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Matthieu 26

    • 1 Chapitre 26. La mort et la r√©surrection

      Le repas de Béthanie

      1 à 16 Délibération du Sanhédrin. Jésus à Béthanie. Judas le trahit.

      Tous ces discours sont ceux qui remplissent les ch. 24 et 25. (Comparer Matthieu 7.28 ; 11.1 ; 13.53 ; 19.1)

      Toutes les fois que Matthieu emploie cette formule de conclusion, c'est qu'il est arrivé au terme d'un cycle de discours que Jésus a prononcés en diverses occasions, mais que l'évangéliste a groupés, selon sa méthode.

      2 La P√Ęque (en h√©breu Pesach, en aram√©en Pasecha, c'est-√†-dire passage de l'ange exterminateur pour √©pargner les premiers-n√©s des Isra√©lites, Exode 12.14) √©tait la f√™te la plus solennelle du peuple juif¬†; il la c√©l√©brait annuellement en souvenir de sa d√©livrance de la captivit√© √©gyptienne.

      La f√™te commen√ßait le 14 du mois de nisan, apr√®s le coucher du soleil, et durait jusqu'au 21. Les Juifs la c√©l√©braient exactement selon les prescriptions que Mo√Įse avait donn√©es en l'instituant, et qui se lisent dans Exode 12.1 et suivants¬†; L√©vitique 23.5 et suivants

      - L'expression dans deux jours, qu'emploie ici le Sauveur, et qui se trouve aussi dans Marc, semble indiquer qu'on √©tait au mardi 12 du mois de nisan, puisque la f√™te commen√ßait le 14 au soir, moment o√Ļ l'on immolait l'agneau pascal. Quant √† la diff√©rence qui parait exister entre les synoptiques et Jean, voir Jean 13.1, note¬†; Marc 15.21, note.

      Quelle parfaite connaissance Jésus avait de tout ce qui allait se passer, et même du moment précis ! Les verbes au présent expriment la certitude de ces tragiques événements et montrent que pour Jésus ils étaient déjà actuels.

      Quant aux disciples, ils pouvaient en effet avoir connaissance des souffrances et de la mort de leur Ma√ģtre d'apr√®s Matthieu 20.18-19¬†; mais ils ne pouvaient pas savoir qu'elles auraient lieu √† la f√™te de P√Ęque, et J√©sus le leur apprend par ces paroles. Les mots¬†: vous savez se rapportent donc √† la proximit√© de la P√Ęque, non au crucifiement de J√©sus pendant la f√™te.

      3 Entre les sacrificateurs et les anciens le texte reçu place encore les scribes, mot qui n'est ici ni authentique ni nécessaire pour faire comprendre que l'évangéliste a en vue les diverses classes d'hommes qui composaient le sanhédrin. (Voir Matthieu 21.23, note.)

      Ils s'assemblent dans le palais du souverain sacrificateur. Il pourrait para√ģtre √©trange que Matthieu, parlant d'un homme si connu et occupant un poste si √©minent, se serve de ce terme¬†: nomm√© Ca√Įphe. C'est que Ca√Įphe √©tait un surnom, il s'appelait en r√©alit√© Joseph. (Jos√®phe, Antiq. XVIII, 2, 2.) Etabli dans sa charge vers l'an 18 par Valerius Gratus (15-26 apr√®s J.-C.), le pr√©d√©cesseur de Pilate, il ne fut destitu√© que par le successeur de celui-ci, Vitellius, en 36.

      4 Alors (verset 3) ils d√©lib√®rent de leur dessein meurtrier, pr√©cis√©ment au moment o√Ļ J√©sus annonce sa mort. (verset 2) Tragique co√Įncidence. Ils ne font qu'accomplir "les choses que la main et le conseil de Dieu ont auparavant d√©termin√©es.." (Actes 4.28)

      - Ils doivent agir par ruse, parce que Jésus se retirait pendant la nuit (Matthieu 26.6 ; Luc 21.37 ; Jean 11.57) et que, le jour, ses adversaires craignaient le peuple. (Luc 22.2) Jésus alla volontairement à la mort qu'il avait plusieurs fois prédite, (verset 2) mais il ne voulut rien faire pour l'occasionner ; il fallait que ses ennemis en portassent toute la responsabilité.

      5 Ils pouvaient craindre ce tumulte pendant la fête, à cause des immenses multitudes qui alors remplissaient Jérusalem, et parmi lesquelles il y avait un grand nombre d'amis de Jésus, surtout de la Galilée.

      Mais encore ici ces aveugles ennemis de la vérité devaient accomplir les desseins de Dieu, car leur plan fut changé par l'offre inattendue de Judas. (verset 14)

      6 Comparer Marc 14.3-9 ; Jean 12.18.

      - Matthieu et Marc, plus occupés du sens intime du touchant récit qui va suivre que de la chronologie, le placent à l'entrée de l'histoire de la Passion, à cause de son étroite relation avec les souffrances du Sauveur, dont il devait être la sainte inauguration. (verset 12 ; comparez Matthieu 21.1, note.)

      D'apr√®s Jean (Jean 12.1 et suivants) ce repas √† B√©thanie eut lieu six jours avant la P√Ęque, la veille de l'entr√©e solennelle √† J√©rusalem. Personne, en effet, ne conteste plus aujourd'hui que Jean et les deux premiers √©vangiles ne racontent le m√™me fait avec quelques l√©g√®res diff√©rences dans les d√©tails.

      Ainsi Jean ne dit pas que la scène se passe dans la maison de Simon le lépreux (homme inconnu du reste dans l'histoire, et qui probablement avait été guéri de la lèpre par Jésus), mais il ne dit nullement le contraire. Ce Simon pouvait être un parent ou un ami intime de Marthe et de Marie, et il n'y a rien d'étonnant dans le fait qu'elles sont présentes avec leur frère et qu'elles agissent comme étant chez elles.

      - Mais un autre trait de l'histoire évangélique qu'on a quelquefois confondu avec celui-ci, c'est l'histoire de la pécheresse, rapportée par Luc. (Luc 7.36 et suivants) Tout dans cette dernière est absolument différent : le temps, le lieu, les circonstances, les personnes, le sens moral et le but entier du récit. (Voir les notes.)

      7 Celle que Matthieu appelle simplement une femme, √©tait Marie, sŇďur de Lazare, (Jean 12.3) qui, ayant depuis longtemps ouvert toute son √Ęme √† la parole et √† l'amour du Sauveur, (Luc 10.39) saisit avec empressement cette derni√®re occasion de lui t√©moigner sa v√©n√©ration. Elle lui fait le sacrifice de ce qu'elle avait de plus grand prix, comme elle lui avait consacr√© son cŇďur et sa vie.

      En Orient, oindre ainsi la t√™te de quelque personnage √©minent qu'on recevait comme h√īte dans sa maison, √©tait un t√©moignage de la plus haute distinction dont on p√Ľt l'honorer.

      8 Cette perte ou cette inutile prodigalité.

      D'apr√®s Marc, ce furent quelques-uns (des disciples) qui firent entendre ces murmures. Selon le r√©cit de Jean, ce fut Judas qui, ob√©issant √† une basse cupidit√©, entra√ģna ainsi quelques autres disciples, dont le l√©galisme √©troit ne pouvait comprendre cet acte de d√©vouement et d'amour.

      9 Judas dit dans sa mauvaise humeur : cela (et non, selon le texte reçu, ce parfum) pouvait être vendu bien cher ; et d'après Marc et Jean, il indique même la somme à laquelle il l'estimait : 300 deniers.

      Mais Jean (Jean 12.6) nous révèle aussi le motif de son mécontentement. Il y a toujours dans le monde une certaine vue des choses d'après laquelle tout ce qui n'est pas matériellement utile, qui n'augmente pas le bien-être ou la possession, est une perte.

      10 J√©sus ressent, dans sa vive sympathie, la peine que ces murmures durent faire √† Marie¬†; et pour la justifier, il d√©clare bonne (grec belle), moralement excellente, l'Ňďuvre qu'elle vient de faire, par cela seul qu'elle proc√®de de la v√©n√©ration et de l'amour pour lui. Toute Ňďuvre, au contraire, qui n'a pas pour mobile ces sentiments du cŇďur, ne saurait √™tre bonne.
      11 Ces pauvres que vous avez toujours, parce que malheureusement cela est fondé dans la nature des choses en ce monde, "vous pouvez leur faire du bien, quand vous voudrez ;" (Marc 14.7) mais moi, ajoute Jésus avec tristesse, dans le sentiment de sa mort si prochaine, vous ne m'avez pas toujours.

      Et alors, quelle source de regrets pour ceux qui l'aiment de ne pouvoir rien faire pour lui témoigner personnellement cet amour !

      12 Grec : elle l'a fait pour m'ensevelir. C'est-à-dire que, comme on embaume un corps avant de l'ensevelir, elle a voulu rendre au vivant le même honneur qu'on rend aux morts. (Jean 19.40 ; Marc 16.1)

      On admet généralement que, par ces paroles, Jésus prête à Marie une pensée, une intention qu'elle n'avait pas, afin de donner plus de valeur à son action, et de la justifier entièrement aux yeux des disciples. Nous ne pouvons adopter cette interprétation.

      Elle donne aux paroles de J√©sus un sens qui ne serait pas enti√®rement vrai. Sans aucun doute, Marie, dans son √Ęme profonde et aimante, avait pressenti la mort prochaine du Ma√ģtre.

      Elle avait pénétré le sens des prédictions nombreuses que Jésus avait faites de cette mort, tandis que les disciples n'y avaient rien compris. Elle avait vu d'ailleurs la haine de ses adversaires grandir à la suite de la résurrection de son frère. (Jean 12.10)

      Et elle remarquait qu'il y avait dans la personne et dans les paroles de Jésus, pendant ce séjour à Béthanie, quelque chose de particulièrement sérieux et solennel.

      Il n'en fallait pas davantage pour faire na√ģtre dans l'√Ęme d'une Marie ce pressentiment douloureux auquel J√©sus donne une expression plus pr√©cise. Les paroles qu'il prononce durent √™tre d'ailleurs pour Marie une r√©v√©lation nouvelle, en m√™me temps qu'une pr√©cieuse approbation de ce qu'elle venait de faire

      13 Voir, sur ce pronom démonstratif cet Evangile, et sur la grande prophétie ici répétée qu'il sera prêché dans le monde entier Matthieu 24.14, note.

      En Dieu rien ne se perd, pas même "un verre d'eau froide" donné au nom du Sauveur, (Matthieu 10.42) combien moins une action faite avec l'amour d'une Marie. "De siècle en siècle s'accomplit cette prophétie remarquable du Seigneur et nous contribuons nous-mêmes à son accomplissement, en expliquant cette parole du Fils de Dieu." Olshausen.

      14 Comparer Marc 14.10,11 ; Luc 22.3-6.

      - On peut conclure de cet alors, avec la plupart des interprètes, que ce furent les paroles de Jésus prononcées au sujet de Marie qui irritèrent Judas et déterminèrent sa trahison. Et c'est sans doute par cette raison que Matthieu et Marc ont placé dans cet ordre le récit qui précède.

      - L'un des douze. Il y a un contraste tragique entre cette désignation et l'action ici racontée. (Comparer Matthieu 27.4, note.)

      15 Ainsi c'est Judas lui-même qui prend l'initiative de cet horrible marché.

      On a fait bien des suppositions sur les causes psychologiques et morales de la trahison de Judas et aussi sur les raisons qui pouvaient avoir déterminé le Sauveur à choisir ce disciple.

      Le plus simple et le plus vrai est de s'en tenir √† cet √©gard aux donn√©es de l'Evangile. Ce serait une erreur que de penser qu'il n'y avait en Judas, lorsqu'il fut appel√© √† l'apostolat, aucune des dispositions qui, avec le secours de la gr√Ęce, auraient pu faire de lui un vrai serviteur de J√©sus-Christ. Mais Judas avait laiss√© s'enraciner dans son cŇďur une passion qui, aliment√©e par un manque de droiture, le conduisit par degr√©s √† l'hypocrisie, √† l'injustice, au vol. (Jean 12.6)

      Malgr√© les avertissements r√©it√©r√©s du Sauveur (Matthieu 26.23,50¬†; Jean 13.18,26 etc.) Judas s'endurcit dans son p√©ch√© et joua avec une passion qui finit par livrer son √Ęme √† la puissance des t√©n√®bres, (Luc 22.3¬†; Jean 13.2,27) et par l'aveugler tout √† fait. Au reste, bien qu'il y ait un profond myst√®re dans la destin√©e de cet homme, (Jean 6.70¬†; 17.12) comme dans celle de toute √Ęme qui se perd, il faut ajouter que Judas ne pr√©voyait point alors le r√©sultat de sa trahison. Il pensait que le sanh√©drin se contenterait d'infliger √† J√©sus quelque peine l√©g√®re ou que celui-ci ferait usage de sa puissance pour √©chapper √† ses ennemis.

      Ce qui le prouve, c'est sa propre conduite apr√®s l'√©v√©nement, (Matthieu 27.3, note) mais cela prouve aussi que nul ne peut calculer d'avance les suites d'un p√©ch√© qu'il nourrit dans son cŇďur.

      Grec¬†: ils lui pes√®rent trente pi√®ces d'argent. Ce terme rappelle l'antique usage de peser l'argent ou l'or qui n'√©tait pas monnay√©. Il ne faut pas traduire¬†: ils lui promirent, car Judas re√ßut r√©ellement alors le prix de sa trahison, que bient√īt il voulut rendre. (Matthieu 27.3)

      Ces trente pièces d'argent qui étaient sans doute des sicles, équivalaient à environ cent francs de notre monnaie. C'était le plus bas prix d'un esclave. (Exode 21.32)

      Il est difficile de comprendre que Judas, pour prix d'une telle trahison, se soit contenté d'un si pauvre salaire ; et comme Matthieu seul indique le chiffre de cette valeur, la critique en a conclu que la tradition avait déterminé ce prix d'après la prophétie. (Zacharie 11.12 ; comparez Matthieu 27.9,10) Mais c'est là une pure supposition.

      Il ne faut pas oublier que Judas n'avait point prévu les terribles conséquences de son action, (Matthieu 27.3, note) et qu'ainsi, dans son aveuglement, il n'y attachait pas l'importance que les événements ont donnée à son crime.

      - Quoi qu'il en soit, cet argent avait été pris dans le trésor du temple, qui servait à acheter les victimes.

      Ainsi l'Agneau de Dieu dut √™tre pay√© par ce tr√©sor, o√Ļ cependant les trente pi√®ces d'argent ne rentr√®rent plus. (Matthieu 27.6) Tout a un sens dans ces solennels moments de la vie et de la mort du Sauveur.

      16 Pour le livrer, sans courir le danger de susciter quelque tumulte parmi le peuple. (versets 4,5. note.)
      17 Dernier repas de Jésus avec ses disciples

      17 √† 30 J√©sus c√©l√©bre la P√Ęque et institue la c√®ne.

      Comparer Marc 14.12-25 ; Luc 22.7-23.

      - C'est-√†-dire le premier jour de la f√™te o√Ļ l'on mangeait les pains sans levain. (Exode 12.18 et suivants¬†; Nombres 28.16 et suivants)

      C'est ainsi que les Juifs d√©signaient la P√Ęque. Ce premier jour √©tait le quatorze du mois de nisan. On pr√©parait alors l'agneau de P√Ęque et les pains sans levain, et la f√™te commen√ßait le m√™me jour √† six heures du soir, bien qu'elle f√Ľt fix√©e au lendemain quinze, de m√™me que le sabbat des Juifs commence le vendredi √† six heures du soir. L'apr√®s-midi du 14 nisan, avant le coucher du soleil, l'agneau pascal √©tait immol√© par les sacrificateurs dans les parvis du temple et c'est dans la soir√©e qu'on le mangeait. (Comparer verset 2, note.)

      Grec¬†: que nous te pr√©parions √† manger la P√Ęque. J√©sus est consid√©r√© comme le p√®re de famille, et les disciples, dans leur v√©n√©ration, lui parlent comme si cette pr√©paration ne concernait que lui.

      18 Les mots allez dans la ville supposent que cet entretien eut lieu à Béthanie.

      L'expression chez un tel est de l'évangéliste qui passe sous silence le nom de la personne que le Sauveur ne désigna qu'avec une sorte de mystère commandé par la situation. (Voir Marc 14.15, note.)

      C'était probablement un de ses disciples auquel il annonce ainsi sa mort prochaine : Mon temps est proche, et à qui il veut donner une marque particulière de son amour, en célébrant chez lui cette fête solennelle. Peut-être en était-il convenu d'avance avec lui ; de là la connaissance exacte qu'il avait de la chambre haute qui serait indiquée aux disciples. (Marc 14.15 ; Luc 22.12)

      D'après Luc, (Luc 22.7 et suivants) c'étaient Pierre et Jean que Jésus chargeait de cette mission, et auxquels il donna des indications plus précises, omises par Matthieu. (Comparer aussi Marc 14.13,14)

      Ce mot de J√©sus¬†: Mon temps est proche, ne peut pas signifier autre chose que le moment de sa mort, (Jean 13.1) et cette mention suffisait √† son disciple pour qu'il compr√ģt toute l'importance de la communication que J√©sus lui faisait et de la supr√™me demande que le Ma√ģtre mourant lui adressait.

      20 Le texte reçu, avec B, D, majuscules, omet le mot disciples.

      - Les Isra√©lites, √† l'origine, c√©l√©braient la P√Ęque debout, les reins ceints et le b√Ęton √† la main. (Exode 12.11) Dans la suite, l'usage pr√©valut de prendre ce repas assis √† table, ou plut√īt, selon le sens du mot original, √† demi couch√© sur le c√īt√©. (Luc 7.38 note, Jean 13.23, note.)

      Les convives devaient être au moins dix, car l'agneau devait être entièrement mangé. (Exode 12.4,10)

      21 Le but du Sauveur, en prononçant cette terrible révélation, était de montrer à Judas qu'il connaissait fort bien son dessein, de réveiller si possible sa conscience, et ainsi de le détourner encore de son crime à la dernière heure. Mais à quel moment est-ce que Jésus lui donna cet avertissement ?

      Matthieu dit ici¬†: comme ils mangeaient, c'est-√†-dire pendant le repas de la P√Ęque et avant l'institution de la c√®ne. (verset 26) Selon Luc (Luc 22.21) cet incident aurait eu lieu apr√®s la c√©l√©bration de la communion, √† laquelle Judas aurait ainsi pris part. Tout porte √† croire que la relation de Matthieu et de Marc est la plus exacte. On ne con√ßoit pas que J√©sus p√Ľt, apr√®s le moment intime et solennel de la c√®ne, soulever ce triste incident qui porta le trouble dans tous les cŇďurs, (verset 22) ni qu'il e√Ľt admis Judas √† prendre part √† la c√®ne, au moment o√Ļ il lui reprochait son crime.

      D'ailleurs cette r√©v√©lation de la trahison de Judas est √©videmment identique √† celle que rapporte Jean (Jean 13.21 et suivants) avec quelques circonstances diff√©rentes¬†; or, cet √©vang√©liste dit positivement (Jean 13.27) que le tra√ģtre sortit imm√©diatement apr√®s. Donc il n'√©tait plus pr√©sent au moment de la c√®ne. (Voir Luc 22.21, note.)

      22 Grec : je ne le suis pas, Seigneur ? ou ce n'est pourtant pas moi ?

      La question suppose une réponse négative. L'horreur que leur inspire le crime révélé par le Sauveur leur fait éprouver le besoin d'entendre de sa bouche l'assurance qu'ils en sont innocents.

      23 Jésus donne encore ici, par ménagement pour Judas, une réponse vague que, d'après Jean, il précisa ensuite davantage. (Jean 13.18,26)

      - Les Isra√©lites mangeaient, avec l'agneau de P√Ęque, un plat compos√© de dattes, de figues, etc., appel√© charoset et ayant la couleur des briques, en souvenir de celles d'Egypte. Ils plongeaient dans cette sauce le pain et les herbes am√®res. Il parait que Judas, assis pr√®s du Sauveur, venait de faire en m√™me temps que lui ce mouvement de la main.

      24 Il s'en va, c'est ainsi que le Seigneur désigne son départ de ce monde et son retour auprès du Père, mais en passant par la mort. (Jean 7.33 ; 8.21) Toutefois ce grand événement ne dépendait pas de la trahison de Judas ; celui-ci ne fait que contribuer à l'accomplissement d'un plan divin, écrit dès longtemps dans la prophétie. (Comparer Actes 2.23)

      La vie est un don de Dieu, mais l'homme est responsable de l'usage qu'il en fait, si elle devient pour lui un mal, il ne peut l'attribuer qu'√† sa faute¬†: tel n'√©tait pas le dessein de Dieu. En pr√©sence de la perdition d'une √Ęme, cette parole de J√©sus est d'une redoutable et myst√©rieuse v√©rit√©, mais dans les grandes afflictions de la vie pr√©sente, c'est par erreur que l'homme arrive quelquefois √† consid√©rer le don de l'existence comme un malheur. (Job 3.2 et suivants J√©r√©mie 20.14 et suivants)

      25 Tu l'as dit, h√©bra√Įsme qui signifie¬†: Oui, c'est toi. (verset 64)

      Matthieu seul rapporte ce dialogue. Judas, ajoutant l'hypocrisie à son crime, répète encore une fois, en se l'appliquant avec une feinte innocence, la question des disciples. (verset 22)

      L'insolence du tra√ģtre d√©passe toutes les bornes. Mais cet entretien eut lieu probablement √† voix basse, J√©sus ne voulant pas m√™me alors rendre tout retour impossible √† ce malheureux disciple, en le d√©voilant directement aux autres. Ceux-ci en effet, ignoraient ses intentions criminelles. (Jean 13.28,29)

      26 Le repas pascal comprenait, d'après les rabbins, les actes suivants :

      1¬į Le p√®re de famille rendait gr√Ęce pour le vin et pour la f√™te, et mettait en circulation une premi√®re coupe.

      2¬į On apportait une table charg√©e d'herbes am√®res, tremp√©es dans du vinaigre et de l'eau sal√©e, des pains sans levain, de l'agneau r√īti et de la sauce appel√©e charoset. (verset 23, note.) Apr√®s avoir prononc√© une formule de b√©n√©diction, le p√®re de famille prenait quelques herbes am√®res, les trempait dans la sauce et les mangeait¬†; les autres convives suivaient son exemple. Sur une question du fils a√ģn√©, le p√®re indiquait la signification de ce festin et de tous les plats qui le composaient. On chantait les Psaumes Psaumes 113 et Psaumes 114. La seconde coupe circulait.

      3¬į Le p√®re, apr√®s une ablution de ses mains, prenait deux pains, en rompait un, et en pla√ßait les morceaux sur l'autre, pronon√ßait une b√©n√©diction, puis enveloppait l'un des morceaux d'herbes am√®res, le trempait dans la sauce et le mangeait avec un morceau de l'agneau. C'√©tait le signal du repas proprement dit, qui se prolongeait au gr√© des convives. La conversation √©tait libre. Le p√®re de famille mangeait le dernier morceau de l'agneau, se lavait les mains et distribuait la troisi√®me coupe, appel√©e "coupe de b√©n√©diction."

      4¬į On chantait les Psaumes Psaumes 115 √† Psaumes 118 et une quatri√®me coupe circulait. (Comparer E. Stapfer, La Palestine, p. 425.)

      Ces mots¬†: comme ils mangeaient, d√©signent, aussi bien qu'au verset 21, le moment plus libre du repas qui suivait la c√©l√©bration c√©r√©monielle de la P√Ęque.

      Luc et Paul (Luc 22.20¬†; 1Corinthiens 11.25) disent que J√©sus donna la coupe apr√®s le souper. Ils entendent sans doute la troisi√®me coupe et c'est pour cela que l'ap√ītre l'appelle "la coupe de b√©n√©diction." (1Corinthiens 10.16)

      Le texte reçu dit : "Jésus prit le pain." L'article (le) n'est pas authentique. Il ne s'agit point d'un pain spécial destiné à la cène, mais d'un quelconque des pains qui se trouvaient sur la table.

      - Au lieu des mots¬†: ayant prononc√© une b√©n√©diction (grec ayant b√©ni), plusieurs manuscrits portent¬†: ayant rendu gr√Ęce, comme au verset 27. C'est aussi le terme employ√© par Luc et par Paul. (1Corinthiens 11.24)

      L'usage de rendre gr√Ęce avant la c√®ne se conserva dans l'Eglise¬†; de l√† est venu le nom d'eucharistie (action de gr√Ęce), par lequel on d√©signait la communion. Dans la c√©l√©bration de la P√Ęque, le p√®re de famille, en prenant le pain, disait¬†: "B√©ni soit celui qui produit le pain du sein de la terre." On a quelquefois pens√© que ce fut par ces paroles que J√©sus b√©nit le pain. Cela n'est pas probable. Il exprima sans doute du fond de son cŇďur des sentiments nouveaux, conformes √† la gr√Ęce nouvelle qu'il communiquait.

      - Ce pain, il le rompit¬†; action symbolique, comme tous les traits de cette institution¬†; elle indiquait que le corps du Sauveur allait √™tre rompu, bris√© par la souffrance et par la mort. Le m√™me usage symbolique se conserva dans l'Eglise apostolique, o√Ļ la c√®ne s'appelait la "fraction du pain." (Actes 2.42)

      L'emploi d'une hostie a donc été plus tard une dérogation à la vérité de ce symbole.

      Ceci désigne simplement le pain que Jésus tenait dans sa main et distribuait aux disciples. Le mot est, sur lequel on a tant discuté, n'était point exprimé dans la langue que le Sauveur parlait (l'araméen).

      En disant : mon corps "donné pour vous" (Luc 22.19) et ensuite : mon sang "répandu pour la rémission des péchés," Jésus désignait à ses disciples sa personne, sa vie, qu'il allait livrer comme rançon pour plusieurs. (Matthieu 20.28)

      Comme Jésus était présent et vivant au milieu d'eux, en prononçant ces paroles, il est évident qu'il ne pouvait pas matériellement leur donner son corps à manger et son sang à boire, et qu'ainsi ces paroles étaient prononcées dans un sens symbolique.

      Mais sous ce symbole il y avait une profonde réalité. Jésus ne montre pas seulement à ses disciples les signes sacrés de son corps et de son sang, mais il dit : Prenez, mangez. Or, cela aussi est symbolique ; c'est l'acte d'une appropriation intérieure et personnelle de toute l'efficace du sacrifice qui allait s'accomplir par la mort du Sauveur ; de sorte que celui qui fait cet acte par une foi vivante en lui, entre dans la communion réelle du corps et du sang de Christ. (1Corinthiens 10.16)

      Mais ce Christ, "livré à cause de nos offenses," est aussi "ressuscité à cause de notre justification ;" (Romains 4.25) il est vivant, glorifié, et à celui qui fait une vraie communion avec lui, il se donne avec toute l'efficace de sa mort et toute la réalité de sa vie. (Jean 6.51-58) Nous trouvons donc dans la cène du Seigneur, comme dans tout l'Evangile :

      1¬į Christ "pour nous," sa mort expiatoire, son sacrifice repr√©sent√©, offert √† l'homme p√©cheur¬†;

      2¬į Christ "en nous," c'est-√†-dire se donnant, s'unissant √† nous, devenant la nourriture, la force, la vie de notre √Ęme, aussi r√©ellement que le pain et le vin deviennent la nourriture, la force, la vie du corps.

      Toutes les communions chrétiennes sont d'accord sur cette signification essentielle de la cène, elles diffèrent sur le "comment" de la présence de Christ et de sa communication aux fidèles. Or ce "comment" est un mystère dont l'intelligence n'est point nécessaire à l'édification.

      27 Matthieu (selon le vrai texte) et Marc disent¬†: une coupe, une de celles qui se trouvaient sur la table¬†; Luc et Paul √©crivent¬†: la coupe, d'o√Ļ l'on a conclu qu'il s'agissait de l'une de celles qui circulaient pendant le repas de la P√Ęque. (Comparer verset 26, premi√®re note.)

      - Rendre gr√Ęces n'a pas un sens diff√©rent du mot b√©nir ou prononcer une b√©n√©diction. (verset 26) Il s'agit d'une pri√®re ou d'un chant d'adoration et de reconnaissance. Les mots¬†: "buvez-en tous," sont d'autant plus frappants que rien en apparence ne les rendait n√©cessaires. J√©sus n'a pas fait la m√™me recommandation √† propos du pain. Marc rel√®ve cette circonstance en disant¬†: "et ils en burent tous."

      - "Ainsi a parlé l'Ecriture, prévoyant (Galates 3.8) ce que ferait Rome." Bengel.

      28 Ces paroles motivent (car) l'ordre de Jésus donné à tous. (verset 28)

      - Ceci désigne la coupe ou le vin qui y est renfermé. Ce vin est le symbole du sang de Jésus qui allait être répandu.

      Dans Matthieu et Marc, selon le vrai texte littéralement traduit, Jésus dit : Ceci est mon sang de l'alliance ; le texte reçu porte "de la nouvelle alliance."

      Cette variante est assez fortement documentée dans Matthieu surtout (A, C, D, les versions.). Mais elle parait provenir de l'intention de donner à la parole eucharistique dans les deux premiers évangiles la même forme que dans Luc et dans Paul. Il est donc probable qu'il faut la rejeter, et la parole de Jésus est dès lors exactement conforme à la déclaration de Moise : "Voici le sang de l'Alliance que l'Eternel a traitée avec nous." (Exode 24.8)

      Seulement J√©sus, par ce mot mon sang, substitue son propre sang √† celui de la victime, que r√©pandait Mo√Įse, comme, par la co√Įncidence de la P√Ęque et de la c√®ne, il substitue √† l'agneau pascal le vrai "agneau de Dieu qui √īte les p√©ch√©s du monde."

      J√©sus scelle ainsi de son sang, c'est-√†-dire par sa mort, la vraie alliance de la gr√Ęce entre Dieu et l'homme, dont l'alliance ancienne n'√©tait que l'image. De l√† est venu le terme de nouvelle alliance qui se trouve dans Luc et Paul, d'o√Ļ il a pass√© dans le texte re√ßu de Matthieu et Marc. (Voir sur les autres diff√©rences entre Matthieu et Marc d'une part, et Luc et Paul de l'autre, Luc 22.19,20¬†; 1Corinthiens 11.23-25, notes.)

      Ces paroles expliquent comment et pourquoi le sang de Jésus est devenu le sang de l'alliance : c'est qu'il est répandu pour la rémission des péchés. Ainsi, la mort expiatoire du Sauveur est la cause objective du pardon, et la foi en est la cause subjective dans le communiant.

      De là peut-être ce mot pour plusieurs, qui limite aux croyants l'efficace du sacrifice de la croix, tandis que dans l'intention de Dieu il a eu lieu pour tous. (1Jean 2.2)

      Nous avons ainsi dans ces paroles prononcées par le Seigneur lui-même une déclaration authentique et irrécusable sur la signification et le but de sa mort expiatoire, dont le premier fruit est le pardon de nos péchés, et dont le croyant reçoit toujours de nouveau le sceau et l'assurance dans la cène.

      - Ce qui remplissait l'√Ęme de J√©sus dans ce moment solennel o√Ļ il instituait la c√®ne, c'est l'immense amour qui le poussait √† se livrer √† la mort pour ses rachet√©s. C'est aussi le gage et le souvenir de cet amour qu'il l√®gue en mourant √† son Eglise de tous les temps, en disant¬†: "Faites ceci en souvenir de moi.." (1Corinthiens 11.24,25) Le sentiment de cet amour de J√©sus doit dominer toute autre pens√©e dans chaque c√©l√©bration de la c√®ne.

      29 La tristesse de la séparation s'exprime dans ces paroles, qui renferment en même temps une consolante promesse.

      D√©sormais il ne c√©l√©brera plus avec eux ni la P√Ęque, ni la c√®ne, au moyen de ce produit de la vigne. Mais il √©l√®ve leurs pens√©es vers les temps de la perfection, o√Ļ, dans le royaume de son P√®re, il fera communion avec eux d'une mani√®re plus intime encore.

      Alors "toutes choses auront été faites nouvelles" et les éternelles réalités que nous présente la cène, le pardon, l'union avec Christ, l'amour, la vie, auront atteint la perfection.

      C'est l√† ce qu'indique le mot¬†: nouveau qui caract√©rise cette promesse. Ainsi la c√®ne, c√©l√©br√©e sur la terre, est un gage, un avant-go√Ľt de celle que l'Eglise glorifi√©e c√©l√©brera dans les cieux avec son divin chef.

      30 On chantait, apr√®s la c√©l√©bration de la P√Ęque, les Psaumes 115 √† Psaumes 118, que les Juifs appelaient le grand hallel (louange). Ce chant √©tait une sorte de r√©citatif, tel qu'on l'entend encore dans quelques synagogues, et auquel se pr√™tent admirablement les psaumes h√©breux.

      C'est-√†-dire au pied de cette montagne, dans la vall√©e de C√©dron, o√Ļ se trouvait le jardin de Geths√©man√©.

      31 31 à 56 Gethsémané.

      Comparer Marc 14.26-52 ; Luc 22.31-53.

      - Grec : Tous, vous serez scandalisés en moi...Tous !

      Ce mot, expressément placé en tête de la phrase, dut faire sur les disciples une impression profonde. (verset 33)

      - Sur ce mot être scandalisé, voir Matthieu 11.6, note ; comparez Matthieu 5.29, note.

      D'après Luc 22.31 et suivants, Jean 13.36 et suivants, cet entretien eut lieu encore dans la chambre haute.

      Zacharie 13.7, librement cité et appliqué par Jésus à la mort qu'il allait souffrir, et à ses disciples qui seraient dispersés comme des brebis n'ayant plus de berger.

      32 Après une parole si propre à attrister les disciples, (verset 31) Jésus en prononce une autre qui les aurait remplis de consolation et de courage s'ils l'avaient comprise.

      La Galil√©e avait √©t√© le principal th√©√Ętre du minist√®re de J√©sus, c'√©tait la patrie des disciples, o√Ļ ils comptaient retourner apr√®s la f√™te qu'ils √©taient venus c√©l√©brer √† J√©rusalem, et c'est l√† que J√©sus leur promet de les r√©unir apr√®s leur dispersion.

      C'est comme s'il leur avait dit : "Avant même que vous soyez retournés en Galilée, je serai ressuscité et je vous y précéderai." Cette promesse fut en effet accomplie. (Matthieu 28.16 ; Jean 21.1 ; 1Corinthiens 15.6)

      33 Grec : Si tous se scandalisent en toi, moi, je ne me scandaliserai jamais.

      - Le Seigneur vient de dire : Tous. Pierre répond : Si tous, moi jamais.

      Le texte re√ßu lui faisait dire¬†: Si m√™me tous. Sa pens√©e est bien assez absolue sans ce mot non authentique. Il √©tait sinc√®re, plein de courage et d'amour pour son Ma√ģtre, en parlant ainsi¬†; mais il ne songe pas √† sa faiblesse. Plus il s'√©l√®ve au-dessus de ses condisciples, plus sa chute sera profonde.

      34 Pierre dit : jamais.

      Jésus répond : cette nuit même, avec cette affirmation solennelle : En vérité. Il indique même à son disciple le temps précis que les anciens appelaient : le chant du coq, c'est-à-dire la troisième veille de la nuit, entre minuit et trois heures, vers le point du jour. (Comparer versets 74,75)

      35 Pierre porte son assurance jusqu'√† se croire pr√™t √† mourir, sans s'apercevoir qu'il contredit formellement son Ma√ģtre. Il m√©prise son avertissement deux fois r√©p√©t√©, et entra√ģne ses condisciples (tous) dans sa pr√©somption. J√©sus lui laisse le dernier mot et se contente de prier pour lui. (Luc 22.32)

      Ce que le disciple n'a pas voulu croire, il devra l'apprendre par une amère expérience.

      36 D'après les plus anciens manuscrits Gethsemanei ; ce nom correspond très probablement à l'hébreu Gath-schemen qui signifie pressoir à l'huile.

      C'était un enclos situé au pied du mont des Oliviers au delà du Cédron et de la vallée de Josaphat, au fond de laquelle coulait ce torrent, à très peu de distance de Jérusalem.

      Matthieu dit que Jésus s'y rend, reprenant ainsi son récit, (verset 30) interrompu par les entretiens qui ont eu lieu en chemin entre Jésus et ses disciples.

      Le Sauveur ne parle encore à tous ses disciples que de sa prière : il leur tait ses combats, son amère souffrance.

      "Il les épargne et a égard à leur infirmité." Calvin.

      Il les conduit ainsi par degrés, avec une sagesse pleine d'amour, sur le chemin de la croix.

      37 Jacques et Jean. Ces trois disciples furent les témoins de ce qu'il y eut de plus intime, de plus mystérieux, dans la vie du Sauveur. (Matthieu 17.1 ; Luc 8.51)

      Grec : A être attristé et angoissé. Il y a progression de l'un à l'autre de ces deux mots, dont le dernier désigne cette souffrance morale causée par l'agitation intérieure, le découragement, en un mot l'angoisse.

      38 Maintenant que J√©sus est seul avec ses trois disciples les plus intimes, il leur fait part avec confiance de ce qui se passe en lui. C'est dans son √Ęme qu'il souffre, sa douleur est exclusivement morale¬†; mais sa tristesse est si profonde, qu'elle va jusqu'√† la mort, c'est-√†-dire qu'il √©prouve la douleur et l'angoisse de celui qui lutte avec la mort, qui est √† l'agonie. (Luc 22.44)

      "Dans les grandes tentations, on aime à être seul, mais cependant à avoir des amis à sa portée." Bengel.

      Jésus demande à ses disciples de veiller, non de prier avec lui, bien qu'ils dussent prier pour eux-mêmes, (verset 41) mais même ce qu'il leur demande, il ne peut l'obtenir d'eux. (verset 40) Dans son dernier combat, le Médiateur dut souffrir seul, (Jean 16.32) et cela aussi contribua à rendre sa coupe plus amère.

      39 Grec : Il tomba sur son visage.

      "Sur son visage, non seulement sur ses genoux : abaissement suprême !" Bengel.

      Malgré sa terrible souffrance, Jésus conserve toute sa communion de confiance et d'amour avec Dieu ; mon Père. (Quelques manuscrits et des Pères omettent mon.)

      Les mots : s'il est possible, ne doivent s'entendre que d'une possibilité morale : si cela est compatible avec le dessein de ta miséricorde pour le salut du monde, si l'humanité déchue peut être sauvée sans ce moyen de la croix.

      - La coupe, image très fréquente dans les Ecritures, (Matthieu 20.22, note) exprime ici l'immense sacrifice, les souffrances, la mort du Sauveur, avec toutes les craintes qu'il en éprouvait dans ce moment. (Comparer verset 46, note.) Ces paroles de Jésus ne sont point seulement une plainte, un cri de douleur, mais une véritable prière, une ardente supplication.

      Jésus a prié ; mais il fait immédiatement à Dieu le sacrifice de toute sa volonté. (Jean 6.38 ; comparez Matthieu 12.27) En ceci, comme dans toute sa vie, Jésus est à la fois notre Sauveur et notre modèle ; car, comme c'est surtout dans la volonté de l'homme que réside le péché, cette volonté devait être offerte en sacrifice à la volonté souveraine de Dieu.

      Ce sacrifice J√©sus l'a fait comme repr√©sentant de notre humanit√©. Il est de plus notre mod√®le dans toutes nos √©preuves, car nous aussi, nous pouvons demander √† Dieu de nous en √©pargner l'amertume, pourvu qu'il nous accorde la gr√Ęce de renoncer √† toute volont√© propre, ce qui est l'essentiel du sacrifice et d√©j√† une victoire.

      40 Ce sommeil des trois disciples, dans un tel moment, ne s'explique que comme celui dont il est parlé dans Luc 9.32. Il est un degré de joie ou de tristesse que la nature humaine ne peut supporter sans en être accablée.

      Aussi Luc (Luc 22.45) observe-t-il expressément qu'ils étaient "endormis de tristesse." Cependant les disciples restaient responsables de cet abattement, puisque Jésus leur en fait un reproche.

      - Ces verbes au présent : il vient, il les trouve, aussi bien que le mot et trois fois répété, rendent très vivement cette scène et le douloureux étonnement que Jésus éprouve et qu'il va exprimer lui-même.

      C'est à Pierre que Jésus adresse avec tristesse ce reproche ; n'est-ce pas lui qui avait fait les plus grandes protestations de fidélité ?

      41 Comparer Matthieu 6.13, note. Il y a dans toute grande épreuve une tentation, un danger moral qui ne peut être écarté que par la vigilance et la prière.

      C'est l√† une sentence g√©n√©rale que J√©sus applique √† la position actuelle des disciples. L'esprit, ou ce que Paul appelle "l'homme int√©rieur," (Romains 7.22) la facult√© spirituelle et morale, est prompt, ou, comme d'autres traduisent, plein de courage, d'ardeur¬†; mais la chair, la nature inf√©rieure, sensuelle de l'homme, est faible, n'a aucun moyen de r√©sister √† la tentation, conspire plut√īt avec elle. (Romains 7.18-25)

      Pierre, √† qui s'adressent ces paroles, en fera bient√īt la plus triste exp√©rience.

      42 Le texte reçu porte comme au verset 39 : loin de moi.

      - Il y a, entre la première et la seconde prière de Jésus, une différence notable : il parait admettre maintenant qu'il n'est pas possible ; la volonté divine pénètre, domine plus complètement la volonté humaine ; et nous pressentons que dans le troisième combat (verset 44) la victoire sera complète.

      43 verset 40, note.
      44 La même parole peut être prononcée avec un sentiment très différent. Cette triple reprise dans la prière, dont Matthieu seul nous a conservé le récit complet, montre combien le combat du Médiateur fut prolongé et terrible. (Comparer Luc 22.43)

      L'ap√ītre Paul nous d√©crit une exp√©rience analogue de sa vie. (2Corinthiens 12.8)

      45 Grec : Dormez le reste (du temps) ou désormais, et reposez-vous.

      Ces paroles ont été très diversement interprétées. Traduites par l'impératif, elles peuvent exprimer une douloureuse ironie, ou avoir le sens d'une permission, comme si Jésus disait : "Il est trop tard, je n'ai plus besoin de vous, vous pouvez dormir."

      Cette dernière interprétation est en contradiction avec les paroles qui suivent dans ce verset même. D'autres, rendant ces verbes par l'indicatif, traduisent : Vous dormez encore ! Mais, bien qu'à la rigueur on puisse adopter l'indicatif, le mot grec que nous traduisons par désormais ne peut pas signifier encore.

      La même objection s'oppose à l'idée de ceux qui ont voulu rendre cette phrase par une question : Dormez-vous encore ? qui se rapprocherait de l'expression toute différente employée par Luc : (Luc 22.46) "Pourquoi dormez-vous ?" Il ne reste donc, pour expliquer le texte de Matthieu, qu'à admettre, avec les meilleurs interprètes, depuis Calvin jusqu'à nos jours, la première signification donnée à ces paroles.

      On a object√© que l'ironie n'√©tait pas en harmonie avec les sentiments qui remplissaient l'√Ęme de J√©sus. C'est une erreur. Cette forme de langage peut exprimer une profonde tristesse et une vive douleur sans aucune amertume ni aucune d√©rision.

      D'ailleurs l'ironie est dans la situation beaucoup plus que dans les paroles. J√©sus a demand√© √† ses disciples de veiller avec lui¬†; (verset 38) il leur a reproch√© leur assoupissement, (verset 40) il les a exhort√©s en vue de la tentation qui les mena√ßait¬†; (verset 41) et pendant que leur Ma√ģtre souffre et prie, ils dorment¬†! Les ennemis s'approchent, et ils dorment¬†!

      L'heure ! l'heure suprême décisive. (Comparer Jean 17.1)

      - Le fils de l'homme (Matthieu 8.20, note) est livré ! verbe au présent comme si Jésus était déjà entre les mains des pécheurs.

      Par ces pécheurs, les uns entendent les membres du sanhédrin, ou, en général, les Juifs qui vont rejeter leur Sauveur ; d'autres, les Romains, qui le mettront à mort. Pourquoi ne pas appliquer ce mot aux uns et aux autres ?

      46 Quel contraste entre ces vives paroles, qui signalent un péril imminent, et le sommeil des disciples ! Maintenant le Sauveur, relevé de son abattement, s'avance plein de calme et de courage au-devant de ses ennemis.

      - Au terme de ce r√©cit, nous devons nous demander quelles ont √©t√© dans l'√Ęme de J√©sus les causes de cette souffrance cruelle qu'il a endur√©e. Il faut bien avouer que cette question nous met en pr√©sence du myst√®re "sur lequel les anges se penchent, d√©sirant de voir jusqu'au fond." (1Pierre 1.12)

      On a répondu que c'était le sentiment profond de la perversité humaine, de l'ingratitude de son peuple, de l'abandon de ses disciples, en un mot, ce poids immense d'iniquités qui s'accumulaient sur lui. On a répondu surtout que c'était le frémissement de la nature en présence des souffrances les plus atroces, de la mort la plus ignominieuse.

      Tout cela peut √™tre vrai. Mais cette mort qu'il avait pr√©vue et si souvent annonc√©e, pour laquelle il savait qu'il √©tait venu, (Jean 12.27) qu'il avait pr√©figur√©e dans la c√®ne, quelques heures auparavant, dont il avait parl√© avec un calme si sublime (voir les discours dans saint Jean et la pri√®re sacerdotale), cette mort qui de sa part √©tait libre et volontaire, √©tait-elle bien la cause unique de ses angoisses, de sa d√©faillance¬†? ne nous para√ģtrait-il pas alors moins courageux que tant de martyrs qui ont affront√© avec h√©ro√Įsme des supplices pareils¬†?

      Une certaine critique, pour laquelle rien n'est sacré, n'a pas manqué de lui en faire un reproche ; elle a même trouvé une contradiction entre le calme majestueux des derniers entretiens de Jésus avec ses disciples et les profondes angoisses de Gethsémané ; et cette contradiction, elle s'en est armée pour contester la vérité historique du quatrième évangile.

      Il faut regarder plus avant. La mort, dans le sens que l'Ecriture donne à ce mot, n'est pas seulement la destruction du corps, "salaire du péché," elle atteint tout notre être ; elle devient, sous le jugement de Dieu, "la mort seconde," la condamnation. Or Jésus, nous le savons de sa propre bouche, allait payer de sa vie la rançon des pécheurs ; (Matthieu 20.28) il allait "répandre son sang pour les péchés de plusieurs" (verset 28 : comparer Jean 1.29 ; 1Jean 2.2 ; 2Corinthiens 5 ; 21 ; Galates 3.13) ; en un mot, chef et représentant de notre humanité, il se mettait à la place du pécheur, sous le jugement de Dieu.

      De là ces angoisses, ce poids de souffrance morale sous lequel il craint de succomber. (Comparer Matthieu 27.46) Il s'agit donc ici d'une tentation spéciale, terrible, d'une lutte contre la puissance des ténèbres. (Luc 22.53 ; Jean 14.30)

      Jésus invoque son Père, dont il n'a point perdu l'amour et la faveur, il prie. (versets 36,39,42)

      Que demande-t-il en ces mots¬†: "Que cette coupe passe loin de moi¬†?" De ne pas accomplir son sacrifice¬†? On peut √† peine le penser¬†; et s'il fallait l'admettre, ce ne serait l√† qu'un cri de douleur arrach√© par l'angoisse et aussit√īt r√©prim√© par cette expression d'entier abandon¬†: "comme tu le veux." Il demande avant tout avec ardeur la d√©livrance de cette angoisse m√™me, de sa crainte.

      C'est l√† ce que nous apprend la parole profonde d'un auteur sacr√© qui ajoute qu'il fut exauc√©, et que, "bien qu'il f√Ľt Fils, il apprit ainsi l'ob√©issance par les choses qu'il a souffertes¬†; et qu'ayant √©t√© consomm√© (rendu parfait dans l'ob√©issance), il est devenu l'auteur d'un salut √©ternel pour tous ceux qui lui ob√©issent." (H√©breux 5.7-9¬†; comparez ci-dessus verset 39, 2e note.)

      47 Ici se trouvent d√©sign√©s trois ordres de personnes¬†: en t√™te Judas, l'un des douze¬†; puis ce que Matthieu appelle une foule arm√©e d'√©p√©es et de b√Ętons, et qui se composait, comme nous l'apprend Jean, (Jean 18.3, note) d'une "cohorte," par o√Ļ il faut entendre un d√©tachement de la garnison romaine, et non la garde juive du temple¬†; et enfin "d'huissiers," accompagn√©s par des serviteurs des sacrificateurs et des anciens, membres du sanh√©drin et instigateurs de cette arrestation.

      - Il faut compléter la scène qui suit par les autres évangiles.

      49 C'était, chez les Juifs, une manière de s'aborder et de se saluer avec intimité. Il y a même ici un verbe composé qui signifie baiser avec affection.

      M. Rilliet traduit : "il lui donna un tendre baiser."

      Ce baiser de Judas, devenu proverbial, comme l'acte de la plus noire hypocrisie, devait d'abord désigner la victime à ses persécuteurs, mais probablement Judas pensait-il aussi pouvoir cacher sa trahison à Jésus lui-même, en lui faisant croire que son arrivée était fortuite.

      50 Cette question, plus directe dans Luc, (Luc 22.48) devait faire rentrer Judas en lui-même, en lui montrant que son dessein était découvert.

      Le terme original rendu par ami n'exprime point un sentiment d'affection, mais signifie plut√īt compagnon, camarade, comme Matthieu 20.13¬†; 22.12.

      51 C'√©tait Pierre, dont les trois premiers √©vangiles taisent le nom par prudence, parce que cet ap√ītre vivait encore.

      Jean (Jean 18.10) le nomme, parce que, Pierre étant mort, il n'y avait plus aucun danger à le faire.

      52 Par ces paroles, le Seigneur condamne de la manière la plus expresse et la plus sévère toute violence et toute persécution en faveur de sa cause. Son règne, tout spirituel, ne saurait s'étendre par des armes charnelles. (2Corinthiens 10.3,4)

      Que de sang, de souffrances et de scandales épargnés à l'Eglise et au monde, si ces paroles avaient été comprises et mises en pratique !

      - C'est abuser de l'Ecriture que de faire de cette d√©claration un argument en faveur de la peine de mort. Beaucoup plut√īt pourrait-on y voir une condamnation de la guerre, de toute guerre injuste¬†; mais il est probable que J√©sus n'a pens√© ici qu'aux moyens d'√©tendre son r√®gne.

      53 Douze l√©gions d'anges, au lieu de ces pauvres douze disciples, dont l'un croit devoir d√©fendre son Ma√ģtre par l'√©p√©e. Ces paroles nous montrent quelle √©tait la confiance absolue du Sauveur en son P√®re et combien sa mort √©tait volontaire. Sin., B, la Vulgate, les versions √©gypt. placent le mot maintenant (grec √† l'instant) apr√®s me fournira.

      La plupart des critiques et des traducteurs adoptent cette leçon.

      54 Car, selon les Ecritures, le Messie ne peut sauver le monde et arriver √† la gloire que par la voie des souffrances. (Psaumes 22¬†; Esa√Įe 53¬†; comparez Luc 24.26,46)
      55 verset 53, note.

      J√©sus reproche √† la foule (verset 47, note) et √† ses chefs le traitement indigne qu'elle lui infligeait en le saisissant comme un malfaiteur¬†; mais il lui d√©clare en m√™me temps que ses ennemis ont √©t√© impuissants √† lui faire aucun mal avant que f√Ľt arriv√© le temps de la volont√© de Dieu, r√©v√©l√©e dans les Ecritures. (verset 56)

      56 Tous l'abandonnent, bien que tous eussent promis de lui rester fidèles. (verset 35)

      Accomplissement de la prédiction que Jésus venait de faire. (verset 31)

      57 Jésus devant le sanhédrin

      26 :57 à 27 :2

      Comparer Marc 14.53 à Marc 15.1 ; Luc 22.54 à Luc 23.1.

      - Voir verset 3, note ; verset 47, note.

      Ce conseil s'assembla au milieu de la nuit, en toute h√Ęte, d√®s qu'on eut appris l'arrestation de J√©sus.

      - D'apr√®s le r√©cit de Jean, (Jean 18.13) J√©sus fut conduit d'abord chez Anne, beau-p√®re de Ca√Įphe. Voir la note sur ce passage. Les synoptiques passent ce fait sous silence. (Luc 22.54, note.)

      58 La fin, c'est-√†-dire ce qui arriverait √† son Ma√ģtre. Son amour pour lui l'attire, la crainte du danger l'√©loigne, il le suivait, mais de loin. D√©j√† le combat a commenc√© dans son √Ęme.
      60 Le texte reçu répète une seconde fois à la fin de ce verset les mots : ils n'en trouvèrent point, qui ne sont pas authentiques.

      Il en est de même des mots : et les anciens qu'il introduit après les principaux sacrificateurs. (verset 59)

      Quoiqu'il se f√Ľt pr√©sent√© plusieurs faux t√©moins, aucun d'eux ne prof√©rait une accusation assez grave pour condamner J√©sus √† mort. (Comparer Marc 14.59)

      Le sanhédrin voulait hypocritement conserver les formes de la justice.

      61 Cette parole de J√©sus pouvait para√ģtre aux Juifs un sacril√®ge, une atteinte port√©e au temple de Dieu¬†; mais elle √©tait √† la fois mal comprise et fauss√©e. Il n'avait pas dit, en effet, je puis d√©truire, mais d√©truisez. (Jean 2.19, note¬†; comparez Marc 14.58)
      63 On peut réunir en une les deux propositions interrogatives : "Ne réponds-tu rien à ce que ceux-ci déposent contre toi" (Tischendorf, B. Weiss.)

      La ponctuation que nous avons adoptée est préférée par Tregelles, Westcott et Hort, Meyer. Ce dernier trouve avec raison qu'elle répond mieux à la passion avec laquelle le souverain sacrificateur interroge Jésus.

      - Jésus se tait par un sentiment de dignité et par la conviction que toute défense serait inutile en présence d'un tel tribunal. Il y a donc dans ce silence une sévère accusation contre les accusateurs.

      Sin., B, des majuscules et des versions omettent : reprenant la parole.

      - Par ces termes solennels : Je t'adjure, et cela par le Dieu vivant qui doit punir le mensonge, (Hébreux 10.31) le souverain sacrificateur imposait à Jésus une sorte de serment.

      Quelle est la question pr√©cise qu'il lui pose¬†? Non pas seulement¬†: Es-tu le Christ, le Messie, car il n'est pas probable qu'une telle pr√©tention e√Ľt paru digne de mort¬†; mais es-tu le Fils de Dieu¬†?

      C'est en vain que plusieurs interpr√®tes veulent nous faire consid√©rer ces deux termes comme synonymes. Pour comprendre toute la port√©e que le souverain sacrificateur attachait √† ce dernier titre, il faut se rappeler les termes dans lesquels les Juifs avaient pr√©c√©demment articul√© contre J√©sus-Christ la m√™me accusation¬†: "il disait que Dieu √©tait son propre P√®re, se faisant √©gal √† Dieu¬†;" (Jean 5.18) "nous ne te lapidons point pour aucune bonne Ňďuvre, mais pour un blasph√®me et parce que, n'√©tant qu'un homme, tu te fais Dieu.." (Jean 10.33)

      La question de Ca√Įphe est destin√©e √† arracher √† J√©sus une semblable d√©claration, qui permettra de l'accuser de blasph√®me, (verset 65) crime que la loi de Mo√Įse punissait de mort. La r√©ponse de J√©sus aussi n'a toute sa signification que si l'on y voit une affirmation de sa divinit√©.

      64 Tu l'as dit. H√©bra√Įsme qui signifie¬†: Oui, comme tu l'as dit.

      Ou, selon le r√©cit de Marc¬†: (Marc 14.62) Moi je le suis. Moment unique dans la vie de J√©sus, que celui o√Ļ il proclame sa messianit√© et sa divinit√© devant les repr√©sentants de la th√©ocratie¬†!

      Jésus emploie à dessein le langage et les images de l'Ecriture que ses auditeurs connaissaient bien. Ainsi, le fils de l'homme, venant sur les nuées du ciel, sont des termes messianiques, empruntés à Daniel 7.13, et qui annoncent son retour dans la gloire pour exercer le jugement du monde. (Matthieu 24.30)

      Ainsi encore être assis à la droite de la Puissance (de Dieu), c'est, conformément à la prophétie, (Psaumes 110.1) prendre part à la puissance et à la gloire divines, aussi bien qu'au gouvernement de l'univers. (Marc 16.19 ; Actes 2.33 ; 5.31 ; Romains 8.34)

      Ce fils de l'homme va passer de son profond abaissement au plus haut degré de gloire. Cet accusé qui va être condamné à mort, cite d'avance ses juges à son propre tribunal !

      - Quelques interpr√®tes, pressant le mot d√©sormais ou d√©s maintenant, qui s'applique au verbe vous verrez, pensent que les mots venant sur les nu√©es du ciel ne peuvent pas d√©signer le retour final de Christ, mais bien l'exercice de son pouvoir spirituel dans son r√®gne sur la terre. Cette derni√®re id√©e n'est s√Ľrement pas contraire au texte¬†; mais ce serait trop presser les termes que de vouloir en exclure la seconde venue du Sauveur. Il vient sans cesse √† travers les si√®cles, mais il ne fait par l√† que pr√©parer ce retour supr√™me par lequel il √©l√®vera son r√®gne √† la perfection. Les paroles du Sauveur que nous venons de citer (Matthieu 24.30) ne laissent d'ailleurs aucun doute sur le sens de notre passage.

      65 D√©chirer ses v√™tements √©tait chez les Juifs un signe de tristesse profonde ou de vive indignation. (2Rois 18.37¬†; 19.1) Il est √©vident que, chez Ca√Įphe, ces sentiments √©taient hypocritement simul√©s ou du moins domin√©s par la haine. (Jean 11.49 et suivants)

      Ca√Įphe affirme que J√©sus, en se d√©clarant le Messie, le Fils de Dieu, et en pr√©tendant avoir part √† la puissance divine, (verset 64) s'attribue une gloire qui n'appartient qu'√† Dieu, et prononce un blasph√®me. (Comparer Jean 10.33) Les mots Que vous en semble¬†? √©taient la question solennelle pos√©e par le pr√©sident √† tout le conseil, pour que celui-ci fit conna√ģtre son vote. Or ce vote, d'apr√®s L√©vitique 24.16, ne pouvait √™tre qu'une condamnation √† mort. Et c'est ce qui eut lieu. (verset 66)

      D'o√Ļ il faut conclure que si J√©sus n'avait pas √©t√© ce qu'il d√©clarait √™tre, la sentence prononc√©e contre lui conforme √† la loi de Mo√Įse serait parfaitement juste. Ceux qui nient la divinit√© de J√©sus-Christ ont-ils r√©fl√©chi √† cette cons√©quence de leur n√©gation¬†?

      66 Ainsi l'unique cause de la condamnation de Jésus devant le conseil de sa nation fut la déclaration solennelle de sa divinité.

      - Le Saint et le Juste mérite la mort ! O justice des hommes !

      68 Qui sont ceux qui infligent à Jésus ces traitements horribles ?

      Selon notre Evangile, et surtout d'après Marc, (Marc 14.65) on ne saurait douter que ce ne soient quelques-uns des membres du sanhédrin qui l'injurient, au moins en paroles. (Voir Marc 14.65, note.)

      S'il parait peu probable que des juges puissent descendre √† ce r√īle indigne envers un condamn√©, tout s'explique par la haine qui remplissait leurs cŇďurs.

      - Cette raillerie impie : Prophétise, ne signifie pas seulement : Devine qui t'a frappé, ainsi que portent quelques versions ; mais bien : Montre que tu es un prophète, le Christ (Messie), en nommant celui qui t'a frappé.

      69 Dehors, dans la cour, est pris ici du point de vue de ceux qui étaient dans le palais. (Comparer verset 58)
      70 Grec : "il le nia, ou renia, devant tous," ou, selon une variante, "en présence d'eux tous," c'est-à-dire des huissiers et des serviteurs qui se trouvaient là. (verset 58)

      Il y avait en effet dans ces mots : Je ne sais ce que tu dis, non seulement une négation du fait, mais un premier reniement de Jésus.

      Pierre fut surpris par la brusque affirmation de cette servante ; il ne veillait pas ; (verset 41) et précisément parce qu'il était entouré de plusieurs témoins, la crainte se joignit à l'irréflexion dans ce premier reniement, qu'il voulut maintenir ensuite. Là est la vraie cause de sa chute.

      71 Vers le porche, ou le portail qui donnait accès de la cour intérieure (verset 69) à la cour extérieure. (Comparer Marc 14.68)

      La première servante donne à Jésus l'épithète de Galiléen, (verset 69) celle-ci de Nazaréen.

      C'est par l'un ou l'autre de ces noms que le peuple le désignait, avec une sorte de mépris.

      - Le texte reçu fait dire à la seconde servante comme à la première : Celui-ci aussi ; ce dernier mot n'est pas authentique.

      72 Cet homme¬†! Quel froid m√©pris dans cette mani√®re de d√©signer son Ma√ģtre¬†! Quel ab√ģme entre cette parole et celle de Matthieu 16.16¬†!

      Et c'est avec serment qu'il prononce ces mots. Il faut remarquer la progression d'un reniement à l'autre.

      73 Ton langage, c'est-à-dire l'accent galiléen, assez différent de celui des Juifs de la Judée. Cet accent avait été reconnu dans les paroles que Pierre venait de prononcer.
      74 Ici encore il y a progression¬†: non seulement il jure de nouveau qu'il ne conna√ģt point cet homme, mais il ajoute √† ce serment des impr√©cations contre lui-m√™me pour le cas o√Ļ il ne dirait pas la v√©rit√©. Ainsi il y eut, dans le reniement de Pierre¬†:

      1¬į l√Ęche infid√©lit√© envers son Ma√ģtre, et cela au moment o√Ļ il courait le plus grand danger et subissait les plus profondes humiliations¬†;

      2¬į mensonge trois fois r√©p√©t√©¬†;

      3¬į faux serments¬†;

      4¬į impr√©cations contre lui-m√™me¬†! Il aurait p√©ri dans cet ab√ģme, sans la gr√Ęce de son Dieu.

      Le chant du coq aurait retenti à ce moment pour la seconde fois, selon le récit de Marc. (Marc 14.68,72)

      Les quatre r√©cits du reniement de Pierre pr√©sentent quelques diff√©rences de d√©tails concernant surtout les personnes qui d√©noncent Pierre comme disciple de J√©sus. (Luc 22.58, note.) Mais ils s'accordent pour rapporter trois reniements de l'ap√ītre.

      75 verset 34. Pierre se souvint de cette parole, non seulement √† cause du chant du coq, mais surtout parce qu'en ce moment le Sauveur lui jeta un regard de compassion et de reproche qui per√ßa sa conscience et son cŇďur. (Luc 22.61) Il se r√©veilla au fond d'un ab√ģme.

      Ainsi commence le relèvement du disciple tombé. Le sang qui allait couler sur la croix était nécessaire pour laver son péché. Mais pour l'amener à la croix, il fallait ses larmes amères.

      L'orgueilleuse présomption qui causa sa chute fut à jamais brisée. Pierre reste le type de la vraie repentance, comme Judas de la fausse. (Comparer Marc 14.72, note.)

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