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Matthieu 12

    • 1 Chapitre 12. Attitude des pharisiens et des chefs du peuple.

      1 à 21 Jésus est à deux reprises accusé de violer le sabbat. Guérisons accomplies.

      En ce temps-l√† est une de ces expressions vagues qu'emploie Matthieu, et qui d√©signent plut√īt la suite de son r√©cit qu'une chronologie r√©guli√®re.

      En effet, Marc et Luc placent les deux traits suivants, relatifs au sabbat, √† une √©poque ant√©rieure. Mais les trois √©vangiles concordent pleinement, d'abord en nous montrant dans ces faits la premi√®re manifestation de l'hostilit√© pharisa√Įque, qui allait se d√©velopper jusqu'au d√©nouement sanglant du minist√®re de J√©sus¬†; et ensuite en rapportant cet enseignement de J√©sus au sujet du sabbat, prof√©r√© avec une autorit√© divine qui domine les institutions l√©gales elles-m√™mes. (verset 8)

      - Au point de vue du droit l√©gal, l'action des disciples √©tait permise en soi¬†; (Deut√©ronome 23.25) mais elle avait lieu le jour du sabbat, l√† √©tait le p√©ch√©, selon les minutieuses observances pharisa√Įques. (verset 2. Comparer d'ailleurs Exode 16.22-30)

      4 Il y a dans cette question : N'avez-vous pas lu ? adressée à des pharisiens qui se croyaient si bien instruits dans la loi, et répétée immédiatement après (verset 5) une fine ironie.

      - Le trait de la vie de David ici rappelé, se trouve 1Samuel 21.6 et suivants Sin., B, ont : ils mangèrent au lieu de il mangea.

      Sur les pains de proposition, r√©serv√©s aux seuls sacrificateurs, voir L√©vitique 24.5-9¬†; Exode 29.23-30¬†; et sur la table sacr√©e o√Ļ ils √©taient expos√©s, Exode 37.10-16

      Ce nom de proposition, ou présentation, est tiré de la version grecque des Septante, exprimant l'idée que ces pains, au nombre de douze, étaient chaque semaine présentés, offerts à l'Eternel comme le sacrifice du travail et de la vie du peuple.

      En h√©breu ils s'appelaient les pains des rang√©es, selon l'ordre o√Ļ ils √©taient expos√©s, (Exode 40.23) ou les pains de la face (de l'Eternel, 1Samuel 21.6).

      - Quant à l'argument que Jésus tire du fait cité, contre l'accusation des adversaires, ceux-ci n'eurent absolument rien à y répondre. Il s'agissait en effet pour David et pour le sacrificateur qui consentit à sa demande, de choisir entre l'observation d'un rite cérémoniel, et la conservation de la vie d'un grand nombre d'hommes. Or la conclusion s'imposait d'elle-même, et Jésus ne tarde pas à la tirer expressément. (verset 11 ; comparez Marc 2.26, note.)

      5 Lu dans la loi que vous invoquez. (Nombres 28.9,10)

      Les sacrificateurs violent (grec profanent) le sabbat. Jésus parle au point de vue rigoriste des adversaires. C'est ce qui avait lieu par les divers travaux du service, des sacrifices etc., et cela dans le temple (grec lieu saint), ce qui est plus grave encore. Et cependant, voyez l'inconséquence ! vous admettez qu'ils ne sont point coupables. Ainsi Jésus confondait l'interprétation servilement littérale de la loi.

      6 Jésus a montré :

      1¬į Que l'action de David, beaucoup plus grave que celle des disciples (vers. 1), √©tait justifi√©e par la n√©cessit√©,

      2¬į que les travaux des sacrificateurs √©taient sanctifi√©s par la saintet√© du temple et de son service. "S'il en est ainsi, ajoute le Seigneur, mes disciples, employ√©s √† mon service, n'ont point viol√© la loi, car, je vous le d√©clare, il y a ici quelque chose de plus grand que le temple."

      Telle est la traduction littérale de cette parole d'après la vraie leçon.

      Le texte reçu porte : "Il est ici un plus grand (au masculin) que le temple."

      L'adjectif neutre qu'emploie J√©sus a un sens plus √©tendu, plus √©nergique encore. Dans le sentiment de la grandeur divine de sa personne et de son Ňďuvre, sachant qu'il y avait dans sa pr√©sence sur la terre une manifestation de Dieu bien autrement compl√®te et sainte que toutes celles dont le temple avait √©t√© le th√©√Ętre, qu'en un mot il √©tait √† tous √©gards quelque chose de plus grand que le temple, il consid√®re l'action de ses disciples, accomplie √† son service, comme plus sanctifi√©e encore que les travaux des sacrificateurs au jour du sabbat.

      Ce n'est donc pas seulement dans l'évangile de Jean Jean 2.19, mais bien aussi dans les synoptiques que Jésus-Christ se met, lui, au-dessus du temple et révèle sa divinité. (Comparer verset 8, note.)

      7 Apr√®s avoir justifi√© ses disciples, J√©sus d√©voile aux adversaires par quelle mauvaise disposition de leur cŇďur ils venaient d'accuser, m√™me de condamner des hommes non coupables.

      C'√©tait ce manque de mis√©ricorde qui laissait leur cŇďur sec et dur au milieu de tous les sacrifices sur lesquels ils fondaient leur propre justice, sacrifices que Dieu ne veut pas dans cet esprit. (Voir, sur cette citation d'Os√©e Os√©e 6.6,Matthieu 9.13)

      8 Grec : Seigneur du sabbat.

      Le texte re√ßu ajoute¬†: "m√™me du sabbat," mot qui n'est pas authentique ici, mais qui se trouve en Marc 2.28 et Luc 6.5, d'o√Ļ il a √©t√© copi√©.

      Ainsi l'autorit√© divine du Sauveur est au-dessus de la loi, qu'il interpr√®te et observe selon l'Esprit de Dieu m√™me. Dans ce sens les disciples de J√©sus sont aussi ma√ģtres du sabbat. Celui -ci a chang√© enti√®rement de caract√®re sous I'Evangile, qui est la source d'une vie de libert√© et d'amour. (Comparer Jean 5.17 et suivants) Par ces mots, le Ma√ģtre prend sur lui la responsabilit√© de ce qu'ont fait les disciples.

      "C'est sur la majesté de Christ que s'appuient l'innocence et la liberté des disciples." Bengel.

      9 D'après le récit de Matthieu, ce fut en ce même jour de sabbat que Jésus se rendit dans leur synagogue (la synagogue de ce lieu-là, ou de ceux qui avaient accusé les disciples).

      Marc laisse la date incertaine, mais Luc dit positivement que ce fut "en un autre sabbat" très probablement le sabbat suivant. Les trois synoptiques placent ces deux faits à la suite l'un de l'autre, parce qu'ils avaient donné lieu à deux instructions analogues sur le sabbat.

      10 Séchée : par suite de la paralysie la circulation du sang s'était arrêtée dans ce membre et la vie s'en était retirée. (Comparer 1Rois 13.4 ; Jean 5.3)

      Par cette question captieuse, les adversaires ne voulaient pas seulement provoquer une réponse en paroles ou en théorie ; ils s'attendaient à ce que Jésus répondrait en guérissant le malade, (Marc 3.2) Alors ils auraient une raison de l'accuser devant la synagogue ou le tribunal du lieu, non seulement d'avoir enseigné la violation du sabbat, mais de l'avoir violé en fait.

      12 Gr. permis de bien faire, dans le sens moral le plus étendu du mot. Or ce principe renfermait le devoir de délivrer un malheureux le jour du sabbat. Nier cette vérité c'était, de la part des pharisiens, faire du sabbat une institution légale sans aucune moralité et qui était la négation de la charité. Or, sans amour il n'y a point de religion.

      - Voir sur l'exemple si concluant d'une brebis (une seule !) tombée dans une fosse, Luc 14.5,6, notes.

      13 Ce fut la parole de J√©sus¬†: Etends ta main, qui (grec) r√©tablit ce membre malade et le rendit sain. Sans l'intervention de cette puissance divine, l'ordre lui m√™me e√Ľt √©t√© inex√©cutable.

      Il faut lire les récits de Marc 3.1-6 et de Luc 6.6-11 pour bien comprendre tout ce qu'il y eut de dramatique dans cette scène. (Voir les notes.)

      14 On voit par le récit de Luc que les pharisiens, bien loin d'être persuadés par la vue de ce miracle en furent "remplis de fureur."

      Les trois évangélistes nous apprennent que dès ce moment les pharisiens résolurent de le faire périr (grec de le perdre) et cherchèrent les moyens et l'occasion d'exécuter leur dessein. Telle était, déjà alors, leur haine qui alla croissant jusqu'à la fin.

      15 Jésus se retire en présence de l'opposition croissante, par le même sentiment d'humilité, de charité et de prudence qui se trouve si bien exprimé : dans les versets suivants.

      - Au lieu de beaucoup de gens (grec plusieurs) le texte reçu, avec C, D et la plupart des majuscules, porte de grandes foules.

      Quoi qu'il en soit de la variante, il est évident que le mot "il les guérit tous" doit s'entendre des malades qui se trouvaient parmi le peuple.

      16 Grec : de le manifester, lui, Jésus, c'est-à-dire de répandre sa renommée parmi le peuple, en publiant les guérisons qu'il venait d'accomplir. En présence de la haine des adversaires et de leurs desseins meurtriers, (verset 14) le but de cette défense est parfaitement clair.

      Ailleurs Jésus avait d'autres motifs encore. (Matthieu 8.4, note.)

      21 Esa√Įe 42.1-4. Ce que l'√©vang√©liste veut montrer accompli, en citant ces belles paroles, ce sont les traits par lesquels l'Eternel caract√©rise le Messie¬†: sa douceur, sa charit√©, son humilit√©, son amour du silence et de la retraite. Et c'est le motif que Matthieu donne de cette d√©fense de J√©sus de publier ses Ňďuvres. (verset 16) Mais il est √©vident que tous les autres traits de cette proph√©tie ne sont pas moins accomplis dans la personne et la vie du Sauveur.

      - Matthieu n'h√©site pas √† appliquer cette proph√©tie √† J√©sus Christ, et en cela il est d'accord avec les meilleurs commentateurs juifs, avec tout le Nouveau Testament, qui nous montre dans le "serviteur de I'Eternel" (Isa 40-66) le Messie promis √† Isra√ęl, enfin et surtout avec le Sauveur lui-m√™me, qui a sanctionn√© de son autorit√© divine cette interpr√©tation. (Par exemple Luc 4.21) D'autres applications de notre passage, par exemple au proph√®te lui-m√™me ou au peuple d'Isra√ęl, selon la traduction paraphras√©e des Septante, n'ont donc aucun fondement.

      - Cette citation est faite très librement et de mémoire, en partie suivant l'hébreu, en partie suivant la version grecque des Septante, mais elle conserve bien la pensée générale du prophète.

      - Il est très remarquable que cette parole de Dieu parlant par la bouche du prophète : Mon bien-aimé en qui je prends plaisir, se retrouve littéralement dans les deux témoignages solennels rendus au Sauveur. (Matthieu 3.17,17.5)

      - Quant √† l'Esprit de Dieu r√©pandu sans mesure sur le Sauveur, voir Esa√Įe 11.2,61.1¬†; Matthieu 3.16.

      - Le jugement que le Messie devait annoncer aux nations, faire triompher (grec faire sortir en victoire), c'est la r√©v√©lation de la justice de Dieu, (Romains 1.17) qui a lieu dans la conscience humaine par la pr√©dication de la v√©rit√© et de la gr√Ęce, et qui se consommera au dernier jour, comme une victoire √©ternelle du r√®gne de Dieu.

      - Un roseau froiss√©, un lumignon qui fume au lieu de jeter une flamme vive c'est l'image de ces pauvres en esprit, (Matthieu 5.3) de ces √Ęmes fatigu√©es et charg√©es (Matthieu 11.28) que le Sauveur ne brise point par la s√©v√©rit√©, mais qu'il rel√®ve, vivifie et sauve par son amour.

      22 22 à 37 Discours de Jésus pour sa défense. Le blasphème contre de Saint-Esprit.

      Grec : et parlait et voyait. Expression significative du double effet du miracle. Luc 11.14 place la discussion avec les pharisiens à la suite de la guérison d'un démoniaque muet. Cette guérison parait identique avec celle que raconte Matthieu Matthieu 9.34 et qui avait déjà donné lieu à la même accusation. Marc 3.22 rapporte l'accusation des pharisiens et le discours de Jésus sans parler de la guérison.

      Voir sur les démoniaques Matthieu 8.28, note.

      23 Le Messie. Cette question √©tait pour plusieurs le premier cri de la foi naissante. Au sein de cette foule dont l'enthousiasme est surexcit√©, elle pouvait √™tre le point de d√©part d'un mouvement important. Aussi les ennemis du Sauveur se h√Ętent-ils de l'√©touffer. (verset 24)

      Cette question, en effet, trahit de l'indécision et ne renferme pas une négation. Son sens est : "Celui-ci serait-il le fils de David ? Son attitude précédente ne révélait aucunement en lui le Messie mais ces guérisons qu'il opère seraient-elles des signes de sa mission divine ?"

      24 Comparer Matthieu 9.34, et, sur ce nom de Béelzébul, Matthieu 10.25, note.

      Ces hommes n'essaient pas m√™me de nier la r√©alit√© du miracle, mais plut√īt que d'y reconna√ģtre la puissance divine du Sauveur, ils I'attribuent au prince des d√©mons.

      Un des caract√®res de l'incr√©dulit√©, c'est de ha√Įr la v√©rit√©.

      26 Les trois exemples cités par Jésus : un royaume, une ville, une maison, qui se détruiraient par leurs divisions intestines, renferment un principe incontestable, sans cesse confirmé par l'expérience.

      Ce principe posé, Jésus l'applique au cas actuel : Si Satan chasse Satan, son royaume ne saurait subsister.

      - Les pharisiens, par leur accusation, (verset 24) admettaient que les démons chassés par Jésus appartenaient à un royaume des ténèbres dont Satan était le prince ; et Jésus, loin de le nier, le confirme par sa réponse. L'on ne saurait voir là une accommodation à des idées fausses et superstitieuses, qu'il aurait positivement confirmées, au lieu de les dissiper par la vérité.

      27 Ceci est un autre argument contre l'accusation des pharisiens.

      Il ne faut entendre par vos fils ni les ap√ītres de J√©sus comme le font plusieurs P√®res de l'Eglise (car ce ne serait point l√† un argument contre les pharisiens), ni les propres fils de ces derniers¬†; mais bien leurs disciples, dans le sens o√Ļ l'Ancien Testament parle de "fils des proph√®tes," ou, dans un sens plus ind√©termin√© (car il n'est pas prouv√© que les pharisiens eussent des √©coles o√Ļ se formaient des exorcistes), "des hommes de votre sorte, anim√©s de votre esprit."

      Il y avait au sein du juda√Įsme de ce temps beaucoup d'hommes qui faisaient m√©tier d'exorciser les d√©moniaques et de gu√©rir par la magie. Cela est connu par le Nouveau Testament Luc 9.49, Actes 19.13, par les P√®res de l'Eglise, et particuli√®rement par les √©crits de l'historien Jos√®phe (Antiq. VIII, 2, 5¬†; Guerre des Juifs VII, 6, 3. Voir dans le Commentaire de M. Godet sur Luc, 3e √©dit., II, p. 92, le r√©cit, traduit de Jos√®phe, d'une de ces op√©rations d'exorcistes.)

      Jésus ne porte ici aucun jugement sur ce qu'il pouvait y avoir de vrai ou de faux dans les pratiques de ces exorcistes juifs mais il conclut avec toute raison à l'injustice de l'accusation portée contre lui par les pharisiens qui approuvaient de tels actes chez leurs disciples, sans songer à les attribuer au démon. Argument ad hominem.

      Au jour du jugement, o√Ļ ils t√©moigneront contre votre injustice. (Comparer versets 41,42)

      28 Conclusion √©vidente (donc¬†!) D√©truire le royaume de Satan (v. 26), en d√©livrer les malheureux qui y g√©missaient, c'est l'Ňďuvre du Messie, et le royaume de Dieu (quelle antith√®se¬†!) est parvenu √† vous (gr. vous a pr√©venus, est arriv√© sur vous Comp 1Thessaloniciens 2.16, o√Ļ se trouve le m√™me verbe.)

      Il y a dans cette derni√®re expression un avertissement s√©rieux¬†: le royaume de Dieu les atteindra comme un jugement s'ils persistent √† m√©conna√ģtre le Messie.

      - Un autre contraste frappant et finement exprimé se trouve entre l'accusation des pharisiens et ces mots : si c'est par l'Esprit de Dieu...

      29 Jésus passe à un troisième argument par cette particule ou ; ou bien, si vous ne croyez pas que c'est par l'Esprit de Dieu que j'agis, comment expliquerez-vous ma puissance sur le prince des ténèbres ?

      Cette pens√©e exprim√©e par l'image qui suit, et qui est peut-√™tre emprunt√©e √† Esa√Įe 49.24 et suivants, va fournir encore une preuve sans r√©plique.

      L'homme fort, c'est Satan ; comment Jésus pourrait-il lui arracher ses captifs, si d'abord il ne l'avait lié, vaincu ?

      Les interpr√®tes modernes voient dans ces paroles une allusion √† l'histoire de la tentation, (Matthieu 4) o√Ļ le Sauveur remporta sur Satan une premi√®re victoire qui fut le point de d√©part de toutes les autres. Cette allusion est possible, mais elle n'est pas √©vidente.

      30 C'est là une expression proverbiale dont le sens est clair en soi. Le Sauveur paraissant au milieu des hommes avec l'autorité de Dieu même, il faut qu'ils se décident et qu'ils soient pour lui, ou contre lui : il n'y a point là de place pour une neutralité qui ne serait qu'une coupable indifférence.

      C'est pourquoi quiconque n'assemble pas avec lui disperse. Ces termes figur√©s sont emprunt√©s aux travaux de la moisson¬†; assembler, c'est recueillir. (Comparer Matthieu 3.12¬†; 6.26¬†; Jean 4.36 o√Ļ se retrouve le m√™me verbe.)

      M. Godet préfère y voir l'image du berger qui rassemble son troupeau. (Jean 10.13-16 ; 11.52)

      Ce que les adversaires dispersaient au lieu d'assembler, s'√©taient les √Ęmes que J√©sus ramenait √† Dieu pour les sauver.

      - Mais, s'est-on demandé à qui est-ce que Jésus applique ces paroles d'après l'ensemble de son discours ?

      Les interpr√®tes ont fait √† cette question diverses r√©ponses. Les uns pensent que J√©sus veut engager ses auditeurs √† s'unir √† lui dans la lutte contre Satan, en leur d√©clarant qu'en pr√©sence de cette lutte ils ne peuvent demeurer neutres. D'autres croient que J√©sus a en vue les exorcistes juifs, (verset 27) qui faisaient une Ňďuvre oppos√©e √† la sienne, aussi longtemps qu'ils ne s'√©taient pas unis √† lui. D'autres enfin appliquent sa sentence aux pharisiens. (verset 24) Cette opinion est la plus conforme au contexte.

      C'est √† ses adversaires, en effet, c'est √† leur accusation blasph√©matoire que J√©sus r√©pond dans tout ce discours¬†; c'est √† eux qu'il s'adresse directement dans les paroles qui suivent¬†: C'est pourquoi je vous dis. Et en constatant qu'ils √©taient contre lui il rompt ouvertement avec eux et s√©pare sa cause de la leur. Tel √©tait, quant √† eux le r√©sultat de son minist√®re en Galil√©e, tel il sera encore en Jud√©e. (Matthieu 21.43 et ailleurs.) Mais du reste cette sentence s√©v√®re reste vraie en tout temps et en tous lieux, dans son application √† tous les adversaires du Sauveur et de son Ňďuvre.

      32 Ce redoutable jugement commence par une des plus consolantes r√©v√©lations de la mis√©ricorde de Dieu. Sous l'√©conomie de l'Evangile, qui est celle de la gr√Ęce, tout p√©ch√©, et m√™me le blasph√®me, qui est la forme la plus coupable du p√©ch√©, parce qu'il proc√®de directement de la haine contre Dieu, peut √™tre pardonn√©. Evidemment ce pardon suppose en l'homme la repentante et la foi au Sauveur, qui seules le rendent moralement possible.

      Quelle est donc la différence que Jésus établit entre le blasphème contre lui, le fils de l'homme, et le blasphème contre l'Esprit-Saint, qui ne sera point pardonné ?

      Cette différence tient essentiellement au degré de connaissance que l'homme a des choses divines, selon que Dieu s'est manifesté à lui plus ou moins directement et personnellement. Ainsi, dans le cas actuel, les pharisiens (verset 24, voir sur cette secte Matthieu 3.7 note) avaient méconnu le Fils de Dieu sous sa forme de serviteur parce qu'ils étaient incapables moralement de comprendre sa parole ; ils avaient blasphémé contre le fils de l'homme en prenant parti contre lui, en détournant les foules de le suivre et en cherchant les moyens de le faire périr, (Matthieu 9.3,11 ; 12.2,10,14)

      Ce p√©ch√©, quelle qu'en f√Ľt la culpabilit√©, pouvait leur √™tre pardonn√©, √† cause de leur ignorance. Luc 23.34.

      Mais ici comme dans la circonstance rapport√©e Matthieu 9.32-34, ils vont plus loin dans leur endurcissement. En attribuant au d√©mon des Ňďuvres si √©videmment accomplies par l'Esprit de Dieu, (verset 28) ils p√©chaient contre leur propre conviction et contre une manifestation divine plus directe que la simple pr√©sence de J√©sus.

      Le Sauveur n'affirme pas positivement qu'ils ont blasphémé l'Esprit-Saint et qu'il n'y a plus pour eux aucun espoir ; mais le principe absolu qu'il exprime doit les faire réfléchir et leur inspirer la crainte d'avoir atteint la dernière limite de la possibilité du salut.

      Qu'ils fassent un pas de plus, qu'ils r√©sistent √† un nouveau degr√© de lumi√®re, de conviction int√©rieure produit par l'Esprit de Dieu dans leur conscience, et ils auront volontairement commis un suicide moral qui rend impossible toute action de Dieu sur leur √Ęme. C'est l√† ce que l'ap√ītre Jean nomme "le p√©ch√© √† la mort," (1Jean 5.16,17) parce qu'il est d√©j√† la mort.

      Ainsi, le pardon est rendu impossible non par une d√©termination de la volont√© de Dieu, mais par le fait de la volont√© et de l'endurcissement de l'homme. D'o√Ļ il r√©sulte, d'une part, que jamais aucun homme ne peut dire d'un autre qu'il a commis ce p√©ch√©, ne connaissant pas son cŇďur¬†; et d 'autre part, que toute conscience angoiss√©e par la crainte de l'avoir commis, peut se rassurer par l√† m√™me, parce que le caract√®re distinctif de cet √©tat d'√Ęme, c'est l'endurcissement et la r√©sistance volontaire √† l'Esprit de Dieu.

      - Ce siècle, c'est l'économie présente, s'étendant jusqu'au retour de Christ pour le jugement ; celui qui est à venir, c'est l'éternité après le jugement. Ni dans l'un, ni dans l'autre, c'est-à-dire jamais c'est le mot qui se trouve dans Marc 3.29.

      Luc, qui rapporte cet avertissement dans des circonstances différentes Luc 12.10, dit simplement : "Ne sera point pardonné."

      - On a souvent conclu de cette dernière parole : ni dans le siècle à venir, qu'en général le pardon est encore possible au delà de la vie présente. C'est une question importante, que l'exégèse n'a pas à examiner ici.

      33 Application nouvelle de l'image déjà employée Matthieu 7.16-20, mais cette application n est pas sans difficultés.

      1¬į Le verbefaites n'est pas pris dans son sens ordinaire, dans lequel l'image ne serait pas naturelle. En effet, si l'on peut, par la greffe, faire l'arbre bon et par l√† m√™me son fruit bon, il n'est pas d'usage de faire l'arbre mauvais.

      Dès lors, la plupart des interprètes entendent le verbe faire dans ce sens qu'il a aussi en français : représenter comme, supposer. Le Sauveur veut dire : Soyez conséquents ; si vous admettez que le fruit est bon, admettez-le aussi de l'arbre, et l'inverse.

      2¬į A qui J√©sus applique-t-il ce principe¬†? A lui-m√™me, r√©pondent plusieurs interpr√®tes, et ce serait l√† une r√©futation de la fausse accusation des adversaires¬†; (verset 24) chasser les d√©mons est une bonne Ňďuvre, un bon fruit, comment donc, moi qui le produis serais-je mauvais, anim√© par l'esprit de t√©n√®bres¬†? N'est-ce pas au fruit qu'on conna√ģt l'arbre¬†?

      Cette interpr√©tation est en harmonie avec la pens√©e g√©n√©rale du discours qui est destin√© √† justifier J√©sus de l'accusation port√©e contre lui. D'autres pensent que J√©sus applique ces paroles aux pharisiens et √† ceux qui parlent contre le Saint-Esprit. (verset 32) Ils attirent sur eux la condamnation par leur seule parole¬†; mais ce jugement ne doit pas para√ģtre trop s√©v√®re, car leur parole r√©v√®le l'√©tat de leur cŇďur et de tout leur √©tat moral. Ce sens est plus en harmonie avec le contexte imm√©diat. (versets 34,36)

      34 Ces paroles (comparez Matthieu 3.7) sont évidemment une application de celles qui précèdent.

      Vous ne pouvez pas, √† moins d'un changement total de votre cŇďur, penser et dire de bonnes choses, pas plus que le mauvais arbre ne peut porter de bons fruits¬†; car la parole, comme la vie n'est que la r√©v√©lation de ce qui rempli le cŇďur. L√† est la source du mal, l√† aussi doit avoir lieu la r√©g√©n√©ration.

      35 Grec : jette dehors de bonnes choses, ou de mauvaises choses, comme si cela se faisait de soi-même, d'abondance. (verset 34)

      - C'est l√† une autre image destin√©e √† illustrer la pens√©e qui pr√©c√®de. Le tr√©sor (mot qui signifie en grec¬†: magasin, d√©p√īt), c'est encore le cŇďur avec ses dispositions diverses, bien que les mots de son cŇďur, qu'ajoute le texte re√ßu, ne soient pas authentiques. Ils se trouvent dans Luc 6.45.

      37 Encore ici le Seigneur fait allusion à la parole blasphématoire qu'ont prononcée ses adversaires. (verset 24)

      Cette parole √©tait pire que oiseuse ou inutile¬†; mais le Seigneur en fait d'autant mieux ressortir le caract√®re coupable, en employant un terme si mod√©r√©. En m√™me temps, le contexte explique tr√®s bien ce qui pourrait para√ģtre exag√©r√© dans cette sentence.

      Les paroles d'un homme le justifieront ou le condamneront (au jour du jugement), parce qu'elles sont la manifestation de ce qui est dans son cŇďur et parce que les effets qu'elles peuvent avoir 2Timoth√©e 2.17 en font vraiment des actes.

      Le jugement des actions, de la conduite générale, de la vie tout entière, dans ses manifestations extérieures, comme dans son principe secret, est donc impliqué dans ce jugement basé sur les paroles proférées.

      38 38 à 50 Discours de Jésus (suite.) Un signe demandé. L'endurcissement de la génération contemporaine. La famille de Jésus.

      Atteints par les sévères paroles de Jésus, les pharisiens répondirent en exigeant un signe comme preuve de sa mission divine. La guérison qu'il venait d'accomplir sous leurs yeux (verset 22) ne leur suffisait pas. Ne pouvant la nier, ils l'avaient attribuée au démon ; et ils demandent maintenant un signe particulier qui soit la confirmation éclatante de la déclaration de Jésus. (verset 28)

      Les guérisons ne pouvaient à elles seules établir qu'il était le Messie ; il fallait une démonstration dans le genre de celle que Satan proposait au Sauveur. (Matthieu 4.5,6) Jésus la leur refuse parce que telle n'était pas la manière dont son règne devait venir. (verset 39)

      - Dans une autre occasion, (Matthieu 16.1) ils précisent l'objet de leur désir en lui demandant un signe venant du ciel. Luc 11.16, (voir la note) parait avoir réuni les deux faits en un même récit. (Comparer aussi Marc 8.11).

      39 Le mot adult√®re est pris dans un sens religieux et moral qu'il a souvent dans les Ecritures. (Esa√Įe 57.3,4¬†; Jacques 4.4,Apocalypse 2.20)

      L'expression est fondée sur la belle image par laquelle l'union de Dieu avec son peuple est représentée comme un mariage. Ainsi quand le peuple devient infidèle, abandonne Dieu, il devient adultère.

      - Le signe de Jonas est connu par le livre de ce prophète. Les paroles qui suivent expliquent en quoi il consiste.

      40 Grec¬†: dans le cŇďur de la terre. Ir√©n√©e, Tertullien et plusieurs des plus notables ex√©g√®tes modernes, rapprochant cette expression de Eph√©siens 4.9, y voient une allusion √† la descente de Christ aux enfers, (1Pierre 3.19) au s√©jour des morts, qui serait situ√© au centre de la terre. Il est plus naturel d'y voir un h√©bra√Įsme qui d√©signe d'une mani√®re figur√©e le tombeau.

      - Beaucoup d'interprètes se sont achoppé à cette expression trois jours et trois nuits, parce que Jésus n'est resté dans la tombe qu'un jour et deux nuits.

      M. Godet va jusqu'à dire que dans la teneur qu'elle a chez Matthieu cette parole peut être difficilement mise dans la bouche de Jésus. (Commentaire sur Luc 11.30)

      Mais, à les prendre ainsi à la lettre, il faudrait douter de l'authenticité de paroles telles que Marc 8.31 ; Jean 2.19. (Comparer Matthieu 27.63)

      De telles évaluations s'expliquent quand on considère que les Hébreux comptent comme un jour toute partie des vingt quatre heures entrant dans l'espace de temps dont il s'agit. On peut aussi y voir la désignation proverbiale d'un court laps de temps. (Comparer Osée 6.2)

      - D'après ce verset 40, le signe de Jonas est la mort et la résurrection de Jésus-Christ, préfigurées par le miracle de Jonas. Dans Luc 11.30, le Seigneur ne mentionne pas le séjour de Jonas dans le ventre du grand poisson et dit que "le fils de l'homme sera un signe pour sa génération comme Jonas le fut pour les Ninivites," c'est-à-dire par sa prédication. Celle-ci est mentionne aussi au verset 41 comme motif de la condamnation de cette génération.

      Plusieurs interprètes en ont conclu que le verset40 est une explication donnée par l'évangéliste, du signe dont il s'agit, tandis que le Seigneur lui-même n'aurait eu en vue que la prédication du prophète.

      Weiss objecte avec raison que cette interpr√©tation n'a aucun fondement dans le texte de Matthieu, car 1¬į au verset 40, il s'agit d'un signe futur¬†; 2¬į le verset 41 qui n'est li√© par aucune conjonction au verset 40 n'est pas destin√© √† donner l'explication du signe de Jonas¬†; il ouvre un nouvel ordre de pens√©es, 3¬į la pr√©dication de la repentante que J√©sus fit entendre √† sa g√©n√©ration, comme Jonas aux Ninivites, ne pouvait √™tre le signe messianique demand√© par les contemporains du Sauveur¬†; ce signe, ce miracle √©clatant, destin√© √† proclamer qu'il √©tait le Fils de Dieu, leur fut accord√© par sa r√©surrection.

      Celle-ci est rest√©e pour son peuple et pour l'Eglise tout enti√®re le signe par excellence, le miracle supr√™me, fondement de la foi et pierre d'achoppement de l'incr√©dulit√©. (Voir la pr√©dication apostolique dans le livre des Actes et dans toutes les √©p√ģtres.)

      42 Ce verset indique la raison pour laquelle Jésus appelle cette génération "méchante et adultère."

      Le nom de Jonas qu'il vient de prononcer a évoqué devant lui le souvenir des Ninivites repentants, qui forment un frappant contraste avec cette génération sourde à ses appels.

      - Le verbe ici traduit par se lèveront, se lèvera (grec se relèveront, ou se réveilleront) est le même qui signifie aussi ressusciter, et rien n'empêche de traduire ainsi.

      C'est ce que fait M. Rilliet. En tout cas, il ne faut pas traduire : se lèveront contre, mais avec ; le terme de l'original exprimant la simultanéité de leur apparition en jugement avec cette génération qui sera condamnée par le seul contraste que son incrédulité présentera avec la repentance de Ninive et la foi de la reine de Séba.

      - Sur la repentance des hommes de Ninive, voir Jonas 3.3 et suivants, et sur la reine du Midi, 1Rois 10.1 et suivants, 2Chroniques 9.1 et suivants

      - Il y a ici plus que Jonas, plus que Salomon. (Comparer verset 6) En s'exprimant ainsi, Jésus fait voir qu'il a clairement conscience de sa dignité surhumaine, car autrement il manquerait de modestie ; et en même temps, il rend plus accablant le parallèle qu'il établit entre cette génération et les Ninivites ou la reine du Midi.

      43 Ces versets (43-45) renferment une parabole qui ramène la fin du discours à son commencement, méthode souvent suivie par Jésus. Il a guéri un malheureux dominé par la puissance des ténèbres. (verset 22) Accusé par ses adversaires, il les a patiemment réfutés et les a rendus attentifs au terrible danger de blasphémer l'Esprit de Dieu.

      Interrogé par ceux qui lui demandaient un signe, (verset 38) il signale dans sa réponse l'incrédulité, non de ses interlocuteurs seulement, mais de cette génération tout entière, c'est-à-dire du peuple juif, (versets 41,42) et c'est encore l'état moral de cette génération (verset 45) qu'il décrit par cette remarquable parabole. Le sujet lui en est fourni par le possédé qu'il a guéri et par le discours qu'il a prononcé, peut-être aussi par les fausses guérisons qu'opéraient les exorcistes du temps. (verset 27)

      Mais sous l'image de ces esprits impurs, qui ne sont ici que les personnages d'un drame terrible, c'est l'état moral de son peuple que Jésus représente. Dans Luc 11.24 et suivants, la parabole est appliquée plus spécialement aux adversaires de Jésus.

      - Les lieux arides sont le d√©sert o√Ļ, selon les images de I'Ancien Testament, habitent les b√™tes f√©roces et les esprits m√©chants. (Esa√Įe 13.21,22¬†; 34.14¬†; L√©vitique 16.11,21,22¬†; Apocalypse 18.2)

      - Chercher du repos, et n'en point trouver¬†! tel est l'affreux √©tat de tout esprit d√©chu de Dieu, pour qui il a √©t√© cr√©√©. (Esa√Įe 57.20,21)

      44 Toute prête pour le recevoir, I' invitant à en reprendre possession, car c'est encore sa maison.

      Cette image ne représente donc pas le retour à un état sain ; car, dans ce cas, le démon aurait trouvé la maison fermée et gardée. Il n'a été que momentanément exclu et n'y a point été remplacé par un bon esprit.

      45 Ce n'est point, comme on l'a dit, pour chercher du renfort que l'esprit méchant amène avec lui sept autres esprits plus méchants ; il n'éprouve aucune résistance. Ce trait de la parabole indique seulement le progrès du mal, une domination plus complète de la puissance des ténèbres. C'est ce que Jésus exprime clairement par cette dernière condition pire que la première (grec dernières choses pires que les premières). C'est là l'explication de toute la parabole : d'abord un démon, ensuite huit. (Comparer 2Pierre 2.20)

      Telle est l'application de tout cet enseignement. (verset 43, note.) Mais quelle √©poque de l'histoire de son peuple J√©sus a-t-il en vue¬†? On a r√©pondu¬†: le temps o√Ļ ce peuple avait √©t√© d√©livr√© du d√©mon de l'idol√Ętrie par l'influence des proph√®tes et par l'exil, et o√Ļ les sept d√©mons d'un orgueilleux pharisa√Įsme s'empar√®rent de lui pour d√©truire en lui toute aspiration √† une justice sup√©rieure et le rendre incapable de se repentir et de recevoir le salut que Dieu lui destinait.

      Mais J√©sus parle de l'avenir¬†: "Ainsi il en sera." Il pense donc √† une Ňďuvre qui est en voie d'accomplissement. L'annonce du r√®gne de Dieu par Jean-Baptiste, l'action puissante du Sauveur, "venu pour d√©truire les Ňďuvres du diable,"tout cela n'a produit qu'une impression passag√®re sur cette m√©chante g√©n√©ration¬†: elle va s'endurcir dans son incr√©dulit√© et elle p√©rira. Tous les premiers sympt√īmes de l'incurable maladie sont l√†. (versets 24,31,32)

      - Si J√©sus parlait de nos jours, il est √©vident qu'il ferait la m√™me application √† plus d'un peuple, √† plus d'une √©glise, √† plus d'une √Ęme¬†!

      46 Qui sont les frères de Jésus ?

      On sait √† combien de controverses cette question a donn√© lieu, depuis les premiers si√®cles jusqu'√† nos jours. Et pourtant, on peut affirmer qu'elle n'a √©t√© pos√©e que dans un int√©r√™t dogmatique et depuis qu'on eut commenc√© √† rendre des honneurs idol√Ętres √† la m√®re de J√©sus, pour laquelle il s'agissait d√®s lors de revendiquer une virginit√© perp√©tuelle.

      Plusieurs des P√®res de l'Eglise puis tous les catholiques, et plus d'un th√©ologien protestant, ont imagin√© de faire de ces fr√®res du Seigneur, soit des enfants de Joseph par un premier mariage, soit des fils de la sŇďur de Marie, c'est-√†-dire des cousins de J√©sus.

      Cette supposition se heurte au fait que partout dans les évangiles ces frères de Jésus sont nommés, comme ici, avec sa mère. (Luc 8.19 ; Jean 2.12 ; Actes 1.14)

      Marc Marc 3.31,32, selon le vrai texte, mentionne ses sŇďurs.

      Les frères de Jésus sont enfin désignés par la voix publique comme enfants de Joseph et Marie. (Matthieu 13.55,56)

      Tout porte donc à croire qu'il s'agit de vrais frères de Jésus, et c'est ainsi que se justifie le titre de premier-né qui lui est donné. (Matthieu 1.25, note ; Luc 2.7)

      47 verset 47 manque dans Sin., B, et quelques autres. Plusieurs critiques le retranchent du texte.
      50 Ces premiers mots de la r√©ponse de J√©sus (verset 48) pourraient para√ģtre durs, au premier abord. Mais ils se comprennent parfaitement par un trait du r√©cit de Marc. (Marc 3.21)

      Au moment o√Ļ J√©sus allait prononcer le long discours qui pr√©c√®de, ces membres de sa famille, le voyant s'exposer par son z√®le √† la dangereuse opposition des adversaires, voulurent le retenir, l'arr√™ter, et ils disaient¬†: "Il est hors de lui-m√™me."

      Puis, pendant qu'il parlait encore, (v. Matthieu 12.46 ; Marc 3.31) ils insistèrent de nouveau par des motifs peut-être bienveillants, mais tout charnels ; car "ses frères ne croyaient pas en lui" Jean 7.5, et sa mère pouvait céder à un mouvement de fausse tendresse.

      Comment donc Jésus n'aurait-il pas subordonné entièrement cette parenté selon la chair à la communion sainte et éternelle qui s'établissait alors entre lui et ses disciples ?

      Non seulement il le fait lui-même, mais il exige de ceux qui veulent lui appartenir qu'ils agissent dans le même esprit. (Matthieu 10.37)

      La vraie famille de Dieu, dont il est le Fr√®re a√ģn√©, se compose de ceux qui font la volont√© de son P√®re.

      Du reste, on sait assez que J√©sus a lui-m√™me sanctifi√© les liens de la famille (Luc 2.51) et t√©moign√© √† sa m√®re le plus tendre amour. (Jean 19.25 et suivants) Et ici m√™me, quel amour il r√©v√®le √† ceux qu'il veut bien appeler du nom de fr√®res et de sŇďurs ¬†!

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