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Romains 10

    • 1 Chapitre 10.

      1 √† 13 Isra√ęl a m√©connu l'av√®nement de la justice qui vient de la foi et qui sauve gatuitement tous les hommes.

      Grec¬†: Le bon vouloir de mon cŇďur et la pri√®re (la demande) √† Dieu pour eux est en salut, c'est-√†-dire que bon vouloir et requ√™te ont pour objet leur salut.

      Au moment d'exposer l'erreur et la faute de son peuple, Paul proteste de son amour pour Isra√ęl. A Romains 9.1, en abordant le douloureux probl√®me du rejet d'Isra√ęl il avait fait entendre une protestation plus v√©h√©mente encore.

      Il interpelle ses lecteurs¬†: fr√®res, comme il le fait ailleurs quand il va exprimer une pens√©e qui lui tient √† cŇďur, et qu'il lui importe de faire saisir √† ses lecteurs. (Romains 1.13¬†; 7.1,4¬†; 8.12)

      Plusieurs de ceux-ci d'ailleurs √©taient, en tant que Juifs de race, sp√©cialement int√©ress√©s √† l'explication que Paul va donner du rejet d'Isra√ęl. Les v√©rit√©s qu'il leur fera entendre seront rendues plus √©mouvantes par l'affirmation pr√©alable de son attachement √† son peuple.

      Au lieu de pour eux, quelques majuscules portent¬†: pour Isra√ęl. C'est une correction qui a √©t√© faite en vue de la lecture au culte public, o√Ļ ce verset ouvrait une nouvelle p√©ricope.

      2 Voilà le motif (car) de son affection pour les Juifs : il peut leur rendre témoignage qu'ils ont du zèle pour Dieu, mais non selon une juste connaissance.

      Leur amour pour Dieu, leur empressement à pratiquer sa loi, à célébrer le culte, à observer les prescriptions rituelles n'étaient pas éclairés. Le verset suivant dira en quoi ils manquaient de connaissance.

      3 Ne connaissant pas,...d'autres traduisent "m√©connaissant" il¬†; il s'agit plut√īt d'ignorance involontaire. Cette ignorance toutefois a pour cause premi√®re l'orgueil et l'incr√©dulit√©.

      Sur la justice de Dieu, voir Romains 1.17, note ; 3 : 21, note.

      Le sens spécial de ce terme est indiqué par l'antithèse : leur propre justice.

      L'id√©e √©nonc√©e dans ce verset sera d√©velopp√©e dans le reste du chapitre. Elle est le second point de l'enseignement de Paul sur le rejet d'Isra√ęl. Comparez Romains 9.1, note.

      4 Grec : En justice à tout croyant, pour lui servir de justice, pour lui procurer gratuitement la justice.

      Ce verset indique la raison (car) pour laquelle les Juifs ne pouvaient parvenir √† la justice par la pratique des Ňďuvres l√©gales¬†: Christ est la fin de la loi.

      Les uns restreignent ce terme de loi √† la loi mosa√Įque, d'autres l'√©tendent √† tout le r√©gime l√©gal, auquel le pa√Įen lui-m√™me √©tait astreint par sa conscience, quand il cherchait √† se sauver en ob√©issant √† "la loi √©crite dans son cŇďur." (Romains 2.14-16)

      Comme il est question sp√©cialement des Juifs, (verset 3) on peut se demander si le sens du mot loi n'est pas limit√© √† la l√©gislation donn√©e par Mo√Įse. La m√™me question se pose dans Romains 3.19-21 (voir les notes).

      La fin peut signifier le but. C'est √† Christ que tend toute l'√©conomie l√©gale, par ses symboles, ses types, ses commandements destin√©s √† pr√©parer les cŇďurs √† recevoir Christ, en faisant na√ģtre en eux le sentiment du p√©ch√© et le besoin du salut. La loi est "un p√©dagogue pour nous conduire √† Christ." (Galates 3.24)

      Mais l'ensemble de notre passage, et surtout le compl√©ment¬†: (grec) en justice √† tout croyant, font plut√īt penser que l'ap√ītre prend le mot fin dans le sens "d'abolition¬†:" la loi a fini son minist√®re elle n'a plus de r√īle √† jouer dans l'acquisition du salut, d√®s l'instant o√Ļ Christ apporte un nouveau moyen de justification, qui est offert √† la foi. J√©sus lui-m√™me a enseign√© (Luc 16.16) que la loi √©tait une institution pr√©paratoire et temporaire qui devait prendre fin √† l'av√®nement du royaume de Dieu.

      Le pouvoir de la loi et son minist√®re de condamnation cessent totalement pour ceux qui ont recours √† la gr√Ęce. Paul oppose cette grande v√©rit√© √† l'erreur Juive du salut car les Ňďuvres, qui cr√©e la propre justice¬†; (verset 3) puis il fera ressortir, dans versets 5-13, le contraste entre l'√©conomie de la loi et le nouveau moyen du salut, la justice de la foi.

      Mais Christ n'est la fin de la loi que pour le croyant, pour celui qui, par la foi, saisit la vraie justice et réalise, par une sanctification toujours plus complète, ce que la loi ordonne, mais ne peut donner.

      5 Grec¬†: Mo√Įse √©crit de la justice qui vient de la loi¬†: l'homme qui les aura faites (les choses que prescrit la loi) vivra par elle (par la justice).

      Telle est la leçon de B, majuscules, admise par beaucoup d'exégètes.

      Les √©diteurs lui pr√©f√®rent g√©n√©ralement le texte de Sin., A, B,¬†: Mo√Įse √©crit que l'homme qui aura fait la justice qui vient de la loi, vivra par elle.

      - La parole citée se lit Lévitique 18.5. Comparez Galates 3.12,Luc 10.28. C'est là, en effet, une voie de salut, mais à condition de faire parfaitement toutes ces choses prescrites dans la loi.

      Quiconque essaie s√©rieusement de marcher dans cette voie reconna√ģt bient√īt, avec douleur et humiliation, qu'elle est impraticable, et que, pour arriver au but¬†: vivre, il faut prendre la voie de la gr√Ęce, que l'ap√ītre va opposer √† la premi√®re dans les versets qui suivent.

      6 Dans versets 6-8, Paul emprunte plusieurs expressions à Deutéronome 30.11.14.

      Dans ce passage, Mo√Įse, apr√®s avoir √©num√©r√© les ordonnances de la loi et exhort√© les Isra√©lites √† les pratiquer, ajoute, pour repousser la pens√©e que la volont√© de Dieu est difficile √† conna√ģtre et √† faire¬†: "Ce commandement, que je te prescris aujourd'hui, n'est pas quelque chose de trop √©lev√© pour toi ni de trop √©loign√©. Il n'est pas dans les cieux pour que tu dises¬†: qui montera pour nous aux cieux et l'ira prendre pour nous le faire entendre, afin que nous l'accomplissions¬†? Et il n'est pas de l'autre c√īt√© de la mer pour que tu dises¬†: qui ira pour nous de l'autre c√īt√© de la mer et l'ira prendre pour le faire entendre, afin que nous l'accomplissions¬†? Car la parole est tout pr√®s de toi, dans ta bouche et dans ton cŇďur, pour que tu l'accomplisses."

      Ce passage du Deut√©ronome, Paul ne le cite pas express√©ment, il ne dit pas comme √† verset 5 "Mo√Įse √©crit de la justice de la foi." C'est la justice qui vient de la foi, qui parle ainsi et se d√©finit elle-m√™me¬†; et Paul n'ajoute pas non plus qu'elle parle "en Mo√Įse." Les termes qu'il lui pr√™te sont donc de simples r√©miniscences du passage du Deut√©ronome.

      A verset 8 seulement, nous avons une citation directe de Deut√©ronome 30.14. Il faut avoir √©gard √† ce fait, en la question que l'on a soulev√©e¬†: Paul pr√©tend-il donner une explication des paroles de Mo√Įse, en r√©v√©ler le vrai sens cach√©¬†? ou se sert-il seulement des termes employ√©s par Mo√Įse en les d√©tournant le sachant et le voulant de leur sens primitif¬†?

      Dans le premier cas, il tomberait sous le reproche d'interpr√©tation arbitraire, d'ex√©g√®se rabbinique¬†; car dans le Deut√©ronome les mots¬†: "qui montera aux cieux...qui traversera la mer¬†?" s'entendent de la recherche anxieuse de la volont√© de Dieu, tandis que Paul les comprend des efforts de la propre justice. Il substitue √† "aller de l'autre c√īt√© de la mer," descendre dans l'ab√ģme, parce que cette image convient mieux a sa pens√©e.

      Puis il oppose √† ces efforts de la propre justice Christ et son Ňďuvre r√©demptrice, auxquels le Deut√©ronome ne fait aucune allusion.

      Enfin, √† verset 8, o√Ļ nous avons une citation expresse de Deut√©ronome 30.14, la parole, dans le Deut√©ronome, signifie "le commandement" que l'isra√©lite peut accomplir, puisqu'il l'a "dans la bouche," le r√©cite fr√©quemment, et "dans le cŇďur," c'est-√†-dire l'aime et y demeure attach√©.

      Pour Paul, la parole, c'est la parole de la foi que nous prêchons.

      D'autre part, si l'on suppose que Paul a employ√© tous ces termes en ayant conscience qu'il changeait leur sens, on ne comprend plus bien le but et l'utilit√© de ces emprunts ou de ces allusions. A quoi bon faire parler la justice de la foi dans les termes de Mo√Įse, si elle leur donne un sens diff√©rent¬†?

      Il nous para√ģt donc probable que l'ap√ītre n'a pas eu clairement conscience de d√©tourner le passage du Deut√©ronome de son sens premier, en l'appliquant, comme il le fait, √† la justice qui vient de la foi.

      Cette application lui était suggérée par le fait que, dans le Deutéronome, il est question de la révélation et de la connaissance de la loi de Dieu, tout autant que de son accomplissement. Or, la révélation de la loi n'atteignait son but : créer une relation normale entre l'homme et Dieu, que par le don du salut gratuit offert à la foi.

      En outre, le verset que l'ap√ītre cite express√©ment¬†: la parole est pr√®s de toi, dans ta bouche et dans ton cŇďur, rappelle l'admirable proph√©tie de J√©r√©mie, (J√©r√©mie 31.33) qui s'est accomplie sous la nouvelle alliance par l'Ňďuvre de la r√©g√©n√©ration.

      Paul a donc pu voir, sans trop d'arbitraire, dans les paroles de Mo√Įse, comme un pressentiment de la justice nouvelle et parfaite que l'Evangile apporterait aux hommes¬†; et il a trouv√© ing√©nieux de d√©finir la justice de la foi dans les expressions m√™mes employ√©es par le l√©gislateur d'Isra√ęl pour d√©finir la justice de la Loi.

      - Sous l'alliance nouvelle, dire encore¬†: qui montera au ciel¬†? chercher √† m√©riter la vie √©ternelle par de bonnes Ňďuvres, c'est faire descendre Christ du ciel, de ce ciel o√Ļ il est mont√© apr√®s avoir accompli son Ňďuvre r√©demptrice, o√Ļ il r√®gne et d'o√Ļ il communique par son Esprit √† ceux qui croient en lui, la saintet√© et la vie, tout ce qu'il leur faut pour parvenir au P√®re et avoir part √† l'√©ternit√© bienheureuse. (Eph√©siens 2.6¬†; 4.8)

      D'autres, avec moins de raison, pensent que faire descendre Christ du ciel, c'est nier qu'il en soit d√©j√† descendu lors de son incarnation et demander qu'il vienne encore une fois. (Jean 1.17,18¬†; 3.13¬†; 6.38¬†; 1Timoth√©e 1.15) Mais l'on peut objecter √† cette explication que celui qui cherche sa justice dans les Ňďuvres ne r√©clame pas la venue d'un Sauveur il croit pouvoir s'en passer¬†; et par l√†, il d√©pouille Christ de sa dignit√© de m√©diateur entre Dieu et les p√™cheurs.

      - Dire encore¬†: qui descendra dans l'ab√ģme¬†? demander avec une conscience troubl√©e par le sentiment du p√©ch√©¬†: qui nous retirera du s√©jour des morts¬†? c'est ramener Christ d'entre les morts, c'est nier que d√©j√† il est "mort pour nos offenses et ressuscit√© pour notre justification," qu'il a vaincu, par sa mort et sa r√©surrection glorieuse, le p√©ch√© et la mort, qu'il a accompli, par son sacrifice, toute l'Ňďuvre de notre r√©demption. C'est l√† pr√©cis√©ment l'incr√©dulit√© que l'ap√ītre reproche aux Juifs.

      - Ainsi, ce qui a √©t√© impossible √† l'homme tant qu'il n'avait que la justice de la loi, lui est offert en Christ. Par la foi, il entre en possession de tous les droits de son Sauveur, de sa justice, de sa vie. Il n'a plus, pour √™tre justifi√© et sauv√©, qu'a "croire du cŇďur et √† confesser de la bouche." (verset 9)

      9 Vu que la parole du salut par la foi est pr√®s de toi, dans ta bouche et dans ton cŇďur, tu seras sauv√©, si tu confesses de ta bouche, etc.

      D'autres traduisent : à savoir que, et voient dans verset 9 le contenu de la parole de la foi que nous prêchons.

      L'ap√ītre place la confession avant la foi, parce que dans la parole du Deut√©ronome "la bouche" est nomm√©e avant "le cŇďur." Il remonte ainsi de l'effet √† la cause, de la manifestation ext√©rieure √† la conviction qui la produit.

      Confesser J√©sus comme Seigneur, tel est le sens de l'original, plut√īt que¬†: "confesser le Seigneur J√©sus." Cette confession implique toute l'ob√©issance de la foi.

      Croire que Dieu l'a ressuscit√© des morts, c'est embrasser toute l'Ňďuvre r√©demptrice du Christ, dont sa r√©surrection a √©t√© le couronnement. (Romains 4.25, note) Ceux qui nient la r√©surrection de J√©sus-Christ, ou la d√©clarent indiff√©rente, n'ont pas compris que ce fait, g√©n√©rateur de l'exp√©rience chr√©tienne, est l'objet supr√™me de la foi qui sauve. (1Corinthiens 15.17)

      10 Grec¬†: Car du cŇďur on croit pour la justice et de la bouche on confesse pour le salut.

      L'ap√ītre transforme la d√©claration du verset pr√©c√®dent en un principe g√©n√©ral. Il revient √† l'ordre dans lequel les deux actes se succ√®dent¬†: la foi du cŇďur d'abord, puis la confession de la bouche.

      Justice et salut ne sont pas deux termes synonymes, qui seraient employés seulement pour imprimer à la phrase le parallélisme poétique.

      Le salut est le but ; la justice, ou justification, est la condition du salut et le gage donné au croyant qu'il y parviendra. (Romains 5.9,10) Car la justification qui ne produirait pas le salut c'est-à-dire la délivrance finale du péché et de la mort, ne serait pas la vraie justification.

      De même, il y a corrélation entre croire et confesser : toute foi qui ne s'affirmerait pas par la confession ne serait pas une foi authentique. "J'ai cru c'est pourquoi j'ai parlé."

      L'ap√ītre montre de quelle importance la confession de la foi est pour l'Eglise et pour chaque chr√©tien, en nous la pr√©sentant ici comme une partie int√©grante de l'Ňďuvre du salut et en faisant de la fid√©lit√© √† confesser une condition, la seule qu'il √©nonce, pour parvenir au salut.

      C'est bien ainsi que l'entendait l'Eglise des premiers si√®cles, puisque, m√™me dans les temps o√Ļ la confession emportait le sacrifice de la vie, elle excluait de son sein ceux qui n'avaient pas le courage de rendre ce t√©moignage (comparez 1Timoth√©e 6.12 et suivants¬†; H√©breux 4.14¬†; 10.23).

      11 Grec : Tout croyant en lui ne sera point confus.

      Paul ajoute tout au texte d'Esa√Įe, (Esa√Įe 28.16) qu'il cite pour le reste exactement d'apr√®s les Septante.

      Ce mot tout a une grande importance¬†: la gratuit√© du salut (versets 6-10) le rend accessible √† tous les hommes. Pour l'orgueil des Juifs, ce second fait √©tait plus difficile √† accepter que le premier. L'ap√ītre √©nonce, √† verset 12, le fait que le salut est offert sans distinction √† tous et il montre, √† verset 13 qu'il √©tait annonc√© par les proph√®tes.

      12 La loi, qui n'avait √©t√© donn√©e qu'√† Isra√ęl, √©tablissait une diff√©rence entre le Juif et le Grec. (Eph√©siens 2.14)

      Le salut gratuit met tous les hommes sur le même pied, il réunit Juifs et Grecs en un seul corps. Car (grec) le même Seigneur est de tous, (comparez Actes 10.34-36) et ce Seigneur est riche pour tous ceux qui l'invoquent.

      Le Seigneur, c'est Christ, comme le montrent versets 9-11, la richesse qu'il poss√®de et conf√®re, ce sont les dons de sa gr√Ęce, (Eph√©siens 4.8) l'invocation dont il est l'objet de la part des fid√®les, c'est l'adoration et la pri√®re, qui constitueraient une idol√Ętrie, si Christ n'√©tait Dieu. (Actes 2.21¬†; 7.59¬†; 22.16¬†; 1Corinthiens 1.2)

      13 Ce salut destin√© √† tous, √† la seule condition qu'ils invoquent le Seigneur, avait √©t√© annonc√© d√©j√† par Jo√ęl 2.32.

      En appliquant à Jésus-Christ cette parole que le prophète avait dite de l'Eternel, Paul montre qu'il ne le sépare pas de Dieu, dont il est la parfaite révélation. Cette dignité suprême et unique, attribuée au Fils, ressort aussi du titre de Seigneur, que lui donnent les écrivains du Nouveau Testament, car c'est par ce mot que les Septante traduisent toujours le nom de "Jéhovah" ou de "l'Eternel".

      14 Les questions de verset 14 et suivants sont une cons√©quence (donc) de l'affirmation du verset 13. Elles donnent √† l'expos√© le ton d'une discussion. L'ap√ītre pol√©mise contre les Juifs qui s'opposent √† ce que l'Evangile soit annonc√© aux pa√Įens.

      Si le salut est offert gratuitement à tous les hommes, il faut que tous entendent parler du Seigneur pour être en mesure d'invoquer son nom.

      Et pour qu'ils entendent parler de lui, il faut quelqu'un qui prêche (grec un prêchant).

      Certains interpr√®tes estiment que pour rendre exactement l'original, il faut traduire¬†: "Comment croiront-ils en Celui qu'ils n'ont pas entendu¬†? Et comment l'entendront-ils (par la bouche de ses ap√ītres), sans quelqu'un qui pr√™che¬†?" Mais la traduction que nous avons conserv√©e donne un sens plus naturel.

      15 Grec : Et comment prêcheront-ils...

      La pr√©dication, √† son tour, suppose l'apostolat. Cet apostolat a √©t√© annonc√© dans Esa√Įe 52.7.

      La citation présente une variante. Le texte de notre traduction est celui de Sin., B, A, C, Versions égyp., Pères. Les autres documents portent : "qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent (grec évangélisent) la paix, de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles" (grec évangélisent de bonnes choses).

      Plusieurs exégètes et critiques admettent toutefois que les mots : de ceux qui annoncent la paix, ont été omis par mégarde. Paul s'écarte des Septante pour se rapprocher du texte hébreux.

      Si l'on considère comme authentiques les mots : de ceux qui annoncent la paix sa citation ne se distingue de l'original que par l'absence des mots : "sur les montagnes," et le pluriel au lieu du singulier : "celui qui annonce".

      Les Septante suivent un texte tout différent : "J'arrive comme la belle saison sur les montagnes, comme les pieds de celui qui annonce (grec évangélise) une prédication de paix, comme celui qui annonce de bonnes choses..."

      - Sin., et quelques majuscules portent l'article : les bonnes nouvelles ou les biens. Ce texte implique une allusion aux biens promis, que devait apporter le règne du Messie.

      - Les Juifs incr√©dules ne veulent pas que l'Evangile soit annonc√© aux pa√Įens¬†; ils admettent tout au plus une propagande parmi les nations en faveur du r√©gime l√©gal. Paul montre, en se fondant sur les proph√®tes, que la pr√©dication du salut √† tous les hommes est conforme √† la volont√© de Dieu.

      Si Isra√ęl avait √©t√© fid√®le √† sa vocation, il serait devenu le messager de l'Evangile aupr√®s de toutes les autres nations. L'Ňďuvre de la mission parmi les pa√Įens est dans l'essence de l'Evangile¬†; l'Eglise qui n√©glige ce devoir se suicide ou plut√īt montre qu'elle est d√©j√† morte.

      16 Pour devenir l'ap√ītre de la bonne nouvelle aupr√®s des gentils, Isra√ęl aurait d√Ľ, lui le premier, et tout entier, accueillir l'Evangile avec foi¬†; mais malheureusement tous les Juifs n'ont pas ob√©i √† la bonne nouvelle. Une faible minorit√© seulement a cru.

      - D'autres interprètes entendent par tous, tous les gentils, ou tous les hommes, Juifs et gentils indistinctement. Ils pensent que Paul fait allusion aux résultats très modestes de la prédication évangélique.

      Mais l'id√©e de l'incr√©dulit√© d'Isra√ęl domine tout ce chapitre, et les versets qui suivent montrent bien que c'est d'elle qu'il s'agit. Cette incr√©dulit√© de son peuple √©tait le sujet de la plainte du proph√®te. Esa√Įe 53.1, est cit√© conform√©ment √† la version des Septante.

      L'apostrophe : Seigneur ! manque dans l'hébreu. Comparer Jean 12.38.

      17 Ce verset renferme, sous forme de conclusion (ainsi), un r√©sum√© de versets 14-16, et plus sp√©cialement la r√©p√©tition des deux id√©es √©nonc√©es √† verset 14. Il sert de transition au d√©veloppement suivant, o√Ļ l'ap√ītre montre ce qu'a d'inexcusable la conduite d'Isra√ęl.

      La foi vient de l'audition, et l'audition se produit par la parole de Christ. La parole de Christ est la leçon de Sin., B, C, D, etc. Les autres documents portent : la parole de Dieu.

      La parole de Christ est, suivant les uns, l'ordre qu'il donne √† ses ap√ītres d'annoncer l'Evangile √† tous les hommes¬†; (Matthieu 28.19) suivant les autres, l'enseignement de Christ, toute la r√©v√©lation salutaire qu'il a apport√©e au monde, et qui est le point de d√©part et le fondement de la pr√©dication chr√©tienne. L'emploi du mot parole, dans versets 8,18, est plus favorable √† ce dernier sens.

      18 Les questions qui suivent (versets 18,19) expriment les raisons que l'on pourrait all√©guer encore pour excuser Isra√ęl. L'ap√ītre montre leur inanit√©.

      La prédication de l'Evangile, les Juifs ne l'ont-ils pas entendue ? Oui, certes, la voix des messagers de l'Evangile est parvenue à toute la terre et leurs paroles jusqu'au extrémités du monde.

      Ces termes sont emprunt√©s au Psaumes 19.5 Paul leur donne un sens diff√©rent de celui qu'ils ont dans leur contexte¬†; l√† il s'agit du langage "des cieux qui racontent la gloire du Dieu fort" L'ap√ītre ne cite pas proprement ce passage, et surtout ne le donne pas comme une preuve scripturaire. L'emploi des mots du Psaume r√©sulte d'une simple r√©miniscence.

      19 L'ap√ītre pose une seconde question, dans laquelle il √©carte encore une circonstance att√©nuante que l'on pourrait faire valoir en faveur d'Isra√ęl¬†: l'ignorance o√Ļ ce peuple aurait √©t√© de la destination universelle du salut et du fait que l'Evangile devait √™tre pr√™ch√© aux pa√Įens et re√ßu par eux.

      Dans l'original on lit¬†: Isra√ęl n'a-t-il pas su (ou connu)¬†?

      Les interprètes sont divisés sur le complément sous-entendu de ce verbe.

      Plusieurs donnent à celui-ci le sens de "comprendre" et pensent qu'il a pour régime l'Evangile.

      Les Juifs l'ont entendu, (verset 18) mais peut √™tre ne l'ont-ils pas compris. La citation par laquelle l'ap√ītre r√©pond √† la question pos√©e n'est pas favorable √† cette explication. Elle fait allusion √† la vocation des gentils¬†; et c'est sur ce fait que porte la question¬†: Isra√ęl n'a-t-il pas su¬†?

      - Mo√Įse, le premier, parce qu'il pr√©c√®de tous les proph√®tes et que les √©crits qui lui sont attribu√©s se trouvent en t√™te du recueil canonique.

      La citation est tir√©e de Deut√©ronome 32.21, o√Ļ l'on lit dans l'h√©breu¬†: "Je provoquerai leur jalousie par ce qui n'est point un peuple¬†; j'exciterai leur col√®re par une nation insens√©e." Le sens de ces paroles, dans l'original, est¬†: l'infid√©lit√© des Isra√©lites, qui "ont excit√© la jalousie de Dieu par ce qui n'est point Dieu, et l'ont irrit√© par leurs vaines idoles" (premi√®re partie de Deut√©ronome 32.11), sera punie par le choix que l'Eternel fera d'un autre peuple.

      L'expression : provoquer la jalousie, suppose l'image des relations conjugales aux rapports de Dieu avec son peuple. Osée (Osée 1 à Osée 3) développe cette image.

      Si l'Eternel √† son tour provoque la jalousie d'Isra√ęl, son √©pouse infid√®le, c'est dans l'espoir que le peuple, se sentant abandonn√©, √©prouvera le besoin imp√©rieux de revenir son divin √©poux qu'il a trop longtemps offens√©. Le chapitre suivant √©noncera clairement cette esp√©rance de la conversion d'Isra√ęl.

      20 Esa√Įe 65.1, cit√© en partie d'apr√®s l'h√©breu, en partie d'apr√®s les Septante.

      L'hébreu porte : "J'ai exaucé ceux qui ne demandaient rien, je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient point."

      Esa√Įe s'enhardit jusqu'√† dire (grec s'enhardit et dit)...

      Le proph√®te montre sa hardiesse, non en prof√©rant une parole qui pouvait exciter contre lui la haine de son peuple, mais en √©non√ßant une v√©rit√© aussi inou√Įe.

      La plupart des interpr√®tes actuels pensent que la parole cit√©e annon√ßait la conversion de la portion du peuple isra√©lite qui √©tait devenue infid√®le au moment o√Ļ le proph√®te √©crivait. Paul aurait vu dans ces Isra√©lites d√©chus un type des gentils et se serait cru ainsi autoris√© √† appliquer √† ces derniers la promesse proph√©tique.

      Toutefois on peut all√©guer des raisons s√©rieuses en faveur de l'opinion que le proph√®te d√©j√† pensait √† la conversion des pa√Įens. Il √©nonce en tout cas dans cette parole la loi fondamentale du r√®gne de Dieu¬†: le salut est accord√© comme une gr√Ęce et non comme la r√©compense des efforts et des m√©rites de l'homme.

      Le proph√®te et l'ap√ītre opposent l'un et l'autre ce principe √† l'orgueilleuse propre justice des Isra√©lites.

      21 Esa√Įe 65.2, cit√© d'apr√®s les Septante, qui ajoutent au texte h√©breu¬†: et contredisant.

      Cette seconde citation √† l'√©gard d'Isra√ęl (et non contre Isra√ęl) compl√®te la pr√©c√©dente¬†; (verset 20) elle met en opposition la conduite d'Isra√ęl avec celle des gentils.

      Tandis que ceux-ci acceptent le salut qui leur est gratuitement offert, Isra√ęl, obstin√© dans les voies de la propre justice, et voulant √† tout prix maintenir ses privil√®ges, a repouss√© ce salut, qu'il devait recevoir comme une pure gr√Ęce faite √† tous sans distinction.

      Son refus, inspir√© par de tels motifs d'orgueil et d'√©go√Įsme, est sans excuse. Dieu devait rejeter ce peuple d√©sob√©issant et contredisant qui s'√©tait lui-m√™me exclu du salut.

      Et cependant, si justifi√© que soit le rejet d'Isra√ęl, il n'est pas le dernier mot de son histoire. Dieu, dont les pens√©es ne sont pas nos pens√©es, (Esa√Įe 55.8,9) saura tirer, de la faute m√™me de son peuple, le salut des nations d'abord, et finalement celui d'Isra√ęl lui-m√™me¬†: c'est la grande esp√©rance que l'ap√ītre exposera au chapitre suivant.

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