Luc 22

    • 1 Les souffrances et la mort de J√©sus.

      Le complot contre Jésus.

      Chapitre 21.

      1 à 6 La trahison de Judas.

      Voir Matthieu 26.1-5, notes, et Marc 14.1,2, notes.

      Luc se borne √† dire que la P√Ęque approchait¬†; Matthieu et Marc indiquent d'une mani√®re plus pr√©cise que cette f√™te allait avoir lieu "dans deux jours."

      Quant √† la date du jour o√Ļ J√©sus c√©l√©bra la P√Ęque, l'√©vangile de Jean indique le 13 nisan, tandis que les synoptiques paraissent la fixer au 14 nisan.

      Voir, sur cette question difficile, Jean 13.1, note.

      2 Matthieu (Matthieu 26.3-5, notes) nous dit, avec plus de détails, quelle était la perplexité des chefs de la théocratie.

      Déjà ils avaient résolu dans un conseil solennel de faire mourir Jésus ; (Jean 11.47 et suivants) mais ils cherchaient de quelle manière ils le feraient mourir (grec le comment) à cause de la crainte qu'ils avaient du peuple, empressé à écouter le Sauveur, (Luc 21.38) et parmi lequel Jésus avait une foule d'adhérents.

      Ils craignaient qu'il ne se fit quelque sédition parmi les foules immenses qui remplissaient la ville à ce moment. L'autorité romaine serait alors intervenue et aurait fait avorter leurs desseins. Il fallait donc éviter de les exécuter pendant la fête ; mais l'offre de Judas (verset 3) les amena à se départir de ces prudentes résolutions et vint accomplir les desseins de Dieu.

      3 Voir Matthieu 26.14-16, notes, et Marc 14.10,11.

      Outre les causes morales du crime de Judas, l'avarice et la haine, Luc et Jean s'accordent √† l'attribuer √† l'influence de Satan. Ce dernier √©vang√©liste marque m√™me une gradation dans cette influence en disant (Jean 13.2) que Satan lui avait "mis au cŇďur" de trahir J√©sus, et en ajoutant (Jean 13.27) qu'au dernier moment Satan entra en lui.

      Cette expression, dans laquelle se rencontrent les deux évangélistes, signifie que Satan finit par vaincre les derniers scrupules du disciple et déterminer sa résolution. Telle est l'histoire de toutes les chutes.

      Le Sauveur lui-m√™me voit une Ňďuvre de la "puissance des t√©n√®bres" dans le crime individuel et national que son peuple allait commettre. (verset 53)

      - Les mots ajout√©s au nom de Judas¬†: qui √©tait du nombre des douze ap√ītres, rel√®vent le contraste tragique entre la vocation et l'action de cet homme.

      4 C'est-√†-dire que Judas, prenant l'initiative de sa trahison, alla offrir aux chefs du peuple de leur livrer son Ma√ģtre. (Matthieu 26.15, note.) Puis il y eut entre eux et lui une convention mutuelle. (vers. 5.)

      - Les officiers étaient les commandants de la garde du temple. (Luc 22.52 ; Actes 4.1) Ils assistaient à ce conciliabule, parce qu'ils devaient opérer l'arrestation de Jésus.

      7 Dernière soirée de Jésus avec ses disciples.

      7 √† 23 La P√Ęque et la C√®ne.

      Voir, sur ce récit, Matthieu 26.17-29, notes, et Marc 14.12-25, notes.

      Luc est plus pr√©cis encore que les deux premiers √©vang√©listes sur ce jour qui arriva, auquel il fallait (selon la loi) immoler la P√Ęque. Evidemment il d√©signe ainsi le 14 du mois de nisan. Seulement, comme chez les Juifs un jour de sabbat ou de f√™te commen√ßait la veille √† six heures du soir, au coucher du soleil, et durait toute la nuit et le lendemain, on a suppos√© qu'il pouvait s'agir ici de la veille du 14, c'est-√†-dire le 13 au soir.

      Cette question est importante dans la recherche d'une harmonie entre les synoptiques et saint Jean. (Voir Jean 13.1, note ; Marc 15.21, note.)

      9 D'apr√®s Matthieu et Marc, ce sont les disciples qui prennent l'initiative en demandant √† J√©sus¬†: "O√Ļ veux-tu que nous te pr√©parions le repas de la P√Ęque¬†?"

      - Luc seul nomme Pierre et Jean. Il importait à Jésus d'envoyer les deux disciples en qui il avait le plus de confiance. (Voir la note suivante.)

      10 Le myst√®re dont J√©sus entoure leur mission s'explique par les dangers de la situation o√Ļ il se trouvait. (Voir Marc 14.15, note.)
      13 Cette pr√©paration consistait √† se procurer avant le soir tout ce qui, selon la loi, √©tait n√©cessaire pour le repas de la P√Ęque¬†: un agneau r√īti, des herbes am√®res, du vin, etc.
      14 L'heure, celle que Jésus avait fixée à ses disciples et qui était l'heure ordinaire du repas pascal.

      - Le texte re√ßu porte¬†: les douze ap√ītres¬†; le mot soulign√© est emprunt√© √† Matthieu et Marc, qui disent simplement¬†: avec les douze.

      Les √©vang√©listes insistent sur le fait que J√©sus c√©l√©bra la P√Ęque et la c√®ne avec les ap√ītres seuls.

      15 Grec¬†: J'ai d√©sir√© avec d√©sir¬†: locution par laquelle les Septante rendent souvent un h√©bra√Įsme destin√© √† marquer l'intensit√© de l'action ou du sentiment. Comparer les expressions similaires¬†: se r√©jouir avec joie¬†; (Jean 3.29) menacer avec menace. (Actes 4.17, etc.)

      Qu'est-ce qui inspirait au Sauveur cet ardent désir ? C était son amour pour les siens, pour notre humanité que ses souffrances allaient sauver, pour Dieu son Père que la rédemption du monde devait glorifier.

      J√©sus s'oublie, se sacrifie enti√®rement lui-m√™me. Il n'avait qu'une crainte¬†: c'est qu'au milieu des emb√Ľches de ses ennemis, il ne p√Ľt c√©l√©brer avec les siens la P√Ęque et instituer la c√®ne.

      Les mots : avant que je souffre trahissent ce sentiment délicat et profond. Luc seul nous a conservé cette parole.

      16 Voir, sur le sens de ces paroles et du Luc 22.18,Matthieu 26.29, note.

      D'apr√®s Matthieu et Marc, J√©sus aurait exprim√© cette pens√©e profonde, non en c√©l√©brant la P√Ęque, mais apr√®s avoir institu√© la c√®ne, ce qui parait plus naturel.

      Mais, au fond, comme J√©sus envisageait ces deux institutions dans leur sens spirituel le plus √©lev√©, elles pouvaient se confondre dans sa pens√©e. N'allait-il pas substituer √† l'agneau pascal "l'Agneau de Dieu qui √īte le p√©ch√© du monde," et qui est le vrai objet de la c√®ne¬†?

      17 Grec¬†: ayant re√ßu, accept√©, une coupe (qu'on lui pr√©sentait), non la coupe, comme disent nos versions ordinaires, mais l'une des coupes qui servaient an repas de la P√Ęque, et qui circulaient plusieurs fois pendant ce repas. (Matthieu 26.16, 1e note.)

      Ce n'est qu'à verset 20 que Jésus donne la coupe de la cène.

      18 Ces deux expressions¬†: accomplie dans le royaume de Dieu (verset 16) et le royaume de Dieu venu, sont synonymes¬†; elles indiquent l'√©tat de perfection o√Ļ les symboles auront fait place aux r√©alit√©s √©ternelles.

      On peut conclure de ces paroles "je ne boirai plus désormais (grec dès maintenant) du produit de la vigne" que Jésus n'a pas bu de la coupe de la cène. (verset 20)

      Matthieu, qui place cette parole après l'institution de la cène, affirmerait au contraire la participation de Jésus à la coupe ; mais c'est peut-être presser un peu trop les termes du premier évangile.

      19 Voir, sur l'institution de la cène, Matthieu 26.26-28, notes, et Marc 14.22-25, notes.

      Les deux premiers évangiles disent simplement : ceci est mon corps ; les mots : qui est donné pour vous, sont particuliers à Luc, dont la relation est conforme à celle de Paul, (1Corinthiens 11.24) sauf qu'elle substitue le mot donné à celui de rompu.

      Ce dernier terme correspondait exactement à l'action symbolique que Jésus accomplissait alors en rompant le pain ; et il annonçait que le corps du Sauveur allait être brisé dans les souffrances et la mort. L'expression de Luc revient au même : donné pour vous, signifie livré à la mort, ainsi que l'indiquent clairement le contexte et la situation. (Comparer Galates 1.4 ; 1Timothée 2.6 ; 2.14)

      Ces dernières paroles, omises par Matthieu et Marc, sont aussi rapportées par Paul, qui les répète deux fois, en ajoutant, au sujet de la coupe : toutes les fois que vous en boirez.

      Par l√† il devient √©vident que J√©sus n'entendait pas seulement c√©l√©brer la c√®ne avec ses premiers disciples, mais qu'il l'√©tablissait dans son Eglise comme un "m√©morial" de sa personne et de son Ňďuvre pour tous les temps. J√©sus, en se s√©parant des siens qu'il aime, veut ainsi rester et vivre au milieu d'eux.

      Pensée touchante et profonde que Paul commente en ces mots : "toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne." (1Corinthiens 11.26)

      Dix-neuf siècles se sont écoulés depuis lors, des empires et des royaumes ont disparu, et ce mémorial si simple est encore célébré avec amour sur toute la face de la terre ; et il le sera jusqu'à la fin des siècles.

      - La doctrine zwinglienne, selon laquelle la c√®ne est un souvenir de Christ et de sa mort, se fonde sur une parole prononc√©e par J√©sus au moment o√Ļ il distribua les symboles de son sacrifice, mais elle n'√©puise pas la signification de ce sacrement, comme le montrent les autres paroles de l'institution.

      20 Ce de m√™me aussi reporte la pens√©e sur le verset pr√©c√©dent et signifie¬†: "Il prit la coupe et, avant rendu gr√Ęce, il la leur donna," ce qui se trouve express√©ment dans Matthieu et Marc.

      Les termes de Luc sont litt√©ralement emprunt√©s √† l'ap√ītre Paul. (1Corinthiens 11.25) Luc dit que J√©sus prit la coupe apr√®s avoir soup√©, exactement comme Paul. (1Corinthiens 11.25)

      On a voulu conclure de cette indication que J√©sus n'institua la c√®ne qu'apr√®s l'ach√®vement complet du souper pascal. Mais elle ne se rapporte qu'√† la distribution de la coupe. Elle marque plut√īt qu'un certain temps s'√©coula entre le moment o√Ļ J√©sus rompit le pain et celui o√Ļ il donna la coupe. (Comparer Matthieu 26.26, 1re note.)

      Dans Matthieu et Marc, on lit d'après le vrai texte : "Ceci est mon sang de l'alliance ;" dans Luc et Paul : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. La seule différence à constater dans ces termes, c'est le mot nouvelle alliance (par opposition à l'ancienne) ; car mon sang de l'alliance et alliance en mon sang sont des expressions synonymes.

      Quant à la seconde partie de notre verset, les mots particuliers à Luc : qui est répandu pour vous, sont en pleine harmonie avec les termes plus explicites de Matthieu : qui est répandu pour plusieurs en rémission (ou pour le pardon) des péchés.

      Sur le sens si profond et si riche de ces paroles, voir Matthieu 26.28, notes.

      - Le Nouveau Testament renferme deux relations de l'institution de la cène, qui, en pleine harmonie pour les pensées, diffèrent en quelques termes pour la rédaction : d'une part, celles de Matthieu et de Marc, qui pourtant n'emploient pas des expressions identiques ; d'autre part, celles de Paul et de Luc, qui ne sont pas non plus une reproduction littérale l'une de l'autre. Cette unité dans la diversité est un des caractères de tout l'Evangile.

      La tradition apostolique n'a jamais √©t√© coul√©e dans un moule uniforme. Comme des deux formules en pr√©sence, celle de Paul et de Luc est, √† certains √©gards, la plus compl√®te et que, d'autre part, l'ap√ītre d√©clare solennellement qu'il a "re√ßu du Seigneur" ce qu'il √©crit sur l'institution de la c√®ne, (1Corinthiens 11.23, note) l'Eglise l'a g√©n√©ralement adopt√©e dans la c√©l√©bration de la c√®ne.

      21 Voir sur la d√©signation du tra√ģtre, Matthieu 26.21-25, notes, et comparez Marc 14.18-21 et Jean 13.21-30.

      Il ne para√ģt pas que Luc observe ici l'ordre dans lequel les faits se succ√©d√®rent. Il semble bien plut√īt se proposer de mettre en contraste l'amour du Sauveur, l'√©l√©vation sublime de ses pens√©es, avec les desseins odieux de Judas et m√™me avec les sentiments encore si √©go√Įstes des autres disciples. (verset 24)

      En effet, il place l'incident relatif √† Judas imm√©diatement apr√®s la c√©l√©bration de la c√®ne, en sorte que le tra√ģtre, que J√©sus allait d√©voiler, l'aurait re√ßue de sa main, avec les autres.

      Matthieu et Marc rapportent ce fait d√®s le commencement du repas de la P√Ęque¬†; et comme nous savons par Jean (Jean 13.30) que Judas s'√©loigna imm√©diatement apr√®s avoir √©t√© d√©sign√© par J√©sus comme √©tant celui qui allait le livrer, il ressort clairement de ces t√©moignages qu'il n'assista pas √† la c√®ne.

      La vérité morale de la situation n'exige pas moins impérieusement cette conclusion.

      Comment J√©sus aurait-il donn√© les sceaux de son corps rompu, de son sang r√©pandu pour les p√©ch√©s, √† celui qui, d√©j√† en la puissance de Satan, s'√©tait engag√© √† livrer son Ma√ģtre¬†? (versets 3-5)

      Comment le Sauveur aurait-il fait aux autres disciples une r√©v√©lation qui les remplit de trouble et d'√©pouvante, aussit√īt apr√®s avoir c√©l√©br√© avec eux le repas de son amour¬†? (verset 22, note.)

      Non, Judas était sorti, et Jean nous rapporte l'immense soulagement que Jésus éprouva alors et qu'il exprima en ces mots : "Maintenant le fils de l'homme est glorifié !" (Jean 13.31) Dès ce moment, seul avec ceux qui l'aiment, il se livre tout entier aux saintes et intimes communications qu'il a à leur faire.

      Ils sont donc dans l'erreur, les nombreux théologiens qui, depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à nos jours, se fondent sur notre récit pour rejeter toute discipline tendant à exclure de la table du Seigneur les communiants indignes.

      - Par des raisons semblables, quoique moins p√©remptoires, il parait que la contestation entre les disciples (verset 24 et suivants) eut lieu des le premier moment du repas de la P√Ęque et fut occasionn√©e par le rang auquel chacun pr√©tendait en se mettant √† table¬†; inspiration de l'orgueil, √† laquelle J√©sus r√©pondit en s'humiliant lui-m√™me jusqu'√† laver les pieds de ses disciples.

      Cet ordre des faits, assez clairement indiqué par les récits évangéliques et par la nature des choses, est aujourd'hui généralement adopté par les exégètes. M. Godet, dans ses Commentaires sur saint Luc et saint Jean, a cru pouvoir, par des raisons qui ne nous ont pas convaincu, défendre l'ordre du récit de Luc. Il pense toutefois que la distribution de la coupe, qui termina le souper, eut lieu après le départ de Judas.

      22 Ce qui a été déterminé par Dieu même. Matthieu et Marc disent : "selon qu'il est écrit de lui." Jésus voit donc dans sa mort, qu'allait amener le crime de Judas, l'accomplissement de la volonté de Dieu son Père.

      Ce malheur¬†! est accompagn√©, dans les deux premiers √©vangiles, de l'√©nonc√© de la triste condition dans laquelle Judas se place. Le tra√ģtre demande alors, comme les autres disciples¬†: Est-ce moi, rabbi¬†? Sur quoi J√©sus lui r√©pond¬†: Oui, tu l'as dit.

      Et ces paroles du Sauveur auraient été prononcées immédiatement après que Judas aurait reçu la cène de sa main !

      24 24 à 38 Derniers entretiens.

      Ce n'était pas la première fois que les disciples étaient occupés de ces pensées d'orgueil et d'ambition. (Luc 9.46 ; Matthieu 18.1 ; Marc 9.35, voir les notes.)

      La raison de la nouvelle contestation, qui s'√©leva au moment o√Ļ l'on se mettait √† table (verset 21 note) pouvait √™tre la place d'honneur √† laquelle chacun pr√©tendait, ou encore le fait que nul ne voulait se charger des soins relatifs √† l'ablution des pieds, qui √©tait en usage chez les Juifs avant chaque repas. Si telle √©tait la cause de leur dispute, l'acte de profonde humilit√© qu'accomplit J√©sus en lavant lui-m√™me les pieds de tous √©tait encore plus propre √† les couvrir de confusion.

      Quoi qu'il en soit, ce d√©bat si inconvenant √† cette heure avait ses vraies causes dans le pauvre cŇďur de l'homme¬†; il a constamment reparu dans l'Eglise et a puissamment contribu√© √† la corrompre.

      26 Voir, sur ces paroles, Matthieu 20.25-28, notes ; Marc 10.42-45.

      Dans les deux premiers évangiles, cette exhortation s'adressait aux fils de Zébédée : elle était destinée à réprimer leur ambition. N'estil pas tout naturel de penser que Jésus en fit dans une situation analogue une application nouvelle à tous ses disciples ?

      - Le terme de bienfaiteur était un titre souvent donné par flatterie à des princes qu'on voulait distinguer comme ayant bien mérité de leur pays et de leur peuple.

      - Le mot que nous traduisons par le plus petit signifie proprement le plus jeune, et l'on peut, avec plusieurs interpr√®tes, l'entendre dans ce sens, parce que c'est ordinairement le plus jeune qui doit respecter les plus √Ęg√©s et les servir.

      27 Quelle puissance il y avait dans l'exemple d'humilité et de dévouement que Jésus donnait à ses disciples !

      Dans toute sa vie, il fut comme celui qui sert ; (comparez Matthieu 20.28 ; Philippiens 2.7) mais il est probable qu'ici il fait une allusion particulière au service d'esclave qu'il venait de rendre aux siens, en leur lavant les pieds.

      28 Après avoir humilié ses disciples, Jésus les relève en approuvant leur fidélité à rester auprès de lui dans ses épreuves, et en leur annonçant la haute position qu'il leur destine dans son royaume. (versets 29,30)

      Ce que le Sauveur appelle ses épreuves ou ses tentations (le mot original a les deux sens), ce sont toutes les persécutions, les mépris, les haines, les souffrances qu'il dut essuyer de la part du monde, et que ses disciples partagèrent avec lui. (Hébreux 2.18 ; 4.15)

      30 Toutes ses prérogatives, le Fils de Dieu les partage avec ses disciples.

      Etre assis à sa table, dans son royaume, c'est l'image d'une communion intime avec lui et de la plénitude de la vie et de la joie célestes. (verset 16, note ; Luc 13.29 ; Matthieu 8.11, note.)

      Etre assis sur des tr√īnes et prendre part au jugement du monde, c'est √™tre associ√© √† la puissance et √† la gloire du Sauveur lui-m√™me. (Matthieu 19.28, note.)

      Ici, J√©sus ne dit plus douze tr√īnes¬†; Judas √©tait d√©chu de sa dignit√© d'ap√ītre.

      31 Comparer Matthieu 26.31-35 ; Marc 14.27-31.

      - Si les mots : Mais le Seigneur dit sont authentiques (ils manquent dans B et quelques manuscrits, et dans les versions égyptiennes, Tischendorf et Westcott et Hort les suppriment), ils indiquent que Jésus commence ici un nouveau discours pour dévoiler aux disciples les dangers qui les menacent ; et, par la particule mais, ces dangers sont opposés aux magnifiques destinées que Jésus venait d'ouvrir à leurs yeux. (versets 29,30)

      - Luc seul nous a conservé ces paroles profondes et émues de Jésus à Pierre. (versets 31,32) Elles devaient le rendre attentif à la révélation d'une grande tentation qui l'attendait, lui et tous ses condisciples (vous).

      "Par cette allocution Simon, deux fois répétée, Jésus fait allusion à son caractère naturel et le met en garde contre la présomption qui en est le trait dominant." Godet.

      - Satan veut les cribler, c'est-√†-dire les √©branler et les perdre par une violente tentation, pendant laquelle ils seront comme le bl√© agit√© vivement dans un crible ou un van. J√©sus exprime cette pens√©e en des termes qui sont une allusion au prologue du livre de Job, o√Ļ Satan demande √† Dieu de livrer son serviteur en sa puissance.

      Tel est le sens du mot que nous traduisons ici par vous a demand√©s, r√©clam√©s, afin de vous poss√©der en son pouvoir. La terrible √©preuve √† laquelle furent bient√īt expos√©s tous les disciples et Pierre en particulier n'explique que trop la v√©rit√© et la force de cet avertissement.

      - On voit par ces paroles combien Jésus pénétrait clairement à l'avance l'histoire de ses souffrances. Non seulement le fait de son supplice imminent lui est connu, il 1'a annoncé, mais même les causes mystérieuses de ce drame, les influences de la puissance des ténèbres, sont à nu devant ses yeux.

      32 Quel contraste entre ces paroles et celles qui précèdent Satan veut vous perdre, mais moi qui le sais, qui veille sur vous, qui suis plus puissant que lui, j'ai prié pour toi !

      Quand¬†? Si l'on admet, avec Matthieu et Marc, que cet entretien eut lieu sur le chemin de Geths√©man√©, on peut penser que J√©sus fait allusion √† la pri√®re sacerdotale¬†; (Jean 17.9 et suivants) si, comme le rapportent Luc et Jean, ces paroles ont √©t√© prononc√©es encore dans la salle du souper, J√©sus indique une pri√®re sp√©ciale qui s'est √©lev√©e de son cŇďur √† Dieu pour la d√©livrance de son disciple.

      Quoi qu'il en soit, ce qu'il demande pour lui, c'est que sa foi ne d√©faille point, c'est-√†dire qu'il ne perde point la confiance en son Ma√ģtre, en son amour¬†; car alors, tout e√Ľt √©t√© perdu, il serait tomb√© dans le d√©sespoir, comme Judas. Le souvenir de cette parole de son Ma√ģtre dut contribuer puissamment √† relever la foi de Pierre.

      Grec¬†: quand tu seras retourn√©, revenu de ta chute, converti, dans toute la pl√©nitude du mot. Les disciples avaient mis leur confiance en J√©sus, ils l'aimaient¬†; mais avant la Pentec√īte, ils n'avaient ni compris l'Ňďuvre de la r√©demption, ni re√ßu le Saint-Esprit, double condition de toute conversion v√©ritable.

      Quand il y sera parvenu, Pierre pourra affermir ses fr√®res dans la foi et la vie chr√©tiennes¬†; et il le devra d'autant plus que son exemple les avait scandalis√©s. L'ap√ītre remplit bien ce mandat¬†; il fut le fondateur de l'Eglise naissante, tant chez les Juifs (Actes 2) que chez les pa√Įens, (Actes 10) et, jusqu'√† la conversion de Paul, il fut le plus puissant instrument de Dieu pour l'avancement de son r√®gne.

      34 Voir, sur ces versets, (versets 33,34) Matthieu 26.33-35 ; Marc 14.29-31, notes ; comparez Jean 13.37,38.

      Ni l'avertissement du Sauveur, ni la pr√©diction si pr√©cise de sa chute ne purent dissiper la pr√©somptueuse confiance du disciple en ses propres forces. Il apprendra √† ses d√©pens √† se conna√ģtre lui-m√™me.

      35 La fin du discours, (versets 35-38) que Luc seul a conserv√©e, est bien en harmonie avec les avertissements qui pr√©c√®dent, et les images saisissantes dont J√©sus rev√™t sa pens√©e sont de nature √† les faire p√©n√©trer plus profond√©ment dans le cŇďur des disciples.

      Il leur rappelle d'abord les temps plus faciles de leur premi√®re mission o√Ļ, √©tant encore avec eux, il les avait envoy√©s sans provisions de voyage, et o√Ļ Dieu avait pourvu √† tout pour eux, tellement qu'ils confessent avec joie qu'ils n'ont manqu√© de rien, (Luc 9.3¬†; 10.4¬†; Matthieu 10.9¬†; Marc 6.8)

      Mais maintenant qu'il leur sera √īt√©, ils vont entrer dans une p√©riode beaucoup plus rude et plus dangereuse de leur vocation, et ils doivent se munir de tout ce qui leur sera n√©cessaire dans leurs privations et leurs combats. On trouve une id√©e analogue exprim√©e par d'autres images dans Matthieu 9.15 et dans Luc 5.34.

      36 Prenne sa bourse et son sac dans ses voyages, afin de se rendre, autant qu'il est possible, indépendant des hommes, quand ceux-ci lui seront hostiles.

      Depuis Théodore de Bèze, nos versions ordinaires rendent ainsi cette dernière phrase : "et que celui qui n'a point d'épée vende son manteau et en achète une."

      Et plusieurs interprètes soutiennent ce sens, qui n'est point inadmissible. Le tour que nous adoptons, avec un grand nombre de traducteurs et d'interprètes, est plus conforme au texte original et plus naturel, car celui-là seul qui n'a ni bourse ni sac (point d'argent) se trouve dans la nécessite de vendre son manteau pour acheter une épée.

      - Quant à la pensée du Sauveur, il serait inutile d'observer qu'il n'entendait point recommander à ses disciples l'usage de l'épée pour se défendre dans les dangers, (Matthieu 26.52) ou pour assurer leur subsistance ; il voulait seulement leur faire sentir vivement, par cette image, que les temps du combat approchaient et qu'ils devaient s'y préparer.

      Sans spiritualiser cette image, avec Olshausen, jusqu'à y voir "l'épée de l'Esprit qui est la parole de Dieu," (Ephésiens 6.17) il est certain que Jésus invitait les siens à s'armer de toute la force morale dont ils pouvaient avoir besoin dans les dangers. Mais les disciples, comme toujours, prirent sa parole à la lettre. (versets 38,50)

      37 Esa√Įe 53.12. J√©sus, en citant cette proph√©tie, motive l'exhortation qui pr√©c√®de (car)¬†; les disciples d'un Ma√ģtre compt√© parmi les iniques ou les transgresseurs de la loi, les malfaiteurs, ne doivent pas s'attendre √† √™tre trait√©s mieux que lui dans le monde.

      Et non seulement cette prophétie va s'accomplir en lui, mais tout ce qui le concerne, tout ce qui a été écrit de lui, toute sa destinée sur la terre touche à sa fin.

      Le texte reçu avec quelques majuscules et les anciennes versions (syriaque, Itala) ont : "doit encore s'accomplir en moi." Le mot souligné manque dans Sin., A, B, D, M. Godet, Weiss et d'autres le maintiennent parce qu'on s'explique difficilement qu'il ait été introduit s'il n'est pas authentique.

      38 Dans leur na√Įve ignorance, les disciples produisent deux √©p√©es, dont ils s'√©taient pourvus en pr√©vision des dangers qui les attendaient durant la nuit¬†; et J√©sus, avec une douloureuse ironie, leur dit¬†: Cela suffit¬†!

      On a prétendu que cette dernière parole ne renfermait aucune allusion aux deux épées ; qu'elle avait ce sens : Assez de ces pensées auxquelles vous n'entendez rien, n'en parlons plus. Mais il est plus naturel d'admettre que Jésus a voulu dire : Ces deux épées sont plus que suffisantes, puisque ce n'est pas avec des armes de ce genre que vous défendrez la vérité et établirez mon règne dans le monde !

      39 Gethsémané.

      39 à 53 L'agonie de Jésus.

      Voir, sur les souffrances morales de Jésus en Gethsémané, Matthieu 26.36-46 ; Marc 14.32-42, notes.

      Luc rapporte cette scène plus en abrégé que les deux premiers évangélistes ; mais il y ajoute quelques traits importants qui lui sont propres, et que nous devons relever.

      - Etant sorti, de la maison et de la ville, il descendit dans la vallée du Cédron ; au delà du torrent s'élève la montagne des Oliviers. Au pied de cette montagne, se trouvait, dans un lieu solitaire, le jardin de Gethsémané, qu'on montre encore aux voyageurs. Il s'y rendit selon sa coutume, ajoute Luc, parce que, quand il était à Jérusalem, (comparez Luc 21.37,38) il se retirait dans cette solitude avec ses disciples. Il ne cherche donc pas à échapper à Judas.

      40 D'après Matthieu et Marc, Jésus adressa cette exhortation aux disciples un peu plus tard, après avoir prié lui-même, et lorsque, revenant à eux, il les trouva endormis.

      Mais il est probable qu'il les exhorta plus d'une fois √† la vigilance et √† la pri√®re, (verset 46) dans cette nuit terrible, o√Ļ Satan allait les "cribler comme le bl√©." (verset 31)

      41 Lui-même, lui seul, en particulier, s'éloigna d'eux.

      Ici se trouve un verbe au passif qui indique un mouvement violent¬†: il fut arrach√©, entra√ģn√© loin d'eux par la force de l'angoisse, qui lui faisait √©prouver l'imp√©rieux besoin d'√™tre seul, seul avec Dieu.

      Et c'est devant Dieu, en effet, qu'il se mit à genoux et pria.

      Matthieu dit ici qu'il "tomba sur son visage,"

      Marc qu'il "tomba sur la terre."

      42 Grec : si tu veux faire passer cette coupe loin de moi ! Après ce mot : si tu veux on attendrait l'impératif fais passer, et c'est ainsi que corrigent, d'après Marc, Sin., B, D et quelques autres manuscrits, mais il est naturel que dans la violence de l'émotion la phrase soit incorrecte.

      A peine le Sauveur a-t-il prononcé son ardente supplication que, par un soudain retour sur lui-même et sur le sacrifice qui lui est assigné, il se livre tout entier à la volonté de son Père.

      - Dans les trois synoptiques, la prière de Jésus est rendue en termes légèrement différents ; mais la pensée exprimée est la même.

      L'image de la coupe est employée dans les trois récits pour désigner les indicibles souffrances du Sauveur.

      43 Grec : le fortifiant.

      J√©sus aurait pu succomber dans la lutte¬†; son √Ęme aurait pu √™tre accabl√©e sous le poids des p√©ch√©s du monde et sous l'effort de la puissance des t√©n√®bres. (verset 53¬†; comparez Matthieu 26.38¬†; H√©breux 5.7) Mais Dieu ne le permit pas.

      Le fils vient de se livrer tout entier √† la volont√© du P√®re, (verset 42) le P√®re lui envoie du ciel un messager de paix et d'esp√©rance, qui lui communique les "puissances du si√®cle √† venir," et le fortifie de corps et d'√Ęme pour achever le combat. Comment lui apparut cet ange du ciel, comment il lui communiqua ces forces nouvelles, ce sont des questions que l'ex√©g√®se n'a pas √† discuter. On peut comparer ici Matthieu 4.11¬†; Jean 12.28.

      44 La lutte continue ; Jésus la soutient avec les forces nouvelles qu'il a reçues.

      Le mot agonie signifie combat¬†; il d√©signe, plus sp√©cialement, l'√©tat de celui qui lutte contre la mort. Dans les circonstances o√Ļ se trouve J√©sus, ce mot a un sens insondable pour nous. L'arme du Sauveur, c'est la pri√®re. Il priait plus instamment.

      Et telle fut la violence de la lutte, que sa sueur, provoquée par l'angoisse physique et morale, était formée de grosses gouttes (grec caillots) de sang descendant jusque sur la terre.

      Ce phénomène est la manifestation d'une terrible souffrance morale qui demeure inexplicable, si l'on n'admet que le Sauveur accomplissait alors la rédemption du monde, en s'offrant lui-même à la justice divine. (Comparer Matthieu 26.46, note.)

      - Les versets 43,44 manquent dans quatre majuscules, dont B et A, dans trois minuscules et dans quelques versions anciennes¬†; dix manuscrits les marquent d'un signe de doute¬†; enfin quelques P√®res de l'Eglise, Hilaire de Poitiers, J√©r√īme, Epiphane, d√©clarent que ces versets ne se trouvaient point dans plusieurs manuscrits grecs et latins.

      Ces t√©moignages et le fait que Matthieu et Marc ne mentionnent ni l'apparition de l'ange ni la sueur de sang, ont inspir√© √† quelques ex√©g√®tes la pens√©e que ce r√©cit √©tait d√Ľ √† une tradition post√©rieure √† la r√©daction de notre √©vangile.

      Mais, d'autre part, Sin., D et dix majuscules ont les versets 43,44¬†; ils se trouvent √©galement dans l'Itala et la version syriaque. Et ce qui para√ģtra d√©cisif, c'est que des P√®res de l'Eglise aussi rapproch√©s de l'√Ęge apostolique que Justin et Ir√©n√©e citent le verset 44.

      M. Godet remarque avec raison qu'ils ont pu être retranchés, parce que les faits qu'ils rapportent ne se trouvent pas dans Matthieu et Marc, et qu'ils semblaient contraires à la divinité de Jésus. Aussi Tischendorf,Tregelles, Westcott et Hort ont-ils conservé les deux versets dans leurs éditions.

      45 Voir Matthieu 26.40, note.

      Luc seul indique la cause de ce sommeil des disciples, si peu naturel dans un pareil moment ; il l'attribue à la tristesse.

      La douleur du Ma√ģtre avait gagn√© les disciples¬†; n'√©tant point pr√©par√©s et soutenus par la pri√®re, (verset 46) ils ne purent r√©sister au sommeil¬†; celui-ci, on le sait, est l'effet habituel d'une souffrance intense et prolong√©e.

      46 Maintenant le Sauveur a vaincu !

      Il a encore devant lui la voie douloureuse qui doit aboutir à la croix ; mais le sacrifice moral, pleinement accompli, lui a rendu la force et le calme avec lesquels il va se livrer à ses ennemis, et c'est lui qui réveille, exhorte, encourage ses disciples ; car eux aussi vont avoir leur part dans les dangers.

      47 Voir, sur l'arrestation de Jésus, Matthieu 26.47-56, notes ; Marc 14.43-52, notes ; et comparez Jean 18.2-11, notes.

      Les trois synoptiques s'accordent à marquer le moment précis de cette scène : Comme il parlait encore.

      Luc dira plus loin (verset 52) de qui se composait la troupe. Judas marchait devant eux. Par ce trait, aussi bien que par les expressions le nomm√© Judas, l'un des douze, (verset 3) Luc fait ressortir d'une mani√®re sinistre le r√īle du tra√ģtre dans cette sc√®ne.

      Il mentionne aussi ce premier mouvement odieux par lequel Judas s'approcha de Jésus pour le baiser. C'était là le signe dont il était convenu avec les chefs de la troupe (voir Matthieu et Marc).

      Le baiser était une forme respectueuse de salutation, naturelle de la part d'un disciple.

      48 Le mot de baiser mis en tête de la phrase fait ressortir tout l'odieux de cet acte.

      Luc seul rapporte ces paroles. Jésus les prononça sans doute à la suite de celles que rapporte Matthieu : (Matthieu 26.50) "Pour quel sujet es-tu ici ?"

      Plusieurs interprètes se refusent à voir une interrogation dans le texte de Matthieu. Ils sous-entendent un verbe à l'impératif et traduisent : "Fais ce pourquoi tu es ici."

      Si on lui donne ce sens, cette parole a été prononcée après celle que Luc nous a conservée.

      49 Cette question posée à Jésus, aussi bien que l'acte qui la suit, (verset 50) fut inspirée par la parole mal comprise des versets 36,38.
      50 Sans attendre la r√©ponse du Ma√ģtre, l'un des disciples, bouillant d'impatience, tira son √©p√©e et frappa.

      Jean nous apprend que ce disciple √©tait Pierre et que celui qu'il blessa s'appelait Malchus¬†; √† l'√©poque o√Ļ il √©crivait, le sanh√©drin n'existait plus, et il n'y avait plus de danger √† r√©v√©ler ces noms.

      - L'oreille droite, petit détail conservé par Jean (Jean 18.10) et par Luc, et qui, comme tant d'autres, atteste la vérité historique de nos récits.

      51 Grec : Laissez jusqu'à ceci, c'est-à-dire : Laissez-les procéder jusqu'à cette arrestation et à tout ce qui doit la suivre, car tel est le conseil de Dieu. (Comparer verset 22, note.)

      Le mot : Jésus répondant montre que cette parole est adressée aux disciples et non à ceux qui venaient le saisir ; elle ne peut donc signifier : Laissez-moi aller jusqu'à cet homme blessé, afin que je le guérisse. Ni même : Laissez-moi libre pour ce moment-ci. Ce n'est qu'à verset 52 que Jésus adresse la parole à ses ennemis.

      Cette guérison est rapportée par Luc seul ; plusieurs historiens la relèguent dans le domaine de la légende. Ils oublient que cette guérison était d'une immense importance pour la cause du Sauveur, compromise par l'acte imprudent de son disciple. Si ce mal n'avait pas été réparé, comment comprendre que les ennemis n'en eussent pas fait un chef d'accusation contre Jésus ?

      52 Luc seul signale, dans la troupe venue contre Jésus, non seulement des officiers du temple qui la commandaient, mais aussi des principaux sacrificateurs et des anciens.

      Encore ici, le silence des autres évangélistes a paru suffisant pour accuser Luc d'inexactitude. La passion que les membres du sanhédrin apportaient à l'exécution de leurs desseins meurtriers, et qui se manifesta dans toute leur attitude pendant le procès et le supplice de Jésus, explique fort bien que plusieurs d'entre eux aient accompagné la troupe chargée de l'arrestation.

      53 Voir, sur ces paroles, Matthieu 26.56, note.

      Jésus s'élève bien haut au-dessus des instruments de sa mort, auxquels pourtant il laisse toute leur terrible responsabilité, et il leur déclare que si jusqu'ici ils n'ont pas mis la main sur lui, bien qu'ils en eussent tous les jours l'occasion, c'est qu'ils ont été arrêtés dans leurs desseins par une volonté supérieure, et que si maintenant ils viennent contre lui avec une troupe armée, comme s'il s'agissait d'arrêter un brigand, c'est qu'ils obéissent à la puissance des ténèbres, dont ils sont les aveugles instruments. (verset 3, note.)

      Dans Matthieu, J√©sus d√©signe cette volont√© de Dieu comme √©tant l'accomplissement des "Ecritures des proph√®tes¬†;" dans notre √©vangile, il leur dit¬†: c'est ici votre heure, l'heure d√©termin√©e par le conseil de Dieu, o√Ļ il vous est permis d'accomplir vos desseins en ob√©issant √† la puissance de Satan.

      Les t√©n√®bres de la nuit, √† la faveur desquelles les ennemis de J√©sus font leur Ňďuvres, √©taient l'image de ce pouvoir diabolique qui les dominait, mais qui ne fera apr√®s tout qu'amener le triomphe de la lumi√®re. (Colossiens 1.13, note.)

      54 Ca√Įphe. Comme les deux premiers √©vang√©listes, Luc passe sous silence l'interrogatoire de J√©sus devant Anne. La tradition avait r√©uni en une seule les deux comparutions, et cela d'autant plus facilement qu'Anne, beau-p√®re de Ca√Įphe, habitait avec lui le m√™me palais sacerdotal. (Voir 3¬†: 2, note, et Jean 18.13, note.)
      55 Voir, sur le reniement de Pierre, Matthieu 26.58, notes ; Marc 14.54, notes ; comparez Jean 18.15-18, notes.

      Les quatre évangélistes sont d'accord sur les trois reniements de Pierre et sur les circonstances dans lesquelles ils se produisirent. Le disciple, intimidé, cherchait à se dissimuler dans la foule des serviteurs et des soldats qui entouraient un feu allumé dans la cour du palais.

      La sc√®ne, qui dura assez longtemps, (verset 59) se passa en partie pendant que J√©sus √©tait chez Anne, en partie pendant son jugement devant Ca√Įphe. (Jean 18.17,25)

      58 D'après les quatre évangélistes, la première interpellation qui surprit Pierre fut le fait d'une femme. Jean nous apprend qu'elle était portière du palais.

      Selon Matthieu et Marc, la seconde attaque serait venue aussi d'une femme, la même ou une autre.

      Luc l'attribue à un homme ; d'après Jean, plusieurs auraient parlé à la fois.

      Enfin, d'apr√®s Jean, la troisi√®me interrogation aurait √©t√© faite par un serviteur de Ca√Įphe, parent de ce Malchus auquel Pierre avait coup√© l'oreille, ce qui rendait la position de celui-ci plus critique encore, tandis que Matthieu et Marc font simplement parler "ceux qui √©taient pr√©sents," et Luc un autre. (verset 59)

      Ces divergences s'expliquent d'autant mieux que, dans cette scène tumultueuse, plusieurs des assistants parlaient à la fois.

      Les r√©dacteurs de nos √©vangiles ont reproduit fid√®lement les diverses versions des sources o√Ļ ils puisaient. Leur accord sur les faits essentiels en ressort d'autant mieux.

      59 C'est à son accent galiléen que ces Juifs de Judée reconnaissaient Pierre et ils en concluaient qu'il était disciple de Jésus.

      - Ce mot : une heure s'étant écoulée, nous montre que la terrible tentation du pauvre disciple dura longtemps.

      Tourmenté sans doute dans sa conscience, il est pourtant incapable d'échapper aux pièges qui lui sont tendus. Ce trait met le récit de Luc en harmonie avec celui de Jean. (Comparer verset 66, note.)

      60 Le texte reçu, avec quelques minusc. seulement, porte : "Le coq..."

      Luc et Jean passent sous silence les serments et les imprécations de Pierre rapportés par les deux premiers évangélistes.

      61 Pierre √©tait dans la cour¬†; on a suppos√© que J√©sus subissait son jugement dans une salle √©lev√©e seulement de quelques marches, d'o√Ļ l'on pouvait voir et entendre ce qui se passait dans la cour.

      Cependant l'expression de Marc : "Pierre était en bas dans la cour" est peu favorable à cette hypothèse.

      Il vaut mieux admettre que J√©sus traversait √† ce moment la cour, √©tant conduit d'Anne chez Ca√Įphe. (Jean 18.24)

      D'apr√®s Jean, le reniement de Pierre eut lieu pendant l'interrogatoire de J√©sus par Anne et non, comme le donneraient √† entendre les deux premiers √©vangiles, pendant sa comparution devant le sanh√©drin r√©uni chez Ca√Įphe.

      Le Sauveur se retourne et regarde Pierre, √©clair√© par la lueur du feu¬†; (verset 55) le disciple lui aussi voit le Ma√ģtre arr√™ter sur lui son regard. Si le chant du coq le ramena √† lui-m√™me, ce regard le sauva.

      62 Voir, sur ces derniers mots, Matthieu 26.75 ; Marc 14.72 notes.
      65 Voir, sur ce récit, Matthieu 26.67,68 ; Marc 14.65, notes.

      Luc parait n'attribuer ces mauvais traitements qu'à ceux qui tenaient Jésus, c'est-à-dire aux soldats de la troupe.

      Mais, d'après Matthieu et Marc, il n'y a pas de doute que quelques-uns des membres du sanhédrin eux-mêmes ne se soient abaissés jusqu'à injurier celui qu'ils venaient de condamner.

      Selon notre √©vang√©liste, cette horrible sc√®ne aurait pr√©c√©d√© le jugement et la sentence de mort, ce qui n'est s√Ľrement pas l'ordre dans lequel les faits se sont succ√©d√©. La diff√©rence vient probablement de ce que Luc omet ici une premi√®re d√©lib√©ration et ne rapporte que celle qui eut lieu au point du jour. (verset 66, voir la note.)

      66 Voir, sur le jugement de Jésus, Matthieu 26.59-66, notes, et Marc Marc 14.55-64, notes.

      Les anciens (grec le presbytère), ou corps des anciens du peuple, mot propre à Luc, (Actes 22.5) désigne suivant les uns le sanhédrin tout entier, composé non seulement des anciens proprement dits, mais de ces deux autres ordres de personnes : les principaux sacrificateurs et les scribes.

      Suivant d'autres, ce terme désignerait seulement la classe des anciens.

      - Luc abr√®ge consid√©rablement le r√©cit de l'audiences o√Ļ J√©sus fut jug√© et condamn√©. En outre, il la place dans une s√©ance qui eut lieu quand le jour fut venu, tandis que, selon Matthieu et Marc, la condamnation du Sauveur avait d√©j√† √©t√© prononc√©e dans une s√©ance de nuit, omise par Luc, en sorte que la d√©lib√©ration du matin ne porta que sur les moyens d'ex√©cuter la sentence, c'est-√†dire de la faire ratifier par Pilate. (Matthieu 27.1¬†; Marc 15.1)

      De cette différence, on a conclu qu'il y avait eu deux assemblées du sanhédrin, dont la seconde seulement aurait été une assemblée plénière, réunie dans la salle officielle, le Lischkath Haggazith, et seule compétente pour porter une sentence de mort, parce qu'elle siégeait de jour. Telle est l'opinion de Keim et de M. Godet. (Voir son Commentaire sur saint Luc, 3e édit., p. 495 et suivants, p. 503.)

      Avec plusieurs interpr√®tes, nous croyons plut√īt qu'il y eut deux d√©lib√©rations en une seule assembl√©e.

      Voici comment les choses se seraient pass√©es. Il √©tait d√©j√† fort tard dans la soir√©e lorsque J√©sus, apr√®s avoir c√©l√©br√© la P√Ęque et la c√®ne, et avoir achev√© les entretiens de la chambre haute, se rendit avec ses disciples √† Geths√©man√©. L√†, eut lieu la sc√®ne de ses souffrances morales, puis l'arrestation, puis enfin le retour √† J√©rusalem jusqu'au palais du grand sacrificateur. D√®s que les membres du sanh√©drin eurent avis de l'arrestation de J√©sus, ils s'assembl√®rent, ou (grec) furent assembl√©s, convoqu√©s (aoriste passif), et non √©taient assembl√©s, comme disent nos versions dans Matthieu 26.57. Marc dit au pr√©sent s'assemblent. Tout cela prit encore beaucoup de temps.

      C'est dans cette audience, assez prolongée, qu'eurent lieu le jugement et la condamnation du Sauveur. (Matthieu 26.59 et suivants ; Marc 14.55 et suivants) Sur ces entrefaites, le jour était venu. Alors, Jésus ayant été éloigné, la même assemblée n'eut plus qu'à délibérer sur la manière d'exécuter la sentence, c'est-à-dire d'en obtenir de Pilate la confirmation (Matthieu 27.1,2 ; Marc 15.1)

      Il n'était matériellement pas possible de convoquer une seconde assemblée dans l'intervalle. Et d'ailleurs à quoi bon ? n'étaient-ce pas les mêmes hommes qui venaient de prononcer la sentence, qui devaient trouver les moyens de l'exécuter ?

      67 Le Christ, le Messie. Ce n'√©tait pas la question capitale, car la pr√©tention d'√™tre le Messie n'aurait point constitu√© le crime de blasph√®me et entra√ģn√© la peine de mort.

      Elle était destinée à introduire la vraie question (verset 70) et à provoquer la réponse de Jésus qui détermine la sentence. (Voir Matthieu et Marc.)

      68 Le texte reçu porte : et si même je vous interroge, vous ne me répondrez point ni ne me laisserez aller.

      Ces derniers mots se lisent dans A, D, la plupart des majuscules, l'Itala, les versions syriaques.

      M. Godet les maintient comme conclusion logique du raisonnement. D'autres y voient une très ancienne glose.

      Cette réponse de Jésus est particulière à Luc. Elle signifie : Votre parti pris de haine et d'endurcissement vous rend incapables soit d'écouter la vérité, (comp Luc 20.9 et suivants) soit de répondre aux questions par lesquelles je chercherais à vous amener à la lumière. (Comparer Luc 20.3 et suivants ; Luc 20.41 et suivants)

      69 Voir, sur cette déclaration, Matthieu 26.64, 2e note, Marc 14.62.

      Selon les deux premiers évangélistes, ce fut la dernière parole que Jésus prononça devant le sanhédrin. Faisant suite à sa déclaration qu'il était le Fils de Dieu, elle mit le comble à l'indignation de ses juges et provoqua contre lui la sentence de mort. Luc a adopté un ordre différent, qui est moins naturel.

      70 Matthieu 26.64, 1re note ; Marc 14.62, 1e note.

      Vous-m√™mes le dites, ou comme on peut traduire aussi¬†: vous dites vous-m√™mes que je le suis, est un h√©bra√Įsme qui signifie¬†: A l'affirmation impliqu√©e dans votre question, je donne mon plein assentiment et je la fais mienne.

      71 C'est-à-dire, selon les deux premiers évangiles, nous avons entendu de sa bouche son blasphème.

      Luc ne rapporte pas l'issue du proc√®s, la question solennelle pos√©e par Ca√Įphe sanh√©drin¬†: "Que vous en semble¬†?" et la r√©ponse unanime de celui-ci¬†: "Il est digne de mort¬†!"

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