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1 Corinthiens 14

    • 1 Chapitre 14.

      1 à 25 La prophétie est préférable au don des langues.

      Cette conclusion de tout le chapitre 1Corinthiens 13 emprunte la plus grande force de versets 1-3, et de verset 13. La charit√© n'est pas seulement l'√Ęme de tous les autres dons desquels l'ap√ītre va parler¬†; mais elle en dirige l'appr√©ciation et l'usage, selon qu'ils peuvent le mieux servir √† l'√©dification des autres.

      Paul revient ainsi √† son exhortation. (1Corinthiens 12.31) interrompue par le chapitre 1Corinthiens 13¬†; il y revient, parce qu'il a de graves instructions √† donner sur ces dons spirituels, et parce qu'il ne voudrait pas qu'on p√Ľt conclure de ce qui pr√©c√®de qu'il n'en fait pas le plus grand cas.

      - Au lieu du mot ordinaire de charismes, dons de la gr√Ęce, il emploie ici (verset 1) celui de pneumatica, dons spirituels, par o√Ļ il entend les dons et les op√©rations de l'Esprit. Ainsi encore ci-dessus, 1Corinthiens 12.1.

      2 La prophétie et le don de parler en langues, tels sont les deux principaux sujets que Paul traite dans ce chapitre en les appréciant l'un par rapport à l'autre.

      Avant de suivre le détail de ses enseignements, il est bon de chercher à se rendre compte de la nature de ces dons.

      Il faut convenir, dès l'abord, qu'il n'est aucune question de l'antiquité chrétienne qui présente plus de difficultés. Des données historiques nous manquent pour arriver à une entière certitude à cet égard.

      Les instructions de l'ap√ītre √©taient parfaitement claires pour ceux qui les recevaient, mais notre connaissance insuffisante des circonstances laisse subsister pour nous une assez grande obscurit√©.

      Ceci concerne surtout le don des langues. Dans les premiers passages o√Ļ il est mentionn√©, il est appel√© le don de parler "de nouvelles langues," (Marc 16.17) "d'autres langues." (Actes 2.4) On voit par Actes 2.8 que les auditeurs de la Pentec√īte comprenaient le langage des ap√ītres de telle sorte qu'il leur semblait que ceux-ci s'exprimaient dans leurs dialectes particuliers. Il n'est pas dit, en effet, que ces "autres langues" fussent des langues √©trang√®res. L'analogie du ph√©nom√®ne qui se produisit plus tard √† Corinthe conduit plut√īt √† la conclusion oppos√©e. En effet, tandis qu'au premier moment de l'effusion de l'Esprit, √† J√©rusalem, ceux qui parlaient ces langues √©taient parfaitement entendus de la foule √† laquelle ils s'adressaient, (Actes 2.5-12) √† Corinthe, au moment o√Ļ Paul √©crivait notre √©p√ģtre, dix-sept ans plus tard, personne dans l'assembl√©e ne les comprenait. (versets 2,4,9,11,14,16,23)

      De là même était né par l'Esprit un autre don subsidiaire du premier, celui d'interpréter les langues. (1Corinthiens 12.10 ; 14.5) Ces deux dons n'étaient pas toujours réunis dans la même personne. (versets 13,27,28)

      Du rapprochement de ces faits indubitables on peut conclure :

      1¬į Non pas, comme l'ont pr√©tendu quelques ex√©g√®tes modernes, que le don mentionn√© dans cette √©p√ģtre √©tait tout autre que celui de Actes 2, cela est inadmissible¬†; mais plut√īt que ce don avait subi, dans le laps des ann√©es, certaines alt√©rations, perdu de sa force et de sa lucidit√©. (Voir la note suivante.)

      2¬į On peut conclure encore que ce don, √† Corinthe, s'exer√ßait dans un √©tat d'√Ęme √©lev√© par l'Esprit jusqu'√† une sorte d'extase, o√Ļ celui qui parlait, ne trouvant plus dans sa langue d'expressions suffisantes pour rendre les sentiments qu'il √©prouvait, donnait essor √† ces sentiments ("selon que l'Esprit lui donnait d'exprimer," Actes 2.4) par les mots d'un langage inconnu √† luim√™me et aux autres, et dont ensuite il ne gardait point le souvenir, sans quoi il aurait toujours pu l'interpr√©ter.

      Les vives impressions qu'il √©prouvait dans cet √©tat, les pri√®res ou les actions de gr√Ęces qu'il pronon√ßait, l'√©difiaient lui-m√™me¬†; (versets 2-4,14-16) mais n'ayant pas une conscience claire de ce qui se passait en lui, il ne pouvait pas, revenu √† son √©tat naturel, en faire part aux autres pour leur √©dification. C'est pourquoi Paul veut que, s'il n'y a point d'interpr√®te, celui qui parle en langues garde le silence dans l'assembl√©e. (verset 28)

      D'apr√®s ces observations, qui ressortent de notre chapitre, quelques interpr√®tes modernes, rejetant tout √† fait l'id√©e d'idiomes ou de dialectes, et prenant le mot langue (glossa) dans son sens corporel (le membre, organe de la parole), n'ont voulu voir dans le don en question qu'une force de l'Esprit-Saint faisant mouvoir la langue pour exprimer des actions de gr√Ęce et des pri√®res, sans que celui qui en √©tait l'objet e√Ľt aucune conscience claire de ce qu'il faisait ou disait.

      Mais, outre que cette action m√©canique, mat√©rielle de l'Esprit, est sans analogie dans l'Eglise primitive, il suffit, pour rendre cette id√©e inadmissible, d'observer que Paul emploie le mot langues tant√īt au pluriel, tant√īt au singulier¬†; or, nul homme n'ayant plusieurs langues, ce ne peut √™tre l√† sa pens√©e.

      D'un autre c√īt√©, comme il est certain qu'√† Corinthe ce ph√©nom√®ne avait lieu sans que ni celui qui parlait, ni ceux qui √©coutaient en eussent l'intelligence, (versets 2,14,15) il ne s'agit plus ici de langues ou dialectes dans le sens ordinaire du mot, mais bien plut√īt de sons ou de chants par lesquels les sentiments de l'√Ęme prenaient leur essor.

      Aussi, avec M. Rilliet, traduisons-nous, non pas : parler une langue ou des langues, mais : parler en langue.

      3¬į On peut conclure enfin que ce don n'avait point √©t√© conf√©r√© √† l'Eglise primitive pour lui procurer la connaissance des langues √©trang√®res, mais que destin√© √† remplacer tous les autres symboles qui accompagn√®rent l'effusion du Saint-Esprit, (Actes 2.1-4) ce don, force myst√©rieuse, capable de renverser les barri√®res qui, de peuple √† peuple, rendent captive la pens√©e, √©tait le symbole pr√©cieux de l'union de toutes les nations dans un m√™me esprit, sous l'Evangile de la gr√Ęce. Aussi Paul dit-il positivement que c'√©tait un signe pour ceux qui ne croyaient pas encore. (verset 22)

      - Il en √©tait tout autrement du don de proph√©tie. Le proph√®te de la nouvelle alliance, qui ne diff√©rait de celui de l'ancienne que selon les caract√®res divers des deux √©conomies, recevait par l'Esprit de Dieu des r√©v√©lations qui, destin√©es √† toute l'Eglise, pouvaient √™tre exprim√©es par lui d'une mani√®re claire, impressive et intelligible pour tous. (versets 3,4) Ses discours, d'une puissance irr√©sistible, √©taient surtout des appels et des exhortations propres √† r√©veiller les √Ęmes ou √† les consoler. Parfois il lui √©tait donn√© de p√©n√©trer les besoins et les secrets des cŇďurs, de les produire au grand jour, et d'amener un p√©cheur captif et prostern√© aux pieds du Seigneur. (versets 24-25)

      Ce don de proph√©tie √©tait donc de la plus haute importance dans l'Eglise pour la propagation rapide de la vie nouvelle. Aussi l'ap√ītre range-t-il les proph√®tes m√™me avant les docteurs, (1Corinthiens 12.28,29¬†; Eph√©siens 4.11) parce que ceux-l√† recevaient directement la v√©rit√© et la vie divines, tandis que ceuxci y parvenaient par une voie plus lente, et susceptible de les √©garer par leurs propres conceptions. A plus forte raison, Paul met-il la proph√©tie bien au-dessus du don des langues, comme cela para√ģt d√®s les premiers mots et dans tout le cours de ce chapitre.

      - Toute cette portion de l'Ecriture a une grande importance historique, puisqu'elle nous permet de jeter un regard sur la vie de la premi√®re Eglise, lorsque l'Esprit de Dieu y r√©gnait avec tant d'efficace. Mais on se tromperait en pensant que ces enseignements n'ont plus pour nous d'autre valeur, et tombent tout entiers dans le domaine mort de l'histoire. A toutes les √©poques de l'Eglise o√Ļ, sous une effusion abondante de l'EspritSaint, s'op√®rent avec puissance des r√©veils religieux, se reproduisent aussi des ph√©nom√®nes, sinon semblables, du moins analogues. Or, si ces exp√©riences peuvent, d'une part, jeter un certain jour sur les sujets qui nous occupent ici, ces sujets, trait√©s par la plume de l'ap√ītre, peuvent √† leur tour nous servir de guides pr√©cieux dans l'appr√©ciation et le discernement des faits de ce genre qui se manifestent dans le r√®gne du Sauveur.

      En esprit peut s'entendre de l'esprit de celui qui parle, (comme verset 15) ou de l'Esprit de Dieu qui agit en lui. Ce dernier sens est le plus probable. Celui qui parle en langue (langue inintelligible aux auditeurs) parle √† Dieu qui l'inspire et le comprend, tandis que dans l'assembl√©e nul ne l'entend, ne le comprend, ce qui suppose que dans l'Eglise de Corinthe, o√Ļ il n y avait gu√®re que des Grecs et des Juifs, la langue parl√©e dans l'√©tat d'extase n'√©tait ni le grec, ni l'h√©breu.

      Qu'√©tait-ce donc¬†? Apr√®s toutes les hypoth√®ses qu'on a faites (voir la note pr√©c√©dente), il faut avouer qu'on ne saurait le pr√©ciser avec certitude. Seulement on peut admettre que l'impossibilit√© o√Ļ √©taient les auditeurs de comprendre tenait, non seulement aux mots dont se servait l'orateur, mais aux choses qu'il disait, comme l'ap√ītre rapporte de lui-m√™me, qu'il entendit dans un √©tat de ravissement "des choses (ou paroles) ineffables, qu'il n'est pas possible √† l'homme d'exprimer." (2Corinthiens 12.4)

      Et cela explique pourquoi l'interpr√©tation √©tait un don de l'Esprit qui √©levait l'interpr√®te √† la hauteur de celui qui parlait, et non une simple traduction d'une langue dans une autre. Cette opinion est fortement appuy√©e par notre verset m√™me, qui attire toute l'attention sur les choses exprim√©es, puisque l'ap√ītre les appelle des myst√®res, mot par lequel il d√©signe toujours des v√©rit√©s ou des faits qui d√©passent la connaissance de l'homme, et qui ont besoin d'une r√©v√©lation sp√©ciale. (1Corinthiens 2.7, note¬†; comparez Eph√©siens 3.3 et suivants)

      3 Grec¬†: "Mais celui qui proph√©tise parle aux hommes (pour) l'√©dification, et l'exhortation et la consolation." La parole lumineuse et puissante du proph√®te appropriait aux besoins de chaque √Ęme la v√©rit√© divine qui lui √©tait donn√©e de Dieu.

      - L'édification, c'est-à-dire le développement de toute la vie chrétienne, est ici le terme général ; l'exhortation et la consolation en sont le moyen et le fruit.

      4 En exprimant, même pour lui seul, devant Dieu, ce dont il était rempli. Ainsi ses pensées et ses sentiments, indistincts encore, gagnaient en clarté et en fermeté.

      On peut recueillir de là cette pensée très pratique que le chrétien, même dans ses prières particulières et dans ses entretiens les plus intimes avec Dieu, doit s'appliquer à trouver le mot qui exprime ce qu'il éprouve ou pense. Le Dieu révélé s'appelle lui-même "la Parole." (Jean 1.1)

      Sans parole l'homme ne peut s'approprier aucune des choses divines ; même "les paroles ineffables" entendues par Paul dans un monde supérieur sont encore des paroles.

      Par elles, les idées et les sentiments, jusque-là vagues et stériles, prennent du corps et de la réalité pour nous-mêmes et pour les autres. De là, le don d'interprétation dans la primitive Eglise ; de là aussi l'interdiction de parler "en langues" lorsqu'il n'y a point d'interprète. (verset 28)

      5 On voit par ces paroles que l'ap√ītre n'entendait point d√©pr√©cier ou d√©sapprouver le don des langues, mais seulement le mettre √† sa vraie place, parce que les Corinthiens y attachaient une valeur exag√©r√©e par des motifs tr√®s humains.

      Pour cela Paul prouve dans tout ce chapitre la supériorité de la prophétie, qui, en effet, était d'une tout autre importance pour l'Eglise. (versets 1-5,24,25)

      6 Ces quatre manifestations de la vérité divine sont intimement liées l'une à l'autre, mais diverses dans leur mode de communication à l'homme.

      Elles forment deux lignes parallèles :

      une révélation, source de la prophétie ; une connaissance, source de la doctrine.

      Amener les hommes √† Dieu par tous ces dons de l'Esprit, tel √©tait le but de l'Evangile¬†; tels aussi les moyens d'action des ap√ītres¬†: s'ils avaient voulu convertir les peuples et fonder et √©difier des Eglises en parlant des langues, quels eussent √©t√© les r√©sultats¬†?

      C'est l√† la question pleinement concluante que pose l'ap√ītre et que les deux comparaisons suivantes rendront plus frappante encore. (versets 7-11)

      10 Grec : "Qui soit muet, sans voix," inintelligible à ceux qui l'entendent.
      11 Grec : Si donc je ne sais pas la force du mot. C'est ainsi que, dans les langues anciennes, surtout en latin, on exprimait signification.

      Mais il est évident que force dit davantage ; ce terme indique la puissance de l'Esprit qui est dans le mot, que le mot porte avec soi. (Comparer verset 4, note.) S'il en est ainsi dans les langues humaines, combien plus dans la langue de l'Esprit de Dieu ! C'est pourquoi il n'y a rien de moins philosophique, rien de plus faux que la distinction que l'on cherche perpétuellement à faire entre le mot et l'idée, entre la parole et la pensée.

      Les Grecs appelaient barbares tous les hommes étrangers à leur nation ; ils entendaient par là des gens sans culture, que l'on ne comprend pas.

      12 Grec¬†: "Puisque vous √™tes pleins de z√®le pour les esprits." L'ap√ītre consid√®re ici les dons de l'Esprit comme √©tant eux-m√™mes des esprits, des forces divines agissant dans l'homme. (versets 14,32, note.)

      Voir versets 4,5.

      13 Grec : "Prie, afin qu'il interprète," ce que les uns entendent : qu'il interprète par sa prière même, en y exprimant aussi, pour les auditeurs, les pensées qui le remplissent ; d'autres comprennent ainsi : que l'objet de sa prière soit d'obtenir de Dieu le don d'interprétation.

      C'est le sens rendu par notre version. Si l'orateur n'avait pas ce don, un autre devait interpréter. (verset 27 ; comparez verset 2, note.)

      14 Sans fruit pour les autres.

      Par l'esprit, l'ap√ītre entend la plus haute intuition spirituelle, seule saisie et active dans l'√©tat d'extase, tandis que l'intelligence, cette facult√© claire et nette qui se rend compte et juge, reste passive et devient inutile pour l'√©dification des autres.

      Ou bien, l'intelligence peut signifier le sens des paroles prononcées, comme s'il y avait ma pensée. L'une et l'autre signification sont également admissibles à versets 15,19. La première est toutefois la plus probable.

      15 La pri√®re et le chant (Grec¬†: "psalmodier") paraissent avoir √©t√© √† Corinthe les deux principales formes que rev√™tait le don des langues. (versets 15,16,26, o√Ļ "un psaume" est indiqu√© comme l'un des objets de l'inspiration divine.)

      - La liaison de verset 14 et de verset 15 ne permet pas, dans ce dernier, d'entendre par ce mot en esprit ou "par l'esprit," l'Esprit de Dieu. Il est √©vident que l'ap√ītre met en opposition l'une avec l'autre deux facult√©s de l'√Ęme humaine. De m√™me verset 16.

      16 Il para√ģt donc que, d√®s les temps apostoliques, toute l'assembl√©e s'associait √† la pri√®re publique en la confirmant par un amen (en v√©rit√©¬†!) prononc√© √† haute voix¬†; bien plus, que tout membre du troupeau pouvait prendre la parole pour l'√©dification des autres, et que cela avait ordinairement lieu. (versets 26-31)

      Mais l'ap√ītre prouve par l√† m√™me l'inconv√©nient de "parler en langues" sans interpr√©tation, puisque cette sainte communion de pens√©es et de pri√®re √©tait interrompue et troubl√©e par le manque d'intelligence.

      - B√©nir et rendre gr√Ęces sont ici synonymes. La pri√®re, dans ceux qui √©taient remplis de l'Esprit, et par l√† m√™me de joie, devait tout naturellement rev√™tir le caract√®re de la louange et de l'action de gr√Ęces.

      - Pour celui qui est du commun peuple, il y a dans le grec : "Celui qui remplit la place du simple particulier," ou de l'homme sans culture, de l'homme du peuple, de l'ignorant (Actes 4.13, et ci-dessous, 1Corinthiens 14.23,24 ; 2Corinthiens 11.6), qui devait nécessairement former la plus grande partie de l'auditoire, et qui n'entendait pas ce qui était dit "en langues."

      18 Paul tient √† pr√©venir le reproche qu'on aurait pu lui faire de parler contre un don qu'il n'aurait pas poss√©d√© lui-m√™me. Il s'agit bien ici de ce don de l'Esprit qu'il avait re√ßu au plus haut degr√©, dont il rend gr√Ęce √† Dieu, et non de langues, dans le sens ordinaire du mot.

      Mais Paul donne à entendre qu'il l'employait pour son édification particulière et non en public, comme le prouve l'opposition qui suit : mais dans l'Eglise.

      On voit par 2Corinthiens 12 qu'il avait été favorisé de communications divines bien supérieures au don des langues, et pour lesquelles il n'y avait aucune expression.

      Ainsi, le même homme qui était distingué entre tous par la profondeur et la lucidité de l'intelligence, de la pensée, de la sagesse pratique, qui déploya constamment au dehors la plus étonnante activité, avait en même temps une vie intérieure, une communion avec Dieu qui atteignait le plus haut degré possible sur la terre ! L'un n'exclut donc pas l'autre : c'est là au contraire le secret de tant de force dans cet "instrument choisi."

      19 Voir verset 14, note.

      - Il serait inconcevable qu'en pr√©sence de telles d√©clarations une Eglise enti√®re e√Ľt pu conserver jusqu'√† ce jour une langue inconnue du peuple pour son culte, si depuis longtemps cette Eglise n'avait, sur tant d'autres points, et m√™me en principe, r√©pudi√© l'autorit√© de la Parole de Dieu.

      20 Se rattachant au principe exprim√© √† verset 15 (quoiqu'il y emploie un autre mot qu'ici), l'ap√ītre combat la tendance qui r√©gnait dans l'Eglise de Corinthe, et qui consistait √† rechercher surtout ceux des dons spirituels qui, comme "les langues," mettaient l'homme, pour ainsi dire, hors de lui-m√™me et de ses facult√©s naturelles, exaltant le sentiment et l'imagination, au d√©triment du jugement et de la raison. Ils croyaient que plus ils se perdaient eux-m√™mes plus ils √©taient pr√®s de Dieu.

      Puis, semblables à des enfants, ils prenaient un plaisir tout particulier à ce qu'il y avait de merveilleux dans le don des langues.

      Les proph√®tes eux-m√™mes (verset 29) n'√©taient pas rest√©s √©trangers √† ces aberrations, si voisines du fanatisme pa√Įen. L'ap√ītre les avertit donc que renouvellement de l'homme par le Saint-Esprit doit comprendre ses facult√©s intellectuelles, non moins que tout le reste, et que renoncer √† ces facult√©s pour devenir un enfant en raison, est un degr√© inf√©rieur de la vie chr√©tienne. Nous devons grandir en connaissance jusqu'√† la mesure de l'homme fait, et devenir des enfants √† l'√©gard du mal.

      Ce principe, aussi vrai que profond, peut trouver partout aujourd'hui son application, aussi bien qu'à Corinthe aux jours de saint Paul.

      21 Citation libre, mais profond√©ment significative, de Esa√Įe 28.11,12

      L'exhortation que vient de faire entendre l'ap√ītre, de n'√™tre pas des enfants en raison, lui rappelle une parole du proph√®te Esa√Įe, dans laquelle Dieu reproche aux Juifs de ne vouloir pas √™tre instruits dans la vraie science, mais d'avoir besoin, comme des enfants √† peine sevr√©s, d'√™tre enseign√©s "ligne apr√®s ligne, commandement apr√®s commandement, un peu ici, un peu l√†." (Esa√Įe 28.9-10)

      Puis, immédiatement, il ajoute : "C'est pourquoi il parlera à ce peuple avec des lèvres qui bégaieront (comme les sons d'une langue qu'on ne comprend pas), et avec une langue étrangère,...mais ils n'ont point voulu écouter."

      Cette langue √©trang√®re √©tait celle des nations ennemies qui devaient ex√©cuter sur Isra√ęl les jugements de Dieu, apr√®s que ce peuple n'avait point voulu √©couter les paroles de gr√Ęce qui lui √©taient adress√©es dans sa propre langue. Image des dispensations de Dieu √† toutes les √©poques de son r√®gne.

      La paix, le repos de la nouvelle alliance a √©t√© d'abord annonc√© √† Isra√ęl dans sa propre langue (Esa√Įe 28.12¬†; comparez Matthieu 11.29)¬†; mais il n'a point voulu √©couter.

      Au jour de la Pentec√īte les merveilles de Dieu furent encore annonc√©es aux Juifs dans les langues √©trang√®res des peuples parmi lesquels ils demeuraient¬†: signe que d√©sormais "le royaume allait leur √™tre √īt√©," et donn√© aux nations pa√Įennes. (Matthieu 21.43) Ainsi, ce qui, en soi, √©tait un miracle de la gr√Ęce, fut, pour Isra√ęl, un miracle de la justice divine. Et la diversit√© des langues, ces barri√®res nombreuses qui s√©parent les peuples, restent, d√®s l'origine, (Gen√®se 11) un signe du jugement de Dieu sur le p√©ch√©, jugement qui se renouvelle de diverses mani√®res dans les Eglises, et sur les peuples qui n'ont pas voulu √©couter la parole de l'Evangile dans leur propre langue.

      De même, dans une grande partie de la chrétienté (l'Eglise romaine, l'Eglise grecque, les Eglises d'Orient), le culte, jadis rendu en esprit et en vérité, a lieu en langues étrangères au peuple, langues aujourd'hui mortes, triste symbole de la mort de ces Eglises. Et tandis que les clergés gardent superstitieusement une langue prétendue sacrée, les peuples à leur tour, les peuples qui leur échappent, parlent "en langues," relativement à eux.

      Aussi, l'ap√ītre conclut-il (verset 22) que les langues sont "un signe, non pour les croyants, mais pour les incr√©dules," pour ceux qui, s'obstinant dans l'infid√©lit√© comme Isra√ęl, forcent le Seigneur √† se retirer d'eux.

      Les langues, en effet, ne produisant chez plusieurs qu'un st√©rile √©tonnement, peut-√™tre m√™me un jugement faux, (verset 23) ne sauraient seules convertir l'infid√®le¬†; tandis que la proph√©tie, p√©n√©trant les consciences et les cŇďurs de sa lumi√®re et de sa puissance, am√®ne les plus rebelles √† l'ob√©issance de Christ. Quels arguments pour les Corinthiens, si ardents √† d√©sirer le don des langues, et qui par l√† pouvaient s'exposer aussi √† transformer ce signe de gr√Ęce en un signe de jugement¬†!

      22 Le don des langues √©tait un signe ou un miracle de l'Esprit, non pour les croyants qui les √©coutaient sans rien comprendre, mais pour les infid√®les, dans le sens des paroles d'Esa√Įe expos√©es dans la note pr√©c√©dente, c'est-√†-dire un signe des jugements de Dieu.

      La prophétie, au contraire, est un signe puissant pour les croyants, c'est-à-dire pour tous ceux qu'elle pouvait rendre tels. (verset 24)

      23 Exactement comme Actes 2.13.

      Ainsi ceux que Paul suppose entrant dans une assembl√©e o√Ļ tous (les uns apr√®s les autres) parlent en langue, soit des gens sans culture (Grec¬†: "idiotai"), soit des infid√®les (Juifs ou pa√Įens), recevront de ce qu'ils entendront cette impression f√Ęcheuse, tandis que si tous proph√©tisent...(verset 24)

      24 Convaincu ne signifie pas seulement ici une action exercée sur l'intelligence, mais sur la conscience, convaincu du péché, comme Jean 16.8-11, note.

      Jug√© doit √™tre traduit par discern√©, c'est-√†-dire que la proph√©tie exerce en m√™me temps sur cette √Ęme le "discernement des esprits" (1Corinthiens 12.10 et verset 2, note), et lui r√©v√©lera les choses cach√©es au dedans d'elle, (verset 25) d'o√Ļ pourra r√©sulter son humiliation et sa conversion.

      Tous veut dire¬†: tous ceux qui ont le don de proph√©tie, et quand l'ap√ītre s'exprime ainsi¬†: "Si tous proph√©tisent," c'est une simple supposition destin√©e a rendre plus frappant son raisonnement¬†: "lors m√™me que tous proph√©tiseraient, il n'en r√©sulterait pas l'inconv√©nient du don des langues, (verset 23) mais au contraire..." (Comparer aussi, pour ce qu'il y aurait √† faire, m√™me dans ce cas, versets 29,30)

      25 Ou en vous.

      Lorsque la v√©rit√© divine r√©v√®le √† un p√©cheur les secrets de son cŇďur, elle lui fournit la preuve la plus imm√©diate et la plus intime de la pr√©sence et de l'action de Dieu, et, √† moins qu'il ne se r√©fugie dans l'imp√©nitence et dans l'inimiti√©, il est vaincu et comme forc√© de se rendre au souverain Ma√ģtre. (Apocalypse 3.9)

      26 26 à 40 Conséquences : Instructions sur l'usage des dons dans les assemblées.

      Qu'y a-t-il donc √† faire¬†? Par cette question, l'ap√ītre passe √† l'application pratique des principes qu'il vient de poser. Telle √©tait √† Corinthe la surabondante richesse des dons de l'Esprit, qu'il fallait des directions claires et positives pour que l'Eglise s√Ľt les exercer sans en abuser¬†; leur pl√©nitude m√™me en rendait l'usage difficile. C'est tout l'oppos√©, h√©las¬†! de la pauvret√© et de la s√©cheresse de l'Eglise de nos jours.

      Dans un tel √©tat de choses, o√Ļ l'Esprit de Dieu agissait en plusieurs avec tant de puissance, la tentation √©tait bien prochaine pour la faiblesse de l'homme, de vouloir se produire et briller dans les assembl√©es en se recherchant soi-m√™me¬†!

      Que chacun donc se demande avant tout s'il a en vue l'édification de ses frères, et voie de quelle manière il y contribuera le plus. Paul cite ici quelques-uns de ces moyens qui devaient être employés, selon que Dieu les donnait.

      Un psaume était un chant, une psalmodie, (verset 15) forme poétique et musicale que revêtait facilement le don des langues ou la prophétie sous l'impulsion joyeuse de l'Esprit de Dieu ; c'est ainsi que déjà les écrits prophètiques de l'Ancien Testment sont, pour le fond et la forme, remplis de la plus sublime poésie, et que le chant est resté dans le culte chrétien comme la plus haute expression du sentiment religieux.

      Une instruction, ou plut√īt une doctrine, √©tait quelque v√©rit√© nouvelle, quelque application sp√©ciale du principe chr√©tien, qu'un membre de l'Eglise se sentait press√© de communiquer √† ses fr√®res, et qui lui √©tait inspir√©e √† lui-m√™me par le "don de connaissance." (1Corinthiens 12.8)

      Une révélation n'est qu'un autre nom pour désigner le don de prophétie ; elle le précédait et en provoquait l'exercice. (verset 2, note.)

      Une langue est l'expression abrégée du don de "parler en langues," don qui se manifestait subitement en quelqu'un au sein de l'assemblée.

      Une interprétation, enfin, avait lieu lorsqu'un membre présent, élevé par l'Esprit à la hauteur de celui qui venait de "parler en langues," avait compris le sens de ses paroles, et se sentait appelé à en faire part à l'assemblée.

      - Le mot chacun de vous ne signifie pas que tous eussent quelque don de l'Esprit, mais que, parmi ceux qui les avaient reçus, ces dons si divers se manifestaient, chez l'un d'une manière, chez l'autre d'une autre.

      28 Voir verset 2, seconde note, et verset 4, note.
      29 Grec : "Que les autres discernent."

      Le discernement comme don était à la prophétie ce que l'interprétation était aux langues ; (1Corinthiens 12.10) il avait pour but, non seulement de déterminer si celui qui parlait était un vrai prophète, mais encore de retenir soigneusement ce qu'il avait dit de la part de Dieu.

      L'ap√ītre peut avoir ici en vue ce don sp√©cial du "discernement des esprits," et alors, par les autres, il entend ceux qui en √©taient dou√©s (comme √† verset 37)¬†; ou bien, il veut parler de cette lumi√®re g√©n√©rale que l'Ecriture suppose en tout chr√©tien, et dans ce cas les autres, c'est toute l'assembl√©e. (Ainsi 1Jean 4.1¬†; Philippiens 1.10¬†; 1Thessaloniciens 5.19-21)

      Ici, la pierre de touche du discernement, c'est la Parole de Dieu et l'analogie de la foi. (Romains 12.6, note.)

      30 Après avoir dit ce qu'il avait à dire. De cette manière, en observant le bon ordre, tous ceux qui s'y sentaient poussés pouvaient avoir la parole à leur tour, pour l'utilité de tous. (verset 31)
      31 Par les esprits des prophètes, les uns entendent les esprits divins ou les forces spirituelles dont ils sont inspirés, comme verset 12, note.

      D'autres admettent qu'il s'agit de leurs propres esprits, inspirés par l'Esprit de Dieu, comme s'il y avait leur esprit, au singulier, terme qui se trouve réellement dans une variante assez autorisée.

      Quoi qu'il en soit, l'ap√ītre r√©pond par ces mots √† ceux qui auraient object√© aux recommandations pr√©c√©dentes, qu'il ne leur √©tait pas possible de r√©sister aux mouvements de l'Esprit.

      Il pose par là un principe profond en lui-même et d'une immense portée pratique, sur lequel il fonde toutes les directions qu'il donne ici, et sans lequel elles n'auraient point de sens possible ; car les chrétiens de Corinthe auraient pu objecter, comme le font tous les fanatiques, que l'Esprit les poussait ainsi, et qu'ils ne pouvaient lui résister.

      Or, l'ap√ītre enseigne que jamais Dieu ne veut, par son Esprit, d√©truire en l'homme ni la libert√©, ni la responsabilit√©, ni, par cons√©quent, la claire conscience de sa raison, pour le mettre, en quelque sorte, hors de lui-m√™me¬†; car alors, il pourrait facilement √™tre le jouet de son imagination, de ses passions, ou m√™me de la puissance des t√©n√®bres, tout en se disant inspir√© de Dieu, et peut-√™tre en le croyant de bonne foi.

      Lorsque, pour ne citer qu'un exemple saillant, les prophètes des Cévennes commettaient des crimes qu'ils prétendaient leur être commandés par l'Esprit, c'est qu'ils méconnaissaient ce principe. Appliquée à la prédication de l'Evangile, cette vérité apprendra au prédicateur le plus abondant combien il lui importe de rester toujours en pleine possession de lui-même et de sa parole.

      L'ap√ītre prouve son principe par une raison souveraine, tir√©e de la nature de Dieu m√™me¬†: Dieu ne peut jamais se contredire¬†; or, il n'est pas un Dieu de confusion, mais de paix, c'est-√†-dire d'ordre et d'harmonie. (verset 33¬†; comparez verset 40)

      34 Grec : "pas permis de parler, mais d'être soumises."

      Il y a de l'ironie dans la tournure dont l'ap√ītre se sert.

      - La loi qu'invoque ici l'ap√ītre n'est pas autre chose que l'ordre √©tabli par Dieu apr√®s la chute, et selon lequel la femme est plac√©e sous la domination de son mari. (Gen√®se 3.16¬†; comparez 1Timoth√©e 2.12¬†; Eph√©siens 5.22)

      Or, il y a, dans la parole en public, une domination morale contraire √† cet ordre, aussi bien qu'√† la nature de la femme. D'autant plus qu'ici l'ap√ītre parle de l'exercice des dons spirituels, qui supposent cette domination au plus haut degr√©, et qui requi√®rent des facult√©s (verset 32, note) dont les femmes ne sont, en g√©n√©ral, pas dou√©es.

      Tout s'unit ici pour motiver cette d√©fense absolue, (verset 35) m√™me l'exp√©rience de quelques sectes qui, comme celles des Amis (quakers), ont cru pouvoir n'en tenir aucun compte, en se fondant sur le silence de l'ap√ītre au 1Corinthiens 11.5.

      Toutefois, Paul restreint positivement sa défense par ces mots : dans les Eglises (assemblées) ; car l'action chrétienne, missionnaire, de la femme, dans la vie privée, auprès des personnes de son sexe, n'est pas seulement un droit, mais un devoir aussi sacré que celui des hommes. Paul lui-même en jugeait ainsi. (Romains 16.1-6)

      Ce champ est assez vaste, m√™me pour l'application des dons extraordinaires de l'Esprit, qui, dans la primitive Eglise, √©taient parfois accord√©s aux femmes¬†; (Actes 21.9) en sorte qu'il n'y a pas contradiction entre ce fait et la d√©fense de l'ap√ītre.

      36 "Etes-vous les auteurs et le dernier but de la Parole évangélique ? Ne pouvez-vous pas, aussi bien que tous les autres qui en sont participants comme vous, vous soumettre à ses prescriptions ?"

      L'ap√ītre, sans en appeler ici √† son autorit√© apostolique, la laisse pourtant sentir et l'assimile aux commandements du Seigneur. (verset 37)

      L'insistance qu'il met sur ce point ferait penser qu'il ne s'attendait pas à une soumission très prompte de la part des chrétiennes de Corinthe, ni de la part des chrétiens qui s'enorgueillissaient de tous les dons de leur Eglise.

      37 On a vu à 1Corinthiens 7 que Paul distingue soigneusement ce qu'il ordonne ou conseille, de ce qu'il a reçu comme un commandement du Seigneur, soit par l'Ecriture, soit par révélation.

      Or, ici on s'est demand√© dans quel sens il entendait ce mot, et la difficult√© de l'expliquer a fait na√ģtre dans les divers manuscrits diverses variantes.

      Ainsi, on lit dans le texte reçu : des commandements du Seigneur ; ailleurs : de Dieu ; ailleurs : un commandement du Seigneur ; ailleurs enfin : les choses que je vous dis sont du Seigneur.

      En tout cas, il en appelle à l'autorité divine, et la trouve, soit dans la loi qu'il vient de rappeler concernant la femme, (verset 34) soit dans sa propre inspiration, bien supérieure à celle de ceux qui prétendaient être prophètes ou spirituels.

      38 Plus un homme √©tait proph√®te ou spirituel, plus il devait reconna√ģtre clairement que les pr√©ceptes de l'ap√ītre √©taient conformes √† la volont√© expresse du Seigneur¬†; (verset 37) mais si quelqu'un l'ignore, s'il est ou veut √™tre dans l'incertitude sur ce point, qu'il ignore √† ses p√©rils et risques¬†!

      - Ou bien, s'il est de bonne foi, qu'il se contente d'ignorer, et garde au moins le silence.

      40 Tel est le résumé de tout ce sujet : il faut désirer de prophétiser, parce que la prophétie est de beaucoup supérieure au don des langues ; (versets 1-5) mais il ne faut pas, pour cela, supprimer ce dernier, pourvu que tout se fasse d'une manière digne de Dieu. (verset 33)
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