Exode 40

    • 1

      1 √† 16 Ordres de l'Eternel √† Mo√Įse pour l'√©rection du Tabernacle.

      2

      D'apr√®s 19.1, il s'√©tait √©coul√© dix mois depuis l'arriv√©e √† Sina√Į. Si nous d√©falquons de ces dix mois les quelques jours qui avaient pr√©c√©d√© le don de la loi, les deux s√©jours de quarante jours de Mo√Įse sur la montagne et le court espace qui avait s√©par√© ces deux s√©jours, il nous reste un peu moins de six mois pour la construction du Tabernacle. C'est court, mais avec le z√®le qu'on mit √† ce travail, cet espace de temps para√ģt suffisant.

      3

      Les objets sont énumérés en allant de l'intérieur à l'extérieur.

      4

      Les détails sont donnés dans Lévitique 24.1-9

      5

      Devant l'arche : voir 30.6

      9

      9 à 11 Voir 30.26-29. Cette cérémonie de l'onction est racontée Lévitique 8.10-12

      10

      L'autel sera très saint (29.37), non pas plus saint que le sanctuaire, mais tout autant, bien que n'en faisant pas partie. La cuve, quoique plus rapprochée du sanctuaire, n'était pas très sainte, son usage même la mettant continuellement en contact avec la souillure.

      12

      12 à 16 Voir 29.4-9 et 30.30. Cette cérémonie de la consécration des sacrificateurs, qui avait été longuement décrite 29.4-5 (30.30), est rappelée ici brièvement, afin d'en fixer exactement l'époque. Elle devra suivre immédiatement l'érection du Tabernacle. Comparez Lévitique 8.1-36

      16

      Cette remarque se rapporte à ce qui suit : l'exécution des ordres précédents ; comparez les formules toutes semblables 7.6 ; 12.50

      17

      17 à 33 Erection du Tabernacle.

      Voir versets 1 et 2

      20

      Le t√©moignage : les deux tables de la loi. Rien d'autre ne se trouvait primitivement dans l'arche (1Rois 8.9). La cruche de manne fut plac√©e devant l'arche (Exode 16.34), ainsi que la verge d'Aaron (Nombres 17.10), et le livre de la loi √† c√īt√© de l'arche (Deut√©ronome 31.26).

      L'√©p√ģtre aux H√©breux (H√©breux 9.4) dit que toutes ces choses √©taient dans l'arche¬†; peut-√™tre avaient-elles √©t√© renferm√©es dans la suite¬†? C'est ce qu'admettait la tradition rabbinique.

      25

      An lieu de il posa, on peut traduire aussi : il alluma.

      27

      Le sens des expressions : et il fit br√Ľler, et il offrit l'holocauste (verset 29), et ils se lav√®rent (verset 34), nous parait √™tre celui-ci : de sorte qu'on put d√®s lors faire br√Ľler, offrir, se laver¬†; naturellement apr√®s que la c√©r√©monie de cons√©cration racont√©e L√©vitique 8.1-36 eut √©t√© accomplie.

      32

      Le verset 32 manque dans les LXX. ainsi que le verset 28, la fin du 29 et les versets 30 et 31 (une partie de ces passages se trouvant au chapitre 38).

      Entraient et... se lavaient. Nous pensons avec plusieurs interprètes que le verbe hébreu désigne ici l'action répétée.

      En général, tout ce morceau jusqu'à la fin du livre a le caractère sommaire d'une récapitulation, d'une part, et d'une anticipation, de l'autre. Comparez le rapport analogue de la fin de l'évangile de Luc avec le commencement du livre des Actes.

      34

      34 à 38 La gloire de l'Eternel sur le Tabernacle.

      La nuée couvrit la Tente... et la gloire de l'Eternel remplit... Il s'agit ici de ce qui se passa à la suite de la consécration du sanctuaire. Comparez Lévitique 9.22,23 et Nombres 9.15
      La Demeure une fois dress√©e et consacr√©e par l'onction, l'Eternel y vient visiblement habiter. C'est l'exaucement de la derni√®re intercession de Mo√Įse (38.15-16).

      Jusqu'√† l'√©rection du sanctuaire, la nu√©e descendait du Sina√Į sur la Tente dress√©e par Mo√Įse hors du camp, pour s'y rencontrer avec lui¬†; puis elle remontait. Dieu n'habitait plus, et pas encore, au milieu de son peuple. Isra√ęl peut maintenant reconna√ģtre qu'il est enti√®rement r√©habilit√© et qu'il poss√®de de nouveau son Dieu au milieu de lui.

      35

      Se tenait dessus... remplissait. Si la gloire de l'Eternel remplit la maison, la nu√©e qui se tient au-dessus montre que l'Eternel lui-m√™me n'y est point enferm√©. Le Dieu d'Isra√ęl est aussi le Dieu de l'univers¬†; Dieu tout √† la fois vit sur la terre et r√®gne dans le ciel¬†; comparez Esa√Įe 66.1¬†; 1Rois 8.27
      Cette réunion de l'immanence et de la transcendance divine caractérise toute la révélation biblique (Ephésiens 4.6).

      Mo√Įse ne put pas entrer. Ces paroles ne se rapportent qu'au premier moment, apr√®s que la nu√©e fut descendue¬†; comparez 1Rois 8.10

      36

      La description des versets 36 √† 38 est un coup d'Ňďil jet√© sur tout le voyage dans le d√©sert, Dieu lui-m√™me conduit son peuple conform√©ment √† sa promesse primitive (23.20-21), qu'il avait retir√©e, mais qu'il a maintenant renouvel√©e. Le peuple peut ainsi reconna√ģtre que l'Eternel a r√©ellement fait son domicile de cette maison qu'il vient de lui √©lever. Ainsi est enfin accomplie la promesse 25.22

      Conclusion sur le Tabernacle

      A l'√©poque o√Ļ le peuple d'Isra√ęl campait au pied du Sina√Į, le temps n'√©tait pas encore venu de lui demander le culte en esprit et en v√©rit√© inaugur√© par J√©sus-Christ. Quoique marqu√© d√©j√† du sceau de l'√©lection divine et porteur de l'h√©ritage spirituel de l'humanit√©, il n'√©tait pas m√Ľr encore pour un culte d√©gag√© de formes ext√©rieures et symboliques. Bien des si√®cles devaient s'√©couler avant qu'il f√Ľt arriv√©, selon l'expression de saint Paul (Galates 4.1 et suivants), √† l'√Ęge de majorit√© fix√© par le P√®re. De plus Isra√ęl n'avait point √©t√© jusque l√† sans culte¬†; et de m√™me que son d√©veloppement intellectuel et moral, religieux m√™me, ne pouvait manquer d'√™tre en rapport avec celui des autres peuples, ses contemporains, il devait en √™tre ainsi √† bien des √©gards de ses c√©r√©monies de culte. Or Mo√Įse, dans les institutions qu'il lui l√©gua, ne pouvant faire enti√®rement abstraction de ce qui existait d√©j√†, il ne faut pas s'√©tonner des points de contact que l'on y d√©couvre avec les formes de culte re√ßues chez les peuples environnants, et particuli√®rement avec celles que nous constatons chez les Egyptiens, parmi lesquels Isra√ęl venait de faire un si long s√©jour.

      Ce qui est beaucoup plus digne de remarque que ces ressemblances, ce sont les traits fermes et caract√©ristiques par lesquels s'accentue dans les institutions mosa√Įques le vivant monoth√©isme qui fut d√®s l'origine l'√Ęme du peuple h√©breu¬†; c'est le spiritualisme √©lev√© qui p√©n√®tre tous les d√©tails de ce culte ext√©rieur et mat√©riel.

      Rappelons d'abord les traits g√©n√©raux des diff√©rents cultes √©gyptiens, puisque ce sont ceux-l√† qui pr√©sentent le plus d'analogies avec le culte isra√©lite. Les temples √©taient entour√©s d'une vaste cour ext√©rieure destin√©e √† s√©parer la demeure de la divinit√© du monde environnant. Le temple lui-m√™me √©tait form√© d'une ou plusieurs salles soutenues par plusieurs rangs de colonnes, o√Ļ la lumi√®re ne p√©n√©trait qu'√† peine par des ouvertures pratiqu√©es dans le haut des murailles. Le sanctuaire proprement dit √©tait une petite chapelle de pierre ou de bois, rectangulaire, fort basse, situ√©e vers le fond de la salle la plus recul√©e, et o√Ļ la lumi√®re n'avait aucun acc√®s. C'√©tait l√† la vraie maison du dieu, qui renfermait son effigie, l'idole dans laquelle une op√©ration magique √©tait cens√©e avoir fait passer quelque chose de l'√Ęme de la divinit√© qu'elle repr√©sentait. Dans les jours de grandes f√™tes la statue √©tait transport√©e dans une barque sacr√©e jusqu'√† la cour ext√©rieure o√Ļ tout le peuple avait acc√®s. Mais le roi seul avait le droit de s'approcher du dieu dans son sanctuaire pour lui pr√©senter les offrandes. Celles-ci consistaient en quartiers de viande, pain, fruits et l√©gumes¬†; elles √©taient plac√©es devant l'idole sur la table sacr√©e et accompagn√©es de libations de vin. Il y avait aussi √† certains jours des sacrifices sanglants, sp√©cialement en faveur des m√Ęnes des d√©funts. Dans ces c√©r√©monies on chargeait la t√™te de la victime d'une impr√©cation, en demandant que, si quelque malheur mena√ßait le roi qui offrait le sacrifice ou l'Egypte elle-m√™me, le mal f√Ľt d√©tourn√© et fondit sur cette b√™te. Il ne para√ģt pas que jusqu'ici on ait trouv√© en Egypte rien qui ressemble √† un autel sp√©cialement destin√© √† recevoir le sang des victimes ou leur corps pour la combustion.

      M. Maspéro, auquel nous empruntons une partie de ces détails (L'Archéologie égyptienne, 1887), résume le culte égyptien dans les traits suivants :
      La pr√©sentation de l'offrande a lieu par le roi, comme fils du Soleil, seul digne de communiquer avec la divinit√©, et agissant au nom de l'humanit√© tout enti√®re. Le temple est construit √† l'image de l'univers, le dallage repr√©sentant la terre, et le toit, parfois vo√Ľt√©, l'immensit√© du ciel.

      Plusieurs traits dans le culte mosa√Įque rappellent quelques-uns de ceux que nous venons d'indiquer : ainsi la division du lieu de culte en trois parties principales ayant diff√©rents degr√©s de saintet√©, la table charg√©e de pain, les sacrifices sanglants. Mais il n'est pas n√©cessaire de voir dans ces ressemblances le r√©sultat de l'imitation, car ces m√™mes traits se retrouvent chez d'autres peuples de l'antiquit√©. Ils sont fond√©s sur la nature m√™me des choses. Ainsi la demeure de Dieu doit naturellement √™tre s√©par√©e par un espace convenable du domaine profane, et quant aux offrandes et aux victimes, elles sont pour l'homme le moyen le plus naturel d'exprimer √† Dieu sa reconnaissance et de chercher √† se le rendre favorable. Du reste, sous ces analogies m√™mes se cachent des diff√©rences que chaque lecteur attentif aura remarqu√©es √† la simple lecture de l'expos√© qui pr√©c√®de et que nous croyons superflu de relever en d√©tail.

      Ce qui distingue essentiellement le culte israélite des nombreuses formes du culte égyptien, comme de tous les cultes des peuples voisins, c'est l'absence de toute représentation matérielle de la divinité.

      Le Lieu tr√®s saint ne renfermait aucun simulacre. L'arche ne contenait que les deux tables de la foi, monument de la sainte volont√© du Dieu invisible. Le couvercle de l'arche, le propitiatoire, rappelait la gr√Ęce de ce Dieu qui pardonne, et les ch√©rubins, qui, avec leurs ailes √©tendues, √©taient comme les porteurs du tr√īne c√©leste, ne repr√©sentaient point des √™tres divins ou m√™me envisag√©s comme r√©els, mais n'√©taient que les symboles de la puissance vivifiante que Dieu d√©ploie dans toute la nature anim√©e. Dieu lui-m√™me, quoiqu'il se manifest√Ęt dans ce lieu, n'√©tait point cens√© y √™tre enferm√©¬†; la nu√©e, symbole de sa pr√©sence, planait au-dessus et en dehors du Lieu tr√®s saint.

      Dans le Lieu saint, qui pr√©c√©dait ce lieu le plus recul√© du sanctuaire, se trouvait tout au fond, en face de celui qui y entrait depuis le parvis, l'autel d'or o√Ļ fumait matin et soir le parfum, embl√®me des actions de gr√Ęces et de la pri√®re du peuple¬†; √† sa gauche, du c√īt√© du midi, le cand√©labre aux sept branches, repr√©sentant la r√©v√©lation de la v√©rit√© divine dont Dieu √©claire son peuple¬†; √† droite, du c√īt√© du nord, la table des pains sur laquelle Isra√ęl offrait √† son Dieu, chaque jour de sabbat, les produits du sol, les fruits de son travail.

      Dans la cour extérieure, ou parvis, se dressait l'autel des holocaustes. Le Dieu qui habite cette demeure est saint : il ne saurait tolérer l'approche du péché. Chaque jour donc, le peuple qui demeure autour de ce sanctuaire, devra être purifié et consacré de nouveau par le sang de l'holocauste offert matin et soir sur cet autel. La cuve d'airain, qui se trouvait entre l'autel et la Tente et qui rappelle les bassins d'eau qu'on trouve dans le voisinage des temples égyptiens, était, comme ceux-ci, destinée aux purifications des sacrificateurs.

      Le sanctuaire israélite représentait ainsi les trois degrés de la relation de l'homme pécheur avec l'Eternel.

      • Le premier, celui de la r√©conciliation par l'expiation et de la cons√©cration qui en r√©sulte, avait pour th√©√Ętre ordinaire le parvis¬†;
      • le second, celui de l'adoration par laquelle le p√©cheur graci√© glorifie son Dieu, √©tait repr√©sent√© par le Lieu saint¬†;
      • enfin, le Lieu tr√®s saint, au-dessus duquel Dieu habitait et o√Ļ il se communiquait directement √† celui qui devait ex√©cuter ses ordres, correspondait √† l'√©tat de communion directe et personnelle avec Dieu auquel est admis l'homme rentr√© en gr√Ęce et p√©n√©tr√© de reconnaissance pour son pardon.
      De la réconciliation à l'adoration, de l'adoration à la communion : voilà le progrès et, pour ainsi dire, l'ascension que représentait le lieu de culte israélite. Mais, en même temps, par les restrictions de plus en plus étroites apportées au droit d'entrée dans chacune de ces parties, Dieu faisait sentir l'état d'infériorité dans lequel le peuple et même ses sacrificateurs étaient encore retenus.

      L'aspect du Tabernacle vu depuis le camp √©tait √† peu pr√®s celui-ci : D'abord une vaste enceinte rectangulaire, de cent coud√©es de long et de cinquante de large, tout entour√©e d'une tenture blanche, haute de cinq coud√©es et suspendue √† des piliers de bois recouverts d'airain¬†; l'entr√©e de cette enceinte, tourn√©e vers l'est, form√©e par cinq piliers de bois dor√© et garnie d'un somptueux rideau de lin blanc avec de magnifiques broderies rouges, bleues et cramoisies¬†; √† l'int√©rieur, d'abord. l'autel des holocaustes¬†; puis, plus loin, la cuve d'airain, plac√©e un peu vers le sud¬†; enfin, au fond, la Tente, aussi de forme rectangulaire, longue de 30 coud√©es, large et haute de 10, d√©passant par cons√©quent de moiti√©, en hauteur, la tenture de l'enceinte¬†; cette tente form√©e de quatre tapis superpos√©s reposant sur des pieux d'acacia rev√™tus d'or. Le tapis le plus ext√©rieur n'est qu'une esp√®ce de fourre destin√©e √† prot√©ger le tout contre le sable et la poussi√®re et contre les pluies torrentielles qu'am√®nent parfois les orages dans le d√©sert. Il est de peaux de dauphin, d'un gris bleu√Ętre. Si on le replie en tout ou en partie, on voit une seconde tenture de peaux de b√©lier teintes en rouge. La troisi√®me est de peaux de ch√®vre, aux poils longs et soyeux, de couleur noir√Ętre, peut-√™tre ray√©es de blanc. La quatri√®me, qui proprement forme la Tente, est de fin lin blanc, tiss√©e avec des fils teints en rouge, en bleu et en cramoisi.

      Que signifient ces couleurs et ces dimensions ? Car tout dans ces arrangements indique l'intention la plus réfléchie et le soin le plus minutieux. Le blanc, qui forme le fond des tentures, est évidemment l'emblème de la pureté, de la sainteté. Le rouge est le symbole naturel de la vie ; le violet ou bleu foncé, qui rappelle l'azur du ciel, représente la félicité divine. La réunion de toutes ces couleurs, telle qu'elle se trouve dans l'étoffe de la tenture intérieure et dans celle des trois voiles, à l'entrée du Lieu très saint, du Lieu saint et du parvis, et telle aussi que nous la retrouvons dans une partie des vêtements du grand sacrificateur, figure naturellement la réunion et l'harmonie des perfections représentées par chaque couleur prise à part.

      Quant aux nombres, ils ne sont pas plus arbitrairement choisis que les couleurs.

      Celui qui règne dans tout le sanctuaire est le nombre 10. Ce nombre, qui est celui des doigts humains, représente, par un symbolisme naturel, une totalité parfaite. Il domine absolument la forme du Lieu très saint qui est un cube parfait de 10 coudées dans ses trois dimensions. Ce sanctuaire est signalé par là comme l'emblème de la perfection.

      Le Lieu saint, qui a une longueur double (20 coud√©es) de sa hauteur et de sa largeur, pr√©sente la forme rectangulaire, qui est moins parfaite que celle du cube, et repr√©sente ainsi l'acheminement √† la perfection plut√īt que la perfection elle-m√™me. On comprend que l'auteur de l'√©p√ģtre aux H√©breux ait vu dans le Lieu saint le type le plus √©lev√© de l'ancienne alliance.

      Dans les dimensions du parvis domine le nombre 5.
      (5 colonnes en formant l'entrée, les piliers de 5 coudées de hauteur, distants l'un de l'autre de 5 coudées.)

      [Sans doute d'apr√®s 27.16¬†; 38.19 il semble que la porte du parvis n'avait que quatre piliers¬†; mais ce n'est qu'une apparence, comme on le voit par les versets pr√©c√©dents (27.10-15, note), d'o√Ļ il r√©sulte que cinq piliers supportaient le voile d'entr√©e¬†; mais soit le premier soit le dernier √©tait compt√© comme appartenant √† l'aile adjacente.]

      La raison de ce nombre appliqué au parvis est sans doute celle-ci : Si 10, comme représentant les deux mains, est le chiffre de la totalité, 5, comme n'en représentant qu'une seule, est celui de l'incomplet, de la demi-perfection ; il convient ainsi au parvis, qui n'est que le vestibule de la demeure divine.

      A c√īt√© du nombre 10, le nombre 4 a aussi sa place dans le Lieu tr√®s saint. Car la figure cubique est un compos√© de carr√©s parfaits, et l'entr√©e de cette partie du sanctuaire est form√©e par 4 colonnes, tandis que celle du Lieu saint et celle du parvis en ont 5. Il doit y avoir l√† une intention. Et on la comprend si l'on se rappelle que le nombre 4, qui rappelle les quatre c√īt√©s de l'horizon, est par l√† m√™me le chiffre le plus propre √† repr√©senter l'id√©e du monde¬†; appliqu√© au Lieu tr√®s saint, ce nombre parait donc signifier que le monde entier est destin√© √† devenir un jour ce qu'est actuellement ce lieu sacr√©, la demeure de Dieu et le th√©√Ętre de ses manifestations : comparez Apocalypse 21.16, o√Ļ la nouvelle J√©rusalem a, comme le Lieu tr√®s saint du Tabernacle, la forme d'un cube, et appara√ģt ainsi comme ce Lieu tr√®s saint agrandi.

      Nous ne rencontrons le nombre 7 qu'une seule fois, et cela dans le cand√©labre aux sept lampes. Le nombre 7 est g√©n√©ralement appliqu√© dans l'Ecriture √† la richesse des forces qui constituent la pl√©nitude de la vie divine et des activit√©s dans lesquelles ces forces se d√©ploient. D'apr√®s Apocalypse 5.6, l'agneau assis sur le tr√īne a sept yeux et sept cornes, c'est-√†-dire qu'il poss√®de en plein la toute-science et la toute-puissance divines. C'est dans le m√™me sens que dans Apocalypse 1.4, le Saint-Esprit, plac√© entre Dieu et J√©sus le Messie, est d√©sign√© comme les sept esprits qui sont devant le tr√īne de Dieu¬†; c'est-√†-dire comme renfermant tous les dons que Dieu r√©pand sur J√©sus et en vertu desquels il m√©rite le nom d'Oint ou Christ, comparez Esa√Įe 11.2. C'est ainsi encore que Zacharie (3.10) parle des sept yeux de l'Eternel qui sont fix√©s sur la pierre angulaire du temple reb√Ęti par Zorobabel. On doit, conclure de l√† que les sept lampes du cand√©labre repr√©sentent la richesse, pleine de diversit√© et d'harmonie, des dons de connaissance et d'action que le Saint-Esprit (l'huile du cand√©labre) communique au peuple de Dieu.

      Ce peuple lui-m√™me est repr√©sent√© par le nombre 12. Ce nombre para√ģt deux fois : dans les douze pains plac√©s sur la table dans le Lieu saint, et dans les douze pierres pr√©cieuses que portait sur son pectoral le grand sacrificateur et sur lesquelles √©taient grav√©s les noms des douze tribus. Ces deux applications qui sont faites de ce nombre sont significatives. Le nombre 12 provient de la combinaison du 3 et du 4, dont le premier est le chiffre de l'√™tre divin consid√©r√© dans son essence, le second. comme nous venons de le voir, celui du monde¬†; il d√©signe en cons√©quence la relation de Dieu avec les cr√©atures, particuli√®rement avec celle qui par sa nature spirituelle peut entrer en relation morale avec Dieu. C'est ainsi le chiffre qui caract√©rise l'union de Dieu avec les hommes, la p√©n√©tration de l'humain par le divin¬†; c'est le chiffre du peuple de l'alliance.

      Nous avons fait observer dans l'explication des chapitres précédents le choix des métaux employés dans les trois parties du sanctuaire. Nous retrouvons ici une gradation analogue à celle que nous avons observée plus haut. L'or, le plus parfait des métaux, est celui qui domine dans le Lieu très saint et dont sont même recouverts les meubles du Lieu saint qui en sont le plus rapprochés. D'autre part c'est l'airain, métal sombre, mais solide, qui domine dans le parvis. Dans l'espace intermédiaire se retrouve fréquemment l'argent, sorte de transition entre les deux autres métaux.

      C'est ainsi que tout dans les dimensions, dans les couleurs et dans les matériaux employés concordait, dans la construction du lieu de culte, à caractériser les degrés de sainteté de ses différentes parties.

      M√™me gradation dans la dignit√© des personnes appel√©es √† fonctionner dans le Tabernacle. L'acc√®s du parvis est ouvert √† tout Isra√©lite qui a un sacrifice √† y offrir, et c'est dans cette partie que fonctionnent les l√©vites, comme substituts des premiers-n√©s de toutes les familles d'Isra√ęl. Les sacrificateurs ont seuls acc√®s dans le Lieu saint, et le grand sacrificateur p√©n√®tre seul dans le Lieu tr√®s saint, et cela une fois l'ann√©e seulement, le jour des Expiations. Entre le souverain sacrificateur et le Lieu tr√®s saint, il existe une relation sp√©ciale qui est signal√©e par deux faits :

      1. l'or entre dans les vêtements particuliers dont ce premier fonctionnaire de la théocratie se revêt lorsqu'il officie ; ces vêtements d'or (biguedé zahav, comme les appellent les rabbins pour les distinguer des autres habits de cérémonie) sont la tiare, l'éphod et le pectoral ;
      2. l'étoffe du pectoral, de l'éphod et de la ceinture est la même que celle de la tenture du Lieu très saint.

      L'aspect de ce personnage rev√™tu de son costume de c√©r√©monie √©tait celui-ci : Sur sa t√™te, le turban que Jos√®phe dit avoir √©t√© bleu, mais qui, en raison du silence du texte sur ce point, doit plut√īt avoir √©t√© de fin lin blanc¬†; sur son front, la lame d'or avec son inscription sublime¬†; sur ses √©paules, les deux pierres d'onyx portant chacune le nom de six tribus¬†; sur sa poitrine, le pectoral de couleur bleue, rouge et cramoisie avec des fils d'or¬†; sous le pectoral, l'√©phod, justaucorps de la m√™me √©toffe, descendant jusque vers les hanches¬†; sous l'√©phod, le surplis, robe courte descendant jusqu'au-dessous des genoux, de couleur bleu-fonc√©, avec sa guirlande de grenades de pourpre et de clochettes d'or au bord inf√©rieur¬†; enfin, sous le surplis, la chemise de lin blanc, descendant jusqu'aux pieds et dont on ne pouvait voir dans le haut du corps que les manches et au bas que la partie d√©passant le surplis. La ceinture qui la tenait serr√©e au corps √©tait de la m√™me √©toffe pr√©cieuse que l'√©phod et le pectoral, mais on n'en pouvait voir que les deux bouts pendant au bas du surplis.

      Rev√™tu de ce costume magnifique, le grand sacrificateur apparaissait comme l'Isra√©lite id√©al, le serviteur normal du Ma√ģtre de cette habitation divine.

      Les autres sacrificateurs, qui fonctionnaient dans le Lieu saint et le parvis, avaient aussi leur costume d'office, mais beaucoup plus simple.

      Plusieurs critiques modernes, partant du fait que ce r√©cit est emprunt√© uniquement au document √©lohiste, pr√©tendent que tout ce Tabernacle d√©crit par l'Exode et le culte qui devait s'y c√©l√©brer n'ont jamais exist√© en r√©alit√©, et que plus tard seulement on a, sur le mod√®le du temple de Salomon, imagin√© le Tabernacle du d√©sert, tel que nous le trouvons ici d√©crit. Cette supposition s'accorde avec l'id√©e que se font ces savants de toute l'histoire isra√©lite, dans laquelle il ne voient que le r√©sultat d'un d√©veloppement purement naturel, d'o√Ļ serait exclue toute intervention divine. Mais qu'on lise L√©vitique, chapitres 16 et 17, o√Ļ reviennent sans cesse les expressions dans le camp, hors du camp, et o√Ļ le Tabernacle est mentionn√© fr√©quemment, et l'on comprendra que cette supposition impliquerait une fraude r√©fl√©chie qui s'√©tendrait au livre du L√©vitique, comme √† celui de l'Exode. Il en serait de m√™me des Nombres (comparez Nombres 11.16 et suivants Nombres 11.24 et suivants) et enfin du Deut√©ronome qui n'appartient point au document √©lohiste et o√Ļ il est parl√© de l'arche de l'alliance dans laquelle furent plac√©es les deux tables de la loi (10.1-5), ainsi que de la Tente d'assignation et de la nu√©e (31.15).

      Le deuxi√®me livre de Samuel raconte (6.17) que lorsque l'arche de l'Eternel fut amen√©e par David √† J√©rusalem, il la pla√ßa sous une tente qu'il lui avait dress√©e. Pourquoi une tente √† J√©rusalem, si la tradition antique n'e√Ľt consacr√© ce mode d'habitation divine comme celui qui avait exist√© primitivement¬†? Au chapitre 7 nous trouvons un autre passage remarquable. Le roi David y parle √† Nathan (verset 2) de l'arche de Dieu et exprime le regret qu'elle habite dans une tente, tandis que lui-m√™me habite dans une maison de c√®dres, et en r√©ponse √† cette communication de David, l'Eternel r√©pond ainsi par la bouche de Nathan :
      Je n'ai habit√© jusqu'ici dans aucune maison depuis le jour o√Ļ j'ai fait monter d'Egypte les enfants d'Isra√ęl jusqu'√† ce jour, mais j'ai march√©, √ßa et l√† avec les enfants d'Isra√ęl dans une Tente et sous un pavillon.
      Tout ce récit serait-il une fraude destinée à corroborer celle de l'auteur des trois livres moyens du Pentateuque ? Comparez aussi ce qui est dit de la résidence du Tabernacle à Silo et à Nob (Juges 18.31 ; 1Samuel 1 ; 3 ; 21).

      En face de ces faits, il ne nous para√ģt pas possible de nier l'existence d'un sanctuaire national existant d√®s le temps qui a suivi la sortie d'Egypte.

      Mais on s'est demand√© si ce sanctuaire pouvait avoir d√©j√† √† cette √©poque la grandeur et la magnificence qui lui sont attribu√©es dans la description de l'Exode, et l'on a pr√©tendu qu'un Tabernacle aussi consid√©rable n'e√Ľt pu √™tre construit, ni transport√© dans les conditions de la vie du d√©sert. Nous avons d√©j√† r√©pondu √† l'objection relative √† la construction¬†; nous aurons plus tard l'occasion de nous occuper de celle relative au transport. Voir √† Nombres 7.1-9¬†; 16.38 et suivants.

      [Sur les trois expressions suivantes :

      ]

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