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Actes 1

    • 1

      1 à 14 Introduction. Ascension du Sauveur.

      Grec : Le premier traité je l'ai fait touchant toutes les choses...

      Dès les premiers mots, l'auteur rappelle qu'il a déjà écrit, dans un premier livre, la vie de Jésus. Il s'agit de l'évangile de Luc, désigné par un mot qui peut signifier parole, discours, récit, histoire ou livre.

      Luc l'avait d√©di√© au m√™me Th√©ophile dont le nom repara√ģt ici. (Luc 1.3, note.)

      Cet évangile est résumé en deux mots : il renferme toutes les choses que Jésus a faites et enseignées.

      Il est évident qu'il ne faut pas presser ce mot : toutes les choses ; Luc entend par là tout ce qui, dans la vie si riche de Jésus, est nécessaire à la connaissance que nous pouvons avoir de lui. (Comparer Jean 20.30, note :)

      Ce que l'auteur a relev√© dans cette vie du Sauveur, ce sont ses Ňďuvres et ses r√©v√©lations, ce qu'il a fait et enseign√©.

      Pour sauver le monde, il ne fallait pas seulement une doctrine nouvelle, quelque grande et divine qu'elle p√Ľt √™tre¬†; il fallait des actes op√©r√©s par la puissance de Dieu. Luc caract√©rise par ces deux termes¬†: faire et enseigner toute l'activit√© de J√©sus sur la terre, y compris ses souffrances, sa mort et sa r√©surrection. Il place m√™me ses Ňďuvres avant son enseignement, parce que c'est par elles, plus encore que par ce dernier, qu'il a r√©v√©l√© Dieu et sauv√© notre humanit√©.

      - Mais il faut remarquer aussi cette expression : "ce que Jésus a commencé et de faire et d'enseigner."

      Quelques exégètes (de Wette, Meyer, Wendt) ne voient dans ce terme qu'un hellénisme fréquent dans les synoptiques (Matthieu 11.20 ; Marc 2.23 ; Luc 3.8 ; 4.21 ; 5.21) et destiné à relever l'action exprimée par l'infinitif qu'il accompagne. Nous le traduisons par : "Il se mit à..." De même dans notre passage, disent-ils, il ne faut pas mettre l'accent sur ce verbe.

      D'autres (Olshausen, Baumgarten, Lechler, Zahn, Barde) estiment que la pens√©e de Luc est celle-ci¬†: J√©sus, durant sa vie sur la terre, n'a fait que commencer l'Ňďuvre immense du salut du monde¬†; il en a pos√© le fondement, et il la poursuit du haut de sa gloire par son Esprit et par le moyen de ses disciples, jusqu'√† ce qu'elle arrive √† sa perfection. (H√©breux 2.3)

      Or cette action du Sauveur glorifi√©, qui est la continuation de l'Ňďuvre du Christ historique, c'est pr√©cis√©ment le sujet du livre des Actes, ainsi intimement rattach√© par Luc √† son √©vangile. Et ceux qui soutiennent cette interpr√©tation la trouvent confirm√©e par cette circonstance que l'auteur donne, pour introduction √† son second livre, les derniers faits de la vie de J√©sus apr√®s sa r√©surrection, (versets 2-11) indiquant par l√† que les Actes ne sont que la suite de l'√©vangile.

      On peut objecter cependant √† ce sens donn√© au verbe¬†: il commen√ßa, le compl√©ment¬†: toutes ces choses. J√©sus n'a fait que commencer l'ensemble de son Ňďuvre, mais non toutes les choses racont√©es dans l'Evangile, ce qui voudrait dire que chacune d'elles attend son ach√®vement.

      Ceux qui trouveront cette objection d√©cisive pourront prendre l'expression de Luc comme une sorte de prolepse. Il voulait dire¬†: "J'ai racont√© toutes les choses que J√©sus a faites et enseign√©es depuis qu'il a commenc√© son minist√®re jusqu'au Jour o√Ļ il fut enlev√©."

      L'emploi analogue de ce verbe au verset 22 : (grec) "ayant commencé depuis le baptême de Jean," est en faveur de cette interprétation. (Blass.)

      2 C'est jusqu'√† ce jour, jour o√Ļ il fut enlev√© (grec pris en haut, verset 9, note), qu'allait le r√©cit de l'√©vangile de Luc. (Luc 24.50-52)

      Mais l'auteur veut rappeler ici avec plus de détails ce qui avait précédé ce jour suprême.

      Ainsi d'abord J√©sus ressuscit√© avait donn√© des ordres (Luc 24.49¬†; Matthieu 28.19,20) aux ap√ītres¬†; il le fit par l'Esprit saint, dont lui-m√™me √©tait rempli, car ces ordres √©taient de la plus haute importance, c'√©tait la charte de son royaume sur la terre. Luc rappelle encore que ces ap√ītres, J√©sus les avait choisis¬†; (Luc 6.13-16) c'√©taient les seuls qu'il e√Ľt appel√©s √† l'apostolat, et en leur donnant ces ordres, il confirmait une derni√®re fois leur autorit√© apostolique.

      - Quelques exégètes (Olshausen, de Wette, Wendt) rapportent ces mots : par l'Esprit saint, à ceux-ci : qu'il avait choisis, en sorte que l'Esprit de Dieu aurait présidé à ce choix.

      Il est plus naturel de rattacher cette action de l'Esprit aux ordres donnés par le Sauveur. (Meyer, Reuss, Holtzmann.)

      3 Dans versets 1,2, Luc a rappel√© ce qu'il a racont√© dans son premier livre¬†; la tournure de la phrase grecque montre qu'il se proposait d'introduire ensuite son second livre¬†; mais la mention faite (verset 2) des derniers rapports de J√©sus avec les ap√ītres s'empare de son esprit, et il interrompt le d√©veloppement de sa pens√©e pour √©puiser ce qu'il a √† dire de ces rapports. (verset 3 et suivants) Que de choses il concentre ici en peu de mots¬†!

      1¬į J√©sus, apr√®s avoir souffert, souffert la mort, et √™tre ressuscit√©, se pr√©senta lui-m√™me, vivant, √† tous ses disciples, et √† diverses reprises.

      2¬į Afin qu'il ne leur rest√Ęt aucun doute de sa r√©surrection, il leur en donna beaucoup de preuves. Tel est bien le sens du terme grec qui ne se trouve qu'ici dans le Nouveau testament, mais auquel les auteurs classiques donnent cette signification. Ces preuves sont abondamment rapport√©es dans les √©vangiles. (Luc 24.30,36-43¬†; Matthieu 28.16 et suivants¬†; Jean Jean 20 et Jean 21. Comparer 1Jean 1.1-3¬†; 1Corinthiens 15.5-8)

      3¬į J√©sus leur donna ces preuves en se faisant voir √† eux pendant quarante jours, depuis sa r√©surrection jusqu'√† son ascension. C'est par cette donn√©e importante que Luc compl√®te ou rectifie ce qu'il n'avait fait qu'indiquer dans son √©vangile. L√†, (Luc 24.50) il pouvait para√ģtre que l'ascension avait eu lieu le jour m√™me de la r√©surrection¬†; et certains critiques s'obstinent √† mettre ici l'√©vang√©liste en contradiction avec lui m√™me. Mais qu'on veuille bien le remarquer, il ne fait, dans son premier r√©cit, que rapporter les deux faits, sans parler de l'intervalle qui les s√©pare, parce qu'il se proposait d'y revenir, mais aussi sans dire express√©ment que ces faits eussent eu lieu le m√™me jour. (Voir Luc 24.49, note.)

      4¬į Le Sauveur employa ces derni√®res entrevues avec ses disciples √† les instruire des grandes v√©rit√©s du royaume de Dieu (voir sur ce terme Matthieu 3.2, 2e note), et le verset 6 va montrer combien ils en avaient encore besoin.

      4 Plusieurs Pères de l'Eglise, la Vulgate, et plusieurs exégètes modernes (Meyer, Wendt, Holtzmann, Blass), attribuant à ce mot une étymologie différente, le traduisent ainsi : "comme il mangeait avec eux."

      Ce serait donc un repas d'adieux que Jésus aurait eu avec ses disciples. (Comparer Luc 24.41-43)

      - Ici se présente une question sur laquelle les interprètes diffèrent : Luc mentionne-t-il deux réunions distinctes, la première versets 4,5, la seconde verset 6 et suivants (Meyer) ? Ou bien continue-t-il aux versets 4,5 la description générale des rapports de Jésus ressuscité avec les disciples (Wendt) ? Ou enfin commence-t-il au verset 4 le récit de la dernière réunion, récit qu'il poursuit verset 6 et suivants (Holtzmann) ?

      Le contexte nous para√ģt d√©cider pour cette derni√®re explication¬†: nous avons ici la relation d'une seule rencontre, celle que J√©sus eut avec ses disciples le jour m√™me de son ascension (verset 9) et qui eut lieu sur le mont des Oliviers. (verset 12)

      Comparer Luc 24.49. J√©sus savait combien peu les disciples √©taient pr√©par√©s encore √† entreprendre leur Ňďuvre¬†; il veut donc qu'ils attendent √† J√©rusalem l'accomplissement de la promesse du Saint-Esprit.

      Sans doute, comme le remarque Lechler, c'√©tait un dur renoncement pour eux de rester dans cette ville ennemie o√Ļ, quelques semaines auparavant, leur Ma√ģtre avait souffert la mort, et o√Ļ eux m√™mes couraient des dangers.

      Sans doute aussi, Dieu aurait pu leur envoyer le Saint-Esprit partout ailleurs qu'√† J√©rusalem¬†; mais tel √©tait le plan de sa mis√©ricorde √©ternelle que ses plus grandes gr√Ęces fussent encore r√©pandues sur la ville coupable, que l'Evangile y f√Ľt annonc√© en premier lieu, et que, de l√†, il se r√©pand√ģt dans le monde. (Comparer Esa√Įe 2.2,3)

      - Jésus appelle promesse du Père celle qu'ils avaient si souvent entendue de lui.

      Pour expliquer cette désignation, les interprètes se réfèrent aux nombreuses promesses concernant le Saint-Esprit qui se trouvent déjà dans les prophètes (2 :17) ; Baumgarten montre même dans l'effusion de l'Esprit l'accomplissement de l'ancienne alliance tout entière.

      Cela est vrai, mais il suffit de remarquer que le Sauveur, en annonçant aux disciples l'envoi de l'Esprit, attribue toujours à la souveraine puissance du Père ce grand miracle qui devait régénérer le monde. (Luc 24.48 ; Jean 14.16,26 ; 15.26, comparez Actes 2.33)

      5 Grec : baptisés (c'est-à-dire plongés) dans l'Esprit saint : expression qui indique la plénitude de l'action de l'Esprit, destiné à pénétrer l'homme tout entier.

      - Nous retrouvons dans ce verset le contraste frappant, souvent exprimé dans l'Ecriture. entre le baptême d'eau et le baptême du Saint-Esprit, qui sont l'un le symbole, l'autre la réalité, et qui, ensemble, constituent le vrai baptême. (Matthieu 3.11 ; Luc 3.16 ; Jean 1.33 ; 3.5)

      Grec : Non après beaucoup de ces jours-ci, ajoute le Sauveur, c'està-dire d'ici peu de jours, dix jours après qu'il aura été glorifié. (Comparer Jean 7.39, note.)

      6 La particule donc reprend le récit au verset 4 et indique qu'il s'agit bien de la même réunion.

      - Les disciples rattachent avec raison √† la promesse du Saint-Esprit le r√©tablissement (Actes 3.21, note¬†; Marc 9.12,13, note) de ce royaume dont J√©sus leur parlait si souvent¬†; (verset 3) et ils attendent sa restauration de J√©sus lui-m√™me¬†: que tu r√©tabliras¬†; mais en le limitant √† Isra√ęl (grec le royaume pour Isra√ęl) ils montrent √† la fois leur patriotisme et leur peu d'intelligence de la spiritualit√© et de l'universalit√© de ce royaume.

      Ils sont encore imbus de ce particularisme juif auquel ils ne renonceront que par degr√©s et au moyen de r√©v√©lations positives. (Actes 10.9 et suivants) Et cette premi√®re erreur les induit √† croire au r√©tablissement terrestre et mat√©riel de ce royaume √† une √©poque prochaine, au sujet de laquelle ils interrogent leur Ma√ģtre.

      7 Dans sa r√©ponse, J√©sus ne bl√Ęme pas la question des disciples¬†; mais pourtant il refuse express√©ment de leur r√©v√©ler les temps ou les moments, c'est-√†-dire les √©poques g√©n√©rales et les dates pr√©cises (ou les moments favorables) du r√©tablissement du royaume de Dieu. (1Thessaloniciens 5.1)

      Ce n'est pas √† vous de les conna√ģtre, ces temps d√©pendent exclusivement de l'autorit√© du P√®re.

      Ailleurs, J√©sus va jusqu'√† d√©clarer que le Fils lui-m√™me, dans son √©tat d'humiliation, les ignorait. (Marc 13.32) Par ces paroles le Sauveur rectifie aussi indirectement ce qu'il y avait d'erron√© dans la question des disciples¬†; car il leur donne √† entendre que le r√©tablissement du royaume est encore dans un lointain avenir (les temps, les moments), et ne sera pas seulement pour Isra√ęl, mais pour tout le peuple de Dieu, Juifs et pa√Įens sauv√©s. Toutefois ce r√©tablissement reste certain, sans quoi il n'aurait pas ses temps et ses moments que le P√®re a fix√©s.

      - Chose singuli√®re¬†! ces paroles positives¬†: Ce n'est pas √† vous de conna√ģtre les temps ou les moments, le savant et pieux Bengel pensait qu'elles ne concernaient que les ap√ītres √† l'√©poque o√Ļ elles leur furent adress√©es, attendu que les r√©v√©lations divines ont leurs degr√©s et que Dieu a fait conna√ģtre par l'Apocalypse ce que J√©sus refusait alors.

      A quoi son compatriote, Lechler, r√©pond que Bengel lui-m√™me a totalement √©chou√© quand il - a voulu, d'apr√®s ce livre, d√©terminer les temps et les moments. Et il en conclut avec beaucoup de raison que les mots¬†: Ce n'est pas √† vous de conna√ģtre, subsistent pour nous.

      Mais h√©las¬†! aujourd'hui encore, les disciples veulent √™tre plus sages que le Ma√ģtre¬†!

      8 Grec : Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit étant venu sur vous.

      Par ces paroles J√©sus oppose (mais) la promesse, qui va s'accomplir, aux vaines sp√©culations des disciples sur les temps et les moments. Ils seront pr√©par√©s √† leur tache par l'Esprit de Dieu, qui sera en eux une puissance, intellectuelle et morale, telle qu'ils n'en ont encore aucune id√©e, et leur Ňďuvre consistera √† √™tre les t√©moins de J√©sus-Christ¬†; t√©moins de sa vie sainte, de ses Ňďuvres, de sa v√©rit√© et tout particuli√®rement de sa r√©surrection. (Luc 24.48)

      O√Ļ rendront-ils ce t√©moignage¬†!

      Tout d'abord à Jérusalem et dans toute la Judée ; (voir verset 4, note) puis dans la Samarie, et enfin jusqu'aux extrémités de la terre.

      - Ces mots¬†: jusqu'aux extr√©mit√©s de la terre paraissent au premier abord une exag√©ration¬†; mais ils sont litt√©ralement vrais, car, si l'action personnelle des ap√ītres fut limit√©e √† un petit nombre de pays, c'est bien leur t√©moignage √©crit qui, aujourd'hui m√™me, atteint les extr√©mit√©s de la terre par l'Ňďuvre des missions. Les proph√®tes avaient annonc√© cette extension du r√®gne du Christ. (Esa√Įe 49.6¬†; comparez Actes 13.47¬†; Romains 10.18)

      9 Il est digne de remarque que Luc emploie deux verbes différents pour exprimer l'acte de l'ascension, et les deux au passif ; ici : il fut élevé ; aux versets 2,11 : il fut prit en haut.

      D'o√Ļ l'on peut conclure que ce fut l'action, non du Sauveur lui-m√™me, mais de la puissance de Dieu. Il ne faut pas oublier du reste que J√©sus, d√©j√† glorifi√©, n'√©tait plus assujetti aux lois de la pesanteur. (Comparer Jean 20.19, note.)

      - La nuée, probablement lumineuse, (Matthieu 17.5) qui déroba le Sauveur aux regards des disciples "était la manifestation de la présence de Dieu, qui prenait à lui le Fils dans la gloire du ciel." Meyer.

      10 Deux messagers c√©lestes dont les v√™tements resplendissaient de lumi√®re. (Luc 24.4¬†; Jean 20.12) Ils avaient un important message pour les disciples qui restaient l√†, les regards arr√™t√©s vers le ciel, comme ne pouvant se s√©parer de ce Ma√ģtre qu'ils aimaient.
      11 Consolez vous, disent les anges, vous ne serez pas toujours séparés de votre Sauveur, il reviendra ; ce même Jésus que vous contemplez (grec) viendra ainsi de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel.

      C'est ainsi qu'il se montra à Saul sur le chemin de Damas, et c'est ainsi qu'il reviendra au dernier jour d'une manière visible pour tous.

      La seconde venue du Sauveur, si souvent annonc√©e par lui-m√™me et par ses ap√ītres, (Matthieu 24.30¬†; 25.31¬†; Luc 21.27¬†; 1Thessaloniciens 4.16¬†; 2Thessaloniciens 1.7¬†; H√©breux 9.28¬†; Apocalypse 1.7) suppose le fait de son ascension, ici racont√© en d√©tail. (Voir Luc 24.53, note.)

      6 Cette ascension, accomplie sous les yeux des disciples, leur donna la certitude que J√©sus, toujours vivant, accomplirait toutes les promesses qu'il leur avait faites. Ils re√ßurent par l√† aussi l'assurance de toutes les r√©alit√©s du monde invisible. L√† o√Ļ est J√©sus, l√† est le ciel.

      12 C'est donc sur la montagne des Oliviers, si connue par les évangiles, (Matthieu 21.1, etc.) qu'eut lieu l'ascension, cette même montagne au pied de laquelle se trouvait Gethsémané ; la scène des douleurs et des humiliations les plus profondes de Jésus fut aussi le témoin de sa gloire.

      Ce rapprochement dut se présenter à l'esprit des disciples et les encourager, dans l'attente de leurs propres souffrances.

      - Le chemin d'un sabbat était de 2000 coudées, environ un kilomètre.

      D'apr√®s les traditions des rabbins juifs, il n'√©tait pas permis √† un Isra√©lite de d√©passer cette distance le jour du sabbat. Quant √† la distance de J√©rusalem √† B√©thanie, o√Ļ, d'apr√®s Luc 24.50 (voir la note), eut lieu l'ascension, elle est environ trois fois plus forte. (Jean 11.18,19, note.)

      13 La chambre haute √©tait la partie sup√©rieure d'une maison o√Ļ l'on avait coutume de se retirer pour des communications intimes ou pour prier. (Actes 9.37¬†; 20.8)

      Dans celle qui est ici mentionnée comme la chambre haute, bien connue, les disciples (grec) étaient demeurant, c'est-à-dire s'assemblaient d'ordinaire. Ce terme de "chambre haute" montre qu'il s'agit d'une maison privée et non de quelque appartement attenant au temple, comme on l'a quelquefois supposé, d'après Luc 24.52,53.

      - Quant √† la liste des ap√ītres, qui se trouve ici pour la quatri√®me fois, (Matthieu 10.2-4¬†; Marc 3.17-19¬†; Luc 6.14-16) elle est conforme √† celle de Luc 6.14-16¬†; seulement Jean et Jacques s√©parent Pierre d'Andr√©, et Jean se trouve plac√© avant Jacques, de mani√®re √† √™tre √† c√īt√© de Pierre. Les r√©cits de Actes 3.1, suivants, Actes 8.14, suivants ont motiv√© ce changement. Voir Matthieu 10.4¬†; Luc 6.16, notes.

      14 Les disciples, privés de la présence visible de Jésus, éprouvaient le besoin de rester d'autant plus étroitement unis (d'un commun accord, comparez Actes 2.1) et de persévérer dans la prière.

      (Le texte reçu ajoute : et dans la supplication, mots qui ne sont pas authentiques.) Sans doute ils demandaient à Dieu l'accomplissement de la promesse. (verset 4)

      - Avec les ap√ītres se trouvaient aussi les femmes, que nous connaissons par les √©vangiles, (Matthieu 27.61¬†; Marc 15.40¬†; Luc 24.10) entre lesquelles Luc nomme sp√©cialement Marie, m√®re de J√©sus. C'est la derni√®re mention qui soit faite d'elle dans le Nouveau Testament¬†; d√®s ce moment elle rentre dans une obscurit√© compl√®te, et ce n'est pas sans dessein qu'il en est ainsi.

      - Pour la premi√®re fois nous trouvons les fr√®res de J√©sus au nombre des disciples. Il para√ģt que leur incr√©dulit√© (Marc 3.21,31-35¬†; Jean 7.5) avait √©t√© vaincue par la r√©surrection. (1Corinthiens 15.7) Meyer fait observer que ces fr√®res sont distingu√©s des ap√ītres, (verset 13) d'o√Ļ il conclut qu'aucun d'eux n'√©tait du nombre de ces derniers. (Voir les Introductions aux √©p√ģtres de Jacques et de Jude.)

      15 15 √† 26 Choix d'un ap√ītre en remplacement de Judas.

      En ces jours-l√†, c'est-√†-dire dans les jours qui s'√©coul√®rent entre l'ascension et la Pentec√īte. Pierre occupe ici, d√®s l'abord, parmi les fr√®res (Sin., B, A, C), c'est-√†-dire parmi les disciples, comme porte le texte re√ßu, la premi√®re place que le Seigneur lui avait assign√©e.

      Il propose √† la communaut√© de remplacer Judas par un douzi√®me ap√ītre. Il se garde bien de le nommer lui-m√™me, comme l'aurait fait son pr√©tendu successeur de Rome¬†; ni les ap√ītres r√©unis, ni la petite Eglise qui les entourait ne voulurent prendre la responsabilit√© du choix √† faire. (versets 24,26, notes.)

      - Luc remarque que le nombre des disciples alors réunis était de cent vingt personnes ; (grec) cent vingt noms. C'étaient là probablement tous les disciples qui se trouvaient à Jérusalem ; mais il y en avait beaucoup d'autres en Galilée, puisque cinq cents d'entre eux s'assemblèrent autour de Jésus ressuscité. (1Corinthiens 15.6)

      16 Le crime et la fin horrible de Judas (verset 18) avaient fait sur tous les disciples une impression qui aurait pu √©branler leur foi. Pierre a donc √† cŇďur de montrer √† ses fr√®res que la destin√©e de cet homme √©tait l'objet de la souveraine prescience de Dieu et qu'elle avait √©t√© pr√©dite dans, l'Ecriture.

      Le Seigneur lui-même avait plus d'une fois exprimé cette redoutable pensée, (Jean 13.18 ; 17.12, note) dans laquelle il ne faut point voir l'affirmation d'une fatalité inévitable, car jamais l'homme n'est privé de sa liberté, ni partant de sa responsabilité.

      - Pierre attribue à l'Esprit saint les paroles de l'Ecriture qu'il va citer ; (verset 20) et voilà pourquoi, à ses yeux, il fallait qu'elles fussent accomplies.

      Les paroles que Pierre a en vue sont celles qu'il citera au verset 20, et non, comme on l'a supposé, le passage bien connu du Psaumes 41.10. (Comparer Jean 13.18)

      18 Avant de citer les passages de l'Ecriture auxquels il a fait allusion, Pierre tient à rappeler à tous qui était Judas et quelle sainte et belle vocation il avait abandonnée pour s'en aller à une fin si affreuse.

      Il introduit cette caractéristique par la conjonction car, parce que, qui prend ici, comme Jean 2.18 ; 9.17, le sens de : en tant que.

      Le second passage cit√© au verset 20 parle de la destitution d'un serviteur infid√®le √† sa charge¬†; c'est pourquoi, par anticipation, Pierre accentue le contraste entre le r√īle de Judas et sa qualit√© d'ap√ītre¬†: il √©tait compt√© parmi nous (ap√ītres) et (grec) il avait obtenu le lot de ce minist√®re (ou de ce service).

      Ce mot le lot désigne ce qui est échu à quelqu'un par le sort ; puis, par extension, toute part qu'on obtient, soit par héritage, soit par une charge dont on est revêtu. Pour Judas, c'était l'apostolat. Or ce malheureux vendit ce précieux lot et reçut en échange le salaire de l'injustice, avec lequel il acquit un champ.

      L'ap√ītre rattache √† cette triste acquisition la fin tragique du tra√ģtre. Son r√©cit diff√®re notablement de celui de Matthieu. (Matthieu 27.3-10) D'apr√®s ce dernier, Judas mit fin √† ses jours en s'√©tranglant, et le sanh√©drin, apr√®s avoir d√©lib√©r√© sur l'emploi qu'il devait faire des trente pi√®ces d'argent jet√©es par Judas dans le temple, d√©cida l'acquisition du champ d'un potier pour la s√©pulture des √©trangers.

      On a supposé, pour accorder les deux traditions divergentes, que Judas s'était pendu et que, la corde ayant cassé, son corps tomba et se rompit, et que, d'autre part, Pierre attribue à Judas lui-même l'acquisition du champ faite par le sanhédrin, parce que le prix de ce champ appartenait au fond à Judas. Pour ingénieuses que soient ces tentatives de conciliation, elles donnent de notre texte une interprétation qui s'écarte de son sens premier et naturel.

      19 Ce qui a été généralement connu à Jérusalem, c'est. tout ce qui est raconté au verset 18. De là le nom donné par le peuple à cette sinistre localité, le champ du sang. (Matthieu 27.8, note.)

      - A cause de ces mots : dans leur propre langue, et de l'interprétation grecque d'un nom hébreu, inutile dans le discours de Pierre qui parlait en cette langue à un auditoire israélite, on a supposé que verset 19 est une remarque insérée ici par Luc, ce qui est très probable.

      Calvin et plusieurs interprètes modernes considèrent versets 18,19 comme une parenthèse explicative de l'auteur des Actes. Mais le donc du verset 18 semble prouver que celui-ci fait partie du discours de Pierre.

      20 Dans le Psaumes 69.26, le texte hébreu porte : Que leur demeure soit dévastée et qu'il n'y ait plus d'habitants dans leurs tentes.

      La seconde citation, Psaumes 109.8, est conforme à l'hébreu et à la version des Septante. Dans l'un et l'autre de ces Psaumes, l'auteur parle de ses ennemis, qu'il considère comme les ennemis de Dieu et de son peuple. (Psaumes 69.28) Pierre applique à Judas les paroles du psalmiste. (Comparer Jean 13.18)

      Dans cette application, la demeure que Judas a laissée devenir déserte par son crime, c'est son apostolat, comme cela ressort de la seconde citation. D'autres voient dans cette demeure la propriété acquise par Judas ; (verset 18) la première partie de la prophétie est accomplie, voudrait dire Pierre ; il nous reste à en accomplir la seconde, en donnant la charge de Judas à un autre.

      Le terme traduit par charge signifie proprement la fonction d'un surveillant (épiscopat).

      22 La proposition que Pierre a pr√©par√©e par son discours est de nommer un ap√ītre √† la place de Judas. Mais puisqu'un t√©moin doit √™tre parfaitement instruit de tout ce qu'il affirme, Pierre pose comme condition que l'√©lu ait (grec) march√© avec les premiers disciples de J√©sus, qu'il ait partag√© la vie errante du Sauveur et des siens, et cela pendant tout le temps que le Seigneur J√©sus (grec) est entr√© et sorti parmi nous.

      Les limites du minist√®re caract√©ris√© par cet h√©bra√Įsme (Jean 10.9, note) sont le bapt√™me de Jean, qui l'inaugura (grec ayant commenc√© depuis le bapt√™me de Jean), et l'ascension, qui en marqua le terme.

      L'homme qui aura ainsi suivi Jésus du commencement à la fin de sa carrière terrestre pourra seul être témoin de sa résurrection. Il sera témoin de sa vie entière ; mais Pierre concentre celle-ci dans la résurrection, qu'il considère comme le fondement de l'Evangile. (Comparer Actes 10.38-42)

      On voit par ces paroles quelle haute id√©e les ap√ītres eux-m√™mes se faisaient du t√©moignage apostolique, source unique et seule autoris√©e de tout ce que nous connaissons du Sauveur et de son Ňďuvre.

      23 On reconnut donc dans ces deux hommes les conditions qui précèdent.

      D'o√Ļ nous pouvons conclure que plusieurs disciples de J√©sus le suivirent dans tout son minist√®re, comme les ap√ītres, ce qui n'est point express√©ment racont√© dans les √©vangiles, mais ressort de r√©cits tels que Luc 6.13¬†; 9.57 √† 10¬†:20.

      Ils furent présentés par l'assemblée comme les deux candidats entre lesquels le sort devait décider.

      On peut se demander si le sujet du verbe¬†: ils pr√©sent√®rent, ce sont les onze ou l'assembl√©e des cent vingt. D'apr√®s le cas analogue Actes 6.3,5, il s'agit plut√īt de celle-ci.

      Ces deux hommes ne sont du reste point connus dans l'histoire. Selon une tradition rapportée par les Actes apocryphes, ils avaient été des soixantedix disciples envoyés en mission par Jésus.

      25 C'est sans doute encore l'ap√ītre Pierre qui prononce cette pri√®re au nom de tous, (verset 15) mais c'est avec raison qu'elle est attribu√©e √† tous les assistants, parce que tous priaient dans leur cŇďur.

      Ce qu'ils demandent au Seigneur, c'est de montrer, de révéler par le sort qui va être jeté, (verset 26) lequel de ces deux il avait choisi, afin que ce choix fut bien de lui et non des hommes.

      - Les mots minist√®re (service) et apostolat s'appliquent √† une seule et m√™me fonction. Judas l'avait abandonn√©e pour s'en aller en son propre lieu. Parole tragique qui, ici, ne peut signifier autre chose que le lieu ou l'√©tat d'un malheur sans rem√®de. (Matthieu 26.24) Ainsi chacun, en mourant, s'en va en son propre lieu qui est d√©termin√© par les dispositions int√©rieures de son √Ęme.

      D'autres explications données de ce terme, comme sa maison, ou le champ qu'il avait acquis, (verset 18) ne se discutent pas.

      - A qui s'adresse cette pri√®re¬†? Au Seigneur J√©sus, r√©pondent Bengel, Olshausen, Baumgarten, Ebrard, Lechler, parce que c'est par le nom de Seigneur que les disciples d√©signent toujours leur Ma√ģtre, (verset 6) et parce que c'est lui qui avait choisi tous ses ap√ītres et qui devait aussi choisir celui-ci.

      C'est √† lui √©galement que s'adressera la derni√®re pri√®re d'Etienne. (Actes 7.59) Meyer pense, au contraire, que Pierre parle √† Dieu, √† qui appartient cet attribut de conna√ģtre les cŇďurs de tous. (Actes 15.8¬†; Luc 16.15¬†; J√©r√©mie 17.10)

      Mais Jésus, même dans son état d'humiliation, "savait ce qui était dans l'homme." (Jean 2.25 ; 21.17) Il n'y a rien dans le texte qui décide la question d'une manière péremptoire.

      26 Les ap√ītres eurent recours √† ce moyen du sort, parce que, d'une part, ils √©taient convaincus que Judas devait √™tre remplac√© et le nombre de douze ap√ītres, voulu par J√©sus, compl√©t√©¬†; et que, d'autre part, ils ne voulaient pas prendre la responsabilit√© de cette √©lection.

      Mais ils n'agirent ainsi qu'après avoir prié et certains que le sort manifesterait réellement la volonté du Seigneur.

      Bengel fait cette remarque que, tant que J√©sus fut avec eux, les disciples n'employ√®rent jamais ce moyen, parce qu'il les conseillait en toutes choses, et qu'apr√®s la Pentec√īte, ils n'y eurent jamais recours, parce que l'Esprit de Dieu les conduisait en toute v√©rit√©.

      Cette observation est tr√®s juste et surtout applicable aux √©lections dans les Eglises¬†; mais notre r√©cit prouve au moins que consulter ainsi la volont√© de Dieu, quand on n'a aucun autre moyen de la conna√ģtre, n'a rien de contraire √† cette volont√©.

      Quant à l'Ancien Testament, voir Lévitique 16.8 ; Nombres 26.52-56 ; Josué 7.14 ; 1Samuel 10.20 ; 1Chroniques 24.5 ; 25.8 ; Proverbes 16.33 ; comparer Luc 1.9.

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