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Exode 22

    • 1

      Dans le texte hébreu, notre verset 1 est le verset 37 du chapitre précédent, de sorte que le verset 2 est le verset 1 de celui-ci, et ainsi de suite.

      Cette loi vise le vol d'animaux :
      Ou bien le vol est consommé irréparablement (verset 1), ou bien il est encore réparable, si le voleur vient à résipiscence (verset 1).

      Dans le premier cas, l'indemnit√© est non seulement le double de l'objet vol√©, comme dans les cas de vol ordinaire (versets 4 et 7), mais 4 ou 5 fois autant. La raison de cette diff√©rence est sans doute que le b√©tail p√Ęturant au large est confi√© √† la bonne foi du public. La vie champ√™tre n'est possible qu'√† la condition d'une puissante garantie contre un vol aussi facile. Cependant la loi fait une diff√©rence entre le vol d'un bŇďuf et celui d'un mouton, parce que chez le bŇďuf il y a, outre la chair, la force de travail.

      Dans le second cas, si le voleur reconna√ģt sa faute (verset 4), il n'y a que restitution au double¬†; la loi veut par l√† lui faciliter la r√©sipiscence.

      Mouton. Le mot hébreu désigne toute pièce de petit bétail. Pour la restitution au quadruple, comparez 2Samuel 12.6

      La restitution au septuple d'un objet volé, dont parle Proverbes 6.31, n'est pas l'objet d'une loi ; il s'agit d'un voleur qui donne satisfaction au volé pour n'être pas traduit en justice.

      2

      Dans cette loi sur la restitution du b√©tail vol√© sont intercal√©es deux r√®gles particuli√®res, relatives au cas o√Ļ le vol√© viendrait √† tuer le voleur. Au verset 2, il s'agit d'une effraction qui a eu lieu de nuit¬†; c'est ce qui ressort du contraste avec le verset 3. Dans le cas d'effraction nocturne, il est impossible de mesurer ses coups, ni de demander du secours ou de reconna√ģtre le voleur pour le d√©noncer ensuite¬†; enfin, l'on peut pr√©sumer que le voleur ne reculera pas devant un homicide, si cela devient n√©cessaire pour cacher son larcin. Ainsi s'explique l'absolution accord√©e dans ce cas au meurtrier¬†; cette m√™me disposition se retrouvait dans la loi ath√©nienne et dans la loi romaine.

      De jour, la mort du voleur est traitée comme meurtre ; mais y a-t-il peine de mort ? Cela n'est pas dit expressément, et peut-être ce cas rentre-t-il dans celui de l'homicide par imprudence (21.29-30).

      La punition sévère prescrite à la fin du verset 3 est considérablement adoucie par le fait que, d'après 21.2 le servage se réduisait à six ans de travaux forcés dans un bagne domestique.

      4

      Ce verset est la contrepartie du verset 2.

      5

      Verger. Le mot hébreu se traduit ordinairement par vigne ; mais il désigne en réalité tout espace clos planté d'arbres fruitiers, vigne ou autres.

      De ce qu'il a de mieux, ou plus exactement du bon  ; sans qu'il puisse alléguer que les produits broutés dans le champ du voisin étaient de qualité inférieure. Lors même, en effet, qu'il ne s'agit pas d'un tort volontaire, il y a eu cependant négligence coupable et prolongée.

      6

      Ici encore rien dans le texte ne suppose qu'il s'agisse d'un dommage volontaire. Un coup de vent peut √™tre survenu et avoir chass√© au loin le feu que quelqu'un faisait sur ses terres, pour br√Ľler les herbes, par exemple, afin de faire de l'engrais, etc.

      Avec cet article se terminent les lois relatives aux dommages caus√©s √† la propri√©t√© d'autrui. Les trois articles suivants se rapportent aux dommages qui peuvent arriver √† la chose d'autrui pendant le temps o√Ļ elle se trouvait avoir √©t√© confi√©e. Le premier se rapporte aux d√©p√īts d'argent ou de meubles¬†; le deuxi√®me √† des b√™tes donn√©es √† garder¬†; le troisi√®me √† des b√™tes pr√™t√©es ou lou√©es.

      7

      Meubles, au sens légal du mot, par opposition aux immeubles et aussi au bétail.

      8

      Devant Dieu : c'est-à-dire devant l'autorité qui le représente ; voir 21.6, note.

      Pour qu'on sache. Il y a ici une ellipse que l'on peut remplir aussi par les mots : pour jurer si...

      9

      Le verset 9 g√©n√©ralise ce qui vient d'√™tre dit par rapport aux d√©p√īts, en l'appliquant aux objets en litige, en g√©n√©ral, tels que les objets perdus.

      C'est bien celui-là, c'est-à-dire : je le reconnais, c'est le mien.

      10

      10 à 13 Sur le bétail donné en garde.

      Cette loi est plus s√©v√®re pour le d√©positaire que la pr√©c√©dente. En effet, la garde d'animaux exige des soins particuliers et des soins qui doivent √™tre r√©mun√©r√©s. Il n'en est pas de m√™me d'un d√©p√īt de meubles. Aussi notre jurisprudence distingue-t-elle entre le d√©p√īt √† titre gratuit et le d√©p√īt on√©reux. La jurisprudence rabbinique fait la m√™me distinction. Le d√©positaire √† titre gratuit n'est point responsable du d√©p√īt, sauf s'il l'a d√©rob√© ou employ√©¬†; mais le d√©positaire salari√© de b√™tes qui lui sont confi√©es, autrement dit le berger aux gages d'autrui, est dans la r√®gle responsable. Si une b√™te manque il doit en indemniser le propri√©taire, sauf les cas de force majeure √©num√©r√©s versets 10 √† 12 : accidents, mort, b√™tes f√©roces, brigands.

      11

      Le serment de l'Eternel. Cette belle expression ne se retrouve que deux fois dans la Bible : 2Samuel 21.7 ; 1Rois 2.43 ; comparez encore Ecclésiaste 8.2

      Mis la main sur... : s'il ne s'est point approprié...

      12

      Si on la lui a volée : il y a eu négligence de sa part.

      13

      Il en produira les restes, qui prouveront qu'il est accouru à temps encore pour chasser la bête fauve.

      14

      14 à 15 Sur la perte de bêtes empruntées ou prêtées.

      Dans le cas o√Ļ le propri√©taire est pr√©sent, il doit veiller lui-m√™me √† ce que l'usage fait de sa b√™te ne la mette pas en danger. C'est plus √©videmment le cas s'il l'avait simplement pr√™t√©e¬†; car il restait ainsi plus compl√®tement le ma√ģtre de son emploi.

      Dans le cas o√Ļ il l'avait lou√©e, le prix de location devait suffire pour le d√©dommager, puisqu'il avait autoris√© par sa pr√©sence ce qui avait eu lieu.

      16

      16 à 17 Cas de séduction.

      Cette loi ne se rattache aux précédentes que par l'idée générale d'abus de confiance à l'égard de la propriété d'autrui. Une fille non fiancée est le bien du père. Deutéronome 22.25-27 traite de la séduction d'une fiancée, cas qui était puni comme celui d'adultère. Le vrai parallèle du cas dont il s'agit ici se trouve Deutéronome 22.28-29

      Dans la loi israélite, la séduction est traitée non comme un cas criminel, mais comme un dommage qui doit être réparé (ce qui n'est pas le cas chez nous). Cette réparation est le mariage forcé, qui oblige l'époux, aussi bien que tout autre mariage, à payer un douaire au père de la fiancée. De plus, d'après le Deutéronome, le mariage est dans ce cas indissoluble, sans divorce possible. Si le mariage n'a pas lieu, ce qui ne petit arriver que par suite d'un refus formel du père (ou aussi de la fille, selon le Talmud), le séducteur n'en doit pas moins payer un douaire comme on le paie quand on épouse une vierge ; probablement cinquante pièces d'argent (comme Deutéronome 22.29).

      18

      18 à 31Quatrième groupe

      Jusqu'ici le Livre de l'alliance nous a présenté des prescriptions de nature juridique concernant la liberté, la vie et la propriété du prochain ; il s'agissait du droit du prochain sous ces différents rapports. Dès maintenant nous trouvons une série de préceptes religieux et moraux qui ne rentrent pas dans la sphère du droit naturel et qui interdisent tout ce qui pourrait troubler l'ordre de choses saint et équitable que Dieu veut voir régner au milieu de son peuple.

      Les trois premiers articles ont seuls une sanction humaine. Ils visent tous trois des actes dans lesquels l'homme prétend unir ce que Dieu a séparé.

      Sur la sorcellerie

      Magicienne. Ce mot est au f√©minin, parce que ce sont surtout les femmes qui exercent les arts occultes¬†; qu'on se rappelle les anciennes magiciennes (Circ√©, M√©d√©e)¬†; puis les sorci√®res du moyen-√Ęge, les tireuses de cartes et les somnambules de nos jours. Cependant la pratique de la magie est aussi condamn√©e L√©vitique 20.27 pour les deux sexes¬†; comparez surtout Deut√©ronome 18.9-12, o√Ļ les diverses esp√®ces de divination sont √©num√©r√©es. Sous toutes ses formes, la magie est un appel √† une puissance surnaturelle qui ne se subordonne point √† la volont√© divine¬†; c'est donc un acte de r√©bellion contre l'Eternel et, comme tel, un crime capital. Comparez les nombreux passages des proph√®tes sur ce sujet : Esa√Įe 8.19¬†; 19.3¬†; 44.25¬†; 47.12¬†; Mich√©e 5.12, etc.

      19

      Sur la bestialité

      Comparez Lévitique 18.23 ; 20.15 et suivants. Ce crime était assez fréquent chez les Egyptiens et les Cananéens. Comme le précédent, il dérange l'ordre que Dieu a établi dans l'univers et met l'homme dans une relation coupable avec des êtres auxquels il ne doit point se mêler, là avec les esprits invisibles, ici avec les animaux.

      20

      Sur le culte des dieux étrangers

      Anathème : consacré à l'Eternel pour être détruit (Lévitique 27.28). L'anathème est plus que la mort ; ce mot s'applique à une victime offerte à la colère divine.

      Dans ces trois défenses la peine capitale, qui était toujours la lapidation, est exprimée de trois manières différentes et avec une gravité croissante :

      1. Tu ne laisseras pas vivre.
      2. Devra être mis à mort.
      3. Sera détruit comme anathème.
      Il y a là comme trois degrés d'horreur croissante contre le crime commis.

      21

      Le respect pour l'étranger

      Autant il faut d√©tester les dieux des √©trangers (verset 20), autant il faut savoir respecter et prot√©ger l'√©tranger lui-m√™me¬†; comparez 23.9, o√Ļ le m√™me consid√©rant est reproduit d'une mani√®re encore plus pressante¬†; de m√™me L√©vitique 19.33-34 et Deut√©ronome 10.19. Dans ce dernier passage, il est dit que l'√©tranger doit √™tre aim√© comme un compatriote. Et il ne faudrait pas croire que cette prescription ne s'applique qu'aux pros√©lytes devenus membres du peuple. La comparaison avec l'√©tat d'Isra√ęl lui-m√™me quand il √©tait en Egypte, √©carte toute restriction de ce genre.

      22

      22 à 24 Respect pour la veuve et l'orphelin

      Comparez Deutéronome 10.18; voir aussi Deutéronome 14.29 la promesse faite à ceux qui accomplissent cette loi.

      Vous ne chagrinerez pas : Vous ne leur ferez point de tort, vous ne les traiterez pas durement, soit en ne faisant pas justice (Deut√©ronome 27.19¬†; Esa√Įe 1.23¬†; J√©r√©mie 5.28), soit en expropriant (Esa√Įe 10.2¬†; Mich√©e 2.9), soit en prenant en gage les v√™tements ou le b√©tail (Deut√©ronome 24.17¬†; Job 24.3), soit en r√©duisant en esclavage pour dettes (2Rois 4.1).

      Et je vous tuerai par l'√©p√©e. Le caract√®re de la punition est conforme √† celui du crime¬†; Dieu ne fera pas p√©rir par la peste ou la famine, qui frappent √©galement tous les membres du peuple, mais par la guerre (l'√©p√©e) qui ne frappe que les m√Ęles adultes, de telle sorte que vos propres femmes deviendront des veuves et vos fils des orphelins. C'est la loi du talion.

      25

      A quelqu'un de mon peuple, au pauvre. Il y a proprement : √† mon peuple, au pauvre, ou plus exactement encore : √† mes gens, les pauvres qui sont avec toi. Comme il n'y a gu√®re que les pauvres qui empruntent, le peuple dans ce cas-ci, ce sont bien les pauvres. Dans l'Ecriture, Dieu aime d'ailleurs √† nommer de ce beau titre : mon peuple, ceux de son peuple qui sont pauvres et opprim√©s (Psaumes 14.4¬†; Mich√©e 2.9). M√™me d√©fense L√©vitique 25.35-43. Dans Deut√©ronome 23.19 et suivants, la d√©fense de pr√™ter √† int√©r√™t est g√©n√©ralis√©e et √©tendue aux pr√™ts faits √† un Isra√©lite quelconque. Cette loi s'appliquait √† un milieu dans lequel le commerce de l'argent n'existait encore que dans une mesure restreinte. Il ne faut pas traduire : Tu n'agiras pas √† la fa√ßon de l'usurier¬†; car l'usure est d√©j√† en soi un d√©lit¬†; mais entendre simplement : Tu n'agiras pas envers ton fr√®re avec la rigueur d'un pr√™teur √† int√©r√™t. Tu ne feras pas de son besoin d'argent l'occasion d'une affaire, celle-ci n'e√Ľt-elle m√™me rien d'inique. Tu rendras ce service √† un fr√®re par humanit√©. Comparez Matthieu 5.42¬†; Luc 6.34. Ce n'est pas une question de jurisprudence.

      26

      Cette loi est également destinée à prévenir les inhumanités qui pourraient résulter du prêt sur gage. Elle est reproduite et complétée Deutéronome 24.6,10-13 ; voir encore sur les vêtements pris en gage Job 22.6 et Amos 2.8, et sur les gages en général Job 24.9 ; Ezéchiel 18.7

      Le manteau. C'√©tait une grande pi√®ce de drap carr√©e que l'on portait le jour sur la tunique et dans laquelle on s'enveloppait pour la nuit. L'ouvrier l'√ītait de jour pour le travail. L'en priver pour la nuit, c'√©tait une cruaut√©.

      Ces quatre préceptes touchants en faveur des faibles et des pauvres (versets 21, 22-24, 25, 26-27) font bien voir que nous ne sommes plus dans le domaine proprement juridique.

      28

      Sur le respect de Dieu et des autorités.

      De pair avec les devoirs envers les petits marchent les devoirs envers les grands.

      On traduit parfois : Tu n'injurieras point les juges. Peut-√™tre les juges sont-ils compris dans le mot Dieu (comparez 21.6¬†; 22.7-8). Cependant le respect pour les autorit√©s est plut√īt l'objet de la seconde partie du verset. C'est donc √† Dieu lui-m√™me, l'autorit√© supr√™me en Isra√ęl, que se rapporte la premi√®re proposition. Le respect pour Dieu est la base du respect pour les autorit√©s humaines. Comparez le fait racont√© L√©vitique 24.11 et suivants. Il s'agit ici d'un crime digne de mort comme les trois premiers de ce groupe.

      Un prince dans ton peuple. Cette expression est tr√®s g√©n√©rale, sans doute √† dessein et de mani√®re √† renfermer tout ce qui est √©lev√© en Isra√ęl par position et par dignit√©. Comparez 1Pierre 2.13

      29

      29 et 30 Sur les prémices

      Le respect pour le souverain implique le paiement de l'imp√īt. Or, l'imp√īt chez un peuple comme Isra√ęl, qui a Dieu pour souverain, ce sont les pr√©mices des productions de la terre pieusement offertes. Le texte dit litt√©ralement : Tu ne diff√©reras pas ta pl√©nitude et ce qui d√©coule. Ce qui signifie √©videmment : de m'offrir les pr√©mices des riches productions de ta terre et du produit de tes vignes.

      Les prémices sont de trois sortes : les premiers fruits du sol, les premiers-nés de l'homme et les premiers-nés des bestiaux ; comparez les prescriptions plus spéciales pour les fruits du sol Nombres 18.12 et suivants, et surtout Deutéronome 21.1-23, etc. ; pour les premiers-nés des bestiaux et des hommes Nombres 18.15 ; Deutéronome 15.19 et suivants, etc.

      Pour ces derniers, comparez ce qui avait d√©j√† √©t√© ordonn√© aussit√īt apr√®s la sortie d'Egypte, Exode 13.12 et suivants. L'id√©e qu'il p√Ľt s'agir d'un sacrifice proprement dit √† l'√©gard des premiers-n√©s des hommes est √©cart√©e par toute l'Ecriture. Il s'agit uniquement d'une cons√©cration sp√©ciale au service de l'Eternel dans le sanctuaire.

      Sept jours. Avant sept jours, les bêtes étaient considérées comme n'étant pas encore bonnes à manger et, pour cette raison, n'étaient pas propres non plus à être offertes en sacrifice (Lévitique 22.27). On trouve dans le rituel des Romains des prescriptions pareilles.

      31

      La relation de d√©pendance particuli√®re dans laquelle Isra√ęl se trouve vis-√†-vis de Dieu r√©clame de lui non seulement la cons√©cration de ses biens, dont le paiement des pr√©mices est le gage, mais encore l'abstention de tout ce qui est souill√©, par cons√©quent aussi d'aliments tels que la b√™te trouv√©e morte ou d√©chir√©e. Le motif de cette d√©fense et des d√©fenses semblables n'est pas hygi√©nique, mais religieux : il y a l√† un symbole de la saintet√© morale que devait poss√©der Isra√ęl. Ce qui le prouve, ce sont les premiers mots : des hommes saints, et le fait que d'apr√®s Deut√©ronome 14.21 de telles viandes pouvaient √™tre donn√©es ou vendues aux √©trangers. Pythagore commandait aussi √† ses disciples de s'abstenir de la chair des b√™tes d√©chir√©es et des b√™tes mortes.

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