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Jean 7

    • 1 J√©sus en lutte avec l'incr√©dulit√© des Juifs. Ch. 7 √† 12

      Lutte intense à la fête des tabernacles.

      Chapitre 7.

      1 à 13 Jésus se rend en secret à la fête des tabernacles.

      Apr√®s ces choses (Comparer Jean 6.1) c'est-√†-dire apr√®s la multiplication des pains et le discours de Caperna√ľm, rapport√©s en Jean 6.

      Ce terme vague embrasse un temps consid√©rable de la vie du Sauveur. Six mois s√©paraient la f√™te de P√Ęque, (Jean 6.4) qui avait lieu en mars, de la f√™te des Tabernacles (verset 2) qu'on c√©l√©brait en octobre. Notre √©vang√©liste n'a rien racont√© de l'activit√© de J√©sus pendant ce temps¬†; il se contente de l'indiquer par ces mots¬†: "J√©sus parcourait la Galil√©e." (verset 1) Il ne voulait pas r√©p√©ter les r√©cits des autres √©vang√©listes. (Matthieu 14.34-18.35¬†; Marc 6.53-9.50¬†; Luc 9.18-50)

      Grec : Jésus marchait dans la Galilée car il ne voulait pas marcher dans la Judée ; ce terme qui signifie aller et venir, parcourir le pays en y séjournant, caractérise bien l'activité incessante déployée par le Sauveur.

      La raison pour laquelle J√©sus √©vitait la Jud√©e, c'est que les Juifs cherchaient √† le faire mourir (grec √† le tuer). J√©sus le savait par son pr√©c√©dent s√©jour √† J√©rusalem, (Jean 5.18) et m√™me par toutes les emb√Ľches que les chefs de la th√©ocratie √©taient venus lui tendre jusque dans la Galil√©e. (Marc 7.1) Aussi ne voulait-il rien faire avant le temps, qui p√Ľt pr√©cipiter la catastrophe¬†; (verset 6) mais quand son heure sera venue, il ira volontairement, avec un d√©vouement h√©ro√Įque au-devant des souffrances et de la mort.

      2 La f√™te des Tabernacles ou des tentes, l'une des plus grandes et des plus joyeuses f√™tes isra√©lites, se c√©l√©brait chaque ann√©e, √† dater du quinzi√®me jour du septi√®me mois (correspondant √† peu pr√®s √† notre mois d'octobre), en souvenir du long s√©jour d'Isra√ęl sous les tentes du d√©sert et du repos que ce peuple avait enfin trouv√© dans la terre promise.

      C'√©tait, en m√™me temps, la f√™te d'actions de gr√Ęces pour les r√©coltes de l'ann√©e, elle durait huit jours, dont le premier et le huiti√®me √©taient des sabbats. (Voir l'ordonnance de cette f√™te dans L√©vitique 23.33 et suivants)

      On peut en lire aussi la description dans Josèphe. (Ant. III, 10, 4.)

      Tout le peuple érigeait sur les places, dans les rues et sur les plates-formes des maisons, des tentes, construites en rameaux verts d'arbres fruitiers, et chaque famille habitait sous cette tente, pendant toute la fête, en y prenant joyeusement ses repas.

      Quant au culte public, on offrait dans le temple divers sacrifices, on faisait chaque matin une libation d'eau pure, rappelant l'eau que Mo√Įse avait fait jaillir du rocher¬†; (comparez verset 37, 2e note) de plus, dans l'ann√©e sabbatique, on faisait une solennelle lecture de la loi. (Deut√©ronome 31.10,11)

      - J√©sus n'ayant point assist√© cette ann√©e aux f√™tes de P√Ęques ni de Pentec√īte √† J√©rusalem, il √©tait assez naturel que ses fr√®res s'attendissent √† ce qu'il all√Ęt √† celle des Tabernacles, car c'√©tait le devoir de tout Isra√©lite de se rendre au moins √† l'une des trois grandes f√™tes. De l√† le donc du verset 3.

      3 Donc, puisque la grande fête est proche et que tout Israélite pieux doit y assister, pars d'ici, va en Judée.

      Les fr√®res de J√©sus (voir sur ce terme Matthieu 12.46, note) invoquent l'approche de la f√™te comme un argument pour le presser d'obtemp√©rer √† leur d√©sir. Ils en trouvent un autre dans l'id√©e que ses disciples de Jud√©e (Jean 4.1) ne doivent pas √™tre priv√©s de voir aussi les Ňďuvres qu'il fait.

      Enfin ils ont la prétention d'enseigner à Jésus un principe de conduite auquel il ne saurait se soustraire. (verset 4)

      4 Il ne faudrait pas conclure de cette parole et de l'observation de l'évangéliste (verset 5) que les frères de Jésus avaient des intentions hostiles envers lui, qu'ils voulaient l'exposer aux dangers d'une visite à Jérusalem.

      Ils ont √©t√© t√©moins de ses Ňďuvres, qu'ils ne peuvent nier, et d'autre part ils ne peuvent se d√©cider √† reconna√ģtre comme Messie ce fr√®re auquel ils sont unis par les liens du sang, qu'ils sont habitu√©s √† traiter famili√®rement et dont ils n'ont point p√©n√©tr√© la nature sup√©rieure¬†; la sublime √©l√©vation de son caract√®re et de ses enseignements leur √©chappe m√™me, aveugl√©s qu'ils sont par les grossiers pr√©jug√©s messianiques qu'ils partageaient avec tous les Juifs.

      S'il est réellement le Messie, pourquoi exerce-t-il son activité dans cette obscure province de la Galilée ? Il y a contradiction à agir ainsi en secret, quand pourtant on cherche soi-même à être en évidence.

      La conclusion est donc simple¬†: Si tu fais ces choses, ou puisque tu les fais, porte ton activit√© sur un th√©√Ętre digne de toi, au centre de la th√©ocratie juive, √† J√©rusalem, manifeste-toi toi-m√™me au monde¬†!

      C'est précisément la voie dans laquelle le tentateur voulait engager le Sauveur, celle de la gloire mondaine. (Matthieu 4.1-10) Et la pensée secrète des frères de Jésus était, sans aucun doute, que cette gloire rejaillirait sur eux, sur leur famille, sur leur peuple !

      5 Grec¬†: ses fr√®res non plus ne croyaient pas en lui, pas plus que tant d'autres qui avaient vu ses Ňďuvres et entendu ses paroles. Il faut autre chose pour croire en J√©sus d'une foi qui nous introduise dans le sanctuaire de sa communion. (Jean 6.44,65)

      "Chacun est incrédule en tant que, insensible à cette beauté intrinsèque de la vérité, il a besoin de la voir entourée de privilèges extérieurs et d'un éclat emprunté." Astié.

      Cette triste observation de l'√©vang√©liste sur les fr√®res de J√©sus, n'est que trop en harmonie avec quelques r√©cits des synoptiques √† leur sujet. (Marc 3.21,31 et suivants) Ce n'est qu'apr√®s la mort et la r√©surrection du Sauveur qu'ils apparaissent au nombre de ceux qui, par la foi, lui ont donn√© leur cŇďur. (Actes 1.14)

      On a vainement cherché à atténuer le sens de cette remarque. Les plus anciens manuscrits déjà portent des traces de tentatives de ce genre : ainsi on lit dans D : ils ne crurent pas en lui ; à ce moment, leur foi subit une éclipse. La suite (verset 7) condamne ces atténuations.

      7 verset 7 explique verset 6 "Votre temps est toujours pr√™t, vous pouvez en tout temps vous montrer sans crainte au milieu du monde, car le monde ne peut vous ha√Įr, parce que vous lui appartenez." (Jean 15.19)

      "Il en est tout autrement de moi ; mon temps n'est pas encore venu de me présenter ouvertement au monde ; quand il sera venu, ce sera l'heure de mes souffrances et de ma mort, car le monde me hait, à cause du témoignage que je porte contre sa corruption."

      L'expression : mon temps ne désigne donc pas le moment d'aller à la fête. Jésus est préoccupé de pensées plus graves et plus hautes, comme le prouve cette autre expression : (verset 8) mon temps n'est pas encore accompli.

      "Il y a ainsi, dans la réponse de Jésus à ses frères, quelque chose de doux, à la fois, et de sévère : doux, en ce qu'il condescend à leur faire pressentir sa situation tragique vis-à-vis du monde ; sévère, en ce qu'il les assimile à ce monde méchant qui le hait." Stier.

      8 Le texte reçu fait dire à Jésus : "Moi, je ne monte pas encore," mais ce dernier mot n'est qu'une correction, très ancienne (B et nombreux majuscules) il est vrai, destinée à lever la contradiction qu'il y a entre cette déclaration de Jésus et le fait qu'il alla pourtant à la fête. (verset 10)

      C'est l√†, en effet, une s√©rieuse difficult√© que l'incr√©dulit√© a exploit√©e d√®s les premiers si√®cles de l'Eglise. On sait par J√©r√īme que Porphyre en prenait occasion d'accuser J√©sus "d'inconstance."

      L'exégèse moderne a fait diverses tentatives pour expliquer cette parole de Jésus.

      Ainsi, en insistant sur le pr√©sent du verbe¬†: Je ne monte pas, elle le fait signifier¬†: pas maintenant, ce qui revient au pas encore du texte re√ßu. (L√ľcke, Olshausen, Tholuck.) Ou bien elle a paraphras√© ainsi¬†: "Je ne monte pas avec vous, ou avec la caravane." Ou encore, en mettant l'accent sur cette f√™te, elle a pens√© que J√©sus voulait dire¬†: Je ne vais point c√©l√©brer la f√™te, prendre part √† ses c√©r√©monies, √† ses sacrifices, √† sa joie¬†; et en effet, la f√™te √©tait √† moiti√© pass√©e (verset 14) quand J√©sus y monta en secret (verset 10) et se rendit directement dans le temple. (Ainsi Lange, Ebrard et d'autres.)

      Enfin une interpr√©tation plus √©lev√©e et plus vraie, propos√©e par Bengel, admise par M. Luthardt et d√©velopp√©e par M. Godet consiste √† voir dans la parole de J√©sus une r√©ponse directe √† la demande que ses fr√®res lui faisaient de para√ģtre publiquement et comme le roi Messie au sein de cette f√™te.

      Ce serait l√† ce que J√©sus refuse, attendu que son temps n'est pas encore venu, pas encore accompli. Il n'ira donc pas √† cette f√™te se manifester comme Messie¬†; il dit¬†: je ne monte pas √† cette f√™te, et non¬†: √† la f√™te c'est qu'il en a une autre en vue, celle de P√Ęque, o√Ļ son temps sera venu, et alors il ne se soustraira pas √† la d√©monstration publique que ses fr√®res r√©clament et qui le conduira √† la mort.

      Cette interprétation renferme une part de vérité : elle relève l'opposition que Jésus établit certainement entre cette fête des Tabernacles et une fête subséquente vers laquelle se porte sa pensée ; mais elle ne rend pas compte de sa déclaration si nette et si catégorique : Vous montez à la fête : moi, je ne monte pas.

      En donnant √† ce dernier mot le sens de¬†: "Je ne me manifesterai pas publiquement comme Messie," elle pr√™te au langage de J√©sus une √©quivoque qui est contraire √† sa parfaite v√©racit√©. Est-il admissible qu'en disant¬†: Moi je ne monte pas √† cette f√™te, il e√Ľt d√©j√† le projet arr√™t√© d'y monter en secret¬†?

      Il ne reste donc qu'une explication possible c'est qu'au moment o√Ļ il parlait ainsi, J√©sus √©tait bien d√©cid√© √† se tenir √©loign√© de la f√™te des Tabernacle qui se c√©l√©brait √† J√©rusalem, remettant √† la P√Ęque prochaine sa manifestation messianique. Quelques jours plus tard il prit une r√©solution diff√©rente.

      Il ne faut pas dire simplement avec Bleek et Meyer qu'il changea d'avis, car ce serait l'exposer au reproche de Porphyre. Il est plus juste de supposer, avec M. Weiss, qu'il reçut de son Père une indication qui modifia ses vues et ses plans. Un tel changement n'a rien de surprenant, car Jésus attendait de moment en moment et suivait docilement les directions intérieures de son Père. (Jean 5.20 ; 12.49,50)

      10 J√©sus, sachant qu'il √©tait expos√© √† J√©rusalem au,¬†; emb√Ľches de ses ennemis, ne s'y rendit point publiquement, c'est-√†-dire avec les caravanes galil√©ennes, ni m√™me peut-√™tre entour√© de tous ses disciples¬†; mais comme en secret, comme un voyageur qui a de s√©rieuses raisons de garder l'incognito.

      Le comme (qui est omis dans Sin., D, mais est authentique) adoucit l'expression en secret ; son incognito n'était pas absolu et ne durera pas car, dès le premier moment favorable Jésus se montrera publiquement et avec une sainte hardiesse pour rendre son grand témoignage. (verset 14 et suivants)

      11 Grec¬†: O√Ļ est celui-l√†¬†? Les Juifs sont les chefs du peuple¬†; (verset 13) ils parlent de J√©sus en √©vitant de le nommer, et non sans une nuance de m√©pris. Ils le cherchaient dans des intentions hostiles.

      Le mot donc indique qu'ils s'attendaient à le voir arriver ouvertement avec les caravanes de Galilée, et non en secret. (verset 10)

      12 Ce verset dépeint vivement les conversations et les discussions qui causaient une grande rumeur dans la foule, c'est-à-dire dans les divers groupes qui se formaient sur les places et dans les rues.

      L'opinion était divisée au sujet de Jésus, les uns soutenant qu'il était homme de bien (grec bon, droit, sincère, juste), les autres prétendant qu'il était un séducteur du peuple.

      Deux partis contraires se dessinaient, l'un favorable à Jésus, l'autre hostile. Cela montre combien facilement aurait pu se produire un tumulte parmi le peuple, si Jésus n'avait pas agi avec beaucoup de prudence. (verset 10)

      13 Cette observation de l'évangéliste ne s'applique pas seulement à ceux qui avaient de Jésus une opinion favorable, mais aux deux partis. (verset 12) Les amis n'osaient manifester leur sympathie par crainte des autorités qu'ils savaient mal disposées ; mais, comme cependant ces autorités ne s'étaient pas encore définitivement prononcées contre Jésus, les adversaires hésitaient à donner cours à toute leur haine.
      14 14 à 36 Déclaration de Jésus sur sa doctrine et son activité, sur le mystère de son origine et sur sa fin prochaine

      Comme la fête durait huit jours et qu'elle était (grec) déjà à son milieu, on voit que Jésus avait laissé s'écouler trois ou quatre jours avant de venir à Jérusalem. (verset 9) Tout à coup il monta au temple, ou la multitude s'assemblait pour les cérémonies du culte, et il se mit à enseigner !

      Ce procédé était plein, à la fois, de sagesse et d'une sainte hardiesse. Il eut ainsi le temps de s'emparer de l'attention de son immense auditoire, avant que les chefs eussent pris aucune mesure contre lui, et ils furent eux-mêmes frappés d'étonnement. (verset 15)

      15 Cet √©tonnement des adversaires montre qu'ils ont re√ßu de la parole de J√©sus une impression assez vive pour l'exprimer na√Įvement, m√™me en pr√©sence du peuple.

      Mais cette impression n'√©tait pas celle de la v√©rit√© divine que J√©sus annon√ßait¬†; la seule chose qui les √©tonnait, c'√©tait la connaissance profonde qu'il avait des Ecritures (grec des lettres, de la litt√©rature sacr√©e, Actes 26.24), bien qu'il n'e√Ľt pas √©tudi√©. Ce mot est caract√©ristique.

      Les chefs du peuple savaient donc que Jésus n'avait fréquenté aucune des écoles rabbiniques du temps, comme le faisaient les docteurs de la loi. Il n'était ni juriste ni théologien ! (Comparer Actes 4.13) Ce témoignage involontaire des adversaires est important, ainsi que l'observe Meyer, pour montrer que Jésus n'avait pas été formé dans les écoles des rabbins.

      16 Telle est la réponse de Jésus à la question des Juifs, et quelle réponse ! "Il est vrai que je n'ai puisé mon enseignement dans aucune de vos écoles ; mais je ne l'ai point non plus inventé, tiré de mon propre fonds ; cet enseignement n'est pas de moi, il vient directement de Celui qui m'a envoyé." Son enseignement est un message divin que Dieu leur adresse et dont ils porteront la responsabilité, s'ils le rejettent.

      Grec¬†: Il conna√ģtra, touchant cet enseignement, s'il provient de Dieu ou si je parle de moi-m√™me, de ma propre autorit√©.

      Faire le volont√© de Dieu est la condition absolue pour conna√ģtre l'enseignement de J√©sus. Cette connaissance ne d√©pend pas de l'intelligence de l'homme mais de sa volont√©¬†: si quelqu'un veut.

      Toute la r√©v√©lation n'a pour but que d'amener l'homme √† faire la volont√© de Dieu, en d'autres termes, de le sanctifier¬†; il en r√©sulte que les preuves de la v√©rit√© divine ne servent de rien √† celui qui ne veut pas se laisser conduire √† ce but. L'endurcissement de son cŇďur obscurcit son intelligence, et le rend incapable de comprendre.

      Celui, au contraire, qui fait la volont√© de Dieu, ne tarde pas √† apprendre, par sa propre exp√©rience (qui est la d√©monstration la plus certaine), combien l'enseignement de J√©sus est adapt√© √† la nature morale de l'homme et r√©pond √† tous les besoins de son √Ęme. Il reconna√ģt qu'un tel enseignement ne peut √™tre que la v√©rit√© divine. Il per√ßoit, par la conscience et par le cŇďur, la voix de Celui qui est saintet√© et amour.

      "Dans les choses humaines, il faut conna√ģtre pour aimer, dans les choses divines, il faut aimer pour conna√ģtre." Pascal.

      La volonté de Dieu, dans la pensée de Jésus et selon l'unique sens que ses auditeurs pouvaient donner à cette parole, c'est la vérité morale enseignée aux Israélites dans la loi et les prophètes. (Jean 5.46) L'homme qui essaie de pratiquer sincèrement cet idéal moral se convainc de sa misère et est amené à trouver son Sauveur en celui dont l'amour et la sainteté répondent si bien aux désirs qu'il éprouve lui-même.

      Bengel remarque, avec finesse, qu'entre les mots celui qui veut et la volonté de Dieu il y a "une douce harmonie."

      Mais il ne faut pas oublier comme l'observe Meyer, que cette volonté d'obéir est elle-même, dans l'homme un effet de l'attrait du Père, un don de sa part. (Jean 6.44,65 ; 8.47 ; comparez Philippiens 2.13)

      18 Ce qui prouve encore la vérité divine de l'enseignement de Jésus, c'est l'esprit dans lequel il le présente et qui anime toute son activité.

      S'il parlait de son chef, s'il cherchait sa propre gloire, il ne mériterait aucune confiance ; (Jean 5.44) mais comme il ne cherche que la gloire de Celui qui l'a envoyé, il est vrai, véridique, il est la manifestation vivante de la vérité de Dieu. (Jean 5.41)

      Il n'y a donc point en lui d'injustice, d'improbité, de fausseté. La sainteté de la vie du Sauveur, son entière consécration à la gloire de Dieu sera toujours la plus puissante apologie de son enseignement.

      - "Il y a en même temps dans cette parole une réponse à l'accusation de ceux gui disaient : Il égare le peuple. Celui qui abuse les autres, agit certainement ainsi pour lui même, non en vue de Dieu. Pour bien comprendre ce raisonnement, il suffit de l'appliquer à la Bible en général : celui qui est glorifié dans ce livre, de la première page à la dernière, à l'exclusion de tout homme, c'est Dieu ; l'homme y est constamment jugé et humilié. Donc ce livre est de Dieu. Cet argument est celui qui atteint le plus directement la conscience." Godet.

      19 Jésus a répondu (versets 16-18) à la question des Juifs, (verset 15) et donné les preuves de la vérité de son enseignement.

      Maintenant il prend l'offensive et prouve √† ses adversaires par un double reproche, adress√© directement √† leur conscience combien peu ils ont cette volont√© d'ob√©ir √† Dieu qui est la condition indispensable pour reconna√ģtre sa divine mission. (verset 17)

      Mo√Įse, le grand l√©gislateur dont vous vous glorifiez, vous a donn√© la loi, qui est la r√©v√©lation de la volont√© de Dieu¬†; Or nul de vous ne l'observe (dans sa sainte spiritualit√©). Et de plus, vous avez contre moi, √† cette heure m√™me, des sentiments de haine et des desseins meurtriers, qui sont une flagrante transgression de cette loi et montrent vos mauvaises dispositions. Comment donc recevriez-vous mon enseignement¬†? Vous avez en vous la preuve que vous ne voulez pas faire la volont√© de Dieu.

      Quelques interprètes entendent spécialement le mot la loi du commandement relatif au sabbat, en disant : Nul de vous n'observe la loi, Jésus parlerait du fait de la circoncision administrée le jour du sabbat. (versets 22,23) Il ferait allusion à l'accusation portée contre lui à son précédent séjour et aux tentatives meurtrières dont il avait été l'objet. (Jean 5.16,18) Il est possible, en effet, que Jésus ait déjà en vue l'apologie qu'il va présenter ; (verset 21 et suivants) mais les termes du verset 19 sont trop généraux pour être limités à cet ordre d'idées.

      20 Ces gens de la foule étaient apparemment des étrangers venus à la fête, qui ne savaient rien de ce qui se tramait contre Jésus dans la capitale.

      L'id√©e qu'on p√Ľt chercher √† faire mourir J√©sus leur para√ģt si extravagante, qu'ils la tiennent pour une aberration d'esprit. Et, comme alors on attribuait tous les sympt√īmes de la folie √† l'action d'un d√©mon, dire¬†: Tu as un d√©mon, signifiait¬†: Tu es fou. (Jean 8.48¬†; 10.20)

      Les habitants de Jérusalem étaient mieux instruits des desseins des chefs du peuple à l'égard de Jésus. (verset 25)

      21 J√©sus subit, sans la relever, l'injure qu'on lui adresse, et poursuit sa pens√©e, en rappelant l'Ňďuvre qui avait provoqu√© la haine de ses adversaires, et cette Ňďuvre, il va la justifier. (versets 22,23)

      Il s'agit de la guérison du paralytique qu'il avait opérée dans son précédent séjour à Jérusalem un jour de sabbat, (Jean 5.5 et suivants) et qui avait excité contre lui une telle indignation de la part des chefs du peuple, qu'ils avaient cherché à le faire mourir. (Jean 5.18)

      Cette indignation subsiste encore, au point qu'il peut dire¬†: J'ai fait une Ňďuvre (grec une seule Ňďuvre), pendant mon pr√©c√©dent s√©jour au milieu de vous¬†; et vous √™tes tous √©tonn√©s, indign√©s, effray√©s comme d'une violation du sabbat.

      - Si J√©sus revient sur cette Ňďuvre, bien qu'il l'e√Ľt accomplie plusieurs mois auparavant, (verset 2, note) c'est que les habitants de J√©rusalem ne pouvaient pas l'avoir oubli√©e, √† cause du retentissement qu'elle avait eu et du scandale qu'elle avait caus√©.

      22 Le verset 22 commence par cette formule de transition : à cause de cela, dont le sens est difficile à comprendre.

      Tischendorf la supprime sur la seule autorit√© du Sin., qui l'a omise √† cause de sa difficult√© m√™me Plusieurs commentateurs (L√ľcke, de Wette, Weiss, Keil) et la plupart de nos versions √©ludent cette difficult√© en rattachant les mots √† cause de cela au verbe¬†: vous √™tes √©tonn√©s, du verset pr√©c√©dent.

      Mais cette formule est toujours employ√©e pour introduire un nouveau cha√ģnon du raisonnement¬†; aussi est-il plus naturel de la consid√©rer comme une locution qui ouvre le verset 22. Elle porte sur l'ensemble de ce verset¬†: "C'est pour cela, pour vous apprendre √† ne pas vous scandaliser au sujet d'une Ňďuvre d'amour accomplie le jour du sabbat, que Mo√Įse vous a donn√© le commandement de la circoncision, qui entre en conflit avec celui du repos sabbatique, et que le jour du sabbat en vertu des prescriptions de la loi elle m√™me, vous circoncisez un homme."

      J√©sus avait d'abord attribu√© la circoncision √† Mo√Įse¬†; cette assertion n'√©tant pas rigoureusement exacte, il la rectifie par cette parenth√®se (non qu'elle vienne de Mo√Įse mais des p√®res, des patriarches.)

      Cela n'√©tait point inutile, en pr√©sence de scribes √©pilogueurs qui auraient √©t√© heureux de le prendre en faute dans une allusion scripturaire. Mais, au lieu de voir dans cette parenth√®se une simple rectification historique, la plupart des interpr√®tes y trouvent un des cha√ģnons du raisonnement par lequel J√©sus justifie son Ňďuvre.

      Les uns disent¬†: J√©sus rel√®ve la haute antiquit√© de l'institution de la circoncision pour expliquer qu'elle prime le commandement du sabbat¬†; mais cette consid√©ration affaiblit plut√īt qu'elle ne fortifie le raisonnement de J√©sus. D'autres¬†: le dernier r√®glement intervenu abolit les r√®glements plus anciens¬†; l'ordonnance de la circoncision devrait c√©der le pas √† celle du sabbat, plus r√©cente et plus pr√©cise. C'est le contraire qui a lieu¬†; donc vous attachez une importance exag√©r√©e au repos sabbatique.

      Cette argumentation est bien compliquée et subtile pour être exprimée dans cette brève parenthèse. De Wette déclare donc à bon droit qu'on ne fait par ces considérations qu'embrouiller le raisonnement de Jésus.

      23 Ce raisonnement est irréfutable.

      Voici deux institutions √©galement ordonn√©es par Mo√Įse¬†: la circoncision et le sabbat.

      Or, en administrant la circoncision le jour du sabbat, vous violez ce dernier¬†; et pourtant il le faut, toutes les fois que le huiti√®me jour d'un enfant tombe sur le sabbat, afin que l'ordonnance mosa√Įque soit observ√©e. (L√©vitique 12.3) Si donc vous accomplissez cet acte symbolique le jour du sabbat, de quel droit vous irritez-vous contre moi, de ce que, ce jour-l√†, j'ai gu√©ri un homme tout entier¬†?

      En ajoutant¬†: tout entier, J√©sus rel√®ve le fait que l'Ňďuvre accomplie par lui sur cet homme a eu pour r√©sultat la gu√©rison de l'√Ęme aussi bien que du corps. (Jean 5.14)

      Tel a été le but de tous les miracles du Sauveur et n'était-ce pas là aussi, comme le remarque Stier, le but suprême de la loi de la circoncision, du sabbat et de toutes les institutions divines ?

      Dans les synoptiques, Jésus justifie par une argumentation semblable les guérisons qu'il opérait le jour du sabbat. (Matthieu 12.5 ; Marc 2.27,28)

      24 Selon l'apparence (grec la vue), √† prendre le c√īt√© ext√©rieur, formel, la lettre de la loi, il est s√Ľr que J√©sus avait viol√© le sabbat¬†; mais selon la justice (grec mais prononcez le jugement juste), et en s'√©levant √† l'esprit de la loi, qui est la charit√©, il est certain qu'il avait fait une Ňďuvre excellente.

      Cette sentence, dans sa forme générale, est susceptible d'applications infiniment diverses.

      26 Ces habitants de Jérusalem sont mieux instruits des desseins des chefs du peuple que la foule qui parlait au verset 20 ; ils savent que les autorités sacerdotales cherchaient déjà alors à faire mourir Jésus, et ils s'étonnent qu'on le laisse parler librement. Ils se demandent même si les principaux du peuple auraient vraiment (cet adverbe est omis dans B, D, versions.) reconnu Jésus pour le Messie.

      Mais une idée répandue à cette époque les empêche de persister dans ces conclusions favorables à la mission divine du prophète de Nazareth. (verset 27)

      27 Savoir d'o√Ļ √©tait J√©sus, conna√ģtre sa famille, son humble extraction galil√©enne, √©tait ici, comme toujours, une objection contre lui. (Jean 7.41,52¬†; 6.42)

      Le signe auquel ils veulent reconna√ģtre le Messie, c'est que (grec) quand il vient, personne ne sait d'o√Ļ il est.

      On cite cette sentence des rabbins : "Trois choses arrivent inopinément : le Messie, l'Envoyé de Dieu et le scorpion."

      Cette opinion √©tait n√©e de la proph√©tie de Daniel (Daniel 7.13) et de certains passages affirmant l'origine divine du Messie. (Mich√©e 5.1¬†; Esa√Įe 9.5) On la conciliait avec les pr√©dictions relatives √† sa filiation davidique (Esa√Įe 11.1) car cette consid√©ration que la famille de David √©tait alors tomb√©e dans une condition obscure et ignor√©e de tous. (Comparer Esa√Įe 53.2)

      Les mots d'o√Ļ il est ne se rapportent qu'√† la famille du Christ, non au lieu de sa naissance, indiqu√© par la proph√©tie. (Mich√©e 6.1¬†; comparez Matthieu 2.4,5)

      28 Donc, √† l'ou√Įe de ces paroles qui trahissaient l'ignorance et les pr√©juges de ses auditeurs, J√©sus est √©mu, et d'une voix √©lev√©e et forte, il s'√©cria, disant. Il veut faire p√©n√©trer dans les esprits la solennelle d√©claration qui va suivre. (Ce m√™me verbe est employ√© pour d√©signer une parole vibrante, Jean 1.15¬†; 7.37¬†; 12.44¬†; Romains 9.27)

      Jean remarque encore ici que J√©sus parlait dans le temple¬†: (verset 14) c'est que l'entretien qu'il rapporte prend une importance et une solennit√© plus grande, √† ce moment o√Ļ J√©sus passe de la justification de son enseignement √† l'affirmation de l'origine divine de sa personne.

      De Wette, Meyer, Weiss et d'autres pensent que, dans ces paroles J√©sus fait une concession √† ses auditeurs¬†: il leur accorde qu'ils ont une certaine connaissance de sa personne et de son origine humaines, mais cette connaissance est insuffisante et les emp√™che plut√īt de croire en lui. (verset 27) Puis il leur d√©clare qu'ils sont dans une ignorance profonde sur son origine divine.

      Mais la plupart des interpr√®tes voient dans ces paroles une affirmation ironique ou une question¬†: "(grec) Et vous me connaissez, et vous savez d'o√Ļ je suis¬†?" Les paroles qui suivent leur montreront combien ils sont √©trangers √† cette connaissance.

      Le et marque fortement l'antithèse et doit se traduire : et pourtant. Je ne me suis pas donné moi-même ma mission ; mais il en est un autre qui m'a envoyé et lui est véritable.

      Ce dernier mot, si familier à Jean, ne signifie pas vrai, véridique, par opposition à faux, mais réel, authentique. (Jean 1.9 ; 6.32 ; 17.3 ; 1Jean 5.20) Il existe en réalité, et non pas seulement dans mon imagination, Celui qui m'a envoyé au monde, et ce fait emporte la réalité et la vérité divine de ma mission.

      Mais Jésus ajoute : vous ne le connaissez pas, parole sévère qu'il ne faut pas entendre dans un sens absolu, puisque les Juifs faisaient profession de croire au seul vrai Dieu ; mais s'ils l'avaient connu d'une manière vivante comme le Véritable, ils auraient cru aussi en Celui qu'il a envoyé. (Jean 8.19)

      Gr√Ęce √† l'ignorance o√Ļ ils sont de Dieu, ils ignorent d'o√Ļ vient J√©sus, celui-ci remplit donc les conditions faites au Messie par l'opinion courante. (verset 29) J√©sus bat ainsi ses adversaires avec leurs propres armes.

      29 "Vous, vous ne le connaissez pas ; moi, je le connais," vif contraste.

      Cette grande déclaration : Je connais Dieu, reçoit une signification éminente, exclusive, des rapports que Jésus entretient avec Dieu : je viens de lui, dit Jésus, exprimant la conscience qu'il a de sa relation intime avec lui. (Jean 6.46)

      Sur cette relation est fond√©e sa mission¬†: c'est lui qui m'a envoy√©, car celui qui envoie fait conna√ģtre toute sa pens√©e √† son Envoy√©.

      30 Donc, c'est-à-dire comme résultat de la grande déclaration qui précède. Plus les témoignages de Jésus sur sa personne et sur son origine divine devenaient lumineux et pénétrants, plus la haine des adversaires augmentait. (verset 32)

      Tel est le caractère de l'endurcissement.

      Mais ces desseins meurtriers ne devaient pas s'accomplir alors, parce que son heure n'était pas encore venue.

      Son heure, le moment de ses souffrances et de sa mort, Dieu l'avait marqu√©e dans sa sagesse¬†; et jusqu'√† ce qu'elle e√Ľt sonn√© il retenait la main de ses ennemis. (Comparer Jean 8.20¬†; 12.23¬†; 13.1)

      Ce qui arr√™tait ceux-ci, ce n'√©tait s√Ľrement pas, comme on l'a pens√©, des scrupules de conscience¬†; mais plut√īt la faveur populaire qui entourait encore J√©sus et le prot√©geait contre les entreprises des chefs. (Matthieu 26.5¬†; Luc 20.19)

      31 Crurent en lui, comme Messie.

      Cette foi, il est vrai, se fonde encore sur les seuls miracles de Jésus ; elle ne va pas jusqu'à proclamer directement sa messianité ; mais la manière détournée dont ils expriment leur sentiment était peut-être tout ce que leur permettait la crainte des chefs du peuple. Elle suffit d'ailleurs pour exciter la haine de ceux ci. (verset 32)

      32 Les pharisiens entendirent eux mêmes ce que la foule murmurait de lui ou l'apprirent par leurs espions ; le verbe grec permet les deux suppositions.

      Et aussit√īt le sanh√©drin prit une prompte r√©solution et envoya des huissiers pour arr√™ter J√©sus.

      C'est, en effet, le sanh√©drin qui est d√©sign√© dans ces deux classes d'hommes¬†: les principaux sacrificateurs et les pharisiens. Il para√ģt que ce corps √©tait justement alors assembl√©¬†; c'est que, en effet, les chefs cherchaient √† se saisir de J√©sus. (verset 30)

      "Le sanh√©drin se laisse entra√ģner √† une d√©marche que l'on peut envisager comme l'ouverture des mesures juridiques dont le supplice de J√©sus a √©t√© le terme." Godet.

      33 Jésus n'ignore point ce qui se trame à son sujet ; c'est pourquoi (donc) il se sent pressé de faire entendre à ses adversaires un avertissement sérieux. (versets 33,34)

      Et d'abord, pr√©voyant clairement l'issue du conflit, il leur rappelle qu'il n'est plus avec eux que pour un peu de temps. Qu'ils se h√Ętent donc de profiter de sa pr√©sence¬†! D'ailleurs la mort qu'ils lui infligeront bient√īt n'an√©antira pas sa vie¬†: elle sera le moment de son retour √† Celui qui l'a envoy√©. Mais eux, que de viendront-ils¬†? (verset 34)

      34 Ce verset n'est pas facile à comprendre ; aussi a-t-il été très diversement interprété.

      Tout dépend du sens qu'on attache à ce mot : vous me chercherez.

      Il ne peut être question d'une recherche inspirée par la repentance, car alors Jésus ne dirait pas : vous ne me trouverez point.

      S'agirait-il donc d'une recherche hostile, d'une haine impuissante qui s'exercera après le départ de Jésus contre ses disciples ? Cela n'est pas probable et peu en harmonie avec les derniers mots du verset.

      Ou bien encore, J√©sus annoncerait-il √† ceux de ses auditeurs qui ont r√©sist√© √† tous ses appels et qui s'appr√™tent √† le faire mourir, que m√™me s'ils le cherchaient d√©sormais, ils ne le trouveraient plus, parce que le temps de la gr√Ęce est pass√© pour eux¬†? Cette parole serait un Jugement prononc√© sur leur endurcissement. (Comparer Luc 19.42)

      Une telle pens√©e n'est pas √©trang√®re √† notre verset¬†; mais pour saisir le sens complet de celui ci, il faut se souvenir que J√©sus parle en sa qualit√© de Messie aux chefs de la th√©ocratie, repr√©sentants de ce peuple qui allait rejeter et crucifier le Lib√©rateur que Dieu lui destinait, et ainsi provoquer de terribles jugements qui bient√īt fondront sur lui. Alors, dans son angoisse, il attendra vainement son Messie, il cherchera, sans le savoir, Celui qui √©tait le seul vrai Messie et dont il avait m√©pris√© la gr√Ęce, et il ne le trouvera plus.

      C'est dans ce sens redoutable que J√©sus r√©p√©tera bient√īt ces m√™mes paroles¬†: "Moi je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans vos p√©ch√©s." (Jean 8.21) De m√™me il ajoute ici¬†: l√† o√Ļ je serai (grec je suis, c'est-√†-dire¬†: o√Ļ je serai √† ce moment-l√†), vous n'y pouvez venir.

      Dans leur malheur, ils n'auront pas m√™me la ressource d'entrer dans la communion glorieuse avec Dieu, o√Ļ J√©sus sera alors, et o√Ļ lui seul pourrait les introduire. (Jean 14.3,6)

      36 Les Juifs ont été si peu touchés de l'avertissement attristé et solennel de Jésus, qu'ils s'adressent les uns aux autres cette question ironique :

      Ira-t-il vers les Juifs dispersés parmi les Grecs ? (la diaspora, Jacques 1.1 ; 1Pierre 1.1)

      Ira-t-il enseigner les Grecs, c'est-√†-dire les pa√Įens, voyant qu'il n'a aucun succ√®s parmi nous¬†?

      Puis ils r√©p√®tent encore comme n'y trouvant aucun sens, la parole de J√©sus, qui au fond blesse leur orgueil¬†: L√† o√Ļ je suis vous n'y pouvez venir. Ils proph√©tisent ainsi, sans le vouloir, que l'Evangile de la gr√Ęce, rejet√© par eux, sera annonc√© aux pa√Įens. Ca√Įphe prononcera plus tard une semblable proph√©tie inconsciente. (Jean 11.49-52)

      37 37 à 52 Le dernier et le grand jour de la fête.

      La fête durait sept jours ; mais, d'après la loi, on en ajoutait un huitième qui était un sabbat, et qui se célébrait avec une solennité particulière. (Lévitique 23.36,39 ; Nombres 29.35 et suivants, Néhémie 8.18)

      C'est l√† ce que notre √©vang√©liste appelle le dernier et grand jour de la f√™te. Alors tout le peuple quittait les tentes o√Ļ il avait s√©journ√© pendant sept jours, (verset 2, note) et se rendait en procession dans le temple, o√Ļ il offrait les sacrifices et accomplissait les autres c√©r√©monies de ce grand jour.

      - C'est là, au milieu de cette foule d'adorateurs, que Jésus se lève et prononce avec une grande solennité les paroles qui suivent. (Il se tenait debout et cria ; comparez verset 28, note.)

      Avoir soif, c'est l'image par laquelle l'Ecriture exprime les besoins moraux et spirituels. Sous le soleil ardent de l'Orient, en des lieux arides qui souvent manquent d'eau, la soif tourmente fr√©quemment l'homme et le fait mourir dans de grandes souffrances. C'est la soif de l'√Ęme que J√©sus s'offre √† √©tancher¬†: qu'il vienne √† moi, et qu'il boive¬†!

      - On admet généralement que dans l'occasion présente cette comparaison fut inspirée à Jésus par une cérémonie qui était propre à la fête des Tabernacles. Chaque jour, après le sacrifice du matin, un prêtre, un vase d'or à la main, descendait, suivi de la foule, à la source de Siloé et y puisait de l'eau qu'il portait au parvis du temple ; les autres sacrificateurs le recevaient au son des trompettes et des cymbales, et au milieu des acclamations joyeuses de la multitude.

      Le peuple chantait¬†: "Vous puiserez de l'eau avec joie aux sources du salut." (Esa√Įe 12.3) Alors le sacrificateur montait sur l'autel des holocaustes et accomplissait une libation en versant du c√īt√© de l'occident l'eau contenue dans le vase d'or et en r√©pandant du cot√© de l'orient une coupe de vin. Cet usage pr√™tait aux paroles de J√©sus une actualit√© particuli√®re.

      M. Godet objecte qu'il n'e√Ľt pas √©t√© digne de J√©sus de prendre pour point de d√©part du t√©moignage important qu'il va rendre une c√©r√©monie qui n'avait pas √©t√© ordonn√©e de Dieu dans la loi, mais invent√©e par les pr√™tres pour rappeler un des grands miracles accomplis dans le d√©sert, l'eau jaillissant du rocher. (Exode 17¬†; Nombres 20) Il pense que J√©sus remonta jusqu'au bienfait divin que le rite institu√© par les hommes comm√©morait, et qu'il se compara, non √† la cruche d'eau que r√©pandait le sacrificateur, mais au rocher m√™me d'o√Ļ Dieu fit jaillir l'eau vive.

      Cette explication n'est point opposée à la précédente, car la cérémonie de la fête des tabernacles permit à Jésus de faire allusion au rocher de Rephidim ; elle la complète heureusement. (Comparer 1Corinthiens 10.4)

      38 Croire en Jésus est l'acte réel figuré par les deux images précédentes : "venir à lui et boire."

      Entrer, par une foi vivante du cŇďur, dans une communion intime avec J√©sus, c'est le seul moyen de s'approprier les tr√©sors de gr√Ęce, de vie et d'amour dont il est la source. J√©sus peint, en une magnifique image, les bienfaits qu'il procure √† celui qui croit en lui et par lui √† d'autres √Ęmes¬†: des fleuves d'eau vive couleront de son sein. C'est-√†-dire qu'une effusion puissante de l'Esprit de Christ, (verset 39) qui est l'Esprit de lumi√®re et de vie, se r√©pandra dans son int√©rieur, dans son cŇďur, et en rejaillira sur d'autres, avec l'abondance de fleuves qui arrosent et vivifient des contr√©es enti√®res.

      Uni à Christ, il deviendra pour d'autres ce que Christ est pour lui, un rocher duquel jaillit une eau vive. (Comparer Exode 17.6 ; Nombres 20.11)

      Cette grande pensée était exprimée déjà au Jean 4.14, avec la différence qu'ici, l'eau vive se répand, de celui qui en a été désaltéré, sur d'autres qui ont encore soif du salut.

      La promesse de J√©sus a √©t√© accomplie le jour de la Pentec√īte et dans l'action de l'Esprit qui en a √©t√© la suite.

      - J√©sus ajoute¬†: comme dit l'Ecriture. Il n'y a pas dans l'Ancien Testament de passage qui renferme exactement ces paroles¬†; mais tous les proph√®tes annoncent, pour les temps √©vang√©liques, l'effusion de l'Esprit de Dieu sous cette image des eaux vives que l'Eternel r√©pandra sur son peuple. (Esa√Įe 35.6,7¬†; 41.17,18¬†; 44.3¬†; 58.11¬†; Ez√©chiel 36.25¬†; Exode 17.6¬†; Nombres 20.11¬†; Deut√©ronome 8.15¬†; Psaumes 114.8)

      39 C'est ainsi que l'évangéliste explique la promesse de Jésus. Celle-ci se rapportait à l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui.

      Jean ajoute que cet Esprit n'√©tait pas encore. Il ne veut pas dire que l'Esprit de Dieu n'e√Ľt pas exist√© et ne se f√Ľt pas manifest√© sous l'ancienne Alliance. D√®s avant la cr√©ation, "l'Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux," pour y produire la vie et l'harmonie, (Gen√®se 1.2) et c'est pouss√©s par lui que tous les proph√®tes ont parl√©. (2Pierre 1.21)

      Il ne faut pas cependant affaiblir l'expression en traduisant : n'avait pas encore été donné (B et l'Itala présentent cette variante, mais cette leçon est une correction évidente).

      La pens√©e de Jean doit √™tre interpr√©t√©e √† la lumi√®re des d√©clarations de J√©sus dans ses entretiens de la chambre haute (Jean 14.15 suivants¬†; Jean 16.5 et suivants), qui font d√©pendre la venue du Consolateur du retour de J√©sus aupr√®s de son P√®re, et identifient le don du Saint-Esprit avec la pr√©sence de J√©sus-Christ dans le cŇďur de ses disciples. (Jean 14.17,18,23)

      A la Pentec√īte seulement, l'Esprit commen√ßa d'habiter dans le cŇďur des hommes et d'y agir comme un principe de r√©g√©n√©ration et de vie.

      C'est dans ce sens que l'évangéliste peut dire : L'Esprit n'était pas encore. Et il en donne la raison aussi vraie que profonde : parce que Jésus n'était pas encore glorifié.

      Cette condition indispensable de l'envoi du Saint-Esprit est expressément indiquée par Jésus lui-même. (Jean 16.7) Mais comment faut-il l'entendre ?

      On a dit que jusqu'√† la glorification de Christ "la foi des disciples, encore li√©e √† la pr√©sence de J√©sus en chair, √©tait faible et obscurcie par leurs fausses id√©es messianiques, la pr√©sence et l'autorit√© de J√©sus les retenaient dans un √©tat passif et purement r√©ceptif. Mais lorsque sa gloire leur fut r√©v√©l√©e par les grands faits de sa mort et de sa r√©surrection, leur foi s'√©leva √† sa vraie spiritualit√©¬†; livr√©s √† euxm√™mes par le d√©part de leur Ma√ģtre, leur activit√© propre se d√©veloppa et tous les germes de l'Esprit d√©pos√©s en eux port√®rent leurs fruits." (De Wette.)

      Cette explication est vraie, mais insiste trop exclusivement sur les dispositions des disciples. C'est en Christ luim√™me et dans son Ňďuvre qu'il faut chercher les raisons qui rendaient sa glorification n√©cessaire pour que l'Ňďuvre de l'Esprit p√Ľt s'accomplir. Christ devait, au pr√©alable, par sa mort expiatoire, r√©concilier notre humanit√© avec Dieu il devait, par son retour dans la gloire, (Jean 17.5) prendre possession du royaume qu'il √©tait venu fonder, en sorte que "toute puissance lui f√Ľt donn√©e au ciel et sur la terre." (Matthieu 28.18)

      Après cela seulement il était en mesure de répandre sur ses rachetés l'Esprit qui devait le glorifier lui-même en eux (Jean 16.14) et créer pour toujours leur communion avec le Sauveur invisible.

      41 Ces paroles (majuscules, versions. Le texte reçu porte : cette parole) sont celles que Jésus vient de prononcer, et dont l'évangéliste décrit maintenant les effets divers sur les gens de la foule. (Le texte reçu porte : plusieurs de la foule. Sin., B, D omettent plusieurs.)

      Pour les uns, qui avaient reçu une impression sérieuse, il était le prophète, (Jean 1.21 ; 6.14) c'est-à-dire le précurseur du Messie.

      Pour d'autres, plus avancés dans la foi, il était le Christ, le Messie. (verset 41) Conclusion capitale qu'ils tiraient des discours de Jésus et de la vive impression qu'ils en avaient reçue !

      42 Cette objection prouve que ceux qui la faisaient √©taient familiaris√©s avec les proph√©ties. (Mich√©e 5.1) Jean ne la r√©fute pas, ce qui lui e√Ľt √©t√© facile, pr√©cis√©ment parce qu'il estime qu'elle se r√©fute d'ellem√™me.

      Comme le dit M. Godet, "il se pla√ģt √† rapporter des objections qui, pour ses lecteurs au fait de l'histoire √©vang√©lique, se transformaient imm√©diatement en preuves."

      0n a donc méconnu son intention en concluant de son silence qu'il ignorait la naissance de Jésus à Bethléhem et dans la postérité de David.

      44 Il y eut donc division parmi la foule. (Jean 9.16 ; 10.19,1Corinthiens 1.10)

      Comme l'évangéliste a marqué deux nuances parmi les croyants, (versets 40,41) il en note deux aussi parmi les opposants. Les uns expriment leur doute par une objection, (versets 41,42) les autres voudraient procéder immédiatement par des voies de fait. (verset 44)

      Personne ne mit la main sur lui, sans doute par la même raison qui est indiquée au verset 30. Même les huissiers envoyés pour l'arrêter sentirent leurs mains retenues par la puissance divine de sa parole. (verset 46)

      46 Ces huissiers envoyés par le sanhédrin pour se saisir de Jésus (verset 42) reculent devant l'exécution de leur mandat.

      Ils auraient cru commettre un sacrilège en mettant la main sur lui. Ils ne cherchent même pas la moindre excuse pour avoir manqué à leur devoir.

      Tout remplis de ce qu'ils ont entendu, ils se contentent de cette réponse, qui est un beau témoignage rendu à la puissance de la parole de Jésus.

      "C'est un puissant discours une parole énergique qu'ils prononcent dans leur humilité." Luther.

      "C'est l√† un caract√®re de la v√©rit√©, de convaincre des hommes simples, plut√īt que leurs ma√ģtres." Bengel.

      48 Le sanhédrin était assemblé pour recevoir le prisonnier que les huissiers devaient amener.

      Ce sont les pharisiens, les rigoureux gardiens de l'orthodoxie, qui prennent la parole, ils citent les hommes de leur parti comme les seuls mod√®les que les huissiers auraient d√Ľ imiter.

      Aveuglés par leur orgueil, ils prétendent qu'aucun des chefs ni des pharisiens n'avait cru en Jésus.

      Il y avait pourtant, présent à la séance, un pharisien qui allait leur prouver le contraire. (verset 50, comparez Jean 12.42)

      49 C'est là, de la part des chefs le langage d'un souverain mépris et de la haine pour la foule ignorante.

      Cette mal√©diction qu'ils prononcent sur elle dans leur col√®re allait bient√īt devenir officielle, sous la forme de l'excommunication prononc√©e contre tous ceux qui croiraient en J√©sus. (Jean 9.22)

      50 Voir sur Nicodème Jean 3.1 et suivants Notes.

      "Trois fois cet évangile fait mention de Nicodème, le présent passage forme la transition de la timidité première (Jean 3) à la courageuse confession de la fin." (Jean 19.39) Luthardt.

      "Souvent ceux qui ont été timides hors du danger deviennent les défenseurs de la vérité dans le danger même." Bengel.

      - Ce mot de l'évangéliste : qui était l'un d'entre eux, donne d'autant plus de poids au témoignage de Nicodème et dément la parole des pharisiens, verset 48.

      - Il y a ici diverses variantes dans les manuscrits : B porte : qui était venu auparavant ; D : qui était venu auparavant de nuit ; Sin., que suit Tischendorf, omet toute la phrase.

      Voir Jean 19.30, o√Ļ les m√™mes paroles sont appliqu√©es √† Nicod√®me.

      51 Ce qu'il a fait, c'est-√†-dire ses actions et sa conduite. La loi est ici personnifi√©e, c'est elle qui entend, qui juge, qui conna√ģt, dans la personne du juge qui est l'organe de la loi.

      Cet appel √† la loi, en pr√©sence d'hommes qui viennent de reprocher √† la foule de ne pas la conna√ģtre, est d'une mordante ironie.

      52 Au lieu de répondre à la question de Nicodème, ces hommes passionnés et endurcis se contentent de lui dire une injure, car c'en était une à leurs yeux ; que d'appeler Galiléen un membre du sanhédrin. Et, en même temps, ils insinuaient que Nicodème avait des sympathies pour Jésus, le Galiléen.

      Sin., B, D, versions, ont le verbe au présent : n'est point suscité, c'est-àdire qu'aucun prophète ne saurait être originaire de cette province.

      Le verbe au parfait (texte reçu) exprime un fait historique ; le présent indique que les pharisiens se placent au point de vue de la prophétie, selon laquelle aucun prophète n'est venu ni ne peut venir de cette province, et que, par conséquent, Jésus, qu'ils nomment Galiléen, ne peut être ni un prophète ni le Messie.

      Ici encore, la col√®re aveugle ces savants docteurs, car Jonas √©tait Galil√©en, (2Rois 14.25) et peut-√™tre aussi Elie et Nahum. Ils oublient encore que selon Esa√Įe, c'est de la Galil√©e que resplendit la lumi√®re des temps √©vang√©liques. (Esa√Įe 8.22¬†; 9.1) Mais, pour la passion, tous les arguments sont bons.

      53 7 :53 à 8 :11 Fragment interpolé. La femme adultère.

      A qui s'applique cette remarque : aux membres du sanhédrins qui se retirent après la séance, (versets 45-52) ou aux gens de la foule qui, la fête finie, regagnent leurs demeures ?

      Ce manque de rapport clair avec ce qui précède montre que le fragment suivant a été intercalé dans un texte auquel il n'appartenait pas.

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