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Matthieu 4

    • 1 Chapitre 4. La tentation de J√©sus-Christ

      1 à 11 La tentation de Jésus

      Comparer Marc 1.12,13 ; Luc 4.1-13

      - Ce r√©cit, auquel passe l'√©vang√©liste par cette simple particule alors, est la suite imm√©diate de celui qui pr√©c√®de. La tentation succ√®de au bapt√™me. Luc (Luc 4.1, notes) met express√©ment ces deux faits en un rapport intime, dont la signification profonde n'√©chappera √† aucun de ceux qui ont quelque exp√©rience des choses spirituelles. "J√©sus, rempli du Saint-Esprit," est emmen√© par cet Esprit au d√©sert, pour se pr√©parer dans la solitude, par la m√©ditation, la pri√®re, et surtout par la tentation √† l'Ňďuvre qu'il allait entreprendre. Tout homme de Dieu destin√© √† de grandes choses a besoin d'une telle pr√©paration. Il la rencontre d'ailleurs infailliblement, car jamais la tentation n'est plus proche de lui ni plus dangereuse qu'au moment o√Ļ il a √©t√© combl√© des gr√Ęces divines les plus signal√©es. Si Dieu permet qu'il en soit ainsi pour tous, il le voulut pour son Fils bien-aim√©, parce que cela √©tait n√©cessaire. (Voir verset 3, notes.)

      - Le d√©sert n'√©tait pas celui o√Ļ se tenait Jean-Baptiste et o√Ļ J√©sus venait d'√™tre baptis√©, mais probablement le d√©sert de la "Quarantaine," ainsi nomm√© par la tradition en m√©moire de ces quarante jours, et qui s'√©tend vers les montagnes, dans les environs de J√©richo. (Robinson, Palestine, p. 65¬†; F. Bovet, Voyage, 7e √©dit., p. 247.) Marc 1.13 ajoute ce trait¬†: "il √©tait avec les b√™tes sauvages."

      - Le diable, nom qui signifie calomniateur, celui qui accuse les justes, nomm√© dans l'Ancien Testament Satan, l'adversaire. Job 1.6¬†; 2.1¬†; Zacharie 3.1¬†; Jean 8.44¬†; Apocalypse 12.10 Repr√©sentant de la puissance des t√©n√®bres Eph√©siens 2.2¬†; 6.12,16 que J√©sus venait d√©truire 1Jean 3.8, Satan devait d√®s l'abord se montrer l'ennemi de son Ňďuvre divine, comme il le fut jusqu'√† la fin. Jean 13.2,27¬†; 14.30 Le Sauveur nous le d√©crit ainsi lui-m√™me. Matthieu 13.19,39¬†; Luc 8.12

      Matthieu, comme les autres écrivains du Nouveau Testament, le nomme (vers. 3) le tentateur, à cause de son influence pernicieuse sur les hommes.

      L'existence personnelle de cet ennemi de Dieu et de son règne n'est point un fait qui tienne à l'essence du christianisme ; mais ce fait occupe dans les révélations divines une place tellement évidente, qu'il faut, pour le nier, nier en même temps l'autorité de ces révélations. Ce fait n'a d'ailleurs absolument rien de contraire à la raison. Dès qu'on ne borne pas la création au monde matériel, qu'on admet l'existence d'êtres spirituels, il est arbitraire de nier la possibilité pour eux de tomber dans la révolte et dans le mal. Or, un esprit déchu de Dieu devient naturellement un être méchant, un ennemi, un tentateur. Les manifestations du mal parmi les hommes montrent que des créatures toutes spirituelles peuvent être perverties et méchantes. L'existence et l'action de Satan ne s'affirment que trop dans quelques-unes des expériences intimes les plus redoutables des chrétiens.

      2 Le je√Ľne du Sauveur fut une abstention absolue de nourriture Luc 4.2¬†; il faisait partie de sa pr√©paration, comme ceux de Moise Exode 34.28 et d'Elie. 1Rois 19.8

      Ces exemples bibliques d'un je√Ľne prolong√© ont leur signification religieuse et morale¬†; ils sont physiquement possibles en des hommes que l'intensit√© de la vie de l'Esprit √©l√®ve pour un temps au-dessus de la nature et de ses besoins. J√©sus d√©clare du reste express√©ment (verset 4) quelle fut la source de sa vie au d√©sert.

      Toutefois cette privation devint pour le Sauveur une souffrance, qui pouvait ouvrir la porte à la tentation. C'est ce que marque l'évangéliste par cette expression après cela (grec plus tard, ensuite) il eut faim, et c'est aussi à ce besoin naturel que l'ennemi s'attaqua en premier lieu. (verset 3)

      3 Comment le tentateur s'approcha du Sauveur, par quel moyen il lui suggéra ses tentations, c'est ce que les évangélistes passent sous silence. Ce silence a laissé le champ libre aux conceptions les plus diverses quant au genre de notre récit. On peut les ramener à quatre principales, tour à tour soutenues par les exégètes.

      1¬į Les uns ont vu dans notre r√©cit un fait historique, qu'ils re√ßoivent avec tous ses d√©tails dans son sens litt√©ral et ext√©rieur, y compris une apparition visible du d√©mon. On ne peut nier que cette mani√®re de voir ne soit, au premier abord, la plus conforme √† l'id√©e que les √©vang√©listes paraissent avoir eue du fait qu'ils racontent. A la r√©flexion cependant ce sens litt√©ral devient pour le moins douteux. Une sc√®ne magique se d√©roulerait sous nos yeux¬†: J√©sus serait transport√© √† travers les airs sur le fa√ģte du temple¬†; ce serait aussi peu conforme aux tentations ordinaires du d√©mon que peu digne du Sauveur. La troisi√®me tentation serait plus impossible encore que cette seconde, puisqu'elle supposerait une montagne d'o√Ļ pussent √™tre vus tous les royaumes du monde et leur gloire. Cette explication n'est pas d'ailleurs n√©cessaire √† la r√©alit√© de la tentation. (Voir la note suivants)

      2¬į D'autres pensent que J√©sus aurait racont√© √† ses disciples cette profonde exp√©rience de sa vie comme une parabole destin√©e √† les mettre en garde contre les tentations de l'adversaire, et que les √©vang√©listes auraient rendu ce r√©cit sous la forme historique dont nous le trouvons rev√™tu Rien dans les enseignements du Sauveur ni dans les r√©cits √©vang√©liques n'autorise cette supposition. Quand J√©sus a propos√© √† ses disciples des paraboles, ils ont tr√®s bien su les saisir et les rendre sous forme de Paraboles.

      3¬į D'autres encore, admettant l'id√©e de notre r√©cit telle qu'elle est bri√®vement √©nonc√©e par Marc 1.12,13, ont vu dans sa forme actuelle un mythe qui aurait √©t√© d√©velopp√© ainsi par la tradition apostolique. Cette opinion est en contradiction avec le caract√®re historique de nos √©vangiles.

      4¬į On a suppos√© enfin que toute cette histoire de la tentation, avec sa tragique r√©alit√©, s'est pass√©e dans l'√Ęme du Sauveur, et qu'elle fut, au d√©but de son minist√®re, un combat spirituel et moral avec le prince des t√©n√®bres, correspondant √† la lutte redoutable de Geths√©man√© qui en marqua la fin. La forme du r√©cit, en harmonie avec le g√©nie de l'Orient, qui aime √† dramatiser les faits du monde spirituel, n'est point inconciliable avec cette vue du sujet. Elle se rapproche √©videmment de l'histoire de la tentation en Eden, dont elle est la contrepartie, et n'est pas sans analogie avec le d√©but du livre de Job. Au reste, ce qui importe, ce n'est pas le caract√®re du r√©cit, mais bien le fait int√©rieur et moral de la tentation qu'il s'agit pour nous de saisir dans sa s√©rieuse et profonde r√©alit√©. (Comparer J. Bovon, Th√©ol. du N.T., I, p. 233 et suivants)

      Dieu venait de déclarer Jésus "son fils bien-aimé ;" (Matthieu 3.17) le Sauveur lui-même avait pleine conscience de cette dignité. Le moindre doute à cet égard aurait brisé la force nécessaire à la lutte dans laquelle il entrait et qui ne devait finir qu'avec sa vie. Le tentateur cherche précisément à lui insinuer ce doute : Si tu est fils de Dieux... (Comparer verset 6)

      C'est le premier mot de la tentation en Eden. "Quoi, Dieu aurait-il dit¬†?" Ce doute pouvait para√ģtre fond√© dans la situation. Quoi¬†? le fils de Dieu, le Messie, expos√© √† la faim, aux privations, aux souffrances¬†! Si tu l'es en effet, prouve-le √† toi-m√™me et √† ton peuple par des prodiges qui servent √† ta d√©livrance et √† ta Gloire. L√† √©tait la tentation¬†: faire usage de sa puissance miraculeuse pour √©chapper √† la souffrance de la faim, et, en ob√©issant √† Satan, sortir avec ostentation de l'√©preuve. Et il ne faut pas oublier que l'id√©e pr√©sent√©e √† J√©sus par le d√©mon √©tait universellement r√©pandue dans le peuple, et que maintes fois d√©j√† elle pouvait s'√™tre offerte √† lui par la bouche de ses contemporains. Isra√ęl attendait un Messie puissant et glorieux, qui r√©tablirait la nation dans son ancienne splendeur terrestre, en l'affranchissant du joug de l'√©tranger.

      J√©sus adoptera-t-il cette pens√©e si propre √† s√©duire le patriotisme d'un Isra√©lite¬†? Ou bien entrera-t-il dans la longue carri√®re d'humiliations et de souffrances dont le terme sera la croix, pour ne r√©gner que par la v√©rit√© Jean 18.37, et pour accomplir la r√©demption morale du monde¬†? Telle √©tait la question qui constituait pour lui la plus redoutable tentation. Cette question est au fond la m√™me qui se pose devant la conscience de tout homme. D'une part l'Evangile lui dit¬†: Renonce √† tout et √† toi-m√™me, prends ta croix et suis J√©sus dans la voie de pauvret√©, pour r√©gner avec lui. D'autre part le monde l'invite √† chercher la satisfaction de ses besoins naturels, de ses d√©sirs √©go√Įstes, √† vivre pour soi-m√™me¬†; il faut choisir...Et ce choix √† faire, pour le disciple comme pour le Ma√ģtre, se repr√©sente √† chaque pas dans la vie¬†; il faut vaincre par l'ob√©issance et le sacrifice de soi-m√™me, et pour cela avoir recours √† une force qui n'est pas de la terre. (verset 4)

      - Mais ici se pr√©sente une question dont la solution emporte tout le sens de cette histoire¬†: J√©sus √©tait-il r√©ellement accessible √† cette tentation¬†? en d'autres termes, aurait-il √©t√© possible qu'il y succomb√Ęt¬†? Si, m√©connaissant la r√©alit√© de son humanit√©, on r√©pond n√©gativement¬†; si, avec Calvin, on d√©clare que les dards de Satan ne le pouvaient navrer ni blesser, c'est-√†-dire qu'il √©tait inaccessible au p√©ch√©, notre r√©cit tout entier n'est plus qu'une fiction peu digne de l'Evangile, et J√©sus cesse d'√™tre notre lib√©rateur aussi bien que notre mod√®le dans son combat et sa victoire. Non, tout est r√©alit√© dans sa vie humaine¬†; "il a √©t√© tent√© comme nous en toutes choses." H√©breux 4.15 Second Adam, chef et repr√©sentant de notre humanit√©, il a livr√© tous nos combats contre le p√©ch√© et la puissance des t√©n√®bres, pour lui-m√™me d'abord, et pour nous ensuite. S'il e√Ľt succomb√©, son Ňďuvre e√Ľt √©t√© perdue¬†; c'est parce qu'il a √©t√© "consomm√©" qu'il a d√©truit les "Ňďuvres du diable," et qu'il est devenu "l'auteur d'un salut √©ternel pour tous ceux qui lui ob√©issent." H√©breux 5.9¬†; (comparez Matthieu 3.13, note.)

      4 Grec¬†: de toute parole sortant de la bouche de Dieu. (Deut√©ronome 8.3, cit√© d'apr√®s les Septante.) Ces mots sont admirablement choisis, puisque c'est √† Isra√ęl nourri de la manne au d√©sert qu'ils sont adress√©s. "Il t'a humili√©, il t'a fait avoir faim, mais il t'a nourri de manne...afin de te faire conna√ģtre que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais que l'homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de J√©hova." Tel est le sens litt√©ral de l'h√©breu.

      La version grecque a rendu très bien ces derniers mots, car ce qui sort de la bouche de Dieu, c'est sa Parole toute-puissante et créatrice, par laquelle il avait ordonné la manne et par laquelle il "porte toute chose." Hébreux 1.3 "Quand Dieu parle, dit Luther, il ne prononce pas de simples paroles, mais des choses réelles. Ainsi le soleil et la lune, le ciel et la terre, Pierre et Paul, toi et moi, nous ne sommes que des paroles de Dieu."

      - Toute √©preuve, comme pour J√©sus la d√©faillance de la faim, peut ouvrir la porte √† la tentation. Notre force est alors uniquement dans la confiance en Dieu et dans l'ob√©issance √† sa Parole¬†: Il est √©crit. En r√©pondant ainsi, J√©sus ne veut pas dire que Dieu le nourrira d'une mani√®re surnaturelle, sans pain, ni aliment mat√©riel, par une parole, un ordre √©manant directement de lui. Il affirme plut√īt que la vie de l'homme ne d√©pend pas seulement de la satisfaction de ses besoins physiques, mais avant tout de l'accomplissement des ordres de Dieu. (Comparer Jean 4.34)

      Il obéira toujours à son Père, de qui il attend jour après jour l'entretien de sa vie. Il n'usera pas du pouvoir qu'il a de faire des miracles pour sortir arbitrairement de la position dans laquelle Dieu l'a placé.

      5 La ville sainte, J√©rusalem. Luc 4.9¬†; Esa√Įe 48.2¬†; 52.1¬†; Matthieu 27.53

      Le saint lieu (hieron) indique dans le Nouveau Testament tout l'ensemble des portiques, cours et √©difices qui formaient les d√©pendances du temple ou sanctuaire (naos), que nos versions ordinaires confondent avec le premier de ces termes. On s'est donn√© beaucoup de peine pour d√©terminer ce que pouvait √™tre cette aile ou ce fa√ģte d'un √©difice o√Ļ le tentateur fit monter J√©sus¬†; on n'est arriv√© qu'√† des conjectures.

      6 Psaumes 91.11,12, cité à peu près littéralement. Dans la première tentation, le : "Si tu es..." devait conduire Jésus à cette conclusion : Ne te laisse manquer de rien ! Aide-toi toi-même !

      Ici les mêmes mots signifient : "N'aie peur de rien ; en tout cas Dieu t'aidera." C'est la tentation opposée ; là, le manque de foi, qui est l'épreuve des commençants ; ici, en quelque sorte, l'excès de foi, ou l'abus de la foi, qui ne peut être que le danger des avancés...Précisément parce que cette suggestion fait appel à la foi, Satan l'appuie d'une promesse divine...Il avait remarqué que deux fois Jésus lui avait opposé comme un bouclier une parole scripturaire ; il essaie à son tour de se servir de la même arme. (Godet).

      Beaucoup d'interpr√®tes pensent que Satan incitait J√©sus √† accomplir un miracle d'apparat qui l'ai fait reconna√ģtre comme Messie par la multitude enthousiasm√©e, mais notre r√©cit n'indique pas ce but et ne nous montre pas la foule spectatrice du miracle.

      7 Deutéronome 6.16, cité d'après les Septante ; l'hébreu porte : "Vous ne tenterez point Jéhova votre Dieu, comme vous l'avez tenté en Massa."

      Tenter Dieu, dans cette première application, c'était murmurer contre lui et ses dispensations, c'était aussi exiger de lui des manifestations extraordinaires de sa puissance et de sa bonté. Exode 17.2-7 ; comparez Psaumes 95.9 ; 1Corinthiens 10.9

      Tel e√Ľt √©t√© le p√©ch√© de J√©sus, s'il avait consenti √† s'exposer √† un danger inutile, en comptant sur la protection de Dieu. (verset 6, note.) S'il avait eu pour cela un ordre positif de Dieu, ou s'il avait eu un but qui p√Ľt servir √† la gloire de Dieu, il se serait expos√© au danger sans tenter Dieu. C'est ainsi qu'il sut se soustraire aux emb√Ľches de ses ennemis, puis, quand "son heure fut venue," aller se livrer entre leurs mains. Jean 11.7-10¬†; Matthieu 26.53,54

      9 C'est-√†-dire "si tu me rends hommage comme √† ton roi¬†;" car Satan ne pouvait exiger l'adoration proprement dite¬†; le pi√®ge eut √©t√© trop grossier. Le Sauveur savait que tous les royaumes du monde lui √©taient promis, Psaumes 2.8 mais comment devait-il en prendre possession¬†? Il pouvait choisir entre ces deux voies¬†: fonder son royaume avec puissance et avec √©clat par des moyens emprunt√©s √† la sagesse du si√®cle, plus encore par le prestige de son pouvoir miraculeux, qui e√Ľt fascin√© son peuple¬†; ou le fonder par le renoncement √† tout ce que le monde pouvait offrir, par l'humiliation, la souffrance, le sacrifice de lui-m√™me. (verset 3, note.) Satan le pousse dans la premi√®re de ces voies, qui r√©pond si bien aux aspirations de l'humanit√© naturelle. Il se pr√©sente √† lui comme le prince de ce monde¬†; il est r√©ellement le possesseur des biens qu'il offre, puisqu'il incarne l'esprit du monde. Comparer Luc 4.6¬†; Jean 12.31¬†; 14.30¬†; 16.11

      Cette proposition n'est point, comme on pourrait le croire, un mot chimérique et sans portée. Par la séduction du péché et de ses convoitises, le prince des ténèbres règne, en effet, dans le monde, et nul doute que, s'il avait voulu se courber sous cet empire, Jésus, avec des dons admirables, n'eut acquis une somme immense de richesses et d'honneurs. (Bovon, Théol. du N. T., I, o. 244.)

      Mais Jésus a démêlé le piège de l'adversaire ; il refoule toute ambition, tout désir de grandeur charnelle ; il choisit la voie de l'abaissement, de l'immolation, de la croix. Il y marchera désormais sans faiblir, mais non sans passer par bien des luttes. Jean 12.27 ; Matthieu 26.38

      C'est bien dans cette alternative qu'était l'essence de la tentation et l'on comprend pourquoi, d'après notre évangile, c'est là le dernier des trois assauts de Satan ; aussi préférons-nous l'ordre de ce récit à celui que nous trouvons dans l'évangile de Luc.

      10 Deutéronome 6.13, librement cité.

      Cette charte du monoth√©isme de l'Ancien Testament, prise dans son sens absolu, exclut toute autre adoration et fait de Dieu seul le grand mobile de toutes nos actions. Pour la premi√®re fois dans ce r√©cit, J√©sus appelle le tentateur Satan, ce qui signifie l'adversaire, parce qu'il p√©n√®tre √† fond le but de ses insinuations, et cela au moment m√™me o√Ļ l'ennemi lui offre ses plus grandes faveurs.

      11 La victoire est remportée, Jésus se retrouve en communion avec les puissances du ciel, les anges qui l'assistent et le servent. (Comparer Jean 1.51 ; Luc 22.43 ; 1Rois 19.5)

      Les tentations les plus diverses se reproduiront durant toute la vie humaine du Sauveur, (Luc 4.13 note) mais la victoire par laquelle il a définitivement rejeté l'idée fausse du Messie, qui régnait dans son peuple et que Satan lui insinuait, est le gage de toutes ses autres victoires.

      La puissance des ténèbres est brisée ; et le Sauveur a acquis la force et la sympathie, qui lui permettront de délivrer ses rachetés, lorsqu'ils souffriront la tentation. Hébreux 2.18

      12 Inauguration et esquisse de l'activité du Christ

      12 à 25 Retour de Jésus. Son ministère en Galilée Comparer Marc 1.14-20 ; Luc 4.14,15 ; 5.1-11

      - Livré, c'est-à-dire mis en prison. L'évangéliste raconte plus tard en détail ce grave événement. (Matthieu 14.1 et suivants ; comparez Luc 3.19,20)

      13 - Matthieu, dans ce verset, Marc Marc 1.14 et Luc Luc 4.14 placent ce retour en Galilée immédiatement après le baptême et la tentation de Jésus. Luc raconte son séjour à Nazareth, que Matthieu ne fait qu'indiquer. (verset 13)

      Ce r√©cit, qui parait omettre diverses circonstances, est difficile √† concilier chronologiquement avec celui de Jean, qui rapporte le retour de J√©sus en Galil√©e, (Jean 1.44) les noces de Cana, (Jean 2.1 et suivants) un voyage √† J√©rusalem √† la f√™te de P√Ęques, (Jean 2.13) l'entretien avec Nicod√®me, (Jean 3.1 et suivants) un s√©jour prolong√© et un commencement de minist√®re dans la terre de Jud√©e, o√Ļ Jean-Baptiste lui rend un dernier t√©moignage. (Jean 3.22 et suivants) Et, √† cette occasion, le quatri√®me √©vangile remarque express√©ment que "Jean n'avait pas encore √©t√© mis en prison." Son intention est √©videmment de rectifier la confusion qui s'√©tait produite dans la tradition. (Comparer Jean 3.24, note.) Il raconte ensuite un second retour en Galil√©e par la Samarie. Jean 4.3 et suivants. Ce retour eut lieu en d√©cembre. (Jean 4.35)

      "Il est manifeste, dit M. Godet, que ces deux premiers retours de Jud√©e en Galil√©e ont √©t√© fondus en un par nos synoptiques comme ils l'√©taient probablement dans la tradition, ce qui a fait dispara√ģtre dans la narration ordinaire presque tous les faits qui les avaient s√©par√©s."

      Cette confusion a amen√© les synoptiques √† rapprocher des √©v√©nements d'√©poques diff√©rentes. La mention du retour de J√©sus en Galil√©e "avec la puissance de l'Esprit" qu'il avait re√ßu au bapt√™me et par lequel il avait vaincu au d√©sert Luc 4.14, se rapporte plut√īt au premier retour. Jean 1.44¬†; 2.1 L'emprisonnement de Jean (verset 12) Marc 1.14 fut le motif du second retour. Celui-ci fut suivi de la pr√©dication de J√©sus √† Nazareth et de la translation du domicile de J√©sus √† Caperna√ľm. Le r√©cit de Luc Luc 4.16 et suivants donne la raison pour laquelle J√©sus quitta Nazareth, o√Ļ il avait d'abord demeur√© avec ses parents. (Matthieu 2.23)

      Capharnaoum ainsi portent les plus anciens manuscrits, et l'on suppose ce nom formé de l'hébreu Caphar-Nachoum, qui signifie "village de consolation," ou, selon d'autres interprètes, bourg de Nahum, par allusion au prophète de ce nom.

      Ce lieu n'est pas connu dans l'Ancien Testament, mais c'√©tait, au temps du Sauveur, une ville de commerce florissante, surtout parce que, situ√©e au nord-ouest de la mer de Tib√©riade, ou lac de G√©n√©zareth, elle se trouvait sur la route de Damas, √† Ptol√©ma√Įs. C'est √† cause du privil√®ge qu'eut cette ville de voir J√©sus habiter au milieu d'elle, qu'elle s'attira une s√©v√®re condamnation. (Matthieu 11.23)

      La pr√©diction de J√©sus a √©t√© si bien accomplie, que les voyageurs et les arch√©ologues discutent encore sur l'emplacement de Caperna√ľm. Il faut le chercher probablement en un lieu nomm√© Tell Houm, o√Ļ l'on trouve quelques cabanes b√Ęties par des b√©douins pillards au milieu de nombreuses ruines recouvertes d'√©pines, √† une centaine de pas du lac. (Voir F. Bovet, Voyage en Terre Sainte, 7e √©dit., p. 369, et Ph. Bridel, La Palestine illustr√©e, IV)

      L'√©vang√©liste remarque encore que Caperna√ľm √©tait situ√© sur les confins des deux tribus de Zabulon et de Nephthali qui occupaient, en effet, le nord-ouest de la Palestine. (Josu√© 19.10 et suivants, 32 et suivants) On voit que, par ses remarques g√©ographiques, Matthieu pr√©pare la citation qu'il va faire de la proph√©tie d'Esa√Įe.

      16 Esa√Įe 8.22¬†; 9.1, librement cit√© d'apr√®s l'h√©breu et les Septante. Matthieu ne fait que r√©p√©ter, apr√®s le proph√®te, le nom de ces contr√©es plong√©es dans de profondes t√©n√®bres et destin√©es √† voir bient√īt une grande lumi√®re. Voici, d'apr√®s l'h√©breu, la proph√©tie d'Esa√Įe¬†: "Car il ne fera pas toujours sombre l√† o√Ļ est maintenant l'angoisse. Comme les premiers temps ont couvert d'opprobre la terre de Zabulon et la terre de Nephthali, ainsi les derniers temps couvriront de gloire le chemin de la mer, la contr√©e au del√† du Jourdain, le district des Gentils. Le peuple qui marchait dans les t√©n√®bres a vu une grande lumi√®re¬†; ceux qui √©taient assis dans la r√©gion de l'ombre de la mort, la lumi√®re a resplendi sur eux." Ainsi, toutes les contr√©es voisines du Jourdain √† l'est, et de la mer √† l'ouest, et jusqu'au district ou √† la Galil√©e des gentils, ainsi appel√©e parce qu'elle confinait vers le nord aux r√©gions pa√Įennes de la Ph√©nicie, auront part √† la grande lumi√®re annonc√©e par le proph√®te.

      L'√©vang√©liste voit avec raison, dans l'√©tablissement de J√©sus √† Caperna√ľm et dans le minist√®re qu'il allait exercer en ces contr√©es √† demi pa√Įennes, l'accomplissement de la proph√©tie d'Esa√Įe. Le sens historique et premier de cette pr√©diction concernait la d√©livrance de ce pays opprim√© et souvent d√©vaste par les fr√©quentes guerres d'Isra√ęl avec les Syriens et plus tard avec les Assyriens. Mais aussit√īt le proph√®te s'√©l√®ve √† la pens√©e d'une autre d√©livrance (Esa√Įe 9.1-7) par le grand Lib√©rateur qu'il d√©crit, et qui apporte la lumi√®re et la vie avec la libert√©.

      Il semble que l'√©vang√©liste ait un plaisir particulier √† montrer le Sauveur consacrant ses premiers travaux aux contr√©es les plus obscures et les plus mis√©rables¬†; ce fut le caract√®re de toute son Ňďuvre de s'abaisser vers les plus humbles et de "chercher ce qui √©tait perdu." Quelques versions fran√ßaises (celles de Rilliet, de M. Stapfer, de Pau-Vevey, d'Ostervald r√©vis√© et de Lausanne) rendent par un vocatif les premiers mots de ce passage¬†: "Terre de Zabulon, terre de Nephthali¬†!" L'absence de l'article ne l'exige point, et l'ensemble de la construction, aussi bien que le texte d'Esa√Įe, montrent que ces noms propres sont au nominatif.

      - Ces mots¬†: sur le chemin de la mer ne doivent pas s'appliquer √† la mer de Tib√©riade, mais ils rappellent que "la grande route des caravanes qui se rendent de Damas et de Palmyre √† la c√īte de la M√©diterran√©e coupe, dans son extr√©mit√© septentrionale, le bassin du lac de G√©n√©zareth. On peut s'imaginer quelle devait √™tre la prosp√©rit√© d'une contr√©e si privil√©gi√©e, et l'on ne s'√©tonnera pas trop de l'immense population qui parait y avoir √©t√© accumul√©e du temps de la domination des Romains. Lorsque J√©sus, repouss√© par ses concitoyens, quitta Nazareth et vint fixer son s√©jour pr√®s du lac de Tib√©riade, ce ne fut point, on peut le croire, le charme de cette nature, les d√©lices de ce climat qui l'attir√®rent sur ce rivage. Le Fils de l'homme venait chercher et sauver ce qui √©tait perdu. Ce qui l'attirait sans doute, c'√©taient ces grandes populations actives et industrieuses, mais absorb√©es dans les int√©r√™ts grossiers de la terre¬†; c'√©taient ces foules mis√©rables et errantes comme des brebis qui n'ont point de berger et pour lesquelles il √©tait saisi de compassion." (F. Bovet, voyage en Terre Sainte, 7e √©dit., p. 353.)

      - Ce terme : l'ombre de la mort, est l'expression à la fois énergique et poétique des ténèbres les plus profondes, telles que celles qui règnent dans la mort. Psaumes 23.4 ; Job 3.5 ; 10.21

      17 M√™mes paroles que celles dans lesquelles Jean-Baptiste r√©sumait toute sa pr√©dication. (Matthieu 3.2, notes.) J√©sus lui-m√™me ne pouvait avoir acc√®s dans les √Ęmes qu'en r√©veillant d'abord en elles le sentiment du p√©ch√© et le besoin de la d√©livrance.
      18 Mer de Galil√©e, ou de Tib√©riade, ou lac de G√©n√©zareth, form√©e par le Jourdain qui la traverse du nord au sud, ayant vingt kilom√®tres dans sa longueur, douze dans sa plus grande largeur, de forme ovale, entour√©e de montagnes qui en font le centre d'un pittoresque paysage. Les eaux du lac sont douces, claires, fra√ģches, abondantes en poissons, souvent violemment agit√©es par les vents. A tous les avantages dont l'a embelli la nature, le lac de G√©n√©zareth joint les immortels et religieux souvenirs qu'a laiss√©s sur ses bords la pr√©sence du Sauveur, qui y passa la plus grande partie de son minist√®re. (Voir l'int√©ressante description qu'en fait M. F√©lix Bovet dans son Voyage en Terre Sainte, 7e √©dit., p. 347 et suivants et comparez Ph. Bridel, La Palestine illustr√©e, IV.)

      Simon √©tait le nom du disciple. Il avait re√ßu le surnom de Pierre lors de sa premi√®re rencontre avec J√©sus sur les bords du Jourdain. Plus tard ce nom lui fut confirm√© dans une circonstance solennelle. (Matthieu 16.18¬†; comparez Jean 1.43 note.) Andr√©, son fr√®re, fut avec Jean le premier disciple de Jean-Baptiste qui s'attacha √† J√©sus. Jean 1.35-41 Ces deux fr√®res √©taient de Bethsa√Įda. Jean 1.45. Ils se livraient √† leurs travaux de p√™cheurs au moment o√Ļ J√©sus les appelle √† le suivre.

      "Si l'Evangile √©tait d'une telle nature qu'il p√Ľt √™tre propag√© et maintenu par des potentats, Dieu ne l'aurait pas confi√© √† des p√™cheurs." Luther.

      19 Les circonstances de la vocation de ces quatre disciples (verset 21) ont paru √† quelques interpr√®tes √™tre en contradiction avec le r√©cit de Jean, (Jean 1.37 et suivants) dont la sc√®ne est aux lieux m√™mes o√Ļ le pr√©curseur baptisait, et avant son emprisonnement, tandis que, selon Matthieu, cette vocation a eu lieu en Galil√©e, apr√®s cet √©v√©nement. (Comparer verset 12, note.)

      Ils objectent encore que, d'après le récit de Jean, Jésus connaissait ces disciples, tandis que Matthieu semble raconter une première rencontre avec eux. A cela on peut répondre que dans sa première rencontre avec ses disciples, rapportée par Jean, Jésus les appela à la foi ; que dans celle-ci, qui est identique avec Luc 5.1 et suivants, il les appelle au ministère. On peut distinguer même une troisième vocation à l'apostolat proprement dit. Matthieu 10.2-14

      Comparer F. Godet, Commentaire sur saint Luc, 1, p. 345.

      22 On a conclu de ce passage que Jacques, nomm√© le premier, √©tait le fr√®re a√ģn√© de Jean.

      Ils obéissent immédiatement à l'appel de Jésus, quittant, pour le suivre, non seulement leur barque et leur vocation terrestre, mais leur père. (Voir la note précédente.)

      23 Le mot synagogue signifie r√©union, assembl√©e et, par extension, le lieu o√Ļ l'on se r√©unit. Depuis l'exil subsistait dans les synagogues, ind√©pendamment des grandes assembl√©es solennelles dans le temple de J√©rusalem, un culte qui consistait surtout dans la lecture et l'explication de la loi et des proph√®tes. Chaque Isra√©lite qualifi√© pour cela pouvait y prendre la parole, avec l'autorisation de celui qui pr√©sidait l'assembl√©e. J√©sus, et apr√®s lui les ap√ītres, saisirent fr√©quemment cette occasion d'annoncer l'Evangile √† leur peuple. (Comparer Luc 4.15, note. - Voir sur l'organisation et le r√īle de la synagogue, E. Stapfer, la Palestine au temps de J-C., p. 322 et suivants)

      La bonne nouvelle de ce royaume de justice et de paix qu'il venait fonder sur la terre. (Comparer Matthieu 3.2, seconde note.)

      Prêcher et guérir, telle était la double action de Jésus, c'est ainsi qu'il se manifestait comme Sauveur. Et telle est sa double action dans le monde moral.

      Aussi ses miracles, Ňďuvres de puissance et d'amour, sont-ils appel√©s dans le Nouveau Testament des signes.

      24 Province romaine dont la Palestine faisait partie et qui comprenait les contr√©es pa√Įennes situ√©es au nord de cette Galil√©e o√Ļ J√©sus exer√ßait son minist√®re. Sa renomm√©e se r√©pandit dans ces pays, et plusieurs surent profiter de la connaissance qu'ils acquirent ainsi de lui. (Voir par exemple Matthieu 15.21 et suivants)

      Parmi les divers genres de maladies énumérés ici, il en est deux qui ne sont pas sans difficulté quant à leur nature : Que faut-il entendre par lunatiques et démoniaques Le premier de ces termes est le participe d'un verbe qui signifie proprement être sous l'influence de la lune. Il parait désigner une catégorie spéciale d'épileptiques, sur la maladie desquels la lune exerçait, croyait-on, une certaine influence.

      Les évangiles ne nous racontent qu'une seule guérison de lunatique, (Matthieu 17.15) et le terme ne se retrouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament.

      - Quant aux démoniaques, dont les guérisons sont si fréquemment rapportées dans les évangiles synoptiques, il sera plus à propos d'y revenir à l'occasion d'une de ces guérisons. (Voir Matthieu 8.28 et suivants, notes.)

      25 La Décapole, c'est-à-dire les dix villes, était une province située au delà du Jourdain, au nord-est de la Palestine et qui comprenait dix villes principales.

      On désignait ainsi la Pérée.

      - L'évangéliste met un soin particulier à montrer ces grandes foules qui suivaient alors Jésus, parce qu'elles formeront son auditoire pour le discours qu'il va prononcer.

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