Exode 14

    • 1

      1 √† 9 Campement pr√®s de la mer. Pharaon poursuit Isra√ęl.

      1 √† 2 A Etham, l'Eternel ordonne le changement de direction qui d√©cida de toute la suite des √©v√©nements. Rien n'√©tait plus absurde, en apparence, que de prendre la direction du Sud. Car Isra√ęl allait se trouver s√©par√© du Sina√Į, o√Ļ il se rendait, par la mer Rouge, qui, √† cette √©poque, parait s'√™tre √©tendue beaucoup plus au Nord qu'aujourd'hui, jusqu'au lac Timsa, ou du moins jusqu'aux lacs Amers, dont l'eau sal√©e indique l'ancienne jonction avec la mer. Pour Isra√ęl, tourner au Sud, c'√©tait donc, comme dit Pharaon (verset 3), s'enfermer dans le d√©sert (√† l'ouest de la mer Rouge) et consommer sa propre ruine. On a dit que Mo√Įse pouvait esp√©rer de trouver un passage vers l'Est, √† l'occasion d'une mar√©e basse. C'est oublier que Mo√Įse conduisait apr√®s lui tout un peuple avec ses troupeaux. Dieu seul a pu ordonner √† son arm√©e une pareille manŇďuvre dont l'issue n'√©tait connue que de lui seul. ( Carte )

      Le verbe schouv ne signifie pas proprement se d√©tourner, comme traduit Ostervald mais revenir en arri√®re. Ils revinrent d'abord sur leurs pas, puis tourn√®rent au Sud. Malheureusement on n'a pu jusqu'√† pr√©sent retrouver s√Ľrement aucun des trois endroits d√©sign√©s ici. Le seul avec le nom duquel un nom existant actuellement pr√©sente quelque analogie est Pi-Hahiroth. Ce nom parait s'√™tre conserv√© dans celui de Adschroud (pi n'est que l'article √©gyptien), qui d√©signe aujourd'hui une localit√© situ√©e √† quatre lieues environ au nord-ouest de Suez. Entre cet endroit et la d√©pression (autrefois le bras de mer) qui joint la mer Rouge proprement dite aux lacs Amers, se trouve un large emplacement o√Ļ pouvaient camper les tribus isra√©lites. L'expression au-devant de dit pr√©cis√©ment que le lieu du campement √©tait √† l'orient de Pi-Hahiroth.

      L'ordre divin dit ensuite : entre Migdol et la mer. Si l'on se représente le peuple campé en cet endroit, le visage tourné vers l'orient, Migdol doit désigner l'extrémité gauche et la mer l'extrémité droite du campement. C'est bien ce qui a lieu si nous supposons Migdol (tour) située à l'extrémité sud des lacs Amers, comme une forteresse surveillant à cet endroit le passage d'Arabie en Egypte, et si par la mer nous entendons la partie de la mer Rouge qui s'avance très avant dans les terres au sud de Suez.

      Dieu ajoute enfin : en face de Baal-Ts√©phon, au bord (le long) de la mer. Le mot en face de para√ģt prouver que cette localit√© √©tait situ√©e de l'autre cot√© de la mer, sur la c√īte d'Arabie, en face du campement isra√©lite. Le nom de Baal, qui est le nom de la principale divinit√© ph√©nicienne, et celui de Ts√©phon, qui signifie dans la langue ph√©nicienne septentrion, font supposer que cette localit√© tirait son nom de ma√ģtre du Nord d'un sanctuaire de Baal o√Ļ les navigateurs ph√©niciens offraient leur sacrifice √† leur dieu, au moment d'entrer dans le grand bassin de la mer Rouge, afin de r√©clamer de lui l'assistance, du vent du Nord pour la travers√©e de cette mer. C'est tout √† fait √† tort qu'on a confondu le nom Ts√©phon avec celui du dieu √©gyptien Typhon, qui est un nom purement grec¬†; le nom de ce dieu en √©gyptien est Set.

      Enfin reste la derni√®re d√©termination : au bord ou le long de la mer. Il r√©sulte de l√† et de ce qui pr√©c√®de (entre Migdol et la mer) qu'ils avaient la mer √† la fois √† leur droite et devant eux. En effet, ayant Adschroud derri√®re eux, Migdol √† gauche, du c√īt√© du Nord, la mer √† droite, vers le Sud, ces mots : au bord de ou le long de la mer, d√©signent tout naturellement le bras de mer de vingt kilom√®tres de long qui unissait le bassin principal de la mer Rouge aux lacs Amers actuels. C'√©tait le long de cette partie de la mer qu'Isra√ęl √©tait camp√©.

      3

      Le d√©sert les tient... Pharaon savait qu'ils ne pouvaient s'enfuir ni √† l'Est, o√Ļ la mer leur barrait le chemin, ni au Sud, o√Ļ ils auraient p√©ri dans une contr√©e sans ressource, ni √† l'Ouest, ce qui les aurait ramen√©s en Egypte, ni au Nord, s'il les poursuivait lui-m√™me de ce c√īt√©-l√†. On voit par cette parole que le roi ne songeait pas √† la possibilit√© pour les isra√©lites de passer le bras de mer qui les s√©parait du d√©sert d'Arabie et que, par cons√©quent, Moise non plus n'avait pu calculer sa marche sur cette √©ventualit√©.

      7

      Tous les chars d'Egypte : outre les chars d'élite, il prit tous les chars qui se trouvaient à portée dans les villes de guerre de la Basse-Egypte. On sait par l'histoire d'Egypte que dès le commencement de la 18ième dynastie, les chariots furent la principale force des armées égyptiennes. Diodore prétend que l'armée de Sésostris en comptait vingt-sept mille.

      Des officiers. Le mot hébreu Schalischim : trente, correspond à un titre égyptien. Les rois d'Egypte avaient un conseil composé de trente membres, dont chacun s'appelait un trente (comme on dit un décemvir ou un cent-garde). Ce titre, traduit en hébreu, fut usité plus tard encore dans la monarchie israélite ; il revient souvent dans le livre des Rois ; voir aussi 2Samuel 23.8-39.

      8

      Il pouvait d'autant plus facilement atteindre les Israélites qu'ils avaient fait un détour en allant jusqu'à Etham.

      Tête levée, littéralement : la main levée, c'est-à-dire hardiment, comme des vainqueurs, non honteux comme des fuyards (Nombres 33.3). Cette remarque est sans doute placée ici pour faire comprendre le motif qui pousse Pharaon à ce dernier acte de folie. Son orgueil ne peut accepter cet acte de rébellion ouverte.

      9

      Ses cavaliers. Comparez Josué 24.6. On n'a pas trouvé jusqu'ici des représentations de cavaliers dans les monuments égyptiens de cette époque. Cependant Diodore (I, 54) parle d'un corps de cavalerie considérable dans l'armée de Sésostris.

      Son armée. Ce terme, ainsi que celui de ses troupes, verset 6, ont fait dire à Josèphe qu'il y avait aussi de l'infanterie.

      10

      10 √† 18 D√©tresse des Isra√©lites¬†; encouragement donn√© √† Mo√Įse.

      Rien ne caract√©rise mieux les r√©cits de la Bible que le r√īle peu glorieux qui y est donn√© aux Isra√©lites.

      11

      Est-ce faute de sépulcres ? L'ironie est amère et l'expression dont ils se servent est d'autant plus frappante qu'en aucun pays du monde il n'y avait autant de tombeaux qu'en Egypte.

      On remarque ici un singulier m√©lange de foi et d'incr√©dulit√© chez le peuple. Il crie √† Dieu (verset 10), et, d'autre part, il se livre aux murmures les plus amers contre Mo√Įse. Cela rappelle le mot :
      Je crois, Seigneur ; aide-moi dans mon incrédulité. (Marc 9.24).

      12

      Comparez des reproches semblables 5.21 ; 6.9

      13

      13 et 14

      Vous vous tiendrez tranquilles. Ils n'auront point √† combattre eux-m√™mes¬†; ils seront spectateurs muets de la victoire remport√©e pour eux. Le verset suivant prouve qu'en parlant ainsi Mo√Įse s'√©l√®ve, par la foi aux promesses pr√©c√©dentes de l'Eternel, au-dessus du sentiment d'angoisse qui l'oppresse lui-m√™me.

      15

      L'Eternel dit. On a g√Ęt√© la beaut√© du r√©cit en mettant arbitrairement un plus-que-parfait : l'Eternel avait dit. Dieu n'avait point encore parl√© √† Mo√Įse de ce qui allait se passer. Si celui-ci venait de chercher √† relever le courage du peuple, il l'avait fait dans l'ignorance du moyen dont Dieu se servirait.

      Que cries-tu à moi ? Ce mot révèle la détresse intérieure de l'homme de Dieu. Ce n'est point là un reproche que Dieu adresse à son serviteur ; le sens est : Ne crains point ; tu es déjà exaucé.

      C'est le cas d'appliquer le mot d'Amos 3.7 : Le Seigneur l'Eternel, ne fait rien qu'il n'ait révélé son conseil à ses serviteurs les prophètes.
      Il fait d'eux ses confidents, parce qu'ils doivent être ses instruments, et des instruments libres et conscients.

      19

      19 à 28 Le passage de la mer Rouge.

      Il fallait emp√™cher qu'Isra√ęl ne f√Ľt troubl√© durant le passage. C'est ce que fait l'Eternel en s'interposant entre eux et le camp des Egyptiens¬†; et cela √† la fois invisiblement en la personne de son ange (voir √† 13.21), et visiblement sous la forme de cette nu√©e mena√ßante dans laquelle habite l'ange. Cette nu√©e myst√©rieuse, apr√®s avoir march√© devant les Isra√©lites depuis Etham (13.21-22), vient se placer derri√®re eux et tient en respect les Egyptiens pendant toute la nuit.

      20

      Nous traduisons aussi litt√©ralement que possible ce verset d'une construction difficile. Les interpr√®tes supposent √† tort que la colonne de nu√©e √©tait √† la fois obscure du c√īt√© des Egyptiens et lumineuse du c√īt√© des Isra√©lites. Le r√©cit dit seulement, ici comme plus haut (voir 13.21, note) que la nu√©e parut t√©n√©breuse aussi longtemps que dura le jour, mais que, l'obscurit√© venue (verset 21) elle devint lumineuse.

      21

      Si la situation du campement israélite est bien celle que nous avons décrite (versets 2 et 3, notes), ils avaient devant eux un bras de mer de deux à trois kilomètres de largeur ; quant à la profondeur, nous ne pouvons nous en faire une idée exacte, parce que les sables ont envahi la contrée et que le sol tend incessamment à s'exhausser. A l'extrémité méridionale des lacs Amers se trouvait un seuil recouvert d'une nappe d'eau très peu profonde ; de ce point le bras de mer rejoignait par une faible déclivité le golfe de Suez ; il est donc probable que tout le long de ce chenal, entre les lacs Amers et la mer Rouge, l'eau n'était pas très profonde.

      Le vent qui commença à souffler dès le soir même est appelé kadim, proprement vent d'orient, et comme les Hébreux n'ont de noms que pour les quatre directions cardinales et non pour les directions intermédiaires, ce mot peut désigner un vent de Nord-Est, qui, en se joignant à l'action du reflux, refoula l'eau du chenal dans la mer Rouge. La puissance du vent est encore aujourd'hui telle à Suez qu'un changement dans sa direction peut amener, surtout en se combinant avec la marée, une différence de niveau de onze pieds (3 mètres cinquante).

      Les Ichthyophages des bords de la mer Rouge racontaient, selon Diodore, qu'il y eut un jour o√Ļ le reflux fut tel que tout le golfe fut chang√© en terre-ferme, les eaux de la mer s'√©tant retir√©es¬†; puis, revenant tout √† coup, la mer reprit son niveau ordinaire.

      Les eaux se fendirent. Par le retrait de la mer vers le Sud, il se forma un espace sec entre les bassins des lacs Amers et celui de la baie de Suez. L'expression a un caract√®re emphatique, d√Ľ sans doute au style imag√© du cantique, 15.5-8.

      22

      Sur le sec. On marche aisément sur un fond de sable ou de sel (le fond actuel des lacs Amers est formé de sel) dont se sont retirées les eaux qui le couvraient.

      Etaient pour eux une muraille √† droite et √† gauche. Il n'est point n√©cessaire de se repr√©senter les eaux se dressant verticalement √† droite et √† gauche du peuple. Le texte dit : √©taient pour eux une muraille¬†; elles leur servaient de rempart √† droite et √† gauche, de sorte qu'ils ne pouvaient √™tre pris de flanc par l'ennemi (Nahum 3.8). En effet, le chemin qu'ils avaient √† faire √©tait prot√©g√© au Nord par le bassin des lacs Amers et au Sud par celui du golfe de Suez. S'il en e√Ľt √©t√© autrement et que la chose e√Ľt √©t√© telle qu'on se la repr√©sente d'ordinaire, il e√Ľt fallu une v√©ritable folie de la part des Egyptiens pour se lancer √† la poursuite du peuple par une pareille voie.

      23

      La nu√©e va se placer √† la t√™te de la colonne¬†; celle-ci, apr√®s avoir atteint la c√īte arabique, s'avan√ßait dans l'int√©rieur. Les Egyptiens, voyant le nuage mena√ßant qui avait plan√© devant eux, dissip√©, s'√©lancent √† la poursuite des H√©breux. Il n'est pas dit que Pharaon lui-m√™me f√Ľt √† la t√®te de ses troupes¬†; et cela est en soi peu probable. Il observait du rivage la poursuite.

      24

      La veille du matin. Les anciens Hébreux divisaient la nuit en trois veilles, de sorte que la veille du matin allait de 2 à 6 heures. Dans le Nouveau Testament, la nuit est partagée en quatre veilles, d'après l'usage romain. Le passage des Israélites avait donc eu lieu durant la nuit, de 7 ou 8 heures du soir à 4 ou 5 heures du matin.

      Regarda. Le mot hébreu signifie toujours : regarder de haut en bas. Ces regards de l'Eternel, qui tombent sur le camp égyptien, signifient sans doute les éclairs de la foudre, comme la voix de l'Eternel signifie le tonnerre (9.28, note ; Psaumes 29.1). C'est de la colonne de nuée que sortent également les traits de feu qui foudroient Nadab et Abihu (Lévitique 10.2).

      25

      Ils firent reculer leurs chars..., litt√©ralement : les roues de leurs chars. On traduit ordinairement, en donnant pour, sujet au premier verbe l'Eternel : Il √īta les roues de leurs chars. Cette traduction nous para√ģt pr√©senter cet inconv√©nient que, si les chars n'avaient plus eu de roues, on ne les aurait pas conduits √† grand-peine¬†; car on n'aurait pas pu les conduire du tout. La version des LXX parait avoir lu un peu diff√©remment¬†; elle traduit : Il lia, c'est-√†-dire il retint les roues de leurs chars.

      L'eau de la mer revenant peu à peu, le sol s'amollissait et les roues enfonçant ne se mouvaient plus que difficilement. Les Egyptiens comprennent que la marée les atteint et veulent revenir en arrière.

      27

      A l'ordre de Mo√Įse, les eaux refluent comme des torrents et ferment la retraite aux Egyptiens.

      Il est probable que ce retour subit des eaux fut activé par un brusque changement du vent qui tourna tout à coup au Sud et accéléra le mouvement du flux.

      28

      Il n'en demeura pas un. Le texte ne dit pas que toute l'armée périt, il ne parle que de ceux qui étaient déjà entrés. dans la mer ; c'étaient surtout ceux qui étaient en char ou à cheval. On ne peut conclure de Psaumes 136.15 que Pharaon fut du nombre de ceux qui périrent. L'expression s'explique par le fait que Pharaon lui-même fut frappé en la personne de ses cavaliers.

      29

      29 à 31 Conclusion

      A droite et à gauche : voir note verset 22.

      31

      Le peuple craignit l'Eternel. Un P√®re de l'Eglise disait : Mon Dieu, ce n'est pas la grandeur de tes ch√Ętiments qui m'effraie¬†; c'est celle de tes bienfaits¬†; comparez Psaumes 130.4

      Le passage de la mer avait déjà été de la part du peuple un acte de foi (Hébreux 11.29 : C'est par la foi...). Cette foi fut fortifiée par l'expérience.

      Il crut √† l'Eternel et √† Mo√Įse. C'est sans doute ici le seul cas dans l'Ecriture o√Ļ un homme soit pr√©sent√© comme l'objet de la foi. Isra√ęl a √©t√© baptis√© en Mo√Įse (1Corinthiens 10.2) comme les chr√©tiens sont baptis√©s en J√©sus-Christ. Le passage de la mer Rouge fut une immersion d'o√Ļ Isra√ęl sortit pour commencer une vie nouvelle par la foi √† l'Eternel et √† Mo√Įse, son instrument, un avec lui.

      Serviteur de l'Eternel. C'est la premi√®re fois que ce titre appara√ģt dans l'Ecriture. Il est donn√© sp√©cialement √† Mo√Įse¬†; comparez Nombres 12.7¬†; Deut√©ronome 34.5

      Le passage de la mer rouge

      On conteste, non sans apparence de raison, la possibilit√© du passage d'Egypte en Arabie d'un peuple de deux millions d'√Ęmes (12.37) dans l'espace d'une nuit.

      S'il s'agissait d'une troupe marchant en ordre et au pas militaire, l'objection serait bient√īt r√©solue. Deux millions d'hommes forment une colonne de 2000 hommes de front et de 1000 hommes de profondeur (ou de 1000 de front et de 2000 de profondeur). En mettant entre les 2000 hommes marchant de front un espace de 2 m√®tres et entre chacun des 1000 rangs, √©chelonn√©s √† la suite les uns des autres, le m√™me espace, nous obtenons une colonne de 4 kilom√®tres de largeur, et de 2 kilom√®tres de longueur. Une pareille colonne de deux millions de personnes pourrait ainsi d√©filer en une demi-heure.

      Le cas actuel est assur√©ment fort diff√©rent. Nous avons affaire, non √† des soldats, mais √† des familles comprenant femmes et enfants, et conduisant avec elles meubles et bestiaux. Mais, d'autre part, l'ordre ne manquait pas dans cette troupe. Ce n'est pas pour rien que le r√©cit d√©signe ce peuple du nom d'arm√©es (12.51). Peut-√™tre lui attribue-t-il un ordre militaire (13.18, note). Il √©tait r√©parti en douze sections principales, semblables √† des r√©giments divis√©s en bataillons, en compagnies et en pelotons (voir √† 12.37, note). De plus, au lieu de 4 kilom√®tres de front, le peuple pouvait disposer de 25, et au lieu de 2 kilom√®tres de profondeur, toute la colonne pouvait, en marchant de sept heures du soir √† quatre heures du matin, avoir une longueur de 36 √† 40 kilom√®tres. Il y avait donc amplement place √† c√īt√© des hommes pour les meubles et le b√©tail.

      Si nous nous représentons, par exemple, les douze tribus formant douze colonnes parallèles et s'avançant simultanément au travers du passage desséché, chacune sur 20 personnes de front, il est aisé de calculer que chacune de ces colonnes (chaque tribu) aura pu passer en moins de cinq heures. Et comme le front des douze colonnes réunies ne comptera que 12 x 20, c'est-à-dire 240 personnes, au lieu des 8000 qu'un espace de 16 kilomètres peut contenir, il restera entre chacune des douze colonnes et sa voisine un énorme espace libre capable de contenir les meubles et les troupeaux. La possibilité du passage des deux millions dans l'espace et dans le temps donné est ainsi démontrée.

      L'impossibilité existerait sans doute si l'on prétendait placer le passage dans une localité plus méridionale que celle à laquelle nous ont conduits les expressions mêmes du texte (la mer à droite et devant) ; par exemple au golfe ou au sud du golfe de Suez, comme on se le représente communément. Il se trouve là quelques gués que le reflux met parfois à découvert ; mais ils sont trop étroits pour permettre le passage en si peu de temps d'une pareille masse d'hommes et de troupeaux. Et comment se représenter un agent tel que le vent (c'est celui dont parle le texte) agissant sur la mer profonde à la façon d'un coin pour y creuser un passage !

      D'autres placent le passage plus au septentrion, au nord des lacs Amers, ou au nord du lac Timsa, ou bien m√™me le long de la M√©diterran√©e, sur l'isthme √©troit qui s√©pare cette mer du lac Serbonis. Mais aucune de ces hypoth√®ses ne peut se soutenir. Dans les premi√®res le terme de retourner (15.22) ne s'explique plus. En r√©alit√© ces deux millions d'hommes n'auraient fait que pi√©tiner sur place jusqu'au passage. D'ailleurs les localit√©s de l'autre c√īt√© de la mer, dans lesquelles on retrouve le plus naturellement Mara et Elim, sont situ√©es beaucoup trop au Sud pour qu'elles eussent pu √™tre atteintes en trois jours (15.22) depuis un point de passage aussi septentrional. Quant √† la derni√®re supposition, elle est aujourd'hui universellement rejet√©e, car ind√©pendamment de plusieurs autres raisons, le nom donn√© dans le texte √† la mer travers√©e par les Isra√©lites (Jam Souph) ne s'applique jamais qu'au bassin que nous appelons mer Rouge.

      Nous n'avons pas craint de faire intervenir dans l'explication de cette d√©livrance merveilleuse des causes naturelles. Le r√©cit le fait lui-m√™me, en parlant du vent d'Est, comme il l'avait fait d√©j√† √† l'√©gard des plaies d'Egypte. Dieu use des forces naturelles jusqu'au point o√Ļ elles peuvent le servir. Il n'en fait agir d'autres que dans la mesure o√Ļ celles-ci sont insuffisantes. Le surnaturel n'en reste pas moins dans l'intervention de cette Main qui les fait agir au moment voulu et avec les effets r√©clam√©s par le bien de son peuple.

      Dans cet événement, l'intervention divine peut seule expliquer la direction vers le Sud, en apparence absurde, que prit tout à coup depuis Etham la marche du peuple ; et elle éclate dans le fait inespéré du passage à travers le golfe, dont Pharaon ne prévoyait évidemment pas la possibilité.

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