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Exode 12

    • 1

      1 √† 28 Institution de la P√Ęque

      l à 6 Le jour

      Dans le pays d'Egypte. Cette remarque oppose cette loi √† toutes les autres qui ont √©t√© donn√©es plus tard au d√©sert de Sina√Į et dans la plaine de Moab. Il est clair que le r√©cit n'a √©t√© √©crit qu'apr√®s la sortie d'Egypte.

      Les Juifs pensent que c'est ici que commence la loi proprement dite.

      2

      Ce mois, qui s'appelait alors mois d'Abib, c'est-à-dire des épis (marquant le commencement de la moisson), et, après la captivité, mois de Nisan, correspond en grande partie à notre mois d'avril.

      Jusqu'ici les Hébreux avaient sans doute commencé leur année civile et agricole en automne, à l'époque des semailles, ainsi que plusieurs peuples asiatiques (Genèse 7.11, note), et ils ont conservé cette manière de compter. Mais Dieu institue ici une année religieuse différente de l'année civile et qui devra commencer avec la fête qu'il établit en ce moment. Il fait ressortir par là l'importance capitale de cette fête et de l'événement qu'elle rappelle.

      3

      Le dixi√®me jour du mois para√ģt, d'apr√®s diverses analogies, avoir eu une certaine importance comme terminant la premi√®re d√©cade du mois. Par cette ordonnance, le peuple est invit√© √† se pr√©parer √† la f√™te prochaine.

      Un agneau, ou un chevreau, comme cela est dit expressément au verset 5 (voir aussi 2Chroniques 35.7). Le mot hébreu, qui n'a pas de correspondant en français, se dit de toute pièce de petit bétail, chèvre ou mouton.

      Les mots par maison (c'est-à-dire par ménage) ont un sens plus restreint que l'expression par famille. La famille pouvait comprendre plusieurs ménages.

      La société formée pour manger ce repas sacré ne devait pas être composée d'individus arbitrairement réunis. D'après la tradition juive postérieure, elle devait se composer au moins de dix personnes.

      4

      Selon ce qu'elle peut manger : s'il y a plusieurs femmes et enfants, la société pourra être un peu plus nombreuse.

      5

      Sans défaut : comme dans tous les autres sacrifices, sauf les offrandes volontaires.

      M√Ęle : comme dans les sacrifices particuli√®rement solennels, tels que l'holocauste. Comparez l'ordonnance post√©rieure L√©vitique 22.17-23

      D'un an : cet √Ęge est celui de la pleine vigueur de l'animal¬†; comparez Mich√©e 6.6. M√™me ordonnance pour les agneaux offerts dans certains cas en holocauste. Ces prescriptions n'ont donc rien qui se rapporte sp√©cialement √† la P√Ęque. Il en est, autrement des suivantes.

      6

      Dans la soirée, littéralement : entre les deux soirs (Lévitique 23.5 ; Nombres 9.3,5) ou, comme il est dit Deutéronome 16.6 : le soir, vers le coucher du soleil.

      Probablement, le premier soir d√©signe les heures qui pr√©c√®dent le coucher du soleil et le second celles qui le suivent (ainsi : de 3 heures √† 7 heures). D'apr√®s d'autres, les deux soirs d√©signeraient l'un le moment du coucher du soleil, l'autre celui de la nuit close. La pratique des Samaritains et des Cara√Įtes est conforme √† cette seconde interpr√©tation. La premi√®re est soutenue par plusieurs c√©l√®bres rabbins juifs. Elle para√ģt pr√©f√©rable, parce que, selon l'autre, il n'y aurait pas eu le temps n√©cessaire pour pr√©parer l'agneau et manger le repas, qui devait √™tre termin√© √† minuit.

      La totalité de l'assemblée : chaque père de famille, pour sa maison, à la même heure que tous les autres. Plus tard, ce furent les Lévites qui immolèrent l'agneau dans le sanctuaire (2Chroniques 30.15-17).

      7

      7 à 14 Le repas

      8

      Cette nuit-l√† : dans les heures qui suivront l'aspersion du sang de l'agneau sur les montants et le linteau de chaque porte. Ce sera l'expiation op√©r√©e par ce sang qui mettra la maison et ses habitants, r√©unis pour le repas, √† l'abri du fl√©au qui frappera toutes les familles de l'Egypte (verset 23). Isra√ęl n'ayant pas encore de centre et n'√©tant pas encore constitu√© comme peuple, ne pouvait √™tre purifi√© que par familles.

      R√ītie au feu¬†; proprement mise √† la broche. Le mot h√©breu tsala para√ģt appartenir √† la m√™me racine que thala, suspendre, empaler, mettre en croix.

      Des pains sans levain : voir au verset 15.

      Des herbes am√®res : laitue sauvage, chicor√©e ou autres. Ce mets est un simple accessoire dans le banquet, comme chez nous la salade. Il √©tait destin√© soit √† assaisonner les autres aliments, soit plut√īt √† figurer l'√©tat de souffrance dans lequel Isra√ęl avait v√©cu et dont il allait sortir¬†; comparez l'expression 1.14 : Ils leur rendirent, la vie am√®re.

      9

      Rien cru ou bouilli. A l'ordinaire la viande des sacrifices √©tait mang√©e bouillie (29.31¬†; L√©vitique 8.31, etc.). Mais l'agneau devait √™tre conserv√© intact et para√ģtre dans son int√©grit√© sur la table du repas, et aucune partie apr√®s le repas ne devait se perdre. C'est ce qui n'aurait pu avoir lieu s'il e√Ľt √©t√© bouilli.

      T√™te, jambes, entrailles. Le but de cette ordonnance est le m√™me : l'agneau doit rester au complet¬†; entrailles, naturellement nettoy√©es de leur contenu. Les voyageurs dans le d√©sert pr√©parent toujours leur viande en la r√ītissant, cet appr√™t √©tant plus exp√©ditif et n'exigeant pas d'ustensiles. Mais le motif de la prescription donn√©e ici aux Isra√©lites √©tait √©videmment tout autre. Les ustensiles ne leur manquaient point en Egypte.

      10

      Toujours dans le but de préserver le corps de l'agneau de toute profanation.

      11

      Les reins ceints... : en costume de voyage ; car l'heure du départ allait sonner (verset 12).

      La longue robe orientale est relevée et fixée autour des reins pour la marche (1Rois 18.46 ; 2Rois 4.29 ; Luc 12.35).

      En rentrant à la maison, on dépose les sandales, qu'on ne remet que pour sortir (Matthieu 3.11 ; Marc 1.7 ; Actes 12.8).

      Vous le mangerez et √† la h√Ęte : Le d√©part d'Egypte n'√©tait pas une surprise pour Isra√ęl. Il savait par la foi √† la promesse divine que le signal pouvait retentir d'un moment √† l'autre¬†; il devait, par cons√©quent, se tenir pr√™t √† marcher.

      C'est la P√Ęque... Le mot p√Ęque (h√©breux p√©sach, de pasach, sauter, passer par dessus, √©pargner) d√©signe proprement le passage de l'Eternel pr√®s des maisons isra√©lites, en les √©pargnant (Esa√Įe 31.5). Le sens est donc : Ce repas, je vous le prescris en m√©moire de la pr√©servation qui vous sera accord√©e en cette nuit-l√†.

      12

      Les dieux de l'Egypte. On pense généralement que ces mots font allusion aux animaux, symboles des divinités égyptiennes, dont les premiers-nés furent aussi frappés ; comparez Nombres 33.4. Mais, en tout cas, il s'agit surtout de l'impuissance des dieux des Egyptiens à protéger leurs adorateurs contre le courroux de l'Eternel. De là ces derniers mots qui expliquent tout : Je suis l'Eternel.

      13

      Je passerai, sans frapper¬†; c'est l'explication du mot p√Ęque (verset 11)

      Les mots : le sang sera un signe et il n'y aura pas de plaie, ne laissent aucun doute sur la valeur expiatoire du sang de l'agneau ; comparez Lévitique 14.25

      Par la raison que le terme de sacrifice n'est pas appliqu√© √† la P√Ęque dans l'ordonnance versets 1 √† 14, on a parfois ni√© qu'elle e√Ľt ce caract√®re. Mais les qualit√©s de la victime, √©num√©r√©es verset 5, le repas sacr√© qui suit l'immolation, et surtout l'emploi du sang pour pr√©server Isra√ęl, ne permettent pas de douter que l'immolation de l'agneau ne soit un vrai sacrifice. Seulement ce sacrifice diff√®re de toutes les esp√®ces de sacrifice r√©glement√©es plus tard par la loi.

      Il a de commun avec le sacrifice d'expiation l'emploi du sang, avec l'holocauste le passage de la victime par le feu, avec le sacrifice d'action de gr√Ęces le repas sacr√© qui le compl√®te. Mais il diff√®re essentiellement de tous les autres en ce qu'il est un sacrifice de famille. Il n'y a encore ni sanctuaire, ni autel, ni sacrificateur, et m√™me plus tard, lorsque l'acte de l'immolation fut transport√© dans le sanctuaire et confi√© aux sacrificateurs, ce caract√®re domestique originaire demeura, dans ce trait sp√©cial du repas de famille qui le terminait.

      Ce repas √©tait. un signe de communion avec Dieu. C'est l√† le c√īt√© positif de la gr√Ęce dont l'expiation n'est que le c√īt√© n√©gatif¬†; deux choses qui se retrouvent dans l'Eucharistie. J√©sus-Christ, dont le sang a √©t√© r√©pandu en r√©mission des p√©ch√©s, devient en m√™me temps pour nous une nourriture, un principe de vie que nous avons √† nous assimiler. La P√Ęque est donc de beaucoup le plus important de tous les sacrifices de l'Ancien Testament. Tandis que, dans les autres, une des deux faces de l'id√©e du sacrifice, soit l'expiation, soit la communion, l'emporte toujours sur l'autre, la P√Ęque est le sacrifice complet et par excellence. Aussi est-ce toujours √† celui-l√† que les hommes du Nouveau Testament ont compar√© celui de J√©sus-Christ. Comparez Jean 19.36¬†; 1Corinthiens 5.7¬†; 1Pierre 1.19, et toute l'Apocalypse, dans laquelle J√©sus est repr√©sent√©, comme l'Agneau ou l'Agneau immol√©.

      A propos de la mort de Jésus-Christ, (Jean 19.36) relève cette prescription particulière à l'agneau pascal : Pas un de ses os ne sera rompu.

      Sur la question de savoir si avant Mo√Įse il existait d√©j√† une f√™te en Isra√ęl destin√©e √† c√©l√©brer le renouvellement de la vie √† l'√©poque du printemps, voir √† verset 21.

      15

      15 à 20 Les pains sans levain

      Cette prescription, plac√©e, comme elle l'est, √† la suite du verset 14, ne peut point s'appliquer √† la premi√®re P√Ęque qui devait √™tre c√©l√©br√©e en Egypte¬†; elle a trait uniquement aux P√Ęques subs√©quentes, anniversaires de cette P√Ęque premi√®re et originelle. Nous devons donc l'envisager comme une ordonnance suppl√©mentaire, que Mo√Įse a re√ßue plus tard, apr√®s la sortie d'Egypte, et qui a √©t√© ins√©r√©e ici pour compl√©ter les prescriptions relatives √† la c√©l√©bration de la P√Ęque. C'est ce que confirment :

      1. l'expression du verset 17 : Je vous ai fait sortir
      2. celle de sainte assemblée au premier et au septième jour, verset 16
      L'ordre de manger les pains sans levain pendant sept jours, ordre dont l'ex√©cution ne pouvait avoir, lors de la premi√®re P√Ęque, le caract√®re r√©glementaire et rituel qui lui est attribu√© ici (voir √† verset 34 et 39).

      Le terme h√©breu mattsoth : pains sans levain, azymes, vient probablement d'un terme arabe qui signifie pur¬†; il d√©signe donc des g√Ęteaux faits d'une p√Ęte non alt√©r√©e par la pr√©sence et l'action du levain. La fermentation que produit le levain dans la p√Ęte est en m√™me temps un principe de corruption¬†; c'est pourquoi le levain est exclu des g√Ęteaux d'offrande pr√©sent√©s sur l'autel (L√©vitique 2.11)¬†; aussi l'Ecriture en fait-elle le symbole de la corruption morale (1Corinthiens 5.7-8).

      On a suppos√© que la coutume d'√©loigner le levain en certains moments provenait d'un usage ant√©rieur au temps de Mo√Įse et √©tait en rapport avec le commencement de la moisson. On aurait jug√© convenable de manger les pr√©mices de la r√©colte dans leur √©tat de puret√© naturelle, sans y rien m√™ler d'√©tranger. Rien n'emp√™che, en effet, que Dieu n'ait transform√© un usage primitivement agricole en rite th√©ocratique, afin de c√©l√©brer par ce symbole de renouvellement et de purification l'√©v√©nement qui allait faire d'Isra√ęl lui-m√™me un peuple nouveau.

      16

      La prescription donnée dans ce verset élève le premier et le septième jour de la semaine pascale an rang de sabbats, si ce n'est qu'en ces jours-là Dieu permet de préparer les aliments, tandis que cet acte même est interdit le jour du sabbat (35.3).

      Une sainte assemblée : en vue de l'adoration commune. Dès le voyage à travers le désert. de pareilles convocations purent avoir lieu dans le camp.

      19

      Etrangère. Le verset 38 montre qu'au moment même de la sortie d'Egypte de nombreux étrangers se joignirent au peuple.

      Indig√®ne¬†; proprement n√©e dans le pays. Ce terme ne peut avoir en vue la terre de Gossen, o√Ļ Isra√ęl n'√©tait pas chez lui¬†; il doit donc s'appliquer √† la terre que Dieu lui avait promise. C'est ce que confirment les mots : dans tous les lieux o√Ļ vous habiterez, verset 20, comparez verset 25 et suivants.

      21

      21 √† 28 Mo√Įse communique aux Anciens les instructions relatives √† la prochaine P√Ęque.

      Ce morceau se rattache historiquement à l'ordre divin versets 1 à 14, dont il a été séparé par l'insertion de l'ordonnance postérieure, versets 15 à 20.

      Il résulte clairement des mois : choisissez... prenez... que cette communication eut lieu dès avant le dixième jour de ce mois, jour auquel son exécution devait commencer (verset 3).

      Familles. Le mot h√©breu n'est pas le m√™me que verset 3 o√Ļ il avait d√©j√† un sens tr√®s large. Le terme employ√© ici a un sens plus √©tendu encore (comme 6.14). D'apr√®s ce sens, il n'y a par tribu que deux ou trois familles, comprenant chacune quelques milliers d'√Ęmes. A la t√™te de chacune d'elles √©tait un de ces Anciens auxquels Mo√Įse transmit la communication divine verset 1 et suivants¬†; comparez 3.16, note, et 4.29.

      On a conclu de ce terme la P√Ęque, employ√© sans explication, qu'il s'agit d'une f√™te de m√™me nom qui avait d√Ľ exister d√©j√† en Isra√ęl pour c√©l√©brer le retour du printemps (comme cela avait lieu chez la plupart des peuples anciens). Mais l'instruction donn√©e par Dieu √† Mo√Įse n'est reproduite ici qu'en abr√©g√©¬†; ce discours doit √™tre compl√©t√© d'apr√®s les versets 1 √† 14¬†; et l'expression la P√Ęque trouve son explication dans celle du verset 11 : C'est la P√Ęque de l'Eternel. Du reste, comme nous l'avons fait entendre au verset 15, nous ne pr√©tendons point que d√©j√† il n'exist√Ęt en Isra√ęl une f√™te du printemps. Peut-√™tre √©tait-ce pr√©cis√©ment la f√™te que Mo√Įse demandait √† Pharaon d'aller c√©l√©brer hors d'Egypte (3.18¬†; 5.3¬†; 8.27, etc.).

      22

      Hysope. Petite plante (1Rois 4.33) appartenant au genre des labiées (lavande, thym, etc.), très aromatique, employée par cette raison sans doute aux purifications (Lévitique 14.4 ; Psaumes 51.9) et, de plus, très velue, ce qui la rendait propre aussi aux aspersions. On discute sur la question de savoir si c'est la plante appelée hysope officinale ou l'origan (marjolaine).

      Le mot h√©breu rendu par bassin est traduit dans beaucoup de versions par seuil. Mais si le sang e√Ľt √©t√© sur le seuil, en passant on se serait expos√© √† le profaner. Pour le sens adopt√©, voir Zacharie 12.2, note.

      Le bassin : celui dans lequel le sang avait été recueilli au moment de l'immolation.

      23

      Les Isra√©lites eux-m√™mes n'√©taient en s√Ľret√© dans cette nuit de jugement que sous l'abri du sang de l'agneau.

      Au Destructeur. Quelques-uns donnent an terme h√©breu le sens abstrait : la destruction, c'est-√†-dire ici la peste. Mais l'expression : entrer dans les maisons, s'applique plut√īt √† un √™tre personnel. Il s'agit de l'ange par lequel Dieu ex√©cutera s'agit ce jugement, lequel n'est pas pour cela un mauvais ange, comme on l'a pens√©. C'est en la personne de cet ange que Dieu lui-m√™me traversera et frappera l'Egypte (verset 12). Comparez 2Samuel 24.15. D'apr√®s plusieurs, c'est ici l'ange de l'Eternel dans le sens le plus √©lev√© du mot¬†; comparez la note en fin de chapitre 21 de Gen√®se. C'est ce que l'on ne peut ni affirmer, ni nier.

      24

      L'organisation du peuple par tribus, familles, maisons, permettait de faire parvenir en tr√®s peu de temps les ordres de l'Eternel √† tout le peuple. Le verset 3 prouve d'ailleurs que, dans le cas actuel, les ordres avaient d√Ľ √™tre donn√©s plus de cinq jours avant celui de la P√Ęque.

      29

      29 à 36 La dixième plaie : Mort des premiers-nés

      Il ne para√ģt pas que l'on puisse attribuer √† cette derni√®re plaie une cause naturelle, telle que l'une de ces pestes qui s√©vissent parfois au printemps dans la contr√©e du Nil. Car le fl√©au ne frappe que les premiers-n√©s, il les frappe tous¬†; il les frappe √† la m√™me heure¬†; il atteint aussi ceux des b√™tes¬†; enfin ceux des Isra√©lites sont tous pr√©serv√©s. Dieu veut faire sentir par l√† que c'est bien lui cette fois qui passe et qui frappe.

      31

      Il appela. Il n'est pas probable que, dans l'√©tat de douleur et de consternation o√Ļ il se trouvait, Pharaon ait re√ßu lui-m√™me Mo√Įse. Par le r√©cit de la sc√®ne 10.28-29, l'auteur a d'avance √©cart√© cette pens√©e. Le roi fit conna√ģtre sa volont√© par l'un des siens.

      On a conclu des mots : comme vous l'avez dit, que Pharaon n'autorisait le d√©part qu'√† la condition du prochain retour dont Mo√Įse avait d'abord parl√©. Mais cette conclusion est contraire √† l'expression de Pharaon lui-m√™me : Sortez du milieu de mon peuple¬†; puis √† cette autre parole de Pharaon : Qu'avons-nous fait de laisser partir Isra√ęl pour ne plus nous servir¬†? (14.5)¬†; enfin √† sa r√©solution de poursuivre Isra√ęl pour le ramener de force dans un moment o√Ļ le peuple n'avait pas encore quitt√© le sol de l'Egypte. Les Egyptiens ne songeaient pas non plus √† un retour d'Isra√ęl quand ils s'√©criaient : Partez, nous sommes tous morts¬†!

      Depuis les premi√®res d√©marches de Mo√Įse, qui pr√©c√©d√®rent les quatre premi√®res plaies les choses avaient march√©. A la suite des sc√®nes 10.28 et 11.8 toute n√©gociation √† l'amiable √©tait remplie. Les mots comme vous l'avez dit, portent donc uniquement sur l'id√©e de partir, hommes et troupeaux.

      B√©nissez-moi pourrait signifier seulement : Prenez cong√© de moi¬†; laissez-moi¬†! Mais, dans l'√©tat de terreur o√Ļ se trouve le monarque, ils signifient plus : Priez pour moi, que Dieu cesse de me frapper et qu'il √©pargne ma vie¬†! Quelle r√©tractation de la bravade 10.10¬†! Comparez 8.28¬†; 9.28

      33

      Accomplissement de la proph√©tie de Mo√Įse, 11.8¬†; comparez aussi 3.20-22

      34

      Les b√©douins p√©trissent quelquefois la p√Ęte sur de simples morceaux de peau il est possible que les maies ou p√©trins des H√©breux ne fussent pas autre chose.

      On a pr√©tendu que l'explication donn√©e ici du rite des pains sans levain √† la f√™te de P√Ęques (par la pr√©cipitation du d√©part diff√©rait absolument de celle qui r√©sulte du verset 8, o√Ļ cet usage est motiv√© uniquement par une ordonnance de l'Eternel donn√©e au peuple bien des jours avant la sortie¬†; et l'on a vu l√† la preuve que l'auteur suit simultan√©ment deux documents contradictoires, dont il se borne √† juxtaposer les r√©cits.

      Mais il ne peut √™tre question de contradiction l√† o√Ļ il s'agit de deux choses diff√©rentes. L'ordonnance du verset 8 portait sur l'usage des azymes dans le repas pascal du 14 au soir¬†; l'explication verset 34 et 39 porte uniquement sur l'extension de cet usage √† la f√™te des sept jours qui, d'apr√®s une institution post√©rieure, fut ajout√©e au repas primitif. Le rite du repas pascal fut r√©gl√© par l'ordonnance divine dans tous ses d√©tails que nous avons expliqu√©s plus haut (versets 1 √† 8). Celui de la semaine pascale fut √©tabli que plus tard, apr√®s la sortie d'Egypte, et c'est celui-ci qui s'explique par les circonstances de la sortie et que motivent nos versets 34 et 39. L'extension de l'usage des pains sans levain √† toute une semaine fut √©tablie en souvenir de la pr√©cipitation avec laquelle avait eu lieu le d√©part et de la n√©cessit√© o√Ļ s'√©taient trouv√©s les Isra√©lites d'emporter leur provision de p√Ęte non encore lev√©e. On comprend facilement comment se pass√®rent les choses. Ne devant manger dans le repas du 14 au soir que du pain non lev√©, les Isra√©lites n'avaient pu mettre du levain dans leur provision de p√Ęte. Et lorsque imm√©diatement apr√®s le repas ils durent se pr√©parer au d√©part, ils furent oblig√©s d'emporter leur p√Ęte telle qu'elle √©tait s ans levain et de la manger ainsi pendant les premiers jours du voyage. C'est cette derni√®re circonstance que rappelait l'usage des azymes durant la semaine pascale institu√©e plus tard. Comparez Deut√©ronome 16.3 qui confirme express√©ment cette explication.

      Il n'y a donc pas plus de contradiction dans le r√©cit de l'auteur, qu'entre les sources o√Ļ il l'a puis√©. Le verset 8 explique le rite du repas pascal, les versets 34 et 39 celui de la semaine pascale, ainsi que la relation historique entre tous les deux.

      37

      37 à 42 Départ des Israélites

      Rams√®s. Ce nom √©tait celui de tout un pays dans le Delta, qui renfermait celui de Gossen, et il ne serait pas impossible de lui donner ici ce sens g√©n√©ral. Mais il est plus probable qu'il s'agit de la capitale de ce pays que les Isra√©lites avaient eux-m√™mes b√Ętie (1.11) et o√Ļ ils habitaient sans doute en fort grand nombre.

      On identifie souvent cette ville avec Tanis (Tsoan), la principale r√©sidence des rois hyksos, situ√©e dans la partie nord-est du Delta, pr√®s du lac Menzal√© (voir Gen√®se 45.10, note). Dans ce cas, la marche des Isra√©lites se serait dirig√©e du Nord-Ouest au Sud-Est. Lepsius avait cru pouvoir d√©montrer que la ville de Rams√®s √©tait situ√©e beaucoup plus au Sud et aussi plus √† l'Est, pr√®s des lacs Amers, un peu √† l'ouest de la ville actuelle d'Isma√Įlia. Mais les d√©couvertes r√©centes de M. Naville (M√©moire publi√© par l'Egypt Exploration Fund. Londres 1887) conduisent √† placer Rams√®s, r√©sidence fr√©quente de Rams√®s II (S√©sostris), assez loin √† l'ouest de l'endroit indiqu√© par Lepsius, dans la localit√© o√Ļ se trouve la ville de Phakousa, au sud-est de Zagazig, d'o√Ļ part le canal qui unit le Nil avec la mer Rouge en suivant dans sa premi√®re partie le Wadi Tumilat. (Voir Carte)
      De cette mani√®re, cette ville aurait √©t√© situ√©e dans la partie occidentale du pays de Gossen, de sorte qu'en se dirigeant de Rams√®s vers l'Est la colonne principale des Isra√©lites aurait eu √† traverser tout le pays o√Ļ √©taient √©tablis la plupart de leurs compatriotes.

      Succoth. Ce nom d√©signe en h√©breu des cabanes construites de branchages (Gen√®se 33.17). D'apr√®s M. Naville (M√©moire publi√© par l'Egypt Exploration Fund. Londres 1885), il faut placer cette localit√© √† l'extr√©mit√© orientale du Wadi Tumilat, entre 15 et 20 kilom√®tres √† l'ouest d'Isma√Įlia, pr√®s de l'endroit nomm√© aujourd'hui Tel-Maskhutah. Le savant genevois pense que Succoth d√©signait une contr√©e de p√Ęturages, et c'est l√† qu'il place, d'apr√®s une foule d'indices, la ville de Pithom.

      Le nom h√©breu de Succoth para√ģt √™tre identique √† celui de Thuku (changement fr√©quent de T en S), qui accompagne plusieurs fois dans les inscriptions celui de Pithom et qui d√©signe un district habit√© par des √©trangers, un pays de fronti√®res¬†; comparez les remarques sur les mots Mosch√© et chartoummim, 2.10 et 7.11

      Si ces rapprochements sont fond√©s, on comprend ais√©ment que, √† mesure que la colonne principale, partie de Rams√®s sous la conduite de Mo√Įse, traversait de l'Ouest √† l'Est le pays de Gossen, elle ait pu recueillir au fur et √† mesure les contingents de la population isra√©lite habitant la contr√©e et pr√™ts √† partir. La nation enti√®re se trouva ainsi r√©unie √† l'√©tape de Succoth, et c'est l√† qu'elle jouit pour la premi√®re fois du sentiment de sa libert√©. Ainsi les deux villes qui avaient √©t√© le th√©√Ętre de l'oppression la plus dure (1.11), ont jou√© le principal r√īle au jour de la d√©livrance.

      Si l'on se demande comment, le mot d'ordre pour le départ put être donné à un si grand nombre de personnes et comment ce départ put s'exécuter en bon ordre, il faut se rappeler que l'organisation du peuple entier en tribus, branches, familles, maisons, avec des chefs établis, selon la forme patriarcale, sur chacune de ces divisions et subdivisions, rendait possible cette exécution prompte et bien réglée de l'ordre divin.

      Au nombre d'environ six cent mille pi√©tons. Les femmes et les enfants allaient √† √Ęne, comme c'est l'ordinaire en Orient, ou sur des chariots. Si Rams√®s et Succoth sont situ√©s comme nous l'avons dit, une distance de quarante √† soixante kilom√®tres s√©parait ces deux endroits¬†; il est peu probable que, malgr√© le d√©part tr√®s matinal, une telle foule de gens ait pu la franchir en un jour. Mais le texte ne le dit pas non plus. Le premier campement eut lieu dans les p√Ęturages de Succoth. Ce fut l√† qu'on attendit les tra√ģnards et qu'on se compta approximativement. Comparez Nombres 1.46 et 3.9

      Six cent mille hommes supposent une population de deux millions d'√Ęmes environ. On demande s'il est possible que la famille de Jacob e√Ľt pu multiplier √† ce point pendant quatre si√®cles. Sans m√™me tenir compte de la f√©condit√© particuli√®re qui distingue l'Egypte et de la b√©n√©diction extraordinaire accord√©e √† Isra√ęl, on a calcul√© qu'en attribuant √† chacun des petits-fils de Jacob qui, d'apr√®s les g√©n√©alogies subs√©quentes, paraissent avoir fait souche, deux √† trois descendants m√Ęles par couple, √† chaque g√©n√©ration, on obtient pour la dixi√®me g√©n√©ration, celle qui sortit d'Egypte (10 g√©n√©rations pour 400 ans), un chiffre de pr√®s de 500 mille hommes, auxquels on doit ajouter tous les hommes de la huiti√®me et de la neuvi√®me g√©n√©ration qui vivaient encore. Le nombre indiqu√© n'a donc rien d'invraisemblable. Mais o√Ļ trouvaient-ils la place pour se mouvoir tous ensemble¬†? Sur des routes √©troites et ferm√©es de droite et de gauche, cela ne se concevrait pas. Mais dans de vastes plaines, en partie inhabit√©es et incultes, chaque tribu avec ses subdivisions pouvait se mouvoir ais√©ment.

      38

      Une foule de gens. Cette foule se composait sans doute des restes de diverses tribus sémitiques entrées en Egypte sous les Hyksos, puis aussi de beaucoup de gens à qui la misère et l'oppression faisaient saisir avec empressement cette occasion d'émigrer sous les ailes d'un peuple plus libre, plus heureux, plus béni du ciel que le leur. Ces gens sont appelés ailleurs un ramassis (Nombres 11.4). Ils paraissent avoir rempli les métiers de coupeurs de bois et de puiseurs d'eau (Deutéronome 29.11).

      Ainsi commence avec l'existence même du peuple, comme peuple, l'accomplissement de la promesse faite à Abraham Genèse 12.3 : Toutes les familles de la terre seront bénies en toi.

      39

      Voir au verset 34.

      Et d'ailleurs... Ils n'avaient, en effet, pour tout aliment que la p√Ęte qu'ils avaient emport√©e et ce qu'ils pouvaient trouver sur place.

      40

      Quatre cent trente ans. Au lieu des mots en Egypte, les LXX disent, corrigeant le texte : en Egypte et dans le pays de Canaan et le texte samaritain, pour améliorer cette correction : dans le pays de Canaan et en Egypte. D'après ces deux versions, par conséquent, les 430 ans devraient se compter non depuis l'établissement de Jacob en Egypte, mais depuis l'appel d'Abraham (Genèse 12.1-3), et comme il s'est écoulé 215 ans de la vocation d'Abraham à l'entrée de Jacob en Egypte, il ne resterait que 215 ans, au lieu de 430, pour le séjour des Israélites dans ce pays.

      Plusieurs critiques modernes d√©fendent ce dernier chiffre et condamnent le texte massor√©tique. Mais en adoptant le chiffre de 215 ans pour le s√©jour en Egypte, on rend plus difficile √† expliquer l'immense accroissement de la nation isra√©lite pendant ce temps¬†; et l'on met l'Exode en contradiction avec Gen√®se 15.13, o√Ļ Dieu annonce √† Abraham un exil et une servitude qu'auront √† subir ses descendants pendant quatre cents ans.

      On all√®gue sans doute le petit nombre de g√©n√©rations indiqu√©es dans quelques listes g√©n√©alogiques¬†; ainsi, dans la g√©n√©alogie 6.16 et suivants, quatre g√©n√©rations seulement entre L√©vi et Mo√Įse. Nous avons discut√© cette question (voir la note sur ce passage). Un grand nombre de g√©n√©alogies pr√©sentent pour le m√™me temps beaucoup plus de g√©n√©rations :
      Nombres 26.29 et suivants ; 27.1 ; Josué 17.3 (de Joseph à Tsélophcad), six ; Ruth 4.18 et suivants ; 1Chroniques 2.5-10 (de Juda à Nahason), six ; 1Chroniques 2.20 (de Juda à Betsaléel), sept ; 1Chroniques 7.20 et suivants (de Joseph à Josué), dix. Tsélophead, Nahason, Betsaléel, Josué, sont tous des contemporains de Moise.
      Ce chiffre de dix g√©n√©rations (en comptant chaque g√©n√©ration √† quarante ans) convient en gros au chiffre de 430 ans, mais il serait beaucoup trop fort pour une dur√©e de 215 ans seulement. Saint Paul parait accepter la chronologie des LXX, Galates 3.17. Mais cela n'est pas parfaitement s√Ľr, puisqu'il peut dater l'√©poque de la promesse non du moment o√Ļ elle a commenc√© (avec Abraham), mais de celui o√Ļ elle a fini (au d√©part de Jacob pour l'Egypte). Il se trouverait ainsi en parfait accord avec l'Exode (texte h√©breu).

      41

      En ce m√™me jour-l√† : non le jour m√™me de l'ann√©e o√Ļ Jacob √©tait entr√© en Egypte mais le jour dont il est parl√© dans tout ce chapitre, celui qui va du soir du 14 au soir du 15 de ce premier mois (versets 17 et 51).

      Les armées de l'Eternel. Ce terme rappelle simplement l'organisation des Israélites dont nous avons parlé verset 37 et leur marche bien réglée (verset 6).

      42

      Une nuit à célébrer. On a traduit aussi : une nuit de préservation, de délivrance, ou bien encore : une nuit de veille à cause de...

      43

      12.43 √† 13.16 Diverses ordonnances en rapport avec la P√Ęque

      43 √† 51 D√©fense aux √©trangers de participer √† la P√Ęque

      Dans la prescription sur la P√Ęque donn√©e √† Mo√Įse, versets 3 √† 11, avant la sortie d'Egypte, il n'y avait pas encore lieu d'√©tablir une r√®gle au sujet de ceux qui pouvaient prendre part au repas pascal. Cette premi√®re P√Ęque ne pouvait naturellement concerner que les familles isra√©lites. Mais apr√®s qu'une foule de gens √©trangers au peuple s'√©taient joints √† lui au moment de la sortie (verset 38), il devenait n√©cessaire de compl√©ter sur ce point l'ordonnance primitive. Il est donc certain que cette prescription n'a √©t√© donn√©e que plus tard, apr√®s la sortie. Cependant, elle doit avoir √©t√© donn√©e pendant la vie d'Aaron (verset 43) et sans doute avant la c√©l√©bration de la P√Ęque racont√©e Nombres 9.1 et suivants. Elle a √©t√© plac√©e ici pour compl√©ter ce qui se rapporte √† l'institution de la P√Ęque (voir √† verset 50).

      F√™te de la d√©livrance du peuple √©lu, la P√Ęque ne doit √™tre c√©l√©br√©e que par les membres de ce peuple.

      44

      Mais, comme toujours, √† la rigueur de la loi s'associe la tendance universaliste de la gr√Ęce. L'esclave √©tranger qui fait partie de la famille isra√©lite peut se faire incorporer au peuple par la circoncision, et alors il mangera la P√Ęque avec lui.

      45

      Le domicili√© : l'√©tranger √©tabli au milieu d'Isra√ęl (ceux qu'on appelait √† Ath√®nes les m√©t√®ques).

      Le mercenaire : l'ouvrier √©tranger qui travaille au service d'un Isra√©lite. Si ces gens d√©sirent participer √† la P√Ęque ils le peuvent, √† la condition indiqu√©e verset 48

      46

      Le caractère sacré de l'agneau, si énergiquement rappelé dans ce verset, sert à expliquer pourquoi nul incirconcis (non consacré) ne petit être admis à ce repas.

      47

      Nul Israélite ne doit s'abstenir de ce repas ; car il sert à lier toutes les familles israélites avec Dieu et entre elles. C'est le symbole de l'unité du peuple.

      49

      Une même loi : toujours l'universalisme le plus large perçant à travers le particularisme le plus rigoureux.

      50

      On pourrait appliquer cette remarque √† l'accomplissement subs√©quent de cette ordonnance, √† Sina√Į (Nombres 9.1-23) et en Canaan. Mais il est plus naturel de voir ici la reprise du r√©cit interrompu par la prescription pr√©c√©dente et le r√©sum√© de tout ce qu'avait fait le peuple en ex√©cution des ordres qui lui avaient √©t√© donn√©s pour la sortie maintenant consomm√©e. Dans ce sens, le verset 51 se rattache tout naturellement au verset 50.

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