Aggée 2

    • 1

      1 √† 9 Second discours. Le pr√©c√©dent discours avait censur√© la n√©gligence du peuple. Dans celui-ci, le proph√®te l'encourage √† pers√©v√©rer dans l'Ňďuvre commenc√©e et lui fait contempler, dans un avenir plus ou moins √©loign√©, ce nouveau temple comme le centre de l'adoration de tous les peuples. Ce second discours fut sans doute motiv√© par les craintes qu'exprimait le peuple de ne pouvoir arriver, dans l'√©tat actuel des choses, √† reb√Ętir un temple digne de l'ancien. D√©j√† lors de la pose des fondements, racont√©e Esdras 3.10 et suivants, les vieillards qui avaient vu le sanctuaire pr√©c√©dent avaient pleur√© en songeant √† ce que serait celui dont on commen√ßait la construction. La m√™me tristesse reparaissait sans doute apr√®s la reprise des travaux. Ce nouveau discours √©tait donc destin√© √† donner au peuple l'assurance que l'Eternel se chargerait lui-m√™me de rev√™tir sa nouvelle demeure de la splendeur qui lui convenait.

      Le vingt-et-un du mois : c'était (d'après Lévitique 23.34-36) le septième jour de la fête des Tabernacles.

      3

      Qui reste-t-il parmi vous... ? Cette parole s'adresse d'abord au petit nombre de ceux qui pouvaient encore avoir vu l'ancien temple. Ce nombre devait être bien restreint ; car il s'était écoulé depuis la destruction de celui-ci plus de soixante-sept ans, la ruine avant eu lieu en 588. Peut-être Aggée, lui-même était-il un de ces survivants ; car il semble ici s'adresser à ses propres contemporains et rappeler un souvenir de leur enfance commune (voir l'introduction).

      5

      L'engagement que j'ai pris..., littéralement, la parole que j'ai traitée. La parole de l'Eternel et son Esprit, voilà en tout temps les deux grandes forces du peuple de Dieu (comparez Psaumes 33.6).

      6

      6 √† 9 Ce passage est le plus connu de tout le livre, par les perspectives messianiques qu'il renferme, ainsi que par la citation partielle et l'application qu'en fait l'√©p√ģtre aux H√©breux (H√©breux 12.26),

      Encore un temps : il ne s'√©coulera plus longtemps jusqu'√† ce que l'Ňďuvre de restauration commenc√©e si obscur√©ment avec le retour de l'exil prenne sa place dans l'histoire, en devienne le facteur dominant et y d√©ploie des effets qui se perp√©tueront jusqu'√† la fin des temps.

      J'ébranlerai... Quelque modestes que soient les commencements actuels, il n'en est pas moins vrai que ce rétablissement du peuple de Dieu finira par étendre son action sur le monde entier et par amener le renversement de tout son état actuel, pour y en substituer un nouveau.

      Les cieux et la terre : la commotion produite par la restauration de Juda transformera à la longue tous les domaines du monde moral, céleste et terrestre, et leurs relations mutuelles.

      7

      J'√©branlerai toutes les nations. Comme l'empire perse vient de renverser celui de Babylone, il sera renvers√© lui-m√™me pour faire place √† d'autres, et il en sera ainsi jusqu'√† la destruction totale de la puissance terrestre elle-m√™me, qui fera enfin place au r√®gne de Dieu. Cette petite colonie de Juifs, avec son temple reb√Ęti, ce point en quelque sorte imperceptible, devient en revanche dans le plan de Dieu le centre de la r√©g√©n√©ration universelle.

      Les trésors de toutes les nations : à mesure qu'elles se convertiront au règne de Dieu, dont l'établissement partira de ce temple même, elles consacreront leurs richesses à l'Eternel.

      Je remplirai cette maison de gloire. Cet √©difice que les Juifs commencent √† √©lever, ce rien √† leurs yeux, en devenant le foyer de l'Ňďuvre divine qui va s'accomplir, se trouvera √™tre plus glorieux que le temple ext√©rieurement magnifique qu'ils regrettent. Dans cette perspective de gloire spirituelle se r√©unissent : la venue du Messie, la r√©conciliation en lui des cieux et de la terre, la fondation et l'extension de l'Eglise, l'√©tablissement du royaume de Dieu chez tous les peuples par la pr√©dication de l'Evangile, la r√©novation morale et physique de l'univers.

      8

      A moi est l'argent : quelque misérable que soit en ce moment le peuple de Dieu, l'Eternel saura bien lui procurer les moyens de mener à bonne fin la construction commencée et d'accomplir sa mission auprès du monde entier.

      9

      En ce lieu-ci je mettrai la paix : la paix de la réconciliation entre les hommes et Dieu, et par là la paix des hommes entre eux sur toute la terre. Michée avait déjà fait comprendre que ce serait là le fruit de l'envoi du Messie (Michée 6.1).

      10

      10 à 19 Troisième discours. Ce discours débute par deux questions adressées par le prophète aux sacrificateurs. L'une des attributions de ces derniers était d'instruire le peuple (Deutéronome 33.8-10).

      De la viande consacrée. La viande des victimes offertes dans certains sacrifices était mangée en partie par les Israélites eux-mêmes ; pour cela, ils devaient l'emporter à un endroit fixé du parvis. Le vêtement dans lequel était transportée cette viande recevait de ce contact avec une chose sainte un caractère de consécration (Lévitique 6.20). Mais là s'arrêtait cette communication. La sainteté de la viande consacrée ne se transmettait nullement aux autres aliments dont usait l'Israélite dans son repas.

      13

      Souillé par un mort : c'était une souillure d'entre les plus graves (Lévitique 22.4). On restait impur pendant sept jours et il fallait une purification deux fois répétée pour redevenir net. La personne ainsi souillée communiquait son impureté à tout ce qu'elle touchait (Nombres 19.22).

      Apr√®s les deux r√©ponses exactes faites par les sacrificateurs, Agg√©e en indique l'application pratique au peuple. La voici : Ce qui est saint ne peut que dans de bien √©troites limites sanctifier ce qui ne l'est pas. Mais la r√©ciproque n'est pas vraie, puisque ce qui est souill√© souille tout ce qui ne l'est point. Ainsi, un fruit sain ne peut assainir ceux qui l'entourent, tandis qu'un fruit g√Ęt√© corrompt ceux qui sont en contact avec lui. Le sens ressort des versets suivants : Les actes du culte, tels que les sacrifices qu'offraient sur l'autel des holocaustes d√©j√† dress√© les Isra√©lites revenus de Babylone, ne pouvaient sanctifier les actes de leur vie ordinaire et amener la b√©n√©diction sur leur travail terrestre aussi longtemps que cette vie et ce travail √©taient souill√©s par l'indiff√©rence envers Dieu, comme cela ressortait de la cessation des travaux pour la construction du temple, tandis que le p√©ch√©, la mort spirituelle dans laquelle ils restaient plong√©s, avaient pour effet de souiller m√™me leurs actes de culte et leurs sacrifices et, par l√†, d'√©loigner la b√©n√©diction divine de leur personne et de leur vie terrestre.

      L√†, c'est-√†-dire, sur l'autel des holocaustes qui avait √©t√© reb√Ęti lors de la premi√®re entreprise de reconstruction du temple, en 536 (Esdras 3.2).

      15

      15 à 17 Ces versets reprennent la description de l'état de détresse dont il a été question 1.6. Le prophète montre à ses auditeurs dans les années de sécheresse et de disette qu'ils viennent de traverser le résultat de leur conduite vis-à-vis de Dieu.

      En arrière : littéralement, en remontant.

      Avant qu'on n'eut encore mis : jusqu'au moment o√Ļ l'on n'avait pas encore recommenc√© la construction du temple, c'est-√†-dire jusqu'au temps qui a pr√©c√©d√© le premier discours d'Agg√©e.

      16

      Un monceau de vingt mesures : un tas de gerbes qui devait fournir vingt mesures de grain et qui, en réalité, n'en donnait que dix, tant les épis étaient maigres. Le mot mesures, omis dans l'hébreu, a été suppléé dans la traduction.

      17

      La rouille et la nielle : deux maladies des céréales souvent nommées dans l'Ancien Testament (1Rois 8.37 ; Amos 4.9). La première provient d'un excès d'humidité, la seconde de trop de chaleur.

      18

      Ce verset reproduit sous une forme un peu différente l'exhortation du verset 15.

      Depuis le vingt-quatri√®me jour : ce jour est celui m√™me o√Ļ Agg√©e prononce ces paroles (aujourd'hui).

      Jusqu'√† partir du jour... Cette locution complexe signifie : en remontant jusqu'au jour o√Ļ... et en examinant les choses depuis ce moment-l√†.

      O√Ļ fut fond√© le temple : ces mots se rapportent √† la fondation du temple imm√©diatement apr√®s le retour, sous le r√®gne de Cyrus. Agg√©e veut dire : Embrassez d'un coup d'Ňďil l'espace qui s'est √©coul√© √† la suite de la fondation du temple, qui a √©t√© bient√īt suivie d'une compl√®te n√©gligence de ce travail (verset 18), et m√™me (verset 15) en y comprenant les trois mois qui se sont √©coul√©s depuis la reprise des travaux : durant tout ce temps le peuple a √©t√© manifestement priv√© de la b√©n√©diction divine¬†; cela s'applique m√™me aux trois derniers mois, parce que les r√©coltes faites √† cette √©poque subissent encore les cons√©quences f√Ęcheuses de l'ann√©e pr√©c√©dente. Les suites douloureuses des p√©ch√©s anciens se prolongent bien souvent au-del√† du moment o√Ļ il y a eu repentance et conversion.

      Par la traduction de ce verset, adopt√©e ici, on √©vite deux inconv√©nients, dont l'un consistait √† donner au mot ma√ęla, employ√© aux verset 15 et 18, un sens enti√®rement oppos√© dans les deux cas (au verset 15 en arri√®re¬†; au verset 18 en avant, chose difficile √† admettre de la part du m√™me auteur¬†; et dont l'autre r√©sidait dans le fait qu'en traduisant par en avant au verset 18, on √©tait forc√© de voir dans les mots : jusqu'√† partir du jour o√Ļ fut fond√© le temple de l'Eternel, l'indication de la reprise des travaux sous Agg√©e, ce qui n'√©tait pas possible non plus. Fonder n'est pas recommencer √† b√Ętir.

      19

      D√®s ce jour : Mais d√®s ce jour tout changera. C'est ici le moment d√©cisif o√Ļ vont commencer √† se faire sentir efficacement les effets de la reprise des travaux.

      20

      20 √† 23 Quatri√®me discours. Ce m√™me jour, Agg√©e re√ßoit une nouvelle r√©v√©lation ayant avant tout pour objet le gouverneur Zorobabel. Celui-ci, en sa qualit√© de rejeton et de repr√©sentant officiel de la race de David, obtient l'assurance que Dieu le prot√©gera et le glorifiera et que son Ňďuvre subsistera √† travers les temps difficiles qui surviendront pour les nations. Les versets 21 et 22 rappellent les versets 6 et 7.

      22

      Le tr√īne des royaumes. Ce terme : le tr√īne, au singulier, indique que les royaumes de la terre sont envisag√©s ici comme formant un tout unique, une seule puissance hostile √† Dieu (comparez Daniel chapitre 2).

      23

      Je te prendrai..., non pas sous ma protection, comme on l'explique parfois. Ce mot est en rapport avec l'image du cachet.

      Je ferai de toi comme un cachet. Chez les Orientaux, un cachet est un objet de valeur¬†; il est le signe de l'identit√© de son possesseur. C'est le moyen par lequel celui-ci certifie ses volont√©s et parfois les scelle pour qu'elles ne soient connues que de celui √† qui il veut les communiquer. Dans ce but, on le portait toujours sur soi, ou au doigt, sous la forme d'un anneau (J√©r√©mie 22.21), ou suspendu au cou (Gen√®se 38.18). En comparant Zorobabel √† un cachet, l'Eternel le d√©clare donc l'instrument pr√©cieux de sa volont√©, l'agent de ses d√©crets envers son peuple et envers le monde¬†; il s'approprie comme son Ňďuvre privil√©gi√©e et b√©nie √† jamais le travail de son serviteur. Cette race royale qu'il repr√©sente, ce temple qu'il rel√®ve, cette J√©rusalem qu'il reb√Ętit, ce peuple √† la restauration duquel il pr√©side, tout cela, Dieu en fait sa propri√©t√© √† toujours. L'histoire qu'il recommence apr√®s l'interruption de l'exil et dont Zorobabel est la vivante personnification, ne subira plus d'interruption : elle aboutira √† l'√©tablissement du r√®gne de Dieu. La rentr√©e en gr√Ęce d'Isra√ęl, le maintien de ce petit Etat restaur√© au milieu des catastrophes prochaines des empires terrestres, la propagation de ce peuple dans le monde entier pour y r√©pandre la connaissance du vrai Dieu et pour y pr√©parer ainsi, inconsciemment, les voies √† la pr√©dication du salut, la naissance du Messie dans son sein, l'√©dification sur la terre du sanctuaire spirituel et universel dont le temple reconstruit par Zorobabel n'est que le symbole : tous ces biens, pr√©par√©s dans le plan de Dieu, mais qui avaient paru an√©antis par la captivit√©, surgissent de nouveau dans la personne de Zorobabel, et ils marcheront d√©sormais sans interruption √† leur parfaite r√©alisation. Les si√®cles ont magnifiquement ratifi√© ce dernier mot sur l'importance du r√īle attribu√© √† Zorobabel comme restaurateur de l'Etat juif.

      Conclusion

      Entre Sophonie et Agg√©e, on sent bien vite qu'un espace de temps consid√©rable s'est √©coul√©. Le livre du premier est adress√© √† une nation qui est pr√®s de dispara√ģtre. Chez le second, on se trouve en pr√©sence d'un peuple qui revit et reprend conscience de lui-m√™me. Aussi l'horizon des deux serviteurs de Dieu est-il singuli√®rement diff√©rent. Sophonie contemple, avec le jugement de son peuple, celui de tous les peuples, et, avec le r√©tablissement de Juda, celui de l'humanit√© tout enti√®re. Son horizon embrasse l'univers. L'attention d'Agg√©e est plus concentr√©e sur le peuple de Juda nouvellement r√©tabli. C'est √† sa restauration religieuse qu'il voue ses efforts, mais il n'oublie pas la position centrale de ce peuple¬†; il fait de sa restauration le point de d√©part de la transformation du monde, et l'on voit l'esp√©rance messianique qui semblait voil√©e aux regards de Sophonie poindre avec √©clat dans quelques passages (2.6,23). Ce temple qui, aux yeux de la chair, n'est qu'un rien, deviendra le rendez-vous de tous les peuples, le lieu o√Ļ de toute la terre ils apporteront leurs offrandes. Ce Zorobabel, le moindre des satrapes de l'empire perse, en lui se personnifie le plan de Dieu pour le salut de l'univers.

      Aucun proph√®te n'indique avec une pareille pr√©cision la date de chacun des jours o√Ļ les r√©v√©lations lui furent accord√©es. Ses communications avec Dieu ont donc eu lieu en certains moments parfaitement d√©termin√©s¬†; et cependant, nulle trace d'extase, d'imagination surexcit√©e. Si Habakuk est le plus lyrique des proph√®tes, Agg√©e en est le plus prosa√Įque. Calme, sobre, pratique, il pousse √† l'action. Sa conscience, sa raison, sa volont√© vibrent √† l'unisson de son cŇďur. Agg√©e nous offre l'exemple du proph√®te chez qui la r√©v√©lation s'unit √† la plus calme et √† la plus parfaite possession de soi-m√™me.

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