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Matthieu 3

    • 1 Chapitre 3. Le Pr√©curseur. Bapt√®me de Jean.

      1 à 12 Jean-Baptiste. Ses discours.

      Comparez Marc 1.1-8¬†; Luc 3.1-18 Comme dans l'Ancien Testament Exode 2.11 cette expression n'a souvent aucune pr√©cision chronologique. (Voir sur l'√©poque o√Ļ parut Jean-Baptiste Luc 3.1 et suivants, notes) Ici elle peut signifier¬†: Pendant que J√©sus √©tait encore √† Nazareth. (Matthieu 2.23) L'√©vang√©liste passe sous silence les trente ann√©es √©coul√©es depuis les premiers √©v√©nements de la vie du Sauveur jusqu'au moment o√Ļ il allait entrer dans son minist√®re public. L'√©tonnante sobri√©t√© de l'Ecriture, qui ne nous communique que ce qui est essentiel √† notre salut, renferme pour nous une s√©rieuse le√ßon.

      Jean le Baptiste, ou, comme d'autres traduisent, le Baptiseur. Ce titre, emprunté à l'une des fonctions de son ministère, ne doit point être envisagé comme exprimant sa vocation entière. Pour saisir cette dernière dans son ensemble et dans sa signification profonde, il faut considérer Jean-Baptiste :

      1¬į Dans sa position entre l'ancienne alliance et la nouvelle, dont il est le lien vivant, entre la loi qu'il pr√™che avec puissance et l'Evangile qu'il annonce. (verset 2)

      2¬į Dans son action, qui √©tait de pr√©parer son peuple √† la venue du Sauveur par la repentance dans laquelle se concentrent et sa pr√©dication et le bapt√™me qu'il administre √† ceux qui sentent et confessent leurs p√©ch√©s. (verset 3 et 6.)

      3¬į Dans sa relation avec J√©sus-Christ, qui est celle de la plus profonde humilit√© d'un serviteur en pr√©sence de son Ma√ģtre, dont il conna√ģt l'origine divine et la divine mission (verset 11¬†; voir surtout son t√©moignage dans¬†: Jean 1.15-36¬†; 3.21-31) Le minist√®re de Jean-Baptiste est accompli quand il a montr√© J√©sus-Christ √† son peuple comme "l'Agneau de Dieu¬†;" mais si, dans un sens, ce minist√®re est passager, dans un autre il est permanent, sous le triple rapport qu'on vient de signaler. Comme il fut le point de d√©part de la vie religieuse √† son √©poque dans les ap√ītres et les premiers disciples, il reste le point de d√©part de la vie chr√©tienne qui ne prend naissance que par la repentance et par la foi en J√©sus, "l'Agneau de Dieu qui √īte les p√©ch√©s du monde."

      On appelait ainsi une contr√©e peu habit√©e, couverte de p√Ęturages, qui embrassait la partie inf√©rieure de la vall√©e du Jourdain et la r√©gion situ√©e √† l'ouest de la mer Morte. Juges 1.16 comparez Luc 3.3

      - La pr√©dication de la repentance ne pouvait retentir dans le sanctuaire officiel, dans la cit√© des pharisiens et des sadduc√©ens. Les √Ęmes avides de salut doivent sortir au d√©sert pour avoir part √† la grande r√©novation religieuse qui se pr√©pare.

      2 Le terme grec (verbe et substantif), qui n'a point d'équivalent dans notre langue, et qu'on traduit par se repentir, se convertir, s'amender, est un mot composé qui désigne le changement ou la transformation morale de l'homme intérieur. La repentance, qui en est le principe, la conversion, qui est un retour à Dieu, n'en épuisent pas l'idée. A la repentance, souffrance morale qui détache l'homme du péché, doit s'ajouter l'action puissante de l'Esprit de Dieu qui crée la vie nouvelle et accomplit la transformation morale. (verset 11, note. Voir surtout Jean 3.3,5 notes.)

      -Le sentiment douloureux du p√©ch√© par le r√©veil de la conscience est la seule vraie pr√©paration √† recevoir le Sauveur et par lui la gr√Ęce. Or ce sentiment est une obligation morale, puisqu'ici et partout dans l'√©criture, il est ordonn√©.

      Le royaume des cieux, que Matthieu seul d√©signe ainsi, tandis que les autres √©crivains sacr√©s l'appellent "royaume de Dieu, royaume de Christ," ou simplement "le royaume," d√©signe la domination souveraine de Dieu sur ses cr√©atures intelligentes, domination en tout conforme √† ses perfections¬†: sa saintet√© et sa justice, sa mis√©ricorde et son amour. Le mot de royaume, image emprunt√©e aux royaumes de la terre, se trouve d√©j√† dans l'Ancien Testament, o√Ļ la forme ext√©rieure du r√®gne de Dieu √©tait la th√©ocratie. Exode 19.6¬†; Daniel 4.3

      Mais ce n'√©tait l√† encore que l'image, la pr√©paration du vrai r√®gne dont J√©sus-Christ est le Roi et que Dieu √©tablit sur les √Ęmes par son Esprit. Ce r√®gne est d'abord int√©rieur, spirituel Luc 17.21¬†; Jean 18.36 mais il s'√©tend aussi dans le monde, par ses manifestations diverses, et il doit grandir intensivement et extensivement, jusqu'√† ce que Christ revienne l'√©tablir dans sa perfection et dans sa gloire Apocalypse 19.6, et que Dieu soit tout en tous. 1Corinthiens 15.28 Ce sont pr√©cis√©ment ces divers caract√®res du r√®gne de Dieu que Matthieu indique par son expression royaume des cieux¬†; tous les √©l√©ments de ce r√®gne viennent du ciel et y conduisent. Par l√†, l'√©vang√©liste distingue nettement le nouveau r√®gne qui s'approchait, de la th√©ocratie isra√©lite. Quant √† ce pluriel¬†: les cieux, dans lequel on a voulu retrouver l'id√©e rabbinique de cieux divers, comparez 2Corinthiens 12.2-4 il faut y voir plut√īt, comme dans la pri√®re du Seigneur Matthieu 6.9, l'id√©e d'une domination de Dieu, s'√©tendant aux diverses sph√®res du monde. (Voir J. Bovon, th√©ol. du N. T., I, p. 377 et suivants)

      S'est approch√©, en J√©sus-Christ qui allait para√ģtre. Et Jean-Baptiste voit dans ce grand √©v√©nement un motif de repentance¬†: "Convertissez-vous, car..." Par o√Ļ nous voyons qu'il savait par l'Esprit proph√©tique ce que J√©sus enseignera bient√īt, que si un homme n'est n√© de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Jean 3.3

      Cependant il ne dit pas¬†: "Convertissez-vous pour que ce r√®gne s'approche, mais parce qu'il s'est approch√©." Tout, m√™me dans la transformation morale de l'homme, a son principe dans la mis√©ricorde √©ternelle de Dieu et dans sa gr√Ęce, qui toujours nous pr√©vient.

      3 Esa√Įe 40.3, cit√© d'apr√®s les Septante (conforme √† l'h√©breu) en substituant ses sentiers √† ces mots de l'Ancien Testament¬†: "les sentiers de notre Dieu." C'est encore une proph√©tie indirecte et typique. Dans son sens premier et historique, la parole d'Esa√Įe est un appel √† Isra√ęl, l'exhortant √† pr√©parer les voies de J√©hova qui ram√®ne son peuple de la captivit√©. L'application qu'en font tous les √©vang√©listes Marc 1.3¬†; Luc 3.4 et Jean-Baptiste lui-m√™me Jean 1.23 √† l'apparition de J√©sus-Christ et au minist√®re de son pr√©curseur, prouve¬†:

      1¬į qu'ils voient J√©hova lui-m√™me dans celui qu'ils appellent le Seigneur (dans la version Grecque des Septante, dont ils se servent, Le nom de J√©hova est toujours rendu par Seigneur)¬†;

      2¬į qu'ils consid√®rent son apparition comme la vraie d√©livrance de son peuple¬†: il vient le tirer de la servitude pour le mettre en libert√©.

      Du reste, le ministère du précurseur avait été aussi l'objet d'une prophétie directe Malachie 3.1 ; 4.5 comparez Luc 1.17 ; Matthieu 11.10 qui était reçue et diversement interprétée parmi le peuple, à l'origine des temps évangéliques. Matthieu 16.14,Jean 1.21

      4 Il s'agit d'une étoffe grossière fabriquée avec des poils de chameau au lieu de laine. C'était le vêtement des pauvres, qui convenait au successeur d'Elie 2Rois 1.8, au prédicateur de la repentance. "Même son vêtement et sa nourriture prêchaient." Bengel.

      Une espèce de grosses sauterelles servant encore de nourriture aux classes pauvres en Orient. Lévitique 11.21

      Le miel sauvage abondait dans les montagnes de la Jud√©e o√Ļ les abeilles le d√©posaient dans les fentes des rochers. Mais on appelait aussi de ce nom les substances r√©sineuses qui d√©coulaient de certains arbres, comme le palmier, le figuier et autres. Comparer 1Samuel 14.25,26

      5 L'évangéliste nomme les lieux pour indiquer le grand nombre de personnes attirées par la prédication du prophète.

      L'impression en fut vive et universelle ; ce fut un réveil dans le peuple, mais dont les fruits ne se montreront permanents qu'en ceux qui, pressés par le sentiment de leurs péchés, s'attachèrent à Jésus comme à leur Sauveur.

      6 Baptiser signifie plonger, et cet acte avait lieu dans le fleuve du Jourdain.

      Le bapt√™me de Jean n'√©tait emprunt√© ni aux ablutions en usage parmi les Juifs de l'√©poque Jean 2.6¬†; 3.25, ni au bapt√™me des pros√©lytes, qui n'appara√ģt qu'apr√®s la destruction du temple c'√©tait une institution nouvelle, pr√©lude du bapt√™me chr√©tien, et dont l'id√©e premi√®re √©tait indiqu√©e par des promesses de Dieu relatives √† la nouvelle alliance, telles que Ez√©chiel 36.25-27 Il constituait une d√©claration symbolique du p√©ch√© et de la corruption de tout le peuple, aussi bien que de la n√©cessit√© de la purification et de la r√©g√©n√©ration de l'homme tout entier. (Comparer Romains 6.3-6, notes.) Ce dernier trait √©tait symbolis√© par l'action de plonger dans l'eau ceux qui d√©claraient leur repentance en confessant leurs p√©ch√©s.

      La confession des péchés était faite, chez les Israélites, au jour des expiations. Lévitique 16.21 Elle était regardée comme la condition du pardon de Dieu. Psaumes 32.3-5 ; Psaumes 51.4,5

      - Le baptême de Jean était un baptême pour la repentance, auquel manquait l'élément essentiel du baptême chrétien : le pardon des péchés et la vie nouvelle. (verset 11, note.)

      7 Les pharisiens et les sadducéens formaient deux écoles philosophiques et religieuses et aussi deux partis politiques dans la nation juive.

      - Le nom de pharisien signifie les "s√©par√©s," non qu'ils constituassent une secte dans la th√©ocratie, mais, pour autant que ce terme indique leur caract√®re, il se rapporte plut√īt √† leur orgueilleuse aversion pour les pa√Įens, pour les Samaritains, pour les p√©agers et les p√©cheurs. Ils se distinguaient par leur z√®le servile pour les plus minutieuses prescriptions de la loi, auxquelles ils ajoutaient celles de la tradition. Ils √©taient aussi l'expression vivante de l'orthodoxie juda√Įque, ce qui, joint √† leur pouvoir dans le sanh√©drin, o√Ļ ils √©taient en majorit√©, leur donnait une grande influence sur le peuple. Quant aux doctrines de ce parti et √† son importance politique et religieuse, on peut apprendre √† les conna√ģtre par l'historien Jos√®phe qui y revient souvent et longuement. (Par exemple, Antiq., XIII, 5. 9, etc.) Le r√īle que jouent les pharisiens dans la vie du Sauveur, surtout dans l'histoire de ses souffrances et de sa mort, les caract√©rise mieux encore.

      - Les sadduc√©ens, dont le nom d√©rive, selon les uns, du mot tsadik, juste selon les autres, d'un chef d'√©cole nomm√© Tsadoc, formaient le parti oppos√© aux pharisiens. Rejetant toute tradition et m√™me les d√©veloppements de la r√©v√©lation divine depuis la loi, les sadduc√©ens niaient en m√™me temps les r√©alit√©s du monde invisible, l'existence des anges, l'immortalit√© de l'√Ęme. A cause de cela, et en raison de leur petit nombre, ils exer√ßaient peu d'influence sur le peuple, mais d'autant plus sur les classes √©lev√©es et riches, o√Ļ, pour plusieurs, certaines n√©gations ont toujours un air de sup√©riorit√© et de bon ton.

      -Il y avait encore parmi les Juifs, au temps du Sauveur, un troisi√®me parti religieux, les ess√©niens, dont le Nouveau Testament ne parle pas, parce qu'ils vivaient tr√®s retir√©s, le principal caract√®re de leur pi√©t√© √©tant un rigoureux asc√©tisme. Ils repr√©sentaient le mysticisme monacal comme les pharisiens la propre justice orthodoxe comme les sadduc√©ens le rationalisme de toutes les nuances. La vraie vie religieuse √©tait alors retir√©e dans quelques √Ęmes qui "attendaient la consolation d'Isra√ęl.," Luc 2.25

      - Voir sur ces divers partis chez les Juifs, E. Stapfer, La Palestine au temps de J√©sus-Christ, 2e √Čdit., p. 259 et suivants, 436 et suivants

      On se demande comment et pourquoi plusieurs membres de ces deux partis venaient au bapt√™me de Jean, et, s'ils y venaient, pourquoi Jean leur adresse des paroles si s√©v√®res. On a m√™me vu une contradiction √† cet √©gard entre Matthieu et Luc, qui, dans son r√©cit du minist√®re du Baptiste (ch. 3), ne parle pas d'eux, et qui, ailleurs, (Luc 7.30) dit positivement qu'ils ne l'avaient pas re√ßu. La r√©ponse √† ces questions ne parait pas difficile. Que des hommes avides de popularit√© vinssent au proph√®te autour duquel se pressait la foule les uns pour ne pas para√ģtre indiff√©rents ou impies, les autres par simple curiosit√©, rien de plus naturel. Mais le proph√®te p√©n√©trait leurs indignes mobiles de l√† les paroles s√©v√®res qu'il leur adresse. En les accueillant de la sorte, il les blessa dans leur orgueil¬†; ils se retir√®rent, sinon tous, du moins pour la plupart, sans s'√™tre soumis au bapt√™me. Cela n'est pas dit express√©ment, mais cela r√©sulte du discours du proph√®te. Il y a plus¬†: Luc, sans parler des pharisiens et des sadduc√©ens, rapporte les terribles paroles de Jean, qui ne pouvaient s'adresser qu'√† eux, et non aux p√©cheurs repentants¬†; il suppose donc leur pr√©sence. Enfin cette position √©quivoque, prise par les hommes de ces deux partis √† l'√©gard de Jean-Baptiste, s'accorde tout √† fait avec l'embarras dans lequel une question du Sauveur les mettra plus tard. Matthieu 21.25-27

      Hommes rus√©s, m√©chants, malfaisants. Image fr√©quente dans les Ecritures Esa√Įe 14.29¬†; 59.5,Psaumes 58.5¬†; Romains 3.13 et qui, dans la symbolique orientale indique les principes et l'esprit du prince des t√©n√®bres. Comparer Gen√®se 3.1

      Jean se d√©fie de leur z√®le apparent. Il d√©m√™le la ruse qui leur fait rechercher dans l'accomplissement d'une c√©r√©monie ext√©rieure une garantie contre le jugement √† venir. "Dans cet essai d'√©luder le devoir de la repentance au moyen du signe de la repentance Jean reconna√ģt la suggestion d'un conseiller plus habile que le cŇďur de l'homme¬†; de l√† la question suivante¬†: Qui vous a montr√©¬†?" Godet.

      8 Le texte re√ßu dit¬†: des fruits, le vrai texte¬†: un fruit. C'est qu'il ne s'agit pas d'actions, d'Ňďuvres isol√©es, mais de tout l'√™tre, de toute la vie.

      Un fruit digne de la repentance, de la régénération, c'est le fruit qu'elle produit nécessairement. (Matthieu 7.17 et suivants)

      9 Ces hommes auxquels Jean s'adresse ici, même dans leur impénitence, s'arrogeaient le titre de fils d'Abraham et s'imaginaient que les privilèges religieux de leur peuple suffisaient pour leur assurer le salut. Jean 8.33-39 C'est ainsi qu'aujourd'hui plusieurs pensent que leur Eglise les sauvera.

      Dieu est libre dans la dispensation de sa gr√Ęce¬†; il peut vous rejeter de son royaume et de ces pierres-l√† (que Jean montrait au bord du Jourdain), c'est-√†-dire des hommes les plus endurcis, les plus m√©pris√©s, il peut susciter, par sa puissance cr√©atrice, de vrais enfants d'Abraham, qui auront sa foi et son ob√©issance √† Dieu.

      (comparez les enseignements de Paul sur les vrais descendants d'Abraham, Romains 4.1,9.6 et suivants, Galates 4) Il est douteux que Jean-Baptiste fasse d√©j√† allusion √† la vocation des pa√Įens. Ce sens n'est pas n√©cessaire √† sa pens√©e.

      10 Les jugements de Dieu vont être exécutés contre les impénitents.

      Tous ces verbes au pr√©sent¬†: g√ģt d√©j√†, est coup√©, est jet√©, expriment l'imminence et la certitude de ces jugements.

      11 Grec : dans l'eau, et de même à la fin de ce verset, dans l'Esprit-Saint et le feu. Baptiser signifie plonger, selon l'usage antique du baptême par immersion. (Comparer verset 6)

      Le Messie qui allait para√ģtre et que Jean-Baptiste d√©signe souvent par ce mot¬†: celui qui vient. Matthieu 11.3¬†; Jean 1.15,27¬†; Malachie 3.1

      porter ses souliers C'est-√†-dire de remplir aupr√®s de lui les plus humbles devoirs d'un esclave. Comparer verset 6, note. Jean-Baptiste marque ici nettement le rapport de son activit√© avec celle du Seigneur¬†: il ne peut, aucun homme ne peut que baptiser d'eau, administrer le signe¬†; quant √† la gr√Ęce signifi√©e, l'Esprit-Saint et son Ňďuvre, le Seigneur seul l'a en sa puissance. Fond√© sur cette id√©e tr√®s vraie et tr√®s importante, Calvin n'admet aucune distinction entre le bapt√™me de Jean et le bapt√™me chr√©tien¬†: c'est une erreur. (Comparer verset 6, note¬†; Actes 19.1-6, notes.) Mais, malgr√© de notables diff√©rences entre la position de Jean-Baptiste et l'√©conomie chr√©tienne, ce rapport reste essentiellement le m√™me entre tous les serviteurs et le Ma√ģtre.

      L'eau est l'image de la purification, et Jean l'administre pour ou en vue de la repentance et de la r√©g√©n√©ration. Mais la r√©alit√© de cette r√©g√©n√©ration ne s'obtient jamais que l√† o√Ļ, √† cet √©l√©ment n√©gatif (douleur, humiliation, haine du p√©ch√©), vient s'ajouter l'√©l√©ment positif et puissant d'une vie nouvelle, le Saint-Esprit de Dieu. (Voir Jean 3.3,5¬†; note.)

      - L'Esprit et le feu, ne sont pas deux choses diff√©rentes, pas plus que l'eau et l'Esprit Jean 3.5, mais l'un est l'image de l'autre. Le feu est le symbole de l'Esprit en tant qu'il p√©n√®tre avec une irr√©sistible puissance et purifie les m√©taux les plus durs. L'or ressort du creuset avec toute la puret√© qui le rend si pr√©cieux. Telle est l'action de l'Esprit-Saint sur le cŇďur et sur la vie de l'homme, et c'est aussi sous ce symbole qu'il descendit au jour de la Pentec√īte. (Actes 2)

      L'image est emprunt√©e √† Malachie 3.2,3, √† cette m√™me proph√©tie sur le pr√©curseur dont s'inspire tout le discours de ce dernier. Mais le feu, dont l'action est toujours une souffrance peut devenir le feu du jugement divin en ceux qu'il ne purifi√© pas du p√©ch√© et de la souillure.. (v 12, comparez Jo√ęl 2.28-30) Donc le bapt√™me d'eau seul n'est point encore le garant du salut.

      12 L'aire en Orient, est pr√©par√©e et aplanie sur le champ m√™me o√Ļ l'on moissonne. On y foule le bl√© au moyen de bŇďufs ou d'instruments propres √† cet usage, puis on le vanne, la paille ou la balle est rejet√©e sur le champ et br√Ľl√©e, tandis que le grain est recueilli dans les greniers. Dans l'application de l'image √† l'Ňďuvre accomplie par le Messie au sein de ce monde, cette s√©paration commence d'une mani√®re int√©rieure et invisible, d√®s ici-bas, elle sera consomm√©e plus tard et manifest√©e au dehors par l'exclusion des impies du royaume des cieux, repr√©sent√© par le grenier. (B, plusieurs majuscules, les vers. syr. et arm. ont¬†: dans son grenier.) La terrible image dont Jean-Baptiste rev√™t cette v√©rit√© a √©t√© fr√©quemment employ√©e d√®s lors par le Sauveur lui-m√™me. Marc 9.43-48, comparez Jean 15.6¬†; Esa√Įe 66.24

      - On a fait observer, et quelquefois avec une intention hostile √† la v√©rit√© de l'histoire √©vang√©lique, que les discours de Jean-Baptiste dans les synoptiques ont tous un caract√®re s√©v√®re de jugement, tandis que, dans saint Jean, ils inclinent vers la douceur de l'Evangile. La diff√©rence est r√©elle, et elle s'explique par le caract√®re et le but de ces divers r√©cits, dont chacun fait ressortir, dans la vie de Jean-Baptiste comme dans celle du Sauveur, le c√īt√© qui r√©pond √† ce caract√®re et √† ce but. Quelle prise aurait la critique s'il en √©tait autrement¬†! Ensuite il faut observer que lorsque le pr√©curseur rendit son t√©moignage tel qu'il est rapport√© dans saint Jean Jean 1.15-36¬†; 3.23 et suivants, J√©sus √©tait entr√© dans son minist√®re, avait √©t√© baptis√©, et avait re√ßu le t√©moignage de Dieu en pr√©sence de Jean, qui, d√®s lors, pouvait parler plus clairement de la mission du Sauveur.

      Il faut remarquer enfin que toute l'Ecriture présente la miséricorde et le jugement sur deux lignes parallèles, comme répondant à des exigences diverses de la conscience humaine. Ce double caractère se retrouve dans le ministère de Jean-Baptiste.

      13 13 à 17 Baptème de Jésus.

      Comparer Marc 1.9-11 ; Luc 3.21,22

      - Les premiers mots de ce verset marquent le moment solennel o√Ļ J√©sus sortit de sa longue retraite √† Nazareth pour √™tre manifest√© au monde et entrer dans son minist√®re¬†; les derniers indiquent le but pr√©cis de ce voyage en Jud√©e, au Jourdain¬†: c'√©tait pour y √™tre baptis√© par Jean.

      Le bapt√™me de J√©sus est l'un des traits de sa vie les plus difficiles √† comprendre. Pourquoi lui, le Saint et le Juste, qui n'avait besoin ni de repentance, ni de r√©g√©n√©ration, voulut-il √™tre baptis√©¬†? A cette question les r√©ponses les plus diverses ont √©t√© successivement faites. Il faut √©carter d'abord celles qui ne sont pas dignes du Sauveur, ou qui √ītent √† son bapt√™me sa v√©rit√© et sa r√©alit√© intimes, pour y substituer des motifs plus ou moins ext√©rieurs.

      Jésus ne se soumit au baptême, ni parce qu'il aurait eu besoin, comme nous, de la purification du péché, ni parce que son séjour parmi les hommes l'aurait entaché d'une impureté lévitique, ni parce que ce baptême aurait appartenu à l'observation de la loi cérémonielle, ni parce que cet acte d'obéissance devait avoir lieu pour nous, à notre place, ni parce que Jésus aurait voulu honorer et sanctionner par là le baptême de Jean ou le baptême en général, ni parce qu'il voulait provoquer par cet acte le témoignage que Jean devait rendre à sa dignité messianique ou qu'il espérait recevoir de Dieu lui-même la confirmation solennelle de cette messianité, dont il n'aurait point eu jusqu'alors la certitude.

      Non, J√©sus re√ßut le bapt√™me parce que ce bapt√™me lui √©tait indispensable. Homme "semblable √† ses fr√®res en toutes choses," bien que "sans p√©ch√©," J√©sus dut, pendant toute sa vie, fournir une carri√®re de d√©veloppement religieux et moral Luc 2.52 dont le terme supr√™me ne fut atteint que lorsqu'il eut √©t√© consomm√© dans son ob√©issance absolue envers Dieu, dans son amour sans bornes envers les hommes, et cela, par la souffrance et le sacrifice. H√©breux 2.10,11¬†; 5.8,9 La souffrance et la mort furent son vrai bapt√™me Marc 10.38 et tout bapt√™me a cette signification. (Romains 6.3,4, note.) Or la carri√®re qui devait aboutir √† ce terme s'ouvrait alors devant le Sauveur¬†; il fallait qu'il s'y consacr√Ęt tout entier¬†; tel est le sens de son bapt√™me. Surtout enfin, cette carri√®re, il ne pouvait l'accomplir qu'en triomphant des plus redoutables obstacles, dans les plus violents combats contre le p√©ch√©, le monde et la puissance des t√©n√®bres¬†; qu'en acceptant les plus amers renoncements, jusqu'au sacrifice entier de sa volont√© et de sa vie. Pour cela, il fallait qu'il f√Ľt rempli de l'Esprit-Saint "sans mesure," Jean 3.34, et c'est ici le c√īt√© positif et essentiel de son bapt√™me, (verset 16) qui co√Įncide avec le t√©moignage solennel de Dieu (verset 17) acceptant la cons√©cration de son Fils bien-aim√©.

      D√®s lors J√©sus commen√ßa √† mourir selon la chair pour √™tre vivifi√© selon l'Esprit. 1Pierre 3.18 C'est ainsi que va √™tre accomplie sur la terre "toute justice" (v.l5) par l'Ňďuvre qu'entreprend le R√©dempteur. (Comparer sur ce sujet F. Godet, Comment. sur Luc, qui insiste sur le r√īle du bapt√™me dans le d√©veloppement personnel de J√©sus, et J. Bovon th√©ol. du N.T., 1, p. 230 et suivants, qui marque la place de cet acte dans l'Ňďuvre r√©demptrice en relevant la solidarit√© qui unit, dans le bapt√™me, le Sauveur √† l'humanit√© p√©cheresse.)

      14 Parole d'humilit√© qui est en pleine harmonie avec la d√©claration du verset 11 et avec tout le caract√®re du pr√©curseur. Jean 3.29,30 Mais cette parole, qui suppose en Jean-Baptiste une connaissance si s√Ľre de J√©sus comme Messie, est difficile √† concilier avec son t√©moignage dans Jean 1.31-33. (Voir les notes.)
      15 D'autres, sans y être autorisés par le texte original, traduisent : tout ce qui est juste, et réduisent ce mot à signifier : le devoir actuel. (Calvin.)

      C'est vrai, mais c'est trop peu. Il faut prendre le mot dans toute sa signification et ajouter avec Bengel : "Toutes les parties de la justice et aussi celle-ci, qui est le gage d autres beaucoup plus grandes." (verset 13, note.)

      16 Ces pronoms : il vit, sur lui, se rapportent à Jésus, mais non à l'exclusion de Jean-Baptiste qui fut témoin de l'action. Jean 1.33

      C'est à tort que le texte reçu, avec C. D. et la plupart des majuscules, lit pour lui (Jésus) après les cieux furent ouverts.

      - On ne peut faire que des conjectures sur ce qui apparut extérieurement aux yeux des spectateurs et qui a pu être exprimé par ce terme assez vague : les cieux furent ouverts. Mais cette parole a un sens spirituel qui n'échappera à aucun lecteur attentif. Comparer Jean 1.51 ; Actes 7.56

      -L'Esprit de Dieu qui, au jour de la Pentec√īte, descendit sous la forme symbolique de langues de feu, appara√ģt ici comme une colombe comparez Jean 1.32, image de la douceur, de la puret√©, de la simplicit√©. Matthieu 10.16

      Cette expression et celle qu'emploie Luc 3.22 sous une forme corporelle, comme une colombe, ne permettent pas d'entendre cette apparition comme une simple vision intérieure.

      17 Voici, en grec vois ! annonce toujours une chose inattendue et importante. Luc 5.12 ; Actes 8.27 ; Apocalypse 4.1 ; 6.2 ; etc.

      Grec¬†: Celui-ci est mon fils, le bien aim√©. Ce solennel t√©moignage de Dieu, qui sera identiquement r√©it√©r√© dans une autre occasion, (Matthieu 17.5) proclame le Sauveur du monde, non seulement comme Messie, d'apr√®s Psaumes 2.7¬†; Esa√Įe 42.1, mais dans son rapport unique et exclusif d'essence avec son P√®re, comme Luc 1.35¬†; Jean 1.18¬†; 3.16

      La bienveillance ou le bon plaisir de Dieu en son Fils est un terme h√©bra√Įque qui exprime cet ineffable amour que J√©sus lui-m√™me se plaisait √† rappeler Jean 3.35,5.20,10.17 et dont, par lui et en lui, ses rachet√©s deviennent aussi l'objet. Jean 1¬†; 7.23¬†; Eph√©siens 1.5¬†; 6¬†; Colossiens 1.13

      Même le temps du verbe (aoriste) : en qui je me suis complu est à remarquer, car il indique ce rapport éternel, toujours le même, dans lequel Dieu se contemple en son Bien-aimé. Jean 17.5

      - Dans le bapt√™me de J√©sus-Christ appara√ģt pour la premi√®re fois la Trinit√© divine¬†: Le P√®re et son t√©moignage, le Fils qui se voue √† son Ňďuvre, l'Esprit qui le consacre pour cette Ňďuvre. Et, au terme de sa carri√®re, le Sauveur fera de cette triple manifestation, mise alors en tout son jour, la formule sacr√©e pour le bapt√™me de tous ses rachet√©s. Matthieu 28.19 comparez 2Corinthiens 13.13, note. Ce n'est pas un th√®me pour la sp√©culation, tout est action pour le salut, pour la vie religieuse.

      - On lit ici : Celui-ci est mon Fils. Dans Marc et Luc, la parole s'adresse directement à Jésus : "Tu es mon fils." Unité dans le fond liberté dans la forme, selon que le narrateur s'est attaché au sens du témoignage pour Jean-Baptiste et les assistants, ou pour Jésus lui-même.

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