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Matthieu 1

    • 1 Origine humaine et divine du Messie

      Chapitre 1 : Généalogie de Jésus-Christ. Sa naissance

      1 à 17 Généalogie

      On pourrait traduire aussi : livre de la naissance, ce qui fait que quelques-uns ont étendu ce titre aux deux premiers chapitres qui racontent la naissance de Jésus-Christ, d'autres même à tout notre évangile. Mais cette expression étant dans les Septante la traduction ordinaire de l'hébreu sepher tholedoth, livre des générations ou des familles Genèse 5.1 et ailleurs, c'est-à-dire liste généalogique, il est évident que c'est dans ce sens qu'il faut l'entendre. Sur ces deux noms de Jésus-Christ qui se trouvent ici dès la première ligne du N.T., voir verset 16. note.

      Le but de l'√©vangile de Matthieu est de mettre en √©vidence le rapport intime et vivant des deux alliances, de montrer en J√©sus-Christ l'accomplissement de toute l'histoire de son peuple. (Voir l'introd.) Or ce but, l'√©vang√©liste le manifeste d√®s les premi√®res lignes de son livre, par cette g√©n√©alogie dont la signification est marqu√©e d'abord par les deux grands noms de David et d'Abraham¬†; - David, dans la famille duquel devait, selon la proph√©tie, na√ģtre celui dont la royaut√© serait √©ternelle Psaumes 132.11¬†; Esa√Įe 11.1¬†; J√©r√©mie 23.5 comparez Actes 13.23¬†; Romains 1.3 - Abraham, dans la post√©rit√© duquel devaient √™tre b√©nies toutes les familles de la terre, promesse qui n'a de sens et d'accomplissement qu'en J√©sus-Christ. Gen√®se 12.3¬†; 22.18 comparez Galates 3.14-16

      Le Fils de Dieu est venu prendre sa place dans cette postérité d'Abraham et dans notre humanité qu'il devait renouveler. S'il ne s'était agi pour lui que d'apporter au monde des révélations nouvelles, une longue série de traditions aurait suffi et peut-être aurions-nous trouvé ici, au lieu d'une généalogie, le catalogue des livres de l'Ancien Testament. Mais la bénédiction promise à Abraham devait se réaliser dans sa postérité, et consister en une création nouvelle, commencée dans la personne même du Libérateur. De là une généalogie qui n'a pas seulement pour but d'établir la filiation historique de celui-ci.

      -Mais, objecte-t-on, cette généalogie est celle de Joseph, (verset 16) et dès lors ne répond plus au but que vous lui attribuez. Il parait que l'évangéliste en a jugé autrement, puisque, d'une part, il met un soin particulier à écarter la paternité de Joseph (versets 16,18-21) et que, de l'autre, il conserve la généalogie. C'est qu'en remontant jusqu'à David et jusqu'à Abraham, il indique aussi l'origine généalogique de Marie, mère du Sauveur. Il donne à entendre que le "fils de David, fils Abraham," descend de ces grands personnages par sa mère, puisque ce n'est pas Joseph qui est son père.

      Mais ce premier but atteint, la généalogie de Joseph n'était pas inutile aux yeux d'un Israélite. Durant tout le temps de sa vie, Jésus fut envisagé comme fils de Joseph Luc 3.23 ; 4.22 ; Jean 6.42 et il devait l'être en vertu des plus hautes convenances. Mais, de plus, il y avait dans cette opinion ceci de fondé, que Joseph conférait à son fils adoptif un droit légal théocratique à la royauté, d'abord parce qu'il était lui-même descendant de David, (verset 20) et ensuite parce que, en épousant Marie qui était, comme on le suppose généralement, héritière du nom de sa famille Nombres 27.8, il entrait légalement dans la lignée de sa femme et en prenait le nom. Néhémie 7.63 Quoi qu'il en soit de cette dernière opinion, qui n'est qu'une hypothèse vraisemblable, il est certain que le but de Matthieu est de constater la double origine de Jésus-Christ, telle qu'elle est révélée par le témoignage unanime du Nouveau Testament, savoir, sa descendance de David : Luc 1.27 ; Actes 2.30 ; 2Timothée 2.8 ; Apocalypse 5.5 ; 22.16 ; Romains 1.3 comparez Matthieu 22.42 ; Marc 12.35 ; Luc 20.41 et en même temps sa naissance surnaturelle. (versets 18,20)

      16 Il faut remarquer le soin avec lequel ces derniers mots de la généalogie écartent l'idée que Joseph fut le père de Jésus. Il est bien appelé mari ou époux de Marie ; mais cette répétition constante du mot engendra cesse ici tout à coup et se trouve remplacée par ces termes : de laquelle est né Jésus. (Comparer versets 18-25)

      - Jésus, en hébreu Jehoschoua, même nom que celui de Josué Exode 24.13, signifie Jéhova est Sauveur, et le récit qui va suivre (verset 21) rend le lecteur attentif à la belle signification de ce nom :

      - Christ, en h√©breu Maschiah, grec Messias Jean 1.42¬†; 4.25 signifie OINT. Ce nom indiquait dans l'Ancien Testament la dignit√© royale, parce qu'on oignait d'huile, symbole de l'Esprit de Dieu, les rois, qui √©taient ainsi consacr√©s pour leur charge. Il en √©tait de m√™me des sacrificateurs et des proph√®tes. 1Samuel 24.7,11¬†; Psaumes 2.2¬†; Esa√Įe 45.1¬†; Daniel 9.25,26¬†; L√©vitique 4.3,5,16¬†; 1Rois 19.16

      Jésus-Christ qui, pour réaliser l'idée de l'ancienne alliance dans la nouvelle, a rempli ces trois charges, était donc, par excellence, l'oint de l'Eternel, et c'est sous ce nom de Messie, emprunté surtout au Psaumes 2 et à Daniel 9.25,26, que son peuple l'attendait.

      Lui-m√™me, en pr√™chant d√®s l'entr√©e de son minist√®re un royaume de Dieu dont il √©tait le Chef, a donn√© √† cette notion toute sa v√©rit√© et sa spiritualit√©. Aussi, dans son Eglise, le titre de Christ devint peu √† peu un nom propre, mais sans rien perdre de sa haute signification. Ce n'est point sans intention que les √©crivains sacr√©s l'appellent tant√īt J√©sus, tant√īt le Christ, ou lui donnent ce double nom de J√©sus-Christ, comme le fait notre √©vangile d√®s la premi√®re ligne. (verset 1)

      17 Les exégètes se sont donné beaucoup de peine pour retrouver la division d'après laquelle l'auteur établissait ces trois séries de quatorze générations. Nous remarquerons seulement que les générations de la première période, d'Abraham à David, sont énumérées, sans omission, conformément à : 1Chroniques 1.34 ; 2.1-15 ; elles sont au nombre de quatorze. Dans la seconde période, l'auteur a retranché quatre rois de Juda : Achazia, Joas, Amazia, entre Joram et Ozias, (verset 8) et Jojakim, entre Josias et Jechonias. (verset 11)

      On cherche en vain les raisons de ces retranchements. La liste a de la sorte quatorze noms, si l'on compte Jechonias comme le dernier de cette période. Mais dans ce cas la troisième série, composée en grande partie de noms inconnus, qui n'ont pas été puisés dans des sources bibliques, ne comprendrait que treize noms. On explique cette anomalie par une inadvertance de copiste, car l'auteur de la généalogie, en établissant sa triple division, avait évidemment sous les yeux quatorze noms pour chaque série.

      -Les uns pensent que l'omission a été faite dans la dernière série.

      -Les autres (Calvin) considèrent Jechonias comme le premier de la troisième série et pensent que le nom omis est celui de Jojakim, dans la seconde série. Ce nom se trouve, en effet, dans quelques manuscrits au verset11.

      -Une autre particularité de cette généalogie est la mention de quatre femmes : Thamar, Rahab, Ruth, Bath-Scheba. (versets 3-6)

      L'intention de l'auteur Peut avoir √©t√© de relever le fait que ces femmes ne furent admises que par une dispensation tr√®s exceptionnelle √† l'honneur d'√™tre compt√©es parmi les anc√™tres du Messie, leur situation naturelle paraissant les en exclure d'une mani√®re absolue. L'√©conomie de la gr√Ęce se montre ainsi en germe dans l'ancienne alliance.

      -Le but de notre √©vang√©liste, dans cette r√©capitulation des membres de la g√©n√©alogie en trois s√©ries de quatorze, est de faire ressortir le plan suivi par Dieu dans la mani√®re dont il a conduit les destin√©es du peuple √©lu. Quatorze g√©n√©rations s'√©taient succ√©d√© depuis Abraham, √† qui la promesse avait √©t√© faite, jusqu'√† David, √† qui elle avait √©t√© renouvel√©e, avec cette affirmation que le Messie na√ģtrait de sa race. Quatorze g√©n√©rations s'√©taient succ√©d√©es depuis la fondation de la royaut√© th√©ocratique jusqu'√† son effondrement, lors de la d√©portation √† Babylone.

      Depuis ce grand ch√Ętiment, une nouvelle p√©riode de quatorze g√©n√©rations venait de se terminer¬†: n'√©tait-on pas en droit d'attendre quelque √©v√©nement extraordinaire, voire m√™me la venue de celui qui devait restaurer le tr√īne de David¬†? l'apparition de J√©sus √† ce moment pr√©cis de l'histoire n'√©tait-elle pas, pour l'Isra√©lite croyant, une preuve qu'il √©tait bien le Christ annonc√© par les proph√®tes¬†?

      -Quant aux rapports non moins difficiles de notre généalogie avec celle qu'a conservée Luc, voir les notes sur cette dernière.

      18 18-25 Naissance de Jésus

      - 1¬į Joseph voyant que Marie, sa fianc√©e, √©tait enceinte, prend la r√©solution de la r√©pudier secr√®tement. (versets 18,19)

      - 2¬į Mais un ange lui r√©v√®le en songe le myst√®re de cette conception qui provient du Saint-Esprit, et lui ordonne d'appeler l'enfant qui na√ģtra de Marie J√©sus, car il sera le Sauveur (versets 20,21)

      - 3¬į L'√©vang√©liste montre dans cet √©v√©nement l'accomplissement de la proph√©tie d'Esa√Įe concernant Emmanuel. (versets 22,23)

      - 4¬į Joseph ob√©it, prit Marie sa femme, mais ne la connut point jusqu'√† la naissance de J√©sus. (versets 24,25)

      Ici comme au verset 16, l'√©vang√©liste met un soin particulier √† √©carter l'id√©e d'une naissance naturelle et √† pr√©parer la r√©v√©lation importante qu'il va raconter. (verset 20) Cette circonstance que Marie avait √©t√© fianc√©e √† Joseph, qui bient√īt l'√©pousera, √©tait n√©cessaire dans les desseins de Dieu pour la mettre √† l'abri des soup√ßons injurieux et pour que J√©sus f√Ľt envisag√© comme fils de Joseph, aussi longtemps que le myst√®re de sa naissance ne pouvait pas √™tre r√©v√©l√©. Mais il r√©sulta de l√†, pour les deux fianc√©s, une situation douloureuse, tragique, que Matthieu d√©crit dans les versets suivants. Il faut compl√©ter son r√©cit par celui de Luc 1.26-35, o√Ļ l'on voit la r√©v√©lation de ce m√™me myst√®re accord√©e √† Marie, tandis qu'ici elle est faite √† Joseph. L'une et l'autre manifestations √©taient n√©cessaires, et bien loin d'√™tre en contradiction l'une avec l'autre, comme on le pr√©tend, ce n'√©tait que par cette double r√©v√©lation que la position r√©ciproque de Marie et de Joseph pouvait s'√©claircir. On s'est demand√©, en effet, comment Marie, avertie depuis quelque temps d√©j√†, selon le r√©cit de Luc, de tout ce qui allait lui arriver, l'avait laiss√© ignorer √† son fianc√©, et comment celui-ci, √©tonn√© de la situation qu'il d√©couvre inopin√©ment (Marie fut trouv√©e), peut prendre la r√©solution dont parle le verset 19. A cela on a fait deux r√©ponses √©galement naturelles¬†: Ou Marie, √† cause de tout ce qu'il y avait de myst√©rieux et de d√©licat dans la r√©v√©lation qu'elle avait re√ßue, garda modestement le silence, en s'en remettant √† Dieu¬†; ou bien elle parla, et Joseph conserva des doutes sur une situation aussi extraordinaire¬†; et, dans l'un ou l'autre cas, l'envoi d'un message c√©leste √† Joseph devenait n√©cessaire. Luc et Matthieu pr√©sentent donc deux r√©cits parall√®les, non contradictoires.

      19 Cette qualité de juste attribuée à Joseph imposait à sa conscience deux devoirs contradictoires, sources de douloureux combats. D'une part, il ne pouvait pas épouser Marie, ne sachant pas ou ne croyant pas le mystère de sa grossesse ; d'autre part, il ne voulait pas l'exposer publiquement à l'ignominie et moins encore aux rigueurs de la loi qui prononçait dans ce cas la peine de mort. (Deutéronome 22.23 et suivants) Il résolut donc de se séparer d'elle secrètement, sans doute par une lettre de divorce qui n'aurait point indiqué la cause de la séparation. Deutéronome 24.1

      Par là, Marie aurait échappé à la peine prescrite par la loi et à une procédure publique, mais non à l'opprobre de sa situation. Humblement résignée à toute la volonté de Dieu Luc 1.38 sera-t-elle abandonnée de lui dans cette épreuve ? Non, Dieu dut-il envoyer pour sa délivrance et pour l'accomplissement de ses propres desseins un ange du ciel, il le fera. (verset 20 ; comparer verset 18, note.)

      20 Ce terme fils de David devait sans doute rappeler √† Joseph les promesses faites √† la maison de ce roi d'Isra√ęl et qui allaient s'accomplir. Sa foi √† la Parole de Dieu devait lui venir en aide dans ses doutes actuels. La prendre aupr√®s de toi, c'est-√†-dire l'√©pouser publiquement, suivant le c√©r√©monial en usage. (Comparer verset 25, note.)

      Ta femme, parce que, chez les Hébreux, les fiançailles étaient, avec raison, regardées comme équivalentes au mariage. (verset 24)

      Ce fait divin, que l'évangéliste a déjà indiqué (v 18), est révélé à Joseph par un ange de Dieu, dans le but spécial de dissiper tous ses doutes. De ou de par l'Esprit-Saint indique la cause efficiente de l'existence humaine de Jésus. Cet Esprit de Dieu qui "se mouvait sur les eaux" du chaos, Genèse 1.2 pour y créer la vie et l'harmonie, cet Esprit, source de toute existence, fut, par un acte de la puissance créatrice qui lui est propre, l'agent du miracle.

      Ce miracle, l'Eglise y a toujours cru, non seulement parce qu'il est si simplement racont√© ici et dans l'√©vangile de Luc comme un fait historique, mais parce qu'il est une donn√©e n√©cessaire dans l'Ňďuvre divine de la r√©demption du monde. Quiconque croit avec saint Jean que la Parole √©ternelle a √©t√© faite chair, que le Fils de Dieu est devenu fils de l'homme, que J√©sus-Christ a √©t√© parfaitement saint, que, second Adam, il a √©t√© a l'origine d'une humanit√© nouvelle, admettra aussi qu'il a fallu cette exception unique dans notre race corrompue pour briser la filiation des g√©n√©rations naturelles.

      La r√©demption, qui est une cr√©ation nouvelle, ne pouvait pas sortir de notre humanit√©, bien qu'elle d√Ľt s'accomplir en elle par un √™tre qui en fit partie. On voit par l√† l'importance de ce point de d√©part et dans la vie de J√©sus et dans le christianisme tout entier, comme aussi les cons√©quences de la n√©gation de cette v√©rit√© historique. Il en est une qu'on n'envisage qu'avec une r√©pugnance profonde¬†: c'est que, dans la situation qui nous est ici racont√©e de la m√®re du Sauveur, si la parole de l'ange n'est pas vraie,...on touche √† un blasph√®me¬†!

      21 Voir sur le nom de Jésus verset 16, note.

      Son peuple, le peuple de Dieu lui appartient, car c'est lui qui l'a racheté.

      Sauver des péchés signifie délivrer d'abord des conséquences de ces péchés, c'est-à-dire de la condamnation et de la mort ; puis, de la puissance du péché, de la servitude, par le don de la liberté et d'une vie nouvelle.

      22 Cette expression afin que f√Ľt accompli, qui revient si souvent dans cet √©vangile, doit se prendre dans son sens naturel et grammatical, afin que et non en sorte que.

      Il fallait que l'événement eut lieu, parce qu'il était dans le plan de Dieu et annoncé à l'avance. Seulement il faut faire deux remarques :

      1¬į Que c'est ce plan de Dieu qui rendait l'accomplissement n√©cessaire, et que l'√©vang√©liste ne veut pas dire que l'√©v√©nement n'ait eu lieu que pour accomplir une proph√©tie et pour manifester ainsi la toute-science et la toute-puissance de Dieu¬†; en d'autres termes, la proph√©tie √©tait faite pour l'√©v√©nement et non l'√©v√©nement pour la proph√©tie.

      2¬į Ce qui est indiqu√© par l'√©vang√©liste comme accompli, ce ne sont pas toujours des proph√©ties directes dont cet √©v√©nement f√Ľt le premier et l'unique accomplissement¬†; mais souvent la proph√©tie se rapportait d'abord √† un autre objet et avait eu d√©j√† un premier accomplissement, en sorte que celui que note l'√©vang√©liste n'est qu'un accomplissement typique. Tel est le cas de la proph√©tie qu'il cite ici comme accomplie. (Voir la note suivante.)

      23 Esa√Įe 7.14 cit√© d'apr√®s les Septante. On peut voir dans ce chapitre d'Esa√Įe quel fut le premier objet et le premier accomplissement de cette proph√©tie.

      Aux jours d'Achaz, les rois d'Isra√ęl et de Syrie s'√©tant ligu√©s contre J√©rusalem. Esa√Įe fut envoy√© aupr√®s du roi de Juda pour le rassurer au nom de l'Eternel sur l'issue de la guerre, et il donne ce signe pour marquer la certitude et l'√©poque de la d√©livrance¬†: Une jeune fille a con√ßu, elle enfantera un fils, elle pourra le nommer Immanouel, Dieu avec nous¬†; car avant que l'enfant sache discerner le bien et le mal, c'est-√†-dire avant que quelques ann√©es se soient √©coul√©es, le secours de l'Eternel aura paru, son peuple sera d√©livr√©, et il aura la preuve que Dieu est avec lui. (Voir les diverses interpr√©tations de cette proph√©tie dans la Bible annot√©e.)

      Maintenant, comment l'évangéliste applique-t-il cette prophétie à un tout autre événement, c'est-à-dire à la naissance de Jésus de la vierge Marie ? En général, lorsque les auteurs du Nouveau Testament font cet usage de l'Ancien, ils n'entendent pas faire un simple rapprochement de circonstances analogues, ni une application arbitraire de la citation ; mais ils reconnaissent aux faits cités de l'Ancien Testament un sens typique et prophétique qui est réellement accompli par les événements du Nouveau Testament qu'ils racontent. Pour eux, le sens historique premier n'était pas l'essentiel, mais bien la signification messianique qui était dans la pensée divine.

      Cette mani√®re d'interpr√©ter l'Ancien Testament n'est pas seulement fond√©e sur l'encha√ģnement historique et n√©cessaire des choses, et sur les vues populaires que les √©crivains du Nouveau Testament partageaient avec leur nation¬†; mais, d'une part, sur le fait que l'id√©e messianique p√©n√®tre la proph√©tie tout enti√®re et, d'autre part, sur l'illumination de l'Esprit de Dieu, par laquelle ils reconnaissaient avec certitude dans le plan divin la pr√©existence des faits chr√©tiens et des id√©es chr√©tiennes qui s'y √©taient providentiellement produits.

      "C'est en cela que g√ģt, √† la fois, la v√©rit√© des types que le Nouveau Testament sanctionne de son autorit√©, et les limites √† opposer √† la recherche arbitraire de types que le Nouveau Testament ne sanctionne pas." (Meyer.) Ainsi nous devons admettre pleinement le premier sens historique de la proph√©tie, le signe donn√© √† Achaz, signe r√©alis√© en son temps par la d√©livrance de J√©rusalem, mais nous devons admettre aussi, avec l'√©vang√©liste, que la proph√©tie avait une port√©e plus lointaine et infiniment plus grande, et que c'est J√©sus, naissant d'une vierge, qui en a √©t√© le vrai accomplissement.

      La proph√©tie est une vue en perspective, avec un premier, un second et souvent un troisi√®me plan, dont chacun vient √† son heure, sous la direction de Dieu qui gouverne le monde. Ainsi Esa√Įe, dans la seconde partie de son livre, n'annonce presque jamais une d√©livrance temporelle du peuple de Dieu sans √©lever son regard et ses esp√©rances jusqu'√† la grande d√©livrance par le Lib√©rateur promis.

      24 Obéissant à la parole de l'ange, Joseph accomplit sans retard la cérémonie du mariage, mais celui-ci ne fut consommé que plus tard.
      25

      Au lieu de ces mots: son fils premier-né, qui se lisent dans C. D., la plupart des majusc., les versions syriaque, arménienne, et des Pères, le Sin., B., les versions égypt., la syr. de Cureton ont seulement: son fils. On peut soupçonner la dernière d'être une correction faite sous l'influence de l'idée très ancienne de la virginité perpétuelle de Marie.

      Ce mot de premier-né (qui du reste se retrouve dans Luc 2.7) ne serait pas à lui seul une preuve décisive du contraire ; mais il prend un sens bien plus positif dans l'ensemble de cette phrase : il ne la connut point jusqu'à ce que.

      Si l'auteur de notre √©vangile avait eu la conviction que Marie n'avait jamais eu d'autres enfants, il n'aurait pas pu √©crire ces mots. D'ailleurs J√©sus avait des fr√®res dont il √©tait le premier-n√©, et, malgr√© la controverse qui s'est prolong√©e au sujet de ces fr√®res, jamais on n'est parvenu √† rendre probable qu'ils ne fussent que des cousins. On se trouve donc en pr√©sence d'un pr√©jug√© qui a peu √† peu d√©g√©n√©r√© en une v√©ritable idol√Ętrie et sans lequel personne n'eut jamais con√ßu le moindre doute sur la signification de notre r√©cit.

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