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Hébreux 4

    • 1 Chapitre 4.

      1 à 14 La promesse du repose de Dieu subsiste. La Parole de Dieu.

      Poursuivant l'application du Psaumes 95, l'auteur veut, conform√©ment √† la grande pens√©e de toute son √©p√ģtre, montrer ici encore la sup√©riorit√© de la nouvelle √©conomie sur l'ancienne, et pr√©munir les chr√©tiens auxquels il s'adresse contre l'id√©e qu'il ne reste plus de promesse de repos, d√®s le moment o√Ļ l'ancien peuple l'avait perdue par son incr√©dulit√©.

      Nul ne doit penser (comparez pour ce sens du mot¬†: Luc 13.2,4) qu'il est venu trop tard, ou "rest√© en arri√®re" (d'autres traduisent ce verbe par "se priver de," comme H√©breux 12.15, ou par "manquer de," comme Matthieu 19.20¬†; Luc 22.35¬†; mais la suite du raisonnement recommande le sens que nous avons adopt√©)¬†: car nous avons une promesse bien plus glorieuse qu'elle ne pouvait √™tre faite √† Isra√ęl.

      Et pour justifier cette affirmation, clairement √©nonc√©e √† H√©breux 4.9,10,1'auteur se livre √† une suite de consid√©rations qui seront expliqu√©es dans les notes suivantes, autant du moins que l'on peut √™tre s√Ľr d'en avoir saisi le sens¬†; car dans ces versets r√®gne une concision qui les rend tr√®s difficiles √† comprendre.

      - Les anciennes versions faisaient de cette parole une menace √† l'adresse de ceux qui auraient √©t√© tent√©s d'abandonner la promesse et de s'en priver, comme les Isra√©lites. Tous les interpr√®tes modernes repoussent ce sens et adoptent une traduction qui ajoute √† l'avertissement contre l'incr√©dulit√© n√©e du d√©couragement une consolation pour ceux qui craindraient d'√™tre venus trop tard, alors que la promesse, faite √† Isra√ęl, subsiste, est encore laiss√©e pour eux.

      2 Grec : Car aussi nous avons été évangélisés aussi bien qu'eux.

      La promesse, la bonne nouvelle du repos de Dieu nous a été annoncée. Dés ces premiers mots, l'auteur n'a plus en vue seulement la promesse d'un repos temporel faite aux Israélites, mais la promesse du repos éternel de Dieu. (Hébreux 4.4, note.) Pourquoi leur est elle devenue inutile ? et comment pourrons-nous en recevoir les éternelles bénédictions ? La double réponse va suivre.

      Grec¬†: La parole de l'ou√Įe (la parole entendue, ou mieux encore, par un h√©bra√Įsme, la parole qu'on leur faisait entendre, la pr√©dication) n'√©tant pas m√™l√©e par la foi √† ceux qui l'entendirent, ou "m√™l√©e √† la foi en ceux qui l'entendirent."

      Ils entendirent de leurs oreilles seulement¬†; or, si elle ne trouve pas en l'homme la foi, la parole de Dieu m√™me et ses plus glorieuses promesses restent une lettre morte. (Marc 4.3-20,27¬†; Jacques 1.21) Le c√īt√© positif de la m√™me v√©rit√© se trouve √† H√©breux 4.3.

      - D'après une variante, adoptée par Lachmann, Westcott, Hort, et que présentent, il est vrai, tous les Majusc., sauf le Sin., il faudrait traduire : "Eux n'étant pas mêlés par la foi avec ceux qui l'entendirent," n'étant pas unis par la foi avec le petit nombre des croyants (Hébreux 4.6)

      Mais l'histoire ne mentionne pas parmi les Isra√©lites dans le d√©sert une minorit√© croyante. Pour cette raison, M. Weiss d√©clare cette le√ßon ex√©g√©tiquement inadmissible. M. Schlatter, qui l'adopte, pense que ceux qui l'entendirent sont, non les membres fid√®les du peuple dans le d√©sert, mais soit les patriarches, soit Mo√Įse.

      3 Nous entrons dans le repos, nous qui avons cru ; notre destinée est différente de celle des Israélites, rappelée à Hébreux 4.2, parce qu'on n'entre dans le repos de Dieu que par la foi. Pour preuve l'auteur cite encore une fois la parole de Psaumes 95, qui exclut de ce repos les Israélites qui se sont obstinés dans leur incrédulité. De leur exclusion même, on peut conclure à l'admission des chrétiens qui ont cru.

      La doctrine du salut par la foi seule est enseignée dans d'innombrables déclarations de la Parole de Dieu, qui excluent tout autre moyen d'y parvenir. Cet enseignement est confirmé par les redoutables jugements prononcés contre l'incrédulité, qui est présentée comme la révolte de la créature contre le Créateur, le mépris de la miséricorde divine.

      Les Ňďuvres sont les Ňďuvres de Dieu. Cette r√©flexion a pour but de montrer que le repos de Dieu n'√©tait pas seulement, dans la promesse faite √† Isra√ęl, le s√©jour en Canaan, mais le repos √©ternel dans la communion de Dieu, le repos, par cons√©quent, s'offrait d√©j√† aux croyants, lorsque l'Eternel dut en exclure les Isra√©lites incr√©dules.

      "On n'entre dans le repos de Dieu que par la foi, selon que Dieu a dit¬†: J'ai jur√© en ma col√®re.. (parole qui exclut l'incr√©dulit√©)¬†; et il a dit cela, quoique, √† ce moment, ses Ňďuvres fussent faites, achev√©es, depuis la fondation du monde, et que par cons√©quent le repos √©ternel que Dieu avait destin√© √† l'homme exist√Ęt d√©j√†¬†; (voir H√©breux 4.4, note) preuve trop √©vidente que, de tout temps, ceux qui n'ont pas cru ne sont point entr√©s dans ce repos."

      La dernière proposition de Hébreux 4.3 est expliquée et rendue intelligible par Hébreux 4.4.

      4 "Il a parl√©," c'est-√†-dire Dieu. La parole de la Gen√®se que l'auteur cite (Gen√®se 2.2) et qu'il rapproche de celle du Psaumes 95, avait √† ses yeux une profonde signification. Il y est question du repos de Dieu¬†; or Dieu n'a jamais besoin de repos. L'Ecriture exprime dans ce langage figur√© le plaisir, la joie souveraine que le Cr√©ateur trouva dans la contemplation de l'Ňďuvre qu'il avait appel√©e √† l'existence librement et par amour.

      La même pensée est exprimée dans cette autre parole : "Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici, cela était très bon." (Genèse 1.31) Mais cette félicité dont Dieu est la source, et en vue de laquelle il avait résolu de créer des êtres intelligents et aimant, tout ce bonheur, Dieu voulait y faire participer l'homme, sa créature de prédilection, le roi de l'univers.

      L'homme devait partager le repos de Dieu, trouver son bonheur en Dieu, tout en accomplissant ici-bas sa destination. Voil√† pourquoi, imm√©diatement apr√®s la parole cit√©e ici par l'auteur, nous trouvons dans la Gen√®se celle-ci¬†: "Et Dieu b√©nit le septi√®me jour et le sanctifia¬†;" il le b√©nit pour l'homme, le sanctifia pour l'homme, "parce qu'en ce jour-l√† il s'√©tait repos√© de toute son Ňďuvre qu'il avait cr√©√©e." Par l√† m√™me il invitait l'homme √† partager ce repos.

      Le septi√®me jour lui offrait √† la fois l'image et la r√©alit√© du repos en Dieu. L'homme fut exclu de ce repos par le p√©ch√©¬†; mais aussit√īt apr√®s intervint, avec le ch√Ętiment, la promesse d'une r√©int√©gration de l'homme dans le repos de Dieu.

      Cette promesse, Dieu en donna √† son peuple divers symboles, soit dans la cons√©cration nouvelle du septi√®me jour par la loi, soit dans le repos offert √Ę Isra√ęl en Canaan apr√®s les longues fatigues du d√©sert¬†; (H√©breux 4.8) mais toujours ce peuple s'en priva par son incr√©dulit√©, et la vraie restauration du repos de Dieu n'eut lieu que par le Fils de Dieu, qui "en a fait annoncer la bonne nouvelle" (H√©breux 4.2) aux enfants d'Abraham selon la foi¬†; et c'est pourquoi ceuxci c√©l√®brent leur repos au jour de sa victoire (au premier et non au septi√®me de la semaine), y trouvant symbolis√©e la promesse du vrai repos pour les temps o√Ļ ils auront "achev√© leur Ňďuvre." (H√©breux 4.10)

      Or, il est bien √©vident qu'on n'entre dans un tel repos que par la foi, qui est le lien vivant de la r√©conciliation et de la communion de l'homme avec Dieu. Cette gr√Ęce infinie Isra√ęl s'en √©tait priv√© quoiqu'elle lui e√Ľt √©t√© offerte d√®s l'origine et de tant de mani√®res¬†; par son incr√©dulit√©, il for√ßa Dieu √† jurer dans sa col√®re¬†: "Ils n'entreront point dans mon repos¬†!" L'auteur est si p√©n√©tr√© de cette parole redoutable qu'il la rappelle encore au verset suivant, (H√©breux 4.5) en l'appliquant toujours √† ce m√™me repos de Dieu dont il parle.

      7 L'auteur tire dans Hébreux 4.6-10 la conclusion ce qui précède.

      Puisqu'il est laiss√© √† quelques-uns d'entrer dans le repos de Dieu, (comparez H√©breux 4.2,9) c'est √† dire √† tous ceux qui croient, et que, gr√Ęce √† la mis√©ricorde de Dieu, la d√©sob√©issance ou l'incr√©dulit√© (H√©breux 3.18) de ceux √† qui la bonne nouvelle avait d'abord √©t√© annonc√©e n'a point an√©anti cette promesse, (H√©breux 4.6) Dieu d√©termine de nouveau, m√™me au temps de David, si longtemps apr√®s l'√©poque de la r√©volte de son peuple, un jour, un jour de gr√Ęce, qui s'appelle aujourd'hui, pour exhorter encore tous ceux qui entendraient la voix de Dieu √† ne pas endurcir leur cŇďur.

      Ils n'avaient aucun pr√©texte de s'obstiner dans leur endurcissement, puisque, malgr√© leur ingratitude, Dieu leur maintenait la promesse et les attendait encore pour leur faire gr√Ęce.

      - "Disant dans le livre de David" (grec dans David), signifie : dans le livre des Psaumes. Il est évident que l'auteur appliquait indirectement la parole du Psaume à ses lecteurs, pour qui elle devait avoir infiniment plus de force encore que pour les Juifs du temps de David, puisque eux, chrétiens, avaient vu l'entier accomplissement de la promesse.

      9 Le verset Hébreux 4.8 prouve par un fait (car) la vérité de Hébreux 4.7, et en même temps il est encore un argument pour arriver à la grande conclusion de Hébreux 4.9,10.

      M√™me pour ceux qui entr√®rent en Canaan sous Josu√©, le repos qui leur fut donn√© ainsi ne pouvait √™tre qu'une tr√®s imparfaite image du vrai repos, car sans cela comment, au temps de David, e√Ľt il √©t√© encore question d'un autre repos¬†? Il reste donc un repos de sabbat (Grec¬†: un sabbatisme) pour le peuple de Dieu, consolante v√©rit√© que l'auteur a exprim√©e des versets H√©breux 4.1,2, et qu'il a √©tablie pour ses lecteurs port√©s a en douter parce qu'ils √©taient √©branl√©s dans leur foi. Et quel est l'enfant de Dieu qui n'en ait parfois dout√©, se demandant avec angoisse, s'il y entrerait jamais¬†!

      - Le mot dont se sert ici l'auteur pour exprimer ce repos, sabbatisme ou c√©l√©bration du sabbat, ne se trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament. Le verbe d'o√Ļ il d√©rive est employ√© par les Septante dans Exode 16.30.

      10 Ces paroles confirment (car) et développent, en l'appliquant à chaque enfant de Dieu, la consolante vérité exprimée au Hébreux 4.9.

      Quand il est entr√© dans son repos, dans ce repos de Dieu, destin√© √† l'homme d√®s la fondation du monde, perdu par le p√©ch√© et recouvr√© par la gr√Ęce de Dieu dans la r√©demption de J√©sus-Christ, (comparez Apocalypse 14.13) chaque croyant c√©l√®bre le sabbat parfait, √©ternel¬†; il se repose, lui aussi, de ses Ňďuvres, comme Dieu se repose des siennes, non dans l'oisivet√© et l'inaction de la mort, mais dans une activit√© exempte des st√©riles agitations de ce monde, calme, puissante comme celle que Dieu ne cesse d'exercer pour la conservation de son Ňďuvre. (Psaumes 121.4¬†; Jean 5.17 et suivants)

      - Quelques ex√©g√®tes ont appliqu√© notre verset √† J√©sus-Christ, entr√© dans son repos apr√®s l'ach√®vement de son Ňďuvre. Ils pensent que l'auteur pouvait √™tre conduit √† cette id√©e par un contraste avec Josu√© (en grec J√©sus, H√©breux 4.8), qui n'a pas pu, lui, introduire dans son vrai repos le peuple de Dieu. Cette explication, peu fond√©e dans le contexte, est rejet√©e par les interpr√®tes modernes.

      11 L'auteur a prouv√© jusqu'ici qu'il reste un repos aux croyants, au vrai peuple de Dieu. (H√©breux 4.2-10) Maintenant, en terminant par une s√©rieuse exhortation √† entrer dans ce repos, (H√©breux 4.11) il montre mieux encore qu'il entend ce repos en un sens tout spirituel¬†: c'est la communion vivante avec Dieu, dans laquelle l'√Ęme trouve la paix d√©j√† ici-bas et pour l'√©ternit√©.

      - Les derniers mots du verset sont diversement interpr√©t√©s. Le texte porte litt√©ralement¬†: afin que nul ne tombe dans le m√™me exemple de d√©sob√©issance ou d'incr√©dulit√©. La Vulgate, Luther et plusieurs modernes traduisent¬†: "ne tombe dans l'incr√©dulit√©¬†;" mais il est plus conforme au grec de prendre le verbe dans son sens absolu¬†: "ne vienne √† tomber, √† se perdre." Le compl√©ment¬†: "dans le m√™me exemple d'incr√©dulit√©" est entendu de deux mani√®res¬†: "en donnant le m√™me exemple," ou¬†: "en imitant cet exemple, entra√ģn√© par lui." Cette derni√®re traduction nous para√ģt la plus exacte.

      L'auteur veut dire¬†: prenons garde, tandis que l'exemple de nos p√®res nous avertit, que quelqu'un ne vienne √† se perdre comme eux. Il indique ainsi encore une fois pourquoi il s'est arr√™t√© √† ces traits de l'histoire d'Isra√ęl, qu'il a √©t√© conduit √† rappeler d√®s le chapitre pr√©c√©dent par sa citation de Psaumes 95.

      Dans tout ce morceau l'auteur emploie les mots de désobéissance et d'incrédulité comme entièrement synonymes. (Hébreux 3.18,19 ; 4.6 ; comp Hébreux 3.12,18, notes.)

      12 L'auteur présente cette description de la parole de Dieu comme un motif de suivre l'exhortation qui précède (car).

      Il vient d'appliquer √† ses lecteurs plusieurs versets d'un Psaume, qui montraient par des faits que la parole de Dieu, menace aussi bien que promesse, s'accomplit. Il a senti lui-m√™me la puissance divine de l'avertissement donn√© par le psalmiste de ne pas endurcir son cŇďur √† la voix de Dieu. Cette puissance est celle de toute parole de Dieu, qu'elle ait √©t√© prononc√©e sous l'ancienne Alliance par les proph√®tes ou le soit sous la nouvelle par J√©sus Christ et ses ap√ītres. Quel motif de nous empresser d'entrer dans ce repos de Dieu qu'elle nous annonce encore¬†! (H√©breux 4.11)

      Cette description de la parole de Dieu sert ainsi de conclusion √† toute la premi√®re partie de l'√©p√ģtre. (H√©breux 4.13)

      - La parole de Dieu est vivante et efficace, ou √©nergique¬†; vivante comme le "Dieu vivant" (H√©breux 3.12) dont elle proc√®de, comme son Esprit qui agit par elle, et qui par elle cr√©e la vie dans les √Ęmes¬†; c'est par elle qu'il a appel√© √† l'existence les choses qui n'√©taient pas¬†; (H√©breux 1.3) efficace, au point que jamais elle ne s'adresse en vain √† aucun homme, mais op√®re en chacun, soit la repentance et le salut, soit la r√©sistance et la condamnation, "odeur de vie pour la vie, ou odeur de mort pour la mort." (2Corinthiens 2.16)

      Grec¬†: Plus ac√©r√©e que toute √©p√©e √† deux bouches, selon l'image h√©bra√Įque d'apr√®s laquelle l'√©p√©e d√©vore. (Psaumes 149.5¬†; Proverbes 5.4¬†; Esa√Įe 49.2¬†; Apocalypse 1.16 comp J√©r√©mie 12.12)

      La Parole perce cette cuirasse d'illusions, d'orgueil, de subterfuges, d'√©go√Įsme, de mensonge dont l'homme s'enveloppe devant Dieu. (Comparer Matthieu 7.28¬†; Actes 2.37)

      Grec¬†: Jusqu'au partage d'√Ęme et d'esprit, de jointures et mŇďlles. Elle p√©n√®tre tellement tout l'int√©rieur de l'homme, qu'elle parvient jusqu'au fond de l'√Ęme, si√®ge des affections, de l'esprit o√Ļ r√©sident les facult√©s intellectuelles¬†; ou pour user d'une figure de langage, elle p√©n√®tre jusque dans les parties les plus fortement li√©es du corps, les jointures, jusqu'√† ses parties les plus cach√©es, les mŇďlles¬†: ainsi la Parole atteint les derni√®res profondeurs de l'homme, et elle y produit une action qui est indiqu√©e dans les mots suivants.

      Le substantif partage nous para√ģt d√©signer l'action exprim√©e par le verbe d'o√Ļ il d√©rive et qui signifie¬†: partager, diviser (secondairement¬†: distribuer, d'o√Ļ le sens de r√©partition dans H√©breux 2.4). Beaucoup d'interpr√®tes le traduisent par "limite o√Ļ se s√©parent." Mais il a plut√īt le sens actif, et ce sens convient mieux √† notre passage.

      Plusieurs commentateurs, estimant que, si l'on peut, √† la rigueur, parler d'une limite ou d'une s√©paration √† op√©rer entre l'√Ęme et l'esprit, on ne saurait en concevoir entre les jointures et les mŇďlles, sous-entendent un second jusqu'√† devant les mots jointures et mŇďlles. Ils traduisent¬†: "jusqu'√† la limite de l'√Ęme et de l'esprit, jusqu'aux jointures et aux mŇďlles." Mais on peut admettre qu'√† l'id√©e pr√©cise de limite s'est substitu√©e celle de point central, ou, si l'on donne au substantif employ√© par l'auteur le sens actif, on peut supposer qu'il d√©signait seulement, dans sa pens√©e, l'action de la parole qui p√©n√®tre dans les parties les plus secr√®tes.

      Voilà proprement le but de l'action pénétrante de la Parole : elle exerce en l'homme, dès ici-bas, le jugement de Dieu ; elle porte la lumière dans sa conscience ; elle condamne et absout, elle tue et donne la vie. (Comparer Jean 3.18,19 ; 5.45 ; 9.39 ; 12.48)

      Il n'est pas tr√®s facile d'√©tablir la nuance qui distingue les pens√©es des r√©flexions. Les deux mots signifient pens√©es dans le Nouveau Testament. Le premier se lit Matthieu 9.4¬†; 12.25¬†; Actes 17.29¬†; il tiendrait plut√īt du sentiment et de la volont√©. Le second se trouve dans 1Pierre 4.1¬†; il rel√®verait plut√īt de l'intelligence et d√©signerait le jugement port√© par la raison ou le dessein arr√™t√© par elle.

      13 La description de la Parole de Dieu est achevée. L'auteur s'élève à Dieu lui même.

      C'est bien ainsi en effet que la Parole am√®ne l'√Ęme devant Dieu, o√Ļ elle se trouve nue, d√©couverte, d√©pouill√©e de tout, se jugeant elle-m√™me comme Dieu la juge.

      Ce Jugement de Dieu, auquel nul ne peut √©chapper, est un nouveau motif √† l'appui de l'exhortation de H√©breux 4.11¬†; car c'est pour nous amener √† son repos que Dieu agit ainsi, et s'il y a r√©sistance finale de la part de l'homme, le jugement int√©rieur par lequel Dieu voulait sauver l'√Ęme se transforme en condamnation √©ternelle.

      La plupart des versions portent : "Aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte." Il est plus conforme au grec de traduire : découvertes à ses yeux ; c'est à lui que nous devons rendre compte, ou, suivant une autre interprétation : "que nous avons affaire."

      Cette dernière proposition renferme, en grec, un jeu de mots : le mot que nous traduisons par compte à rendre est le même que le mot parole.

      Si nous n'obéissons pas quand Dieu nous parle, c'est nous qui aurons à parler à Dieu, quand il s'agira de nous justifier devant son tribunal.

      14 JESUS, NOTRE SOUVERAIN SACRIFICATEUR, SELON L'ORDRE DE MELCHISEDEK 4 :14 à 7 :28

      14 à 16 Le Fils de Dieu, tenté comme nous, nous permet de nous approcher de Dieu.

      C'est, comme √† H√©breux 3.1, par une exhortation que l'auteur aborde un sujet nouveau qu'il a d√©j√† touch√© en passant, (H√©breux 2.17,18) mais qu'il va traiter avec beaucoup de d√©veloppements dans les chapitres suivants¬†: J√©sus le souverain Sacrificateur de la nouvelle Alliance. (Voir H√©breux 5.1, 1re note et l'analyse de l'√©p√ģtre √† la fin de l'introduction.)

      La foi en Jésus-Christ spécialement envisagé comme un grand souverain Sacrificateur est tout ce qu'il y a de plus propre à affermir le chrétien dans sa profession. (Hébreux 3.1, note.) Il doit en effet retenir celle-ci comme un objet précieux que tous les ennemis de son salut tentent sans cesse de lui arracher. (Comparer 2Thessaloniciens 2.15 ; Apocalypse 2.25 ; 3.5)

      - L'expression qui a traversé les cieux présente, sous forme d'image, une grande réalité.

      Les cieux, le monde des esprits parvenus à la perfection, étaient symbolisés dans le temple de Jérusalem par le lieu saint, accessible aux seuls sacrificateurs.

      Le tr√īne de Dieu, sa pr√©sence imm√©diate, avait son symbole dans le lieu tr√®s saint, o√Ļ le seul souverain sacrificateur entrait une fois l'ann√©e avec le sang d'une victime qu'il r√©pandait sur le propitiatoire. (L√©vitique 16) Or Christ, comme souverain Sacrificateur, n'est pas seulement entr√© dans le lieu saint, il l'a travers√© et a p√©n√©tr√© jusqu'au lieu tr√®s saint. C'est-√†-dire qu'il n'est pas seulement entr√© dans les cieux, il n'a pas seulement √©t√© √©lev√© au rang des justes parfaits et des anges de Dieu, mais il a travers√© les cieux et s'est assis √† la droite de la Majest√© divine, rev√™tu luim√™me de cette Majest√©. (H√©breux 1.3)

      Le fait d√©sign√© par cette expression n'est pas seulement celui de la royaut√© de J√©sus-Christ qui ram√®ne l'homme sauv√© sous la d√©pendance de Dieu, apr√®s avoir d√©truit par l'Ňďuvre de la r√©demption tous les ennemis de notre salut. (1Corinthiens 15.25-28)

      Dans notre √©p√ģtre, c'est surtout en sa qualit√© de souverain Sacrificateur que J√©sus-Christ nous est repr√©sent√© comme "√©lev√© au-dessus des cieux." (H√©breux 7.26)

      Ce que le souverain sacrificateur isra√©lite faisait en figure, lorsqu'il traversait le lieu saint et entrait dans le lieu tr√®s saint avec le sang de propitiation pour les p√©ch√©s du peuple, J√©sus le fait en r√©alit√©. En √ītant le p√©ch√©, cause perp√©tuelle de s√©paration entre l'homme et Dieu, il r√©tablit une communion intime et vivante entre le Dieu r√©concili√© et l'√Ęme sauv√©e, qui a d√©sormais en lui une filiale confiance.

      De là les précieuses paroles d'encouragement adressées aux plus craintifs, aux plus éprouvés, dans les deux versets qui suivent. Au reste, notre auteur reviendra avec plus de développements sur cette grande pensée. Christ accomplissant sa souveraine sacrificature dans les cieux. (Voir entre autres Hébreux 9.11-24)

      15 Comparer Hébreux 2.17,18, note.

      - Ce verset contient un enseignement de la plus haute importance sur la nature humaine de Jésus.

      En voici d'abord la traduction littérale : Car nous n'avons pas un souverain Sacrificateur qui ne puisse sympathiser à (souffrir avec) nos faiblesses, mais un sacrificateur qui a été tenté selon toutes choses à notre ressemblance, excepté péché.

      Tel est le touchant motif (car) que l'auteur donne aux disciples de J√©sus de rester fid√®lement attach√©s √† la foi qu'ils professent H√©breux 4.14), et sur lequel il fonde (donc, H√©breux 4.16 l'invitation qu'il leur adresse de s'approcher sans crainte du tr√īne de Dieu.

      Les faiblesses, soit physiques, soit morales qui sont ins√©parables de notre condition de p√©cheurs, et que nous pouvons appeler nos maladies (le mot grec a ce sens Matthieu 9.12), ces infirmit√©s, J√©sus en conna√ģt l'amertume, il sait de quel poids elles p√®sent sur nos √Ęmes, car il a √©t√© tent√© ou √©prouv√© (le m√™me mot grec exprime cette double id√©e) √† notre ressemblance, (comparez Romains 8.3, note) le p√©ch√© except√©, c'est-√†-dire que les tentations auxquelles il fut soumis ont √©t√© semblables aux n√ītres en tous points, √† une exception pr√®s¬†: il n'y e√Ľt jamais rien d'impur et de corrompu en lui¬†; il ne put donc √™tre tent√© par ses propres pens√©es et par les convoitises de son cŇďur.

      Telle est la ressemblance et la différence que l'auteur retrace avec soin entre Christ et nous : nous sommes tentés par les suggestions mauvaises qui nous viennent du dehors et par le péché qui est en nous, Christ a été tenté d'une manière semblable, le péché excepté.

      Etranger √† la convoitise qui fait la puissance du p√©ch√© dans la chair, J√©sus ne pouvait √©prouver la tentation que du dehors. Mais comme il portait en lui toutes les infirmit√©s innocentes de notre nature, comme il souffrit la faim, la soif, la fatigue, la douleur physique et morale dont son corps et son √Ęme furent souvent bris√©s¬†; comme enfin il respirait l'atmosph√®re souill√©e de ce monde de p√©ch√©, il √©tait accessible √† la tentation¬†; (Matthieu 4.1-11, notes) la possibilit√© de p√©cher existait pour lui¬†; Il dut passer par l'√©preuve et le combat, mais il s'y montra toujours ob√©issant et toujours victorieux¬†; (H√©breux 2.17,18¬†; 7.26¬†; 2Corinthiens 5.21¬†; 1Jean 3.5¬†; 1Pierre 2.22) et il fut ainsi "consomm√©¬†:" il parvint comme homme √† cet √©tat o√Ļ le mal n'existe plus (Comparer H√©breux 5.9)

      D'autres interpr√®tes traduisent¬†: "il fut tent√© comme nous en toutes choses, sans commettre de p√©ch√©." L'auteur exprimerait non le caract√®re, mais le r√©sultat des tentations auxquelles J√©sus fut expos√©. Cette pens√©e est √©trang√®re au contexte¬†: pour nous montrer en J√©sus "un souverain sacrificateur qui peut compatir √† nos faiblesses," l'auteur devait insister sur le fait qu'il avait subi une √©preuve semblable √† la n√ītre. Il n'avait aucun int√©r√™t √† mentionner le r√©sultat de cette √©preuve. Au contraire, il aurait, en le relevant, affaibli l'impression qu'il d√©sirait produire, puisque la victoire constamment remport√©e par J√©sus le place infiniment au-dessus de nous et que cette sup√©riorit√© qui est la sienne pourrait nous faire douter de sa compassion. D'ailleurs, si l'intention de l'auteur avait √©t√© de marquer le r√©sultat des tentations que J√©sus a √©prouv√©es comme nous, il aurait mis un mais avant les mots¬†: sans p√©ch√©s.

      16 Le tr√īne de la Majest√© divine appara√ģt √† l'homme qui a conscience du p√©ch√©, comme le tr√īne de la justice¬†; mais il devient le tr√īne de la gr√Ęce pour toute √Ęme r√©concili√©e avec Dieu par Celui qui interc√®de en sa faveur (H√©breux 4.14, note¬†; H√©breux 1.3,8¬†; 2.9) et qui a compassion de ses infirmit√©s. (H√©breux 4.15, note.)

      Obtenir mis√©ricorde et trouver gr√Ęce sont des expressions √† peu pr√®s synonymes, mais que l'auteur emploie √† dessein pour nous inspirer d'autant plus de confiance en cette mis√©ricorde, (H√©breux 2.17) en cette gr√Ęce, source d'un secours que Dieu envoie toujours dans le temps o√Ļ nous en avons le plus grand besoin. (1Corinthiens 10.13)

      Le secours opportun peut signifier aussi un secours reçu à temps, avant qu'il soit trop tard.

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