Jésus parlait à ses disciples qui n'entendaient pas les choses à demi-mot, l'application directe qu'il leur fait de sa pensée n'était point inutile.

      - Ensuite, c'est Marc seul qui a conservé cette parole : Ce qu'elle a pu, elle l'a fait.

      C'est le plus grand et le plus beau t√©moignage d'approbation que J√©sus puisse donner. Peu d'hommes l'ont m√©rit√©. Dans les circonstances tragiques o√Ļ cette pauvre femme agissait, elle e√Ľt sacrifi√© avec joie sa vie pour sauver la vie de J√©sus, et pour amener √† ses pieds tous ceux qui ne savaient pas encore l'aimer. Rien de tout cela n'√©tant en son pouvoir, elle a fait au moins le sacrifice de ce qu'elle avait de plus pr√©cieux pour lui t√©moigner devant tous sa v√©n√©ration et son amour.

      - C'est Marc enfin qui exprime d'une manière plus précise (verset 8) la pensée pleine de finesse et de profondeur qui se trouve aussi dans Matthieu : grec elle a anticipe de parfumer mon corps pour la sépulture.

      Ces paroles ne sauraient être, comme on l'a trop généralement admis, une simple interprétation bienveillante de l'action de Marie. Marie avait recueilli de tous les signes qu'elle observait, et en particulier des prédictions de Jésus sur sa mort, le pressentiment douloureux qu'elle le voyait à Béthanie pour la dernière fois peut-être ; et elle lui rendait, vivant, l'honneur qu'elle aurait voulu lui rendre après sa mort.

      - Il faut remarquer encore le contraste qu'il y a entre les paroles attristées du verset 8 et la déclaration triomphante du verset 9. La pensée de Marie s'arrête sur la mort et la sépulture de son Sauveur, et Jésus le constate. Mais, ajoute-t-il, en portant son regard sur les profondeurs de l'avenir, en tout endroit, dans le monde entier, le vase de parfum de cette humble femme répandra sa bonne odeur par la prédication et la lecture de l'Evangile.

      Le texte reçu efface ce contraste en omettant la particule mais. Ce même texte reproduit ici à tort l'expression de Mathieu : cet Evangile.

      - Cette parole pleine d'assurance confirme la prophétie précédente. (Marc 13.10)

      11 Voir Matthieu 26.14-16 notes.

      Tous les évangélistes, en parlant de Judas, s'accordent dans cette observation, qu'il était l'un des douze.

      Ce souvenir parait √™tre rest√© br√Ľlant dans leurs cŇďurs.

      - D'apr√®s Matthieu, Judas aurait re√ßu imm√©diatement le prix de sa trahison, trente pi√®ces d'argent. Marc et Luc se bornent √† dire qu'on lui en fit la promesse, et attirent toute l'attention sur l'horrible joie des principaux sacrificateurs, √† l'ou√Įe de la proposition du malheureux disciple. Judas et ces ministres de la religion se reverront bient√īt, et ce moment supr√™me mettra au jour le dernier degr√© de l'endurcissement dans des hommes qui se disaient les conducteurs du peuple. (Matthieu 27.3,4)

      12 12 √† 26 Le repas de la P√Ęque.

      Comparer Matthieu 26.17-30 ; Luc 22.7-23.

      Voir, sur les donn√©es relatives au jour de la P√Ęque, Matthieu 26.2,17, notes¬†; Luc 22.7, note.

      Marc d√©signe ici ce jour par deux expressions tr√®s pr√©cises. Le premier jour des pains sans levain, et quand on immolait la P√Ęque, termes sous lesquels aucun Isra√©lite ne pouvait comprendre autre chose que le 14 du mois de nisan, fix√© par toutes les prescriptions de la loi, et par l'usage invariable des Isra√©lites.

      Luc (Luc 22.7) est encore plus explicite¬†: "Le jour des pains sans levain dans lequel il fallait immoler la P√Ęque."

      Les synoptiques sont unanimes à placer le dernier repas de Jésus avec ses disciples au jour fixé par les prescriptions de la loi pour manger l'agneau pascal. (Exode 12.6 ; Lévitique 23.5 ; Nombres 9.2,3 ; 28.16 ; Josué 5.10)

      Quant à la différence qu'on trouve à ce sujet entre les trois premiers évangiles et le quatrième, voir Jean 13.1, note.

      15 Selon Matthieu, (Matthieu 26.18, notes) J√©sus envoie ses disciples directement vers le ma√ģtre de la maison o√Ļ il d√©sirait c√©l√©brer la P√Ęque.

      Les récits de Marc et de Luc sont plus explicites. D'abord, ils rapportent que Jésus désigna pour cette mission deux disciples, dont Luc (Luc 22.7) a même conservé les noms ; c'étaient Pierre et Jean. D'après eux encore, Jésus prédit aux deux disciples qu'ils rencontreront un homme portant une cruche d'eau, qui les conduira à la maison désignée. On a voulu voir dans ce détail un élément miraculeux inutile, qui trahirait l'origine postérieure de notre récit.

      Il est possible que J√©sus, par une science surnaturelle, conn√Ľt d'avance cette circonstance. Cela n'aurait rien d'√©tonnant de sa part. Ne voyait-il pas de loin l'√Ęnon attach√© √† Bethphag√©, (Marc 11.2) et Nathana√ęl sous son figuier¬†? (Jean 1.49¬†; comparez Marc 2.25)

      Mais il se pourrait aussi qu'il se f√Ľt entendu avec le ma√ģtre de maison, d√©j√† inform√© de ses intentions (voir ci-dessous), pour que celui-ci envoy√Ęt, √† une heure fix√©e, son serviteur puiser de l'eau.

      D'autre part, il faut ne s'être jamais rendu compte de la situation, pour trouver inutiles les précautions que prend Jésus, et le mystère dont il entoure cette mission des deux disciples.

      D√©j√† les chefs du peuple ont d√©cr√©t√© sa mort.¬†; (Jean 11.47-54) il ne pouvait plus entrer √† J√©rusalem sans le plus grand danger et pourtant il lui importait d'y c√©l√©brer la P√Ęque, de l√† ces pr√©cautions destin√©es surtout √† d√©rober √† Judas la connaissance du lieu o√Ļ l'on allait se r√©unir¬†; de l√† aussi le choix des deux disciples les plus s√Ľrs, Pierre et Jean. (Luc 22.8)

      - Les disciples doivent demander au ma√ģtre de la maison (selon le vrai texte)¬†: "O√Ļ est mon logis o√Ļ je mangerai la P√Ęque¬†?" Ce petit mot seul suffirait √† confirmer la supposition toute naturelle que ce ma√ģtre de maison √©tait un ami du Sauveur, et que, d'avance, J√©sus √©tait convenu avec lui de ce qu'il lui fait maintenant demander.

      18 Voir Matthieu 26.21, note.

      - Ces mots : qui mange avec moi, ne sont point encore destinés, comme ceux du verset 20, à désigner Judas, mais font ressortir la grandeur du crime de ce disciple et la profonde douleur que sa trahison causait à Jésus. (Jean 13.18)

      19 Matthieu 26.22, note.

      Le texte reçu avec A, D, la plupart des majuscules, ajoute, après : "Est-ce moi ?" ces mots et un autre : Estce moi ? qui manquent dans Sin., B, C. Ils peuvent être une réminiscence de Matthieu 26.25.

      20 Matthieu 26.23, note.

      Les mots¬†: qui trempe avec moi dans le plat d√©signent le tra√ģtre comme l'un des convives, mais ne signifient pas qu'au moment m√™me Judas plongeait son pain dans le plat, car, apr√®s la terrible r√©v√©lation que J√©sus venait de faire et qui remplit d'angoisse tous les disciples, il y eut s√Ľrement une interruption dans le repas.

      D'après Jean 13.26 et Matthieu 26.25 la désignation de Judas fut plus précise, cependant ses condisciples ne se rendirent pas compte de la trahison qu'il allait consommer. (Jean 13.28,29)

      21 Voir sur ces paroles Matthieu 26.24 note.
      22 Voir, sur les paroles de l'institution de la cène, Matthieu 26.26-29, notes.

      Le texte reçu porte ici : "Prenez, mangez."

      Ce dernier mot, authentique dans Matthieu, ne l'est pas dans Marc ; mais il est tout à fait conforme à la nature des choses d'admettre que Jésus l'a prononcé.

      23 Ils en burent tous. Ce mot dans Marc remplace et complète l'ordre donné par Jésus-Christ, selon Matthieu : Buvez-en tous.

      Ces paroles, tout en nous r√©v√©lant l'universalit√© et la richesse de la gr√Ęce de Dieu en J√©sus-Christ, ont aussi une r√©elle importance historique, en pr√©sence de l'audacieux m√©pris de cet ordre, dont une si grande partie de l'Eglise chr√©tienne se rend coupable.

      24 Ici, comme dans Matthieu, les mots : grec Ceci est mon sang de l'alliance, sont bien le vrai texte.

      Le texte reçu avec A et des majuscules porte : "mon sang de la nouvelle alliance." Expression importée du texte de Luc.

      - Ce mot de Marc¬†: r√©pandu pour plusieurs (grec vrai texte, en faveur ou √† la place de plusieurs), a au fond la m√™me signification que celui de Matthieu, qui ajoute¬†: "pour la r√©mission des p√©ch√©s¬†;" car, sans cette immense gr√Ęce de Dieu, sans le pardon des p√©ch√©s, dont la mort de J√©sus-Christ nous a ouvert la source, nul ne saurait dire dans quel sens son sang a √©t√© r√©pandu en notre faveur.

      25 voir Matthieu 26.29 note.
      26 voir Matthieu 26.30 notes.
      27 Gethsémanée.

      27 à 52 Entretien sur le chemin. L'agonie de Jésus. L'arrestation.

      Grec : Vous serez scandalisés. Le texte reçu ajoute : en moi, cette nuit.

      Ce dernier mot est authentique au verset 30.

      28 Voir, sur cette double prédiction, Matthieu 26.31,32 notes.
      30 Pierre a dit : Quand même tous, non pas moi, et le Seigneur lui répond : toi (omis à tort par le texte reçu), aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq ait chanté, et tout cela précédé de la solennelle affirmation : En vérité, je te dis !

      - Les quatre √©vang√©listes sont unanimes dans cette pr√©diction que Pierre reniera trois fois son Ma√ģtre avant que le coq ait chant√©, mais Marc seul ajoute¬†: "chant√© deux fois." (Comparer versets 68,72)

      Ce trait montre que le triple reniement de Pierre a pris un certain temps. C'est ce que confirme le récit de Luc. (Luc 22.59)

      31 Tel est le sens de la variante de Sin., B, C, D : lui (Pierre), parlait vivement, ou abondamment, ou excessivement, c'est-à-dire avec une extrême vivacité, avec la passion d'un homme ardent, qui se sentait froissé dans son orgueil par la prédiction du Sauveur.

      Le texte reçu a : il disait encore plus expressément.

      Le Seigneur avait dit¬†: (verset 27) Tous vous serez scandalis√©s. Et tous, entra√ģn√©s par la pr√©somption de Pierre, d√©mentent la parole du Ma√ģtre. (Voir, sur ce dialogue entre J√©sus et son disciple, Matthieu 26.32-35, notes.)

      32 Voir, sur ce récit, Matthieu 26.36-46, notes, et comparer : Luc 22.40-46.

      Nous ne relèverons ici que ce qui est particulier à Marc.

      33 Marc, comme Matthieu, se sert de deux termes pour essayer de peindre l'inexprimable douleur du Sauveur. Mais le premier de ces termes est beaucoup plus fort dans notre évangile. Il exprime l'étonnement extrême, la stupeur.

      Marc seul se sert de ce mot. (Marc 9.15 ; 16.5,6)

      La pensée de Matthieu nous est plus compréhensible ; mais qui peut sonder les profondeurs mystérieuses de la souffrance morale qu'éprouvait alors le Sauveur ?

      34 Matthieu ajoute : avec moi.

      Dans le vif sentiment de son isolement et de son angoisse, Jésus éprouve le besoin d'avoir au moins auprès de lui ces quelques amis, qui, hélas ! n'eurent pas même la force de veiller (verset 37) et le laissèrent tout à fait seul avec sa douleur et avec son Dieu.

      35 L'heure, l'heure supr√™me, fatale, est celle o√Ļ se d√©cide la destin√©e d'un homme, son bonheur ou son malheur, son existence¬†; et elle passe loin de lui quand elle s'√©coule sans lui apporter les maux qu'il en redoutait.

      Pour le Sauveur, cette heure c'était celle de Gethsémané et du Calvaire, mais surtout de Gethsémané.

      Le mot heure a ici la même signification que le mot coupe. (Marc 14.36 ; 10.38)

      Ce n'était pas la première fois que Jésus s'en servait pour désigner son grand sacrifice. (Jean 12.27)

      Il y avait longtemps qu'il connaissait cette heure et la voyait venir. (Jean 2.4 ; 7.30 ; 13.1 ; 17.1)

      36 La pensée de cette ardente supplication est la même que dans Matthieu, (Matthieu 26.39) mais toutes les expressions sont particulières à Marc.

      D'abord cette invocation de Dieu sous le doux nom de Père, conservé en araméen : Abba.

      C'est dans la langue maternelle qu'on exprime les sentiments les plus intimes et les plus profonds, surtout les sentiments religieux. Ce mot, propre √† la plupart des langues s√©mitiques, a s√Ľrement √©t√© form√© d'apr√®s le balbutiement du petit enfant. L'√©vang√©liste joint au mot h√©breu la traduction grecque, comme le fait l'ap√ītre Paul quand il emploie ce m√™me mot, peut-√™tre par une allusion au cri de J√©sus en Geths√©man√©. (Romains 8.15¬†; Galates 4.6)

      Ensuite Marc rend par cette affirmation : toutes choses te sont possibles, la pensée que Matthieu exprime en ces mots : s'il est possible.

      Il n'y a pas contradiction entre ces deux termes : savoir que tout est possible à Dieu est un grand encouragement dans la prière ; mais se convaincre aussi qu'il est des choses qui ne sont pas possibles à Dieu lui-même, si elles ne sont pas conformes à sa sagesse et à sa miséricorde, c'est un puissant motif de renoncer à ce que nous lui demandons.

      Enfin c'est Marc et Luc qui expriment la demande du Sauveur par ce terme énergique : détourne cette coupe !

      Chacun des trois évangélistes rend à sa manière cette expression de la profonde soumission du Sauveur à la volonté de son Père.

      Matthieu : non pas comme je veux, mais comme tu veux ;

      Luc : non ma volonté, mais la tienne se fasse :

      Marc : non ce que je veux, mais ce que tu veux.

      Il y a là des nuances qui portent avec elles leur instruction, et qui n'existeraient pas si, comme on le prétend, l'un des évangiles avait servi de source aux deux autres, ou s'ils avaient à leur base une même narration écrite.

      38 Voir Matthieu 26.40,41, notes.

      Selon notre évangile, Jésus donne à Pierre son ancien nom de Simon, comme toutes les fois qu'il l'avertit de sa faiblesse. (Jean 21.15)

      Combien cette exhortation à la vigilance, prononcée en un tel moment, est impressive !

      39 Matthieu (Matthieu 26.44) mentionne en ces termes la troisième prière de Jésus ; il avait auparavant (verset 42) rapporté les paroles que Jésus prononça dans sa seconde prière.

      Il ressort de notre verset 41 que, d'après Marc aussi, Jésus s'est éloigné trois fois de ses disciples pour prier.

      40 Voir, sur le sommeil des disciples, Matthieu 26.40, note.

      Marc le décrit avec plus de force : un poids irrésistible pesait sur leurs paupières ; et il ajoute ce dernier trait : ils ne savaient que lui répondre, c'est-à-dire, que répondre à Jésus qui leur reprochait leur manque de vigilance.

      Ces mots rappellent ceux du ch. 9 : 6 comme le sommeil des disciples en Gethsémané rappelle celui qui les accabla lors de la transfiguration.

      41 Marc est littéralement d'accord avec Matthieu, dans ces paroles qui ont été si diversement interprétées. Voir Matthieu 26.45, 1re note.
      42 Comparer Matthieu 26.45, 2e note.

      - Marc ajoute un terme que nous traduisons par : Il suffit ! et qui a singulièrement occupé la sagacité des interprètes.

      Le verbe grec est vague et comporte plusieurs sens.

      Les uns ont traduit : C'en est fait de mon angoisse, elle est passée, éloignée. D'autres : C'est fini, tout est accompli, voici le moment suprême de mon existence terrestre. Mais nous écartons toutes les significations de ce mot qui seraient une réflexion de Jésus sur lui-même ; il parle à ses disciples et pour eux.

      Apr√®s leur avoir dit avec une douloureuse ironie¬†: Dormez d√©sormais et vous reposez, il est saisi par tout ce qu'il y a de tragique dans la situation, et il s'√©crie avec une d√©cision h√©ro√Įque¬†: Mais non, il suffit¬†! c'est assez dormir¬†! l'heure est venue¬†! voici, le fils de l'homme est livr√©¬†! (Verbe au pr√©sent.) Levez-vous, allons¬†! voici, celui qui me livre s'approche¬†!

      Admirable relèvement, triomphe de la force divine en Jésus après toutes les angoisses et les défaillances de Gethsémané ! Quant aux causes de la souffrance morale du Sauveur, voir Matthieu 26.46, note.

      43 Voir, sur l'arrestation de Jésus en Gethsémané Matthieu 26.47-56 notes.

      Le récit de Marc est abrégé. Le texte reçu, avec A, C, D, ajoute "une grande foule :" texte conformé à celui de Matthieu.

      44 Un signe dont on √©tait convenu d'avance. Rien n'avait √©t√© n√©glig√© entre le tra√ģtre et ses complices. Emmenez-le s√Ľrement.

      Judas n'√©tait pas sans crainte qu'il n'y e√Ľt de la r√©sistance parmi les amis de J√©sus et de la part du peuple.

      45 Selon le texte re√ßu, Judas aurait r√©p√©t√© ce titre d'honneur, rabbi, rabbi, qui signifie ma√ģtre ou docteur et, selon l'√©tymologie h√©bra√Įque, grand en science, en honneur.

      Si la leçon ordinaire est authentique, cette répétition du même mot trahirait en Judas une anxiété, un embarras qui n'étaient que trop naturels, ou le désir de rendre à Jésus un hommage hypocrite.

      Mais la plupart des critiques, d'après Sin., B, C D, rejettent cette répétition.

      Ce verbe il le baisa, est composé, en grec, d'une particule indiquant que Judas aurait mis dans cette action une sorte d'empressement : "il le baisa avec effusion." Voir Matthieu 26.49, note.

      47 Voir Matthieu 26.51,52 notes, et comparez Jean 18.10,11 ; Luc 22.51.
      49 Matthieu 26.55,56, notes.

      Par les Ecritures, Jésus entend les prophéties relatives à ses souffrances et à sa mort. Il faut compléter cette phrase mais c'est afin que, en sous-entendant : "ceci m'arrive afin que..."

      51 Le texte reçu porte : "et des jeunes gens le saisirent ;" mais les mots soulignés n'étant pas authentiques, il ne reste que ceux-ci : ils le saisirent ou on le saisit.
      52 Cet incident extraordinaire, dont Marc a conservé le souvenir, a donné lieu à nombre de suppositions.

      D'o√Ļ pouvait venir ce jeune homme couvert simplement d'un drap ou d'un v√™tement de nuit en toile¬†?

      On a suppos√© que c'√©tait le fils de la maison o√Ļ J√©sus avait pass√© la derni√®re soir√©e avec ses disciples. Mais aurait-il travers√© les rues de J√©rusalem et la vall√©e du C√©dron dans ce l√©ger costume¬†!

      On a pensé avec plus de raison qu'il sortait de quelque maison de campagne voisine du jardin des Oliviers, ayant été réveillé par le bruit que faisait la foule. (verset 43)

      On a supposé encore, avec vraisemblance, que c'était un disciple de Jésus, comme parait l'indiquer l'intérêt avec lequel il le suivait.

      Enfin on s'est demandé qui pouvait être ce jeune disciple du Sauveur ; et, depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à nos jours, on n'a pas manqué de proposer des noms propres.

      Quelques ex√©g√®tes modernes (Olshausen, Lange, Holtzmann, Weiss) s'arr√™tent √† l'id√©e que c'√©tait Marc lui-m√™me. Simple hypoth√®se, mais qui r√©sout au moins cette autre question¬†: o√Ļ notre √©vang√©liste a-t-il puis√© la connaissance de ce fait, et quel int√©r√™t celui-ci pr√©sentait-il √† ses yeux¬†? Il aurait racont√© sa propre exp√©rience.

      53 Le procès

      14 :53 à 15 :1 Jésus devant les autorités juives.

      Voir, sur ce récit, Matthieu 26.57-68, notes, et comparez Luc 22.54 et suivants

      D'apr√®s les synoptiques, J√©sus est conduit directement chez le souverain sacrificateur, Ca√Įphe. Ils passent sous silence la comparution devant Anne. (Voir Jean 18.13, note.) C'est l√† que les trois classes d'hommes d√©sign√©es dans ce verset, et qui composaient le sanh√©drin ou conseil supr√™me s'assemblent, d√®s qu'ils sont avertis, pendant la nuit, que J√©sus venait d'√™tre arr√™t√© √† Geths√©man√©. B, A, et d'autres ajoutent un pronom au verbe s'assemblent.

      Les uns le traduisent par chez lui (le souverain sacrificateur)¬†; les autres par avec lui (J√©sus¬†: en ce sens qu'ils arrivent en m√™me temps que lui au palais de Ca√Įphe.) Cette le√ßon pourrait √™tre authentique en raison m√™me de sa difficult√©.

      54 Grec : près de la lumière, mot que Marc choisit à dessein pour faire comprendre que c'était un feu brillant, au moyen duquel Pierre put très bien être reconnu. (verset 66 et suivants)
      56 La particule car motive le fait que le conseil devait chercher encore un témoignage contre Jésus.

      La raison en était que plusieurs apportaient des dépositions, mais que ces dépositions n'étaient pas d'accord, ce qui les rendait nulles. (Deutéronome 17.6)

      Ce trait caractéristique de la procédure, que Marc seul a noté, prouve que chaque témoin était entendu en l'absence des autres. On voulait se donner au moins les apparences de la légalité.

      58 Ce témoignage, que Matthieu rapporte d'une manière plus simple, était l'écho lointain d'une parole profonde de Jésus, (Jean 2.19, note) qui, mal comprise, parait avoir laissé une impression durable dans l'esprit du peuple ; (Actes 6.14) il y voyait un blasphème contre le lieu saint.

      Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est l'espèce de commentaire dont le faux témoin accompagne cette parole, par le contraste qu'il établit entre un sanctuaire fait par la main des hommes et un autre qui ne sera pas fait par la main des hommes. (Grec : fait de main, non fait de main.)

      Dans le peuple, on comprenait la parole de Jésus comme la prophétie d'un culte plus spirituel que celui du temple ; même interprétée ainsi, elle paraissait un outrage contre ce dernier. Ce détail, du reste, est particulier à Marc. (Voir Matthieu 26.61, note.)

      60 Grec : s'étant levé (et avancé) au milieu (de la salle).

      D√©tail conserv√© par Marc, et qui montre la solennit√© ou plut√īt la passion que le souverain sacrificateur apportait dans la proc√©dure.

      61 Silence éloquent. L'imparfait : il gardait le silence, indique que Jésus persistait dans cette attitude malgré les efforts du souverain sacrificateur, l'aoriste : il ne répondit rien consigne le résultat final. (Comparer Matthieu 26.63 et 27 : 14, notes.)

      Grec : Toi es-tu le Messie, le Fils du Béni ?

      Ce dernier mot est un h√©bra√Įsme par lequel les Juifs d√©signaient avec d√©votion le Dieu digne de toute adoration. Par ce langage hypocrite et par cette question √† la fois solennelle et m√©prisante (toi), Ca√Įphe pr√©parait son auditoire √† trouver un blasph√®me dans la r√©ponse de J√©sus, si cette r√©ponse √©tait affirmative.

      (Voir, sur cette question, Matthieu 26.63, note.)

      62 Grec : Moi je le suis !

      Voir Matthieu 26.64, notes.

      Il faut remarquer qu'ici on ne trouve pas, comme dans Matthieu, le désormais vous verrez, ce qui rend la pensée plus simple et l'élève directement vers la Puissance divine et vers cette gloire dans laquelle le fils de l'homme viendra sur les nuées du ciel.

      63 Grec : ses tuniques.

      On sait que les riches en portaient deux de différente grandeur.

      64 Voir Matthieu 26.65, note.

      Grec : tous le condamnèrent être coupable de mort. (Matthieu 26.66, note ; comparez Marc 3.29 ; Matthieu 5.21,22)

      65 Ce mot : quelques-uns commencèrent, montre que ces horribles traitements furent le résultat immédiat de la condamnation de Jésus.

      Mais qui sont ces quelques-uns qui les lui infligent ? (Voir Matthieu 26.67, note.)

      D'apr√®s Matthieu et Marc, qui opposent ces quelques-uns au mot tous du verset pr√©c√®dent, il n'y a pas de doute que des membres du sanh√©drin n'aient pris part √† ces indignes outrages, car Marc fait une distinction entre ces hommes et les serviteurs, qui le re√ßurent √† coups de b√Ętons.

      Luc seul (Luc 22.63) parait tout attribuer à "ceux qui tenaient Jésus," c'est-à-dire aux soldats de la troupe. (Voir la note.)

      - Lui couvrir le visage n'avait d'autre but que de préparer cette injonction ironique : Prophétise ! Ce mot est expliqué par la parole que rapporte Matthieu : "Devine qui est celui qui t'a frappé."

      Le texte re√ßu dit¬†: les serviteurs (ou huissiers) lui donnaient des coups de b√Ęton. La variante admise d'apr√®s la plupart des majuscules, tout en exprimant la m√™me id√©e, nous apprend aussi que J√©sus fut √† ce moment livr√© aux serviteurs¬†; elle confirme par cons√©quent la pens√©e que les mauvais traitements d√©crits dans ce verset furent d'abord inflig√©s au Sauveur par les membres du sanh√©drin eux-m√™mes.

      67 Voir, sur le reniement de Pierre, Matthieu 26.69-75, notes, et comparez Luc 22.56-62.

      Marc décrit très vivement la scène. D'abord il remarque que Pierre était en bas dans la cour ; la salle du jugement était donc plus élevée. (Comparer Luc 22.61, note.)

      Puis il nous montre Pierre qui se chauffait au feu, (verset 54) et la servante du sacrificateur qui le voit et le considère attentivement avant de l'accuser.

      Enfin, Jésus est ici désigné comme Nazarénien au lieu de Galiléen.

      68 Grec : selon une variante de Sin., B, D : Ni je ne sais, ni je ne comprends ce que tu dis. (Matthieu 26.70, note.)

      La leçon reçue, qui unit moins étroitement les deux verbes, pourrait se traduire : "Je ne le connais pas et ne sais ce que tu dis." (Comparer verset 71)

      Vestibule ou cour extérieure.

      Matthieu parle de la porte qui y conduisait ; l'idée est la même.

      - Ce chant du coq fut le premier d'après Marc, qui en admet deux. (verset 30, notes, et verset 72)

      Ces mots et le coq chanta manquent dans Sin., B. Ils sont conservés par Tischendorf.

      69 Cette servante est la même qui avait déjà accusé Pierre, tandis que Matthieu dit que ce fut une autre, et que Luc attribue cette seconde accusation à un homme.

      (Voir, sur les différences relatives aux personnes qui adressent à Pierre ces questions, Luc 22.58, note.)

      Notre traduction est conforme au texte de A et de la plupart des majuscules Sin., C placent de nouveau après se mit à dire. B l'omet.

      70 Son accent galil√©en le faisait conna√ģtre. (Matthieu 26.73)

      Le texte reçu ajoute même ces mots : et ton langage ressemble au leur, par lesquels on a voulu introduire ici la pensée de Matthieu.

      71 Voir Matthieu 26.74, note.

      Grec : "il se mit à anathématiser," ou à prononcer des anathèmes (contre lui-même) et à jurer pour affirmer qu'il ne connaissait pas Jésus.

      Marc emploie les mêmes termes que Matthieu, mais il adoucit le second reniement, en ce qu'il y omet le serment.

      72 Voir verset 30, note.

      Il y a peu de mots de l'Evangile qui aient subi plus d'interprétations et de traductions diverses que celui que nous rendons par : en y pensant. C'est un de ces verbes grecs composés qui signifient à peu près tout ce qu'on veut, et dont le sens doit être déterminé par le contexte.

      Les anciens traducteurs (Bèze, Ostervald), pour se conformer à Matthieu et à Luc, disent : Et étant sorti promptement ou s'étant jeté dehors, il pleura.

      Luther, Calvin, Segond, Stapfer traduisent : il commença à pleurer.

      Cette version est conforme au texte de D qui substitue le verbe : il commença, au participe qui se lit dans les autres documents.

      L'Itala, la vulgate, les versions syriaques suivent ce texte.

      Quelquesuns proposent de traduire : s'étant couvert la tête de son manteau ; d'autres : ayant jeté les yeux sur Jésus, etc.

      Enfin, plusieurs interprètes et traducteurs éminents (Weiss, Holtzmann, les versions de Pau-Vevey, Rilliet, Ostervald révisé), rattachant cette parole à celle qui précède : Pierre se ressouvint, donnent à notre passage cette signification autorisée par la grammaire : et rentrant en luimême, ou en y réfléchissant, en y pensant, il pleurait.

      Cela veut dire que, dans la suite, quand cette pensée lui revenait à l'esprit, elle lui arrachait des larmes. Et, en effet, quelque sens qu'on donne au premier de ces deux verbes, il faut rejeter comme fausse toute traduction qui rend le second, comme on le fait si souvent, par un passé défini (il pleura), au lieu de cet imparfait, voulu par l'évangéliste, il pleurait.

      Dans tout son évangile, Marc emploie très fréquemment ce temps du verbe, qu'il ne confond jamais avec un autre, et par lequel il exprime la répétition, ou la durée, ou la permanence d'une action. Or, qu'il est touchant et vrai ce récit qui nous montre la douloureuse émotion de Pierre, sa profonde repentance, se manifestant par des larmes chaque fois qu'il se souvenait de ce moment tragique de sa vie !

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