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Luc 3

    • 1 Inauguration du minist√®re de J√©sus

      Chapitre 3.

      Le ministère de Jean-Baptiste et le baptème de Jésus.

      1 à 20 Jean-Baptiste

      2 Comparer Matthieu 3.1 ; Marc 1.1-11.

      - Au moment solennel o√Ļ l'apparition du pr√©curseur annonce celle du Sauveur lui-m√™me, Luc tient √† marquer la place de ce grand √©v√©nement dans le cadre de l'histoire de son temps. De l√† ces donn√©es chronologiques si pr√©cises. Son regard se porte d'abord sur l'empire, puis sur les diff√©rentes parties de la terre sainte et de ses environs, enfin sur les autorit√©s th√©ocratiques du peuple juif.

      - Tib√®re succ√©da √† Auguste (Luc 2.1) le 19 ao√Ľt de l'an 14 de notre √®re¬†; la quinzi√®me de son r√®gne tombait donc sur l'an 28 ou 29. J√©sus, √©tant n√© quatre ans avant notre √®re, (Matthieu 2.1, note) avait alors trente-deux ou trente-trois ans. Il faut donc regarder l'indication du verset 23 comme approximative, ainsi que le montre l'expression "environ trente ans."

      D'autres pensent que Luc compte les ann√©es du r√®gne de Tib√®re du moment o√Ļ Auguste l'associa √† l'empire, ce qu'il fit deux ans avant sa mort. Nous serions alors en 26 et J√©sus aurait eu trente ans exactement lors de son bapt√™me¬†; mais cette mani√®re de compter les ann√©es d'un r√®gne est sans analogie chez les historiens anciens.

      - Pilate ne portait que le titre de procurateur, ou intendant de l'empereur. Mais en Jud√©e, comme dans quelques autres districts, ce fonctionnaire √©tait charg√© de toute l'administration, et s'appelait gouverneur. Depuis la destitution d'Arch√©la√ľs, fils d'H√©rode, (Matthieu 2.22) en l'an 6 de notre √®re, la Jud√©e formait, avec la Samarie et l'Idum√©e, une annexe de la province de Syrie. Pilate y arriva quelques ann√©es seulement avant le minist√®re de Jean-Baptiste et, apr√®s un gouvernement de dix ans (26-36 apr√®s J.-C.), il fut r√©voqu√©. (Jos√®phe, Antiq. XVIII, 4, 2.)

      - Hérode Antipas, second fils d'Hérode le Grand, gouvernait la Galilée et la Pérée, avec le titre de tétrarque, qui désignait originairement le souverain de la quatrième partie d'un royaume, mais qui, dans la suite, fut appliqué à de petits princes dépendants des Romains. Hérode Antipas régna depuis la mort de son père en l'an 4 avant Jésus-Christ, jusqu'en l'an 39 de notre ère (Comparer sur le caractère de ce prince Matthieu 14.1 et suivants ; Marc 6.14 et suivants, notes.)

      - Philippe, autre fils d'Hérode et frère du précédent, régnait sur l'Iturée et la Trachonite, auxquelles l'historien Josèphe (Antiq. XV, 10, 1) ajoute la Batanée et l'Auranitide, provinces situées au nord-est de la Galilée, près des montagnes du Liban. Philippe régna de l'an 4 avant Jésus-Christ jusqu'à l'an 34 de notre ère.

      - L'Abilène, ainsi nommée d'Abila, chef-lieu de cette province que gouvernait Lysanias, avec le titre de tétrarque, était également située près des montagnes du Liban. Ce Lysanias a souvent été confondu avec un de ses prédécesseurs du même nom, mentionné par Josèphe (Antiq. XV, 4,1), et l'on n'a pas manqué d'accuser l'évangéliste d'avoir commis ici un anachronisme. Mais il est aujourd'hui prouvé, par des inscriptions, qu'il existait sous le règne de Tibère un tétrarque Lysanias, descendant de l'ancien prince de ce nom. (Voir le Commentaire de M. Godet.)

      - Enfin Luc, apr√®s ces indications relatives √† l'√©tat politique du monde, caract√©rise la situation th√©ocratique et religieuse. Le texte re√ßu porte ici¬†: (grec) sous les souverains sacrificateurs Anne et Ca√Įphe¬†; erreur de copiste, ou pr√©tendue correction¬†: on pensait qu'avec ces deux noms propres il fallait un titre au pluriel. Le texte authentique (tous les majuscules) porte¬†: sous le souverain sacrificateur Anne et Ca√Įphe. Il ne pouvait y avoir deux souverains sacrificateurs.

      Anne, beau-p√®re de Ca√Įphe, avait √©t√© destitu√© par le pr√©d√©cesseur de Pilate, et Ca√Įphe √©tait le seul titulaire actuel. Mais, soit √† cause de sa parent√© avec ce dernier, soit parce que les Juifs ne voulaient pas reconna√ģtre ces empi√©tements de l'autorit√© pa√Įenne sur leurs institutions religieuses, Anne continuait √† s'arroger le titre et partageait avec son gendre l'autorit√© sacerdotale. De l√† la tournure inusit√©e par laquelle Luc exprime cet √©tat de choses. La m√™me id√©e ressort du r√©cit de Jean. (Jean 18.13,24¬†; comparez Actes 4.6)

      Grec¬†: la parole de Dieu fut sur Jean¬†; il re√ßut par cette parole sa vocation de proph√®te. (Comparer J√©r√©mie 1.2¬†; Os√©e 1.1 et ailleurs.) Malgr√© les pr√©dictions qui, √† l'√©poque de sa naissance, avaient proclam√© le r√īle qu'il devait jouer, Jean n'entra dans son minist√®re que sur l'appel expr√®s de Dieu. (Jean 1.33)

      - Les mots¬†: dans le d√©sert, rappellent la solitude profonde ou v√©cut Jean jusqu'au moment "de sa manifestation √† Isra√ęl." (Luc 1.80)

      - Voir, sur le ministère de Jean, Matthieu 3.1, 2e note.

      3 Les environs du Jourdain faisaient partie de la région désignée d'une manière plus vague par Matthieu sous le nom de "désert de Judée." (Matthieu 3.1, 3e note.)

      Ces paroles expriment brièvement tout le sens et le but du ministère du précurseur. Ce sont les mêmes qu'emploie Marc. (Marc 1.4, note.) Matthieu les met directement dans la bouche de Jean-Baptiste : "Repentez-vous !" (Matthieu 3.2, note.)

      4 Esa√Įe 40.3-5. (Voir, sur cette citation, Matthieu 3.3, note.)

      Matthieu et Marc se bornent √† citer ces premiers mots de la proph√©tie d'Esa√Įe. Luc (verset 5) continue la citation en y comprenant les verset d'Esa√Įe¬†: Esa√Įe 40.4,5.

      6 La citation de Luc est conforme à la version des Septante, sauf un ou deux détails sans importance.

      Et la version grecque elle-même rend assez fidèlement Le sens de l'hébreu, jusqu'aux dernières paroles, (verset 6) dans lesquelles se produit une divergence : tandis que l'hébreu dit : "et la gloire de l'Eternel sera révélée et toute chair la verra en même temps," les Septante traduisent ces derniers mots par ceux-ci : "et toute chair verra le salut de Dieu."

      Notre √©vang√©liste adopte cette paraphrase qui convenait √† son but et qui n'est pas contraire d'ailleurs √† l'id√©e du proph√®te. En effet, voir le salut de Dieu, dans les temps √©vang√©liques, c'√©tait voir sa gloire, c'est-√†-dire la manifestation de ses perfections, de sa saintet√©, de sa mis√©ricorde. Il faut ajouter que ces paroles se trouvent effectivement dans un autre passage d'Esa√Įe, (Esa√Įe 52.10) en sorte que l'√©vang√©liste √©tait autoris√© √† les citer ici.

      - Quant √† son sens g√©n√©ral, la proph√©tie emploie l'image des pr√©paratifs qu'on faisait sur les chemins, en vue du passage d'un roi visitant solennellement ses Etats. Par cette image est d√©crit le changement qui doit s'op√©rer dans le cŇďur de l'homme d√©chu, pour que Dieu et sa sainte volont√© puissent y r√©gner¬†: orgueilleux et hautain, il doit √™tre abaiss√© par la repentance¬†; engag√© dans les voies tortueuses de l'incr√©dulit√© ou du doute, ou de la superstition, il doit revenir au droit chemin de la v√©rit√© de Dieu, de la sinc√©rit√©. Du reste, il faut √©viter, dans l'interpr√©tation et l'application de ces images, les subtilit√©s o√Ļ se perd quelquefois l'ex√©g√®se ou la pr√©dication.

      7 L'imparfait : il disait et la conclusion de Luc au verset 18 montrent que 1'évangéliste n'a pas l'intention de rapporter un discours spécial de Jean, mais de donner un résumé de toute sa prédication.

      - Comparer Matthieu 3.7, notes.

      Le premier évangile fait ici une distinction qui a son importance. Selon lui, ce n'est pas aux foules qui venaient se faire baptiser que le précurseur adressait cette rude apostrophe, mais bien à des pharisiens et à des sadducéens qui recherchaient le baptême par hypocrisie. Jean n'aurait pas parlé ainsi à ceux qui venaient à lui humiliés et "confessant leurs péchés." (Matthieu 3.6)

      D'autre part, l'austère prédicateur de la repentance attaquait dans cette censure l'esprit général du temps, et il ne ménageait pas plus le peuple que ses chefs. En abaissant l'orgueil des grands, il ne se faisait pas le flatteur des masses. La suite de son discours le prouve.

      8 voir Matthieu 3., notes.
      9 voir Matthieu 3., note.
      10 Le texte reçu a le futur indicatif : Que ferons-nous ?

      Le texte de la plupart des majuscules porte le verbe au subjonctif, donnant ainsi à la question un sens délibératif qui dénote l'intérêt, l'anxiété avec laquelle la foule s'adressait à Jean. (Il en est de même aux versets 12,14)

      Les paroles sévères du prophète concernant la colère à venir et la nécessité de produire des fruits dignes de la repentance, (versets 7-9) avaient porté coup. Plusieurs lui adressaient donc, avec crainte et tremblement, cette question suprême qui s'élève de toute conscience réveillée et tourmentée par le sentiment de son péché. (Actes 2.37 ; 16.30)

      - Les verbes à l'imparfait (versets 10,11,14) indiquent que ces scènes de repentance et ces sérieux dialogues se renouvelaient souvent.

      - Les versets¬†: versets 10-14 sont particuliers √† Luc, qui a d√Ľ les tirer d'une source inconnue √† Matthieu. On voit combien il est vrai qu'il avait tout examin√© avec exactitude. (Luc 1.3)

      14 Ceux que nous voyons interroger le prophète sont des hommes de la foule, (verset 10) des péagers, des soldats, qui tous avaient trouvé dans leur position ou dans leur vocation des tentations spéciales, et qui sentaient vivement les péchés qu'ils avaient commis.

      Aussi Jean leur répond-il à chacun selon sa position, ne les engageant pas à laisser leur vocation, mais les exhortant à en remplir fidèlement les devoirs. Au lieu de leur prescrire des exercices de piété extraordinaires, il les renvoie simplement à la loi morale qu'il les presse d'accomplir.

      J√©sus fit de m√™me dans le sermon sur la montagne. C'est la loi qui r√©veille le sentiment du p√©ch√© (Romains 3.20) et le besoin de la gr√Ęce. Jean n'est point encore le pr√©dicateur de l'Evangile. Ceux qui l'annonceront donneront une r√©ponse plus compl√®te √† la grande question¬†: Qu'avons-nous √† faire¬†? (Actes 2.37-39¬†; 16.30,31)

      Sin. et la version syr. portent : n'accusez personne faussement.

      15 Cette remarque sur les dispositions du peuple à l'égard de Jean est particulière à Luc. Elles donnèrent lieu à la déclaration qui va suivre, (verset 16) et montrent quelle profonde impression la prédication de Jean faisait sur le peuple.
      17 Voir, sur cette importante d√©claration de Jean-Baptiste relative au Sauveur et √† son Ňďuvre, Matthieu 3.11,12, notes¬†; Marc 1.7,8, note.

      Rien n'est plus touchant et plus instructif que la profonde humilité, le renoncement absolu avec lesquels Jean refuse pour lui-même la confiance et les hommages du peuple, afin de les reporter tout entiers sur Celui qu'il annonçait comme le Sauveur du monde. (Jean 1.26 ; 3.28 et suivants)

      18 Luc n'a donc point entendu rapporter toutes les exhortations du précurseur.

      Il annonçait la bonne nouvelle, grec il évangélisait le peuple ; aux prescriptions morales, à la prédication de la loi, il ajoutait les promesses messianiques, et ainsi il annonçait déjà l'Evangile, la bonne nouvelle du salut, en dirigeant les regards de ses auditeurs vers Celui qui apportait le salut. (Comparer Jean 1.29)

      D'ailleurs les commandements de la loi morale et l'annonce des redoutables jugements de Dieu sur l'impénitence (verset 17) font partie de la prédication de l'Evangile.

      20 Luc devance les temps pour rapporter dans son ensemble tout ce qu'il avait à dire de Jean-Baptiste. Il se contente de noter en quelques mots les rapports d'Hérode le tétrarque avec Jean, que les deux premiers évangélistes ont racontés en détail. (Voir Matthieu 14.1-12, notes, et Marc 6.14-29, notes.)

      Mais il ajoute un fait qui lui est particulier ; c'est que Jean n'avait pas seulement repris Hérode au sujet de sa liaison adultère avec la femme de son frère (le texte reçu ajoute son nom, Philippe), mais encore au sujet de toutes les mauvaises choses qu'il commettait.

      Aussi y a-t-il une indignation contenue dans ces termes de l'évangéliste : il ajouta ceci à tout le reste : il enferma Jean dans la prison.

      L'historien Jos√®phe (Antiq., XVIII, 5. 1, 2) fait de l'activit√© de Jean-Baptiste et des causes de sa mort un r√©cit qui se rapproche de celui de notre √©vangile. Il raconte qu'H√©rode fut battu par le roi d'Arabie Ar√©tas, dont il avait r√©pudi√© la fille, sa premi√®re femme, pour √©pouser H√©rodias¬†; puis il ajoute¬†: "Or, il y en eut parmi les Juifs qui estimaient que l'arm√©e d'H√©rode avait p√©ri par la col√®re de Dieu, parce qu'il √©tait puni pour avoir fait mourir Jean, surnomm√© le Baptiste. En effet, H√©rode l'avait mis √† mort, quoique ce f√Ľt un homme juste qui encourageait les Juifs √† la vertu et leur recommandait d'exercer la justice les uns envers les autres et de pratiquer la pi√©t√© envers Dieu, puis de venir ainsi √† l'eau du bapt√™me."

      Jos√®phe donne de ce rite du bapt√™me une interpr√©tation inexacte, d'apr√®s laquelle il aurait √©t√© destin√© √† purifier le corps, l'√Ęme √©tant "d√©j√† purifi√©e par la justice." Il ne dit mot de l'√©l√©ment messianique de la pr√©dication de Jean. Il le passe intentionnellement sous silence. Il connaissait les promesses faites par Jean, puisqu'il attribue sa mort √† la crainte qu'√©prouvait H√©rode d'un soul√®vement¬†: "Car, dit-il, les esprits √©taient excessivement exalt√©s √† l'ou√Įe des discours de Jean." Cette exaltation ne pouvait √™tre produite que par l'esp√©rance messianique.

      Josèphe enfin n'indique pas la cause secrète de l'emprisonnement de Jean, qui nous est rapportée par Luc. (verset 19) Elle ne fut connue que de ceux qui tenaient de près au prophète. La raison d'état fut alléguée publiquement.

      21 21 à 22 Baptème de Jésus.
      22 Voir, sur le baptême de Jésus, Matthieu 3.13-17, notes, Marc 1.9, note.

      Il ne reste ici qu'√† relever ce qui est particulier √† Luc. Son r√©cit est tellement abr√©g√©, que le fait m√™me du bapt√™me de J√©sus para√ģt se confondre avec le bapt√™me du peuple en g√©n√©ral. (Tout le peuple, expression hyperbolique, indiquant le grand nombre de ceux qui se faisaient baptiser.)

      Mais, d'autre part, Luc, en se h√Ętant vers le r√©cit des manifestations divines qui eurent lieu √† cette occasion, les raconte d'une mani√®re plus objective et plus explicite que les autres √©vang√©listes.

      Ainsi :

      1¬į Il rapporte seul ce fait remarquable que les r√©v√©lations c√©lestes se produisirent pendant que J√©sus priait. C'est l'explication psychologique et religieuse de ce qui se passa. La pri√®re est l'interm√©diaire efficace entre le ciel et la terre, entre le P√®re et son Fils. C'est aussi pendant qu'il priait que J√©sus fut glorifi√© sur la montagne sainte, et qu'il re√ßut de Dieu son P√®re le m√™me t√©moignage¬†: Tu es mon Fils bien-aim√©. (Luc 9.29,35)

      2¬į Luc nous montre le ciel s'ouvrant, et l'Esprit-Saint descendant sous une forme corporelle. Il pr√©sente ce fait comme un √©v√©nement r√©el (il arriva que) et qu'il est impossible de consid√©rer comme une simple vision. C'est ce qu'on a tent√© de faire en s'appuyant sur les r√©cits de Matthieu et de Marc, d'apr√®s lesquels il semble que J√©sus seul fut t√©moin de ces manifestations.

      3¬į Dans le r√©cit de Luc, comme dans celui de Marc, le t√©moignage divin rendu √† J√©sus¬†: Tu es mon Fils bien-aim√© (grec mon Fils le bien-aim√©) s'adresse directement √† lui, tandis que dans Matthieu, il est adress√© √† JeanBaptiste et par son interm√©diaire √† tous les hommes, en ces termes¬†: "Celui-ci est mon Fils bien-aim√©."

      23 La généalogie de Jésus

      23 à 38 Généalogie.

      Lui-même, lui qui venait d'être l'objet de cette manifestation divine, (verset 22) et sur qui l'évangéliste veut maintenant attirer toute l'attention.

      - Trente ans (verset 1, note) est l'√Ęge o√Ļ l'homme a acquis le plein d√©veloppement de toutes ses facult√©s, celui aussi o√Ļ, selon la loi, les L√©vites entraient en charge. (Nombres 4.3,23)

      - Ces mots : lorsqu'il commença, doivent avoir pour complément : son ministère ou son activité messianique. (Comparer Actes 1.1, note.)

      Le mot fils ne se lit qu'au verset 23 et n'est pas répété devant chaque nom propre. Le grec se contente de mettre ceux-ci avec l'article au génitif pour marquer le rapport de filiation.

      Deux explications sont dès lors possibles : on peut faire de chaque nom soit le complément du nom précédent, soit le complément du mot fils, (verset 23) ce qui reviendrait à sous-entendre Jésus étant fils de,...devant chaque nom propre.

      La première construction parait la plus simple, mais on objecte qu'au verset 38, Adam serait désigné comme Fils de Dieu. Cette qualité convient mieux à Jésus.

      Les mots : comme on le pensait sont une précaution que prend d'évangéliste pour écarter l'idée de la paternité de Joseph (Comparer Matthieu 1.16, note.)

      - Mais de qui est la généalogie qui suit ? De Joseph, répondent beaucoup d'interprètes ; de Marie, pensent les autres. Il est difficile d'admettre que nous ayons ici la généalogie de Joseph, puisqu'elle est toute différente de celle qu'a conservée Matthieu et qui est bien la liste généalogique de l'époux de Marie. (Matthieu 1.1, 2e note.) Là, pour ne citer qu'un nom, Joseph est fils de Jacob, (Matthieu 1.16) ici il serait fils d'Héli. Cette hypothèse implique donc que l'une au moins des deux généalogies n'est qu'une composition de fantaisie.

      - Mais, d'autre part, comment prouver que nous avons ici la généalogie de Marie ? On a eu recours pour cela à deux méthodes différentes. Pour comprendre la première, il faut observer que l'article qui se trouve devant chaque nom manque devant celui de Joseph et ne commence qu'à celui d'Héli ; on peut construire ainsi notre verset, selon le texte de Sin., B : "étant fils (comme on le pensait, de Joseph) d'Héli, de Matthath, etc." Luc voudrait indiquer que Jésus était fils ou petit-fils d'Héli, père de Marie, dont il nous donne ici la généalogie. Cette interprétation est admise par M. Godet et par plusieurs exégètes modernes.

      - L'autre mani√®re d'arriver au m√™me r√©sultat est de supposer que Marie √©tant h√©riti√®re du nom de sa famille, Joseph, en l'√©pousant, √©tait entr√©, selon l'usage juif, dans la lign√©e des anc√™tres de sa femme et y avait √©t√© inscrit. Il √©tait donc l√©galement fils d'H√©li, p√®re de Marie et a√Įeul J√©sus. (Comparer Matthieu 1.1, 2e note.)

      Cette interprétation très ancienne n'est point inadmissible. Mais si l'on considère que l'une et l'autre explication reposent sur l'idée que Marie était fille d'Héli, et que cette idée n'a d'autre fondement que la tradition juive dans le Talmud, il faudra convenir que quelque incertitude plane sur la question qui nous occupe.

      Voir, sur notre passage, les observations de M. Godet dans son Commentaire sur saint Luc, et, dans un sens opposé, J. Bovon, Théol. du N. T. I, p. 199.

      38 La g√©n√©alogie adopt√©e par Luc est plac√©e ici d'une mani√®re tr√®s naturelle, au moment o√Ļ J√©sus sort de l'obscurit√© et entre dans sa carri√®re publique. (Comparer la place de la g√©n√©alogie de Mo√Įse, dans Exode 6.14-27)

      Matthieu, préoccupé de montrer la messianité de Jésus, place la généalogie en tête de son Evangile. La généalogie de Luc remonte jusqu'à Adam et à Dieu, et relève ainsi dès l'abord l'idée de l'universalité du salut, qui se retrouve dans tout cet évangile. Matthieu, au contraire, écrivant pour le peuple juif, prend son point de départ en Abraham.

      Les deux généalogies se rencontrent en David, mais tandis que Matthieu (Matthieu 1.6) descend jusqu'à Jésus par la lignée de Salomon, Luc (verset 31) remonte de Jésus à David par celle de Nathan. De David à Abraham, les deux généalogies concordent entre elles et sont conformes à l'Ancien Testament, dans lequel aussi Luc a puisé la dernière partie de sa généalogie de Thara à Adam.

      - Quelques noms des deux g√©n√©alogies compar√©es offrent √† la critique des difficult√©s dont on cherche de diverses mani√®res la solution. Ainsi, les deux listes renferment les noms de Zorobabel et de Salathiel, (Luc 3.27¬†; Matthieu 1.12) quoiqu'elles suivent des lign√©es diff√©rentes¬†; ainsi encore le nom de Ka√Įnan (verset 36) manque dans le texte h√©breu¬†; (Gen√®se 10.24) Luc l'a tir√© de la version grecque des Septante, o√Ļ il se trouve introduit par une variante. Sur ces mots¬†: Fils de Dieu, comparez verset 23, 2e note.

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